Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Sales rectangles / Vieux Carré de Guillaume Belhomme & Daunik Lazro
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Gabriel Saloman : Movement Building Vol. 1 (Shelter Press, 2014)

gabriel saloman movement building 1

Je sais oui mais quoi sais-je vraiment ? Que Gabriel Saloman est une moitié de Yellow Swans (l’autre moitié étant Pete Swanson, ceci étant je crois avoir entendu un disque de YS il y a longtemps mais c’était avant un déménagement et je ne sais plus lequel ni ce que j’en avais retiré)… qu’il a collaboré il y a peu avec Peter Broderick… que son Movement Building Vol. 1 (un second est déjà attendu d’oreille ferme) me rafraîchira peut-être la mémoire…

Même si elle donne dans le drone, la musique de Saloman est bien mystérieuse, avouons-le. Elle progresse lentement et peut être perturbée par des salves rythmiques (des coups de baguettes, des rythmes secondaires, des contretemps, etc.). Elle progresse lentement mais sa charge électrique (la guitare au même adjectif poussant au crime) la déporte vers des contrées ambientiques que tout bon grislien se doit de révérer (dans l’ordre chronologique de leur apparition : Scelsi, Bryars, Eno, Gilbert, Toral, et Jean Passe). Ebranlant, ce Movement Building ? Oui, mais qui tient bon !

Gabriel Saloman : Movement Building Vol. 1 (Shelter Press)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ The Discipline Body 02/ The Discipline Body (Part 2)
Pierre Cécile © Le son du grisli

Charlie 2015 550

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Robert Curgenven : They Tore the Earth and, Like a Scar, It Swallowed Them (Recorded Fields, 2014)

robert curgenven they tore the earth and like a scar it swallowed them

Je vais vous faire part d’une expérience qui n’est pas donnée à tout le monde (du moins c’est ce que je crois) = commencer un disque par sa face B. Après Built Through (avec Richard Chartier), ce ne sont pas les premières bourrasques de They Tore the Earth… (mastered by Rashad Becker !) qui m’écarteront du chemin de Robert Curgenven. Oui,  mais une fois passées les bourrasques ?

Mon tort est d’avoir entendu la claque finale dont la première face ne cessera pas de me menacer ensuite (à plus ou moins « sons couverts »). Mais bon, plongé dans les crépitements et les cercles de feu, je dégusterais les field recordings (enregistrés en Australie entre 1999 et 2010), la basse & l’orgue & les turntables… de la face A au point de vouloir me replonger une nouvelle fois dans la B. Ce qui me fera respecter en plus le storytelling (2 scènes par face) écrit par Curgenven.

Et là, surprise, le flip-trip est plus impressionnant encore. Tellurique et engloutissant, comme le promettait le titre du LP. Comme d’autres, Curgenven aurait-il décidé de mettre ses field recs au profit du côté obscur de la force (tellurique) ? Pour me rassurer, la prochaine fois que j’écouterai The Tore the Earth, je recommencerai par la face B. Intriguant, non ?

Robert Curgenven : They Tore the Earth and, Like a Scar, It Swallowed Them (Recorded Fields)
Edition : 2014.
LP : A1/ Scene 1. Scattered to the Wind, the Fortunate A2/ Scene 2. Only the Dogs And the Fires On the Horizon – B1/ Scene 3. The Heat at Their Necks B2/ Scene 4. And When the Storm Came, They Were the Storm
Pierre Cécile © Le son du grisli

nww 33

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John Hudak, Miguel Angel Tolosa : Garten (Winds Measure, 2014)

john hudak miguel angel tolosa garten

John Hudak (field recordings, processing) et Miguel Angel Tolosa (processing, mixing) demandent à l’auditeur de passer leur CD en mode « repeat ». Chronophage ? Peut-être. Mais chiche : on passera Garten en mode « loop » pendant des heures, des jours, des semaines…

De quoi nous faire tenir jusqu’à l’année prochaine voire passer toute cette année prochaine avec en bande-son leur ambient obsédante. Et avec leurs voix, à tous les deux. Car Garten est un enregistrement de voix et de sons qui mettent du temps à nous parvenir avant de devenir un bien meuble indispensable à notre confort. On le changera de place, de temps à autre. On l’abandonnera à son mode « repeat » ou « loop ». On se surprendra même un jour de l’année qui arrive à l’écouter et à l’apprécier. Alors on le laissera tourner encore et encore. C’est pourquoi Garten ne pouvait prétendre à être l’un des CD de l’année 2014. Il pourrait bien être l’un des CD de l’année 2015, 2016, 2017…

écoute le son du grisliJohn Hudak, Miguel Angel Tolosa
Garten (extrait)

John Hudak, Miguel Angel Tolosa : Garten (Winds Measure)
Rec 2005-2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Garten
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Thibault Jehanne : Eskifjörður (Kaon, 2014)

thibault jehanne eskifjördur

Ayant frôlé (au moins trois fois) l’overdose de field recordings dans l’année, je décidais quand même de me finir à l’Eskifjörður. Sous son nom de volcan islandais (oui, je m’attendais à ce que l’on tende encore une fois la perche au cratère), Eskifjörður est en fait un village… islandais.

J’imagine que Thibault Jehanne y a passé un peu de temps pour « concocter » ce carnet de routes en trois chapitres, mi-captés mi-composés. Car le CD ne présente pas que des enregistrements de terrains. Intempéries, vents & eau, bruits d’activité humaine… sont accompagnés par des nappes de synthé, des drones aigus et autres inserts électroniques qui se fondent dans la nature enregistrée, avec un certain goût pour le théâtre. Et c’est ce théâtre qui change tout le voyage de Jehanne. Pas en expérience métaphysique, forcément, mais au moins en demi-heure sonophysique captivante.

Thibault Jehanne : Eskifjörður (Kaon / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Le réveil 02/ Les naufrages 03/ Les fantômes
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Subtle Lip Can : Reflective Drime (Drip Audio, 2014)

subtle lip can reflective drime

C’est presque un disque de noël que nous offre Subtle Lip Can (le violoniste Joshua Zubot, le guitariste Bernard Falaise et le percussionniste Isaiah Ceccarelli), que l’on avait découvert en 2010 sur… Subtle Lip Can.

En effet, les trois musiciens nous ont l’air d’automates grippés, à peine remis d’une année passée dans les cartons. Pour conjurer le sort ils s’acharnent sur leurs instruments (à commencer par une mandoline pour Zubot) et là, surprise, aucun grincement ! Non, plutôt une belle guirlande de pièces ambiantiques où s’entrechoquent tous les bruits de leurs techniques instrumentales étendues.

Mais, disais-je, Reflective Drime est « presque » un disque de noël. Parce qu’il y a, à un endroit du CD dont je tairais la position précise, ce vacarme battu par les tambours et où du fond du garage la guitare solote. De quoi faire tomber le sapin, ce qui n’empêchera pas notre trio de le parer d’autres guirlandes…  

Subtle Lip Can : Reflective Drime (Drip Audio)
Edition : 2014.
CD : 01/ Siffer Shump 02/ Gull Plump Fiver 03/ Salk Hovered 04/ Shuffle Stomp 05/ Fliver Shame 06/ Rommer Chanks 07/ Toss Filler Here 08/ Slam Hum 09/ Chackle Clast 10/ Too Pins Over
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE, 2014)

mesa ritual sige

Mesa Ritual – l’association de William Fowler Collins et de Raven Chacon – poursuit donc sur disque SIGE son œuvre de processions. De « voltaic processions », pour reprendre le nom de son premier enregistrement, publié en 2010. 

Chacune des neuf stations annoncées balise un terrain dont le duo a plus tôt enregistré l’atmosphère mais qu’il a surtout miné en savants artificiers. Dès le premier crachin – au loin, un cri –, le terrain en question libère de multiples éléments que l’eau emporte en rigole : tremblements graves, grésillements et crépitements, motifs de guitares renversés et capables de former un rythme ou de tonner de plus en plus, plainte lente d’un violon (celui de Szu-Han Ho)…

Parvenus à Low Mountain, l’accélération soudaine du battement d’un cœur impose son rythme à cette musique de strates épaisses. Au son et à l’ombre de laquelle brillent d’étonnants alluvions – bourdons élimés, empreintes fossiles, éclats métalliques…



Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE / Souffle Continu / Metamkine)
Edition : 2014.
LP / Cassette : 01/ Procession I 02/ Procession II 03/ Procession III 04/ Procession IV 05/ Procession V 06/ Procession VI 07/ Procession VII 08/ Low Mountain 09/ Procession VIII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lawrence English, Werner Dafeldecker : Shadow of the Monolith (Holotype, 2014)

lawrence english werner dafeldecker shadow of the monolith

Dans l’ombre du Monolith (et surtout pas dans le monolithique) a été creusée cette collaboration de 2010 entre Lawrence English & Werner Dafeldecker. Et cela tombe plutôt bien car c’est en creusant qu’English s’est montré le plus convaincant ces dernières années.

Avec Francisco López ou Akio Suzuki, l’Australien a en effet laissé son ambient pastel au placard pour travailler une matière plus épaisse & plus noire. Avec le bassiste autrichien (Polwechsel, Ton-Art, quand même !), il creuse donc encore jusqu’à découvrir non pas du pétrole mais des strates surprenantes qui renferment des field recordings fossilisés (pour beaucoup des traces d'air et d'eau enregistrés en Antarctique). Le plus fort étant que ceux-là ne nous ramènent jamais à la réalité. Si bien qu’on se demande si ce n’est pas au plus profond de la matière qu’il y a le plus d’espace à habiter... et de choses à entendre.



Lawrence English, Werner Dafeldecker : Shadow of the Monolith (Holotype / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2014.
LP : A1/ Fathom Flutter A2/ Marambio A3/     Intake A4/ Mapping Peaks – B1/ Moro Mute B2/ Fall B3/ Rio Gallegos B4/ Outtake
Pierre Cécile © Le son du grisli

time

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Jon Hassell, Brian Eno : Fourth World Vol. 1 / Possible Musics (Glitterbeat, 2014)

brian eno jon hassell possible musics fourth world vol 1

La trompette de Jon Hassell (son timbre travaillé au contact de Karlheinz Stockhausen, des minimalistes américains et du raga de Pandit Pran Nath) surprend encore, et ce à la combientième écoute de sa collaboration avec Brian Eno, Possible Musics ? On l’a taxée de « future primitive », cette trompette, et « Fourth World » fut le nom trouvé par Hassell pour décrire la musique qu’elle jouait en long en large et en travers.

Il faut donc remonter le Nil dans son entier pour arriver aux sources de ce disque qu’habitent avec Hassell & Eno une clique de créateurs universalistes  : Nana Vasconcelos et Ayibe Dieng aux percussions, Percy Jones et Michael Brook aux basses électriques et Paul Fitzgerald aux electronics. Aujourd’hui encore, impossible de percer le mystère de ce chef d’œuvre d’ambient tribal auquel Hassell aura d’ailleurs du mal à donner une suite de même qualité et qui continue d’inspirer des musiciens de toutes générations (à commencer par la trompette de Molvaer). Enfin une réédition qui en valait la peine !



Jon Hassell, Brian Eno : Fourth World Vol. 1 / Possible Musics (Glitterbeat)
Edition : 1980. Réédition : 2014.
CD : 01/ Chemistry 02/ Delta Rain Dream 03/ Griot (Over “Contagious Magic”) 04/ Ba-Belzélé 05/ Rising Thermal 14°16’N ; 32°28’E 06/ Charm (Over “Burundi Cloud”)
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

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Sult : Svimmelhed (Conrad Sound, 2014) / Street Priest : More Nasty (Humbler, 2014)

sult svimmelhed

C’est le retour de Sult et il va falloir faire un point sur ce que j’attends du groupe d’improvisateurs norvégiens. Première chose les deux basses sont toujours là mais elles ne décident plus de tout, comme c’était (presque) le cas avec Harm. Non, on dirait qu'elles se sont faites aux préparations et aux attouchements légers, ce qui laisse donc plus de place à la guitare acoustique et aux percussions.

Et l’effet est payant. Je me suis renseigné : « Svimmelhed » veut dire « vertiges », ce qui explique la pochette renversée et même toute la musique de Sult. Ce vague-à-l’âme instable (pour m’auto-citer moi-même personnellement) est plus instable encore car les micro-jeux et les provocations instrumentales de Jacob Felix Heule et Håvard Skaset ne se laissent plus faire. Ce qui fait qu’agréablement votre tête tourne… Vertiges, vous disais-je…

écoute le son du grisliSult
Svimmelhed (Bandcamp)

Sult : Svimmelhed (Conrad Sound)
Edition : 2014.
CD : 01/ Jern 02/ Doren II 03/ Fryst 04/ Snylter 05/ Uvel 06/ Doren I
Pierre Cécile © Le son du grisli

street priest more nasty

Street Priest (d’après le nom d’un disque de Ronald Shannon Jackson) est un autre projet de JF Heule (qui est aussi un des deux Basshaters rappelons-le) avec guitare (Kristian Aspelin) et basse (Matt Chandler). Sur la face A c’est un power trio (la guitare est cette fois électrique) qui est autant volontaire qu’indécis (c’est le bon côté de l’improvisation) et sur la B un essai ambient bruitiste puis free grassouillet un peu moins captivant. Inégal, mais le label a aussi un Bandcamp qui aidera à faire le tri.

Street Priest : More Nasty (Humbler)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
Cassette : A1/ Turk A2/ Taylor A3/ Sixth A4/ Market
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Triac : In A Room (Laminal, 2014)

triac in a room

Un CD de belle ambient, de temps à autre, ça rafraîchit. D’autant qu’Augusto Tatone (basse électrique), Marco Seracini (claviers) et Rossano Polidoro (laptop) la font de boucles et de synthés auxquels il est bien difficile de résister.

Ça rappelle parfois Christian Fennesz, parfois leur compatriote Giuseppe Ielasi (deux signatures décidément inspirantes, à moins que ce ne soit moi uqi les entende partout...). Stellaire, sonnant comme il faut (parce que travaillé, y’a qu’à entendre In A Room Part I), jouant avec les références légendaires (Bruce Gilbert, Brian Eno & Harold Budd y sont aussi), capables de faire grouiller des bactéries sonores sur trois notes synthétiques. Avant même d’arrêter ma chronique, je signale que Triac sort sur Laminal, label-branche de Mikroton. N’est pas trop de gages de qualité d’un coup ?



Triac : In A Room (Laminal)
Edition : 2014.
CD : 01-04/ Part I – Part IV
Pierre Cécile © Le son du grisli

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