Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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A paraître : Félix Fénéon & Nurse With WoundInterview de Jonas KocherEn librairie : My Bloody Valentine: Loveless de Guillaume Belhomme
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Mirt : Solitaire (Polish Experimental Studio / Bolt, 2015) / Mud, Dirt & Hiss (Cat Sun, 2015)

mirt solitaire

Tout l’art de Mirt (une quinzaine d’années de sorties diverses derrière lui) pourrait se résumer dans l’electronica minimaliste de Solitaire (série Polish Experimental Studio du label Bôłt). Et tout serait-il dit ?

Tout en cinq morceaux (5 X Solitaire) sur le ton d’une electronica qui ne renie pas ses pop racines et sa tendance « folk » ambient. En jouant en plus de la vitesse de rotation de platines vinyle, Mirt en arrive à faire un éloge de la lenteur qui gangrène des plages d’atmo de BO qui ne feraient pas taches sur pellicules Kubrick ou des maquettes rythmiques et vocales qui évoque un Jimi Tenor (pièces d’origine) parasité. Sans être renversant, Solitaire s’impose par sa fraîcheur cablée sans prétention.

Mirt : Solitaire (Bôłt)
Edition : 2015.
CD : 01-05/ Solitaire 01 – Solitaire 05

Pierre Cécile © Le son du grisli

mirt mud dirt hiss

Et Mirt qui tourne encore, avec Mud, Dirt & Hiss. Quant à nous, ça dépend : vraiment pas mal sur les deux Swamp où le Polonais fait un Golem avec la boue et la poussière du titre, un peu moins avec l'electronica au goût de Mapstation d'In Limbo et les field recordings (hiss d'oiseaux !) de Bury Me Here. Sans aller jusque-là (oui, la signification de cette chronique est soumise au parlage d'anglais), on promet à Mirt d'aller le visiter de temps en temps, au moins à Noël et au Jour de l'an.

Mirt : Mud, Dirt & Hiss (Cat Sun / Monotype Records)
Edition : 2015.
CD / K7 : 01/ Swamp 1 02/ In Limbo 03/ Bury Me Here 04/ Swamp 2 05/ The Death
Pierre Cécile © le son du grisli

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OZmotic, Fennesz : AirEffect (SObject / Folk Wisdom, 2015)

ozmatic fennesz aireffect

Que restera-t-il des sons de l’homme une fois que l’homme aura disparu (puisque c'est ainsi) ? Ça, c’est à Fennesz et aux Turinois D’OZmotic de nous le dire, avec cet AirEffect que leur a inspiré La jetée de Chris Marker.

Les trois hommes on confectionné une boîte noire. On y trouve des tourniquets de jardin d’enfant qui grincent sous l’effet du vent, des bols chantants, des field recordings en lien sévère avec l’actualité, un beat de hip hop perdu ou un saxophone (celui d’OZmotic) de mauvaise B.O. de film… Pour résumer : une ambient bien fadasse doublée de field recordings œcuménico-foutraques. Dommage, c’était joli, la voix qui raconte et les sons qui illustrent la séance diapo de Marker ; La jetée, c’est quand même autre chose…

OZmotic, Fennesz : AirEffect (SObject / Folk Wisdom)
Edition : 2015.
CD : AirEffect
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mohammad : Segondè Saleco (Antifrost, 2015)

mohammad segondè saleco

Voici donc le troisième et dernier temps du 34°Ν-42°Ν & 19°Ε-29°Ε Study de Mohammad : après Zo Rèl Do et Lamnè Gastama, Segondè Saleco brouille les pistes comme pour obliger Nikos Veliotis, Coti et ILIOS à revoir leurs cartes.

Pour qu'ils retournent à leur Nouvelle Géographie Universelle et découpent l'espace en zones de dépressions quand ce n’est pas en zones interdites (si ce n’est aux drones qui y circulent en semi-liberté). Les archets sont tirés au cordeau, balançant sur basses fréquences et neutralisant désormais scories et enregistrements de terrain.

A la place, mille signaux alternatifs oscillent, qui singent ici le theremin, ailleurs des voix de synthétiseurs. A la place, un chant-triple s’exerce au maintien d’un cap arrêté entre deux notes. Le reste est une question d’équilibre et de patience : la lente navigation du trio cependant influencée par une déviation dont l’infime est gage de subtilité.

Mohammad : Segondè Saleco (Antifrost)
Edition : 2015.
CD : 01/ Bela Frumatene 02/ Sagaraki 03/ Kwas Rivero Akvo 04/ Ah Ya em Hamada
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice, 2015)

joda clément i hope you like the universe

Est-ce encore un field recording que j’entends derrière ce feedback calmé de loin ? Bing (par une question !), voici que commence I Hope You Like the Universe du Canadien Joda Clément.

Est-ce encore un drone arco derrière ce field recording ? Et derrière ce field recording serait-ce encore une sirène de police urbaine ? Urbaine, ma fille, comme la première face. Même en ville on n’en croise plus des sons comme ça. Tout se bouscule à tel point que Clément est obligé de prendre de la hauteur sur la deuxième face…

Balladerait-il maintenant ses micros à bout de bras au-dessus du périphérique (c’est-à-dire entre les voitures et les avions) ? Heureusement qu’il maroufle l’addition, et même qu’il écrase tout ça au camion rouleau. Après quoi il file les débris pour tisser des tapis environnementaux... j'avoue : bien agréables à l’écoute !

Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice Recordings)
Edition : 2015.
Cassette ! A/ Part I B/ Part II
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Baron Oufo : Dar Al-Hikma (Quadrilab, 2014)

baron oufo dar al-hikma

Sous son apparence solitaire, Baron Oufo met en duo les Frenchies Jérôme Alban et Eddie Ladoire. Entre les guitares du premier et les claviers du second, on penserait détenir les ingrédients d’une musique qui envole le dancefloor, et il nous propulse dans un magma dense et bruitiste d’où s’échappent moult collisions sonores.

Souvenirs probables d’Ecosse, où une tentative de cornemuse orne le background à la Tim Hecker de Depth of the Prophecy, vision de la forêt nordique où survivent quelques chants d’oiseaux dans la pénombre telles des lueurs d’espoir surgies du dark ambient (Dhikr), souffle contenu d’une bête maléfique dissimulée dans les restes décapités d’un combinat est-allemand où répèterait un combo nu shoegaze (Is a God to Live in a Dog?) et longue transhumance brumeuse d’où émergent quelque pensée cosmique (Blessing and Worship to the Prophet of the Lovely Star), on se sent tel Ulysse revenu d’une épopée électronica moderniste.

Baron Oufo : Dar Al-Hikma (Quadrilab)
Edition : 2014
CD : 01/ Depth of the Prophecy 02/ Dhikr 03/ Is a God to Live in a Dog 04/ Blessing and Worship to the Prophet of the Lovely Star
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Herbert Distel : Travelogue (hatOLOGY, 2015)

herbert distel travelogue

Le voyage, en train notamment, remue l’œuvre sonore de l’artiste suisse Hebert DistelDie Reise (1985), La Stazione (1990), Railnotes (2003) sont les noms des disques publiés par le passé par hat ART et hatOLOGY. Sur Travelogue, des sons que lui et sa femme, Gil, ont attrapés entre 1984 et 1990 racontent aujourd'hui un départ et un voyage (première plage), une arrivée enfin (seconde plage).

Un grand signal, et c’est l'envol. Or, l’auditeur reste à quai. De là, devra se faire une idée du voyage au son de rumeurs lointaines, surtout, d’éléments qui résonnent dans le hall. Peu commun, celui-ci, puisque Distel l’a au préalable changé en surface sur laquelle faire tourner (ce sont là beaucoup de boucles) des appels sortis de maigres enceintes, le chant d’une faune urbaine (quasi fossiles incrustés dans l’architecture métallique) ou le bruit de moteurs minuscules.

Sous cloche, l’artiste organise donc un nouvel espace dans lequel diffuser une berceuse inquiétante, double pièce d’ambient concrète aux airs parfois d’électronique étouffée, qui aide à imaginer de quoi retourne le voyage. Avec une distance fabuleuse.

Herbert Distel : Travelogue (hatOLOGY)
Enregistrement : 1984-1990 / 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Departure and Journey 02/ Arrival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency, 2015)

sigtryggur berg sigmarsson so long

Et un exercice de prononciation, un, avec Sigtryggur Berg Sigmarsson, qu’on connait mieux en tant que collaborateur de BJ Nilsen et Evil Madness et, surtout, moitié du duo expérimental – on s’accroche aux loudpspeakersStilluppsteypa. Auteur d’une discographie aussi discrète qu’abondante (une quinzaine de titres), l’Islandais imprime à son So Long un vent glacial qui fera baisser la température de votre casque Sennheiser de vingt bons degrés.

Transpercés d’un blizzard sonore qu’interrompt un bourdonnement marin, mais aussi insectivore, au flux et reflux d’une marée assoupie, les sons de l’initial Eight Hour Delay invitent à l’attente dans un recoin d’une salle de transit, quelque part entre Narvik et Bergen. Intervient alors un bourdonnement vivace, est-ce une corne de brume détraquée où l’envoi d’une nouvelle ligne sidérurgique ?, au travers d’un calme fuyant et lointain, à la frontière du liturgique (The Trip et son orgue troublant), avant qu’un ultime non-assaut ne dépeigne un paysage en pleine recomposition glaciaire, entre matin blanc et renoncement frigorifié (Late Night Arrival).

Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2015
CD : 01/ Eight Hour Delay 02/ The Trip 03/ Late Night Arrival
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Thomas Köner : La Barca (Autoproduction, 2014)

thomas köner la barca

Auteur du plutôt dispensable Novaya Zemlya, tel un souvenir mitigé en-deçà de Jana Winderen, Thomas Köner refait parler de lui en 2015 – et c’est peu dire qu’on revoit notre jugement.

Flashback vers 2009, année initiale de sortie de La Barca que l’artiste allemand a l’excellente idée de rééditer en version digitale, augmentée d’inédits pas tombés du camion. Voyage en douze étapes autour d’un monde, l’œuvre ramène ses field recordings, d’une précision ambient exemplaire – avis aux fans de Chris Watson et Mika Vainio – d’entre Tokyo et Hambourg, en passant par Damas, Venise ou Brisbane.

Et si d’aucuns y verront le signe d’un monde où les atmosphères s’universalisent au point de se confondre, et où la nature anxiogène des grandes métropoles joue son rôle, c’est qu’ils sont rétifs aux éléments linguistiques des instants captés, qu’ils soient en avant-plan ou plus discrets.

Thomas Köner : La Barca (Autoproduction)
Edition : 2014.
Téléchargement : 01/ Tokyo (Hour One) 02/ Nice (Hour Two) 03/ Cairo (Hour Three) 04/ Rome (Hour Four) 05/ Manhattan (Hour Five) 06/    Damascus (Hour Six) 07/ Paris (Hour Seven) 08/ Spitsbergen (Hour Eight) 09/ Jerusalem (Hour Nine) 10/ Venice (Hour Ten) 11/ Montenegro (Hour Eleven) 12/ Barcelona (Hour Twelve) 13/ Vasabron, Stockholm 14/ Retiro Station, Buenos Aires 15/ Dalmatinska, Beograd 16/ Calle De Argumosa, Madrid 17/ Bilderdijkkade, Amsterdam 18/ Forest, Brisbane 19/ Century Park, Shangai 20/ Glyfada, Athens 21/ Santa Cruz, La Palma 22/ Hochallee, Hamburg Video 1/ La Barca Tokyo Installation
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Biosphere, Deathprod : Stator (Touch, 2015)

biosphere deathprod stator

Stator, c’est un split Biosphere / Deathprod qu’il faut surveiller de l’œil (= de la pochette). Car les deux Norvégiens se succèdent sur le CD l’un après l’autre mais à un moment l’un deux fois de suite (je laisse la surprise du moment de ce deux « fois de suite » à ceux que cette collaboration intéressera).

Trêve de précisions, écoutons ce Stator comme s’il était l’œuvre d’un seul et même artiste (schizophrène quand même puisque Geir Jenssen et Helge Sten n’ont pas toujours les mêmes idées). L’ambient pop ou atmosphérique de Biosphere (que l’on reconnaît au tonnerre, à un drone, à une loop de synthé, etc.) est plongée dans une matrice complexe commandée par un cerveau certainement tourmenté. Et l’expérience porte ses fruits.

Exemple : ces « grosses » réverbérations ou les microstructures rythmiques de Space Is Fizzy, qui tiennent-elles de la magie blanche. Justement parce qu’elles annihilent toutes les différences entre les deux musiciens et qu’elles font croire que Stator n’est pas un split-puzzle mais bien un vrai duo, un duo par procurations.

Biosphere, Deathprod : Stator (Touch)
Edition : 2015.
CD : 01/ Biosphere : Muses-C 02/ Deathprod : Shimmer/Flicker 03/ Biosphere : Baud 04/ Deathprod : Polychromatic 05/ Deathprod : Disc 06/ Biosphere : Space Is Fizzy 07/ Deathprod : Optical
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum, 2015) / Diatribes : Augustus (Insub, 2013)

diatribes great stone blood dunza

Jamais trop occupés, D'incise & Cyril Bondi transformaient récemment, sous l’influence de King Tubby, deux pièces de dub des années 1970. Et le divertissement opère.

A la vitesse qu’un dubplate fiché dans le sable mettrait à fondre au soleil, le duo réduit ses instruments (mélodicas, micros, haut-parleurs…) en poudre et en filtre les sons. Diffuse, alors, une électroacoustique où les basses et les vibrations rivalisent d’équilibre sur mille plateaux tournant. Désarticulé, le dub encore promis est ensuite filé : consolidé par un rythme minuscule ou un drone défaillant sur Blood Dunza ou ouvragé par quelques basses fuyantes sur Great Stone – ici, la subtile progression du duo rappelle le YMCA d’Alan Licht ou le Pablo, Feldman, Sun, Riley de Dax Pierson et Robert Horton. Inspirés par le dub, Diatribes signe là une référence indispensable de sa discographie.


Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum)
Edition : 2015.
LP / Téléchargement : A/ Blood Dunza B/ Great Stone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

diatribes augustus

S’il faudra de toute façon télécharger Augustus, l’objet du même nom existe : poster enfermé dans une pochette de carton noire. Au son, c’est une musique du temps qui passe et même de temps à passer dans la rumeur d’un tambour grave et le chant de réductions mécaniques qui, détachées de tout si ce n’est de l’instant qu’elles marquent, font la ronde.

Diatribes : Augustus (Insub)
Edition : 2013.
Téléchargement : 01/ Augustus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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