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Julia Wolfe : Dark Full Ride (Cantaloupe Music, 2009)

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Julia Wolfe, co-directrice avec Michael Gordon et David Lang du collectif Bang On A Can (un festival à New York ; un ensemble, le Bang On A Can All Stars ; un label, Cantaloupe Music), explore comme ses deux comparses les versants d'une musique contemporaine qui allie les héritages d'Elliott Carter, de Steve Reich et de la No Wave. Et ces versants sont parfois un peu arides.

Dark Full Ride qu'elle fait paraître sur Cantaloupe Music est d'un conceptualisme qui laisse d'abord un peu perplexe. Sous-titré « Music in Multiples », il contient quatre compositions, dont trois font intervenir un seul instrumentiste. Celui-ci aura donc successivement enregistré les différentes pistes avant qu'elles soient mixées ensemble, à moins qu'il n'ait joué par-dessus les précédentes, ce n'est pas précisé par le livret du CD. Dans le cas de la première pièce, LAD, il s'agit de neuf cornemuses jouées par Matthew Welch et le concept fonctionne plutôt bien, du fait même de la puissance des sonorités de l'instrument. Les cornemuses nous transportent par leurs drones plaintifs et enchevêtrés, pleurant on ne sait quel aïeul à kilt.

Dark Full Ride pour quatre batteries est dénué de ces sonorités affectives et peine à faire passer les jeux démultipliés de cymbales et de toms pour autre chose qu'un savant exercice. My Lips from Speaking » pour six pianos est plus réussie bien qu'elle soit aussi très technique. Les clusters et notes froidement plaqués sur les claviers rejoignent par moment le jeu stride de l'époque du ragtime. Ils font également penser aux stupéfiantes pièces pour piano mécanique de Conlon Nancarrow. Le recours à des artifices technologiques est en effet indispensable pour l'interprétation de certaines partitions. D'autres passages, ceux composés de notes très éparses, évoquent György Ligeti.

L'album se termine par des cordes jouées à l'archet sur Stronghold, pour huit contrebasses, sur lequel un certain charme opère. La première partie est plutôt enjouée, puis on plonge dans un monde sonore fait de grondements funestes non dénués d'émotions. Comme l'annonce le titre de l'album la balade est totalement sombre. Elle s'apprécie surtout lorsque l'austérité du travail laisse un peu de place aux sentiments, aussi cafardeux soient-ils.

Julia Wolfe : Dark Full Ride (Cantaloupe Music / Amazon)
CD : 01-02/ LAD (for nine bagpipes) performed by Matthew Welch 03-04/ Dark Full Ride (for four drum sets) performed by Talujon Percussion Quartet 05-07/ My Lips From Speaking (for six pianos) performed by Lisa Moore 08-09/ Stronghold (for eight double basses) performed by Robert Black.
Edition : 2009.
Eric Deshayes © Le son du grisli

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David Lang : The Little Match Girl Passion (Harmonia Mundi USA, 2009)

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Le label Naxos avait ajouté l'an passé à sa collection American Classics un compendium de l'œuvre de David Lang avec Pierced, contenant notamment Cheating, Lying, Stealing (salué par Steve Reich lui-même) et une version d'une beauté épurée de Heroin de Lou Reed pour violoncelle et voix. Harmonia Mundi publie cette année le premier enregistrement sur disque de The Little Match Girl Passion, lauréat du Prix Pulitzer 2008.

David Lang semble donc franchir un nouveau pallier dans la reconnaissance qu'il mérite amplement, plus de vingt ans après la fondation avec ses comparses Michael Gordon et Julia Wolfe du Bang On A Can (un festival marathon et un ensemble instrumental). Adaptation croisée de la Passion selon Saint Matthieu de Bach et du conte La Petite fille aux allumettes d'Andersen, The Little Match Girl Passion utilise les voix, et presque uniquement les voix, seulement accompagnées de quelques percussions. Si l'on note bien la présence de certaines formes ayant cours dans la musique dite « minimaliste répétitive », David Lang dépasse largement ses modèles en se plongeant plus en amont dans la tradition musicale. Ainsi, alors même que la répétition est utilisée avec parcimonie, en évoquant alors autant les passacailles de Moondog que les canons grégoriens, David Lang s'attache essentiellement à créer une expression vocale ascétique en jouant sur la beauté cristalline des voix du Theatre of Voices dirigé Paul Hillier. Chastes et retenues, elles procurent une intense émotion, appréciable grâce à une prise de son à couper le souffle de l'auditeur même s'il n'est pas équipé du 5.1 permettant la parfaite restitution d'un Super Audio CD, support sur lequel est éditée cette pièce de maître.

David Lang : The Little Match Girl Passion (Harmonia Mundi USA / Amazon)
SACD : 01-15/ The Little Match Girl Passion 16/ For Love Is Strong 17/ I Lie 18/ Evening Morning Day 19/ Again (After Ecclesiastes)
Enregistrement 2008. Edition 2009.
Eric Deshayes © Le son du grisli

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