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Bob Downes : Deep Down Heavy (MPS, 1970 ?)

bob downes deep down heavy

Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Il est difficile de dater Deep Down Heavy, vraisemblablement pas enregistré l’année de sa sortie en 1970, parution curieusement assurée par un label spécialisé dans les éditions peu chères et de piètre qualité (ce qui n’est pas le cas ici), comme si cela avait été la seule possibilité afin que cet album voie le jour. Ce que paraît confirmer le fait que Bob Downes, la même année, sortit d’autres disques bien plus achevés, après qu’il eut signé un contrat avec la prestigieuse maison de disques Vertigo versée dans les musiques progressives. Et pourtant, dans leur catalogue, ce sympathique et jouissif Deep Down Heavy aurait eu fière allure aux côtés des albums de Black Sabbath, Cressida et May Blitz.

Bob Downes est un musicien assez peu connu, et pour le moins atypique, qui paraît avoir touché à tout avec un égal bonheur, jusqu’à une certaine époque. Compositeur et arrangeur de talent, il joue surtout de la flûte, aussi du saxophone ténor, et accessoirement des percussions. Open Music, Electric City et Deep Down Heavy sont ses trois meilleurs albums : on en dira qu’ils sont difficiles sinon impossibles à étiqueter – leur rapport au free jazz n’étant d’ailleurs que périphérique, bien que Bob Downes se soit très tôt acoquiné avec certains de ses représentants, dont Barry Guy et John Stevens.  

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En fait, ces premiers jets mixent de manière pertinente beaucoup de ce qui interpellait au début des seventies dans l’underground. L’électricité, par exemple, leur confère les couleurs du rock, sans que certaines des contraintes la plupart du temps inhérentes au genre n’alourdissent un propos déjà bien chargé. Et quant au jazz, il s’y révèle étrangement rehaussé au contact du hard rock alors en vogue. Ainsi pourrait-on parler de hard-free-rock-jazz, comme l’on parlera plus tard de jazz-core en se référant au hardcore d’un Napalm Death.  
 
Tout ceci n’est guère étonnant si l’on connaît le parcours de Bob Downes, formé aux côtés de John Barry avant de rejoindre Manfred Mann’s Earth Band. Parler de free progressif conviendrait presque, puisque l’on entend aussi Bob Downes, à la même époque, dans Egg (un groupe de l’école dite de Canterbury dont il fut l’invité), au sein de l’orchestre de Mike Westbrook, ou dans Rock Workshop, l’une des formations dont Ray Russell fut la comète.

Ray Russell  – justement, parlons-en … En fait c’est lui qui constitue probablement (avec Harry Miller à la basse électrique) l’une des raisons majeures d’écouter Deep Down Heavy, sur lequel s’illustre également Chris Spedding. Soit deux guitaristes cultes – les moulinets du premier écrasant pourtant le second sur « Don’t Let Tomorrow Get You Down » et en d’autres endroits.

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Ray Russell – donc … Certainement l’un des grands guitaristes du free avec Masayuki Takayanagi et Sonny Sharrock. Tous trois beaucoup plus proches les uns des autres qu’on ne l’imagine de prime abord. Et pour s’en convaincre, on jettera une oreille attentive à l’enregistrement public de Ray Russell à l’I.CA. ressorti par Jim O’Rourke ; au Black Woman de Sonny Sharrock ; et au coffret Archive 1 de Masayuki Takayanagi. Il n’est guère surprenant que Ray Russell soit l’un des guitaristes favoris d’Alan Licht et Rudolph Grey, tous deux passés par The Blue Humans, groupe de free-rock new-yorkais ayant intégré en pleine no wave les free jazzmen Arthur Doyle et Beaver Harris.

Deep Down Heavy – pour y revenir – est un drôle de bazar. Un pseudo-concept album bordélique à souhait, et dont les textes écrits par Robert Cockburn, puis mis en musique, se montrent à la hauteur de l’iconoclastie ambiante.  Assez peu de disques dans le jazz britannique de l’époque se révèlent à la hauteur de celui-ci, en dehors de certains opus de Mike Westbrook, Graham Collier, Ian Carr, John Surman, Harry Beckett, Henry Lowther, Keith Tippett ou Neil Ardley. Son irrépressible singularité, Deep Down Heavy ne la partagerait toutefois qu’avec le psychédélique Mouseproof d’un autre guitariste d’importance : G.F. Fitz-Gerald, généralement apprécié des amateurs pour ses solos improvisés et ses duos avec Lol Coxhill.

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