Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Editions Lenka lente

Pinkcourtesyphone : A Ravishment of Mirror (Dragon’s Eye, 2014)

pinkcourtesyphone a ravishment of mirror

A Ravishment of Mirror aurait pu faire une excellente B.O. pour Maps to the Stars de David Cronenberg. Du moins, j’imagine. Ce troisième album de Pinkcourtesyphone (derrière lequel se cache Richard Chartier) se propose en effet de décrire la part d’ombre du halo galactique qui entoure Hollywood.

L’occasion pour l'Américain de donner dans une ambient un peu plus ténébreuse que d’habitude, même si on y trouve quelques éclaircies (d’un beau rose). Des portes qui claquent sur deux notes de synthé, des voix synthétiques qui en appellent à la gloire, des beats électriques et des inserts de field recordings… toutes les prétentions et les désillusions dont Chartier s’inspire illuminent l’un et l’autre côté de ses partitions-miroirs. Une fois de plus, impossible de ne pas suivre Chartier.

écoute le son du grisliPinkcourtesyphone
Falling Star

Pinkcourtesyphone : A Ravishment of Mirror (Dragon’s Eye)
Edition : 2014.
CD : 01/ Why Pretend / The Desire of Absence / Faulty Connections 02/ Pixels… Sometimes… Broke Your Heart (for A.) 03/ Falling Star (for P. Entwistle) 04/ 62,000 Valentines (for T. Hunter)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient (Camion Blanc, 2013)

olivier bernard anthologie de l'ambient

Si l’ouvrage est épais, c’est que le champ est vaste, dans lequel s’est aventuré Olivier Bernard. Son Anthologie de l’ambient est d’ailleurs davantage une histoire « du » genre qu’une anthologie et se permet, qui plus est, des digressions qui peuvent lui peser – présentant par exemple le theremin et les ondes Martenot, était-il nécessaire d’établir la longue liste des enregistrements qui, tous styles confondus, employèrent l’un ou l’autre ?

Si le style est cursif et apprécie le raccourci – anciens souvenirs d’Annabac peut-être –, le livre n’en est pas moins sérieux : c’est que, remontant à la musique d’ameublement d’Erik Satie, Bernard tient à tout « bien » expliquer (quand on sait que tout ne s’explique pas toujours). A l’origine, Satie donc : « Il y a tout de même à réaliser une musique d’ameublement, c’est-à-dire une musique qui ferait partie des bruits ambiants, qui en tiendrait compte. » Ensuite, ce sont Russolo, Varèse, Schaeffer, Henry, Radigue, Cage, et les Minimalistes américains qui défilent… De près ou de loin, l’ambient est donc envisagée jusqu’à ce que Brian Eno, « précurseur » du genre, entre en scène.

Evening Star élaboré avec Robert Fripp, Discreet Music qu’arrange Gavin Bryars, et puis Ambient 1. Grand admirateur d’Eno, Bernard cerne cette fois son sujet et ose même une définition de ce concept qui occupera jusqu’à aujourd’hui un nombre de musiciens que l’on ne soupçonnait pas : « L’ambient est une musique ne progressant que peu, basée sur des nappes au synthétiseur, avec des arrangements harmonieux et souvent longs, dont l’instrumentation est effacée, induisant un état de calme et des pistes de « réflexion » pour celui qui l’écoute. »

Réfléchie, la définition en question ne pourra cependant pas être appliquée à chacun des « suiveurs » que Bernard répertorie avec minutie. Car l’influence est si grande qu’on pourrait presque parler d’épidémie : aux courants musicaux avec lesquels elle échange (krautrock, prog, indus…) au point de s’en trouver bientôt ramifiée (dark ambient, ambient indus, space ambient, martial ambient, clinical ambient…), l’auteur ajoute quelques genres absorbés (dream pop, gothique, metal, shoegaze, post-rock, musiques électroniques) – au moindre accord en suspens, l’ombre de l’ambient planerait donc.

Plus loin, Bernard aborde les parents pauvres du sujet qui l’intéresse (New Age, lounge music et chill-out des compilations Buddha Bar), quitte à accentuer cette impression de dispersion et, pire encore, aider à ce qu’on le confonde avec tout et son contraire, musique d’ambiance ou de salon, ce que sont ne sont évidemment pas les premiers disques d’Eno ou ceux de William Basinski, BJ Nilsen ou Chris Watson, qu’il présente pourtant avec à-propos. Plus de clarté et de subjectivité auraient ainsi aidé à parfaire cette histoire qui regorge de références.

Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient. D’Erik Satie à Moby : nappes, aéroports et paysages sonores (Camion Blanc)
Edition : 2013.
Livre : Anthologie de l’ambient.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision, 2013)

umpio irr

A la toute fin de l’année dernière, sortait ce disque à la drôle de pochette grise et noire, de deux formations aux noms encore inconnus de moi : Umpio (derrière lequel se cache un certain Pentti Dassum) et irr. app. (ext.) (qu’a imaginé Matthew Waldron, Californien qui a collaboré avec Nurse With Wound ou Stilluppsteypa).

Sur la pochette du CD, on lit que le premier joue dans les groupes Astro Can Caravan et Kroko et qu’il a baptisé la musique qu’il fait seul « Junkyard Elektroautistix ». Et alors, me direz-vous ? Eh bien, c’est que ce « Junkyard Elektroautistix » correspond parfaitement à ce qu’on trouve sur cette collaboration qui entremêle dark ambient et noise. Voilà ce que c’est que d’opposer deux autistes sonores : malgré leur hantise, ils finissent par se toucher. L’Observation affectant The Outcome, voilà qu'ils accouchent de monstres faméliques dans tous les coins !

Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Part I – Part V
Pierre Cécile © Le son du grisli

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RLW, Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype, 2013)

rlw srmeixner just like a flower when winter begins

Au départ, c’était un grand morceau sorti de deux plus petits de Ralf Wehowsky (P16.D4 et donc RLW) et Stephen Meixner (Contrastate et donc Srmeixner). Mais aujourd’hui, ce ne sont pas moins de dix morceaux différents, que les deux hommes ont fabriqué en rapprochant leur approche expérimentale de la plus grossière des musiques populaires.

Trois années à manipuler de balourdes chansons, à tricoter des sons bruts, à arranger des samples d’orchestres, des bouts de conversations & des incrustations de mille espèces… Dit comme ça, on pourrait se méfier de Just Like a Flower When Winter Begins. Or, les emprunts discographiques sont assez finement travaillés pour, dans les micro tubes de RLW et Srmeixner, donner naissance à une sorte de space ambient distrayante, parfois étonnante, en tout cas qu’on n’attendait pas là.

écoute le son du grisliRLW & Srmeixner
Just Like a Flower When Winter Begins (extraits)

RLW & Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Blumen für den Prachtjungen 02/ Old Hearts Rejuvenated 03/ Gummidorf (Simply Happiness) 04/ The Man with the Sunglasses 05/ Alle (Everyone) 06/ Wishing to be Entertained 07/ Definition (Konsumation) 08/ Gummidorf 09/ Seligkeit 10/ Spaßbremse 11/ Definition (Degustation)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Merzouga : 52°46’ North 13°29’ East (Gruenrekorder, 2013)

merzouga music for wax-cylinders

Eva Pöpplein (electronics) et Janko Hanushevsky (basse électrique préparée) forment Merzouga. Il y a peu, ils allèrent « piocher » dans le fond d’ethnomusicologie de la Berlin Phonogram Archive et, à l’automne 2012, donnèrent un concert en se servant de leurs découvertes.

Les fruits de l’expérience, étonnante, versent dans une ambient folkloriste ou des chants de la Terre de Feu, de Hongrie ou du Yemen (etc., of course), croisent l’électronique et la basse électrique dans un ballet qui mêle futur et traditions. Dommage tout de même qu’il faille forcément un vainqueur : car en effet c'est le futur qui finit par l'emporter, quand la basse parle trop et que l’électronique crépite avant d’oser une petite mélodie orientale d’une facilité… appauvrissante. Deux fois dommage.

Merzouga : 52°46’ North 13°29’ East – Music for Wax-Cylinders (Gruenrekorder)
Edition : 2013.
CD : Music for Wax-Cylinders : 52°46’ North 13°29’ East
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jim Haynes : The Shudder of Velocity (Noisendo, 2014)

jim haynes the shudder of velocity

« JH » pour Jim Haynes, « TSOV » pour The Shudder of Velocity. Voilà la promesse du Californien et du micro label Noisendo : le frisson de la vitesse… Pourtant, tout commence piano sur ce CD artisanal (cent copies seulement). On tourne comme sur des cymbales, on perd le Nord sous les réverbérations, on cherche à savoir d’où vient ce bruit de grattage et ce qu’il présage.

Peu à peu un roulement monte, mécanique. C’est en fait plutôt un bruit de houle, un bruit à donner le vertige, à céder au vertige… Accélération, décélération… Prisonniers du rouleau d’une énorme vague, on suit le courant mais notre oreille attrape le message enregistré d’un spationaute. C’est bien simple, tous nos repères sont perdus. Voilà ce que promet le frisson des expérimentations de Jim Haynes.

écoute le son du grisliJim Haynes
Tear

Jim Haynes : The Shudder of Velocity (Noisendo)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
CD-R : 01/ Tear 02/ Scadl 03/ Stifle
Pierre Cécile © Le son du grisli

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BJ Nilsen : Eye of the Microphone (Touch, 2013)

bj nilsen eye of the microphone

Je n’ai pas le goût de Londres et je ne crois pas que cette promenade me fera changer d’avis. BJ Nilsen m’y a forcé, en cherchant à me rassurer : « sound composition can alter space and time and transform a specific location and experience into an imaginary world. » Très bien, alors, d'accord, va pour la balade… Tout commence à Victoria Station, par une après-midi de printemps. Ma pensée est ailleurs, sur le Paseo Del Prado par exemple, où, sur un banc, je lis le texte imprimé dans le livret du CD. Tout y est raconté… cette femme qui passe à vélo, cette eau courante, un train qui s'en va, cette eau galopante, un oiseau qui siffle, cette eau fuyante, des bruits de chantier…

L’ambient spectrale de BJ Nilsen charrie tout cela. Tous ces bruits, il les grossit à la loupe, recompose le plan de Londres, questionne les limites de la ville et même jusqu’à son existence. De Londres, il fait une métropole comme une autre, c’est à dire une métropole presque aussi belle qu’une autre. Mais aussi une ville qui parle du rêve déchiré de sa périphérie et de l’éternel regret de ceux qu’elle rejette. Je ne dirais pas que j’ai maintenant le goût de Londres. Mais j’ai aimé le regard sonore de Nilsen à son endroit.   

BJ Nilsen : Eye of the Microphone (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Londinium 02/ Coins and Bones 03/ Twenty Four Seven
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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ENOUGH!!! (Monotype, 2013)

enough!!!

Mais que trouve-t-on derrière ces trois points d’exclamation ?... Très bien... Ce n’est pas un, non ce n’est pas deux, mais bien trois dark-bruitistes ambianceurs qui vont vous faire mettre genou à terre, j’ai nommés : CM von Hausswolff, Jason Lescalleet et Joachim Nordwall.

Inutile de donner un titre à la chose enregistrée (le 20 décembre 2011 à l’Issue Project Room), les trois musiciens ont trop à faire. Ils nourrissent par exemple des aigus pour qu’ils persistent, concoctent des mini phases rythmiques, mettent le dernier tour d’écrou à un monstre de métal qui prend tout l’espace de la salle des machines… Soudain, la machine se met à léviter, elle se grippe et crache des bruits concrets. Mais l’expérience d’Hausswolff, Lescalleet et Nordwall fait que tout rentre dans l’ordre. Et même si, individuellement, les bidouilleurs se sont montrés plus efficaces (à mon sens : Mater Transfer pour le premier, The Pilgrim pour le deuxième et Soul Music pour le dernier), j’ai pris mes airs de bonimenteur pour vous convaincre qu’ENOUGH!!! vaut quand même farouchement le coup.

écoute le son du grisliENOUGH!!!
(extrait)

ENOUGH!!! : - (Monotype)
Enregistrement : 20 décembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Sergio Merce : Microtonal Saxophone (Potlatch, 2014)

sergio merce microtonal saxophone

Comme Lucio Capece – compatriote avec lequel il enregistra Casa et qui trouva refuge avant lui sur Potlatch (Zero Plus Zero) –, le saxophoniste Sergio Merce a le goût du détournement instrumental et celui des hautes sphères, tous intérêts servis par Microtonal Saxophone. L'instrument promis est un alto mis à plat, accessoirisé (embouts et tubes) et rempli (eau, gaz, air comprimé), que Merce fait chanter (souffle continu et pédale de sustain) depuis plus de trois années.

Le saxophone d’exception pourrait être alto de cristal : la microtonalité qu’il laisse filtrer joue de voix stratifiées, d’oscillations longues ou de faibles tremblements, de perturbations qui mettent à mal toute tentation monochrome, de lignes endurantes que la crainte de l’uniformité éloigne peu à peu les unes des autres. A force, ce sont-là des reliefs dessinés dans l’air, qui, seconde après seconde, composent à l’horizon un mirage : irrésistible, insaisissable.

écoute le son du grisliSergio Merce
Microtonal Saxophone

Sergio Merce : Microtonal Saxophone (Potlatch / Souffle Continu)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Masayuki Imanishi : Type (Creative Sources, 2014) / Radical Demos #3 (Obs, 2013)

masayuki imanishi type

Au dernier carnaval, quand arriva le tour du char du Japon, l’assistance était circonspecte. Il faut dire que les participants étaient en déroute. Certains d’entre eux se tenaient la jugulaire, d’autres se frappaient la tête au sol, d’autres encore cherchaient dans leur costume la cause de la terrible envie qu’ils avaient de se gratter. Bref, le char n’avançait pas.

C’est que la musique sur laquelle il aurait dû le faire avait été confiée à Masayuki Imanishi, qui joue d’un ordinateur, d’un poste de radio, de field recordings et de… papier. Allez comprendre le choix de l’ambassade… Reste qu’une électro qui n’en est pas une, plus une abstract ambient qui n’en est pas une non plus, mettait tout le défilé en péril. Moi, j’étais le seul à prendre plaisir, secouant mon fils imaginaire à bout de bras, battant le pavé en respectant le rythme (il y a quand même là des aller-retour que l’on peut balayer du pied), un rythme dans lequel je semblais être le seul (avec mon fils imaginaire) à trouver un peu de vie. M’emparant du drapeau, je représentais, seul et contre tous, le Japon. Je souhaite à quiconque de vivre un jour cette expérience.

Masayuki Imanishi : Type (Creative Sources)
Edition : 2014.
CD : 01-08/ #1-#8
Pierre Cécile © Le son du grisli

gintas k david ellis simon tyszko masayuki imanishi dasein

Comme Masayuki Iminashi triture sa radio sur cette compilation de « Radical Demos » (la troisième que publie Obs Records) ! Plus caverneux ou étouffée (ou mystérieux encore) que sur Type, il insuffle la vie à des machines inertes qui pépient ou croassent en remerciement. A côté, les montages vocalisant de Gintas K, David Ellis et Simon Tyszko, & l’évocation expérimentale du Vietnam par Dasein font pâles figures.

écoute le son du grisliMasayuki Imanishi
Radio #3

Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko / Masayuki Iminashi / Dasein : Radical Demos #3 (Obs)
Edition : 2013.
2CD-R : CD1 : 01/ Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko : Unsong 02/ Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko : Unfun 03/ Masayuki 03/ Masayuki Iminashi : Radio #1 04/ Masayuki Iminashi : Radio #2 05/ Masayuki Iminashi : Radio #3 06/ Masayuki Iminashi : Radio #4 07/ Masayuki Iminashi : Radio #5 – CD2 : 01/ Dasein : Jus de terre 02/ Dasein : Arables 03/ Vers le ciel !
Pierre Cécile © Le son du grisli

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