Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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A la question : Souffle ContinuConversation avec Jacques DemierreA paraître : John Coltrane sur le vif
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE, 2014)

mesa ritual sige

Mesa Ritual – l’association de William Fowler Collins et de Raven Chacon – poursuit donc sur disque SIGE son œuvre de processions. De « voltaic processions », pour reprendre le nom de son premier enregistrement, publié en 2010. 

Chacune des neuf stations annoncées balise un terrain dont le duo a plus tôt enregistré l’atmosphère mais qu’il a surtout miné en savants artificiers. Dès le premier crachin – au loin, un cri –, le terrain en question libère de multiples éléments que l’eau emporte en rigole : tremblements graves, grésillements et crépitements, motifs de guitares renversés et capables de former un rythme ou de tonner de plus en plus, plainte lente d’un violon (celui de Szu-Han Ho)…

Parvenus à Low Mountain, l’accélération soudaine du battement d’un cœur impose son rythme à cette musique de strates épaisses. Au son et à l’ombre de laquelle brillent d’étonnants alluvions – bourdons élimés, empreintes fossiles, éclats métalliques…



Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE / Souffle Continu / Metamkine)
Edition : 2014.
LP / Cassette : 01/ Procession I 02/ Procession II 03/ Procession III 04/ Procession IV 05/ Procession V 06/ Procession VI 07/ Procession VII 08/ Low Mountain 09/ Procession VIII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lawrence English, Werner Dafeldecker : Shadow of the Monolith (Holotype, 2014)

lawrence english werner dafeldecker shadow of the monolith

Dans l’ombre du Monolith (et surtout pas dans le monolithique) a été creusée cette collaboration de 2010 entre Lawrence English & Werner Dafeldecker. Et cela tombe plutôt bien car c’est en creusant qu’English s’est montré le plus convaincant ces dernières années.

Avec Francisco López ou Akio Suzuki, l’Australien a en effet laissé son ambient pastel au placard pour travailler une matière plus épaisse & plus noire. Avec le bassiste autrichien (Polwechsel, Ton-Art, quand même !), il creuse donc encore jusqu’à découvrir non pas du pétrole mais des strates surprenantes qui renferment des field recordings fossilisés (pour beaucoup des traces d'air et d'eau enregistrés en Antarctique). Le plus fort étant que ceux-là ne nous ramènent jamais à la réalité. Si bien qu’on se demande si ce n’est pas au plus profond de la matière qu’il y a le plus d’espace à habiter... et de choses à entendre.



Lawrence English, Werner Dafeldecker : Shadow of the Monolith (Holotype / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2014.
LP : A1/ Fathom Flutter A2/ Marambio A3/     Intake A4/ Mapping Peaks – B1/ Moro Mute B2/ Fall B3/ Rio Gallegos B4/ Outtake
Pierre Cécile © Le son du grisli

time

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Jon Hassell, Brian Eno : Fourth World Vol. 1 / Possible Musics (Glitterbeat, 2014)

brian eno jon hassell possible musics fourth world vol 1

La trompette de Jon Hassell (son timbre travaillé au contact de Karlheinz Stockhausen, des minimalistes américains et du raga de Pandit Pran Nath) surprend encore, et ce à la combientième écoute de sa collaboration avec Brian Eno, Possible Musics ? On l’a taxée de « future primitive », cette trompette, et « Fourth World » fut le nom trouvé par Hassell pour décrire la musique qu’elle jouait en long en large et en travers.

Il faut donc remonter le Nil dans son entier pour arriver aux sources de ce disque qu’habitent avec Hassell & Eno une clique de créateurs universalistes  : Nana Vasconcelos et Ayibe Dieng aux percussions, Percy Jones et Michael Brook aux basses électriques et Paul Fitzgerald aux electronics. Aujourd’hui encore, impossible de percer le mystère de ce chef d’œuvre d’ambient tribal auquel Hassell aura d’ailleurs du mal à donner une suite de même qualité et qui continue d’inspirer des musiciens de toutes générations (à commencer par la trompette de Molvaer). Enfin une réédition qui en valait la peine !



Jon Hassell, Brian Eno : Fourth World Vol. 1 / Possible Musics (Glitterbeat)
Edition : 1980. Réédition : 2014.
CD : 01/ Chemistry 02/ Delta Rain Dream 03/ Griot (Over “Contagious Magic”) 04/ Ba-Belzélé 05/ Rising Thermal 14°16’N ; 32°28’E 06/ Charm (Over “Burundi Cloud”)
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

 DERNIERS EXEMPLAIRES

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Sult : Svimmelhed (Conrad Sound, 2014) / Street Priest : More Nasty (Humbler, 2014)

sult svimmelhed

C’est le retour de Sult et il va falloir faire un point sur ce que j’attends du groupe d’improvisateurs norvégiens. Première chose les deux basses sont toujours là mais elles ne décident plus de tout, comme c’était (presque) le cas avec Harm. Non, on dirait qu'elles se sont faites aux préparations et aux attouchements légers, ce qui laisse donc plus de place à la guitare acoustique et aux percussions.

Et l’effet est payant. Je me suis renseigné : « Svimmelhed » veut dire « vertiges », ce qui explique la pochette renversée et même toute la musique de Sult. Ce vague-à-l’âme instable (pour m’auto-citer moi-même personnellement) est plus instable encore car les micro-jeux et les provocations instrumentales de Jacob Felix Heule et Håvard Skaset ne se laissent plus faire. Ce qui fait qu’agréablement votre tête tourne… Vertiges, vous disais-je…

écoute le son du grisliSult
Svimmelhed (Bandcamp)

Sult : Svimmelhed (Conrad Sound)
Edition : 2014.
CD : 01/ Jern 02/ Doren II 03/ Fryst 04/ Snylter 05/ Uvel 06/ Doren I
Pierre Cécile © Le son du grisli

street priest more nasty

Street Priest (d’après le nom d’un disque de Ronald Shannon Jackson) est un autre projet de JF Heule (qui est aussi un des deux Basshaters rappelons-le) avec guitare (Kristian Aspelin) et basse (Matt Chandler). Sur la face A c’est un power trio (la guitare est cette fois électrique) qui est autant volontaire qu’indécis (c’est le bon côté de l’improvisation) et sur la B un essai ambient bruitiste puis free grassouillet un peu moins captivant. Inégal, mais le label a aussi un Bandcamp qui aidera à faire le tri.

Street Priest : More Nasty (Humbler)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
Cassette : A1/ Turk A2/ Taylor A3/ Sixth A4/ Market
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Triac : In A Room (Laminal, 2014)

triac in a room

Un CD de belle ambient, de temps à autre, ça rafraîchit. D’autant qu’Augusto Tatone (basse électrique), Marco Seracini (claviers) et Rossano Polidoro (laptop) la font de boucles et de synthés auxquels il est bien difficile de résister.

Ça rappelle parfois Christian Fennesz, parfois leur compatriote Giuseppe Ielasi (deux signatures décidément inspirantes, à moins que ce ne soit moi uqi les entende partout...). Stellaire, sonnant comme il faut (parce que travaillé, y’a qu’à entendre In A Room Part I), jouant avec les références légendaires (Bruce Gilbert, Brian Eno & Harold Budd y sont aussi), capables de faire grouiller des bactéries sonores sur trois notes synthétiques. Avant même d’arrêter ma chronique, je signale que Triac sort sur Laminal, label-branche de Mikroton. N’est pas trop de gages de qualité d’un coup ?



Triac : In A Room (Laminal)
Edition : 2014.
CD : 01-04/ Part I – Part IV
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency, 2014)

simon whetham from the mouths of clay

Début 2013, Simon Whetham était en Colombie, la Casa Tres Patios de Medellín l’ayant invité à faire le voyage. Entre autres occupations, il parcourut le Museo Universitario de la Universidad de Antioquia, prélevant dans l’espace de quoi composer – et faire « parler les silences » – avant de s’intéresser de plus près à un lot d’urnes funéraires (préhispaniques, sinon récentes encore).

Inspiré par les anciens travaux d’Alvin Lucier, Whetham enregistre l’ « âme » des récipients d’argile pour y diffuser ensuite les rumeurs qu’il y a trouvées, en somme les remplir des rumeurs amplifiées. Au fond de chaque urne, non pas un œil mais la bouche promise, dont la langue est d'un surréalisme confondant : résonances arrangeant en surface sifflements, bourdons, frottements et crépitements. En seconde face, Alejo Henao et Miguel Isaza enrichissent ce ballet flottant d’autres discrétions, extraites d’antiques instruments de musique. Voilà le souvenir à conserver du passage de Whetham à Medellín, assez saisissant pour espérer que les images de l’installation présentée à la Casa Tres Patios nous parviennent un jour.  



Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency)
Enregistrement : janvier-avril 2013. Edition : 2014.
Cassette : A-B/ From the Mouths of Clay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rashad Becker : Nantes, 29 août 2014

rashad becker nantes 29 octobre 2014

L’atelier est faiblement éclairé. Sur une table, la machinerie avec laquelle compose Rashad Becker ; derrière elle, l’homme est discret, réfléchi voire secret. Comptés, ses mouvements modéreront les sonorités à peine engendrées – extraites de quels stocks ou archives ? – pour penser déjà la forme des combinaisons qui transcenderont celles encore à naître.

Comme hier le chercheur en musique concrète, Becker opère en compositeur obligé par son matériau, mais avec cet avantage d’avoir façonné, et non pas révélé, le chant des « objets » qui l’inspirent. Sur Traditional Music Of Notional Species Vol. I ou remixant Christian Wolfarth (Acoustic Solo Percussion Remixes), l’ingénieur du son avait trahi un goût pour l’animal chantant au point de se changer en chef d’un orchestre confondant : râles, hululements, miaulements, feulements – allongés, étouffés, accélérés… – abondent ici encore, dont un rythme peut cristalliser la plainte ou un gimmick consolider la portée.

Mais Becker travaille parfois davantage l’abstraction de ses structures sonores : jeux de fréquences, d’ambivalences, de citations, de fuites voire de désertions : l’expression n’est plus la même, qui se passe de chant et de rythme pour construire dans les bruits et perdre dans les évocations (minimalisme, indus, noise, downtempo…). Le tour de force résidant dans l’à-propos et l’équilibre des six à sept séquences de cette performance, bel ouvrage envolé de concrétisme sonore réduit à ses fondamentaux : pas fier, mais haut. 

Rashad Becker : Nantes, festival SOY, Médiathèque Jacques Demy, 29 octobre 2014.
Photo : Nantes.fr
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella

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Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah, 2014)

andrea belfi natura morta

Giuseppe Iealsi m’apprenait l’autre jour l’Italien instrumental. Andrea Belfi continue aujourd’hui mon apprentissage (notons que tous les deux ont professé d’ailleurs à l’école Häpna). Après ses travaux avec David Grubbs & Stefano Pilia, Machinefabriek ou Ignaz Schick, Belfi nous revient seul pour nous « pondre » (dit-on vraiment « pondre » ?) une nature morte (traduction de l’Italien que j'ai appris).

Vous avez bien lu : Belfi est seul. Seul comme un seul homme mais un seul homme entouré de bien des machines (batterie, percussions, synthétiseurs de toutes sortes). Et pour quoi faire ? Eh bien, d’abord une plage d’ambient sombre où les secondes qui passent sont marquées par une batterie sèche comme la pierre, puis des bulles d’harmoniques et enfin (et surtout) des morceaux que l’on redira être influencés par Radian (sont-ce les vibes ?), Pan American (sont-ce les synthés ?) ou Kruder (sont-ce les vibes et les synthés ?). Et tout ça qui s’écoute, bien sûr, même si l’introduction (son petit nom est Oggeti Creano Forme) m’avait fait espérer bien mieux.

écoute le son du grisliAndrea Belfi
Natura Morta (extraits)

Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Oggeti Creano Forme 02/ Nel Vuoto 03/ Roteano 04/ Forme Creano Oggeti 05/ Su Linee Rette 06/ Immobili
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Brussel : Härskeri / Soixante étages : Lumpen Orchestra (33revpermi, 2013)

brussel harskeri

Bruno Fleurence (guitare, orgue & trompette) et Hugo Roussel (guitares) forment un duo-valise. Sur celui-ci a été collé un autocollant qui vante les mérites de… Brussel. Le dépliant de l’agence de voyage promet « un duo psyché-post-blues qui expérimente des espaces précaires » et, pour son premier CD, Härskeri, « une bande originale pour western finlandais ».

Ce serait donc la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’on aurait l’occasion de relocaliser une capitale européenne. Plus au Nord encore ! Le Grand Nord même, mais un Grand Nord de cinéma. Car Härskeri déroule des instrumentaux de musique de films, c’est vrai. Pour les images il y a le vent qui soulève les tapis pastel tressés par les guitares et l’orgue. Un paysage de précarité, comme promis, appréciable mais sans grand caractère, sauf à la fin du voyage, quand Fleurence et Roussel se balancent pour se (nous ?) réchauffer.

Brussel : Härskeri (33 Revpermi / Metamkine)
Enregistrement : 2011-2013. Edition : 2013.
CD : 01-10/
Pierre Cécile © Le son du grisli

soixante étages lumpen orchestra

On retrouve Fleurence et Roussel sur Lumpen Orchestra, huitième enregistrement de Soixante étages (collectif fondé en 1982 par Ana Ban). Avec Dominique Répécaud, Heidi Bouzeng, François Dietz et Henri Jules Julien, ils donnent cette fois dans le cabaret frappé : dans le shaker, des bouts de Nina Hagen, John Cage, Ute Lemper, Alan Vega… Bref, une demi-heure de rock réaliste, de no wave dada… enthousiasmant !

Soixante étages : Lumpen Orchestra (33 Revpermi / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : Lumpen Orchestra
Pierre Cécile © Le son du grisli

densités 75Dans le cadre du festival Densités, Brussel jouera ce vendredi 24 octobre en compagnie du chanteur Steve Gander. Naissance de Burganssel.

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Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch, 2014)

marc baron hidden tapes

Faut-il toujours découvrir ce qui est caché ? On sait bien ce que les découvertes archéologiques doivent aux pilleurs... à peine engouffrés, voilà un trésor, or impossible de tout emporter, on en laisse derrière, on en laisse aux archéologues justement. Pour le cas de Marc Baron, il est le pilleur et le pillé.

Ses Hidden Tapes racontent son histoire, son archéologie. Des collages, des samples & des field recordings, le tonnerre qui retourne tout, et le silence bien entendu, tout va très vite. Entendons-nous, vraiment, quatorze années de bandes enregistrées, de voix qui traînent dans notre cour, d’oiseaux passés près de la maison, de bateaux en partance (pour Valparaiso, Athènes ou le port tout juste creusé de Bucarest ?), de techno étouffée par des coussins de plumes, d’amusements d’enfants ?

Mais cette maison est-elle « notre maison » ? Peut-elle l’être ? Ces collages peuvent-ils trouver le chemin de nos sensibilités alors que nous avons déjà tant à faire avec nos propres collages, nos propres souvenirs, nos propres déchets ? Peut-être y a-t-il trop d’intime dans ces Hidden Tapes pour qu’elles trouvent notre chemin, et donc notre maison.

Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch)
Edition : 2014.
CD : 01/ 1991-2005 02/ 2010-2012 03/ Interlude (Romania to Paris) 04/ 2013 – A Happy Summer with Children 05/ 1965-2013
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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