Le son du grisli

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Lama, Chris Speed : Lamaçal (Clean Feed, 2013)

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Les formes ne sont pas audacieuses. En un sens, pas du tout révolutionnaires. Mais qui vise la Révolution aujourd’hui ? Ce sont des formes utilisées, rabâchées depuis des lustres. Des formes qui font s’enchevêtrer les souffles (ici trompette et clarinette). Des formes qui ne rejettent pas le chorus spacieux du contrebassiste (Moby Dick). Des formes qui rappellent l’harmolodie d’un certain Ornette C (Pair of Dice). Des formes qui jouent avec les fantômes et les electronics (Overture for a Wandering Fish, Manta). Des formes d’hier et dont les lendemains ne sont pourtant jamais cloisonnés.

Ici, Lama ne jette pas ses bases aux orties mais, au contraire, en parcourt la substance sans se départir d’une fougue jubilatoire. Il y a de la fraîcheur chez nos amis lusitaniens, un souci d’explorer plus que de convaincre. Et si on peut préférer leur premier enregistrement, Oneiros, Susana Santos Silva (une vraie présence), Gonçalo Almeida, Greg Smith et Chris Speed, l’invité, réussissent à nous faire oublier ces « modernes » combos dont le copier-coller commence à nous saturer les oreilles.

Lama, Chris Speed : Lamaçal (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ouverture for a Wandering Fish 02/ Lamaçal 03/ Moby Dick 04/ Cachalote 05/ Pair of Dice 06/ Anémona 07/ Manta
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jacob Anderskov : Agnostic Revelations (Ilk, 2010)

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A l’écoute de ce disque, on a envie de s’emporter, de le louer avec emphase, mais l’emphase est certainement le qualificatif qui sied le moins à ce disque. Pour s’inspirer du titre de l’album, on pourrait dire que la révélation ne naît ici pas de la certitude, mais au contraire du doute. Les musiciens semblent vouloir jouer l’ombre que projettent les mélodies plutôt que leur évidente lumière, l’envers de la partition ou du moins sa partie cachée.

On entend ici une musique de réserve, donc, d’humilité, de mystère, de tâtonnements, de hasards. Une musique du flottement, des possibles, des directions brouillées dans lesquelles est remarquable la concentration avec laquelle les musiciens s’écoutent pour faire progresser la musique par petites touches (Warren Street Setup, Dream Arch).

Jacob Anderskov, pianiste danois, a du beaucoup rêver cette musique avant de proposer à ses trois compagnons américains de l’incarner enfin. Chris Speed, à la clarinette et au saxophone, est impressionnant, d’un bout à l’autre de ce disque, de retenue, d’intériorité serait-on tenté de dire, et le son ample et étale qui le caractérise est ici beau comme jamais (Be Flat and Stay Flat). La section rythmique n’est pas en reste. Tout ce que jouent Gerald Cleaver (batterie) et Michael Formanek (contrebasse) est pertinent : il faut les écouter sur l’intro de Diamonds Are for Unreal People, relancer la machine, être partout à la fois, sans jamais s’imposer inutilement.

La prise de son et la production, supervisées par le pianiste lui-même, sont superbes et concourent à donner à ce disque son unité : pas de brillance mais une matité qui confère à l’ensemble une certaine aura, telle les lointaines lumières que l’on devine à travers un trop épais brouillard.

Jacob Anderskov : Agnostic Revelations (Ilk)
Enregistrement: 2009. Edition: 2010.
CD : 01/ Warren street setup  02/ Be flat and stay flat  03/ Pintxos for Varese  04/ Blue in the face  05/ Diamonds are for unreal people  06/ Solstice 2009  07/ Neuf  08/ Dream arch
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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