Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Réédition : For Bunita MarcusDe l'esprit dans la musique créative de Garrison FewellEn librairie : My Bloody Valentine: Loveless de Guillaume Belhomme
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Astatine, Ogrob : Œil céleste (Doubtful Sounds, 2016)

astatine ogrob oeil céleste

Ce qui faite toute la grande qualité de cet Œil céleste (arghh, une dizaine de mots et j’ai déjà vendu la mèche !), c’est que ses deux faces ne se ressemblent pô. Mais pas pour cause de split, non… Alors pour cause de quoi ?

Œil céleste, c’est signé Astagrob & Astagrob c’est en fait Astatine (Stéphane Récrosio, qui officie dans le groupe que je ne connais pas Acétate Zéro) et Ogrob (Sébastien Borgo, de Micro-Penis & L’autopsie a révélé que la mort était due à l’autopsie). Voilà donc le « pour cause » : pour cause que c’est le foutoir et que dans ce foutoir on bute dans une clarinette basse, on se coupe à un piano à pouces, on craint total des noisy-loops quand on n’est pas en train d’essuyer une averse d’ambient expécrash (qui peut rappeler le duo Courtis/Moore).

On sort groggy (mais content) de la première face et là les types nous fichent un ou deux micros dans un jardin de banlieue que survolent des avions et qu’égaye une perruche (je crois que c’est une perruche). Voilà, c’est tout. Un coup d’avion, un coup de perruche, moi au milieu du petit carré de jardin où la terre empêche l’herbe de pousser, un autre coup de perruche, etc. Mais le ciel est bleu et j’ai l’œil céleste.

écoute le son du grisliAstatine, Ogrob
Œil céleste (extrait)

oeil céleste

Astatine, Ogrob : Œil céleste
Doubtful Sounds
Enregistrement : 2014. Edition : 2016.
EP 10’’ : A-B : 01-06/ Œil céleste
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Machinefabriek : Wendingen (Zoharum, 2016)

machinefabriek wendingen

Il est difficile de suivre l’actualité de Machinefabriek, alors autant s’attaquer à la chronique du dernier disque en date et faire comme si c’était un choix… Enfin, je veux dire, dans le cas de Wendingen, c’est quand même un choix, car le CD compile des remixes de morceaux qui datent d’entre 2005 et 2015… Ce qui devrait donner un aperçu satisfaisant du travail de Rutger Zuydervelt.

Si je ne connais pas tous les treize groupes ou musiciens remixés, je peux dire qu’ils officient dans des genres parfois différents (n’est-ce pas The Moi Non Plus, Amon Tobin, De la Mancha ou Coppice ?) à en croire les éléments d’origine encore présents dans les remixes. Maintenant, saluons les efforts de Zuydervelt.

Car qu’il repeigne les façades sonores dans une veine ambient-claustro, construct-downtempo ou psyché-dronisant (j’ai déposé hier tous ces termes, ils sont donc à moi) ou qu’il procède par couches successives qui oppressent le ou les musiciens qu’il devait retoucher, Zuydervelt impose sa patte tout en laissant affleurer le son d’origine. Autant dire que ce n’est pas donné à tout le monde, et quand en plus ça atteint des sommets comme sur une relecture de Fieldhead ou de Coppice, alors là : félicitations à la remixfabriek !

wendingen

Machinefabriek : Wendingen
Zoharum
Enregistrement : 2005-2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Mensenkinderen : Een Blauwe Maandag (Machinefabriek Remix) 02/ Wouter van Veldhoven : Schetsje (Machinefabriek Remix) 03/ Fieldhead : Songs Well (Machinefabriek Remix) 04/ Aaron Martin : Necks Of Wire (Machinefabriek Remix) 05/ Coppice : Hoist Spell (Machinefabriek's Philicorda Version) 06/ De La Mancha : Release All Night (Machinefabriek Remix) 07/ The Moi Non Plus : Where Is Everything (Machinefabriek Remix) 08/ Djivan Gasparyan : Moon Shines At Night (Machinefabriek Remix) 09/ Amon Tobin : Lost & Found (Machinefabriek Deconstruction) 10/ Gareth Hardwick : Lost in the Memory (Machinefabriek Remix) 11/ Fiium Shaarrk : Krypton Tunning (Machinefabriek Remix) 12/ Vladimir : Compare & Contrast (Machinefabriek Remix) 13/ Red Stars Over Tokyo : Guilded Houses (Machinefabriek Remix)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mural : Tempo (Sofa, 2015)

mural tempo

S’il aura fallu trois disques à Mural pour documenter leur troisième apparition à la Rothko Chapel – on se souvient de ce récent Live –, c’est que celle-ci dura quatre heures. Le 27 avril 2013, Jim Denley, Kim Myhr et Ingar Zach invitèrent le public à aller et venir, voire à disparaître, en musique.

S’il ne dit rien de la première heure, cet enregistrement donne à entendre les trois autres comme elles se sont succédées. A la seconde, l’ivresse gagne déjà quand la cithare se lève après avoir longtemps cherché comment tenir sur les graves plateaux que remuent lentement les instruments à vent et la gran cassa. La musique tourne, mais parfois le silence la subjugue : après chaque arrêt, frottements, premiers souffles et frémissements doivent repartir de zéro.

Les musiciens peuvent alors choisir de se désolidariser : maintenant à la guitare, Myhr insiste quand, à la flûte, Denley peut éclater : la musique n’est plus atmosphérique, trois individualités s’y expriment avant de retourner à la rengaine commune. On y verra l’effet du bel art de Zach qui, au son de cymbales qui grincent et cinglent même, ramène le trio sur le chemin qu’il connaît et refait sans cesse avec bonheur : celui de la flâneuse pulsation chromatique.



tempo

Mural : Tempo
Sofa
Enregistrement : 27 avril 2013. Edition : 2015.
3 CD : CD1 : 01/ Second Hour – CD2 : 01/ Third Hour – CD3 : 01/ Fourth Hour
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rafael Anton Irisarri : A Fragile Geography (Room40, 2015)

rafael anton irisarri a fragile geography

Ce n’est pas le premier CD que Rafael Anton Irisarri sort sur Room40. Le label a d’ailleurs l’air de l’avoir adopté, et avec lui son ambient pas originale mais diantrement capable de se fondre dans le paysage (et c’est ce qu’on demande à l’ambient, n’est-ce pas ?).

Chez Irisarri, il suffit de quelques touches de synthé, d’extraits de field recordings et d’électronique décorative pour vous mettre dans le bain (oui, car de bain il s’agit !). Un bain assez sombre d’aspect mais dont les vapeurs sont prêtes à vous emporter. On pense bien sûr au Rafael Toral de sa jeunesse (sur le très beau crescendo de Reprisal), au Brian Eno de son middle age (un rien grandiloquace, sur Empire System) et au Badalamenti de toujours (pour le très réussi Hiatus). Et quand Irisarri se paye le luxe d’une danse, c’est en compagnie d’une partenaire peu commune, j’ai nommé la violoncelliste Julia Kent (sur Secretly Wishing for Rain). Alors, fragile ?



Rafael Anton Irisarri : A Fragile Geography (Room40)
Edition : 2015.
Téléchargement : 01/ Displacement 02/ Reprisal 03/ Empire Systems 04/ Hiatus 05/ Persistence 06/ Secretly Wishing for Rain
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Steerage : Entropy Is What the State Makes of It (Caduc, 2015)

steerage entropy is what the state makes of it

Sous le nom de Steerage, le guitariste Barry Chabala – déjà fort occupé par les partitions du collectif Wandelweiser, notamment auprès de Michael Pisaro – et l’artiste sonore A.F. Jones ont récemment enregistré dans le studio du second les quatre pièces d’Entropy Is What the State Makes of It. Pour ne pas ménager le suspense, c’est dans un autre « genre » qu’on entendra donc Chabala.

Dans plusieurs, même, tant les quatre pièces jouent de différences. Ainsi, un lent domptage de feedbacks – la guitare sera électrique d’un bout à l’autre du disque, ou presque – rappellera d’abord, mais sans impressionner autant, le YMCA d’Alan Licht. La suite est d’autant plus convaincante, qui évoque quelques précédents (ici Throbbing Gristle, là Institut Für Feinmotorik…) sans s’y accrocher pour autant : Chabala et Jones y composent avec des notes tremblantes de cordes pincées, de fragiles bourdonnements, des grésillements d’ampli, quelques enregistrements de terrain et d’autres sons encore, sortis de quelles machines. (Beyond the) Missoury Sky renversé, Entropy Is What the State Makes of It fait ainsi œuvre d’ambient noire sur laquelle ne finissent plus que planer les ombres, toutes deux singulières, de Chabala et de Jones.  



Steerage : Entropy Is What the State Makes of It (Caduc)
Edition : 2015.
CDR : 01-04/ Entropy Is What the State Makes of It
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Leif Elggren, Joachim Nordwall : Prepresence (Confront, 2015)

leif elggren joachim nordwall prepresence

On imagine Joachim Nordwall bien occupé : le catalogue iDEAL Recordings (Wolf Eyes, Merzbow, Anla Courtis…) à augmenter, des disques à enregistrer et des concerts à donner, et puis cet iDEAL festival à organiser. A Göteborg, le plus souvent, mais aussi à Stockholm. C’est là qu’a été attrapé, en 2011, ce concert de vingt minutes qu’il donna avec Leif Elggren.

Après s’être fait entendre face contre face (The Holy Cross Between Our Antlers), Elggren et Nordwall travaillaient donc ensemble à une musique d’un caractère ombreux – c’est le point qu’ont en commun leurs deux discographies. Sur la boîte de métal, l’autocollant noir ne fait pas mention des instruments employés par les deux hommes. On imagine une guitare électrique et un peu d’électronique.

C’est un drone parasite qui oscille, crépite, sature un peu : c’est, surtout, un tableau de massacre qui montre un homme découper une guitare à l’aide d’une tronçonneuse pendant qu’un second l’attend dans un étrange véhicule qui tourne. S’il n’est pas non plus indispensable à la discographie d’Elggren ni à celle de Nordwall, Prepesence est un document qui s’écoute avec facilité et, dans le noir, repose presque.

Leif Elggren, Joachim Nordwall : Prepresence (Confront)
Enregistrement : 28 février 2011. Edition : 2015.
CDR : 01/ Prepresence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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Jacob Kirkegaard : Arc (Holotype, 2015)

jacob kirkegaard arc

Les vinyles, je les aime comme celui-là, quand on peut les commencer par la face A ou par la face B, peu importe. On peut même ne passer qu’une face, après tout. Ce n’est pas manquer de respect à l'Arc de Jacob Kirkegaard, au contraire. D’autant qu’il s’est donné pour mission de sauver l’ambient et que je n’y vois aucune objection.

Surtout que la musique qu'il a écrite pour La Passion de Jeanne d’Arc de son compatriote Carl Th. Dreyer, si l’on veut bien faire les choses, il faudrait l’écouter en regardant le film justement (on apprendra qu’à l’époque de « sa sortie » des musiciens pouvaient jouer dessus en direct et qu’il a existé ensuite des versions sonorisées…). Alors, j’ai décidé de faire selon l’envie.

Ça ne changera rien à cette succession de couches de synthétiseurs qui s'étendent pianissimo. On ne trouvera pas là le moindre drone même si ces couches sont accrochées les unes aux autres. On baignera dans une ambient illustrative sépulcrale, on assistera à l’apparition d’un arc-en-ciel en pleine nuit, on entendra des voix nous aussi (en fin de A, au milieu de B). Ce n’est qu’alors que Kirkegaard respectera la dramaturgie : des basses entrent et des cornemuses (on dirait) avec... Ça se complique pour Jeanne mais pour nous l’effet est le même : on en reste muet !    

Jacob Kirkegaard : Arc (Holotype Editions / Metamkine)
Edition : 2015.
LP : A/ Arc I – B/ Arc II
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Alva Noto : Xerrox Vol.3 (Raster-Noton, 2015)

alva noto xerrox vol

Prolifique (mais alva-silencieux depuis quelque temps), Carsten Nicolai en est déroutant… En écoutant le troisième volume de Xerrox, je m’aperçois qu’ainsi (quoi ?) il y a déjà eu deux Xerrox de son Alva Noto et que je suis passé à côté. Je pourrais rattraper mon retard, vous me direz, et moi je répondrais « ça se pourrait bien ».

Une musique encore plus électrisante qu’électrique (un sticker devrait nous prévenir du danger à l’approche de ces nappes de synthés qui circulent comme des bancs de poissons de Miyazaki) et encore plus profonde (basses, mes amies) que tout ce que j’ai entendu du projet de Nicolai. Pop-impressionniste, nostalgico-naïf de temps en temps, l’ambient du vol.3 évoquera le duo Eno / Budd, mais en plus moderne (modo = temps présent). Et mon temps présent à moi est celui qu’Alva Noto fait, même si c’est à rebours : vol.3, vol.2, vol.1.



Alva Noto : Xerrox Vol.3 (Raster-Noton)
Edition : 2015.
CD : 01/ Xerrox Atmosphere 02/ Xerrox Helm Transphaser 03/ Xerrox 2ndevol 04/ Xerrox Radieuse 05/ Xerrox 2ndevol2nd 06/ Xerrox Isola 07/ Xerrox Solphaer 08/ Xerrox Mesosphere 09/ Xerrox Spark 10/ Xerrox Spiegel 10/ Xerrox Exosphere
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru, 2015)

simon whetham what matters is that it matters

La poésie de Simon Whetham n’est pas celle du quotidien (en tout cas pas le mien). Le quotidien, il l’arrache et le recompose selon son humeur. Et elle est souvent noire, sa poésie, même si elle ne s’interdit ni la distraction ni les tons pastels.

C’est d’ailleurs un bizarre de disque que What Matters is that It Matters. Car on ne sait jamais sur quel pied danser. Eh oui, Whetham peut balancer un petit air folklo' avant de déclencher une avalanche, jouter fort avec les turntables de Kiyoharu Kuwayama, faire passer un train qui décharge une ambient pop onirique, tâter d’une sorte de guitalélé pour conjurer le sort des moteurs de Ryu Hankil, modifier ses field recordings dans de gigantesques tubes à essai… La tête nous tourne, Simon.

Mais j’avoue que si What Matters is that It Matters fait l’effet d’une compil (de chutes ?) assez inégale, certains passages sont d’une bien belle beauté belle (--> Things Just Fall Where They Want to, The Innocence of Deceit).



Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Things Just Fall Where They Want To 02/ One Side of the Border 03/ What Matters Is That It Matters 04/ The Innocence of Deceit 05/ You Can’t Escape the Past 06/ The Other Side of the Border
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Krishve : Sort Diamant / Apollo (Clang, 2015)

krishve sort diamond apollo

Bon anniversaire à la Danish Composers' Society : cent bougies sur le gâteau, ça se fête. Pour l'occasion, deux pièces composées pour les enceintes à douze voies de la Bibliothèque Royale de Copenhague s'imposaient. Elles sont de la plume de l'artiste local Krishve, alias Kristian Hverring, qui nous signe l'EP deux-titres Sort Diamant, une très belle expérience en lévitation, où la Kosmische d'hier n'est que prétexte à une envolée suave en marge de la musique tonale, avant qu'un ultime coup d'accélérateur n'ajoute une dernière lueur finalement très rock sur l'événement, dont on regrette juste de ne pas en avoir été.

Très en verve, l'artiste danois remet le couvert sur Apollo, autre EP (cinq tracks) où il dévoile un penchant impressionniste tout autant recommandable. Si, vous l'aurez deviné au détour de son titre, la cosmologie tient un rôle central, elle ne se borne pas à paresseusement caresser les étoiles du bonheur. Plus proche de la vision d'un Ligeti quand il enfile son costume d'astronaute, Krishve ajoute maintes touches de modernité, entre rugosité et sensualité, et le fait avec une telle évidence qu'on ne peut que s'incliner. Chapeau bas.



Krishve : Sort Diamant / Apollo (Clang Records)
Edition : 2015
CD / DL : Sort Diamant 1/ Vandspejl  2/ Surstof (Respiration IV) 03:57
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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