Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Editions Lenka lente
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Toshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date : Green Heights (Baskaru, 2013)

toshimaru nakamura ken ikeda tomoyoshi date green heights

Avec ses trois électroniciens japonais à l’affiche (Toshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date), on n’est guère surpris de voir Green Heights s’inviter à la table d’une confrérie zen perchée dans les Monts Akaishi. Toutefois, il serait réducteur, voire franchement trompeur, de placer leur première collaboration sous les auspices d’une musique d’ambiance pour sushi-bar sans âme du VIIe arrondissement.

Nettement plus osé, notamment grâce aux multiples dissonances qui le traversent, l’objet trompera le paresseux qui ne dépassera pas le stade de la troisième minute. Même si, par instants, les sonorités du trio invitent à quelque coquinerie relaxante, son inspiration dépasse un romantisme de bas étage, quitte à s’adresser plus à notre cortex qu’à nos émotions hormonales.

écoute le son du grisliToshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date
Balcony I

Toshimaru Nakamura, Ken Ikeda, Tomoyoshi Date : Green Heights (Baskaru / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Balcony I - α 02/ Balcony I - β 03/ Balcony II 04/ Balcony III - γ 05/ Balcony III - δ
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Looper : ųatter (Monotype, 2013)

looper matter

Redire que Looper est ce trio formé de trois des plus remarquables improvisateurs d’hier (déjà), du jour (sûrement) et de demain (sans doute) : Martin Küchen, Nikos Veliotis et Ingar Zach. Noter aussi que Looper est ce cœur fragile que l’on entend battre sur le début de ųatter, vinyle dont la pochette – juxtaposition d’images, tirées d’une vidéo de Veliotis, qui nous propulse en salle d’opération – pour lui nous fait craindre le pire, mais dont la musique, du même, atteste l’endurance et même la force subtile.

Il faudra pour cela fondre d’abord tous les matériaux : saxophone alto, violoncelle, percussions et radio. L’opération est délicate, dans tous les sens du terme, qui ajoute à sa propre rumeur les chants d’instruments lustrés avec application : claire et grosse caisses effleurées, saxophone réservé, violoncelle maniaque. Au rapport, ce-dernier l’emporte donc et dessine, d’un archet amplifié, la ligne de laquelle le groupe ne déviera plus. Jonchées d’inquiétudes, celle-là, et de graves impératifs. Malgré les unes et les autres, sur sa ligne le trio danse : en appelle à l’accident, s’en remet au péril.

écoute le son du grisliLooper
Alignement

Looper : ųatter (Monotype / Metamkine)
Edition : 2013.
LP : 01/ Slow 02/ In Flamen 03/ Alignement 04/ Our Meal
Guillaume Belhomme © Le son du grilsi

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Marsen Jules : The Endless Change of Colour (12K, 2013)

marsen jules the endless change of colour

Généralement plus axée sur un néo-classicisme digitalisé qui va comme un gant à son auteur Marsen Jules (on se rappelle de ses excellents Herbstlaub ou Les Fleurs), la musique de l’artiste allemand prend des tangeantes ambient à l’occasion.

Maison dont les murs ont l’habitude d’accueillir les meilleurs du genre, le label 12K est l’hébergeur naturel de son The Endless Change Of Colour, longue pièce (quarante-sept minutes) où chaque instant semble éternellement semblable à la seconde qui le précède, alors qu’imperceptiblement, Martin Juhls fait varier sa gamme chromatique d’une infinité de nuances blanchâtres. Parfaitement impressionnante lorsqu’elle passe l’épreuve de la longueur, son œuvre révèle qu’en 2013, on est loin d’avoir tout dit dans le genre cher à Taylor Deupree et Harold Budd.

Marsen Jules : The Endless Change Of Colour (12K)
Edition : 2013
CD : 1/ The Endless Change Of Colour
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Chris Abrahams : Memory Night (Room40, 2013)

chris abrahams memory night

Davantage connu pour son rôle de pianiste au sein du trio australien The Necks, Chris Abrahams n’en pas à son coup d’essai ambient, son Memory Night étant sa troisième échappée en solitaire sur l’officine Room40. Le titre ne ment pas, les quatre tracks explorent les tourments de la nuit, entre agitations internes et folies externes.

Si le premier titre fait œuvre de noirceur intime, le second morceau voit le musicien assis au piano (et la suite également), ses notes blanches et noires complétées par des bruits épars et contagieux, telle la confrontation inattendue et superbe entre Florian Hecker, Pierre Boulez et Francisco Lopez. Morceau d’anthologie, mon colonel ! Plus bruitiste, le troisième extrait fait vibrer le trouillomètre à zéro, quelque part au fond d’une grotte ruisselante, tandis que le dernier passage, le moins convaincant, multiplie les approximations entre jazz et noise.

écoute le son du grisliChris Abrahams
Stabilise Ruin

Chris Abrahams : Memory Night (Room40 / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Leafer 02/ Bone And Teem 03/ Strange Bright Fact 04/ Stabilised Ruin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Stephan Mathieu : Un coeur simple (Baskaru, 2013)

stephan mathieu un coeur simple

Un fabuleux duo avec Robert Hampson sous le nom de Main aux Editions Mego (Ablation) et une œuvre en solo inspirée du roman de Flaubert Un Cœur Simple sur Baskaru, voilà aux moins deux bonnes raisons de revenir sur le cas Stephan Mathieu en 2013. Comme il a en pris la bonne habitude, le producteur allemand développe ses soundscapes à partir de vieux instruments et de sources sonores antiques (genre 78 tours), qu’il retravaille en un continuum hanté et mélancolique.

D’un niveau très proche de son excellentissime collaboration Transcriptions (Spekk, 2009) avec Taylor Deupree – on songe aussi à Jefre Cantu-Ledesma ou The North Sea baignant dans un monde parallèle entre bonheur soupçonneux et menace larvée –, ses échos lointains de musiques médiévale et religieuse achèvent le tableau, dense et fourni.

Stephan Mathieu : Un Cœur Simple (Baskaru)
Edition : 2013.
CD : 01/ Maison 02/ Mémoire 03/ Église 04/ Port 05/ Perroquet 06/ Devenir Sourd 07/ Félicité    08/ Trace
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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P.O.P. : Täbriz (Monotype, 2013)

p

Capitale de l'Azerbaïdjan oriental, la ville iranienne de Tabriz est notamment réputée pour ses tapis, tout comme Senneh et Kerman qui donnent leurs noms aux deux autres morceaux du CD du nouveau projet de Reinhold Friedl, P.O.P. (pour Psychology of Perception). La pochette persiste et signe, d’ailleurs : avec le bassiste (électrique) Hannes Strobl et le saxophoniste Hayden Chisholm, l’éclectique Friedl tapisse !

Doit-il pour autant renoncer à aller fouiller à l’intérieur de son piano pour confectionner son artisanat ? La réponse est non, évidemment, d’autant que Friedl et Strobl soignent comme dans une pouponnière les drones, les aigus, les murmures, les cordes presque muettes... Suffisamment développés, tous ces sons partent rejoindre Chisholm qui en usant d’une seule et unique note donne une forme à l’ensemble et même les transcende. La musique tout à coup se fait visible. Et en effet, le trio tisse un motif qu’il reprend avec concentration. A plat, l’abstraction de ses trois tapis sonores fait sens & bel effet.

écoute le son du grisliP.O.P.
Kerman

P.O.P. : Täbriz (Monotype)
Edition : 2013.
CD : 01/ Täbriz 02/ Senneh 03/ Kerman
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Chris Watson : In St Cuthbert's Time / Geir Jenssen : Stromboli (Touch, 2013)

chris watson in st cuthbert's time

Quand on se promène au bord de l’eau, comme tout est beau, dixit Jean Gabin, qui avait omis d’y mentionner les chants des oiseaux et les embruns iodés. Qu’à cela ne tienne, un bon demi-siècle plus tard, le magnifique Chris Watson démontre une nouvelle fois qu’il est le maître des field recordings, ici captés sur l’île de Lindisfarne (alias Holy Island), tout au nord de l’Angleterre.

Lieu de vie au VIIe siècle d’un moine anglo-saxon qui donne son titre à cet In St Cuthbert’s Time, l’endroit se prête magnifiquement aux explorations naturalistes de Watson, tant sa biodiversité est rendue avec une précision sonore des plus stupéfiantes. Le résultat est d’autant plus magique qu’on imagine aisément le nombre d’heures passées à capter la sauvagerie marine des lieux, quatre saisons durant svp, pour mieux en retirer une moelle des plus substantielles, échelonnée sur quatre titres (un par saison) d’une quinzaine de minutes chacun. Hip hip hip Watson.

Chris Watson : In St Cuthbert’s Time (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Winter 02/ Lencten 03/ Sumor 04/ Haerfest
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

geir jenssen stromboli

A voir la pochette, on imagine mal Geir Jenssen se penchant sur le cas Stromboli au bord de son cratère. Or, au casque, on applaudit à la précision des allées et des venues des vents, des grippages et des bouillonnements, des explosions et des détonations…, précision qui a interdit toute version MP3 du disque. En temps réel, les deux faces du vinyle racontent la vie du bel endormi et son activité… débordante.

Geir Jenssen : Stromboli (Touch / Metamkine)
Enregistrement : 19 juillet 2012 (21H30). Edition : 2013.
CD / FLAC : A/ Stromboli B/ Stromboli Dub
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nagual : Nagual (Ergot, 2013)

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Consignée jusque-là sur cassettes autoproduites (estampillées Pidgin Records), la musique de Nagual – association de Ian McColm (guitares, basse, piano, batterie, électronique) et de David Shapiro (guitare, basse, électronique) – passe sur vinyle sous pavillon Ergot (au catalogue du label, trouver, publiés ou sinon annoncés, disques et cassettes d'Aaron Dilloway, Adrian Rew, Jeph Jerman et Master Musicians of Joujouka…).

Ainsi Nagual, le disque, est-il une carte de visite à deux faces qui impressionnent pareillement. Au son d’un minimalisme à la traîne, d’abord, qui fait silence pour se préparer à tomber à pic et ce jusqu’aux abysses. Après avoir foré les profondeurs, le duo refait surface et expose sa pêche miraculeuse : crescendo, attise même les plaintes d’animaux fabuleux (d'autant que pas tous poissons) avec un art de la mise en scène que la batterie de McColm – qui, à l’instrument, prit quelques leçons de Billy Hart – finira de rendre colossal.  

En seconde face, c’est un ouvrage de drones plus retenu en apparence mais en apparence seulement. Car cette fois, appliqués sur un horizon frémissant, des notes longues, des boucles et des prises inversées, s’accordent et composent un paysage dont les effets vous poursuivent longtemps après que se sont tues les guitares électriques étendues qui marquent ses frontières. Autrement impressionnant, précisera-t-on.

EN ECOUTE >>> Honey River Lacquer

Nagual : Nagual (Ergot Records)
Edition : 2013.
LP : A1/ Honey River Lacquer A2/ Sweat Raag – B/ Continuous Becoming
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag, 2013)

ravi shardja grun ist grau

Vous n’aviez jamais osé transposer la musique concrète de Pierre Schaeffer en Inde ? Pas d’angoisse, Ravi Shardja l’a imaginé – et réalisé – pour vous. Oeuvre totalement à part dans la discographie mondiale (oui, oui), son Grün ist grau multiplie les fractures et les horizons, entre échos de la rue à Bombay, sonorités échappées de Throbbing Gristle ou Merzbow, sans bien sûr omettre des souvenirs de sitar passés à la moulinette Prurient.

Pas sûr qu’au premier coup, on saisisse toutes les nuances du bidule, tant les idées foldingues pulluent et s’entrechoquent... On est en revanche certain d’enchaîner les découvertes planquées dans le mix au fil des écoutes.

En écoute >>> Grün ist grau (quatre extraits)

Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag Records / Souffle Continu)
Edition : 2013.
2 LP : A1/ Bombay Boobies Battle B1/ Curry Nelli Occhi Un'Acromatopsia Momentanea C1/ Attaque Sournoise Du Kopassus À Wamena D1/ Gartenfest Fessenheim Abgesagt
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Yannick Franck, Craig Hilton : Flowers for L.P. (Idiosyncratics, 2013)

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Militant passionné de la scène electronica, Yannick Franck trouve ici en Craig Hilton un partenaire au niveau de ses habituelles et variées collaborations. Premier effort de la paire belgo-américaine, Flowers For L.P. débute sur des atmosphères menaçantes, qui se rapprocheraient d’un Marsen Jules métamorphosant Svarte Greiner, avant de glisser lentement vers une esplanade post-métallique où règnent les fantômes de Jefre Cantu-Ledesma ou Gilles Aubry.

Chemin faisant, le ton s’évapore, on rêve du fantôme de Geneviève Menace Ruine Beaulieu qui viendrait poser sa voix d’outre-tombe, avant qu’un tourbillon post-industriel n’emporte un fantôme de Stephan Mathieu. Corsée, l’affaire.

EN ECOUTE >>> Flowers for L.P. (extrait)

Yannick Franck, Craig Hilton : Flowers For L.P. (Idiosyncratics)
Edition : 2013.
CD : 01/ Flowers For L.P.
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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