Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques OgerLe son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Günter Baby Sommer : Live in Jerusalem (Kadima Collective, 2010)

babygrisli

Il n’y aurait pas grand scandale à rapprocher Han Bennink et Günter Baby Sommer : même euphorie du jeu et du rythme, même facilité à embarquer ses partenaires en des crescendos carnassiers. Et c’est bien ce qui arrive, ici, à Jérusalem.

Quel que soit le format abordé (du solo au quartet), Günter Baby Sommer, toujours aux abois, embarques ses fûts dans une transe épique. D’abord, la liberté d’errer et d’instruire une improvisation éclatée. Puis, très rapidement, décider d’une pulsation qu’on ne va pas desserrer. Seulement ouvrir vers d’autres perspectives que se chargeront d’enfanter les souffleurs. Et ici, Assif Tsahar, ne se prive pas d’enchaîner de longs et vif phrasés, contaminant par ailleurs le baryton frondeur de Steve Horenstein (Bast). Le rythme pour Baby Sommer mais aussi les mélodies ; celles qu’il fredonne en solo (Sommertime), perd et ressuscite alors qu’on les croyait éteintes. En trois mots : vitalité, décision, intensité. Bonheur aussi !

Günter Baby Sommer : Live in Jerusalem (Kadima Collective / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.   
CD : 01/ Bojoh 02/ Jassek 03/ Sommertime 04/ Bast 05/ Yo Yo Yo 06/ Sabada
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Joëlle Léandre : Live in Israel (Kadima Collective, 2008)

liveingrislael

Le Live in Israel de Joëlle Léandre, c’est tout d’abord cette photo mettant en scène la musicienne seule, devant la Mer Morte, caressée par le vent et sur fond de ciel bleu. Une Léandre « au naturel ». La Mer Morte, berceau de l’Humanité, est le lieu des origines, de l’intime, du retour à soi, en même temps que le point de départ des aventures humaines, des rencontres, des brassages.

Le Live in Israel, alors ouvert, ce sont deux disques, témoignages d’une tournée de Joëlle Léandre donnée en Israël en novembre 2007. Le premier comprend sept improvisations de la contrebassiste en solo, le plus souvent jouées arco. On l’y entend frotter les cordes avec son archet comme si elle fouillait en elle-même, avec l’intensité et les fulgurances qu’on lui connaît, et cette capacité à nous faire basculer dans un ailleurs, une terra incognita aussi belle qu’universelle (impros 4 et 5).

Le deuxième disque présente la contrebassiste jouant en sextet, puis en trio et enfin en duo. Les quatre plages en sextet la lient à cinq musiciens israéliens au sein d’une formation qui n’a de classique que l’apparence : piano, contrebasse, batterie et trois soufflants, dont le désormais new-yorkais Assif Tsahar à la clarinette basse.  Les trois plages suivantes sont jouées en trio, et on retrouve Joëlle Léandre aux côtés du saxophoniste Steve Horenstein et d’un autre contrebassiste, JC Jones, patron du label Kadima Collective mais surtout passionnant musicien. La musique déployée ici est surprenante de bout en bout et l’alchimie entre les trois musiciens est telle que la musique coule avec une aventureuse évidence (impro 1). Enfin, le disque se clôt avec deux titres joués en duo avec le joueur de oud et chanteur Samir Makhoul et leurs cordes et voix mêlées nous offrent finalement le plus beau moment du disque.

Dans la foisonnante discographie de Joëlle Léandre (plus de 150 enregistrements, tout de même !), ce disque occupe une place particulière, en ceci qu’il nous offre un éclairage singulier sur l’art de la contrebassiste tout en nous présentant une Joëlle Léandre « dans tous ses états ».

Joëlle Léandre : Live in Israel (Kadima Collective / Instant Jazz)
Edition : 2008.
CD1 : 01-07/ Bass Solo 1-7 CD2 : Sextet
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Commentaires [1] - Permalien [#]

Tsahar, Murray, Kowald : Ma, Live at the Fundacio Juan Miro (Hopscotch, 2009)

tsaharsli

Qui, en cet instant précis (25 juillet 2002 – Fondation Juan Miro / Barcelone), pourrait dire que le free jazz est un truc de vieux nostalgique attardé ? Et si coule une larme sur la joue, ce n’est pas par nostalgie mais parce que Peter n’est plus. Et que cette perte est irrémédiable. Et que ce trio-là était de feu et de grâce. Comme l’avait été, bien des années auparavant, le trio Ayler-Peacock-Murray.

Le trio Tsahar-Kowald-Murray : disons-en quelques mots. Soixante-douze minutes de musique forte, poignante et qui n’est rien d’autre que la signature même de l’existence. Ils ne jouent pas comme si c’était la dernière fois mais comme si c’était la première et la dernière. Nuance. Le tout dire avant le peloton d’exécution. Ne s’arrêter qu’avec l’épuisement. Mais avant : dire ce qui les rend vivants, forts et présents au monde. Dire la plainte, la brûlure, l’espérance.

Depuis quand n’avions nous pas entendu un Sunny Murray aussi incendiaire ? Ici, il trouve (enfin !) des partenaires à la hauteur de sa démesure et reconquiert l’appétit de ses vingt ans. Celui, précisément, du trio Ayler-Peacock-Murray. Voilà, on y revient ! On va finir par y croire à cette histoire de vieux nostalgiques. Et ne comptez pas sur un vieux nostalgique comme moi pour analyser cette musique tranchante comme un silex magdalénien. Inutile d’insister : laissez-nous entre vieux nostalgiques...

Assif Tsahar, Peter Kowald, Sunny Murray : Live at the Fundacio Juan Miro (Hopscotch Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2002. Edition : 2009.
CD : 01/ MA 02/ YA 03/ KA 04/ DA 05/ BA 06/ WA 07/ MA
Luc Bouquet © son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Hamid Drake, Assif Tsahar: Live at Glenn Miller Café (Ayler - 2006)

draketsahargrisli

Après avoir brillé en duo au Vision Festival de New York en 2001, Hamid Drake et Assif Tsahar renouvelèrent l’expérience l’année suivante. A Stockholm, cette fois : Live at Glenn Miller Café, condition et emplacement comme surtitre de ce Soul Bodies, Vol. 2.

Au son d’une rythmique oscillant entre soul et bossa, Drake met en marche Warriors of Stillness, qu’il ne cessera de charger de propositions décoratives et d’accents changeants, jusqu’à ce que l’alto de Tsahar s’impose au moyen d’un free rauque. Oubliant le respect des mesures - comme le duo pourra le faire d’un bout à l’autre de Praying Mantis (Tsahar flamboyant) ou sur Handing Clouds (l’expérimental au contact du blues) – pour mieux y revenir, au son du groove insatiable du batteur.

Lorsqu’ils abandonnent l’improvisation, les musiciens rendent hommage au contrebassiste Peter Kowald, récemment disparu, en interprétant Mother and Father, sur lequel Drake roulent des mécaniques latines complexes quand, de graves en aigus excentriques, le saxophoniste rappelle le phrasé d'Ayler. Parallèle remarquable encore sur Grosp The Bird’s Tail, improvisation sombre, introspective jusqu’à la confidence.

Ayant ménagé avec emphase l’efficacité et la réflexion sensible, Hamid Drake et Assif Tsahar peuvent offrir, en guise de rappel, un Saint Thomas écourté, clin d’œil amusé à Sonny Rollins et façon de conclure le set brillant d’un duo rare.

CD: 01/ Warriors of Stillness 02/ Praying Mantis 03/ Mother and Father 04/ Handing Clouds05/ GAsp The Bird’s Tail 06/ Saint Thomas

Hamid Drake, Assif Tsahar - Live at Glenn Miller Café - 2006 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

>