Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Barry Guy, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt, 2009)

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Deux pièces seulement ici, toutes deux enregistrées le 21 mai 2008 dans le cadre du Schaffhausen Jazzfestival.

Schaffhausen Concert est un solo de la pianiste Irène Schweizer. Chez Irène, toujours cette redoutable symétrie, cette clarté de la forme et du phrasé. Continuité sans ruptures, le doute est absent et l’excellence est au rendez-vous. Seulement jouer avec un total engagement : avec énergie, force et ne jamais s’attarder, ni se relâcher. Une urgence continue, exemplaire même dans ses moments de répit ; sans incidence et si brillante que générosité et chaleur s’y perdent parfois. Cela à duré une quinzaine de minutes.

Radio Rondo est une composition de Barry Guy. Il dirige à nouveau le London Jazz Composers Orchestra (plus de dix ans d’absence, déjà). Le plaisir de les retrouver est grand. Les clusters et autres glissandi sont toujours présents. L’effet de masse, l’action collective ne trompent pas. Barry Guy dirige avec rigueur et Irène Schweizer, dont le rôle central ne fait aucun doute ici, exulte et mitraille sans sourciller, adoptant parfois des paysages plus tempérés en trio avec Barry Guy et Paul Lytton. Cela a duré une trentaine de minutes.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009   
CD : 01/ Schaffhausen Concert 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli



Joe Morris, Barre Phillips : Elm City Duets 2006 (Clean Feed, 2008)

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Après avoir rencontré Anthony Braxton, Joe Morris (ici à la guitare classique) improvisait en compagnie d’un autre musicien d’importance : Barre Phillips.

Elm City Duets, de partir au son de l’archet frénétique du contrebassiste, avant de faire état de pratiques percussives conjointes, capables d’imposer l’allure de l’improvisation – précipitations puis ralentissement de Recite. Aussi réfléchi qu’habité, Phillips reçoit avec superbe les interventions d’un Morris évoluant sur une boucle d’arpèges (Saved Stones) ou tirant parti d’un lot de cordes défaites ; pour les accueillir toujours différemment : pizzicatos abrupts ou grand archet baroque.

Ailleurs encore, la paire se débat sous des montagnes de cordes étouffées puis, prise de frénésie, trouve un peu de réconfort au creux d’une mélodie. Une fois n’est pas coutume.

Joe Morris, Barre Phillips : Elm City Duets 2006 (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006. Edition : 2008.
CD : 01/ Ninth Square 02/ Recite 03/ Saved Stones 04/ June Song 05/ Normal Stuff 06/ Spirals 07/ Translate 08/ Got Into Some Things
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Barry Guy : Study II, Stringer (Intakt, 2005)

london jazz composers orchestra study ii

A la tête du London Jazz Composers Orchestra depuis 1970, le contrebassiste Barry Guy n’en finit pas d’interroger la faculté qu’a l’individu de s’affirmer au sein d’un collectif là pour respecter des règles. Celles qu’un musicien doit suivre pour rendre une œuvre écrite, tout en évaluant les permissions d’y instiller un peu de Soi improvisé. Deux pièces enregistrées à dix ans d’intervalle illustrent ici le propos.

En 1980, Guy menait un Stringer long de quatre mouvements (Four Pieces For Orchestra). Oscillant déjà entre jazz et contemporain, gestes déraisonnables et structures contraignantes, il dirige un ensemble d’une vingtaine de musiciens dans un univers de métal. Bande passante chargée de propositions variées, la première partie chancelle au gré des assauts du contrebassiste Peter Kowald avant d’accueillir les percussions insatiables de Tony Oxley et John Stevens, ou le free appliqué du saxophoniste Trevor Watts.

Continuant à distribuer les solos, Guy engage Kenny Wheeler à déposer sa trompette sur une suite répétitive et baroque, en guise de deuxième partie. Puis arrive l’heure des souffles : Peter Brötzmann et Evan Parker rivalisent d’emportement sur Part III, quand le clarinettiste Tony Coe préfère confectionner quelques phrasés courbes. En guise de conclusion, les batteurs reviennent le temps d’un grand solo, qui pousse l’ensemble à investir enfin un chaos revendiqué et intraitable.

Si Stringer trouve naturellement sa place dans la riche discographie de la scène improvisée européenne de son époque, Study II, enregistrée en 1991, échappe davantage aux classifications. Cette fois, l’orchestre bâtit une musique nouvelle tirant sa substance des expériences de Berio ou de Cage. Montent des nappes quiètes, écorchées tout juste par des notes multidirectionnelles échappant au cadre ou par quelques grincements promettant la charge à venir.

Grâce aux coups de Paul Lytton, les musiciens trouvent la faille et s’y engouffrent à 17 : la contrebasse de Barre Phillips, les saxophones d’Evan Parker, Trevor Watts et Paul Dunmall, le piano retenu d’Irène Schweizer, le trombone de Conrad Bauer, surtout, imposent un marasme fertile. Ainsi, Study II prouve qu’une décennie peut accueillir l’évolution. Et que la somme des documents la concernant peuvent servir une même idée sur un timbre différent. Deux élans parmi tellement d’autres, mais grâce auxquels Barry Guy lustre les rayons rococo d’une musique exubérante et singulière : la sienne, et un peu celle de chacun des autres.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Study II, Stringer (Intakt / Orkhêstra International)
Réédition : 2005.
CD : 01/ Study II 02/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part I 03/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part II 04/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part III 05 Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Idp-Cologne (Psi, 2005)

 

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Saxophoniste suisse installé à Paris, entendu aux côtés de Günter Müller, Joëlle Léandre ou Fred Frith, Urs Leimgruber n’en finit pas de multiplier les manifestes improvisés. Aux côtés de son compatriote et double d’exil Jacques Demierre (piano), et du contrebassiste américain Barre Phillips, le voici redoublant d’efforts sur Idp – Cologne.

Après une introduction sage, voire convenue (Dust), le trio trouve ses marques, et décide de faire confiance à l’expérience de Phillips pour mieux se laisser porter. Son parcours de sideman l’ayant confronté à Coleman Hawkins ou Ornette Coleman, le contrebassiste sait de quelle manière faire de ses pizzicatos une ponctuation implacable des dialogues entre Leimgruber et Demierre (You Can’t grow Old Again). Un climat étrange est ainsi installé : le premier décidant d’une série de notes entrecoupées de silences ; le second distribuant les clusters avant d’opter pour une plus grande discrétion.

Mais c’est à Phillips que l’on revient rapidement. Fulgurant, à l’archet, sur The Rugged Cross, choisissant toujours la phrase juste pour répondre aux échos des attaques de Demierre, ou à la virulence de Leimgruber. Le morceau se termine par une berceuse à deux notes répétées par la contrebasse, bien loin des soins, brusques et loin d’être réparateurs, qu’on portait un peu plus tôt à l’instrument (Spare).

Une courte pièce trace ensuite des parallèles d’harmoniques et calme les esprits (Shadow Hands), avant que le trio défende une dernière fois des mélodies découpées sans patron, aux couacs et aigus servis par le piano et le saxophone (Applegate Spark). Certes, l’expérience est radicale, mais trouve un inédit certain dans le rendu - soft - de l’enregistrement. Convainquant les initiés sans effrayer les débutants ; persuadant les débutants sans décevoir les initiés.

Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Idp-Cologne (Psi / Orkhêstra International)
Edition : 2005.
CD : 01/ Dust 02/ You Can’t Grow Old Again 03/ Spare 04/ The Rugged Cross 05/ Shadow Hands 06/ Applegate Spark

Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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