Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











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En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

Simon Whetham : Never so Alone (Cronica, 2012)

simon whetham never so alone

Simon Whetham a séjourné en 2010 dans la ville de Pessoa et de Monteiro. Il en a rapporté Never so Alone, des enregistrements environnementaux qui révèlent ce que de Lisbonne il a entendu, vu, senti…

Mais c’est une Lisbonne rêvée et abstraite que Whetham s’attache à peindre. Ses chimères prennent leur source dans les eaux du Tage et dans les ruelles qui, telles des artères fantastiques, ont mené l’Anglais jusqu’au cœur de la ville. Never so Alone renferme ses battements et laisse filtrer des présences – des oiseaux, des hommes en conversation, des prêtres en célébration, qui forment un monde qui cale ses chuchotements sur un ballet de vapeurs blanches, grises et noires. Lisbonne postmoderne, Lisbonne vibrante, Lisbonne à cœur ouvert. Telle est l'inoubliable Lisbonne de Simon Whetham.

EN ECOUTE >>> Interlude, Lifesigns/Ashcloud

Simon Whetham : Never so Alone (Crónica Electronica)
Enregistrement : avril 2010. Edition : 2013.
CD : Never so Alone
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech, 2012)

rm74 two angles of a triangle

Two Angles of a Triangle sonne le retour de Reto Mäder et par voie de conséquence de ses idées fixes (de dark ambient, de minimalisme, de petits arpèges, de parasites angoissants…). Sur deux CD, qui plus est, où il peut se montrer (au choix) inventif, naïf, gentil, terrible…

Débiteur d’ambiances sur le CD1, notre homme glisse sur les cordes de métal de sa guitare, sur des nappes d’ombres synthétiques et recourt ici ou là à des instruments d’une Mäder-Kabbale qui cherche des bruits secrets. Sur le CD2, un piano enfantin n’est cependant pas de taille à révéler quoi que ce soit digne d’intérêt ou des cloches alourdissent un peu la cérémonie. Mais, quelques instants plus tard…

… des glissandi calment les impatiences de l’auditeur au point que Mäder ne donnera dorénavant plus que dans la berceuse. Il double un carillon et la magie opère (d’autant que la petite mélodie dévisse jusqu’à réveiller tous les fantômes qui dorment dans les placards des chambres d’enfants). Comme la peur finira par s’emparer de lui, Madër invente des draps de sons qu’il baptise Laid Open et Show Me the Shadow of the Sun (où son goût des orgues réapparaît). Là-dessous, il est à l’abri, reprend son courage à deux mains et souffle tout ce qu’il a dans le coffre : alors il impressionne !  

RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01/ Betwixt 02/ Spineless 03/ Between And Forever 04/ Orka's Dream 05/ A Shimmer Of Bronce 06/ May 30, 2012 2:58 07/ Bees And Ghosts – CD2 : 01/ Anthem For A Windmill 02/ Fen Fire 03/ Because Of The Slow Shutter Speed 04/ Samsa 05/ We Run In Vicious Circles 06/ Laid Open 07/ Show Me The Shadow Of The Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured, 2012)

under the carpet

Comme dans les moutons de poussière que l’on glisse discrètement sous la carpette, il y a de tout dans l’Under the Carpet d’Under the Carpet (Stéphane Rives au laptop, Fadi Tabbal à la guitare élec-trique et Ipad, Paed Conca à la basse électrique et à la clarinette) : de l’expérimental, de la pop, du néo folk, de l’ambient, de l’indus mignon, de la proto dance… et tout ça improvisé.

Ca commence d’ailleurs plutôt bien avec des structures rythmiques qui se chevauchent, une belle guitare électrique sur le feu mais on a bien vite l’impression que le groupe se défoule en passant d’un style à l’autre sans avoir de vision d’ensemble de ce que doit être son magma sonre. Peu avant la moitié du CD, on commence à jouer de racks d’effets sans se montrer ni dans le jeu ni dans le son vraiment original. Après ça c’est la grand naufrage, un saxophone branchouilli-free, une boîte à rythmes branchouilli-ringarde, une guitare branchouilli-héroïque ou des bidons-reverses se montrent incapables d’intéresser. On attend quand même la suite, qui sait ?

Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured)
Edition : 2012.
CD : Under the Carpet
Pierre Cécile © Le son du grisli

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RadioMentale : I-Land (F4T, 2012)

radiomentale i-land

I-Land est la première (vraie) sortie du duo RadioMentale, malgré une carrière démarrée en… 1992. Auteurs d’une multitude de collages, mixes et montages sonores, qui ont valu à leurs créateurs une renommée franche et certaine, Eric Pajot et Jean-Yves Leloup trouvent dans leur introspection bruitiste un monde dont ils ont – heureusement – banni la notion de monotonie.

Mariage profondément subtil d’une musique concrète et d’une ambient fugace telles qu’on les retrouve passionnément sur le label Touch (pensons à Jana Winderen ou Thomas Köner), l’univers de la paire française invite à la fois à l’éveil et à la méditation. Poursuivant un sillon tracé entre @c et Gilles Aubry, tout en remuant les terres fertiles de Phill Niblock et Geir Biosphere Janssen, nos deux hommes manient avec brio l’art de l’inquiétude (les voix d’outre-tombe de Sinking) et invitent à leur table élégamment dressée un monde entre courants arctiques et vents urbains d’une formidable acuité (radio)mentale.

EN ECOUTE >>> I-Land (extrait)

RadioMentale : I-Land (F4T)
Edition : 2012.
CD : 01/ Smooth Operator 02/ Sinking 03/ Gotlander
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Piano Interrupted : Two by Four (Days of Being Wild, 2012)

piano interrupted two by four

Au-delà d’une introduction qui mèlerait Gavin Bryars à Christian Fennesz, Two by Four de la paire Piano Interrupted multiplie les rencontres entre genres habituellement parallèles. Tels deux aventuriers parcourant le monde, le pianiste londonien Tom Hodge et le producteur électronique français Franz Kirmann éloignent les styles – jazz, néo-classique, techno minimale, échos arabisants, you name it – pour mieux les malaxer.

A l’image d’un Francesco Tristano en amour de Max Richter sur fond de Gonzales (impossible de ne pas le citer), leur première collaboration en format long débouche sur un résultat de la plus belle tenue. D’une immense dynamique qui envole les réticences, leur musique cligne de l’œil vers le dancefloor, tout en n’oubliant pas les grands espaces de l’Atlas marocain, recyclés en Kunstzentrum berlinois. Oui, mille fois oui, on y reviendra – et bien souvent.

Piano Interrupted : Two by Four (Days of Being Wild)
Edition : 2012
CD : 1/ You Don't Love Me Yet 2/ Hobi 3/ Étude     4/ Hédi 5/ Son Of Pi 6/ Son Of Foug 7/ London Waltz
8/ Bulbus 9/ 7 Ages
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Forma : Off/On (Spectrum Spools, 2012)

forma off on

Qui dit label Spectrum Spools dit automatiquement Kosmische Musik et qui Kosmische tendance 2012 dit inévitablement Bee Mask, auteur des deux albums de l’année dans le genre (Vaporware/Scanops et When We Were Eating Unripe Pears).

Autant le dire d’emblée, Off/On de Forma ne s’envole pas dans les mêmes galaxies, bien que sa fréquentation soit franchement agréable à l’oreille. Seulement, quelques instants, trop nombreux à mon goût, évoquent un (gloups) Daan qui se prendrait pour Johann Johansson sour perfusion Tangerine Dream vs Kraftwerk. Ca se laisse écouter, sans option d’achat.

Forma : Off/On (Spectrum Spools)
Edition : 2012
CD / LP : 01/ Off 02/ Forma 313 03/ Forma 278 04/ Forma 286B 05/ Forma 306C 06/ Mécanique 07/ Forma 339/333 08/ Forma 293 09/ Forma 358 10/ Forma 315
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Radu Malfatti, Ricardo Guerreiro : Late Summer (Creative Sources, 2012)

rodrigues malfatti guerreiro late summer

Naturellement, le fait de retrouver le tromboniste Radu Malfatti entouré des cordes d'Ernesto Rodrigues (alto) et de l'ordinateur de Ricardo Guerreiro remet en tête le fameux trio que le souffleur formait il y a quinze ans avec Durrant et Lehn sur les disques Beinhaltung et Dach ; pourtant le rapprochement, s'il n'est pas complètement vain – davantage que la fine pyrotechnie de Lehn, le  travail de tramage qu'opère Guerreiro, par exemple, évoquerait celui de Klaus Filip (dans Imaoto ou Building Excess) – atteint vite ses limites...

C'est à Lisbonne, au lendemain d'un concert commun et lors de deux sessions consécutives (les 21 et 22 septembre), dans deux studios distincts, que le trio s'est retrouvé : les deux disques qui rendent compte de ces séances d'enregistrement recèlent chacun, avec une qualité toute paysagère, quarante minutes de la discrète rumeur d'un monde. Le silence habité qui règne, ni aride ni crispé, est celui de l'attention – nocturne, minutieuse, d'une certaine sensualité lente, comme perméable au climat de cet été finissant et aux sons extérieurs.

Posément réparties, les interventions des musiciens opèrent en rehauts, en respirations, et si la présence de Malfatti (paradoxale dans son retranchement) agit comme une influence, le groupe n'en est pas plus tétanisé que l'auditeur qui trouve où circuler, silencieux, en chaussettes...

Est-ce pieds nus que l'on écoutera le live du 20 septembre au Musica Viva Festival ? Le label du tromboniste, B-Boim, l'a conservé sous le titre Shimosaki.

Ernesto Rodrigues, Radu Malfatti, Ricardo Guerreiro : Late Summer (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 21 et 22 septembre 2012. Edition : 2012.
CD1 : 20120921 – CD2 : 20120922
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Taylor Deupree : Faint (12k, 2012)

taylor deupree faint

Cheville ouvrière du label 12k, où en plus de diriger la manœuvre, il masterise la plupart des sorties, Taylor Deupree n’a eu de cesse, au cours de son abondante discographie, de présenter un visage sensible de l’electronica. Bien que d’aucuns jugeront son nouvel opus Faint prévisible, ce qu’une première écoute superficielle laisserait penser, un second passage plus approfondi dissipe bien vite les doutes.

Certes, on nage en plein dans les eaux cotonneuses si typiques de la maison new-yorkaise (songeons à Kenneth Kirschner ou Christopher Willits) mais en perçant la surface des cinq plages de l’album, on décèle une foule de détails enrichissants, qui sont largement à l’ouest du superflu. Conjuguant l’apaisement sans la vacuité, réunissant l’évaporation sans recours à la combustion, l’électronicien américain déploie un éventail de beautés sereines à mille lieues du bruit et de la fureur. Peut-être est-ce mon récent séjour dans la frénétique Shanghai qui m’y incite mais ce disque m’a fait un bien fou.

EN ECOUTE >>> Dreams of Stairs

Taylor Deupree : Faint (12k)
Edition : 2012.
CD : 01/ Negative Snow 02/ Dreams Of Stairs 03/ Thaw 04/ Shutter 05/ Sundown
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Slow Listener : The Long Rain (Exotik Pylon, 2012)

slow listener the long rain

Bizzarerie d‘entre les étrangetés, The Long Rain de Slow Listener s’impose à l’auditeur telle une version gloomy electronica du Château d’Argol de Julien Gracq. Oppressant et visionnaire, finement gothique sans le mascara ni les corbeaux, l’œuvre du musicien britannique Robin Dickson imprègne longuement les consciences, en deux épisodes étirés d’une vingtaine de minutes chacun.

Sur le premier morceau, And Nor Was He Mistaken, une voix lugubre et caverneuse n’a de cesse de répéter jusqu’à l’obsession morbide les quelques mêmes mots, ça fout, sinon une belle pétoche, un frisson mortifère. A peine moins névrosée, Ondras Rising imaginerait des échos blafards de cave BDSM, flitrés dans une mine de plomb sibérienne peuplée de monstres difformes en uniforme nazi. Fichtre, quel programme.

EN ECOUTE >>> Ondras Rising (extrait)

Slow Listener : The Long Rain (Exotik Pylon)
Edition : 2012.
K7 : A/ And Nor Was He Mistaken B/ Ondras Rising
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Artificial Memory Trace : Boto (Ini.Itu, 2012) / Ultrealith (Gruenrekorder, 2012)

artificial memory trace boto ultrealith

Un plaidoyer en faveur de la musique tchèque ? Faut dire : Slavek Kwi nous y invite en expédiant d’un coup d’un seul deux récents enregistrements de son Artificial Memory Trace. Une trentaine d’années qu’il travaille à ses enregistrements sur sites – le temps  donc de collaborer avec un autre grand nom du genre, Eric La Casa –, c’est dire si ses efforts méritent d’être récompensés… par quatre clefs, un diapason d'or ou dix perches tendues et qui forment une étoile !

Porté par un intérêt pour le dauphin d’eau douce (ainsi ai-je appris l’existence des dauphins d’eau douce), voilà Kwi parti pour le Brésil pour en revenir  avec Boto [Encantado]. Avec les chants qu’il a recueillis des bêtes, il construit une histoire. Me voici invité à entrer dans un paisible zoo où les animaux crient barrissent roucoulent puis dirigé dans une grotte sombre. La grotte est longue et regorge de présences et, qui s’y frotte s’y pique, le moindre effleurement est une menace. La voix du dauphin a été modifiée et n’est qu’un des éléments d’une dark ambient qui n’est pas piquée des vers (ou des hannetons, au choix).

Oui, ce genre d’hannetons qu’on aurait pu croiser sur la pochette d’Ultrealith, où Artificial Memory Trace joue avec des enregistrements de bruits du monde entier, normalement difficiles à capter. Tous dans la même boîte, ils participent d’une musique électroacoustique où l’aquatique a aussi son « mot à dire ». Pour avoir nourri ces sons à une heure indus, Kwi ne peut que constater leur métamorphose : du monde muet il a fait un fort en gueule à maxi-tête (de chauve-souris, d’insectes, etc.). C’est effrayant mais nous savons tous que ce genre de monstre n’existe pas. Ô qu'il est d’autant plus beau à entendre !

EN ECOUTE >>> Boto (extrait)

Artificial Memory Trace : Boto [Encantado] (Ini.Itu / Metamkine)
Edition : 2012.
LP : Boto [Encantado]

Artificial Memory Trace : Ultrealith (Gruenrekorder)
Edition : 2012.
CD : Ultrealith
Pierre Cécile © Le son du grisli

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