Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Jürg Frey, Radu Malfatti : II (Erstwhile, 2014)

radu malfatti jürg frey ii

Il n’est là quasiment plus question de silence – tout, dit-on, n’est-il pas relatif ? La longue note de clarinette de Frey, celle qui lui succède (elle, de trombone et de Malfatti) n’avertissent-elles pas l’auditeur ? Peut-être s’agit-il maintenant, et sur l’instant, de réduire le silence à sa portion congrue, tout en prenant soin qu’il fasse, sur la musique, toujours le même effet.  

Alors, c’est à distance que les notes tenues et ténues de Frey et de Malfatti, comme les field recordings du premier sur la composition qu’il signe des II ici présentées, vont : se cherchent, se rencontrent, se chevauchent. De leurs trajectoires fragiles, les instruments font un programme commun (Shoguu) ; de leurs présences, les field recordings empêchent un propos seulement musical (Instruments, Field Recordings, Counterpoints) : trajectoires et présences traçant une ligne de fuite confondante derrière laquelle le silence se tait. Ses fondations coulées dans la note, même fragile, la maison Frey / Malfatti tient : flottant, comme suspendue, lumineuse surtout.

Jürg Frey, Radu Malfatti : II (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : 13 et 14 novembre 2013. Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01-05/ Shoguu – CD2 : 01/ Instruments, Field Recordings, Counterpoints
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Big Bold Back Bone : Clouds Clues (Wide Ear, 2014)

big bold back bone clouds clues

Dans cette station de télescopage qu’est Big Bold Back Bone s’agitent quelques familiarités (un zeste de Prime Time ici, un zeste de Berne-Ducret ailleurs, des sursauts soniques un peu partout). Y stagnent aussi des terres introspectives, logiquement malaxées par les analogic electronics (des electronics bio ?) de Travassos.

Dans cet underground profond où rien ne se dénoue, s’invitent les pénétrants caquetages de la trompette de Marco von Orelli. Et, par bonheur, la guitare rigoureuse de Luís Lopes déstabilise parfois cette brume sans fin. Mais, à l’arrivée, persiste cette étrange impression de territoires indéfinis et trop peu arpentés par un combo oublieux de son envol.

Big Bold Back Bone : Clouds Clues (Wide Ear Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.  
CD : 01/ Nice Dive 02/ Skinny Dipping 03/ Shoeshine 04/ Subsoil Sound 05/ Pulp Pal 06/ Slow Snow 07/ Point Blank 08/ Bristle Brush 09/ Outdrops Boat 10/ Horizon Flicker
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Virginia Genta, Mette Rasmussen, John Edwards, Chris Corsano : Bâle, 28 août 2014

virginia genta mette rasmussen john edwards chris corsano festival météo 2014

Transporté à Bâle, une fois n’est pas coutume, le festival Météo. Au Sud, sur les bords du Rhin, une soirée changeante, dans tous les sens du terme : deux duos stériles (chacun à sa façon) contre Joke Lanz (set brillant, empirisme et visite d’atelier évoqués – certes brièvement – ici) et un quartette mixte.

Carte blanche à Chris Corsano : le groupe est aussi composé de Virginia Genta (souffleuse et moitié d’un Jooklo Duo remarqué sur disques auprès de Bill Nace ou C. Spencer Yeh), Mette Rasmussen (saxophone) et John Edwards (partenaire de Corsano sur A Glancing Blow auprès d’Evan Parker et sur l’indispensable Tsktsking). Quelques soupçons (craintes, voire), alors : de free réchauffé, de mignonne parité, de formation subtile promettant de « souffler » le chaud et le froid.

Or, sur scène, le rideau tombe et emporte (presque) toute l’histoire du free jazz : de Dewey Redman à Mats Gustafsson – les saxophonistes ont le souffle pour (solide, celui de Genta, qui mêle à sa science de l’insistance une esbroufe charmante ; plus fragile, celui de Rasmussen, l’Ayler y côtoyant l’appeau), la section rythmique l’expérience. Un « free » jazz sans revendication, certes, sans plus rien à craindre de son auditoire non plus, mais terriblement agissant. Quelques bémols, bien sûr : dans ces « plages » inspirées par un Afrique que l’on fantasmera sans doute toujours ou ces relans de Roland Kirk qui font que l’on patiente entre deux soulèvements.

Les dernières minutes iront au son d’une atmosphère qui oppose hommes et femmes : les premiers jouant des coudes, presque en duo, laissant leurs partenaires sans véritables attaches. Avec l’heure, le quartette s’est donc désuni – manque d’expérience de la paire féminine ou élan d’un duo d’hommes rompu à l’art de dire fort et longtemps ? –, mais les quatre en question auront intéressé ensemble ou séparément : à suivre, donc, Genta, Rasmussen.

John Edwards, Chris Corsano, Virginia Genta, Mette Rasmussen : Bâle, Festival Météo, 28 août 2014.
Photos : Sébasien Bozon, pour le blog de Météo.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella

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Cassettes expéditives : Hheva, Andreas Brandal, Talweg, Vomir, Sloth, Josselin Arhiman

cassettes expéditives le son du grisli septembre 2014

hheva

Hheva : Drenched in the Mist of Sleep (Diazepam, 2014)
Voilà pour moi tout d’abord du travail bien rustre : dégager la cassette de sa gangue de cuir (de cuir, vraiment ?) ficelée façon paquet grand-mère. Cela fait, offrons une oreille attentive au projet maltais de musique « post-industrielle », Hheva : grosse basse, des percussions à la Z’EV et des vocals dans le fond. Le post-indus, ce serait donc de l’indus ambientique… Pourquoi pas.

andreas brandal then the strangestAndreas Brandal : Then the Strangest Things Happened (Stunned, 2011)
Or voilàtipa qu’Andreas Brandal sème le doute : son synthé analogique, sensible aux vibrations, diffuse une autre ambient sur laquelle le monsieur tapera fort. Chocs ferreux, sifflets, surprises de toutes espèces, Brandal ne ménage ni son auditeur ni ses instruments, dans un délire sonore que l’on qualifiera de vangoghien.

andreas brandal turning pointAndreas Brandal : Turning Point (Tranquility Tapes, 2012)
Et quand ce n’est pas Van Gogh qui nous inspire le Brandal, c’est William Friedkin. Peut-on parler d’ambient pour la sorte de B.O.de film de frousse qu'est Turning Point ? Une loop et un clavier minimaliste suffisent à m’hypnotiser et les bribes de mélodies pop nous cachent ce qui nous attend : la frousse, donc, d’une ambient toute kampushienne (autrement dit : élevée en cave).

talwegTalweg : - (Anarcho Freaks, 2014)
Pourtant, des caves, j’en ai fréquentées, parfois contraint et forcé moi aussi. Et en frousse, je m’y connais – dois-je balancer les noms de Substance Mort & Hate Supreme ? Alors, je retrouve mon minotaure : vite fait (la bande n’est pas longue) mais bien fait. En face A, la batterie assène et les voix donnent fort, accordées sur un même diapason hirsute. En face B, deux autres morceaux se répondent (le second se nourrirait peut être même du premier, dont il renverserait les pistes ?) dans un genre folk gothique : poignant !

sloth vomirVomir / Sloth : Split (Sloth, 2014)
Vomir et Sloth (de l'Ohio) ont-ils choisi le format cassette pour s’essayer au grabuge sur platine ? Mais des platines utilisent-ils seulement ? Si « que de questions ! », c’est que leur split les pose. Car Sloth donne dans un harsh noise qu’on imagine le fruit de la rencontre d’un saphir sautillant et d’un vinyle 156 tours gondolé, et que si Vomir c'est à force de tourner sur un 16,5 tours rayé. Le pire, c’est que ça marche : la cassette n’arrête pas d'autoreverser. 

josselin arhiman

Josselin Arhiman : Grains de table (Hum, 2013)
Dans le vomi(r), j’ai trouvé des grains de table ! Josselin Arhiman (normalement pianiste) ne donne pas que dans le piano (& pas que dans le jeu de mots non plus)... Mais en plus dans des jeux de construction électronique qui vibrionnent, dronent, scient, assaillent, à vous de choisir. Toujours ludiques, pas toujours hostiles, ces Grains de table valent qu’on y jette nos portugaises (qu’elles soient, après l’écoute de cette salve de cassettes, entablées ou non).

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Matana Robert, Sam Shalabi, Nicolas Caloia : Feldspar (Tour de Bras, 2014)

matana roberts sam shalabi nicolas caloia feldspar

Souffle sablé et phrasé jazz, grain filou : voici Matana Roberts. Cordes insistantes, denrées métalliques et traits rigides : voici Sam Shalabi. Walking bass empoisonnée, archet droit et poison rythmique : voici Nicolas Caloia.

On pourra s’étonner des excès atmosphériques du trio. On regrettera cette interaction déjouée, ce calme jamais vraiment rompu. On questionnera ce jazz incongru, cette distorsion des matières. On s’étonnera de l’un cherchant et de l’autre percutant. Et l’on ne comprendra jamais vraiment l’indifférence du troisième. Alors, l’on écoutera de nouveau. Et l’on comprendra. On comprendra que l’effort n’est pas uniquement dans l’écoute, dans le renvoi à l’autre, dans les dialogues ânonnés, bredouillés. On comprendra que les virginales glaises se méritent, ne se donnent jamais facilement. Et on ne les remerciera jamais assez de les avoir cherchées, recherchées. Et ici, trouvées.  

Matana Roberts, Sam Shalabi, Nicolas Galoia : Feldspar (Tour de Bras)
Enregistrement : 2011. Edition : 2014.
CD : 01/ Orpiment 02/ Spinel 03/ Galena 04/ Anatase 05/ Opal 06/ Cinnabar 07/ Feldspar
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Roro Perrot : Ultra Shit Folk (AudioArts, 2014)

roro perrot ultra shit folk

New York, le 11 septembre (2014),

Mon cher Roro, qu’est-ce que tu (oui, je te putoie) veux de plus ? Que je rabâche, ou même que je radote ? Que je m’en prenne à ton art de la guitare sale, de la décimation socialo-sonore, du verbe craché ? Advienne que pourri…

Voilà donc : la première piste et sa voix du côté obscur de la force en impose. Deux minutes d’un message imbitable et irrésistible, mais après… Après, le héro(ro)s semble bien fatigué, bien qu’il ne joue que sur deux pistes (guitare classique / voix & guitare électrique). Ça tourne en rond vingt minutes de (trop) long. Les grognements, d’accord, mais les accords qui sautent d’une case à l’autre, ça non… Le Perrot aurait-il trouvé son chemin de soiffard sur une suite d’accords barrés ? Dîtes-moi que non !

Heureusement qu’à cette deuxième piste incriminée deux autres font la nique. C’est que la gratte (c'est de l'argot) est désormais électrique et qu’on y hendrixe ou merzbowize sans savoir-faire et que la voix te gerbouille des bonnes nustracks capables de réveiller un mort (de soif, encore). Et en plus de quoi j’entends de la batterie (d’accord, une batterie convalescente). C’est ce qui doit expliquer l’ « ultra » de ce shit rock jouissif (à partir du moment où il est… électrique).

Roro Perrot : Ultra Shit Folk (AudioArts)
Edition : 2014.
CDR : 01/ Track #1 02/ Track #2 03/ Track #3 04/ track #4 05/ track #5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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ILIOS : Nedifinebla Esenco (Antifrost, 2013)

ilios nedifinebla esenco

Sous les effets d’un souffle épais et tenace, ILIOS arrangeait récemment Nedifinebla Esenco. A l’intérieur, de résistantes déflagrations sonores prêtes à avaler tout intrus approchant.

A l’auditeur, ensuite, de reconnaître la nature des intrus en question. D’autant qu’avec verve et doigté, ILIOS brouille les cartes le long d’un parcours à respecter au bruit (parfois au silence) près : rumeurs de machines imposantes (Spirito Sen Nomo), cris saisis au vol et précipités en cascade (La Ponto Kiu Transiras La Abismo), graves instables et tremblants (La Farja Nubo Kiu Flugas En La Krepusko). C’est alors l’entrée en salle d’opération (ou chantier) bruitiste : les coups portés sont divers et un grand orgue rehausse un drame dont la chorégraphie commandera un subtil décrescendo. Imparable.

ILIOS : Nedifinebla Esenco (Antifrost)
Enregistrement : 2008-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Spirito Sen Nomo 02/ La Ponto Kiu Transiras La Abismo 03/ La Farja Nubo Kiu Flugas En La Krepusko
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Peter van Huffel’s Gorilla Mask : Bite My Blues (Clean Feed, 2014)

van huffel gorilla mask bite my blues

Et Zu, un peu de trash ! Mais à la différence des bruyants italiens, la sportivité n’est pas le seul domaine de nos trois gorilles masqués (Peter van Huffel, Roland Fidezius, Rudi Fischerlehner). Ainsi, entendra-t-on un altiste aylériser son souffle ou un bassiste électrique jazzer en solo. Oui, la terre brûlée n’est pas leur unique domaine : il faut compter sur cet altiste obstiné, têtu, tenace et ne faisant jaillir le cri que dans l’absolue nécessité. Il faut compter sur ce bassiste dévissant le bruit pour lui offrir quelques soutes salvatrices. Il faut compter sur ce batteur pour délivrer les métriques du genre.

Mais il faut aussi que le trash se sache. Ainsi, l’obligation d’enserrer le cercle, de convoquer pelleteuse et bétonneuse, d’activer lyrisme vicié et crachats soniques seront respectés à la lettre. Rien d’anormal donc. Vous reprendrez bien un peu de trash ?

Peter van Huffel’s Gorilla Mask : Bite My Blues (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Chained 02/ What?! 03/ Skunk 04/ Bite My Blues 05/ Broken Flower 06/ Fast & Flurious 07/ Z
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Taiga Remains : Works for Cassette (Helen Scarsdale Agency, 2014)

taiga remains works for cassette

Si les sorties du label The Helen Scarsdale Agency nous parviennent à doses homéopathiques, le souvenir vivace de quelques disques bien torchés (dont le Kreiselwelle de irr. app. (ext.) en 2009) fait toujours ressortir le fol espoir d’une découverte majeure.Si Works for Cassette d'Alex Cobb, alias Taiga Remains,ne révolutionnera rien, il serait bien ridicule de laisser de côté son apparente inoffensivité.

Taillée sur mesure pour les thuriféraires de la William Basinski connection, l’œuvre de l’homme de Cincinnati imprime un évident savoir-faire, qui rime totalement avec talent et conviction. Tel un tailleur de soundscapes hypnotiques où les drones sereins explorent le calme apparent du paysage pour mieux sublimer ses angoisses, Cobb multiplie les contre-champs et les détours, tout en restant fidèle à un schéma conducteur très au-delà des tristes langueurs monotones du quotidien. Oui, monsieur.

Taiga Remains : Works For Cassette (Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2014.
LP : A1/ Sup Pralad A2/ There's Nothing A3/ Skin, Leaves B1/ Winter Tai-Tung B2/ Spring Shan-Lin-Shi
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Antoine Chessex : Multiple (Musica Moderna, 2014)

antoine chessex multiple

Témoignant qu’Antoine Chessex osa un jour récent la multiplication des saxophones, Multiple atteste aussi les effets de la méthode sur ses recherches sonores.

En trois temps, l’épreuve en question réaffirme un goût certain pour le minimalisme : pressés, les premiers (et déjà nombreux) instruments chercheraient ainsi à s’accorder sur une tonalité estampillée Terry Riley. Peine perdue, la ronde d’aigus et de bourdonnements instables (certes de plus en plus imposants) évoquera les quinze souffles de Dickie Landry.

Mais les dits bourdonnements quittent maintenant les pistes : les saxophones aigus – et un semblant de voix qui semble s’y être glissé – façonne un drone qui en engendrera d’autres : voici donc revue la formule. Calmée, l’allure de Multiple n’en est pas apaisée pour autant : extinction progressive des souffles. Un ténor inspecte la zone : il est bien le dernier des saxophones multiples. Retour à l’ordre, non pas à la normale.

Antoine Chessex : Multiple (Musica Moderna)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Multiple
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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