Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Joëlle Léandre : Can You Hear Me? (Ayler, 2016) / No Comment (Fou, 2016)

joëlle léandre can you hear me

Déjà rôdé ailleurs et avec d’autres musiciens, Can Your Hear Me? nous permet de redécouvrir la compositrice Joëlle Léandre. Cette face trop souvent cachée – et tout sauf obscure – de la musicienne mérite clarté et premiers plans. Régénéré par les jeunes musiciens dont on cause aujourd’hui (et cela avec juste raison), Can Your Hear Me? s’avance en plein soleil.

Qu’y trouve-t-on ? Beaucoup de choses et d’abord une évidence, celle d’une écriture souple et jamais cadenassée. Qu’y entend-t-on ? Beaucoup de choses et ceci par ordre chronologique : le leitmotiv de Taxi, de sombres chuchotements, des juxtapositions, des alertes et des effleurements, une trompette en solitaire (Jean-Luc Cappozzo), des unissons, une clarinette modulante (Jean-Brice Godet), des jeux ludiques entre cordes et cuivres, un violon microtonal et particulièrement véloce (Théo Ceccaldi), des harmonies et des consonances, un saxophone rauque (Alexandra Grimal), un tutti acharné, un trombone d’attaque (Christiane Bopp), une tendre contrebasse (Joëlle L.), des drums cataclysmiques (Florian Satche). Et des mots commençant par g. Comme grave, grinçante, guerrière ? Comme Joëlle Léandre ?


can you hear me

Joëlle Léandre : Can your Hear Me?
Ayler Records / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01-09/ Can You Hear Me?
Luc Bouquet © Le son du grisli

joëlle léandre no comment

En 2013, disait à Garrison Fewell : « A partir de quatre musiciens, on est déjà trop nombreux. On ne sait plus où jouer ni avec qui. C’est pour ça que j’adore les duos ou les trios, pour cette musique, c’est parfait » (De l’esprit dans la musique créative). Quitte à passer pour radical, retour à No Comment, disque jadis publié par Red Toucan et réédité aujourd’hui par Fou Records. En solo, Léandre y improvise neuf fois dans le cadre du festival Jazz at Vancouver. Disserte, hâbleuse, bavarde parfois, elle défend là un « No Comment » qui surprendra d’autant : chant de contrebasse et précipité de franglais accordés en tirades magnifiques – plus forte seule qu'à dix, Joëlle Léandre

no comment

Joëlle Léandre : No Comment
Fou Records
Enregistrement : juin 1995. Réédition : 2016.
CD : 01-09/ No Comment n°1 – No Comment n°9
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Alexandra Grimal, Benjamin Duboc : Le retour d’Ulysse (Improvising Beings, 2015)

alexandra grimal benjamin duboc le retour d'ulysse

Sans le souci de convaincre, d’être brillants ou experts ; sans le souci d’être vendables ou vendeurs, voici Alexandra Grimal et Benjamin Duboc. Et voici ce qu’ils sont en cet instant précis : en proximité, et on s’en voudrait presque de les déranger. Ils ne seront jamais la foudre et le brasier. Quoique… Ils sont fragilité. Ils sont force. Ils sont silence et concentration.

Ils n’ont cure du temps, des heures d’été, des heures d’hiver. Ils errent, trouvent le crescendo et s’en font un allié pointu, déclinent quelques fluides beautés et se parent d’épaisseur. Ils modulent les lignes, font de l’épure une amie fidèle, s’engouffrent en lente frayeur. Ecrire que l’archet de l’un est large et que le soprano de l’autre vise l’inattendu serait juste mais ne ferait pas avancer les choses. Les choses avanceront quand ils seront de nouveau réunis. Réunis et autres. Alors, avec naturel, ils regagneront le chemin du sensible.

écoute le son du grisliAlexandra Grimal, Benjamin Duboc
L'homme qui court

Benjamin Duboc, Alexandra Grimal : Le retour d’Ulysse [promenade] (Improvising Beings)
Enregistrement : 29-31 juillet 2013. Edition : 2015.
CD1 : 01/ Rencontre 02/ L’homme qui court 03/ Empreintes 04/ Amibes 05/ La forêt 06/ La danses des puces – After the Rain – CD2 : 01/ Gaïa 02/ Chemins 03/ Entrelacés 04/ Ithaque 05/ Le retour d’Ulysse 06/ Isha
Luc Bouquet © Le son du grisli

cd

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François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic, 2014) / La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings, 2014)

françois tusques la reine des vampires

A Barney Wilen, Beb Guérin, Eddy Gaumont – avec qui il travaille alors sous la conduite du saxophoniste – et Jean-François Jenny-Clark, François Tusques aurait fait entendre quelques thèmes destinés à illustrer Les femmes vampires que Jean Rollin s’apprêtait à tourner. Le temps pour les intervenants de se souvenir y avoir entendu un piano que celui-ci a déjà disparu. A eux de retranscrire alors l’atmosphère des compositions.

Si l’expérience tient du Mystère (de la fantaisie ?), les onze prises – celles qui furent utilisées en face A, celles qui furent rejetées en face B – de La reine des vampires 1967 impressionnent : car non seulement elles se passent aisément d’images, mais elles sont autant de séquences d’un autre objet de cinéma, sans trame, celui-ci, dont l’empreinte est aussi nette que celles laissées à la même époque par New York Eye and Ear Control d’Ayler ou les plus libres compositions de Komeda.

Sur la première face, les cordes (nombreuses, puisque Gaumont a, pour l’occasion, abandonné sa batterie pour un violon) vont lentement, défaussent et installent un théâtre d’ombres que se disputeront un piano caverneux, un ténor spectral, deux contrebasses lâches et un (remarquable) archet fuyant. En seconde face, ce sont donc des airs de défaites : chutes épatantes qui valent combien de morceaux finis, sur lesquelles Wilen, plus résolu, ramène le groupe à un free moins atmosphérique, autrement licencieux.

François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic / Souffle Continu)
Enregistrement : 1967. Edition : 2014.
LP : A1/ La Reine des vampires Theme Take 5 A2/ La Reine des vampires Theme Take 4 A3/ La Reine des vampires Theme Take 3 A4/ La Reine des vampires Theme Take 2 A5/ La Reine des vampires Theme Take 1 – B1/ La Reine des vampires Unused Cue 1 B2/ La Reine des vampires Rejected Theme 1 B3/ La Reine des vampires Unused Cue 6 B4/ La Reine des vampires Unused Cue 11 B5/ La Reine des vampires Rejected Theme 2 B6/ La Reine des vampires Unused Cue 9
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tusques grimal guérineau la jungle du douanier rousseau

Enregistré le 22 février 2013 à Ackenbush, Malakoff, La jungle du Douanier Rousseau donne à entendre Tusques auprès de deux saxophones ténor : Alexandra Grimal et Sylvain Guérineau. C’est là un CD... à deux faces, selon que le pianiste – moderne, tout comme le peintre, capable de mouvement rétrograde – converse courtoisement avec l’une ou donne du leste au second. En filigrane, blues et swing confondus, l’amour de la chanson et de ces airs de Monk : de l’aîné, Tusques et son Douanier ont conservé cet éternel va-et-vient entre l’audace brillante et l’unisson de trop.

François Tusques, Alexandra Grimal, Sylvain Guérineau : La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings)
Enregistrement : 22 février 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Dick Twardzick 02/ Sérénité 03/ A tâtons 04/ Au chat qui pêche 05/ Orgue à bouche 06/ Don Cherry Blue 07/ Alexandrins africains 08/ Tout est possible 09/ La jungle du Douanier Rousseau 10/ Move the Blues
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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