Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Steve Lacy : The Sun (Emanem, 2012)

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Sous le nom de The Sun, Emanem réédite des disques Roaratorio (LP01) et Quark (LP 9998) puis Emanem (CD 4004) augmentés d’inédits datant de 1967 et 1968. Ce faisant, le label élabore un recueil d’importance, qui consigne de charismatiques engagements mis en musique par Steve Lacy sur des « paroles » de Buckminster Fuller, Lao Tseu ou Guillevic. Pour cible de cette salve d’autres shots : la guerre du Vietnam, les massacres faits éléments de civilisation.

Puisqu’il faut nuancer à l’aune des grands textes les définitions simplistes de notions qui en imposent, comme celle, surpassant toutes autres, de « civilisation », reprendre Les transformations de l’homme de Lewis Mumford : « Le comble de l’irrationalité de la civilisation fut d’inventer l’art de la guerre, de le perfectionner et d’en faire une composante structurelle de la vie civilisée (…) La guerre a été l’invention spécifique de la civilisation : son drame fondamental. L’ultime négation de la vie, qui justifiait tragiquement toutes celles qui avaient précédé. » Qui se passionnera pour le sujet pourra aller lire aussi Requiem des innocents, de Louis Calaferte.

Retour au disque. Pour donner d’autres couleurs au monde tel qu’il va, The Sun, première des pièces inédites datées de février 1968, se lève en optimiste sur une exhortation à l’humanité signée Fuller : Irène Aebi en récitante accompagnée de Lacy, Karl Berger (omniprésent au vibraphone), Enrico Rava (trompette) et Aldo Romano (batterie), y défend un théâtre de l’absurde que The Gap changera en morceaux de clameurs retentissants. Enregistrée l’année précédente, Chinese Food (Cantata Polemica) est une protest song qui dirige les mots de Lao Tseu contre la guerre du Vietnam : Lacy, Aebi et Richard Teitelbaum, qui improvise ici pour la première fois aux synthétiseurs, y évoluent en personnages d’un virulent cabaret électroacoustique. Son chant contraste avec deux prises de The Way et deux improvisations enregistrées à Rome quelques mois plus tard par le même trio, inspiré par le même penseur. Cette fois, l’allure est lente : la voie est celle d’un morceau d’atmosphère énigmatique : les longs rubans et galons perturbés d’un Teitelbaum obnubilé par le son du theremin enveloppent les adjurations d’un soprano-ciselet et les conseils lus par Aebi : « The way to do is to be ».

Pour finir, entendre, enregistré à Zurich en 1973, ce Steve Lacy Quintet dans lequel on trouva longtemps, aux côtés de Lacy et Aebi (au violoncelle aussi), Steve Potts (saxophone alto), Kent Carter (contrebasse) et Oliver Johnson (batterie). En quatre temps (inspirés par Anthony Braxton, Buster Bailey, Alban Berg et Lawrence Brown), The Woe rend hommage à Hô Chi Minh au son d’un exercice de poésie et de musique mêlées : un jazz qui clopine lorsqu’il n’est pas anéanti par les combats que les instruments et la mitraille saisissent à même les sons. Une dernière fois, Aebi scande : des mots d’Eugène Guillevic, tirés de Massacres, qui racontent, épaulés par le soprano et sur le tambour de Johnson, ce qu’on gagne à jouer avec les inventions de la civilisation au point de la changer, pour citer Mumford encore, en « long affront à la dignité humaine. »

On a pris ceux-là
Qui se trouvaient là.

On les a mis là
Pour en faire un tas.

On les a mis là
Et maintenant voir

Comme ils font le cri,
Comme ils font la gueule.

Massacres, Eugène Guillevic.

Steve Lacy : The Sun (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1967-1973. Edition : 2012.
CD : 01/ The Sun 02/ The Gap 03/ The Way (introduction) 04/ The Way (Take 5?) 05/ Improvisation (Numero Uno) 06/ The Way (Take 6) 07/ Improvisation (Numero Due) 08/ Chinese Food (Cantata Polemica) 09-12/ The Woe : The Wax (09) The Wage (10) The Wane (11) The Wake (12)
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Don Cherry: Live at Café Montmartre, vol. 2 (ESP - 2008)

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Suite et fin du Live at Café Montmartre, qui donne à entendre Don Cherry enregistré en 1966 aux côtés de Gato Barbieri, Karl Berger, Bo Stief et Aldo Romano.

Avec la même fougue et sur les quasi mêmes plaintes, le quintette sert la suite du répertoire qui servit à l’enregistrement, l’année précédente, de Complete Communion et Symphony for Improvisers, références produites par le label Blue Note. Comme pour diversifier l’exposé, Cherry adresse là un hommage à Ayler, son ancien camarade, et atteste de son intérêt croissant pour les musiques du monde : notamment brésilienne, sur l’interprétation, quand même bouleversée, d’Insensatez. Vingt ans plus tard, Don Cherry y reviendra avec Nana Vasconcelos au sein de Codona.

CD: 01/ Intro 02/ Orfeu Negro (Insensatez) 03/ Suite for Albert Ayler 04/ Spring is Here 05/ Remembrance 06/ Elephantasy 07/ Complete Communion >>> Don Cherry - Live at Café Montmartre, vol. 2 - 2008 (réédition) - ESP. Distribution Orkhêstra International.

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Don Cherry: Live at Café Montmartre (ESP - 2007)

cherrysliEn  son  refuge  scandinave, Café  Montmartre de  Copenhague, Don Cherry menait en 1966 un quintette de nouveaux barbares.

Sur la section rythmique emportée de Bo Stief et Aldo Romano, le trompettiste, appuyé par le saxophoniste Gato Barbieri, projette sur scène un free jazz hautain, qui ménage les incartades ravageuses (signées Barbieri, le plus souvent) et des expériences consistant à passer leur souvenirs du bop en transformateur (Cocktail Piece, Free Improvisation). Plus langoureux (Neopolitan Suite) ou accueillant les couleurs sorties de la palette du vibraphoniste Karl Berger, le discours a autant de mal à s'assagir, élevé par une émulation trouvant à chaque fois le mot juste: plaintes combinées de Complete Communion, gimmick à peine découvert, déjà surprenant, de Free Improvisation.

Expéditif, le set renferme l'essentiel du message d'alors de Don Cherry, et l'énoncé, abrasif, se passe on ne peut mieux de tout développement.

CD: 01/ Intro 02/ Cocktail Piece 03/ Neopolitan Suite: Dios & Diablo 04/ Complete Communion 05/ Free Improvisation: Music Now 06/ Cocktail Piece (end)

Don Cherry – Live at Café Montmartre – 2007 – ESP. Distribution Orkhêstra International.

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