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Jason Weiss : Always in Trouble (Wesleyan, 2012)

Jason Weiss Always in Trouble

Pour supporter sa propre histoire, chacun y ajoute un peu de légende.
Marcel Jouhandeau

Le sujet était délicat, d’autant que c’est Bernard Stollman en personne qui a passé commande à Jason Weiss – qui publia en 2006 l’indispensable Conversations de Steve Lacy – d’un livre qui raconterait l’histoire du label qu’il a créé : ESP-Disk. Délicat, puisque l’on sait les difficultés récurrentes que connut l’avocat devenu producteur pour honorer les contrats qu’il signa avec « ses » artistes. Au début du livre, l’homme s’en explique ou, plutôt, évoque des impératifs bien indépendants de sa volonté – plus loin, Patty Waters, Gunter Hampel ou Tom Rapp (Pearls Before Swine) accuseront chacun à leur façon Stollman de malhonnêteté : la première en déclinant l’invitation à participer à l’élaboration d’Always in Trouble, le second en révélant que l’expérience ESP l’incita à monter son propre label, Birth ; le troisième en s’amusant des prétextes donnés par Stollman pour ne pas s’acquitter des sommes dues.

D’autres témoignages – celui d’un autre producteur, Leo Feigin, premier de tous – balaient la question en insistant sur le corpus monumental du label, comme put le faire Jacques Coursil, qui me confia en 2010 : « Le free jazz des débuts s'est montré très inventif et on souffre un peu de le savoir à la fois historique et à la fois délabré d'un point de vue commercial. On a parfois eu du mal à être payés, oui, c’est vrai. Malgré tout, les disques sont encore là aujourd'hui... Ça aussi c'est l'histoire du monde. » Le corpus monumental du label, voilà de quoi faire taire la polémique et conseiller la lecture approfondie de l’ouvrage de Jason Weiss.   

On ne reviendra pas là sur les références qui font le catalogue d’ESP-Disk – Free Fight en est plein –, mais il faudra redonner les dates entre lesquelles celles-ci ont été publiées : 1964 (Spiritual Unity d’Albert Ayler) et 1974 (The Will Come Is Now de Ronnie Boykins). Décennie propice à la flamboyance (pas seulement dans le domaine du jazz, ce qu’atteste mieux qu’aucun autre le catalogue ESP) sur laquelle revient ici Bernard Stollman. A Weiss, il raconte ses origines familiales et son histoire, longuement. Quel « crédit » apporter à ses dires ? Une vue d’ensemble se dégage quand même si l’on ne peut, à la lecture, démêler le vrai du faux, encore moins les inévitables conflits d’intérêts. Voilà pour les quatre-vingt premières pages .

La suite, deux-cents autres pages, consigne d’autres témoignages : ceux de figures jadis estampillées (Burton Greene, Alan Sondheim, Milford Graves, Marion Brown, Sunny Murray, Sonny Simmons, Giuseppi Logan…), musiciens ayant œuvré récemment à sa renaissance – Joe Morris explique par exemple sa relation inspirante avec Lowell Davidson – et amateurs du catalogue  (Evan Parker, William Parker, Ken Vandermark…). Tous racontent leur rapport à l’homme Stollman ou à l’étiquette ESP. Mais pas seulement : ainsi est-ce en s’écartant de son sujet principal pour s’intéresser aux musiciens (à leur art, leurs travaux, leurs rencontres, leurs associations…) que Weiss parvient à retourner l’exercice imposé : à en faire un livre non plus sur ESP, mais sur les musiciens d’exception qui l’ont nourri.

Jason Weiss : Always in Trouble. An Oral History of ESP-Disk, the Most Outrageous Record Label in America (Wesleyan University Press)
Edition : 2012.
Livre (en anglais).
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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