Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Grisli d'été : moins de chroniques, plus de crawlRyoji Ikeda à NantesFestival Météo Mulhouse
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Puin + Hoop : Er Zit Een Gatin In De Soep (Narrominded, 2014)

puin + hoop er zit een gat in de soep

Déjà, Puin + Hoop n’est pas la collaboration de deux groupes, mais un trio formé d’Erik Uittenbogaard, Remco Verhoef et Roald Van Dillewijn. Actifs depuis le milieu des années 2000, je ne connaissais pourtant rien à leur langage et, en conséquence, je choisis de traduire leur « Er Zit Een Gat In De Soep » par « Il ne faut pas cracher dans la soupe ».

Ma traduction vaut ce qu’elle vaut. En tout cas, elle révèle assez bien mon attitude au sortir de cette ambient-kraut, de leurs loops dronant fort, de leurs larsens de guitare et de leurs râles humains. Quand leur musique crache (comme moi dans la soupe, vous aurez compris l’astuce), j’adhère malgré toutes précautions sanitaires. Maintenant, ils peuvent aussi tourner en rond sur des guitares sur chorus ou delay. Là, un bémol. Mais bon : Er Zit Een Gat In De Soep !

écoute le son du grisliPuin + Hoop
Er Zit Een Gat In De Soep (extraits)

Puin + Hoop : Er Zit Een Gat In De Soep (Narrominded)
Edition : 2014
CD / DL : 01/ Er Zit 02/ Een Gat 03/ In De Soep
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Yannis Kyriakides : Resorts & Ruins (Unsounds, 2013)

yannis kyriakides resorts & ruins

Parmi les âmes damnées que charrie la musique de Penderecki, quelques rumeurs d’enregistrements de terrain, les ritournelles d’anciens airs populaires, les mirages d’un modernisme antidaté… Yannis Kyriakides est un jour passé pour composer, en souvenir de tous, Resorts & Ruins.

C’est ici une ode hybride à la voix qu’inquiète des sirènes, là une machine qui réanime des antagonismes et illustre leurs enjeux – des foules remontées abruties par un larsen ou un pouls de synthèse – ou un zapping radio qui finit sur grandes orgues. D’une poésie moins distante que celle dont Kyriakides s’est fait une habitude, les collages séquencés de Resorts & Ruins touchent autant que ceux de ce Buffer Zone que l’on salua jadis.

Yannis Kyriakides : Resorts & Ruins (Unsounds)
Edition : 2013.
CD : 01-03-05/ Covertures 02/ Varosha (Disco Debris) 04/ The One Hundred Words
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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AMM : Place sub. v. (Matchless, 2014)

amm place

Dans quel bas-fond de Lublin, Pologne, John Tilbury et Eddie Prévost ont-ils, avec la savante mesure qu’on leur connaît, extrait pour la polir cette nouvelle pierre à marquer leur maturation lente ? De l’endroit, AMM se fait un devoir et, bientôt, joue sur les mots : « a place » / « to place ».

Par petites touches, le duo sarcle, avise et creuse : permet déjà à la lumière de percer, qui dérangera quelques bêtes enfouies – le ventre du piano s’en fait gravement l’écho quand ce n’est pas la batterie qui chasse une horde de corneilles. Si l’exercice requiert de la précaution, c’est qu’AMM est venu jusque-là – cet « endroit où être » – pour marquer un territoire qui n’appartient qu’à lui et qu’il développe depuis toujours à l’intérieur même de ses frontières : frappes retenues, ritournelles naissantes et puis empêchées, accords courts étouffant sous les longs sifflements d’une cymbale sous archet, et voici que Place sub. v. a, dans un souffle, épousé l’endroit – point, parages et même pays.

AMM : Place sub. v. (Matchless Recordings)
Enregistrement : 16 mai 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Place
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbrook, 2014)

alan courtis aaron moore kppb

Après Brokeboxe Juke (élaboré par correspondance) et Courtis/Moore (enregistré en concert), la folie est la même qui (par correspondance encore) inspire Anla Courtis et Aaron Moore. Les contours de KPPB (King Pancreas et Punk Butter) n’en changent pas moins de ceux des deux références qui la précèdent.

C’est que cette folie inspirante tient au duo lieu de poésie, et que la poésie ne permet pas qu’on la répète. D’autant qu’ici, un millier d’instruments la traduisent à fin de collages hétéroclites. Guitares, saxophones, accordéon, violon, petites percussions et grands tambours... Tout œuvre à une « ambient in opposition » qui multiplie les efforts pour perdre son promeneur : expérimental minimaliste, boucles hallucinées, rengaines angoissées, expressionnisme pressant…

Certes, quelques flottements sur King Pancreas – absorbé par l’éther, le duo tente un air à la Wim Mertens ou boucle un temps des sonorités de peu – que Punk Butter relativise avec une morgue rare : bols en décalages et archets en perdition y introduisent une complainte captivante aux mouvements égaux. Un art musical de la situation et de son beau retournement…  

écoute le son du grisliAnla Courtis, Aaron Moore
KPPB (extraits)

Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbook)
Edition : 2014.
CD : 01/ King Pancreas 02/ Punk Butter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

aaron moore anla courtis

Anla Courtis et Aaron Moore entameront ce 10 mars une tournée en Europe. Pour la France et la Suisse, ils sont attendus à Montreuil, Marseille, Toulouse et Genève : Instants Chavirés le 13, GRIM le 14, Myrys le 15, Cave 12 le 16.

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Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY, 2013)

polwechsel traces of wood

Sans plus de souffle – même si le violoncelle singe parfois l’orgue –, Polwechsel enregistrait en mars 2010 et janvier 2011 ce Traces of Wood ayant valeur de tournant : « Faire moins de bruit, c’était se taire », explique Michael Moser. Alors, Polwechsel passe commande à ses quatre éléments de partitions qu’il fleurira d’improvisations.

Sur Adapt/Oppose, Burkhard Beins fait des archets l’instrument principal (sur contrebasse, violoncelle et cymbales), qui lentement vont ensemble avant de se répondre, comme d’une vallée à l’autre et sur peaux frottées : les combinaisons sonores, minuscules, forment un corps fragile qui basculera pour démontrer son adhérence. Les archets seront distants, sur l’ouverture de Grain Beinding #1, de Moser. La composition est plus nette, dramatique au fond, qui peu à peu focalise les quatre voix avec un art plus fabriqué.

Nia Rain Circuit, respecte, lui, les courants usages de son auteur, Martin Brandlmayr. La pièce échapperait pourtant au répertoire de Trapist ou de Radian pour jouer de nombreuses pauses et de redirections tranchées avant de convoquer des archets unanimes sur les résonances d’un vibraphone. Les coordonnées de l’endroit du monde où Werner Dafeldecker enregistra le blizzard qu’il injecte à sa composition donnent à celle-ci son titre : S 64°14’’ W 56°37’’. Plus effacé, mais perturbé d'autant, le groupe lutte contre les éléments à coups d’éclats et de drones qui laissent en effet des traces. Trois, au moins. Et tenaces.

Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Adapt/Oppose 02/ Grain Bending #1 03/ Nia Rain Circuit 04/ S 64°14’’ W 56°37’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lars Åkerlund, Kasper T. Toeplitz : INERT/E (ROSA, 2013)

lars akerlund kasper t toeplitz inerte

A force d’avoir partagé les collaborateurs (Dror Feiler, le regretté Zbigniew Karkowski, CM von Hausswolff, pour tout bien citer mon dossier de presse), Lars Åkerlund (electronics) et Kasper T. Toeplitz (electronics, basse électrique) devaient bien un jour travailler ensemble. C’est maintenant chose faite : le second éditant sur son Recordings of Sleaze Art leur projet INERT/E (qui est peut-être aussi le nom de leur duo ?).

Disons-le sans attendre : cette collaboration fait grands bruits (oui, au pluriel), même si l’on n’est pas à l’abri de chutes de volumes qui impressionnent presque autant. Enregistré dans les studios du GRM, les deux compositions ont une forme qui rappelle les « collages » concrets et un fond proche de l’ambient noise. Alpagué par leurs champs électromagnétiques, l’auditeur n’est plus qu’un parasite parmi les milliers de parasites de l’ « écosystème électronique » qu’Åkerlund et Toeplitz (vérification faite, INERT/E est bien le nom de leur duo) revendiquent. Mais par n'importe quel parasite : un parasite plutôt flatté.

INERT/E : INERT/E (Recordings Of Sleaze Art / Metamkine)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Les masses sont l’inertie, la puissance du neutre
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Plochingen : 266 minuscules récepteurs paraboliques (Tanuki, 2013)

plochingen 266 minuscules récepteurs paraboliques

Plochingen est de Bruxelles mais fait de l’ambient à la plus au Nord que ça… disons à la Beequeen (quand il n’y a pas de voix dans Beequeen)… Un peu court, jeune homme ? Mais c’est que j’allais poursuivre… et parler de ces deux faces de cassette (téléchargeable) à quatre Baal

Baal 1 et Baal 3, en face A où il y a des guitares, des guitares surtout, mais une sorte de petit synthé à la programmation rythmique minimaliste aussi sur une courte séquence qu’en chasse une autre, et puis une autre une autre, etc. 266 fois ? Il faudrait compter... En tout cas, le tout reste insaisissable sauf dans ses couleurs : blanc de la sonnerie d’un téléphone (qui sonne chez Lynch dirait-on), rouge des juxtapositions rétro-futuristes, or des drones…

Au dos, les Baal 2 et Baal 5, dans un genre plus spatial, mais toujours ambient. On y sent d’ailleurs moins les guitares. A la place un canon à drone qui envoie la note de plus en plus fort. Plochingen a au moins l’art de créer des atmosphères et ce n’est, je crois, pas rien.

écoute le son du grisliPlochingen
266 minuscules récepteurs paraboliques (téléchargement)

Plochingen : 266 minuscules récepteurs paraboliques (Tanuki)
Edition : 2013.
K7 / DL : A1/ Baal 1 A2/ Baal 3 B1/ Baal 2 B2/ Baal 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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EITR : Trees Have Cancer Too (Mazagran, 2013)

eitr trees have cancer too

La compagnie – Pedro Sousa (saxophoniste entendu en Pão ou IKB Ensemble, qui joue aussi d’électronique) et Pedro Lopes (platines, électronique) – semblait attendre qu’on vienne à elle. Or, un grain l’agite, sorti d’une dépression électroacoustique qui a raison de la patience d’un duo dont, en plus, les machines se grippent.

Pour couronner le tout, le saxophone n’est pas celui d’un colosse et se complaît dans la torsion. En conséquence, voici EITR inventant sous les contraintes : lorsque ce n’est pas une musique d’atmosphère que gâtent ses field recordings (jardin d’enfants et conversations radiophoniques), ce sont de sombres morceaux déraillant jusqu’au noise léger : c’est alors qu’EITR évolue dans cette ambient trouble, dérangée sans cesse, qui met dans ses grisailles les deux musiciens en valeur.

EITR : Trees Have Cancer Too (Mazagran)
Enregistrement : 2008-2011. Edition : 2013.
LP : 1/ Eventually The Wind Died 2/ Forth Twice 3/ Bass Wood
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Howard Stelzer, Frans de Waard : Pink Pearl (Bocian, 2013)

howard stelzer frans de waard pink pearl

Après dix-huit années passées à jouer ensemble, Howard Stelzer et Frans de Waard construisent Pink Pearl par correspondance, en puisant dans leur corpus enregistré.

La longue liste des collaborations engagées par l’un et l’autre musicien n’interdira pas qu’on aille entendre encore Stelzer et Waard : Pink Pearl le mérite, qui lève des décors miniatures au son de pièces souvent inquiètes : clinique spécialisée dans la syncope, souterrain peu engageant, manège fatigué d’avoir trop tourné, gris labyrinthe, cul de sac pour dernier râle…

Déconseillée aux claustrophobes, cette électroacoustique à boucles et brouillards, des autres, fera travailler et l’oreille et l’imagination : c’est que ce qu’il y a à entendre en Pink Pearl dépend presque autant des musiciens que des curieux qui iront l'écouter.  

Howard Stelzer, Frans de Waard : Pink Pearl (Bocian)
Edition : 2013.
CD : 01/ Two Rings At Least 02/ Pink Pearl (Exhaust) 03/ Eraser 04/ Here We Are
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Zero Centigrade : Birch (Obs, 2013)

zero centigrade birch

De Tonino Taiuti (guitare acoustique & sounds) ou de Vincenzo De Luce (guitar acoustique & sounds aussi), qui fait le Zero et qui fait le Centigrade ? A moins que les postes soient interchangeables, dans ce cas, ça complique…

C’est la raison pour laquelle on ne cherchera pas à différencier les deux guitares malades enregistrées en décembre 2012 pour ce Birch de CD tiré à 65 copies. D’ailleurs, elles se partagent des slides et des baisses de tension et même un jeu fort mou, certes, mais mou à ravir les adorateurs de folk désolé. C’est donc dans les « sounds » (feedbacks, ronflements, bourdons, chuintements…) qu’on ira chercher l’originalité du duo. Voilà même que son folk y gagne : en nomadisme, voire extra-terrestrialité.

écoute le son du grisliZero Centigrade
Birch (extrait)

Zero Centigrade : Birch (Obs)
Enregistrement : décembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : Birch
Pierre Cécile © Le son du grisli

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