Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Alvin Fielder, Ike Levin : Together Again (Charles Lester, 2013)

alvin fielder ike levin together again

Empruntant des chemins maintes fois parcourus (free jazz modéré, rythmes subordonnés), Alvin Fielder (batterie) et Ike Levin (saxophone ténor, clarinette basse) déjouent la plupart des pièges passant à leur portée. Conscients que le lyrisme ne peut s’éviter, les voici prenant à bras-le-corps mélodies, phrasés et rythmes, et ce, sans attendrissement ou durcissement. Aucunement recycleurs mais pas encore innovants, tous deux prennent le temps – au risque de l’étirement inutile – d’installer-prolonger leur suave musique. 

L’un est adepte des résonances de toms, l’autre d’un grain raffiné. L’un ne casse jamais la course de l’autre. L’un serait presque l’accompagnateur de l’autre s’il n’était à l’origine de rythmes-mouvements aux pourpres couleurs. En vérité, l’un et l’autre sont émouvants de tendresse et d’emportements mêlés.

écoute le son du grisliAlvin Fielder, Ike Levin
Sketches (extrait)

écoute le son du grisliAlvin Fielder, Ike Levin
Freedom Square Roots (extrait)

Alvin Fielder, Ike Levin : Together Again (Charles Lester Music)
Enregistrement : 23 novembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Freedom Square Roots 02/ Shadings 03/ Sketches 04/ Outside In 05/ Melodic Presence 06/ Excursion 07/ Into Now
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Joel Futterman, Alvin Fielder, Ike Levin : Traveling Through Now (Charles Lester, 2008)

futterman levin fielder traveling through now

Joel Futterman, Alvin Fielder et Ike Levin se jettent dans la bataille d’un free jazz enflammé. Ils ne sont pas les premiers. Ni les derniers. Que faire de ce trop plein de rage et de foudre, de ces souffles embrasés et de ces muscles tendus ? Quoi faire pour éviter l’étiquette du free revival ? S’en moquer, par exemple, surfer au plus près du grand mascaret, écouter son instinct de débauche.

Ce que font ici à la perfection un pianiste aux coudes robustes, un saxophoniste ou clarinettiste à la gouaille glissante et un batteur à l’écoute précieuse. Tous hurlent dans les flammes, tous font du lyrisme une souricière sans issue, tous se lient. Puis se défont. Perdent le fil. Voici venu le temps des espaces réparateurs. Voici venu le temps des respirations. Ici, l’ombre d’un standard, là un zeste de romantisme très vite remis en question. Ils repartent et réparent le chaos. Ils moulinent un blues et s’en défont. Bref, vivent la musique sans le souci du qu’en-écrira-t-on. Bonne nouvelle, n’est-ce pas ?

The Joel Futterman, Alvin Fielder, Ike Levin Trio : Traveling Through Now (Charles Lester Music)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Primal Center 02/ Illumination 03/ Ascendence 04/ Life’s Whisper 05/ Dance of Discovery 06/ Moment Dweller 07/ Outertopeia 08/ Connexions 09/ Triple Question 10/ Freescapes
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Dennis González : Resurrection and Life (Ayler, 2011)

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Sur Resurrection and Life (Jean 11 :25), ce n’est non pas Henry Grimes qui augmente le Yells at Eels de Dennis González, mais Alvin Fielder – contrebassiste entendu déjà dans quelques ensembles emmenés par le trompettiste (New Dallas Sextet  et New Dallasangeles dans les années 1980 et Jnaana Septet plus récemment) et proie régulière de problèmes de santé capables de faire naître quelques inquiétudes. 

C’est avec aplomb que Fielder prouve pourtant dès The Oracle que sous les peaux le cœur bat encore et même avec entrain. A tel point que González à la trompette et Gaika James au trombone y toruvent un supplément d'âme. L’air, que n’aurait pas renié Roswell Rudd, est d’une intense légèreté qui invite les intervenants au solo – Stefan González au vibraphone, premier de tous.

L’autre fils, Aaron, à la contrebasse, ouvrira à l’archet noir cet Humo en la Mañana aux airs d'Alabama. Plus loin, il signera Psynchronomenography, composition aux fondations répétitives sur lequel bugle et trombone claudiqueront le long d’une ligne mélodique qui rappelle, elle, quelque chanson de Steve Lacy. Ainsi le jazz de Yells at Eels est-il de références choisies et, lorsqu’il se fait plus singulier, soit revêt les atours de marches funèbres que se disputent rire et solennité (Resurrection and Life, Battalion of Saints), soit croule sous le poids des ornements (Everywhere to Go But Up, Nowhere to Go But Down). Mais l’écueil est plutôt l’exception, et ne doit en rien détourner le cortège des amateurs de González de la station Resurrection and Life.

EN ECOUTE >>> Psynchronomenography >>> The Oracle

Dennis González Yells at Eels : Resurrection and Life (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010, 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ The Oracle 02/ Humo en la Mañana 03/ Psynchronomenography 04/ Everywhere to Go But Up, Nowhere to Go But Down 05/ Resurrection and Life 06/ A Cobra on Clinton Avenue 07/ Battalion of Saints 08/ Max-Well
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Fred Anderson : 21st Century Chase (Delmark, 2009)

Fredchasesli

Fred Anderson fêtait récemment ses 80 ans. Pour l’occasion, donnait un concert en trio dans son endroit, le Velvet Lounge, en compagnie du saxophoniste Kidd Jordan, du guitariste Jeff Parker, du contrebassiste Harrison Bankhead et du batteur Chad Taylor. Comme souvent maintenant (et comme il l’avait déjà fait avec Fred Anderson pour Timeless), le label Delmark a choisi de produire le même enregistrement sous forme de CD et de DVD.

Si l’image n’est pas obligatoire (en bonus, le film donne la parole à Henry Grimes), elle permet quand même de suivre les gestes d’Anderson, silhouette à la courbe fière, qui laisse Jordan ouvrir seul la première des deux parties de 21st Century Chase. Déjà, le son est profond, la musique intense et l’ensemble astreignant : impossible à l’auditeur de se détacher du discours ici mis en place, d’autant que l'octogénaire rattrape maintenant son partenaire intempestif. Reste à la fougueuse section rythmique d’accompagner le tout et à Parker de changer rapidement ses premières saillies mièvres en colliers d’aigus autrement convaincants, qu’il destine à sa soudaine coalition avec Jordan, insistant lui aussi dans les hauteurs. La seconde partie du titre verra le guitariste jouer davantage l’incitateur éclairé et mener les musiciens d’expérimental minimaliste en free jazz apothéotique [soumettre un autre adjectif].

En conclusion, Ode to Alvin Fielder, malgré l’hommage, peine à convaincre sur un swing gauche : restent seulement les entrelacs des saxophones ou la solution du retour aux deux premières plages.

Fred Anderson : 21st Century Chase (Delmark / Amazon)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD / DVD : 01/ 21st Century Chase Part 1 02/ 21st Century Chase Part 2 03/ Ode to Alvin Fielder
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kidd Jordan Quartet: New Orleans Festival Suite (Silkheart - 2002)

jordansliChez lui, à la Nouvelle Orléans, Kidd Jordan enregistrait en 1999 une improvisation en trois temps en compagnie de partenaires précieux : le contrebassiste William Parker, le pianiste Joel Futterman (ancien partenaire de Jimmy Lyons) et le batteur Alvin Fielder (jadis membre du sextette de Roscoe Mitchell).

Dès Decateur Street, le saxophoniste dépose un expressionnisme altier sur le soutien fiévreux de Parker, duo qui évolue sur les phrases habitées et distribuées à l’emporte-pièce par Futterman, au piano puis à la flûte indienne. Pour mettre en place à deux une progression ténébreuse, le pianiste et le contrebassiste exaltent le morceau avant le retour du ténor, qui jette autant d’aigus qu’il insistera, pour conclure, sur les graves.

Répétant à l’envi que la « musique n’est pas, toute, basée sur la mélodie », Jordan pousse le vice jusqu’à hacher ses interventions, multipliant les phrases courtes avant de s’emballer sur Dream Palace, autre demi-heure soutenue au rythme changeant selon les envies de Fielder (passant du swing au mode latin, de l’accent précis à l’arythmie définitive).

En guise de final, Ole Miss Lovesong impose un développement fluctuant au gré du tracé des pizzicatos de Parker, qui combine les phases de nonchalance roublardes à quelques accès de fièvre inspirée. Et annonce une suite indispensable, élaborée en compagnie des mêmes: du Live at the Tampere Jazz Happening 2000 (avec Futterman et Fielder) au récent Palm of Soul (avec William Parker).

CD: 01/ Decateur Street 02/ Dream Palace 03/ Ole Miss Lovesong

Kidd Jordan Quartet - New Orleans Festival Suite - 2002 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.

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