Le son du grisli

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Jürg Frey : 24 Wörter (Wandelweiser, 2014)

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La rue est en pente et, avec la neige, ta démarche imitait la chute d’un accord de piano. Tu as appelé mais j’étais loin et, il me semble au ralenti, tu es partie en arrière. C’est là que le temps s’est arrêté. Le temps pour moi de te rejoindre et de te rattraper, le temps de te dire les 24 mots de Jürg Frey (24 comme les heures du jour, les Préludes de Debussy ou les Fantasy-Pieces de Crumb) et le temps de comprendre comment il est possible, pour un mouvement ou pour une voix, de se fondre dans un paysage.

Plus exactement, de devenir un paysage. Comme le compositeur, et clarinettiste, est devenu une voix (la soprane Regula Konrad), un violon (Andrew Nathaniel McIntosh) et un piano (Dante Boon). Son 24 Wörter est un de ces accidents qui vous font sortir de votre corps quelques instants. Il faut le temps de se remettre de ces 27 (car 3 instrumentaux) pistes à la beauté étrange, dormante, perdue, heureuse… de ces 24 lieder qui vous empoignent en vous rappelant Feldman (Only) que Mahler (Kindertotenlieder) ou Chostakovitch (Aus Jüdischer Volkspoesie). Et qui surtout illuminent la scène que l’on a sous les yeux. Ce jour-là, c’était toi au-dessus de la neige, suspendue à un fil invisible.

Jürg Frey : 24 Wörter (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 16 et 17 septembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Fremdheit 02/ Herzeleid 03/ Zwei Welten 04/ (piano, violin) 06/ Heiterkeit 07/ Seltsamkeit 08/ Trauer 09/ Tänzer 10/ Träimer 11/ Stein 12/ Einsamkeitsmangel 13/ Zittergras 14/ (piano solo) 15/ Tod 16/ Schlaf 17/ Tod 18/ Verlorenheit 19/ Zartheit 20/ Glück 21/ Wind 22/ Glück 23/ ortlosigkeit 24/ Innigkeit 25/ Sehnsuchtslandschaft 26/ Halbschlafphantasie 27/ Vergessenheitsvogel
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Tom Johnson : Questions (World Edition, 2012)

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Dois-je – au mépris de tous les tabous – donner mon âge et dire que j’ai passé vingt-neuf années (les vingt-neuf premières, nous verrons pour la suite) à répondre à des questions ? Et soudain, Tom Johnson m’aménage une pause. Juste le temps d’un quartier libre intitulé Questions.

Une voix de femme (Carol Robinson), qui semble s’intéresser de près à la musique (mais n’est-elle pas musicienne ?), pose, n’arrête plus de poser des questions. Cette fois, les cloches de Johnson répondent à ma place avec une nonchalance qui m'est, à moi, inconnue. « Est-il plus facile pour vous d’écouter la musique ou les questions ? » Moi qui pensais pouvoir trouver un peu de repos, la voix m'interroge maintenant en même temps que Johnson. « Le canard », m’a conseillé une amie. D’autant que les cloches et la voix sont alliées : c’est l’auditeur que l’on presse maintenant de répondre. Je fais le canard, puisque c’est le conseil qui m’a été donné.

Pressé de questions, vingt-trois minutes durant, j’ai réussi à écouter et à me taire. Mais ensuite la même voix (celle de Carol Robinson) m’introduit au cor de basset (celui de Carol Robinson) et ensuite au piano (celui de Dante Boon). Les pièces de Johnson datent de différentes époques (1988, 1993, 2004) mais sont construites sur des séries de questions posées par notre interlocutrice au parfum de robot. Le contemporain est expérimental au point (c’est dire) de rappeler des jazzmen (Monk, Lacy, Braxton…) quand œuvre le cor et quelques classiques (Prokofiev, Satie, Gurdjieff…) ou minimalistes (Glass, Monk…) quand surgit le piano. Etrange, ce monde de questions. Mais n’est-ce pas celui de Tom Johnson ? Passionnant en plus d'être étrange, donc, surtout quand on a choisi de ne plus jamais répondre, à rien.

Tom Johnson : Questions (World Edition)
Edition : 2012.
CD : 01/ Music and Questions 02/ Music with Mistakes
03/ Same or Different
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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