Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Fernández, Parker, Guy, Lytton: Topos (Maya - 2007)

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Le lendemain de l’enregistrement, en concert, de Zafiro (Barcelone, mars 2006), le trio Evan Parker (saxophones) / Barry Guy (contrebasse) / Paul Lytton (batterie) accueillait le pianiste Agustí Fernández, et donnait avec lui Topos.

Placée sous le signe de la mesure, la rencontre donne naissance à une musique intuitive séduite autant par les tourments auxquels se laissent aller Parker et l’archet de Guy (Open Systems) que par des efforts déployés à deux doigts du silence (Still Listening). Expérimentale, aussi, conformément aux habitudes des musiciens – Fernández grattant de l’intérieur les cordes de son piano (In Praise of Shadows), Lytton servant avec panache, sur Smart Set, chacune de ses inspirations déconstruites.

Ailleurs encore, une abstraction nébuleuse (Inner Silence) et une pièce classique d’apparence sur laquelle butent bientôt deux notes de piano et de soprano (This One is for Kowald) ; l’incontournable Moon over BCN, enfin, qui impose aux arpèges de Fernández d’accueillir les circonvolutions du ténor sur une section rythmique à la discrétion adéquate. Topos en neuf actes consacrés à l’art de la maîtrise.

CD: 01/ Coalescence 02/ Open Systems 03/ In Praise of Shadows 04/ Air / Luft 05/ Still Listening 06/ Moon over BCN 07/ Smart Set 08/ This One is for Kowald 09/ Inner Silence

Agustí Fernández, Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton - Topos - 2007 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.



Barry Guy: Portrait (Intakt - 2007)

portrait_guyAprès avoir dressé le portrait d'Irène Schweizer, le label Intakt s’attaque à celui du contrebassiste Barry Guy.

On sait le goût de Guy pour les écarts. Ceux qu’il se permet entre un lyrisme régulièrement emporté par les dissonances à la tête du London Jazz Composers Orchestra (aux free jazzmen inspirés: Paul Rutherford
sur Ode Part 1, ou Evan Parker et Paul Dunmall sur Harmos) et une improvisation libre en solo (les grincements à l’archet et les cordes accrochées de Toujours rouge et I Have Crossed By The Grace of The Boatman), par exemple ; ceux, aussi, dus à un aller-retour entre les déconstructions d’un New Orchestra parmi lequel on trouve, entre autres, Mats Gustafsson et Raymond Strid (Inscape), et les rencontres productives en petit comité - des délicatesses mises en place aux côtés du pianiste Agusti Fernandez et du batteur Ramon Lopez (Odyssey) aux gestes vindicatifs fomentés avec Evan Parker et Paul Lytton (Agreement).

Fidèle, le portrait présnte les multiples facettes découvertes sous le masque du musicien d’avant-garde. A l’amateur, maintenant, d’aller y voir, et de poursuivre ensuite une exploration prometteuse.

CD: 01/ Ode Part 1 02/ I Have Crossed by the Grace of the Boatman 03/ Harmos 04/ Agreement 05/ Sleeping Furiously Part 3 06/ She Took the Sacred Rattle and Used It 07/ Double Trouble 08/ Alar 09/ Odyssey 10/ Veni Creator Spiritus 11/ Inscape – Tableaux Part VII 12/ Toujours Rouge

Barry Guy - Portrait - 2007 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.


Agusti Fernandez, Barry Guy, Ramon Lopez: Aurora (Maya Recordings - 2006)

aurosliEn compagnie du contrebassiste Barry Guy et du percussionniste Ramon Lopez, le pianiste Agusti Fernandez choisit huit de ses compositions personnelles et une autre signée Guy pour dépeindre son univers singulier, déployé ici au rythme de pièces enveloppantes.

Parti au son d’un thème et d’une production trop polie (Can Ram), le trio sert ensuite avec sensibilité des pièces qui mêlent, tour à tour, l’influence de musiciens en marge (Gurdjieff et Hartmann sur Aurora 1), de classiques oubliés (élans baroques de l’archet de Guy sur Don Miquel ou Emaneta) ou de standards de jazz paisible (Please, Let Me Sleep).

Fuyantes, les compositions accueillent ici des éléments hispanisant (David M, Aurora 2), là, des précipitations inattendues et altières (Rosalia). Postures infimes et salutaires, qui font vaciller le propos évanescent de l’ensemble entre jazz quiet et musiques nouvelles atmosphériques. Sophistiqué et réussi.

CD: 01/ Can Ram 02/ David M. 03/ Aurora 1 04/ Don Miquel 05/ Rosalia 06/ Please, Let Me Sleep 07/ Odyssey 08/ Aurora 2 09/ Umaneta

Agusti Fernandez, Barry Guy, Ramon Lopez - Aurora - 2006 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.


Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton: Zafiro (Maya Recordings - 2006)

zafirosliPour s’être souvent associés, ces 40 dernières années, les improvisateurs de choix que sont Evan Parker, Barry Guy et Paul Lytton, se connaissent bien. En 2006, ils se rencontraient une nouvelle fois, à Barcelone, histoire de célébrer des noces que l’on qualifiera, pour la circonstance, de saphir (Zafiro).

En trio, les musiciens combinent sur ID1 leurs ruades différentes: brutes, celles de Parker au ténor ; abrasives, celles que Guy fomente à la contrebasse ; retenues, celles que concède Paul Lytton à la batterie. Changeantes, aussi, les attitudes de chacun : pratique peu conventionnelle de Guy (ID5), insatiabilité de Parker au soprano sur l’archet vindicatif de la contrebasse (ID7), exploration rigoureuse (et en solo) d’une forêt de percussions par Lytton (ID4).

Ailleurs, d’autres combinaisons encore: duos Guy / Lytton - investissant un exercice répétitif et charmant (ID8) - et Parker / Guy - découvrant, au creux d’un brouhaha expansif, les traces d’oiseaux de feu ultramodernes (ID9). Lâchés au-dessus de Zafiro, expérience inapaisée capable de mettre au jour un paquet de trouvailles rassurantes.

CD: 01/ ID1 02/ ID2 03/ ID3 04/ ID4 05/ ID5 06/ ID6 07/ ID7 08/ ID8 09/ ID9 10/ ID10 Zafiro Encore

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton - Zafiro - 2006 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.


Jacques Demierre, Barry Guy, Lucas Niggli : Brainforest (Intakt, 2006)

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Après cinq années de collaborations en trio, le pianiste Jacques Demierre, le contrebassiste Barry Guy et le batteur Lucas Niggli, profitent de l’enregistrement de deux concerts donnés en 2004 pour sceller officiellement leur entente.

Pour l’occasion, sept extraits ont été choisis, consacrés tous à une improvisation à tête chercheuse. Sur Whalebalance, notamment, où les musiciens évaluent leurs chances de mettre la main sur la formule immédiate et acceptable. Alors, à peine soulevé le voile léger de l’introduction, le trio choisit de multiplier les attaques annonciatrices de chaos. Lâché à son tour, celui-ci laisse dans son sillage quelques notes discrètes effleurant un silence à partir duquel tout serait à reconstruire.

A l’image d’un dessin de Ralph Steadman, les morceaux changent au gré des coups de musiciens qui se plaîsent à noircir – voire, tâcher - la page blanche de leurs idées fastes. Retenant leurs élans, avant de les pousser dans le dos, selon le rythme que Niggli donne à l’ensemble, traitant un swing à la hache (Les envahisseurs) ou ponctuant les pièces de coups légers sur cymbales (Brainforest). Ailleurs, les gestes amples et les intentions lascives de Guy décident à elles seules de la forme de La fuente de la juventud.

Demierre, quant à lui, évalue ses propositions de façon plus concrète, multipliant les phrases nerveusement décousues (Wucher) ou lâchant au bon moment quelques morceaux d’accords impétueux (Brainforest). Soit, vient parfaire un exercice adroitement mené dans un tumulte où chaque turbulence révèle un monde à part entière, pour peu qu’on s’y attarde.

Jacques Demierre, Barry Guy, Lucas Niggli : Brainforest (Intakt / orkhêstra International)
Edition : 2006.
CD : 0
1/ Giardino Calante 02/ Brainforest 03/ La fuente de la juventud 04/ Les envahisseurs 05/ Whalebalance 06/ Wurzelbehandlung 07/ Wucher
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Barry Guy : Study II, Stringer (Intakt, 2005)

london jazz composers orchestra study ii

A la tête du London Jazz Composers Orchestra depuis 1970, le contrebassiste Barry Guy n’en finit pas d’interroger la faculté qu’a l’individu de s’affirmer au sein d’un collectif là pour respecter des règles. Celles qu’un musicien doit suivre pour rendre une œuvre écrite, tout en évaluant les permissions d’y instiller un peu de Soi improvisé. Deux pièces enregistrées à dix ans d’intervalle illustrent ici le propos.

En 1980, Guy menait un Stringer long de quatre mouvements (Four Pieces For Orchestra). Oscillant déjà entre jazz et contemporain, gestes déraisonnables et structures contraignantes, il dirige un ensemble d’une vingtaine de musiciens dans un univers de métal. Bande passante chargée de propositions variées, la première partie chancelle au gré des assauts du contrebassiste Peter Kowald avant d’accueillir les percussions insatiables de Tony Oxley et John Stevens, ou le free appliqué du saxophoniste Trevor Watts.

Continuant à distribuer les solos, Guy engage Kenny Wheeler à déposer sa trompette sur une suite répétitive et baroque, en guise de deuxième partie. Puis arrive l’heure des souffles : Peter Brötzmann et Evan Parker rivalisent d’emportement sur Part III, quand le clarinettiste Tony Coe préfère confectionner quelques phrasés courbes. En guise de conclusion, les batteurs reviennent le temps d’un grand solo, qui pousse l’ensemble à investir enfin un chaos revendiqué et intraitable.

Si Stringer trouve naturellement sa place dans la riche discographie de la scène improvisée européenne de son époque, Study II, enregistrée en 1991, échappe davantage aux classifications. Cette fois, l’orchestre bâtit une musique nouvelle tirant sa substance des expériences de Berio ou de Cage. Montent des nappes quiètes, écorchées tout juste par des notes multidirectionnelles échappant au cadre ou par quelques grincements promettant la charge à venir.

Grâce aux coups de Paul Lytton, les musiciens trouvent la faille et s’y engouffrent à 17 : la contrebasse de Barre Phillips, les saxophones d’Evan Parker, Trevor Watts et Paul Dunmall, le piano retenu d’Irène Schweizer, le trombone de Conrad Bauer, surtout, imposent un marasme fertile. Ainsi, Study II prouve qu’une décennie peut accueillir l’évolution. Et que la somme des documents la concernant peuvent servir une même idée sur un timbre différent. Deux élans parmi tellement d’autres, mais grâce auxquels Barry Guy lustre les rayons rococo d’une musique exubérante et singulière : la sienne, et un peu celle de chacun des autres.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Study II, Stringer (Intakt / Orkhêstra International)
Réédition : 2005.
CD : 01/ Study II 02/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part I 03/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part II 04/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part III 05 Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Tri-Dim, Jim O'Rourke, Barry Guy : 2 of 2 (Sofa, 2001)

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Compilation d’enregistrements ou projets divers réunis par Tri-Dim afin d’élaborer un deuxième album hybride, 2 of 2 a été confectionné en compagnie de monstres-parrains de choix. Auprès du trio norvégien, donc : Barry Guy et Jim O’Rourke.

Il est malgré tout normal de revenir sur les présentations. Enregistré en concert sans aide extérieure au trio, Håkon Kornstad (anches), David Stackenäs (guitare) et Ingar Zach (percussions) installent en frénétiques un 01 qui mêle assauts et fulgurances sans décoller vraiment. Réunis pour investir ensemble un propos improvisé, ils ne parviennent pas à démontrerici des talents qu’on a pu leur reconnaître ailleurs.

Invité à construire 02 en assemblant à sa guise des parcelles d’enregistrements inédits du trio, Jim O’Rourke impose d’abord des concisions, glisse de longs silences dans les collages. Le grain du saxophone, à peine perceptible, lance une programmation électronique élégante, oscillant au gré des allées et venues de basses sur un bourdon rendu par quelques boucles discrètes. La rencontre avec Barry Guy s’est tenue, elle, au Molde Jazz Festival. En retrait sur l’ouverture de 03, l’archet du contrebassiste ne tarde pourtant pas à abandonner un phrasé introspectif pour donner à entendre un amas féroce et irrésistible, soutenu intelligemment par la guitare et les percussions. Les pizzicatos chassent ensuite l’archet décadent et décident d’un calme indigne de confiance. Insufflant l’essentiel de la substance de 04, qui reprend le chaos là où le quartette l’avait laissé, Guy impose le retour à l’ordre et au calme afin d’envisager au mieux la conclusion.

Voici donc installés, sur 2 of 2, trois univers différents aux ramifications se chevauchant parfois. Aperçu des formes que peut épouser l’improvisation, enregistrée sur le vif ou travaillée ensuite. Et de l’influence de superviseurs choisis sur la qualité de l’œuvre.

Tri-Dim, Jim O'Rourke, Barry Guy : 2 of 2 (Sofa)
Edition : 2001.
CD : 01/ 01 02/ 02 03/ 03 04/ 04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Barry Guy: Oort-entropy (Intakt - 2005)

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S’adonnant avec ténacité au mélange des genres (jazz, musique improvisée, contemporain), restait au contrebassiste Barry Guy à régler la question du nombre. Chose faite, sur Oort-entropy, dernier album en date, pour lequel il aura dû conduire neuf musiciens au sein d’un New Orchestra idéal.

Sur un traité de décomposition oscillant sans cesse entre l’unisson d’intervenants choisis et l’amalgame de décisions individuelles en réaction, l’auditeur n’a d’autre choix que de dresser la liste des atouts remarquables - options irréprochables du batteur Paul Lytton, couleurs fauves que le tromboniste Johannes Bauer distille à l’ensemble. Volée d’attaques incandescentes, Part I connaît aussi quelques pauses, convalescences prescrites par Guy et AgustÍ Fernández, pianiste imposant un romantisme inédit.

Les notes inextricables du duo Parker / Guy inaugurent ensuite Part II, pièce envahie par des nappes harmoniques sur lesquelles se greffent des souffles en transit, la flamboyance du trompettiste Herb Robertson, ou encore, l’étrange musique d’un monde de métal (coulissant, grinçant, résonant). Un hurlement de Mats Gustafsson règlera le compte des indécisions, ouvrant la voie au chaos instrumental, mené jusqu’aux flammes par la batterie de Raymond Strid.

Si Part I déployait en filigrane l’influence de Berio, Part III joue plus volontiers des tensions dramatiques d’opéras plus anciens. Majestueux, Evan Parker déroule des phrases derrière lesquelles tout le monde attend, fulgurances aigues sur énergie qui ne faillit pas. Dévalant en compagnie de Fernández les partitions en pente, le soprano mène une danse implacable, malheureusement mise à mal par l’intervention de Strid, qui vient grossièrement perturber l’évolution de la trame, jusqu’à la rendre trouble.

Si cette erreur de dosage n’avait été, Guy se serait montré irréprochable dans la conduite d’un microcosme en désagrégation, mis en reliefs par une palette irréprochable de musiciens en furie. Abrasif à la limite du délictueux et production léchée, il faudra aussi voir en Oort-entropy une référence indispensable à qui veut s’essayer à la cosmogonie des conflits de Barry Guy.

CD: 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III

Barry Guy New Orchestra - Oort-entropy - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.


Barry Guy, Marilyn Crispell, Paul Lytton : Ithaca (Intakt, 2004)

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Après s’être laissé une première fois aller aux rythmes des aventures d’Ulysse (Odyssey, 2002), le trio emmené par le contrebassiste Barry Guy poursuit la traversée. Avec en tête l’achèvement du voyage, il traduit en musique le mystère du retour à Ithaque, déjà réfléchi par le prisme d’une œuvre de George Vaughan (voir pochette).

En confrontant sa musique à la peinture et à l’architecture moderne, il semblerait que Guy optimise l’inspiration délicate. Seul, il se montre capable de commander des assauts à l’archet (First Shard), de trahir des tourmentes au son d’hammers emportés (Second Shard), ou de se concentrer assez pour entendre des voix (Third Shard).

En trio, on élève des temples à la subtilité. De chaos organique instauré (Zinc) en improvisations sereines et élégantes (Broken Silence, Unfolding), il cherche et trouve les nuances de décisions abruptes (Zig Zag). Grave et emporté, le piano élit domicile à chacun des étages visités par Marilyn Crispell.

Evoquant aussi bien, et sur un même morceau, Irene Schweizer que Gonzalo Rubalcaba (Fire And Ice), Crispell épate par la qualité de ses choix. Paraphrasant ingénument les parties d’archet de Guy, la voici portée au pinacle par la précision tout en retenues du batteur Paul Lytton (Ithaca).

Lied méditatif du compositeur Buxtehude (1637-1707), Klaglied conclut sereinement l’enregistrement. Interprétation aux harmoniques minutieuses et aux canons partiels, qui assure trois musiciens en bout de course du repos à venir. Dense, et que ne viendra troubler le moindre doute quant à la qualité des souvenirs.

CD: 01/ Fire And Ice 02/ Void (for Doris) 03/ First Shard 04/ Broken Silence 05/ Second Shard 06/ Ithaca 07/ Zinc 08/ Third Shard 09/ Unfolding 10/ Zig Zag 11/ Klaglied

Barry Guy - Ithaca - 2004 - Intakt. Distribution Orkhêstra International. 


Sten Sandell, David Stackenäs : Gubbröra (Psi - 2004)

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Deux musiciens suédois se faisaient face, ce 3 mai 2004, au Conway Hall de Londres, à l’occasion du festival Freedom of the City. Le pianiste Sten Sandell, d’une part, et le guitariste David Stackenäs, de l’autre. Un duo d’improvisateurs, donc, que viendra rejoindre, après deux pièces exécutées, le trio d’Evan Parker, par ailleurs patron du label Psi.

Sur un déroulement éthéré de nappes électroniques, Jansson's Temptation (part 1) installe un dialogue piano / guitare. Le premier digresse, individuel, quand la seconde tente d’imposer ses rythmes, y parvenant quelque fois. Evolution d’une montée en puissance annoncée, le mouvement suit la violence des attaques de Sten Sandell, qu’il accompagne de sa voix sifflante, pour enfin avaler le morceau à lui seul à force de basses de fin du monde.

Phénix autoproclamé, la guitare introduit Jansson’s Temptation (part 2), au moyen d’accords dissonants, d’égrenages rapides de notes opposées par les pauses dont Stackenäs sait tirer parties. S’attaquant aux tirants, rugueux et acharné, il persuade bientôt le pianiste de l’utilité de le rejoindre. Celui-ci répond d’abord rythmiquement, percussionniste sur piano, avant de mêler ses notes fantasques à la plainte d’une alarme et de sifflets programmés. Un solo en remplace un autre, et Sandell conclut, une fois encore en graves, sobres et questionnant les interférences.

Maintenant aux côtés d’Evan Parker, Barry Guy et Paul Lytton, le duo démontre en quintette ce qu’est la maîtrise en improvisation. Gubbröra ne laisse rien échapper. D’envolées lyriques et déjantées en instants d’accalmie, les cinq musiciens s’entendent à la perfection. Parker, radical, avance en roue libre, tandis que les percussions de Paul Lytton enrobent les cercles convulsifs de la guitare de Stackenäs. Sandell, lui, provoque des avalanches d’aigus, et cède un peu de son statut de meneur au duo Lytton / Guy, qui appelle à la fuite, sème distances et doutes tout en recadrant régulièrement l’effort collectif.

Musique instantanée, aussi inaliénable qu’une topographie des mouvements, Gubbröra est plus simplement un double exercice d’improvisation réussi. Que nous conseille Evan Parker, parrain qui sait de quoi il parle, distribuant un avis du genre de ceux qu’on ne peut que suivre, et entendre.

CD: 01/ Jansson's Temptation (part 1) 02/ Jansson’s Temptation (part 2) 03/ Gubbröra

Sten Sandell, David Stackenas - Gubbröra - 2004 - Psi. Distribution Orkhêstra International.



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