Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Joëlle Léandre, Nicole Mitchell : Sisters Where (Rogue Art)

joëlle léandre nicole mitchell sisters where

Dans les notes qui accompagnent le disque, François-René Simon a raison de parler d’ « Alter égales » pour évoquer Joëlle Léandre et Nicole Mitchell, qui enregistrèrent Sisters Where le 20 février 2013 – c’est-à-dire bien après Before After, avec Dylan Van Der Schyff, sur le même label.

Des « alter égales » et des sœurs d’improvisation, Léandre en a pourtant connues (Maggie Nicols, Irène Schweizer, Lindsay Cooper, Lauren Newton, Kazue Sawai, India Cooke…), alors, avec Mitchell, ce sera différent. En orbite – les Sisters en questions explorent ici cinq planètes avant le retour sur Terre –, la flûtiste, d’un lyrisme moins emporté que de coutume, tourne autour de la contrebassiste, la cerne bientôt, l’embrasse enfin : deux archets délicats et quelques pizzicatos composent alors en douce un ballet où le souffle a son mot à dire : autant que les cordes, ses lignes des nœuds remuent.

Joëlle Léandre, Nicole Mitchell : Sisters Where (Rogue Art / Souffle Continu)
Enregistrement : 20 février 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Sisters on Venus 02/ Sisters on Uranus 03/ Sisters on Mercury 04/ Sisters on Mars 05/ Sisters on Saturn 06/ Back on Earth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joëlle Léandre, Pascal Contet : 3 (Ayler, 2014)

joëlle léandre pascal contet 3

L’accordéon, de par sa tessiture, permet le déploiement de larges états. Mais la contrebasse aussi. Et ainsi, Pascal Contet et Joëlle Léandre, de faire, de nouveau, rougir leurs sensibilités. Et de retrouver ce qui pour eux est un état naturel : l’improvisation.

Ici, ils ne bousculent jamais l’harmonie. Ici, ils évitent les tumultes. Ce sont de drôles d’anges qui étirent leurs ailes. Ils cheminent côte à côte : l’une préfère la vitesse, l’autre enserre la note. Le chant de l’une n’est pas un chant de routine mais de profondeur. Le chant de l’autre est proche des piafs du petit matin. Parfois, nous les surprenons à s’engager en fausse valse. En valse lointaine plutôt. Mais les voici déjouant cette hypothétique valse pour mieux aiguiser leurs fines et aimantes lames. Et le disque, de s’étirer en suavité. Peu à peu, ils tendent vers l’apaisement, vers la douceur, vers le silence. Vingt ans que ça dure. Pas de raison pour que…

écoute le son du grisliJoëlle Léandre, Pascal Contet
Seize

Joëlle Léandre, Pascal Contet : 3 (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Quatre 02/ Soixante 03/ Vingt-neuf 04/ Trente-trois 05/ Seize 06/ Trente-cinq 07/ Cinquante-trois
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Luís Lopes : Noise Solo at ZDB Lisbon (Luís Lopes, 2013)

luis lopes noise solo at zdb lisbon

Hendrix redescendu sur terre trouverait sans doute quelque vif intérêt à ce vinyle de guitare saturante. Il constaterait avec amusement que les vieux vinyles noirs résistent corps et sillons au ridicule CD.  Et même qu’il embaucherait sur le champ Luís Lopes, ce guitariste riche en sustain et en distorsion.

L’exercice a été profitable, penserait-il alors : « Django et moi avons ouvert la voie. On m’a aussi parlé d’un certain Derek B. Il va falloir que je me mette à la page. Cet étonnant Lopes me renseignera sans nul doute ». Voilà ce que penserait Hendrix aujourd’hui. Il se délecterait de ces sons sales, contrariés, contrariants. Il écouterait ce sustain se fracasser contre des grillages rouillés. Il comprendrait ce schéma évolutif partant d’un drone (un mot nouveau pour lui) pour s’en aller enchâsser des chaos extrêmes. Il mettrait quelques minutes à interpréter les silences et les impacts soniques (encore un vocable à découvrir) du début de la face B. Puis, ravi des frappes fatales qui ne cesseront de s’affronter par la suite, il téléphonerait à son manager pour lui proposer un duo avec cet allumé lusitanien. Mais se demanderait aussi le pourquoi de toute cette hargne-violence, de toute cette colère. D’autres Vietnam sans doute…

Luís Lopes : Noise Solo at ZDB Lisbon (Luís Lopes Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
LP : A/ I - B/ II
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Howard Stelzer, Frans de Waard : Pink Pearl (Bocian, 2013)

howard stelzer frans de waard pink pearl

Après dix-huit années passées à jouer ensemble, Howard Stelzer et Frans de Waard construisent Pink Pearl par correspondance, en puisant dans leur corpus enregistré.

La longue liste des collaborations engagées par l’un et l’autre musicien n’interdira pas qu’on aille entendre encore Stelzer et Waard : Pink Pearl le mérite, qui lève des décors miniatures au son de pièces souvent inquiètes : clinique spécialisée dans la syncope, souterrain peu engageant, manège fatigué d’avoir trop tourné, gris labyrinthe, cul de sac pour dernier râle…

Déconseillée aux claustrophobes, cette électroacoustique à boucles et brouillards, des autres, fera travailler et l’oreille et l’imagination : c’est que ce qu’il y a à entendre en Pink Pearl dépend presque autant des musiciens que des curieux qui iront l'écouter.  

Howard Stelzer, Frans de Waard : Pink Pearl (Bocian)
Edition : 2013.
CD : 01/ Two Rings At Least 02/ Pink Pearl (Exhaust) 03/ Eraser 04/ Here We Are
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Zero Centigrade : Birch (Obs, 2013)

zero centigrade birch

De Tonino Taiuti (guitare acoustique & sounds) ou de Vincenzo De Luce (guitar acoustique & sounds aussi), qui fait le Zero et qui fait le Centigrade ? A moins que les postes soient interchangeables, dans ce cas, ça complique…

C’est la raison pour laquelle on ne cherchera pas à différencier les deux guitares malades enregistrées en décembre 2012 pour ce Birch de CD tiré à 65 copies. D’ailleurs, elles se partagent des slides et des baisses de tension et même un jeu fort mou, certes, mais mou à ravir les adorateurs de folk désolé. C’est donc dans les « sounds » (feedbacks, ronflements, bourdons, chuintements…) qu’on ira chercher l’originalité du duo. Voilà même que son folk y gagne : en nomadisme, voire extra-terrestrialité.

écoute le son du grisliZero Centigrade
Birch (extrait)

Zero Centigrade : Birch (Obs)
Enregistrement : décembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : Birch
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Akira Sakata, Giovanni Di Domenico : Iruman (Mbari, 2013)

akira sakata giovanni di domenico iruman

Il y a deux sortes de fluidité ici. Celle du benjamin, Giovanni Di Domenico, est conditionnée par des ambiances crépusculaires. Le pianiste égrène le velours mais évite tout lyrisme facile. Il est celui qui fredonne la mélodie, ne se détache que très rarement du cadre. C’est un homme de soutien et de confiance. A l’opposé, celle de l’aîné, le bouillonnant Akira Sakata, multiplie les entailles. Giuffrien et bourdonnant à la clarinette, le japonais agrippe des souffles batailleurs. Son alto est épais, harcelant, frondeur. Il fissure parfois la flexibilité de son partenaire. 

Mais, toujours, se trouvent et ne se lâchent plus. Nus et frémissants, benjamin et aîné forment un couple parfait. Ne se perdent jamais dans la facilité. Et par deux fois rejoignent le poignant quand la voix gémissante et ancestrale de Sakata auréole de son âme déchirée un disque ne manquant ni de charme(s) ni d’atout(s).

Akira Sakata, Giovanni Di Domenico : Iruman (Mbari Musica)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ A Piece of Silence 02/ Yellow Sand Blowing from China 03/ Lotus Blossom in a Old Pond 04/ Voice from a Temple in the Deep Mountain 05/ Bud I 06/ Water Coming Into Rice in the Spirit 07/ The Peaceful Atmosphere of a Wood Sukiya-Style Temple 08/ The Bee and the Sunshine 09/ Papiruma 10/ Bud II
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Russell, Ståle Liavik Solberg : No Step (Hispid, 2013)

john russell stale liavik solberg no step

S’agit-il encore, pour John Russell, de convaincre de progression ou de faire étalage de nouvelles découvertes ? Et ce No Step enregistré le 7 mai 2013 en duo avec le batteur Ståle Liavik Solberg, s’oppose-t-il à tout « One Step Beyond » ?

Aux questions, soumettons l’improvisation d’une demi-heure : la musique à y entendre n’est en effet pas nouvelle, mais autre encore pourtant : de l’espace compris entre la tête et les goupilles de sa guitare, Russell fait un paysage qui n’en finit pas de changer selon la manière qu’il a de l’approcher. Et celui-là impressionne, d’autant que ses brefs découpages, ses harmoniques, ses entêtements, ses martèlements, ses va-et-vient au médiator, trouvent dans la frappe de Solberg (entendu déjà sur VC/CD et Three Babies) une assistance subtile.  

Effacé dans les premières secondes, le percussionniste s’imprègne peu à peu du jeu de son aîné et prospecte à son tour : frottant, grattant, lustrant, claquant, il fait acte de présence en jouant tour à tour de distances et de perforations éclatantes. En 2014, le duo tournait encore (preuve donnée ci-dessous) ; si non pas, d’autres passes.

écoute le son du grisliJohn Russell, Ståle Liavik Solberg
No Step


John Russell, Ståle Liavik Solberg : No Step (Hispid)
Enregistrement : 7 mai 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ No Step
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Dead Neanderthals : … And It Ended Badly (Gaffer / Raw Tonk, 2013)

dead neanderthals and it endend badly

C’est à Gaffer qu’on doit la mise au jour (et donc le retour) du Dead Neanderthals. Aussi vigoureux, aussi fort, aussi remonté (si ce n’est plus) qu’hier…

Rappel des faits : Polaris.  Maintenant … And It Ended Badly. On n’oserait croire à la fin du Neanderthal, même si on ne peut que constater son gros râle d’agonie (There Was A Great Battle). Heureusement du corps gisant deux saxes sortent maintenant : Colin Webster et Otto Kokke, s’il faut les nommer. Ils se chamaillent et Rene Aquarius (à la batterie) compte les points.

Mais quand il les asticote (à grands coups de bâtons), c’est encore mieux : le jazz rock est free, ce qui pousse les saxophonistes à se différencier (l’un joue plusieurs fois la même note et l’autre en attaque trente-six). Et si la conclusion déçoit un peu en comparaison de ce qui s’est passé plus tôt, c’est qu’elle illustre le poème que forment les titres des six plages du CD. Tout s’explique !

Dead Neanderthals : … And It Ended Badly (Gaffer / Raw Tonk)
Enregistrement : 1er décembre 2012. Edition : 2013.
01/ There Was A Great Battle 02/ Weapons Drawn, Blood Spilled 03/ Both Sides Fought Bravely 04/ It Went On For Days 05/ And It Ended Badly 06/ And In Tears… Of Course
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Daunik Lazro, Joëlle Léandre : Hasparren (NoBusiness, 2013)

daunik lazro joëlle léandre hasparren

Ce qui se passe ici est très simple, très naturel : cela se nomme complicité. Nous étions nombreux à le savoir et à attendre ce CD. Il aura fallu un petit village bien allumé du Pays Basque et les lituaniens de NoBusiness pour que… Mais ne nous énervons pas : le disque est là, voilà bien l’essentiel.

La complicité, donc. Une complicité vieille de combien d’années déjà ? Pas important. Ecoutons plutôt. Il y a le baryton de Daunik Lazro et la contrebasse de Joëlle Léandre. Tous les deux sont en vol, prêts à fendre l’harmonie. L’une n’agite pas son archet pour rien. Malgré sa grande maîtrise, elle trouve encore le moyen de (se) surprendre. L’autre pivote et n’a de proie que le cri qu’il arpentera plus tard. Pour le moment, ils restaurent des contrepoints rauques. Parfois, mesurent les distances entre l’hyper grave et l’hyper aigu. Si on ne les connaissait pas, on pourrait dire qu’ils s’observent. Mais tel n’est pas le cas. Ils cherchent et zèbrent leurs flux. L’une glisse, l’autre cisaille et tous les deux résonnent. Et voici que quelque chose s’élève. Et ce qui s’élève n’est pas rien. Nous dirons qu’ils font de la tempête une tendresse infinie. Cela est si simple, cela est si naturel : cela se nomme complicité.

écoute le son du grisliDaunik Lazro, Joëlle Léandre
Hasparren IV

Daunik Lazro, Joëlle Léandre : Hasparren (NoBusiness)
Enregistrement : 2011. Edition : 2014.
CD : 01/ Hasparren I 02/ Hasparren II 03/ Hasparren III 04/ Hasparren IV 05/ Hasparren V 06/ Hasparren VI
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 (Picture Box, 2013) / Sun Ra : Jazz Session (ORTF, 1972)

john corbett sun ra & ayé aton

Passés quelques clichés de Sun Ra en grand apparat (à l’occasion du tournage de Space is the Place), le livre Space, Interiors & Exteriors revient sur les peintures dont Ayé Aton (né Robert Underwood) recouvrit les murs de la demeure du pianiste en 1972 à Germatown en Pennsylvanie.

Si Sun Ra quitte Chicago pour New York un an après qu’Ayé Aton ait fait le chemin inverse (nous sommes en 1960), les deux hommes se téléphoneront quasi quotidiennement par la suite jusqu’à collaborer enfin : composition de la couverture d’Extensions Out ; second ouvrage édité de la poésie de Sun Ra, brefs passages d’Ayé Aton en Arkestra ; surtout : élaboration des fresques murales d’une demeure assez vaste pour accueillir la « galaxie » Sun Ra – ainsi pouvons-nous jeter un œil à la chambre du maître, à celles de John Gilmore, Marshall Allen

Sur le conseil du propriétaire des lieux, l’artiste dessine des astres et des pyramides, des visions du Cosmos ou de plus simples formes géométriques qu’il remplit de couleurs vives. Si la peinture d’Ayé Aton – qui jouera aussi de percussions pour Joseph Jarman ou Fred Anderson – mélange sans grande intensité figuration décorative (Maurice Denis) et peinture abstraite (Michel Seuphor), le livre documente en tout cas d’une belle manière l’influence qu’eut Sun Ra sur ses troupes.  

John Corbett : Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 (Picture Box)
Edition : 2013.
Livre : Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sun ra jazz session ortf ina

Tirée des archives de l’INA, cette Jazz Session tournée la même année 1972 – que diffusera ce 6 février 2014 la chaîne Mezzo – montre Sun Ra et son Intergalactic Arkestra évoluant dans les studios de l’ORTF. Au son, l’art est proche de celui à entendre sur What Planet Is This? ou Concerts for the Comet Kohoutek et demande Discipline. A l’image, voir évoluer le couple que forment Sun Ra et June Tyson, suivre le mouvement des danseurs, attester l’application féroce des souffleurs Allen, Patrick et Gilmore, et se perdre dans les plans rapprochés que Bernard Lion fit des nombreux instruments de percussions.

Sun Ra and his Intergalactic Arkestra : Jazz Session (INA / Mezzo)
Enregistrement : 8 janvier 1972. Rediffusion : 6 février 2014.
Film : réalisé et produit par Bernard Lion et Henri Renaud.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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