Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Interview : Giovanni Di DomenicoA paraître : 50 couplets de Moondog30minutesounds
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency, 2015)

sigtryggur berg sigmarsson so long

Et un exercice de prononciation, un, avec Sigtryggur Berg Sigmarsson, qu’on connait mieux en tant que collaborateur de BJ Nilsen et Evil Madness et, surtout, moitié du duo expérimental – on s’accroche aux loudpspeakersStilluppsteypa. Auteur d’une discographie aussi discrète qu’abondante (une quinzaine de titres), l’Islandais imprime à son So Long un vent glacial qui fera baisser la température de votre casque Sennheiser de vingt bons degrés.

Transpercés d’un blizzard sonore qu’interrompt un bourdonnement marin, mais aussi insectivore, au flux et reflux d’une marée assoupie, les sons de l’initial Eight Hour Delay invitent à l’attente dans un recoin d’une salle de transit, quelque part entre Narvik et Bergen. Intervient alors un bourdonnement vivace, est-ce une corne de brume détraquée où l’envoi d’une nouvelle ligne sidérurgique ?, au travers d’un calme fuyant et lointain, à la frontière du liturgique (The Trip et son orgue troublant), avant qu’un ultime non-assaut ne dépeigne un paysage en pleine recomposition glaciaire, entre matin blanc et renoncement frigorifié (Late Night Arrival).

Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2015
CD : 01/ Eight Hour Delay 02/ The Trip 03/ Late Night Arrival
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Thomas Köner : La Barca (Autoproduction, 2014)

thomas köner la barca

Auteur du plutôt dispensable Novaya Zemlya, tel un souvenir mitigé en-deçà de Jana Winderen, Thomas Köner refait parler de lui en 2015 – et c’est peu dire qu’on revoit notre jugement.

Flashback vers 2009, année initiale de sortie de La Barca que l’artiste allemand a l’excellente idée de rééditer en version digitale, augmentée d’inédits pas tombés du camion. Voyage en douze étapes autour d’un monde, l’œuvre ramène ses field recordings, d’une précision ambient exemplaire – avis aux fans de Chris Watson et Mika Vainio – d’entre Tokyo et Hambourg, en passant par Damas, Venise ou Brisbane.

Et si d’aucuns y verront le signe d’un monde où les atmosphères s’universalisent au point de se confondre, et où la nature anxiogène des grandes métropoles joue son rôle, c’est qu’ils sont rétifs aux éléments linguistiques des instants captés, qu’ils soient en avant-plan ou plus discrets.

Thomas Köner : La Barca (Autoproduction)
Edition : 2014.
Téléchargement : 01/ Tokyo (Hour One) 02/ Nice (Hour Two) 03/ Cairo (Hour Three) 04/ Rome (Hour Four) 05/ Manhattan (Hour Five) 06/    Damascus (Hour Six) 07/ Paris (Hour Seven) 08/ Spitsbergen (Hour Eight) 09/ Jerusalem (Hour Nine) 10/ Venice (Hour Ten) 11/ Montenegro (Hour Eleven) 12/ Barcelona (Hour Twelve) 13/ Vasabron, Stockholm 14/ Retiro Station, Buenos Aires 15/ Dalmatinska, Beograd 16/ Calle De Argumosa, Madrid 17/ Bilderdijkkade, Amsterdam 18/ Forest, Brisbane 19/ Century Park, Shangai 20/ Glyfada, Athens 21/ Santa Cruz, La Palma 22/ Hochallee, Hamburg Video 1/ La Barca Tokyo Installation
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Biosphere, Deathprod : Stator (Touch, 2015)

biosphere deathprod stator

Stator, c’est un split Biosphere / Deathprod qu’il faut surveiller de l’œil (= de la pochette). Car les deux Norvégiens se succèdent sur le CD l’un après l’autre mais à un moment l’un deux fois de suite (je laisse la surprise du moment de ce deux « fois de suite » à ceux que cette collaboration intéressera).

Trêve de précisions, écoutons ce Stator comme s’il était l’œuvre d’un seul et même artiste (schizophrène quand même puisque Geir Jenssen et Helge Sten n’ont pas toujours les mêmes idées). L’ambient pop ou atmosphérique de Biosphere (que l’on reconnaît au tonnerre, à un drone, à une loop de synthé, etc.) est plongée dans une matrice complexe commandée par un cerveau certainement tourmenté. Et l’expérience porte ses fruits.

Exemple : ces « grosses » réverbérations ou les microstructures rythmiques de Space Is Fizzy, qui tiennent-elles de la magie blanche. Justement parce qu’elles annihilent toutes les différences entre les deux musiciens et qu’elles font croire que Stator n’est pas un split-puzzle mais bien un vrai duo, un duo par procurations.

Biosphere, Deathprod : Stator (Touch)
Edition : 2015.
CD : 01/ Biosphere : Muses-C 02/ Deathprod : Shimmer/Flicker 03/ Biosphere : Baud 04/ Deathprod : Polychromatic 05/ Deathprod : Disc 06/ Biosphere : Space Is Fizzy 07/ Deathprod : Optical
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum, 2015) / Diatribes : Augustus (Insub, 2013)

diatribes great stone blood dunza

Jamais trop occupés, D'incise & Cyril Bondi transformaient récemment, sous l’influence de King Tubby, deux pièces de dub des années 1970. Et le divertissement opère.

A la vitesse qu’un dubplate fiché dans le sable mettrait à fondre au soleil, le duo réduit ses instruments (mélodicas, micros, haut-parleurs…) en poudre et en filtre les sons. Diffuse, alors, une électroacoustique où les basses et les vibrations rivalisent d’équilibre sur mille plateaux tournant. Désarticulé, le dub encore promis est ensuite filé : consolidé par un rythme minuscule ou un drone défaillant sur Blood Dunza ou ouvragé par quelques basses fuyantes sur Great Stone – ici, la subtile progression du duo rappelle le YMCA d’Alan Licht ou le Pablo, Feldman, Sun, Riley de Dax Pierson et Robert Horton. Inspirés par le dub, Diatribes signe là une référence indispensable de sa discographie.


Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum)
Edition : 2015.
LP / Téléchargement : A/ Blood Dunza B/ Great Stone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

diatribes augustus

S’il faudra de toute façon télécharger Augustus, l’objet du même nom existe : poster enfermé dans une pochette de carton noire. Au son, c’est une musique du temps qui passe et même de temps à passer dans la rumeur d’un tambour grave et le chant de réductions mécaniques qui, détachées de tout si ce n’est de l’instant qu’elles marquent, font la ronde.

Diatribes : Augustus (Insub)
Edition : 2013.
Téléchargement : 01/ Augustus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Koenraad Ecker : Sleepwalkers in a Cold Circus / Triac : Days (LINE, 2015)

koenraad ecker sleepwalkers in a cold circus

Y’a qu’à voir la pochette du disque : c’est un drôle d’objet que le belge Koenraad Ecker soumet à notre entendement. Electronica d’abord, et qui scintille. Mais passée la porte (à son fronton, on peut lire A Pilar of Salt), tout change, tout le temps.

Car à l’intérieur c’est un palais des glaces (j’aurais pu dire aussi un miroir à facette qui renvoie les sons les uns contre ou sur les autres). L’électronique « normale » comme un président se transforme au fur et à mesure au contact d’un field recording ou d’un nouvel instrument (une voix, un saxophone, un violoncelle, etc.). De salle en salle (car l’objet bizarre en comporte plusieurs, de salles) les ambiances se succèdent comme dans un film d’horreur ou (non, ce n’est pas au choix, mais bien tout en même temps) dans un peinture onirique. On n’en finit d’ailleurs pas d’écouter partout, et si le torticolis auriculaire existait, je n’en remercierais pas moins l’épatant Ecker d’en avoir été la cause.  

Koenraad Ecker : Sleepwalkers in a Cold Circus (LINE)
Edition : 2015.
CD : 01/ A Pilar of Salt 02/ Kreupelhout 03/ There Are No Eyes Here 04/ Nazif 05/ Addicted to Tin 06/ Shadow Puppets 07/ Zerkalo 08/ Parasites 09/ Ivory Rang in the Air
Pierre Cécile © Le son du grisli

triac days

On se souvient qu’au temps de la sortie de Soon en single, il n’avait pas fallu longtemps à Brian Eno pour applaudir aux efforts de MBV. Eh bien, avec la suite que Triac a concoctée à In A Room, nous y voici : l’homme de l’ambient apaise tous les souvenirs du shoegazing (au moins du Nowhere de Ride au Souvlaki de Slowdive). Enfin, par Rossano Polidoro (laptop), Marco Seracini (piano & synthé) et Augusto Tatone (basse électrique) interposés ! A vos planeurs…

Triac : Days (LINE)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01-07/ Day One - Day Seven
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Thisquietarmy : Altar of Drone (Midira, 2014)

thisquietarmy altar of drone

La discographie de Thisquietarmy est impressionnante. La nôtre / mienne est incomplète, il ne faut pas nous / m’en vouloir. D’autant que le Québec, c’est loin. Mais rabattons-nous plutôt sur ce concert (15/11/2013) au Moving Noises Festival.

Quoi donc dans Altar of Drone ? Eh bien des... drones qui tirent fort le Ravi Shankar et le Terry Riley, du psyché-mystère et la lente ascension d’un silver mount qui fera cracher quelques membres du groupe (en fait, il n’y a qu’un membre du groupe : l’intarissable guitariste Eric Quach) et les attirera (il n'y en a qu'un, te dis-je) vers le mont Fennesz. Un autre piste et c’est une autre montagne à gravir, du genre au relief accidenté et dont il faut combler tous les trous avec des basses notes ou des sirènes en chorus. Après ça, Thisquietarmy repart comme il est venu, après nous avoir soufflé chaud et froid à deux centimètres du visage. L’exploration de son catalogue est déjà prévue puisqu'Altar of Drone est engageant. 

Thisquietarmy : Altar of Drone (Midira)
Edition : 2014.
Cassette : Altar of Drone
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Pinkcourtesyphone : Description of Problem (LINE, 2014)

pinkcourtesyphone description of problem

Tous feux éteints,  ambient glabre, est-ce de l’allemand que j’entends dans le fond ? Diantre, cette collaboration Richard Chartier / William Basinski qui inaugure cette série de Pinkcourtesyphone featurings m’aura glacé les sangs avant de me baigner dans une ambient rose bonbon qui ne me va pas au teint…

Heureusement, les collaborations se suivent et ne se ressemblent pas (si ce n’est qu’elles intègrent toutes la voix à l’ambient de Chartier). Avec AGF (Our Story) c’est quelque chose d’aussi irrémédiable que des piqures de machine à coudre et avec Cosey Fanni Tutti (Boundlessly) c’est un claustro-trip érotique qui vous fait chavirer net. Mais avec Kid Congo Powers (Iamaphotograph), la voix prend trop de place et avec Evelina Domnitch (I Wish You Goodbye) c’est le retour au diaphagnangnan. Pour faire pencher la balance en faveur de son CD, Chartier se colle tout seul à Perfectory Attachments en attachant une boucle de voix cinématographique à un crescendrone. Elève Chartier… 3,5/6. C’est-à-dire déjà plus que la moyenne !



Pinkcourtesyphone : Description of Problem (LINE)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2014.
01/ Description of Problem 02/ Perfunctory Attachments 03/ Our Story 04/ Boundlessly (for M. Heyer) 05/ Iamaphotograph (Darkroomversion) 06/ I Wish You Goodbye
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Frode Haltli : Vagabonde Blu (Hubro, 2014)

frode haltli vagabonde blu

Un peu d'accordéon, en ce lundi matin ? Œuvre du musicien norvégien Frode Haltli, Vagabonde Blu est le premier de ses quatre albums à être entièrement solo. En trois titres, composés à parité égale par les Italiens Salvatore Sciarrino et Aldo Clementi, ainsi que par le Norvégien Arne Nordheim, le surprenant accordéoniste prouve de main de maître que son instrument a toute sa place dans un registre contemporain – il est bien sûr à des lieues des clichés pour bals du 14 juillet et autres vieilleries pour festivals solidaires.

Notamment sur la seconde pièce, Flashing (A. Nordheim), très impressionnante de force dramaturgique et de virtuosité contenue. Par instants carrément flippantes, sans pour autant tomber dans un mauvais trip psychédélique, le morceau exprime en quatorze minutes une conviction poétique admirable, où les instants de sérénité larvée contrebalancent la violence sous-jacente du propos. Rassurez-vous, les deux autres titres valent également le détour, notamment l’admirable Ein Kleines… (A. Clementi), tout en langueur indocile et volupté post-moderne.



Frode Haltli : Vagabonde Blu (Hubro)
Edition : 2014
CD : 1/ Vagabonde Blu (Composed by Salvatore Sciarrino) 2/ Flashing (Composed by Arne Nordheim) 3/ Ein Kleines... (Composed by Aldo Clementi)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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David Shea : Rituals (Room40, 2014)

david shea rituals

Américain exilé en Australie (il n’est pas signé pour rien sur le label Room40 de Lawrence English), David Shea s’est d’abord fait un nom comme collaborateur de John Zorn, Scanner ou Jim O’Rourke, tout en développant parallèlement une carrière solo aussi discrète que productive.

Davantage dans une bulle ambient néo-classique que d’aucuns rapprocheraient de Marsen Jules, et qui mériterait toute sa place sur les fameuses compiles annuelles Pop Ambient de Kompakt, Rituals intègre également à ses atours électroniques des notes de piano parfois exclusives, mais aussi des échos chamaniques où l’on ressent tout l’apesanteur vocale de la tradition tibétaine. Ca pourrait donner une soupe new age fadasse, mais nous en sommes à mille lieues, tant les variations thématiques virevoltent d’un morceau à l’autre, entre caresse interstellaire, grandes orgues aux échos de Bach et souvenirs de fête foraine. Ca fait beaucoup... peut-être trop.

David Shea : Rituals (Room40)
Edition : 2014
CD : 1/ Ritual 32 2/ Emerald Garden 3/ Wandering In The Dandenongs 4/ Fragments Of Hafiz 5/ Meditation 6/ Green Dragon Inn
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Shinobu Nemoto : Improvisations #13 - #25 (Moufurokuon, 2014)

shinobu nemoto improvisations 13 25

Shinobu Nemoto est un musicien atypique. Non pas parce qu’il est Japonais (trop facile) mais parce qu’il multiplie les projets mystérieux (Summons of Shining Ruins, Dark Side Of The Audio System) tout en autoproduisant ses improvisations solo depuis la fin des années 2000. On l’imagine bien habitant en reclus l’île dont les 13 CDR qu’il a produit l’année dernière (13 improvisations enregistrées en quelques semaines) dessinent la carte.

Peut-être qu’à force de s’être cogné aux quatre coins de son île, Shinobu Nemoto a pris goût à la répétition. Car ce sont d’innombrables loops qui orientent son jeu de guitare électrique sur un trip ambient pop. Assez particulier, le trip, d’ailleurs. Il mixe le Brian Eno des 80’s (autant ajouter tout de suite Harold Budd) et François Bayle, Bruce Gilbert et les BO de Badalamenti, Lawrence English et le mouvement shoegaze…. Une ambient antidatée et pourtant intemporelle, une musique d’ameublement pour tunnel souterrain, une subaquatique pop qui vous submerge par vagues, une armée de drones et de solos (pas tous bienvenus d’ailleurs)…

Shinobu Nemoto a le couplet instrumental alangui et c’est ce qui fait sa force. Sa faiblesse est peut-être de ne pas savoir choisir : treize CD d’ambient pop d’un coup, c’est un chantier colossal pour qui le motto n’est pas Nemoto (bon). Car on n’est pas descendu d’une boucle qu’une autre nous invite déjà à lui monter dessus. Et bizarrement, on monte, en pensant à tous ceux qui ont un jour ou l’autre quitté le sol pour rejoindre une île (Jim O’Rourke, Ian MastersJacques Brel ?) et en espérant qu’un point de la carte de Shinobu Nemoto répondra à nos attentes (puisque le producteur vend au détail, je conseillerais les improvisations 14, 19 et 24 / en même temps, le site de Moufurokuon propose des extraits de toutes les improvisations contenues dans ces 13 CD).

Shinobu Nemoto : Improvisation #13 - Improvisation #25 (Moufurokuon)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
13 CDR : Improvisation #13 – Improvisation #25
Pierre Cécile © Le son du grisli

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