Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Free Jazz ManifestoPJ Harvey : Dry de Guillaume BelhommeLee Ranaldo chez Lenka lente
Archives des interviews du son du grisli

Herb Robertson : Parallelisms (Ruby Flower, 2007)

parralelslis

Trompettiste  brillant, entendu  notamment  aux  côtés  de Gerry Hemingway ou au sein du Fonda / Stevens Group, Herb Robertson sort sur son propre label l’enregistrement de sa rencontre récente avec deux improvisateurs réputés : le saxophoniste Evan Parker et le pianiste Agustí Fernández.

Sur Spore Attic, d’abord, le trio amasse autant de notes traînantes que d’interventions agressives, toutes mises à contribution dans l’édification d’une pièce bouleversée, qui traîne ses doutes avec la même force que Vim Chattering consolidera le lien frénétique qui unit les instruments à vent. Qu’ils se mettent d’accord sur la gamme à dévaler ensemble (Parallelisms, introduit par les aigus ressemblants du soprano et de la trompette) ou progressent selon les nécessités d’une inspiration plus individuelle (Trichotomy), les musiciens rivalisent d’idées, le plus souvent détachées de toute conventions : voix de Robertson investissant l’échange ou gestes dévoyés de Fernández.

Pivot d’un système agité, Susurration révèle une atmosphère ténébreuse faite de résonances graves issues du piano et de sifflements inquiets, développement lent sur la fin duquel sourdent les tensions, quand partout ailleurs, elles s’imposent sans louvoyer. Contraste accommodant l’éclatante démonstration.

Herb Robertson : Parallelisms (Ruby Flower)
Edition : 2007.
CD :
01/ Spore Attic Basement 02/ Trichotomy 03/ Parallelisms 04/ Susurration 05/ The Living Daylight 06/ Vim Chattering
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Agusti Fernandez, Barry Guy, Ramon Lopez: Aurora (Maya Recordings - 2006)

aurosliEn compagnie du contrebassiste Barry Guy et du percussionniste Ramon Lopez, le pianiste Agusti Fernandez choisit huit de ses compositions personnelles et une autre signée Guy pour dépeindre son univers singulier, déployé ici au rythme de pièces enveloppantes.

Parti au son d’un thème et d’une production trop polie (Can Ram), le trio sert ensuite avec sensibilité des pièces qui mêlent, tour à tour, l’influence de musiciens en marge (Gurdjieff et Hartmann sur Aurora 1), de classiques oubliés (élans baroques de l’archet de Guy sur Don Miquel ou Emaneta) ou de standards de jazz paisible (Please, Let Me Sleep).

Fuyantes, les compositions accueillent ici des éléments hispanisant (David M, Aurora 2), là, des précipitations inattendues et altières (Rosalia). Postures infimes et salutaires, qui font vaciller le propos évanescent de l’ensemble entre jazz quiet et musiques nouvelles atmosphériques. Sophistiqué et réussi.

CD: 01/ Can Ram 02/ David M. 03/ Aurora 1 04/ Don Miquel 05/ Rosalia 06/ Please, Let Me Sleep 07/ Odyssey 08/ Aurora 2 09/ Umaneta

Agusti Fernandez, Barry Guy, Ramon Lopez - Aurora - 2006 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.


Agustí Fernández, Mats Gustafsson: Critical Mass (Psi - 2005)

fernandezgrisli

Autant impressionné par l’œuvre de Cecil Taylor que par la figure et l’enseignement de Iannis Xenakis, le pianiste espagnol Agustí Fernández n’a cessé d’évoluer au gré des figures imposées par le jazz et la musique contemporaine. Dénominateur commun indulgent, l’improvisation, pratiquée en 2004 aux côtés de Mats Gustafsson.

Et le duo de se charger 10 fois de traduire en musique la force et le poids de Critical Mass. Amusé, Gustafsson feint, dès le départ, l’essoufflement, quand la tempête, irrémédiable, couve encore (5:58). La tension apparaît ensuite dans les ostinatos (5:32) ou les clusters graves (4:26) de Fernández, les phrases extrêmes du saxophone baryton (4:26).

Appelant au soulagement, la raison impose plus loin la retenue. Allé voir dans l’antre de son piano préparé, l’Espagnol frappe ou gratte les cordes de l’instrument quand le Suédois se contente des impacts de clefs (6:04). Plus discret aussi, 4:46 (pro)pose un piano répétitif à la verve effacée mais charmante rappelant la dédicace de Morton Feldman à Bunita Marcus.

Plus tard, les deux musiciens s’adonneront à l’exercice de l’improvisation en solo. Gustafsson, d’abord, glorifiant un jeu de rebonds d’où la voix filtre (5:15). Fernández, ensuite, envisageant le piano comme élément de percussion, sur un passage déroutant et sombre (6:13).

Enfin, ensemble, les musiciens célèbrent l’œuvre accomplie dans une débauche expiatoire d’énergie. Sur 5:59, les schémas répétés du piano portent une dernière fois aux nues les digressions free du saxophone, et scellent dans le défoulement un dialogue qui a su éviter la surenchère, pour mettre la main sur une forme originale de complémentarité. 

CD: 01/ Critical Mass 5:58 02/ Critical Mass 5:32 03/ Critical Mass 4:26 04/ Critical Mass 6:53 05/ Critical Mass 4:46 06/ Critical Mass 6:04 07/ Critical Mass 3:20 08/ Critical Mass 5:15 09/ Critical Mass 6:13 10/ Critical Mass 5:59

Agustí Fernández, Mats Gustafsson - Critical Mass - 2005 - Psi. Distribution Orkhêstra International.


Barry Guy: Oort-entropy (Intakt - 2005)

guyoortgrisli

S’adonnant avec ténacité au mélange des genres (jazz, musique improvisée, contemporain), restait au contrebassiste Barry Guy à régler la question du nombre. Chose faite, sur Oort-entropy, dernier album en date, pour lequel il aura dû conduire neuf musiciens au sein d’un New Orchestra idéal.

Sur un traité de décomposition oscillant sans cesse entre l’unisson d’intervenants choisis et l’amalgame de décisions individuelles en réaction, l’auditeur n’a d’autre choix que de dresser la liste des atouts remarquables - options irréprochables du batteur Paul Lytton, couleurs fauves que le tromboniste Johannes Bauer distille à l’ensemble. Volée d’attaques incandescentes, Part I connaît aussi quelques pauses, convalescences prescrites par Guy et AgustÍ Fernández, pianiste imposant un romantisme inédit.

Les notes inextricables du duo Parker / Guy inaugurent ensuite Part II, pièce envahie par des nappes harmoniques sur lesquelles se greffent des souffles en transit, la flamboyance du trompettiste Herb Robertson, ou encore, l’étrange musique d’un monde de métal (coulissant, grinçant, résonant). Un hurlement de Mats Gustafsson règlera le compte des indécisions, ouvrant la voie au chaos instrumental, mené jusqu’aux flammes par la batterie de Raymond Strid.

Si Part I déployait en filigrane l’influence de Berio, Part III joue plus volontiers des tensions dramatiques d’opéras plus anciens. Majestueux, Evan Parker déroule des phrases derrière lesquelles tout le monde attend, fulgurances aigues sur énergie qui ne faillit pas. Dévalant en compagnie de Fernández les partitions en pente, le soprano mène une danse implacable, malheureusement mise à mal par l’intervention de Strid, qui vient grossièrement perturber l’évolution de la trame, jusqu’à la rendre trouble.

Si cette erreur de dosage n’avait été, Guy se serait montré irréprochable dans la conduite d’un microcosme en désagrégation, mis en reliefs par une palette irréprochable de musiciens en furie. Abrasif à la limite du délictueux et production léchée, il faudra aussi voir en Oort-entropy une référence indispensable à qui veut s’essayer à la cosmogonie des conflits de Barry Guy.

CD: 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III

Barry Guy New Orchestra - Oort-entropy - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.



Commentaires sur