Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


ChroniquesArchivesHors-sérieDisquesLivresFilmsle son du grisliNewsletterContact

A paraître : John Coltrane sur le vifA la question : Souffle Continu2014 au son du grisli
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Triac : In A Room (Laminal, 2014)

triac in a room

Un CD de belle ambient, de temps à autre, ça rafraîchit. D’autant qu’Augusto Tatone (basse électrique), Marco Seracini (claviers) et Rossano Polidoro (laptop) la font de boucles et de synthés auxquels il est bien difficile de résister.

Ça rappelle parfois Christian Fennesz, parfois leur compatriote Giuseppe Ielasi (deux signatures décidément inspirantes, à moins que ce ne soit moi uqi les entende partout...). Stellaire, sonnant comme il faut (parce que travaillé, y’a qu’à entendre In A Room Part I), jouant avec les références légendaires (Bruce Gilbert, Brian Eno & Harold Budd y sont aussi), capables de faire grouiller des bactéries sonores sur trois notes synthétiques. Avant même d’arrêter ma chronique, je signale que Triac sort sur Laminal, label-branche de Mikroton. N’est pas trop de gages de qualité d’un coup ?



Triac : In A Room (Laminal)
Edition : 2014.
CD : 01-04/ Part I – Part IV
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency, 2014)

simon whetham from the mouths of clay

Début 2013, Simon Whetham était en Colombie, la Casa Tres Patios de Medellín l’ayant invité à faire le voyage. Entre autres occupations, il parcourut le Museo Universitario de la Universidad de Antioquia, prélevant dans l’espace de quoi composer – et faire « parler les silences » – avant de s’intéresser de plus près à un lot d’urnes funéraires (préhispaniques, sinon récentes encore).

Inspiré par les anciens travaux d’Alvin Lucier, Whetham enregistre l’ « âme » des récipients d’argile pour y diffuser ensuite les rumeurs qu’il y a trouvées, en somme les remplir des rumeurs amplifiées. Au fond de chaque urne, non pas un œil mais la bouche promise, dont la langue est d'un surréalisme confondant : résonances arrangeant en surface sifflements, bourdons, frottements et crépitements. En seconde face, Alejo Henao et Miguel Isaza enrichissent ce ballet flottant d’autres discrétions, extraites d’antiques instruments de musique. Voilà le souvenir à conserver du passage de Whetham à Medellín, assez saisissant pour espérer que les images de l’installation présentée à la Casa Tres Patios nous parviennent un jour.  



Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency)
Enregistrement : janvier-avril 2013. Edition : 2014.
Cassette : A-B/ From the Mouths of Clay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Rashad Becker : Nantes, 29 août 2014

rashad becker nantes 29 octobre 2014

L’atelier est faiblement éclairé. Sur une table, la machinerie avec laquelle compose Rashad Becker ; derrière elle, l’homme est discret, réfléchi voire secret. Comptés, ses mouvements modéreront les sonorités à peine engendrées – extraites de quels stocks ou archives ? – pour penser déjà la forme des combinaisons qui transcenderont celles encore à naître.

Comme hier le chercheur en musique concrète, Becker opère en compositeur obligé par son matériau, mais avec cet avantage d’avoir façonné, et non pas révélé, le chant des « objets » qui l’inspirent. Sur Traditional Music Of Notional Species Vol. I ou remixant Christian Wolfarth (Acoustic Solo Percussion Remixes), l’ingénieur du son avait trahi un goût pour l’animal chantant au point de se changer en chef d’un orchestre confondant : râles, hululements, miaulements, feulements – allongés, étouffés, accélérés… – abondent ici encore, dont un rythme peut cristalliser la plainte ou un gimmick consolider la portée.

Mais Becker travaille parfois davantage l’abstraction de ses structures sonores : jeux de fréquences, d’ambivalences, de citations, de fuites voire de désertions : l’expression n’est plus la même, qui se passe de chant et de rythme pour construire dans les bruits et perdre dans les évocations (minimalisme, indus, noise, downtempo…). Le tour de force résidant dans l’à-propos et l’équilibre des six à sept séquences de cette performance, bel ouvrage envolé de concrétisme sonore réduit à ses fondamentaux : pas fier, mais haut. 

Rashad Becker : Nantes, festival SOY, Médiathèque Jacques Demy, 29 octobre 2014.
Photo : Nantes.fr
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella

Commentaires [0] - Permalien [#]

Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah, 2014)

andrea belfi natura morta

Giuseppe Iealsi m’apprenait l’autre jour l’Italien instrumental. Andrea Belfi continue aujourd’hui mon apprentissage (notons que tous les deux ont professé d’ailleurs à l’école Häpna). Après ses travaux avec David Grubbs & Stefano Pilia, Machinefabriek ou Ignaz Schick, Belfi nous revient seul pour nous « pondre » (dit-on vraiment « pondre » ?) une nature morte (traduction de l’Italien que j'ai appris).

Vous avez bien lu : Belfi est seul. Seul comme un seul homme mais un seul homme entouré de bien des machines (batterie, percussions, synthétiseurs de toutes sortes). Et pour quoi faire ? Eh bien, d’abord une plage d’ambient sombre où les secondes qui passent sont marquées par une batterie sèche comme la pierre, puis des bulles d’harmoniques et enfin (et surtout) des morceaux que l’on redira être influencés par Radian (sont-ce les vibes ?), Pan American (sont-ce les synthés ?) ou Kruder (sont-ce les vibes et les synthés ?). Et tout ça qui s’écoute, bien sûr, même si l’introduction (son petit nom est Oggeti Creano Forme) m’avait fait espérer bien mieux.

écoute le son du grisliAndrea Belfi
Natura Morta (extraits)

Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Oggeti Creano Forme 02/ Nel Vuoto 03/ Roteano 04/ Forme Creano Oggeti 05/ Su Linee Rette 06/ Immobili
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Brussel : Härskeri / Soixante étages : Lumpen Orchestra (33revpermi, 2013)

brussel harskeri

Bruno Fleurence (guitare, orgue & trompette) et Hugo Roussel (guitares) forment un duo-valise. Sur celui-ci a été collé un autocollant qui vante les mérites de… Brussel. Le dépliant de l’agence de voyage promet « un duo psyché-post-blues qui expérimente des espaces précaires » et, pour son premier CD, Härskeri, « une bande originale pour western finlandais ».

Ce serait donc la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’on aurait l’occasion de relocaliser une capitale européenne. Plus au Nord encore ! Le Grand Nord même, mais un Grand Nord de cinéma. Car Härskeri déroule des instrumentaux de musique de films, c’est vrai. Pour les images il y a le vent qui soulève les tapis pastel tressés par les guitares et l’orgue. Un paysage de précarité, comme promis, appréciable mais sans grand caractère, sauf à la fin du voyage, quand Fleurence et Roussel se balancent pour se (nous ?) réchauffer.

Brussel : Härskeri (33 Revpermi / Metamkine)
Enregistrement : 2011-2013. Edition : 2013.
CD : 01-10/
Pierre Cécile © Le son du grisli

soixante étages lumpen orchestra

On retrouve Fleurence et Roussel sur Lumpen Orchestra, huitième enregistrement de Soixante étages (collectif fondé en 1982 par Ana Ban). Avec Dominique Répécaud, Heidi Bouzeng, François Dietz et Henri Jules Julien, ils donnent cette fois dans le cabaret frappé : dans le shaker, des bouts de Nina Hagen, John Cage, Ute Lemper, Alan Vega… Bref, une demi-heure de rock réaliste, de no wave dada… enthousiasmant !

Soixante étages : Lumpen Orchestra (33 Revpermi / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : Lumpen Orchestra
Pierre Cécile © Le son du grisli

densités 75Dans le cadre du festival Densités, Brussel jouera ce vendredi 24 octobre en compagnie du chanteur Steve Gander. Naissance de Burganssel.

Commentaires [0] - Permalien [#]


Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch, 2014)

marc baron hidden tapes

Faut-il toujours découvrir ce qui est caché ? On sait bien ce que les découvertes archéologiques doivent aux pilleurs... à peine engouffrés, voilà un trésor, or impossible de tout emporter, on en laisse derrière, on en laisse aux archéologues justement. Pour le cas de Marc Baron, il est le pilleur et le pillé.

Ses Hidden Tapes racontent son histoire, son archéologie. Des collages, des samples & des field recordings, le tonnerre qui retourne tout, et le silence bien entendu, tout va très vite. Entendons-nous, vraiment, quatorze années de bandes enregistrées, de voix qui traînent dans notre cour, d’oiseaux passés près de la maison, de bateaux en partance (pour Valparaiso, Athènes ou le port tout juste creusé de Bucarest ?), de techno étouffée par des coussins de plumes, d’amusements d’enfants ?

Mais cette maison est-elle « notre maison » ? Peut-elle l’être ? Ces collages peuvent-ils trouver le chemin de nos sensibilités alors que nous avons déjà tant à faire avec nos propres collages, nos propres souvenirs, nos propres déchets ? Peut-être y a-t-il trop d’intime dans ces Hidden Tapes pour qu’elles trouvent notre chemin, et donc notre maison.

Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch)
Edition : 2014.
CD : 01/ 1991-2005 02/ 2010-2012 03/ Interlude (Romania to Paris) 04/ 2013 – A Happy Summer with Children 05/ 1965-2013
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Daniel Menche : Marriage of Metals (Editions Mego, 2013)

daniel menche marriage of metals le son du grisli

La première face, c’est une sorte de tonalité de téléphone qui passe en boucle alors que (ce qui semble être) des guitares se font de plus en plus présentes. Menche a encore frappé, se dit-on : faire du beau bruit avec tout ce qui lui passe sous les doigts… en l’occurrence, des gongs de gamelan.

Pas des guitares, donc ! N’empêche que Menche branche ses percussions sur un effet fuzz que ne renierait pas la plus tordante des pédales. Et mine de rien, ce sont deux javanaises qu’il a écrites avec ce système : une qui sature et s’entortille lentement autour de ses fréquences et l’autre qui vous endort sur un crescendo de distorsions tout en vous faisant craindre le choc du réveil (or, ce sera un larsen diplomate). Surprenant.



Daniel Menche : Marriage of Metals (Editions Mego / Metamkine)
LP : A/ Marriage of Metals 1 B/ Marriage of Metals
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Thomas Stiegler, Hannes Seidl : Das Wetter In Offenbach (Edition Wandelweiser, 2014)

thomas stiegler hannes seidl das weiter in offenbach

La vue que dessinent Thomas Stiegler et Hannes Seidl d’Offenbach-sur-le-Main tient dans un espace clos. En fait, c’est une surface, une surface circulaire, d’une quarantaine de minutes. Beaucoup de bruits d’Offenbach sont groupés là, sur ce CD, autour d’une ligne électronique multiple, doublée, secouée, brisée.

Souvent sur son parcours on tremble pour elle. Les ondes sinus peuvent se cacher derrière elle, les enregistrements de terrain (des oiseaux, des pas, de la soupe radiodiffusées, de drôles d’engins…) se poser sur elle… notre envie de musique peut la perturber aussi. Mais la ligne tient la distance, elle fait son ouvrage de  quadrillage, elle réduit la ville d’Offenbach à sa portion climatique, atypique.

Thomas Stiegler, Hannes Seidl : Das Wetter In Offenbach (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2014.
CD : 01/ Das Wetter in Offenbach
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Cassettes expéditives : Hheva, Andreas Brandal, Talweg, Vomir, Sloth, Josselin Arhiman

cassettes expéditives le son du grisli septembre 2014

hheva

Hheva : Drenched in the Mist of Sleep (Diazepam, 2014)
Voilà pour moi tout d’abord du travail bien rustre : dégager la cassette de sa gangue de cuir (de cuir, vraiment ?) ficelée façon paquet grand-mère. Cela fait, offrons une oreille attentive au projet maltais de musique « post-industrielle », Hheva : grosse basse, des percussions à la Z’EV et des vocals dans le fond. Le post-indus, ce serait donc de l’indus ambientique… Pourquoi pas.

andreas brandal then the strangestAndreas Brandal : Then the Strangest Things Happened (Stunned, 2011)
Or voilàtipa qu’Andreas Brandal sème le doute : son synthé analogique, sensible aux vibrations, diffuse une autre ambient sur laquelle le monsieur tapera fort. Chocs ferreux, sifflets, surprises de toutes espèces, Brandal ne ménage ni son auditeur ni ses instruments, dans un délire sonore que l’on qualifiera de vangoghien.

andreas brandal turning pointAndreas Brandal : Turning Point (Tranquility Tapes, 2012)
Et quand ce n’est pas Van Gogh qui nous inspire le Brandal, c’est William Friedkin. Peut-on parler d’ambient pour la sorte de B.O.de film de frousse qu'est Turning Point ? Une loop et un clavier minimaliste suffisent à m’hypnotiser et les bribes de mélodies pop nous cachent ce qui nous attend : la frousse, donc, d’une ambient toute kampushienne (autrement dit : élevée en cave).

talwegTalweg : - (Anarcho Freaks, 2014)
Pourtant, des caves, j’en ai fréquentées, parfois contraint et forcé moi aussi. Et en frousse, je m’y connais – dois-je balancer les noms de Substance Mort & Hate Supreme ? Alors, je retrouve mon minotaure : vite fait (la bande n’est pas longue) mais bien fait. En face A, la batterie assène et les voix donnent fort, accordées sur un même diapason hirsute. En face B, deux autres morceaux se répondent (le second se nourrirait peut être même du premier, dont il renverserait les pistes ?) dans un genre folk gothique : poignant !

sloth vomirVomir / Sloth : Split (Sloth, 2014)
Vomir et Sloth (de l'Ohio) ont-ils choisi le format cassette pour s’essayer au grabuge sur platine ? Mais des platines utilisent-ils seulement ? Si « que de questions ! », c’est que leur split les pose. Car Sloth donne dans un harsh noise qu’on imagine le fruit de la rencontre d’un saphir sautillant et d’un vinyle 156 tours gondolé, et que si Vomir c'est à force de tourner sur un 16,5 tours rayé. Le pire, c’est que ça marche : la cassette n’arrête pas d'autoreverser. 

josselin arhiman

Josselin Arhiman : Grains de table (Hum, 2013)
Dans le vomi(r), j’ai trouvé des grains de table ! Josselin Arhiman (normalement pianiste) ne donne pas que dans le piano (& pas que dans le jeu de mots non plus)... Mais en plus dans des jeux de construction électronique qui vibrionnent, dronent, scient, assaillent, à vous de choisir. Toujours ludiques, pas toujours hostiles, ces Grains de table valent qu’on y jette nos portugaises (qu’elles soient, après l’écoute de cette salve de cassettes, entablées ou non).

Commentaires [0] - Permalien [#]

Taiga Remains : Works for Cassette (Helen Scarsdale Agency, 2014)

taiga remains works for cassette

Si les sorties du label The Helen Scarsdale Agency nous parviennent à doses homéopathiques, le souvenir vivace de quelques disques bien torchés (dont le Kreiselwelle de irr. app. (ext.) en 2009) fait toujours ressortir le fol espoir d’une découverte majeure.Si Works for Cassette d'Alex Cobb, alias Taiga Remains,ne révolutionnera rien, il serait bien ridicule de laisser de côté son apparente inoffensivité.

Taillée sur mesure pour les thuriféraires de la William Basinski connection, l’œuvre de l’homme de Cincinnati imprime un évident savoir-faire, qui rime totalement avec talent et conviction. Tel un tailleur de soundscapes hypnotiques où les drones sereins explorent le calme apparent du paysage pour mieux sublimer ses angoisses, Cobb multiplie les contre-champs et les détours, tout en restant fidèle à un schéma conducteur très au-delà des tristes langueurs monotones du quotidien. Oui, monsieur.

Taiga Remains : Works For Cassette (Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2014.
LP : A1/ Sup Pralad A2/ There's Nothing A3/ Skin, Leaves B1/ Winter Tai-Tung B2/ Spring Shan-Lin-Shi
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]


« Début   1  2  3  4  5  6    Fin »