Le son du grisli

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Dave Ballou : Solo Trumpet (Clean Feed, 2016)

dave ballo usolo trumpet

Pour indépassables qu’ils soient, Bill Dixon, Wadada Leo Smith, Axel Dörner et Peter Evans (liste à compléter) se voient aujourd’hui concurrencés par le premier disque de trompette solo de Dave Ballou.

Sobrement intitulé Solo Trumpet, ce disque voit Ballou expérimenter plusieurs pistes. On l’entend ainsi gagner en clarté au fil des plages (Tightly puis Broken Wing), tourner autour du  sujet, assumer angles et loopings (Dgas), progresser note à note (Construct), déchiffrer quelques indépendances opportunes (Construct encore), s’essayer – sans convaincre – aux techniques étendues (Wooley Warmth), retrouver l’éclat de Miles (Another Fool), s’inscrire dans des souffles quasi-continus (Sheets). Bref, ne pas réduire son talent à l’exercice de style.



solo trumpet

Dave Ballou : Solo Trumpet
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Tightly 02/ Dgas 03/ Laf 04/ Wooley Warmth 05/ Mumbling 06/ Another Fool 07/ Sheets 08/ Construct  09/ Broken Wing 10/ Loosely
Luc Bouquet © Le son du grisli



Satoko Fujii : Kisaragi, + Entity (Libra, 2017-2020)

satoko fujii 2020

« Kisaragi est notre tout premier essai de jouer, d’un bout à l’autre, sans utiliser le moindre son normal. », explique Natsuki Tamura dans les notes du disque qu’il a enregistré, à l’hiver 2015 à New York, avec sa compagne Satoko Fujii. Voici donc piano et trompette soumis à détournements : de l’association des graves que le premier instrument fait claquer et des notes étouffées du second naîtront des paysages que l’improvisation – lente floraison, maillage accidentel, glissement soudain… – se chargera de sculpter.

Le piano grince quand une de ses notes n’est pas, par quel usage électronique, suspendue ; la trompette (que Tamura peut, fantasque, délaisser pour un jouet qui couine) débite des bruits qui en imposent quand elle ne met en place un fabuleux bestiaire (miaulement, bêlement…) que le piano augmente bientôt d’une brassée d’oiseaux. Derrière l’expérience (recherche de nouvelles textures sonores), le duo perd en lyrisme ce qu’il gagne en expression.

A la tête de l’orchestre new yorkais (et changeant) qu’elle emmène depuis plus de vingt ans, Fujii renoue avec le lyrisme qu’on lui connaît. Avec les saxophonistes Ellery Eskelin, Tony Malaby, Briggan Krauss, Oscar Noriega et Andy Laster, les trompettistes Herb Robertson et Dave Ballou (en plus de Natsuki Tamura), les trombonistes Joe Fiedler et Curtis Hasselbring, le guitariste Nels Cline, le bassiste Stomu Takeishi et le batteur Ches Smith, elle fait donc œuvre de franchise.

L’écriture est ciselée, qui frappe de grands coups avant de laisser le champ libre à tel soliste puis à tel autre, arrange des plages où l’unisson est interrogé sans cesse par les dissonances, et d’autres où les dissonances reviennent sagement à l’unisson. Sur matériau composé, Entity renoue avec un free orchestral que tire vers le haut l’inventivité des intervenants.

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Image of A paraître : Micro Japon de Michel Henritzi

 


Kevin Norton: Time-Space Modulator (Barking Hoop - 2003)

nortongrisli

20 années passées en tant que percussionniste aux côtés de Joëlle Léandre, Fred Frith, ou encore Eugene Chadbourne, n’auront en rien entamé la discrétion frôlant l’anonymat de Kevin Norton. L’homme est pourtant prolifique, multipliant les formules comme les manifestes, qu’il publie d’ailleurs aujourd’hui, pour la plupart, sur son propre label.

Tel est le cas de Time-Space Modulator, dans lequel son Bauhaus Quartet interprète des compositions signées Norton, à une exception près, pour le compte du Norton label, Barking Hoop. L’aventure compte pourtant d’autres protagonistes, et puisqu’il en faut, pourquoi ne pas les choisir comme on pourrait en rêver : Tony Malaby (saxophones), Dave Ballou (trompette, cornet) et John Lindberg (contrebasse).

Entre deux morceaux frénétiques - l’un porté par un swing en demande de décalages (Mother Tongue), l’autre au laisser-aller intense célébrant le final (Moonstruck) -, Kevin Norton se révèle être un impressionnant peintre de situations : d’explorations d’instants étirés (Microbig) en procession minimale (Atie Aife), d’hommage appuyé au maître Milt Hinton (Milt’s Forward Looking Tradition) en dissonantes retouches de mélodie facétieuse.

Ailleurs, le quartet arrive à mettre sur pieds des constructions aux particules étranges. Ainsi, sur une figure rythmique impeccable, on évoque à la fois Donald Byrd et David Lynch, avant de lier le tout d’un clin d’œil évident à l’Art Ensemble (Didkovsky). Une affaire d’atmosphère originale, mystérieuse parfois (Seoul Soul), qui court fièrement d’un bout à l’autre d’un disque frondeur et réussi.

CD: 01/ Mother Tongue 02/ Seoul Soul 03/ Didkovsky 04/ Milt’s Forward Looking Tradition 05/ Microbig 06/ Atie Aife 07/ Difficulty 08/ Moonstruck

Kevin Norton Bauhaus Quartet - Time-Space Modulator - 2003 - Barking Hoop.



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