Le son du grisli

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Arthur Blythe (RIP) : The Grip (India Navigation, 1977)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

A l’occasion de leur réédition, The Grip et Metamorphosis, références de la discographie d’Arthur Blythe enregistrées en concert le 26 février 1977, furent couplées sur un CD dont l’un des titres interroge : « My Sun Ra », lit-on ainsi sur le carré miniature quand le trente-trois tours affichait, lui, « My Son Ra ». La différence est de poids.  

Si Arthur Blythe a fréquenté l’Arkestra, ce n’est pas celui du musicien d’outre-espace mais celui d’un autre pianiste : Horace Tapscott. Dans The Musical and Social Journey of Horace Tapscott, celui-ci révèle de quelle manière il rencontra l’altiste de San Diego, alors homme du blues connu sous le nom de Black Arthur, pour l’intégrer bientôt à son Pan Afrikan Peoples Arkestra. Là, Blythe servit souvent les vues de Tapscott avec la même ardeur et la même foi que Lawrence ‘’Butch’’ Morris, David Murray ou encore Wilber Morris. Comme eux aussi, il quittera Tapscott et la Côte Ouest pour New York. Là, il se fera entendre dans les formations de Chico Hamilton et Gil Evans, Lester Bowie et McCoy Tyner, et profitera d’un passage au Brook pour enregistrer pour la première fois en meneur – c’est là le disque qui nous intéresse – à l’âge de 37 ans.

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Des choses apprises par Blythe auprès de Tapscott, The Grip retient un goût pour les associations instrumentales peu répandues et – en conséquence – une réflexion sur les arrangements. Auprès du saxophoniste, on trouve ainsi Ahmed Abdullah (trompette), Bob Stewart (tuba), Abdul Wadud (violoncelle), Steve Reid (batterie) et Muhamad Abdullah (percussions), allant au rythme de formes musicales étranges : concentration braxtonienne exigée par le thème de « The Grip » (évanouie lorsque l’heure sonne de la récréation), unisson de l’alto et du tuba sur un thème de Walter Lowe (« Spirits in the Fields »), orientalisme attendu de « Lower Nile », chant de fragilités partagées (« Sunrise Service ») ou pièce d’une fanfare d’avant-garde dont chacun des membres aura l’occasion de se faire entendre comme jamais auparavant (« As of Yet »). Là, le saxophoniste fait de Stewart le souteneur renvoyant aux groupes itinérants de la Nouvelle-Orléans : le tubiste le remerciera de sa fidélité : on le retrouvera longtemps auprès de Blythe, en concerts comme sur disques (Bush Baby, Lenox Avenue Breakdown, Night Song, Spirits in the Fields, Focus, Exhale).

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Lorsque The Grip se termine, le mystère n’est pas dévoilé : sur « My Son Ra », le souffle de Blythe fait encore œuvre de délicatesses et ne peut laisser présager de l’avenir du saxophoniste : ce contrat avec Columbia a-t-il imposé ce clinquant à sa sonorité, commandé cette fusion piteuse ou conseillé ce retour à la tradition, essai que d’autres que lui sauront mieux (en fait, plus efficacement) transformer ? Son histoire s’est faite ensuite au son d’associations plus prometteuses qu’inventives : Together Again en 1988 avec Horace Tapscott, John Carter et Bobby Bradford ; retrouvailles avec Lester Bowie dans The Leaders (en présence de Famoudou Don Moye et Chico Freeman) ; remplacement de Julius Hemphill dans le World Saxophone Quartet en 1990 ; concerts donnés deux ans plus tard en compagnie de Sam Rivers, Nathan Davis et Chico Freeman... Si l’épreuve est plus ou moins convaincante, on y discerne toujours l’empreinte d’un alto singulier qui aura pu le meilleur à l’aube de la quarantaine.

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Hamiet Bluiett : Orchestra, Duo & Septet (Chiaroscuro, 2011)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Dès le titre, l’affaire est entendue. Deux jours de 1977, Hamiet Bluiett essaya trois combinaisons. Hamiet Bluiett et Don Pullen s’y essayèrent ensemble, pour être juste. La pièce du duo n’est pourtant pas la plus marquante des trois que l’on trouve sur Orchestra, Duo & Septet – ce Nioka qui avoue sa faiblesse sur piano romantique avant d’abandonner tout désir d’audace aux promesses des formations plus épaisses.

A l’orchestre rendant Glory (Symphony For World Peace) et au septette combinant Oasis et The Well, donc. Entre le baryton et la clarinette de Bluiett et le piano de Pullen s’immiscent ainsi >>>

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Le sous-titre de « Glory » prévenait de l’emphase du projet orchestral. Sa théâtralité est évidente, mais la forme de son propos n’est jamais arrêtée. La « symphonie » de moins d’un quart d’heure traverse un champ récitatif nébuleux avant d’accorder deux emportements à la traîne desquels l’orchestre brode : écarts dissonants d’un Pullen tissant des liens avec l’art de Chris McGregor période Blue Notes et impétuosités barytones de Bluiett. Et puis, la machine se grippe : les cuivres œuvrant au changement de décor les font tomber tous, événement que l’entier groupe reprend à son compte pour vociférer sur ruines fantastiques.

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The Well is there for all. La seconde face est celle d’un septette bon enfant d’allure et pourtant tranchant net en faveur d’une rosserie musicale jouant de contrastes. Bluiett divague dans les hauteurs de son baryton avant de répéter une note grave à laquelle les cordes opposeront des sifflements descendants : l’« Oasis » faite fontaine de jouvence, comme le laisse concevoir ce court texte au dos de la couverture.

La même année, Hamiet Bluiett s’essaya aussi au solo. Birthright fut enregistré en loft, à New York encore. Il y fait preuve d’une instabilité qui le détache une autre fois de toutes conventions (de style, notamment). Le label India Navigation publia ce solo. Un rapprochement avec Chiaroscuro aurait permis l’édition d’un disque double célébrant le grand art d’Hamiet Bluiett, toujours égal, qu’il ait été seul ou diversement accompagné.

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