Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Grisli d'été : moins de chroniques, plus de crawlRyoji Ikeda à NantesFestival Météo Mulhouse
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

RLW, Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype, 2013)

rlw srmeixner just like a flower when winter begins

Au départ, c’était un grand morceau sorti de deux plus petits de Ralf Wehowsky (P16.D4 et donc RLW) et Stephen Meixner (Contrastate et donc Srmeixner). Mais aujourd’hui, ce ne sont pas moins de dix morceaux différents, que les deux hommes ont fabriqué en rapprochant leur approche expérimentale de la plus grossière des musiques populaires.

Trois années à manipuler de balourdes chansons, à tricoter des sons bruts, à arranger des samples d’orchestres, des bouts de conversations & des incrustations de mille espèces… Dit comme ça, on pourrait se méfier de Just Like a Flower When Winter Begins. Or, les emprunts discographiques sont assez finement travaillés pour, dans les micro tubes de RLW et Srmeixner, donner naissance à une sorte de space ambient distrayante, parfois étonnante, en tout cas qu’on n’attendait pas là.

écoute le son du grisliRLW & Srmeixner
Just Like a Flower When Winter Begins (extraits)

RLW & Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Blumen für den Prachtjungen 02/ Old Hearts Rejuvenated 03/ Gummidorf (Simply Happiness) 04/ The Man with the Sunglasses 05/ Alle (Everyone) 06/ Wishing to be Entertained 07/ Definition (Konsumation) 08/ Gummidorf 09/ Seligkeit 10/ Spaßbremse 11/ Definition (Degustation)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Merzouga : 52°46’ North 13°29’ East (Gruenrekorder, 2013)

merzouga music for wax-cylinders

Eva Pöpplein (electronics) et Janko Hanushevsky (basse électrique préparée) forment Merzouga. Il y a peu, ils allèrent « piocher » dans le fond d’ethnomusicologie de la Berlin Phonogram Archive et, à l’automne 2012, donnèrent un concert en se servant de leurs découvertes.

Les fruits de l’expérience, étonnante, versent dans une ambient folkloriste ou des chants de la Terre de Feu, de Hongrie ou du Yemen (etc., of course), croisent l’électronique et la basse électrique dans un ballet qui mêle futur et traditions. Dommage tout de même qu’il faille forcément un vainqueur : car en effet c'est le futur qui finit par l'emporter, quand la basse parle trop et que l’électronique crépite avant d’oser une petite mélodie orientale d’une facilité… appauvrissante. Deux fois dommage.

Merzouga : 52°46’ North 13°29’ East – Music for Wax-Cylinders (Gruenrekorder)
Edition : 2013.
CD : Music for Wax-Cylinders : 52°46’ North 13°29’ East
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jim Haynes : The Shudder of Velocity (Noisendo, 2014)

jim haynes the shudder of velocity

« JH » pour Jim Haynes, « TSOV » pour The Shudder of Velocity. Voilà la promesse du Californien et du micro label Noisendo : le frisson de la vitesse… Pourtant, tout commence piano sur ce CD artisanal (cent copies seulement). On tourne comme sur des cymbales, on perd le Nord sous les réverbérations, on cherche à savoir d’où vient ce bruit de grattage et ce qu’il présage.

Peu à peu un roulement monte, mécanique. C’est en fait plutôt un bruit de houle, un bruit à donner le vertige, à céder au vertige… Accélération, décélération… Prisonniers du rouleau d’une énorme vague, on suit le courant mais notre oreille attrape le message enregistré d’un spationaute. C’est bien simple, tous nos repères sont perdus. Voilà ce que promet le frisson des expérimentations de Jim Haynes.

écoute le son du grisliJim Haynes
Tear

Jim Haynes : The Shudder of Velocity (Noisendo)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
CD-R : 01/ Tear 02/ Scadl 03/ Stifle
Pierre Cécile © Le son du grisli

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BJ Nilsen : Eye of the Microphone (Touch, 2013)

bj nilsen eye of the microphone

Je n’ai pas le goût de Londres et je ne crois pas que cette promenade me fera changer d’avis. BJ Nilsen m’y a forcé, en cherchant à me rassurer : « sound composition can alter space and time and transform a specific location and experience into an imaginary world. » Très bien, alors, d'accord, va pour la balade… Tout commence à Victoria Station, par une après-midi de printemps. Ma pensée est ailleurs, sur le Paseo Del Prado par exemple, où, sur un banc, je lis le texte imprimé dans le livret du CD. Tout y est raconté… cette femme qui passe à vélo, cette eau courante, un train qui s'en va, cette eau galopante, un oiseau qui siffle, cette eau fuyante, des bruits de chantier…

L’ambient spectrale de BJ Nilsen charrie tout cela. Tous ces bruits, il les grossit à la loupe, recompose le plan de Londres, questionne les limites de la ville et même jusqu’à son existence. De Londres, il fait une métropole comme une autre, c’est à dire une métropole presque aussi belle qu’une autre. Mais aussi une ville qui parle du rêve déchiré de sa périphérie et de l’éternel regret de ceux qu’elle rejette. Je ne dirais pas que j’ai maintenant le goût de Londres. Mais j’ai aimé le regard sonore de Nilsen à son endroit.   

BJ Nilsen : Eye of the Microphone (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Londinium 02/ Coins and Bones 03/ Twenty Four Seven
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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ENOUGH!!! (Monotype, 2013)

enough!!!

Mais que trouve-t-on derrière ces trois points d’exclamation ?... Très bien... Ce n’est pas un, non ce n’est pas deux, mais bien trois dark-bruitistes ambianceurs qui vont vous faire mettre genou à terre, j’ai nommés : CM von Hausswolff, Jason Lescalleet et Joachim Nordwall.

Inutile de donner un titre à la chose enregistrée (le 20 décembre 2011 à l’Issue Project Room), les trois musiciens ont trop à faire. Ils nourrissent par exemple des aigus pour qu’ils persistent, concoctent des mini phases rythmiques, mettent le dernier tour d’écrou à un monstre de métal qui prend tout l’espace de la salle des machines… Soudain, la machine se met à léviter, elle se grippe et crache des bruits concrets. Mais l’expérience d’Hausswolff, Lescalleet et Nordwall fait que tout rentre dans l’ordre. Et même si, individuellement, les bidouilleurs se sont montrés plus efficaces (à mon sens : Mater Transfer pour le premier, The Pilgrim pour le deuxième et Soul Music pour le dernier), j’ai pris mes airs de bonimenteur pour vous convaincre qu’ENOUGH!!! vaut quand même farouchement le coup.

écoute le son du grisliENOUGH!!!
(extrait)

ENOUGH!!! : - (Monotype)
Enregistrement : 20 décembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Sergio Merce : Microtonal Saxophone (Potlatch, 2014)

sergio merce microtonal saxophone

Comme Lucio Capece – compatriote avec lequel il enregistra Casa et qui trouva refuge avant lui sur Potlatch (Zero Plus Zero) –, le saxophoniste Sergio Merce a le goût du détournement instrumental et celui des hautes sphères, tous intérêts servis par Microtonal Saxophone. L'instrument promis est un alto mis à plat, accessoirisé (embouts et tubes) et rempli (eau, gaz, air comprimé), que Merce fait chanter (souffle continu et pédale de sustain) depuis plus de trois années.

Le saxophone d’exception pourrait être alto de cristal : la microtonalité qu’il laisse filtrer joue de voix stratifiées, d’oscillations longues ou de faibles tremblements, de perturbations qui mettent à mal toute tentation monochrome, de lignes endurantes que la crainte de l’uniformité éloigne peu à peu les unes des autres. A force, ce sont-là des reliefs dessinés dans l’air, qui, seconde après seconde, composent à l’horizon un mirage : irrésistible, insaisissable.

écoute le son du grisliSergio Merce
Microtonal Saxophone

Sergio Merce : Microtonal Saxophone (Potlatch / Souffle Continu)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Masayuki Imanishi : Type (Creative Sources, 2014) / Radical Demos #3 (Obs, 2013)

masayuki imanishi type

Au dernier carnaval, quand arriva le tour du char du Japon, l’assistance était circonspecte. Il faut dire que les participants étaient en déroute. Certains d’entre eux se tenaient la jugulaire, d’autres se frappaient la tête au sol, d’autres encore cherchaient dans leur costume la cause de la terrible envie qu’ils avaient de se gratter. Bref, le char n’avançait pas.

C’est que la musique sur laquelle il aurait dû le faire avait été confiée à Masayuki Imanishi, qui joue d’un ordinateur, d’un poste de radio, de field recordings et de… papier. Allez comprendre le choix de l’ambassade… Reste qu’une électro qui n’en est pas une, plus une abstract ambient qui n’en est pas une non plus, mettait tout le défilé en péril. Moi, j’étais le seul à prendre plaisir, secouant mon fils imaginaire à bout de bras, battant le pavé en respectant le rythme (il y a quand même là des aller-retour que l’on peut balayer du pied), un rythme dans lequel je semblais être le seul (avec mon fils imaginaire) à trouver un peu de vie. M’emparant du drapeau, je représentais, seul et contre tous, le Japon. Je souhaite à quiconque de vivre un jour cette expérience.

Masayuki Imanishi : Type (Creative Sources)
Edition : 2014.
CD : 01-08/ #1-#8
Pierre Cécile © Le son du grisli

gintas k david ellis simon tyszko masayuki imanishi dasein

Comme Masayuki Iminashi triture sa radio sur cette compilation de « Radical Demos » (la troisième que publie Obs Records) ! Plus caverneux ou étouffée (ou mystérieux encore) que sur Type, il insuffle la vie à des machines inertes qui pépient ou croassent en remerciement. A côté, les montages vocalisant de Gintas K, David Ellis et Simon Tyszko, & l’évocation expérimentale du Vietnam par Dasein font pâles figures.

écoute le son du grisliMasayuki Imanishi
Radio #3

Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko / Masayuki Iminashi / Dasein : Radical Demos #3 (Obs)
Edition : 2013.
2CD-R : CD1 : 01/ Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko : Unsong 02/ Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko : Unfun 03/ Masayuki 03/ Masayuki Iminashi : Radio #1 04/ Masayuki Iminashi : Radio #2 05/ Masayuki Iminashi : Radio #3 06/ Masayuki Iminashi : Radio #4 07/ Masayuki Iminashi : Radio #5 – CD2 : 01/ Dasein : Jus de terre 02/ Dasein : Arables 03/ Vers le ciel !
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Anla Courtis, BJ Nilsen : Nijmegen Pulse (BromBron, 2013)

alan courtis bj nilsen nijmegen pulse

Les premières minutes, il faut tendre l’oreille pour deviner qu’Alan Courtis* et BJ Nilsen se promènent à Nijmegen, charmante (certainement) cité des Pays-Bas. Leurs field recordings arrivent crescendo et sont plus à ranger dans le tiroir « ambient » que dans une exposition d’archives sonores.

Mais on connaît les deux hommes et les choses changent sur la seconde piste du CD. Dès lors, s’ils rapporteront des bruits d’oiseaux, le carillon d’une église, le souffle du vent ou les discussions d’un groupe d’écoliers, ce sera pour se les réapproprier. Avec l’aide d’un walkman, d’une guitare et d’un orgue électrique, ils en fabriquent des rumeurs anxiogènes qui va aussi bien à l’art de Courtis qu’à celui de Nilsen. Et lorsqu’ils ne retournent pas Nijmegen (Grondplatte Negemjin), il y a toujours dans leurs field recordings un artefact qui traîne, comme un trésor caché dans une image d’Epinal.

Anla Courtis, BJ Nilsen : Nijmegen Pulse (BromBron / Metamkine)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Snelbinder Collectief 02/ Cheesewheel Masters 03/ Grondplatte Negemjin 04/ As Double and Brutal As Nature
Pierre Cécile © le son du grisli

sonic protest 2014* Dans le cadre du festival Sonic Protest, Anla Courtis donnera à entendre les conclusions d'un projet mené avec les jeunes de l'hôpital de jour d'Antony. Ce 6 avril, à La Générale, Paris.

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Tysmfyh : That Weather for Meeting You Again (Bruise on Silence, 2014)

tysmfyh that weather for meeting you again

Sandrine Verstraete et Jean De Lacoste, de Charleroi, Belgique, forment Tysmfyh. Si chacun prononcera le nom du groupe à sa façon, nous entendrons tous la même chose sur That Weather for Meeting You Again… En l’occurrence, quatre petits morceaux (c’est un E.P.) d’ambient-noise triturée où la basse grésille, un moteur ronronne, des field recordings ou des bouts de CD sont collés les uns aux autres, etc.

Sur cette musique expérimentale anxiogène, la dame et le monsieur peuvent parler (en anglais de Charleroi, Belgique), d’une voix d’alien, de Roswell, ou qui crache un peu. L’effet cherche peut-être à ajouter au mystère, mais le ci-devant mystère manque de consistance et s’en tient à un canevas plutôt old school et brouillon. Mais ce n’est là qu’un premier essai et, comme le duo ne démérite pas non plus, je ne voudrais pas étouffer leur ambient-noise dans l’œuf. Soit : attendons l'oeuf, avant de faire l'omelette ! 

Tysmfyh : That Weather for Meeting You Again (Bruise on Silence)
Edition : 2014.
CD : 01 : Cradle 02/ Home 03/ Reversed Room 04/ Escape I Am
Pierre Cécile © Le son du grisli

vecteur charleroi lee ranaldo

Le 1er avril, Tysmfyh assurera la première partie d'un Lee Ranaldo attendu au Vecteur de Charleroi, Belgique. 

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Burkhard Stangl : Unfinished. For William Turner, Painter (Touch, 2013)

burkhard stangl unfinished for william turner

Les épreuves sonores que Burkhard Stangl dédicace à William Turner – échos, voire répliques, de ses travaux non-finis : extraits de concerts et enregistrement studio confié à Fennesz – ne cachent pas longtemps leur attirance pour l’eau qui inspira souvent le peintre.

Les mouvements de la guitare électrique – médiator égrenant lentement les accords, volumes et rythmes changeants, sustains et trémolos, applications de notes sur de discrets field recordings ou enregistrements préparés – font bel effet sur les marines de Stangl. Non pas étale mais plutôt d’une huile patiemment remuée, son art rappelle (et, sur Unfinished – Mellow, s’inspire de) celui de Morton Feldman, lorsqu’il n’est pas attiré par la rumeur d’un navire qui croise au loin – à la barre, ce pourrait être Alan Licht ou Taku Sugimoto – et qui l’emmène dans des zones à sonder par la ritournelle.

Révélant là l’influence qu’exercèrent sur sa façon d’envisager sa musique la touche, la couleur et la lumière de William Turner, Burkhard Stangl démontre avec son modèle que la profondeur peut s’illustrer en surfaces, et même avec elles parfois ne plus faire qu’une.   

Burkhard Stangl : Unfinished. For William Turner, Painter (Touch / Souffle Continu)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Unifinished – Mellow / Unfinished – Waiting / Unfinished – Longing 02/ Unfinished – Sailing 03/ Unfinished – Ending
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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