Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Grisli d'été : moins de chroniques, plus de crawlRyoji Ikeda à NantesFestival Météo Mulhouse
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye, 2014)

yann novak snowfall

Derrière son Snowfall, Yann Novak remercie (entre autres) Steve Roden, Richard Chartier, Robert Crouch, Stephen Vitiello, Lawrence English… Si je ne sais pas exactement pourquoi, je jurerais qu’il s’agit là d’une question, si ce n’est d’influence, au moins d’accointances.

Car cette pièce d’une heure (tout pile) nous transporte dans les hautes sphères… Crescendo (après les ablutions d’usage, me voilà en soucoupe), nous montons lentement, passons des champs magnétiques ou électrostatiques, bref des strates & des strates de sons et parfois parfois parfois d’images. Spatial, horizontal (quand ses couches de synthés vous apaisent), Novak s’occupe de l’ascension et s’en occupe bien. Bon, maintenant, si au jeu du blind test, un de ces soirs [de merde, comme celui d’hier, où à une soirée de trentenaires névrosés on vous teste en vous balançant un musicien expérimental aveugle & sourd du Sud Pérou et que là bah oui connard on sèche - si tu t'es reconnu, sache que cette chronique sera twittée], j’ai du mal à faire la différence entre l’art de Yann Novak et ceux de ses « accointés », faudra pas m’en vouloir… [On se réconciliera sur un bon Get Lucky.]

écoute le son du grisliYann Novak
Snowfall (extrait)

Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye Recordings)
Edition : 2014.
CD : 01/ Snowfall
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Sergio Sorrentino, Machinefabriek : Vignettes (Fratto9, 2013) / CMKK : Gau (Monotype, 2013)

sergio sorrentino machinefabriek vignettes

On aurait bien vu Rutger Zuyderveldt alias Machinefabriek à l’affiche du récent Stream Machines. Toutefois, au lieu de suivre le panneau Den Haag, c’est du côté de l’Italie de Sergio Sorrentino que les pas du Rotterdamois se sont dirigés pour des Vignettes nuancées et délicates (mais…).

Très présente, l’électronique du Néerlandais s’inscrit en contrepoint du jeu de guitare de l’Italien. Parfois, l’apport de ce dernier tend carrément vers la sourdine, et le travail d’orfèvre-pâtissier de Zuyderveldt imprime des caractères numérisés à l’extrême – d’ailleurs, Echi Del Tempo / Echo’s van de tijd est le titre le plus réussi, because à l’opposé de cette vision étriquée.Car oui, la recette ne fonctionne que partiellement, et la compatibilité des deux protagonistes guère évidente pour qui aura laissé au clou son casque de mineur. Et pour le coup de grisou, on retournera en 2009, quand Zuyderveldt s’amourachait d’Andrea Belfi (Pulses And Places).

Sergio Sorrentino, Machinefabriek : Vignettes (Fratto9 Under The Sky Records)
Edition : 2013.
CD : 1/ Prefazione / Introductie 2/ Caduta Libera / Vrije Val 3/ Trotto / Draf 4/ Buco Nero / Zwart Gat 5/ Echi Del Tempo / Echo's Van De Tijd 6/ Rettile / Slakkegang 7/ Pendolare / Forens 8/    Frammenti / Fragmenten 9/ Perdersi / Dwaling  10/ Ghirigoro / Doedel 11/ Trasformazione / Transformatie     12/ Alba / Dageraad 13/ Nebbia Fitta / Dichte Mist
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

cmkk gau

Insatiable, l’ami Machinefabriek, le revoici membre du trio CMKK aux cotés de Jan et Romke Kleefstra, soit trois des quatre équipiers du merveilleux projet Piiptsjilling, dont on ne vantera jamais assez l’unique Wurdskrieme. Habitués des titres en Frison, les trois compères remettent le couvert avec Gau, qui exprime une idée de vitesse et d’urgence. En prime, Jan Kleefstra lit de sa fascinante voix rauque les textes dans sa langue maternelle, soutenus de main de maître par Machinefabriek et son Jan de frangin. C’est formidablement troublant, parfois carrément trippant, on sent le vent glacé souffler de la Mer du Nord en novembre et ça donne une envie bandante d’apprendre la langue séance tenante.

écoute le son du grisliCMKK
Gau (extrait)

CMKK : Gau (Monotype)
Edition : 2013.
CD : 01/ Gau
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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dieb13 : trick17 (Corvo, 2013)

dieb13 trick17

En capsule lancée par la rotation d’une platine, dieb13 explore un paysage changeant, celui de trick17. L’univers en question étant ramassé (une face « audible » seulement, dont l’autre, « visible » elle, révélerait la cartographie sous les rapides va-et-vient d'un crayon gris), la première rencontre ne tarde pas, qui met le musicien face à une femme éplorée – plus loin, ce seront des paquets d’insectes. Pour la distraire, le voici actionnant des mécanismes minuscules et qui en appelle au réconfort d’une musique scientiste d’atmosphère.

S'il tourne alors à vide, le vinyle réserve aussi de belles plages que se disputent le bruit et le silence, jusqu’à ce que le second n’en puisse plus et disparaisse sous des déflagrations, des alarmes débitées net, des parasites et des cris habilement agencés. Pour à la fois bien faire entendre ses créatures et leur échapper, dieb13 saute comme cabri et assène même quelques coups de cornes... Jusqu'à en écorcher le vinyle, dont le rose vire maintenant au rouge sang.

dieb13 : trick17 (Corvo)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
LP : A/ Audible B/ Visible
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)

seaworthy taylor deupree wood winter hollow

Ame pensante de son label 12k, Taylor Deupree joint de temps à autre le geste électronique à la parole ambient, ici en compagnie du guitariste Cameron Webb, alias Seaworthy.

On n’attend plus guère de surprises de l’officine new-yorkaise, mais ce très électro-acoustique Wood, Winter, Hollow est une excellentissime nouvelle dans le paysage twelvekien. Cinq morceaux, qui ont de quoi émerveiller le dernier des blasés. Un très folk Wood d’entrée, ou comment magnifier en huit minutes quelques notes de guitare sur fond d’electronica avantageuse, quelques échos de field recordings à la Chris Watson en double interlude, un Winter longuet bien que joli, un Hollow fluide tel un torrent caché sous le lichen et on s’imagine fissa en Ulysse sur un beau voyage.

écoute le son du grisliSeaworthy, Taylor Deupree
Wood (extrait)

Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)
Edition : 2013.
CD : 01/ Wood 02/ February 21, 2013 03/ Winter 04/ February 22, 2013 05/ Hollow
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Antoine Chessex : Errances (Under Platform, 2013)

antoine chessex errances

Les (trop brèves) Errances d’Antoine Chessex suivent le tracé flou de strates de notes de saxophones et de souffles joints. Pareillement considérés, les unes et les autres n’agissent, ne se développent, évidemment pas sur le même plan. De leur naissance à leur extinction, parfois par leur endurance ou leur retour contraint, ils révèlent, superposés, des souterrains habituellement enfouis sous paysages.

Underground Saxophone Quartet ou Urban Solo Sax : voilà les projets que Chessex emmène ici, et surtout forme seul. La multiplication des pistes – est-ce plutôt l’écho des notes qu’il engendre prudemment au centre du tableau, qui lui reviennent après avoir buté sur le cadre ? – accentuant l’intensité de ses sons continus et soignant le dessin de ses lignes fragiles, le saxophoniste signe-là deux plages où infuse un minimalisme de tonie lâche. Ses effets sur l’environnement proche sont marquants.

écoute le son du grisliAntoine Chessex
Errances

Antoine Chessex : Errances (Under Platform)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01-02/ Errances
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite, 2013)

mika vainio kilo

On a connu Mika Vainio* plus sur la réserve, mais est-ce là une raison pour bouder notre plaisir au moment de prendre ce (nouveau) Kilo ? D’autant qu’on sait bien qu’à la comparaison, un kilo de plumes et un Kilo d’électro-techno-dark-ambient, c’est la même chose…

Et pourtant, si je puis me permettre, Kilo, c’est du lourd ! Pour sûr, le disque envoie des rythmes binaires & des basses bonnes & du son lourd comme fer. Mais il contient aussi des expérimentations qui rendent originale cette compilation de tracks bien sentis. Comme Docks, par exemple, d’un asphyxiant qui aurait bouleversé David Carradine. Ou comme Sub-Atlantic, dont l’indus rêve de faire sauter toutes les bases sous-marines du monde…

Comme quoi, il fait bon attendre, car c’est dans ces pièces déçues par les beats que l’on trouve tout le miel de Kilo. Au point que Vainio en change son programme et qu’au contact de ces expérimentations, il transforme son projet en boîte à petits chefs-d’œuvre d’épouvante (Rust, Freight, Weight). On lui pardonne alors son esbroufe du début, on la mettra même sur le compte de son humour noir.    

* La pochette de mon disque annonce « Mika Vanio » (une erreur d’impression sans doute) quand d'autres m'ont rapporté posséder un Kilo de Sylvain Vainio. 

Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite / Differ-ant)
Edition : 2013.
CD / 2 LP : 01/ Cargo 02/ Cranes 03/ Load 04/ Docks 05/ Sub-Atlantic 06/ Rust 07/ Wreck 08/ Scale 09/ Freight 10/ Weight
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Stephan Mathieu : The Falling Rocket (Dekorder, 2013)

stephan mathieu the falling rocket

Homme de toutes les collaborations acclamées à leur très juste valeur (Robert Hampson ou Sylvain Chauveau, pour ne citer que deux formidables réussites), Stephan Mathieu retourne à la case solo pour son premier vrai (double) LP sur Dekorder. Tel un funambule virevoltant avec grâce sur un fil quadrichromique entre Phill Niblock et Mark Rothko, l’artiste allemand déploie une palette de tons où prédominent le blanc, le gris moyen, le bleu marine et le noir.

Au-delà du geste, et nonobstant toute vaine tentative de pose onirique, l’homme ayant bien trop de goût et de savoir-faire pour se laisser aller à ces basses considérations, les sonorités brumeuses, voire angoissantes, de Mathieu contiennent nettement plus de richesses que la simple surface des choses en laisse présager. Et transpercé d’une multitude d’ambiances – où des oripeaux synthétiques tiennent un rôle essentiel – le maelstrom d’une fin des temps glisse lentement et irrémédiablement vers un au-delà tout en mystères et inquiétudes.

écoute le son du grisliStephan Mathieu
The Falling Rocket

Stephan Mathieu : The Falling Rocket (Dekorder / Schwebung)
Edition : 2013.
2LP / DL : A1/ Lacaille 8760 A2/ Keid – B1/ Gliese 229 B B2/ 55 Carcri – C1/ Deneb C2/ IK Pegasi C3/ Teide 1 – D1/ Cha 110913 D2/ Kepler-11
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Toshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date : Green Heights (Baskaru, 2013)

toshimaru nakamura ken ikeda tomoyoshi date green heights

Avec ses trois électroniciens japonais à l’affiche (Toshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date), on n’est guère surpris de voir Green Heights s’inviter à la table d’une confrérie zen perchée dans les Monts Akaishi. Toutefois, il serait réducteur, voire franchement trompeur, de placer leur première collaboration sous les auspices d’une musique d’ambiance pour sushi-bar sans âme du VIIe arrondissement.

Nettement plus osé, notamment grâce aux multiples dissonances qui le traversent, l’objet trompera le paresseux qui ne dépassera pas le stade de la troisième minute. Même si, par instants, les sonorités du trio invitent à quelque coquinerie relaxante, son inspiration dépasse un romantisme de bas étage, quitte à s’adresser plus à notre cortex qu’à nos émotions hormonales.

écoute le son du grisliToshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date
Balcony I

Toshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date : Green Heights (Baskaru / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Balcony I - α 02/ Balcony I - β 03/ Balcony II 04/ Balcony III - γ 05/ Balcony III - δ
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Looper : ųatter (Monotype, 2013)

looper matter

Redire que Looper est ce trio formé de trois des plus remarquables improvisateurs d’hier (déjà), du jour (sûrement) et de demain (sans doute) : Martin Küchen, Nikos Veliotis et Ingar Zach. Noter aussi que Looper est ce cœur fragile que l’on entend battre sur le début de ųatter, vinyle dont la pochette – juxtaposition d’images, tirées d’une vidéo de Veliotis, qui nous propulse en salle d’opération – pour lui nous fait craindre le pire, mais dont la musique, du même, atteste l’endurance et même la force subtile.

Il faudra pour cela fondre d’abord tous les matériaux : saxophone alto, violoncelle, percussions et radio. L’opération est délicate, dans tous les sens du terme, qui ajoute à sa propre rumeur les chants d’instruments lustrés avec application : claire et grosse caisses effleurées, saxophone réservé, violoncelle maniaque. Au rapport, ce-dernier l’emporte donc et dessine, d’un archet amplifié, la ligne de laquelle le groupe ne déviera plus. Jonchées d’inquiétudes, celle-là, et de graves impératifs. Malgré les unes et les autres, sur sa ligne le trio danse : en appelle à l’accident, s’en remet au péril.

écoute le son du grisliLooper
Alignement

Looper : ųatter (Monotype / Metamkine)
Edition : 2013.
LP : 01/ Slow 02/ In Flamen 03/ Alignement 04/ Our Meal
Guillaume Belhomme © Le son du grilsi

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Marsen Jules : The Endless Change of Colour (12K, 2013)

marsen jules the endless change of colour

Généralement plus axée sur un néo-classicisme digitalisé qui va comme un gant à son auteur Marsen Jules (on se rappelle de ses excellents Herbstlaub ou Les Fleurs), la musique de l’artiste allemand prend des tangeantes ambient à l’occasion.

Maison dont les murs ont l’habitude d’accueillir les meilleurs du genre, le label 12K est l’hébergeur naturel de son The Endless Change Of Colour, longue pièce (quarante-sept minutes) où chaque instant semble éternellement semblable à la seconde qui le précède, alors qu’imperceptiblement, Martin Juhls fait varier sa gamme chromatique d’une infinité de nuances blanchâtres. Parfaitement impressionnante lorsqu’elle passe l’épreuve de la longueur, son œuvre révèle qu’en 2013, on est loin d’avoir tout dit dans le genre cher à Taylor Deupree et Harold Budd.

Marsen Jules : The Endless Change Of Colour (12K)
Edition : 2013
CD : 1/ The Endless Change Of Colour
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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