Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Catherine Lamb, Bryan Eubanks : Untitled 12 / Andrew Lafkas : Making Words (Sacred Realism, 2012)

catherine lamb bryan eubanks untitled 12

Inaugurant la collection Sacred Realism, cet enregistrement de Catherine Lamb & Bryan Eubanks, davantage qu'une évocation de la formidable Agnes Martin, se veut, d'après une de ses peintures de 1984 (non pas un monochrome, mais une toile grise hantée d'éléments subtils), le point de départ d'une tentative pour amener à « écouter dans le rien » comme le tableau pousse à scruter son apparente vacuité jusqu'à en percer l’étonnante vibration intérieure.

Et la démarche porte, en dépit de son austérité, s'imposant par son obstination : l'heure qui s'écoule alors, soigneusement articulée en quatre parties égales, crée autant d'espaces mentaux dans lesquels il faut accepter de sombrer ; à chaque quart d'heure intervient une légère modification du blizzard (bruit blanc et sinus), qui révèle alors les puissantes mais latentes qualités recelées par cette matière sonore « sans qualités ».

N'en avions-nous pas été avertis par Paul Klee ? « Le gris fonctionne comme 'zone centrale germinative' et balance de toutes les polarités chromatiques. »

EN ECOUTE >>> Untitled 12 (extrait)

Catherine Lamb, Bryan Eubanks : Untitled 12 (After Agnes) (Sacred Realism)
Edition : 2012.
CD : 01-04/ Untitled 12 (After Agnes)
Guillaume Tarche © Le son du grisli 2013

andrew lafkas makin words

Pour le deuxième disque du label, on retrouve Bryan Eubanks (electronics) dans la grande formation – avec Ann Adachi (flûte), Adam Diller (saxophone ténor), Tucker Dulin (trombone), Kenny Wang (alto), Margarida Garcia (guitare électrique), Gill Arno (electronics), Keiko Uenishi (electronics), Barry Weisblat (electronics) et le délicat Sean Meehan (caisse claire, cymbales) – mise sur pied par Andrew Lafkas (contrebasse) en avril 2010 afin de donner une longue pièce de sa conception.

Cette dernière a beau durer soixante-dix minutes, elle semble se déployer dans une temporalité refaçonnée par des jeux de timbres et de textures (dans l'esprit du Feldman pour orchestre), presque à la manière d'un paisible drone cousu main, d'une respiration ménageant le grain de chaque contributeur. Les fibres peuvent à l'occasion s'effilocher un peu, mais la tension établie entre les instruments acoustiques et le quatuor électronique évite la dislocation et, mieux que de « faire des mots », l'orchestre « fait un monde ».

EN ECOUTE >>> Making Words (extrait)

Andrew Lafkas : Making Words (Sacred Realism)
Ednregistrement : Août 2010. Eition : 2012.
CD : 01/ Sacred Realism
Guillaume Tarche © Le son du grisli 2013

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Bill Dixon : 17 Musicians in Search of a Sound: Darfur (AUM Fidelity, 2008)

bill dixon 17 musicians in search of a land darfur

Après avoir intégré l'Exploding Star Orchestra de Rob Mazurek, le trompettiste Bill Dixon se produisait en 2007 au Vision Festival de New York en compagnie d'un autre grand ensemble : le sien propre, qui emploie notamment le tromboniste Steve Swell, le saxophoniste John Hagen et le batteur Jackson Krall.

Sur 17 Musicians in Search of a Sound : Darfur, Dixon commande le soulèvement par couches successives  de musiciens en quête d'un son capable de faire cohabiter les dissonances, et puis d'une œuvre, assez parlante, elle, pour porter loin ses espoirs de réconciliation. Grandiloquent, le message passe du bruissement à la sommation dramatique ; va crescendo, encore, jusqu'au free orchestral qui clôt dans le tumulte l'exposé donné en public et signe le grand retour d'un trompettiste d'importance.

Bill Dixon : 17 Musicians in Search of a Sound: Darfur (AUM Fideity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Prelude 02/ Intrados 03/ In Search of a Sound 04/ Contour One 05/ Contour Two 06/ Scattering of the Following 07/ Darfur 08/ Contour Three 09/ Sinopia 10/ Pentimento I 11/ Pentimento II 12/ pentimento III 13/ Pentimiento IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure, 2010)

michael t bullock andrew lafkas ceremonies to breathe upon

A la lecture de noms inconnus, la pochette d’un disque peut vous rassurer. Parce qu’elle est en papier cartonné, que les mots y sont gravés, que son dessin est intrigant ou qu’elle réserve une surprise (une petite carte, ici, sur laquelle est dessinée un vieux plan d’architecture).  Comme par enchantement, on fait confiance à Michael T. Bullock et Andrew Lafkas.

Ce sont deux contrebassistes (le site du premier précise qu’il a joué avec Bhob Rainey, Tatsuya Nakatani, Axel Dörner, Pauline Oliveros). D’autant plus rassuré, on plonge. Le duo évolue à l’archet. Sur une même note, qui se scindera en deux, qui interféreront, qui se réconcilieront, qui feront silence, qui repartiront, qui grandiront ensemble, qui parfois resteront interdites. Le minimalisme du duo est quasi sacral. Il renvoie aux Très Riches Heures de Marin Marais comme au Merveilleux de Terry Riley. Il est donc conseillé d’écouter cette paire de contrebasses.

Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure)
Edition : 2010.
CD : Ceremonies to Breathe Upon
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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