Le son du grisli

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Dan Weiss : Fourteen (Pi, 2014)

dan weiss fourteen

Le labyrinthe compositionnel proposé par Dan Weiss n’est pas sans atouts. Il n’est pas sans ambition également. Aidé en cela par une quinzaine d’ami(e)s musiciens (Jacob Sacks, Thomas Morgan, David Binney, Judith Berkson, Katie Andrews, Matt Mitchell, Miles Okazaki…), le compositeur organise et imbrique blocs, riffs et cadences en autant de saynètes lissées entre-elles et dans lesquelles s’ébattent des voix féminines toujours envoûtantes. 

Pour le batteur-compositeur-arrangeur, les sept parties de Fourteen prennent source autour d’axes rythmiques répétitifs. Cette base posée, Dan Weiss peut maintenant entrelacer les dizaines d’entrées qu’il a préalablement enregistrées. Ainsi vont se projeter et se révéler quelques moments forts et soyeux (le crescendo de la première partie en est un parfait exemple). Donc : ne pas s’étonner d’entendre drumming à épines, arpèges de guitare classique, piano solitaire, zeste de progressif, voix éthérées prendre plaisir à l’amalgame. Que mes vieux copains (humour !) de la M’Base Collective (auxquels les plus sourds n’hésiteront pas à rapprocher les deux entités) en prennent de la graine.

Dan Weiss : Fourteen (PI Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Part One 02/ Part Two 03/ Part Three 04/ Part Four 05/ Part Five 06/ Part Six 07/ Part Seven
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Birgit Ulher, Gregory Büttner : Araripepipra (Hideous Replica, 2014)

birgit ulher gregory büttner araripepipra

Quatre ans après l’enregistrement de Tehricks, Birgit Ulher (trompette, radio, objets, speakers) et Gregory Büttner (ordinateur, objets, loudspeakers) se retrouvaient. Preuves données : huit courtes pièces électroacoustiques réunies sur Araripepipra.

Inutile de chercher les clefs du langage qu’Ulher et Büttner ont en commun dans les titres donnés aux pièces en question. Reste l’accord, désormais plus évident, sur lequel l’une et l’autre vont désormais : aux lignes électroniques fragiles de son partenaire, Ulher répond par une suite de sons élevés en trompette ou même retenus sur ses lèvres ; constructions, que Büttner remplit de bestioles chantantes ou fait tourner sur machine-outil. Comme hier, l’art est miniaturiste, et l’expression abstraite. Ce qu’Araripepipra signifie peut-être.

Birgit Ulher, Gregory Büttner : Araripepipra (Hideous Replica)
Enregistrement : 4 et 6 avril 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Araripepipra 02/ Chaco-Pekari 03/ Igopogo 04/ Quagga 05/ Kongamato 06/ Aye-Aye 07/ Tzuchinoko 08/ Kouprey
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Black Fluo : Billion Sands (Pulver & Asche, 2014)

black fluo billion sands

Venu de nulle part, voie d’encore plus loin, le quatuor Black Fluo dévoile dès les premières secondes de son Billion Sands un sens du néo-classicisme fondant de romantisme exacerbé.

A la croisée d’une épopée mélancolique où le cadavre de Max Richter absorberait les vibrations laissées en leur temps par Blaine Reininger et Steven Brown en marge de Tuxedomoon (l’introductif La Fin - vous avez bien lu), l’Hélvéto-Ecossais Alan Alpenfelt intègre sa voix virile et affirmée au son de ses trois comparses à l’électronique (Alfio Mazzei), à la guitare (Francesco Giudici) et à la basse (Mario Pegoraro). Parfois, ça va chercher dans la boîte à ingrédients spoken word de Philippe Petit, notamment sur son très recommandable The Crying Of Lot 69 aux côtés d’Eugene S. Robinson, tout en demeurant nettement moins captivant. Et ce n’est pas qu’un euphémisme.


Black Fluo : Billion Sands (Pulver & Asche)
Edition : 2014
CD : 1/ La Fin 2/ Whisper 3/ Death Of A Sun 4/ Scarborough Fair 5/ Narcosia 6/ Les Vagues Caleidoscopiques 7/ Caledonia
Fabrice Vanoverberg  @ le son du grisli

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Dÿse : Das Nation (Cargo, 2014)

dÿse das nation

Amateur de grosses guitares et de batterie grosse itou, voilà Dÿse. Non, quoi ? Après les relans sempiternels de post-post-rock, voilà le post-punky-métal outre-Rhin. Es Muss Sein ? (allemand deuxième langue, petite) : est-ce qu’on va se faire humilier en rock par l’Allemagne aussi ? Non.

Parce que Dÿse-le – merde (en jeu de mots, l'Allemagne ne peut rien contre nous), c’était comment que j’y suis venu ? Un reportage sur Arte Radio ou une lecture furtive chez l’ORL de Télérama.de ? –, ça envoie du bois. Mais que du bois, c’est ça le problème, et de Thuringe encore. Alors, bing des relans de Fugazi youpi, mais aussi de (ouch) Rage Against the Machine et de (oucchh) Placebo (Waldbart, Spinne – là, je n’oserais le moindre jeu de mot). Encore plus bizarre, le titre Hans (non pas que ça m’inquiète) sent l’hymne à l’Adler mort.  

En vieux fan de Die Toten Hosen, j’avoue avoir eu du mal, non pas avec la langue – germain que j’adore quand le français dort encore – mais avec le « son pop rock » : métal boboïde, indécérébré (faut la placer, celle-là), rock RTL3 – et 3 vaut-il mieux que 2 ? Et, last but not letzte, quand ça choisit d’être trop fou, le rythme complète dékal’ titubant (et vociférant) comme un gros pourceau sis Alexanderplatz, c’est plus nul encore. Si c’est ça l’Allemagne, j’attendrais plus qu'elle revienne.

Dÿse : Das Nation (Cargo)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Waldbart 02/ Die Ai Wai 03/ Reudikamm 04/ STRT 05/ Nackenoeffner 06/ Out of Tune 07/ Spinne 08/ Hans 09/ Dÿsenation 10/ Sir Ist Maschin
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mchel Guillet : Unstable Distance (Ing-On, 2014)

michel guillet unstable distance

Je ne sais pas si l’on m’a bien lu à l’époque de Behind Nothing, alors je répèterais que « l’électroacoustique de Michel Guillet n’a pas peur du bruit. Ni d’en faire. » Pour présenter son nouveau CD, Unstable Distance, je m’en vais même le citer : « C’est un travail sur la notion de parcours, le projet étant de créer du continu avec du discontinu. Les sources sont instrumentales et aussi analogiques, parfois retraitées par le numérique. »

Ce numérique semble agir comme un catalyseur qui fait qu’Unstable Distance déverse un flot d’images sonores (ou de sons visuels ?) à vous rendre extatique. Enfin, ça c’est pour le premier « mouvement ». Car pour le second, on se retrouve de l’autre côté de l’écran, les couleurs sont inversées, et même passées. L’électroacoustique de Guillet est comme retenue dans la fibre. Comme quand les sons d'une chute d'eau nous parviennent de derrière la cascade. Le discontinu est étouffé dans la trame qu’il respecte. Et c’est toujours aussi surprenant.

Michel Guillet : Unstable Distance (Ing-On / Souffle Continu)
Edition : 2014.
CD : 01/ Unstable Distance 1 02/ Unstable Distance 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

set30Michel Guillet présentera Unstable DIstance ce samedi 20 septembre à Nantes. Au blockhaus DY.10, il jouera de 20H à 20H30, Set/30' oblige.

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Sei Miguel : Salvation Modes (Clean Feed, 2014) / Parque Earworm Versions (Clean Feed, 2013)

sei miguel salvation modes

D’une horizontalité qu’il ne quittera jamais, on retiendra de Sei Miguel son amour des longs silences. Comme si, aimanté par quelque drone céleste, il ne sortait de son repère que pour étirer jusqu’à l’excès des phrasés livides, à la limite de l’effacement. L’absence d’aventure (mais l’aventure doit-elle être tonitruante ?), les éclaboussures souterraines, les solos parcimonieux (Fala Mariam, César Burago, Pedro Gomes), une évanescence de (presque) tous les instants, feront fuir les tenants du sonique à tout prix.

Les autres, ceux pour qui la nonchalance est bonne conseillère, se réjouiront de ces trois compositions aux longs fleuves tranquilles. Ils aimeront sans doute Cantata Mussurana et la douce voix de Kimi Djabaté. Plus proche d’un Don Cherry ou d’un Jacques Coursil que d’un John Cage qu’il semble pourtant vénérer, Sei Miguel poursuit, inlassablement, un chemin peu balisé, peu documenté, peu commenté. Il serait grand temps que l’on s’intéresse à ce compositeur aux tendres desseins.

Sei Miguel : Salvation Modes (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005-2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Preludio e cruz de sala 02/ Fermata 03/ Cantata Mussurana
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

parque earworm versions

Lorsqu’il n’accompagne pas Sei Miguel, le saxophoniste Nuno Torres peut soutenir le travail artistique de Ricardo Jacinto. Conceptuel, celui-ci, qui convoque une électroacoustique tortueuse trop illustrative peut-être, si ce n’est sur Peça de Embalar : trois plages de soupçons, certes post-AMM, que les percussions de Dino Recio portent avec un esprit nouveau.

Parque : The Earworm Versions (Clean Feed/ Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : Earworm Versions
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Nouveau Jazz Libre du Québec : En direct du Suoni per il popolo (Bronze Age, 2014)

nouveau jazz libre du québec en direct du suoni per il popolo

Membre fondateur du Quatuor de jazz libre du Québec (l’ayant certes déserté pour l’Inde en 1973), le batteur Guy Thouin ressuscitait récemment la « chose » en compagnie de deux saxophonistes, et autres vétérans : Bryan Highbloom (ténor et soprano) et Raymon Torchinsky (alto). La « nouvelle chose » rebaptisant l’ancienne Nouveau Jazz Libre du Québec.

En concert (20 juin 2013), le trio donne à entendre ce qu’est aujourd’hui le free jazz : un lot de souvenirs (de jeu, sinon d’écoutes) à réinventer sur le conseil d’une frivolité sagace. Ainsi, roulant des mécaniques sunnysiennes, Thouin dirige-t-il son trio sur une relecture de Bemsha Swing ou un air de Préfontaine (Valse à grand-mère), une danse bientôt interrompue ou une marche rapide – l’une et l’autre permettant aux saxophonistes d’en appeller à quelques figures de légende (Ayler, Coleman). Improvisant aussi, le Nouveau Jazz Libre du Québec dispense autrement sa fantaisie : combinaison de jazz débridé et de folklore bravache, soit, en effet, de quoi rafraîchir.

Nouveau Jazz Libre du Québec : En direct du Suoni per il popoli (Bronze Age)
Enregistrement : 20 juin 2013. Edition : 2014.
LP / CD : 01/ Bemsha Swingish 02/ Valse à Grand-Mère 03/ De Temps en Temps / Now and Then 05/ Tehai 06/ Thème 25ème Avenue 07/ String Theory: Dimension Dance 08/ Commun Blues / Down the Hobbit Hole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Johannes Rød : Free Jazz and Improvisation on Vinyl 1965-1985 (Rune Grammofon, 2014)

johannes rod jazz and improvisation on vinyl

Le titre et le sous-titre de ce livre exposent assez clairement le projet de Johannes Rød. Retour, donc, à quelques étiquettes discographiques historiques dont le sujet fut le free et/ou l’improvisation.

Rangés par ordre alphabétique, les labels (indépendants, précisons-le) se succèdent en respectant quelque usage formel : nom, courte présentation, liste de l’intégralité des productions du label en question ou sélection de références seulement dans le cas où il n’aurait pas œuvré exclusivement en faveur du free et/ou de l’improvisation (ECM, Nato, Flying Dutchman…). En introduction, Rød avoue la subjectivité de sa démarche et précise que les soixante-quatre vinyles dont les pochettes sont reproduites dans un cahier central sont de sa collection, sinon de celle de Rune Kristoffersen (Rune Grammofon).

Maintenant, les listes : références de noms désormais célèbres (America, Black Saint, BYG (Actuel), Delmark, Emanem, ESP, FMP, Hat Hut, Nessa, Ogun, ICP, Incus, India Navigation…) et entiers catalogues de maisons bâties par les musiciens eux-mêmes : Matchless (Eddie Prévost), Metalanguage (Larry Ochs et Henry Kaiser), Po Torch (Paul Lytton et Paul Lovens), Rift (Fred Frith), Parachute (Eugene Chadbourne), El Saturn (Sun Ra), Jihad (Amiri Baraka), Bead (Phil Wachsmann), Ark (Trevor Watts), A (le même Watts et John Stevens), Mustevic Sound (Steve Reid), etc. Certes, la mise en page peut paraître austère – pour plus de « folie », conseiller sans coup férir la pratique de Free Fight –, mais le compte informatif y est.

Johannes Rød : Free Jazz and Improvisation on Vinyl 1965-1985. A Guide to 60 Independent Labels (Rune Grammofon)
Edition : 2014.
Livre (anglais)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Franck Vigroux : Ciment (DAC, 2014)

Franck Vigroux Ciment

Ce n’est pas un retour à la vie sauvage (la cabane dans les bois, sur la pochette du LP, m’a fait craindre un nouveau cas de Walden Syndrome), mais plutôt un repli chez soi qui fait le Ciment de Franck Vigroux. Le voilà libre, seul à la guitare, prêt à tirer dans tous les sens.

Et (ouf !) il jouit chez lui de l’électricité (ce qui peut être pratique si l’on veut brancher un ampli). Maintenant, que penser de ces dix instrumentaux bruitisto-mélodiques (dépend des fois) qui s’écoutent (là-dessus, pas de problème) mais qui manquent légèrement de personnalité ?

Car quand on a eu la chance d’entendre ce que Kevin Drumm, Henry Kaiser, Oren Ambarchi, Otomo Yoshihide, Derek Bailey bien sûr, ou même Ali Farka Touré, ont fait à la guitare dans le genre noisy, arpégé, improvisé ou blues du désert, on a du mal à saisir l’originalité des plans au calque de Vigroux. A moins que l’envie nous vienne d’écouter tous ces modèles réunis sur une seule et même galette. Alors, OK, Ciment pourrait faire l’affaire.

Franck Vigroux : Ciment (DAC)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
LP : A1/ Reste à pique A2/ Marche à déployer A3/ Crève mais l’ombre A4/ Frotte A5/ Lambeaux – B1/ Monter soleil vers la crête B2/ Souviens-toi du premier B3/ Regarde aussi vers B4/ Que rien n’y pousse B5/ Dixième
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bolder : Hostile Environment (Editions Mego, 2014)

bolder hostile environment

Vieille connaissance du label Mego, à l’époque pas encore au stade des Editions, Peter Votava se rappelle à nos beaux souvenirs de ses anciens projets Pure et Ilsa Gold. Aujourd’hui associé à Martin Maischein (ex-Heinrich at Hart) au sein de Bolder, le producteur autrichien déboule avec un Hostile Environment des plus jubilatoires – pour autant qu’on se laisse porter par sa fausse techno noire à la frontière de l’alien et de l’androïde.

Six putains de tracks qui envoient dans les profondeurs lactées d’une galaxie noire, et balancées au plein milieu d’une insomnie coriace vers trois heures du mat’, elles font sortir du placard tous les démons du magma incandescent – le plus comique étant que prévus pour le 33rpm, les morceaux fonctionnent aussi (et à leur corps défendant) en 45rpm. Prends garde à toi, apprenti vampire des platines.

Bolder : Hostile Environment (Editions Mego / Souffle Continu)
Edition : 2013.
LP / DL : A1/ Sinking Cities A2/ Morbid Funk Ride A3/ Deep Cuts B1/    Extraterrestrial Deactivity B2/ Residuality B3/ Passive Agressive
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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