Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


ChroniquesArchivesHors-sérieDisquesLivresFilmsle son du grisliNewsletterContact

Editions Lenka lente
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Michal Jacaszek, Kwartludium : Catalogue des arbres (Touch, 2014)

michal jacaszek kwartludium catalogue des arbres

Les field recordings, certains les proposent tel quel, d’autres les transforment… Michal Jacaszek, lui, les fait accompagner. En l’occurrence par Kwartludium, un quatuor polonais d’allure toute classique (violon, clarinettes, piano et percussions : Piotr Nowicki, Paweł Nowicki, Dagna Sadkowska & Michał Górczyński) mais néanmoins fort inventif.

Son Catalogue des arbres (peupliers, sureaux, chênes…), qui ne manquera pas d’évoquer les oiseaux de Merzbow (à moins que ce ne soit, mais je ne peux pas y croire, ceux de Messiaen), se balance entre deux branches : une atmosphère nébuleuse et un contemporain de nature. Pas étonnant qu’on semble apercevoir, à l’autre bout de la forêt ou caché dans un fourré, Gavin Bryars ou Kronos Quartet, Rafael Toral (première période) ou Mark Hollis (dernière période en date). Sur le souffle de l’enregistrement, les pages du catalogue tournent, délivrant la sève qui y coule et la vie qui y bruisse.

Michal Jacaszek, Kwartludium : Catalogue des arbres (Touch / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Sigh (Les peupliers) 02/ Green Hour 03/ A Book of Lake (Roselière) 04/ Garden (Les sureaux) 05/ From a Seashell 06/ Circling (Le pré) 07/ Anthem (La forêt) 08/ Kingdom (Les chênes, les bouleaux)
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Andreas Brandal : The Merchant of Salt (Dumpster Diving Lab, 2011) / Drive Home With A Hammer (Quasipop, 2005)

andreas brandal merchant of salt

Si les deux personnages de couverture ne respirent pas la joie, ils sont raccords avec l’univers d’Andreas Brandal. « Instable » car aussi dark ambient que pop indus, électro à la Fennesz ou dronysiaque (et j’en passe).

Le comble, c’est que The Merchant of Salt est un CD d’une cohérence incroyable qui ne justifie pas la dizaine d’années qu’il a fallu pour le voir sortir. Ces messages que Brandal envoie à destination des extraterrestres les singent ou les fantasment, et pour peu qu’ils retombent dans l’oreille d’un humain de passage voilà l’humain ravi ! On pourra maintenant citer encore Eno, Jan Jelinek (dans les rebonds de synthés old school) ou je-ne-sais-quel « maître » de B.O. de série Z : l’effet est immédiat !

Andreas Brandal : The Merchant Of Salt (Dumpster Diving Lab)
Enregistrement : 2001. Edition : 2011.
CDR : 01/ Existence Is Elsewhere 02/ Anemic Cinema 03/ School Of the Thread 04/ Staircase 05/ Kinetic 06/ Chance Operations 07/ End Game 08/ The Merchant Of Salt
Pierre Cécile © Le son du grisli

andreas brandal drive home with a hammer

Parfois avec l’aide de Bjarte Brandal (guitare électrique) et Svein Age Lillehamre (batterie), Andreas Brandal avait déjà enregistré Drive Home with a Hammer (mais dans quel but ? je vous le demande). Sur ce CD, comme le dit le nom du label, c’est une pop quasi parce qu’elle fait référence à l’indus, le noise ou encore le doom. Et encore une fois : l'effet est immédiat !!

Andreas Brandal : Drive Home With A Hammer (Quasipop)
Edition : 2005.
CD : 01/ Level 02/ The Factory Myth 03/ Herzog  04/ There Is No In-Between  05/ File Under Lost 06/ Vintage Velvet Body 07/ Drive Home With A Hammer 08/ A Double Negative 09/ Light Ghost Outfit 10/ Resistant 11/ Scarlet Street
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Howard Stelzer, Frans de Waard : Pink Pearl (Bocian, 2013)

howard stelzer frans de waard pink pearl

Après dix-huit années passées à jouer ensemble, Howard Stelzer et Frans de Waard construisent Pink Pearl par correspondance, en puisant dans leur corpus enregistré.

La longue liste des collaborations engagées par l’un et l’autre musicien n’interdira pas qu’on aille entendre encore Stelzer et Waard : Pink Pearl le mérite, qui lève des décors miniatures au son de pièces souvent inquiètes : clinique spécialisée dans la syncope, souterrain peu engageant, manège fatigué d’avoir trop tourné, gris labyrinthe, cul de sac pour dernier râle…

Déconseillée aux claustrophobes, cette électroacoustique à boucles et brouillards, des autres, fera travailler et l’oreille et l’imagination : c’est que ce qu’il y a à entendre en Pink Pearl dépend presque autant des musiciens que des curieux qui iront l'écouter.  

Howard Stelzer, Frans de Waard : Pink Pearl (Bocian)
Edition : 2013.
CD : 01/ Two Rings At Least 02/ Pink Pearl (Exhaust) 03/ Eraser 04/ Here We Are
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Zero Centigrade : Birch (Obs, 2013)

zero centigrade birch

De Tonino Taiuti (guitare acoustique & sounds) ou de Vincenzo De Luce (guitar acoustique & sounds aussi), qui fait le Zero et qui fait le Centigrade ? A moins que les postes soient interchangeables, dans ce cas, ça complique…

C’est la raison pour laquelle on ne cherchera pas à différencier les deux guitares malades enregistrées en décembre 2012 pour ce Birch de CD tiré à 65 copies. D’ailleurs, elles se partagent des slides et des baisses de tension et même un jeu fort mou, certes, mais mou à ravir les adorateurs de folk désolé. C’est donc dans les « sounds » (feedbacks, ronflements, bourdons, chuintements…) qu’on ira chercher l’originalité du duo. Voilà même que son folk y gagne : en nomadisme, voire extra-terrestrialité.

écoute le son du grisliZero Centigrade
Birch (extrait)

Zero Centigrade : Birch (Obs)
Enregistrement : décembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : Birch
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye, 2014)

yann novak snowfall

Derrière son Snowfall, Yann Novak remercie (entre autres) Steve Roden, Richard Chartier, Robert Crouch, Stephen Vitiello, Lawrence English… Si je ne sais pas exactement pourquoi, je jurerais qu’il s’agit là d’une question, si ce n’est d’influence, au moins d’accointances.

Car cette pièce d’une heure (tout pile) nous transporte dans les hautes sphères… Crescendo (après les ablutions d’usage, me voilà en soucoupe), nous montons lentement, passons des champs magnétiques ou électrostatiques, bref des strates & des strates de sons et parfois parfois parfois d’images. Spatial, horizontal (quand ses couches de synthés vous apaisent), Novak s’occupe de l’ascension et s’en occupe bien. Bon, maintenant, si au jeu du blind test, un de ces soirs [de merde, comme celui d’hier, où à une soirée de trentenaires névrosés on vous teste en vous balançant un musicien expérimental aveugle & sourd du Sud Pérou et que là bah oui connard on sèche - si tu t'es reconnu, sache que cette chronique sera twittée], j’ai du mal à faire la différence entre l’art de Yann Novak et ceux de ses « accointés », faudra pas m’en vouloir… [On se réconciliera sur un bon Get Lucky.]

écoute le son du grisliYann Novak
Snowfall (extrait)

Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye Recordings)
Edition : 2014.
CD : 01/ Snowfall
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]


Sergio Sorrentino, Machinefabriek : Vignettes (Fratto9, 2013) / CMKK : Gau (Monotype, 2013)

sergio sorrentino machinefabriek vignettes

On aurait bien vu Rutger Zuydervelt alias Machinefabriek à l’affiche du récent Stream Machines. Toutefois, au lieu de suivre le panneau Den Haag, c’est du côté de l’Italie de Sergio Sorrentino que les pas du Rotterdamois se sont dirigés pour des Vignettes nuancées et délicates (mais…).

Très présente, l’électronique du Néerlandais s’inscrit en contrepoint du jeu de guitare de l’Italien. Parfois, l’apport de ce dernier tend carrément vers la sourdine, et le travail d’orfèvre-pâtissier de Zuydervelt imprime des caractères numérisés à l’extrême – d’ailleurs, Echi Del Tempo / Echo’s van de tijd est le titre le plus réussi, because à l’opposé de cette vision étriquée.Car oui, la recette ne fonctionne que partiellement, et la compatibilité des deux protagonistes guère évidente pour qui aura laissé au clou son casque de mineur. Et pour le coup de grisou, on retournera en 2009, quand Zuydervelt s’amourachait d’Andrea Belfi (Pulses And Places).

Sergio Sorrentino, Machinefabriek : Vignettes (Fratto9 Under The Sky Records)
Edition : 2013.
CD : 1/ Prefazione / Introductie 2/ Caduta Libera / Vrije Val 3/ Trotto / Draf 4/ Buco Nero / Zwart Gat 5/ Echi Del Tempo / Echo's Van De Tijd 6/ Rettile / Slakkegang 7/ Pendolare / Forens 8/    Frammenti / Fragmenten 9/ Perdersi / Dwaling  10/ Ghirigoro / Doedel 11/ Trasformazione / Transformatie     12/ Alba / Dageraad 13/ Nebbia Fitta / Dichte Mist
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

cmkk gau

Insatiable, l’ami Machinefabriek, le revoici membre du trio CMKK aux cotés de Jan et Romke Kleefstra, soit trois des quatre équipiers du merveilleux projet Piiptsjilling, dont on ne vantera jamais assez l’unique Wurdskrieme. Habitués des titres en Frison, les trois compères remettent le couvert avec Gau, qui exprime une idée de vitesse et d’urgence. En prime, Jan Kleefstra lit de sa fascinante voix rauque les textes dans sa langue maternelle, soutenus de main de maître par Machinefabriek et son Jan de frangin. C’est formidablement troublant, parfois carrément trippant, on sent le vent glacé souffler de la Mer du Nord en novembre et ça donne une envie bandante d’apprendre la langue séance tenante.

écoute le son du grisliCMKK
Gau (extrait)

CMKK : Gau (Monotype)
Edition : 2013.
CD : 01/ Gau
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

dieb13 : trick17 (Corvo, 2013)

dieb13 trick17

En capsule lancée par la rotation d’une platine, dieb13 explore un paysage changeant, celui de trick17. L’univers en question étant ramassé (une face « audible » seulement, dont l’autre, « visible » elle, révélerait la cartographie sous les rapides va-et-vient d'un crayon gris), la première rencontre ne tarde pas, qui met le musicien face à une femme éplorée – plus loin, ce seront des paquets d’insectes. Pour la distraire, le voici actionnant des mécanismes minuscules et qui en appelle au réconfort d’une musique scientiste d’atmosphère.

S'il tourne alors à vide, le vinyle réserve aussi de belles plages que se disputent le bruit et le silence, jusqu’à ce que le second n’en puisse plus et disparaisse sous des déflagrations, des alarmes débitées net, des parasites et des cris habilement agencés. Pour à la fois bien faire entendre ses créatures et leur échapper, dieb13 saute comme cabri et assène même quelques coups de cornes... Jusqu'à en écorcher le vinyle, dont le rose vire maintenant au rouge sang.

dieb13 : trick17 (Corvo)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
LP : A/ Audible B/ Visible
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)

seaworthy taylor deupree wood winter hollow

Ame pensante de son label 12k, Taylor Deupree joint de temps à autre le geste électronique à la parole ambient, ici en compagnie du guitariste Cameron Webb, alias Seaworthy.

On n’attend plus guère de surprises de l’officine new-yorkaise, mais ce très électro-acoustique Wood, Winter, Hollow est une excellentissime nouvelle dans le paysage twelvekien. Cinq morceaux, qui ont de quoi émerveiller le dernier des blasés. Un très folk Wood d’entrée, ou comment magnifier en huit minutes quelques notes de guitare sur fond d’electronica avantageuse, quelques échos de field recordings à la Chris Watson en double interlude, un Winter longuet bien que joli, un Hollow fluide tel un torrent caché sous le lichen et on s’imagine fissa en Ulysse sur un beau voyage.

écoute le son du grisliSeaworthy, Taylor Deupree
Wood (extrait)

Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)
Edition : 2013.
CD : 01/ Wood 02/ February 21, 2013 03/ Winter 04/ February 22, 2013 05/ Hollow
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Antoine Chessex : Errances (Under Platform, 2013)

antoine chessex errances

Les (trop brèves) Errances d’Antoine Chessex suivent le tracé flou de strates de notes de saxophones et de souffles joints. Pareillement considérés, les unes et les autres n’agissent, ne se développent, évidemment pas sur le même plan. De leur naissance à leur extinction, parfois par leur endurance ou leur retour contraint, ils révèlent, superposés, des souterrains habituellement enfouis sous paysages.

Underground Saxophone Quartet ou Urban Solo Sax : voilà les projets que Chessex emmène ici, et surtout forme seul. La multiplication des pistes – est-ce plutôt l’écho des notes qu’il engendre prudemment au centre du tableau, qui lui reviennent après avoir buté sur le cadre ? – accentuant l’intensité de ses sons continus et soignant le dessin de ses lignes fragiles, le saxophoniste signe-là deux plages où infuse un minimalisme de tonie lâche. Ses effets sur l’environnement proche sont marquants.

écoute le son du grisliAntoine Chessex
Errances

Antoine Chessex : Errances (Under Platform)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01-02/ Errances
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite, 2013)

mika vainio kilo

On a connu Mika Vainio* plus sur la réserve, mais est-ce là une raison pour bouder notre plaisir au moment de prendre ce (nouveau) Kilo ? D’autant qu’on sait bien qu’à la comparaison, un kilo de plumes et un Kilo d’électro-techno-dark-ambient, c’est la même chose…

Et pourtant, si je puis me permettre, Kilo, c’est du lourd ! Pour sûr, le disque envoie des rythmes binaires & des basses bonnes & du son lourd comme fer. Mais il contient aussi des expérimentations qui rendent originale cette compilation de tracks bien sentis. Comme Docks, par exemple, d’un asphyxiant qui aurait bouleversé David Carradine. Ou comme Sub-Atlantic, dont l’indus rêve de faire sauter toutes les bases sous-marines du monde…

Comme quoi, il fait bon attendre, car c’est dans ces pièces déçues par les beats que l’on trouve tout le miel de Kilo. Au point que Vainio en change son programme et qu’au contact de ces expérimentations, il transforme son projet en boîte à petits chefs-d’œuvre d’épouvante (Rust, Freight, Weight). On lui pardonne alors son esbroufe du début, on la mettra même sur le compte de son humour noir.    

* La pochette de mon disque annonce « Mika Vanio » (une erreur d’impression sans doute) quand d'autres m'ont rapporté posséder un Kilo de Sylvain Vainio. 

Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite / Differ-ant)
Edition : 2013.
CD / 2 LP : 01/ Cargo 02/ Cranes 03/ Load 04/ Docks 05/ Sub-Atlantic 06/ Rust 07/ Wreck 08/ Scale 09/ Freight 10/ Weight
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]


« Début   1  2  3  4  5  6    Fin »