Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Axel Dörner, Urs Leimgruber, Robert Landfermann, Christian Lillinger (Creative Sources, 2012)

Axel Dörner, Urs Leimgruber, Robert Landfermann, Christian Lillinger

Le 5 octobre 2008, Urs Leimgruber était à Cologne pour donner au Loft un concert en quartette dans lequel on trouvait Axel Dörner (trompette, électronique), Robert Landfermann (contrebasse) et Christian Lillinger (batterie). Si la formation et ses instruments sont d’un commun manifeste, on sait que ce n’est pas le cas des souffleurs qui la composent.

Auxquels s'adjoint Landfermann dès l’ouverture : sa contrebasse semble freiner, refuser l’improvisation programmée. Il faudra que le saxophoniste aille de circonvolutions en invectives adressées à la trompette pour qu’un archet noir se lève et impulse un jeu de questions-réponses claquants opposant cette fois Dörner et Lillinger. Après quoi, soprano et trompette passent de danses lasses en amorces explosives, pour s’opposer ensuite plus franchement : le premier retors, la seconde autoritaire : free jazz à la source et connaissance de tout ce qu’il est arrivé en musique depuis, l’exercice gagne en airs entêtants – solos saillants en guise de refrains ravageurs, imparables.  

Axel Dörner, Urs Leimgruber, Robert Landfermann, Christian Lillinger (Creative Sources)
Enregistrement : 5 octobre 2008. Edition : 2012.
CD : 01-07/ #1-#7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Eric La Casa, Cool Quartett, Lina Nyberg : Dancing in Tomelilla (Hibari, 2012)

eric la casa cool quartet dancing in tomelilla

On pourra voir dans ces chaises, tabourets, sofa et fauteuil vides de couverture, les meubles reprisés installés dans une salle de danse peu ordinaire : le groupe qu’on y attend a pour nom Cool Quartett (ses musiciens ceux d’Axel Dörner, Zoran Terzic, Jan Roder et Sven-Åke Johansson), qui accompagnera la chanteuse Lina Nyberg.

Malgré les qualités des musiciens du quartette en question, le concert – que le disque retient sur ses quatre dernières plages – ne donne pas grand-chose : pire, déçoit beaucoup. Un lot de standards soumis aux chiches voire racoleuses vocalises de Nyberg – sirop de jazz pour tout souteneur. Si le swing vacille bien un peu sur un solo de Dörner ou une excentricité soudaine de la section rythmique, ce qui fait le sel de l’enregistrement est une présence qui rode : c’est qu’Eric La Casa promène là son micro : et les choses bougent enfin.

Ainsi sur My Old Flame décide-t-il de jouer de la distance qui le sépare des musiciens, finit par leur échapper pour rejoindre le public, s’intéresser à ses conversations, mettre ses rires en boîte... La musique n’est plus qu’un élément de l’endroit dont La Casa enregistre la rumeur, et même l’existence. Pour remettre la chose (ou le concert) dans son contexte, il s’empare des trois premières pistes du disque et raconte ou réinvente une vie de coulisse (échauffement, frigo qui bourdonne, vieux disques de jazz qui tournent au loin…) et une vie de club (bruits de la rue à qui on ouvre la porte, craquements du plancher, premiers applaudissements…).

Un concert en particulier, certes, mais plus encore toutes les choses qui tournent autour d’un concert comme un autre : voilà ce qu’a enregistré La Casa le 6 septembre 2008. Voilà la vérité qu’il révèle aujourd’hui sur référence Hibari.

Eric La Casa, Cool Quartett, Lina Nyberg : Dancing in Tomelilla (Hibari / Metamkine)
Enregistrement : 6 septembre 2008. Ediion : 2012.
CD : 01-03/ September in Tomelilla 04/ Softly as in A Morning Sunrise 05/ September in the Rain 06/ My Old Flame 07/ April in Paris 08/ Long Ago and Faar Away
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tomelilla

In 2008 I was going to quit as a director of the Art Museum in Ystad, a place I made a venue for music, sound art and visual arts. Among those I worked with were Sonic Youth, Jim O´Rourke, Yoshimi, Ikue Mori, Christine Abdelnour, Mats Gustafsson, Peter Brötzmann, Peter Kowald, Kim Gordon and many others. But among those I worked with the most was my old friend Sven-Åke Johansson. He followed my doings over the years. In September 2008 I decided to arrange my last music festival and invited Sven-Åke Johansson, Axel Dörner, Annette Krebs, Andrea Neumann, Christine Abdelnour and many others as well. In the art museum we planned to days with ad hoc playing and different groups. But Sven-Åke gave me the idea that Cool Quartett should play for dancing in Stora Hotellet, Tomelilla, Grand Hotel, Tomelilla, really an old fashioned place in a village, where people would meet on Saturday evening to drink and dance. A place where they never heard of Sven-Åke Johansson or whatever free music. So, this is what happened. We asked the hotel owners and they were enthusiastic. They would have a normal dance evening and promised to cook very traditionally south Swedish food.

This very evening we went there with all the participants of the sound and experimental music festival. And especially for this evening I had invited one of Sweden´s top jazz vocalists to sing the melodies. It was really meant to be a dance evening and not a jazz concert. Cool Quartet played for hours from the American song book and Lina sang the songs, no one was supposed to play a solo longer than a chorus. They were playing for dance. And people did dance. Many couples came there only to dance and they were smartly dressed up and to be able to drink they had booked rooms in the hotel. Thus the evening went on in the name of foxtrot etc… All the musicians danced. Even me. So I had the opportunity to dance with Christine Abdelnour, Annette Krebs and Andrea Neumann as well. And also the other visitors, the members of the very local jazz club, and the inhabitants of Tomelilla also danced with the many foreign guests. A young girl from Tomelilla asked me to dance, and asked me about the great orchestra. I explained this was part of a sound art project in Ystad Art Museum. She had never heard about this museum.

The evening turned out into a great party. Everybody was satisfied. But what I did not expect was that so many of the local dancing audience decided to come to the museum next day to listen to the music. Now indeed experimental, they way you know it. And they stayed for hours, because they recognized for example Annette Krebs and others they had talked to and danced with. They did not find this music difficult, only different. And they felt at home.

Eric La Casa, yes he was part of the festival. All the evening he spent recording from different angles, even from the toilet or upstairs. And this is the result of his efforts, the first half being a kind of sound collage and the second being a recording of how the band sounded this evening. Then you have to imagine all the beer, wine, egg cakes, pork, salads for the vegetarians and dark south Swedish rye bread, that were also part of the evening. After the concert I walked with Christine and asked her once again if she liked jazz music, she had denied that so many times before. She said again, no, she had no connections whatsoever with this music.

Do I have to tell you that Barcelona Series, Christine, Annette and all the others made tremendously good music in the Art Museum, and that I am very happy that some of the inhabitants of Tomelilla had the opportunity to enjoy it in different shapes. Tomelilla by the way is just 20 kilometers away from Ystad. So this is the little story behind this record.


Improvisation Expéditives : Breakway, Motif, Joe Williamson, Sam Shalabi, Ramon Prats, Jürg Frey, Nick Hennies...

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peiraBreakway : Hot Choice (Peira, 2011)
Sous couvert d’improvisation brusque, Paul Giallorenzo (piano, moog), Brian Labycz (synthétiseur) et Marc Riodan (batterie) enfilaient en 2010 des miniatures qui crachent ou claquent. Ici, leur musique joue les concrètes, ailleurs elle se laisse endormir par les drones ; là enfin, elle électrise. Sans ligne mais avec artifices, elle convainc d’un bout à l’autre. [gb]

MotifMotif : Art Transplant (Clean Feed, 2011)
Les souffles soudés d’Axel Dörner inaugurent Art Transplant, enregistrement du projet Motif sur des compositions du contrebassiste Ole Morten Vagan. A la mécanique réductionniste succèdera un jazz de facture assez classique, amalgame ressassé d’hard bop et de free dirigé d’une main molle. Si le piano reste d’un bout à l’autre « motif » de fâcherie, on remerciera Atle Nymo d’avoir lutté contre à coups de saxophones. [gb]

freyJürg Frey, Nick Hennies : Metal, Stone, Skin, Foliage, Air (L’Innomable, 2011)
Cette œuvre de percussion célèbre d’abord l’acharnement du triangle. Par touches délicates, ce sont ensuite cymbales, caisses et objets, qu’animent Jürg Frey (sorti du Percussion Quartet) et Nick Hennies jusqu’à fantasmer l’usage d’un petit moteur, le grondement du tonnerre ou le bris de morceaux de verre. Ainsi Metal, Stone, Skin, Foliage, Air investit le champ des travaux de Fritz Hauser ou d’Ingar Zach, sans toutefois convaincre autant que ceux de ces deux-là. [gb]

hoardJoe Williamson : Hoard (Creative Sources, 2011)
Il existe beaucoup de solos improvisés à la contrebasse. Hoard date de juin 2010 et, malgré les antécédents, se fait remarquer : accrocheur, endurant voire radical, le voici attachant. Joe Williamson y appuie, frotte, astique, balance ou scie, et, malgré quelques baisses de régime (et les mêmes antécédents), nous arrache la promesse d’y revenir. [gb] 

coteSam Shalabi, Alexandre St-Onge, Michel F. Côté : Jane and the Magic Bananas (& Records, 2012)
Précepte cher à Glenn Branca, le petit jeu consistant à passer d’un apparent chaos à une transe évolutive, se retrouve plusieurs fois appliqué ici. Nous dirons donc que la guitare électrique de Sam Shalabi, la guitare basse d’Alexandre St-Onge et la batterie amplifiée de Michel F. Côté œuvrent dans l’hypnotique et le dérèglement. Sachant s’échapper de la masse pour mieux faire bloc, nos trois sidérurgistes donnent aux sévices soniques quelques vives médailles : pièces courtes et déplumées, travaillant sur les micro-intervalles, souvent déphasées et grouillantes, elles prennent source dans la dissonance même. En ce sens, habitant un profond aven, impriment la douleur dans la chair d’une musique sauvage à souhait. [lb]

duotRamon Prats, Albert Cirera : Duot (DLB, 2012)
Pour ce duo saxophone (Albert Cirera) – batterie (Ramon Prats), creuser la matière s’envisage sur le long terme. Soit prendre un point d’appui (une mélodie, une situation rythmique) et en fouiller toutes les strates. Pour le batteur : entretenir la résonnance et faire du rythme un lointain allié. Pour le saxophoniste (flûtiste sur une plage) : improviser la phrase et ne jamais sombrer dans sa périphérie. Pour ce même saxophoniste, également : faire exister une respiration microtonale et ne jamais l’étouffer. Et surtout, pour tous les deux : ne jamais rompre le fil d’une improvisation généreuse si ce n’est spectaculaire. [lb]


Axel Dörner, Jassem Hindi : Waterkil (Corvo, 2012) / Dörner, Rodrigues, Moimême, Guerreiro : Fabula (Creative Sources, 2012)

axel dorner jassem hindi waterkil

Réunies sous le nom de Waterkil : deux pièces récemment improvisées en concerts à Stockholm et Berlin par Axel Dörner et Jassem Hindi (musicien plus discret sur disque, entendu en duo déjà avec Jakob Riis sur Trunking). Le quarante-cinq tours a la taille d’un trente-trois.  

Il ne faudra donc pas oublier de vérifier la vitesse sélectionnée quand partira le disque. La première face, de poussières tournant en anneaux, attire à elles craquements et déflagrations, sons de principe allant déclinant, notes parallèles de trompette, d’électronique ou d’objets, enfin, qui s’entendent sur un art instinctif de la synchronisation.

Plus virulente, la seconde face est celle de réactions en chaîne qui en démontrent individuellement : son instrument, Dörner le tord et le contraint pour mieux supporter les assauts d’Hindi ; ses machines, Hindi les brique pour soigner l’acidité de leur chant. Deux faces d’une même rencontre dont l’instabilité est gage de réussite.

Axel Dörner, Jassem Hindi : Waterkil (Corvo Records)
LP : A/ Caol: B/ Able:
Enregistrement : 6 octobre 2011 & 11 juin 2011. Edition : 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

dörner fabula

Enregistré le 3 décembre 2011, Fabula donne à entendre Axel Dörner en compagnie d’Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême et Ricardo Guerreiro. Sur paysage lunaire – si l’on s’accorde à attribuer à la lune lignes grêles et râles profonds, sifflements et larsens, suspension de bruits – le trompettiste progresse en discret. C’est une présence expérimentée en champ de mines que jalonnent des instruments détournés. Un monochrome, enfin, qui tient parfois de l’atmosphère.

Axel Dörner, Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême, Ricardo Guerreiro : Fabula (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 3 décembre 2011. Edition : 2012.
CD :
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Abdelnour, Jones, Neumann : AS:IS (Olof Bright, 2012) / Abdelnour, Rodrigues, Dörner : Nie (Creative Sources, 2012)

abdelnour jones neumann as is

Si fragile soit-elle, la ligne électronique de Bonnie Jones montre ici, sinon la direction, en tout cas le chemin à prendre à ses partenaires Christine Abdelnour et Andrea Neumann. Au saxophone alto, à l’intérieur du piano et à la table de mixage, elles deux établissent des parallèles au tracé de Jones avant d’oser lui opposer points de rupture et parfois promesses d’échappées.

Avec un souci constant des proportions, voire des convenances, Abdelnour et Neumann rivalisent donc bientôt : souffles tournant en saxophone, galons ondulant ou sifflements, cordes désolées ou provocations parasites, déroutent une abstraction qu’elles nourrissent dans le même temps. Sortie des zones de frottements – heurts inévitables –, la musique est affaire de synchronisation subtile : Abdelnour sur un grave étendu, Jones et Neumann sur oscillations et résonances, et voici épaissi le mystère d’AS:IS. Le bruitisme étouffé sous les gestes délicats aura ainsi permis à Abdelnour, Jones et Neumann, d’envisager à la surface une improvisation de « hauts-reliefs et bas-fonds ».

Christine Abdelnour, Bonnie Jones, Andrea Neumann : AS:IS (Olof Bright / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Hauts-reliefs et bas-fonds 02/ Movement Imported Into Mass 03/ 520-1,610 04/ Ganzfeld 05/ Despair 07/ and transport 08/ Hair Idioms
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

dorner abdelnour rodrigues nie

Enregistré à Lisbonne en novembre 2008, Nie donne à entendre Christine Abdelnour improviser en compagnie d’Axel Dörner et Ernesto Rodrigues. Le trio travaille-là à une architecture de papier sans cesse menacée : par les vents, coups d’archet, projectiles venant des musiciens eux-mêmes. Les graves de la trompette ont beau rêver de fondations solides pour ces constructions bientôt réduites à l’état de mirages : les engins d’inventions, anciennement instruments, sonneront l’heure des terribles déflagrations. Le disque n’en est que plus attachant.

Ernesto Rodrigues, Christine Abdelnour, Axel Dörner : Nie (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 1er novembre 2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Fabula
Guillaume Belhomme © le son du grisli



Sven-Åke Johansson : Jazzbox (SAJ, 2013)

sven-ake johansson jazzbox

Sous l’intitulé Jazzbox, Sven-Åke Johansson met en boîte cinq références de son propre label, SAJ, qui l’exposent en trio (Candy), quartettes (Cool, Tune Up) ou sextette (Cool encore).

Ce Cool Quartett que capteront les micros d’Eric La Casa en 2008 (Dancing in Tomelilla) est ainsi à entendre sur trois disques enregistrés en 2002 (pour les deux premiers), 2009 et 2012 (pour le troisième). Partout, Axel Dörner, Zoran Terzic et Jan Roder, servent un jazz ligne claire que se disputent le west coast et le « cool » annoncé. Au son de standards – George Gershwin, Jerome Kern, Cole Porter… –, le groupe évoque (My Heart Stood Still aidant) Chet Baker flottant sur le lac Wansee ou dépose la Berlin Alexanderplatz quelque part sur la carte entre San Francisco et New York. Sur le troisième volume, trois morceaux donnent à entendre le Quartett augmenté de deux membres : Tobias Delius et Henrik Walsdorff aux saxophones ténor et alto, dont les sonorités encanaillent Bernie’s Tune que popularisèrent Mulligan et Baker. Plus tortueuses, la poignée de compositions de Dörner que le Quartett interprète ici et là comblent le répertoire d’audaces qui, sur la longueur, peuvent manquer.

Plus « poli » encore, ce Candy que le trompettiste et le batteur enregistrèrent, en 2002 toujours, avec le contrebassiste Joe Williamson. Sur l’air de chansons anciennes (Candy, The Way You Look Tonight, Stars Fell on Alabama, Old Devil Moon…), le trio soigne ses gestes et prend garde aux dérapages. La formule souffrira en conséquence de la comparaison avec celle de Tune Up, disque enregistré plus récemment en quartette, dans lequel Johansson retrouvait Delius et Roder en présence d’Aki Takase. Ce sont alors Old Black Magic, Cool Blues ou The Song Is You, qui passent au son d’un swing tranquille que le piano bouscule parfois. Comme le Cool Sextett, le quartette de Tune Up « tombe » sur un équilibre qui flatte ses relectures.

Sven-Åke Johansson : Jazzbox (SAJ / Metamkine)
Enregistrement : 2002-2012. Edition : 2013.
5 CD : CD1/ Cool Quartett Vol. I CD2/ Cool Quartett Vol. 2 CD3/ Cool Quartett / Sextett CD4/ Tune Up CD5/ Candy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


.AAA. : Live (Creative Sources, 2014)

aaa

Trois solos puis un trio : le 25 octobre 2012 à Munich, Andreas Willers, Achim Kaufmann et Axel Dörner, inauguraient ensemble un projet à initiales : .AAA. Le disque ne respecte cependant pas l’ordre du programme donné ce soir-là : on y entend en effet le trio avant les trois solos.

La chronique, elle, ne respectera pas l’ordre du disque. Sur la deuxième piste, Willers donc, seul : le guitariste cherche un peu, hésite beaucoup, peine enfin à tirer parti des possibilités que lui offraient feedback et écho. Seul au piano, Kaufmann bavarde ensuite : s’il offre beaucoup à entendre, il y a dans ces huit minutes trop d’agitation, de remuage. Seul à la trompette, Dörner fait alors état de sa science musicale parallèle : ses souffles inventent bel et bien et, en tube, n’oseront qu’une note – mais laquelle : sirène insistante dont s’emparera le trio.

A son tour, alors. Malgré la trompette – qui invente, insiste, tire à elle l’improvisation sans pouvoir non plus imaginer pour trois –, la demi-heure de séquences improvisées qu’il débite, mises bout à bout, aura du mal à retenir longtemps l’auditeur. Pas assez en tout cas pour l’empêcher de retourner à un autre projet à initiales qui jadis anima Dörner : AD, pour tout dire.

.AAA. : Live (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 25 octobre 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Denotationstrat 02/ Inraten 03/ Entraten 04/ Aufraten
Guillaime Belhomme © Le son du grisli


Die Enttäuschung : Vier Halbe (Intakt, 2012)

die enttäuschung vier halbe

Rompus au jazz et à l’improvisation « étendue » – exercices de style revus à la lumière de références hautes, citations et clins d’œil, brèves pièces décalquées – Die Enttäuschung poursuivait en 2012 son œuvre iconoclaste.

Vier Albe, donc : sur lequel Rudi Mahall, Axel Dörner, Jan Roder et Uli Jennessen, donnaient non dans le revival mais dans l’old school revigorant. Car le swing des pièces originales du groupe est souvent bancal (Die Übergebundenen, Jitterbug Five…), multipliant accidents et anicroches que l’auditeur voudra bien rattacher à la queue de l'impétueuse comète. A son passage, ce sont des airs de danses minuscules, de marches licencieuses, d’expérimentations amusées ou d’embouteillages heureux, que celle-ci distribue : toutes preuves données en vingt-et-une plages d’exception.

Die Enttäuschung : Vier Halbe (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
01/ Die Übergebundenen 02/ Verzählt 03/ Aqua Satin Flame 04/ Das Jan vom Stück 05/ Falsches Publikum 06/ Vermöbelt 07/ Jitterbug Five 08/ Gekannt (A. Dörner) 09/ Trompete für Fortgeschrittene 10/ Wie Axel 11/ Eine Halbe 12/ Hereich 13/ Hello My Loneliness 14/ Vier Halbe 15/ Children's Blues 16/ Möbelrücken 17/ The Easy Going 18/ Verkannt 19/ Trompete für Anfänger 20/ Trompete für Profis 21/ Schlagzeug für Anfänger
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Andre Vida : Brud (PAN, 2011)

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Constitué d’enregistrements réalisés en live et en studio entre 1995 et 2011, Brud (3 CD) offre une première vision d’ensemble de l’œuvre complexe du saxophoniste, poly-instrumentiste et poète Andre Vida.

Compositeur et improvisateur hongrois-américain vivant à Berlin, co-fondateur avec Brandon Evans du collectif new-yorkais CTIA, Andre Vida a notamment collaboré avec Anthony Braxton (il a participé à l’ensemble Ghost Trance), Rashad Becker, Axel Dörner, Matt "MV" Valentine, Tim Barnes, Helen Rush, Olaf Rupp, Clare Cooper, Clayton Thomas, Elisabeth King, Steve Heather, Jamie Lidell, Tim Exile and Kevin Blechdom, Elton John, Gonzales, Cecil Taylor, Ornette Coleman, Jim O’Rourke, Susie Ibarra, Guillermo E. Brown

Quartet, saxophone solo, pièces pour violoncelle et sextet de bois, musique électronique sont réunis dans ce recueil musical, organisé, non pas selon un ordre chronologique (un enregistrement de 1995 voisine avec des enregistrements de 2005 et de 2011) disposant linéairement des gestes musicaux isolés, mais plutôt selon des intensités et des aspects, des regroupements sonores faisant apparaître par secousses la formation stratifiée d'un langage jouant de la variété de ses idiomes.

Proche, par son caractère à la fois échevelé et raffiné, de certaines évolutions des jazz dits « free » et « loft » (on pense parfois aux enregistrements d'Henry Threadgill) ; rituelle ou extatique, par sa dimension performantielle, son acharnement réitératif, son caractère graduel et cyclique, ses écarts vers la voix humaine, vers le chant et vers le cri – caquètements, feulements, bourdonnements : la musique d'Andre Vida surprend chaque fois par ses réinventions et par l’étendue de ses modalités expressives, usant tantôt de la « pauvreté » d'un instrument seul – un synthé convulsif ou un saxophone écorché, suffoqué et brutal –, tantôt de la richesse des colorations harmoniques à l’intérieur d’une forme presque classique, comme dans Xberg Suite, composition en neuf mouvements pour basse, accordéon, batterie et sax ténor, qui introduit une impulsion régulière et un mouvement mélodique fort suivant un déploiement obsédant.

Brud est un objet peu saisissable, une sonographie étrange révélant des signes, des symboles et des itinéraires, montrant la transformation totale d’un musicien en quelque chose d’autre.

EN ECOUTE >>> Andre Vida & Anthony Braxton : Antiscones >>> Andre Vida : Kastle

Andre Vida : Brud. Volumes I-III. 1995-1991 (PAN / Metamkine)
Enregistrement : 1995-2011. Edition : 2011.
CD1: 01/ Purrls 02/ Child Real Eyes 03/ Cello Solo 04/ Blues Shuffler 05/ New Day 06/ Wire In My Heart 07/ Piece Of CD1 08/ 8 High Enough, That If You Fell, You Would Break Just A Little 09/ Plate Chicken Feed 10/ Who Let The Gods Out 11/ Wu Two 12/ Put It In Your Pocket 13/ Antiscones 14/ Tie Me Up 15/ Brudika 16/ Knoibs 17/ Rising 18/ Gypsy Star – CD2 : 01/ Broken Tape 02/ OClaClaVee 03/ AxelRaDre 04/ Kastle 2 05/ Falling Kastle 06/ Kastle E89 07/ Shields Kastle 08/ Woodwing – CD3 : 01/ X 02/ Staring Intently 03/ Lady Mandala 04/ A Delicate Situation 05/ Gypsy Star 06/ The Three Two 07/ 39 Flowers 08/ Solution S 09/ Wenn Dein Haar
Samuel Lequette © Le son du grisli


Echtzeitmusik Berlin (Wolke Verlag, 2011)

Echtzeitmusik

Au milieu des années 1990, un mot s’est imposé pour désigner la musique d’une scène née quelques années plus tôt à Berlin, qui hésitait jusque-là à se dire improvisée, expérimentale, libre ou nouvelle – plus tard, réductionniste. A ce mot, à cette musique et à cette scène, un livre est aujourd’hui consacré : Echtzeitmusik Berlin.

Cette scène est diverse, sa musique donc multiple ; ce mot n’est d'ailleurs pas apprécié de tous les musiciens qu’on y attache. Qu’importe, puisqu’il s’agit ici, sous prétexte d’éclairage stylistique, de revenir sur le parcours de nombre de ses représentants et pour eux d’expliquer de quoi retourne leur pratique musicale. C’est ce que font Andrea Neumann, Margareth Kammerer, Annette Krebs, Kai Fagaschinski, Burkhard Beins, Christoph Kurzmann, Ekkehard Ehlers, Axel Dörner, Franz Hautzinger, Werner Dafeldecker, Ignaz Schick, Robin Hayward

A propos de l’étiquette, tous n’ont pas le même avis (Hayward met en garde contre l’idiome réductionniste, Hautzinger accepte le terme Echtzeitmusik sans se satisfaire d’aucune définition, Ehlers prend de la hauteur et brille par sa sagacité…). Des réflexions poussées, des retours en arrière et même de sérieuses tables rondes, posent le problème dans tous les sens – des voisins et amis abondent qui proposent quelques pistes : Sven Ake-Johansson, Toshimaru Nakamura, Rhodri Davies... A force, sont bien mis au jour des points essentiels : volonté de « sonner électronique » en usant d’instruments classiques ou intérêt revendiqué pour le silence. Et puis voici que Krebs précise « quiet volume » quand Schick conseille « play it loud ». La scène est irréconciliable, si elle est celle d’une époque et d’un lieu ; sa musique seule est d’importance.

Burkhard Beins, Christian Kesten, Gisela Nauck, Andrea Neumann (Ed.) : Echtzeitmusik Berlin. Selbstbestimmung einer szene / Self-defining a scene (Wolke Verlag / Metamkine)
Edition : 2011.
Livre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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