Le son du grisli

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Farmers by Nature : Love and Ghosts (AUM Fidelity, 2014)

farmers by nature love and ghosts

A Marseille, le 27 juin 2011, le grabuge était en marche et ne ronronnait point. Gerald Cleaver absorbait l’espace, William Parker, parfait dans son rôle de coureur de fond, triturait la corde comme jamais. Et Craig Taborn accueillait avec bienveillance tous les cercles vicieux passant à sa portée. Et s’en remettait au jazz. Et n’oubliait pas le free des origines. Maintenant, le batteur resserrait l’étau. A mi-chemin les battements n’étaient plus de cœur mais d’âme. Les voiles se tendaient et la navigation devenait plus incertaine. Ça sentait le chavirage. Le nord se perdait et nos trois fermiers par nature se séparaient. Puis se retrouvaient au cœur des typhons : le grabuge n’était donc pas d’anecdote mais de nécessité.

A Besançon le lendemain, soit à 441 kilomètres de distance, la tendresse se portait large. Mais la dissonance pointait. Le pianiste refoulait ses caresses. Le drame avançait ses pions. La contrebasse fendait de noirs silences. Et le pianiste jouait à l’Arlésienne. Revenu d’entre les morts, ce dernier faisait rivage commun avec l’astre Parker. Ailleurs, des roulements de toms ouvraient la voie. Le ton était bas. Tous chuchotaient. Allaient-ils allumer de francs brasiers comme la veille ? Aujourd’hui le grabuge sera tout autre : ordonné, scellé, apaisant, presque jarrettien. Un riff se répétant fit s’ouvrir le cercle. Et, ainsi, revinrent chaos et fracas, frictions et courtoisies. Ainsi débutait l’été 2011 entre Marseille et Besançon.

écoute le son du grisliFarmers by Nature
Seven Years In

écoute le son du grisliFarmers by Nature
The Green City

Farmers by Nature : Love & Ghosts (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011/ Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ Love & Ghosts 02/ Without a Name 03/ Aquilo 04/ Seven Years 05/ Massalia – CD2 : 01/ The Green City 02/ Bisanz 03/ Comté 04/ Castle #2 05/ Les flâneurs
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Roscoe Mitchell : Conversations I & II (Wide Hive, 2014)

roscoe mitchell conversations i & ii

Pas facile de converser avec qui ne veut pas. Conversation I porte assez mal son nom. L’un déverse son souffle continu sans se soucier de l’autre. Le second place sa métronomie glaciale sans se préoccuper du premier. Et le troisième, le seul qui écoute, essaie de rendre cohérent ce qui ne le deviendra jamais. Tout commence donc très mal (Knock & Roll). Par chance, les silences et autres battements d’ailes chers à Roscoe Mitchell s’immiscent dans le chaos (Ride the Wind). Maintenant, le saxophoniste cajole le sifflement, le percussionniste filtre les attentes, le pianiste use de synthétiseurs d’un autre âge : courts moments de grâce au milieu d’une improvisation aride et sans perspectives. Dispensable.

Plus resserrées ces Conversations II bénéficient  d’une toute autre écoute. La batterie démonstrative de Kikanju Baku trouve sur son chemin un Roscoe Mitchell en état de transe plénière. Craig Taborn n’est plus témoin impuissant mais déploie de (très) vives séquences. Les duos ne sont plus négligés (mention spéciale aux dissonances made in Mitchell-Taborn) et on se délecterait presque de l’hystérie percussive que l’on avait tant damnée dans le disque précédent. Indispensable.

Roscoe Mitchell, Craig Taborn & Kikanju Baku : Conversations I (Wide Hive / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Knock & Roll 02/ Ride the Wind 03/ Distant Radio Transmission 04/ Rub 05/ Who Dat 06/ Splatter 07/ Cracked Roses 08/ Outpost Nine Calling 09/ Darse 10/ Last Trane to Clover Five

Roscoe Mitchell, Craig Taborn & Kikanju Baku : Conversations II (Wide Hive / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Frenzy House 02/ Chipper & Bing 03/ Stay Hayfer 04/ They Rode for Them 05/ I’ll See You Out There 06/ Wha-Wha 07/ Bells in the Wind 08/ Shards & Lemons 09/ Just Talking 10/ Next Step 11/ Fly Over Stay a While
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Rocket Science : Rocket Science (More Is More, 2013) / Sam Pluta : Machine Language (Carrier, 2012)

evan parker sam pluta peter evans craig taborn rocket science

Et si tout cela n’était qu’une histoire d’alter-ego ? Et si, après tant d’années, les mémorables trios d’Evan Parker n’avaient plus que de la routine à nous vendre ? A contrario, chaque concert du saxophoniste avec Peter Evans regorge de vivacité et de renaissance. Fallait-il donc à Evan le choc Peter pour se retrouver ? Personnellement, je ne suis pas très loin de le penser. Ici, Rocket Science apporte confirmation, la complicité de l’un et de l’autre frôlant plus d’une fois le mimétisme.

Ici, il y a correspondance et envol. Ce concert au Vortex est un concert où tout se happe, se saisit, s’entretient et où rien ne se prémédite. Les electronics de Sam Pluta prennent tous les risques : ils ne sont pas coloriage mais matière vive. Autonomes, ils ne rétrécissent jamais le jeu de l’un ou de l’autre. Craig Taborn, d’abord timoré – voire distancé – trouve bientôt sa voie. C’est lui qui oblige, organise l’harmonie et délivre, ça et là, quelques clusters héroïques. Ailleurs, les deux souffleurs s’autorisent les cascades habituelles et autres jeux circulaires, ici totalement renouvelés. Bouillant comme un chaudron donc.

Rocket Science : Rocket Science (More Is More Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 25 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Fluis Dynamics 02/ Life Support Systems 03/ Flutter 04/ Noise Control
Luc Bouquet © Le son du grisli

sam pluta machine language

La musique de Sam Pluta se laisse difficilement ranger en tiroirs et bocaux, mais bon, pour Machine Language, nous oserons oser minimalisme, électroacoustique, noise néo-futuriste, rock sifflant fort fort, abstraction loin d’être concrète… Bien, et maintenant, Machine Language d’un bout à l’autre ? Si l’on n’oublie que Pluta, dans les genres, a fait mieux, pourquoi pas…

Sam Pluta : Machine Language (Carrier Records)
Edition : 2012.  
CD : 01/ Machine Language 02/ Lyra 03/ Standing Waves 04/ Matrices 05/ 7:6
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Farmers by Nature : Out of This World's Distorsions (AUM Fidelity, 2011)

grislibynature

Farmers by Nature (Gerald Cleaver, Craig Taborn, William Parker) improvisent une sonate et la dédient à Fred Anderson, décédé la veille (For Fred Anderson).

Pendant dix-huit minutes, Farmers by Nature idéalisent une énergie brute sans baisse ni surcroît de régime. Monk, Cecil T et le blues dans la même bouteille : grand cru et florilège de rythmes brisés (Tait’s Traced Traits).
Farmers by Nature laissent William Parker introduire la ballade. Entre douceur et douceur. Entre statut-quo et statut-quo et sans sortie possible (Out of this World’s Distortions Grow Aspens and Other Beautiful Things).
Farmers by Nature dénudent les sons, traînent leurs voix, doutent exagérément de la forme, trouvent le salut par le rythme et n’y perdent jamais leur âme (Sir Snacktray Speaks).
Farmer by Nature ne laissent jamais taire l’archet de leur contrebassiste. Voici le guide : William Parker, ivre de dire et redire combien le rythme est porteur d’insolentes perspectives (Cutting’s Gait).
Farmers by Nature twistent d’improbables timbales, stoppent les avancées ennemies d’une contrebasse large et boisée. Toujours plus encore, installent le mouvement et se rapprochent de l’autre : du musicien, de l’auditeur (Mud, Mapped).
Farmers by Nature signent leur premier disque studio. Belle réussite me semble-t-il.

EN ECOUTE >>> Tait's Traced Traits >>> Sir Snacktray Speaks >>> Mud, Mapped

Gerald Cleaver, William Parker, Craig Taborn (Farmers by Nature) : Out of This World’s Distortions (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010.  Edition : 2011. 
CD : 01/ For Fred Anderson 02/ Tait’s Traced Traits 03/ Out of This World’s Distortions Grow Aspens and Other Beautiful Things 04/ Sir Snacktray Speaks 05/ Cutting’s Gait 06/ Mud, Mapped
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Rob Brown : Unknown Skies (Rogue Art, 2011)

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D’un duo serré entre alto et tambours et se comprimant jusqu’à l’étreinte (Bounce Back) en passant par ce jazz qu’on improvise et maltraite sans restriction (Temerity), nous retiendrons de Rob Brown (saxophone alto), Craig Taborn (piano) et Nasheet Waits (batterie), une science exacte du mouvement.

Si les deux premières plages pâtissent en fin de parcours d’un retour aux thèmes initiaux, se doit d’être mise en évidence la fluidité des compositions du saxophoniste. Rien ici pour évoquer un possible catalogage de formes préméditées mais, au contraire, l’évolution logique de ces mêmes formes en un  processus naturel, invisiblement rigoureux. Ainsi les libres spirales d’alto, les clusters du pianiste, les inquiétudes ouvertes de certains thèmes, les divers solos et duos, les surgissements et diverses transformations imprévues (le blues anxieux d’Unknow Skies soudain transfiguré en lente procession) ne cassent jamais la belle marche de cette musique. Car ces trois-là élargissent le cercle sans réserve et avec un maximum d’authenticité. Et ce, toujours.

Rob Brown Trio : Unknown Skies (Rogue Art)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011
CD : 01/ A Fine Line 02/ Unknown Skies 03/ Bounce Back 04/ The Upshot 05/ Temerity
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Nicole Mitchell : Emerald Hills (Rogue Art)

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« Mon projet, en un sens, est de me rebeller contre mon propre confort musical et d’explorer ce qui va contre lui » livre Nicole Mitchell à Alexandre Pierrepont, qui signe les notes de pochette de ce nouvel opus de la flûtiste chicagoane. Pour ce faire, Nicole Mitchell invente une nouvelle formation (« Sonic Projections ») et y convoque trois musiciens aventureux et très actifs de l’actuelle scène américaine : le pianiste Craig Taborn, le saxophoniste David Boykin et le batteur Chad Taylor. La musique alors jouée et enregistrée lors de deux journées de mai 2009 est aujourd’hui éditée par le label Rogue Art, qui pourrait reprendre à son compte pour toutes ses parutions ces mots de Nicole Mitchell rappelés premièrement.

Rarement Nicole Mitchell avait autant poussé sa musique dans ses retranchements et confronté le doux souffle de sa flûte au tumulte de la matière en mouvement. La musique se fait souvent haletante, trébuchante, maladroite pour sembler trouver un rythme de croisière bientôt à nouveau sapé de l’intérieur par des tempi se déstructurant, des timbres s’exaspérant, des instruments s’emballant. Ce jeu sur les dynamiques, et cette alternance d’acmés et calmes retrouvés, traverse tout le disque. Comme toujours, la flûtiste utilise pour ses expériences soniques le matériau protéiforme et historique de la Great Black Music : le gospel, le spoken-word, le bebop, le free jazz, le funk et la musique cosmique de Sun Ra (la liste, même si déjà longue, est loin d’être exhaustive) se retrouvent à bouillir dans le grand chaudron de l’alchimiste Mitchell.

Dans la poursuite de cette quête (la recherche dans l’inconfort d’une nouvelle voix personnelle avec pour garde fou la grande tradition musique africaine américaine), Nicole Mitchell est merveilleusement épaulée par ses trois camarades. Une mention spéciale pourrait être donnée au saxophoniste David Boykin qui, ici plus que jamais, développe un discours d’une singularité saisissante et concoure à donner à la musique de l’ensemble une fascinante étrangeté. Finalement, l’exploration de ces collines d’émeraude (très escarpées au début du disque, puis aux reliefs s’adoucissant, mais aux reflets sans cesse changeant) se terminera par une nouvelle proposition musicale qui troue le silence, Peace, sérénité trouvée grâce aux incertitudes auparavant traversées et après bien des passages escarpés, superbe morceau en apesanteur, et belle conclusion d’un des disques les plus réussis de la musicienne.

Nicole Mitchell’s Sonic Projections : Emerald Hills (Rogue Art)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Visitations 02/ Ritual and Rebellion 03/ Chocolate Chips 04/ Wild Life 05/ Wishes 06/  Emerald Hills 07/ Surface of Syrius 08/ Affirmations 09/ Peace
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Lotte Anker, Craig Taborn, Gerald Cleaver : Live at the Loft (Ilk, 2008)

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Enregistré à Cologne en 2005 – année de sortie de Triptych, première référence discographique de l’association de la saxophoniste Lotte Anker, du pianiste Craig Taborn et du batteur Gerald Cleaver –, Live at the Loft redit une classique mais redoutable approche de l’improvisation.

Pour tourner toujours autour d’éléments de mélodies – qu’elle aime répéter, développer selon son inspiration et puis abandonner pour mieux profiter de la présence de ses partenaires –, Anker ancre ses interventions à l’alto et au ténor dans une pratique instrumentale sage mais transportée à intervalles réguliers par l’habitude qu’elle a prise de céder à l’ivresse des déstabilisations. D’une progression de notes légères qu’elle institue avec Taborn sur Real Solid, Anker fait alors un matériau musical obsessionnel qu’elle altère au gré des épreuves qu’elle s’impose ; sur Magic Carpet, elle invoque la divagation comme moyen de discourir, pour intervenir en suiveuse sur Berber, se balançant au gré des spasmes commandés par Taborn et Cleaver. Une autre fois alors, le trio sera allé en équilibre entre propositions incertaines et imprécations pressantes, entre savoir conservateur et pratique libertaire.

Lotte Anker, Craig Taborn, Gerald Cleaver : Live at the Loft (Ilk)
Enregistrement : 2005. Edition : 2008.
CD : 01/ Magic Carpet 02/ Real Solid 03/ Berber
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Roscoe Mitchell: Turn (Rogue Art - 2005)

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Toujours pas rassasié de dissonances, Roscoe Mitchell. A tel point qu’en écoutant l’ouverture de Turn, enregistré récemment, le doute peut surgir, qui interroge l’intérêt à envisager d’un possible enregistrement de plus. Au son de For Cynthia, même, ne relever qu’un fouillis d’interventions lasses, non seulement sans queue ni tête, mais apte encore à inoculer l’ennui.

Pourtant, en troisième plage, fait surface Quintet Nine, drôle de bop appuyé par une flûte, et bousculé bientôt par Jaribu Shahib, dont le riff de contrebasse ordonne qu’on se fie à son instinct. Alors, l’atmosphère change radicalement. Se met en place un jazz répétitif et boisé, proche de ceux défendus jadis par Ronnie Boykins ou Ran Blake, et assez sûr pour gagner l’entier album à sa cause.

Voici donc remises au goût du jour les anciennes émulsions sur l’instant, fières de ruer dans les brancards (Horner Mac) ou de tout concéder à une polyphonie salvatrice (After). Les prises de son, lointaines, rapprochent encore le quintette d’un free originel (Turn, Take One), hésitant entre quelque marche désossée (March 2004) et de petits moments réservés aux seules percussions de Tani Tabbal - tradition retenue de l’Art Ensemble de son leader (For Now, That’s Finished).

Au moyen d’un phrasé rappelant celui de Donald Ayler, le trompettiste Corey Wilkes convainc presque à chaque fois, tandis que le pianiste Craig Taborn dépose les bornes nécessaires au bon dépassement. Quelques maladresses, toutes rassemblées sur deux morceaux (le mini funk bancal Rhine Ridge et In Six, romance sérieuse), ne peuvent empêcher Roscoe Mitchell de mener à bien un disque qui, sans renouveler le genre – est-ce à lui de se charger encore de la tâche ? – brille par son élégance révérencieuse.

CD: 01/ Quintet One 02/ For Cynthia 03/ Quntet Nine 04/ For Now 05/ Horner Mac 06/ Rhine Ridge 07/ Page Two A 08/ March 2004 09/ In Six 10/ Turn 11/ Take One 12/ Page One 13/ That’s Finished 14/ After

Roscoe Mitchell Quintet - Turn - 2005 - Rogue Art. Distribution Orkhêstra International.

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Anker, Taborn, Cleaver: Triptych (Leo Records - 2005)

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Après avoir fait ses classes auprès de Bob Brookmeyer, Joe Henderson ou John Tchicai, la saxophoniste danoise Lotte Anker joua en quintette aux côtés de Niels-Petter Molvaer, avant de se tourner, en 1995, vers la musique improvisée. En compagnie du pianiste Craig Taborn – sideman de James Carter ou de l’Art Ensemble Of Chicago -, et du batteur Gerald Cleaver, elle dresse un Triptych à sept faces, dense et percussif.

Grinçantes, d’abord, les attaques de Cleaver, connaissant lui aussi à merveille l’improvisation et ses débordements pour les avoir mis en lumière auprès, entre autres, de Peter Kowald. Prenant rapidement en main la situation, la retenue engage le trio à mesurer sagement l’intrusion périodique des assauts, avant de ne plus rien filtrer des phrases fulgurantes (Triptych).

Chaleureux, le saxophone dirige les efforts de ses partenaires sur une composition moins libre que déconstruite, avançant irrémédiablement jusqu’au brouhaha intentionnel (Cumulus). Déliés nonchalamment, les motifs circulaires du piano, traités au rythme des densités sur Mr. Yin & Mr. Yan, trouvent leur véritable raison d’être sur The Hierophant.

C’est justement là que le trio l’emporte. Les graves y bousculent le fond institué par une rythmique presque descriptible, en attendant l’entrée en jeu d’Anker. Chose faite, le grain charmeur du saxophone, pourtant semeur de trouble, persiste et signe la puissance d’un morceau implacable, infiltré de redondances.

La tempête essuyée de manière majestueuse, reste un piano flottant sur quelques coups répétés sur cymbales (Frog Floating). Emportements et instants de calme se disputent une dernière fois toute la place, avant de noyer l’intérêt à force d’insistance. Seul laisser-aller de rien concédé par la maîtrise du trio, dans la composition d’un Triptych vertueux de profondeur.

CD: 01/ Triptych 02/ Lotuseating 03/ Cumulus 04/ Mr. Yin & Mr. Yan 05/ The Hierophant 06/ 1. Act 07/ Frog Floating

Lotte Anker, Craig Taborn, Gerald Cleaver - Triptych - 2005 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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