Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Brussel : Härskeri / Soixante étages : Lumpen Orchestra (33revpermi, 2013)

brussel harskeri

Bruno Fleurence (guitare, orgue & trompette) et Hugo Roussel (guitares) forment un duo-valise. Sur celui-ci a été collé un autocollant qui vante les mérites de… Brussel. Le dépliant de l’agence de voyage promet « un duo psyché-post-blues qui expérimente des espaces précaires » et, pour son premier CD, Härskeri, « une bande originale pour western finlandais ».

Ce serait donc la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’on aurait l’occasion de relocaliser une capitale européenne. Plus au Nord encore ! Le Grand Nord même, mais un Grand Nord de cinéma. Car Härskeri déroule des instrumentaux de musique de films, c’est vrai. Pour les images il y a le vent qui soulève les tapis pastel tressés par les guitares et l’orgue. Un paysage de précarité, comme promis, appréciable mais sans grand caractère, sauf à la fin du voyage, quand Fleurence et Roussel se balancent pour se (nous ?) réchauffer.

Brussel : Härskeri (33 Revpermi / Metamkine)
Enregistrement : 2011-2013. Edition : 2013.
CD : 01-10/
Pierre Cécile © Le son du grisli

soixante étages lumpen orchestra

On retrouve Fleurence et Roussel sur Lumpen Orchestra, huitième enregistrement de Soixante étages (collectif fondé en 1982 par Ana Ban). Avec Dominique Répécaud, Heidi Bouzeng, François Dietz et Henri Jules Julien, ils donnent cette fois dans le cabaret frappé : dans le shaker, des bouts de Nina Hagen, John Cage, Ute Lemper, Alan Vega… Bref, une demi-heure de rock réaliste, de no wave dada… enthousiasmant !

Soixante étages : Lumpen Orchestra (33 Revpermi / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : Lumpen Orchestra
Pierre Cécile © Le son du grisli

densités 75Dans le cadre du festival Densités, Brussel jouera ce vendredi 24 octobre en compagnie du chanteur Steve Gander. Naissance de Burganssel.

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Trio 3, Vijay Iyer : Wiring (Intakt, 2014)

trio 3 vijay iyer wiring

Vieilles recettes pour élan neuf ? Assurément mais avant cela, l’invité Vijay Iyer vampirise le temps d’une de ses compositions (The Prowl) le raffiné Trio 3 (Oliver Lake, Reggie Workman, Andrew Cyrille). Drumming sautillant et risqué, équilibre périlleux, contrebasse visqueuse : le tour de force vire au désastre.

Vieilles recettes pour élan neuf ? Assurément quand le quartet s’offre la liberté de creuser profond et droit : chaudes coulées de piano, convulsion naturelle de l’altiste, précision millimétrée du contrebassiste. Wiring bouscule le free des origines ; Rosmarie suspend et conditionne les espaces ; Chiara fait grincer la valse et nous rappelle au souvenir du tendre Curtis Clark.

Vieilles recettes pour élan neuf ? Précisément quand Andrew Cyrille – en solitaire – active ses toms royaux et réveille un What About (Byg Records, 1969) de grande mémoire.

écoute le son du grisliTrio 3, Vijay Iyer
Wiring (extraits)

Trio 3, Vijay Iyer : Wiring (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ The Prowl 02/ Synapse II 03/ Willow Song 04/ Shave 05/ Rosmarie / Suite for Trayvon (and Thousand More) 06/ I. Slimm 07/ II. Fallacies 08/ III. Adagio 09/ Wiring 10/ Chiara 11/ Tribute to Bu
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Scott Walker, Sunn O))) : Soused (4AD, 2014)

scott walker sunn o))) soused

J’avoue que les hypothèses se bousculent quand je me questionne sur les raisons de telle collaboration (Scott Walker & Sunn O))) aujourd’hui comme avant eux Anthony Braxton & Wolf Eyes, Evan Parker & John Wiese, Mats Gustafsson & Merzbow, Arto Lindsay & Paal Nilssen-Love…). Peut-être la recherche de nouvelles expériences ou de nouveaux publics ? l’envie de briser le quotidien discographique ?... Les peut-être sont légion alors je finis par me poser l’unique question qui vaille : la sauce prend-elle ou non ?

Même si l’on savait depuis Pola X que Walker Scott était capable de chanter dans le bruit, on n’osait imaginer l’ex-idole des sixties scotché à un ampli crachant du drone doom. Et pourtant, avec son fidèle Peter Walsh, le voici frayant avec Stephen O’Malley, Greg Anderson et TOS Nieuwenhuizen et ce, sans rien changer à son lyrisme habituel – ce qui est d’ailleurs tout à son honneur.

Sur quatre titres de sa composition, le voilà dans la pénombre déguisé en Cassandre qui clame ses  textes sur de grosses guitares sans cesse frôlées par des corneilles que le groupe a lâchées en studio. Alors alors alors, quoi penser de Scott O))) ? Surprenant bien sûr, alternant des minutes d’équilibre et des couplets ampoulés, mais mais mais quand Herod 2014 passe sous le laser de la platine, aucune équivoque : c’est le simple auditeur que je suis qui se retrouve scotché à l’enceinte. J’avoue que Mathilde (autres temps, autres mœurs) m’avait fait moins d’effet…  



Scott Walker, Sunn O))) : Soused (4AD / Souffle Continu)
Edition : 2014.
CD / 2 LP : 01/ Brando 02/ Herod 2014 03/ Bull 04/ Lullaby
Pierre Cécile © Le son du grisli

pratella

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Piiptsjilling : Moarntiids (Midira, 2014)

piiptsjilling moarntiids

Ce serait mentir que de dire que l’usage du Flamand n’a pas freiné (d’un grand coup) l’enthousiasme qu’aurait pu faire naître en moi la découverte (même si Moarntiids est la troisième production du groupe) du Piiptsjilling de Mariska Baars (qui signe la belle peinture de la pochette), Jan & Romke Kleefstra et Rutger Zuydervelt (plus connu sous le nom générique de Machinefabriek).

Mettant en musique la poésie de Jan Kleefstra, le trio en adopte (semble-t-il) les codes : la traduction des textes qui ont inspiré les quatre morceaux du CD parlent (merci au digipack pour la traduction) de murmure, d’endormissement, d’ombres et de reflets de lumière dans l’eau… C’est dire que la musique de Machinefabrik aurait pu convenir au projet, mais en choisissant Piiptsjilling pour s'atteler au projet, c’est peut-être autre chose qui en sort. Guitares électriques avec un peu de delay, ce qu’il faut d’électronique et des voix fantomatiques (en plus de celle qui récite) concoctent une pop atmosphérique matinée, un krautrock planant, une americana d'Amsterdam nouvelle… Passée la surprise du premier titre, tout ça est assez convaincant !

écoute le son du grisliPiiptsjilling
Moarntiids (extraits)

Piiptsjilling : Moarntiids (Midira)
Edition : 2014.
01/ Flinter Djippe See 02/ Kobbeswerk 03/ Slykklauwers 04/ Sûnder Wyn Nea Itselde
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Rasmus Borg, Henrik Munkeby Nørstebø : 120112 (Edition Wandelweiser)

rasmus borg henrik munkeby norstebo 120112

Il m’arrive de rêver. Et alors je rêve d’instruments de musique qui n’existent pas. Ou qui n’existent plus, qui sait ?, peut-être ont-ils existé un jour ? Lorsque je ne rêve pas, je passe des disques, et sur ces disques les instruments dont je rêve ne figurent jamais. Impossible d’entendre mes chimères. Jusqu’à ce que 120112, qui n’est qu’une date parmi d’autres, m’explique qu’un instrument dont on rêve, un instrument-chimère, peut-être la somme de deux instruments qui existent.

Le piano et le trombone, par exemple. Rasmus Borg (le piano) et Henrik Munkeby Nørstebø (le trombone) jouent chez moi, et je n’entends ni l’un ni l’autre instrument. Un orgue à leur place éprouve des difficultés à maintenir la note, et cet orgue est le trombone. Un écho reprend les notes du trombone et les déplace plus après sur la partition, et c’est le piano. Ce jour (120112) passé par Borg et Nørstebø en Norvège, mais où en Norvège ?, je l’ai fait sonner avant eux. Mais je leur suis reconnaissant de me permettre maintenant de l’entendre à ma guise.  



Rasmus Borg, Henrik Munkeby Nørstebø : 120112 (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 12 janvier 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ 120112a 02/ 120112b 03/ 120112c
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm, 2014) Tom Smith / Daniel Muennich : In Medias Res (Noise-Below, 2014)

michael muennich schamprozessionen tom smith in medias res

Les statuts de la Fragment Factory n’interdisent en rien à son PDG, Michael Muennich, de jouer de temps à autre pour la concurrence. Deux cassettes le prouvaient récemment : Schamproressionen et In Medias Res.

Sur la première (référence Tapeworm), Muennich tente, seul, d’étouffer un feu d’artifices. En résultent sifflements et chuintements avant qu’un exercice vocal ne balaie tout l’espace, qui interroge à propos des conséquences qu’a eu sur l’homme l’exécution de son curieux projet. Sur l’autre face, c’est une autre expérience que l’on imagine : Muennich ramant à contre-courant d’un torrent de noise. Deux fois, l’expérience sonore a commandé un théâtre d’abstraction maligne.



Sur la seconde (référence Noise-Below), Muennich n’apparaît qu’en seconde face au son d’on ne sait quel instrument – une machine à coudre ? un parapluie ? – qui mitraille afin d’attirer l’attention. Répétitif, inquiet et remonté, il contraste avec la ballade éthylique que Tom Smith (Boat Of, Pussy Galore…) donne à entendre en première face, sur la rumeur d’un orchestre étouffé (lui aussi). Ensemble, la ballade et la mitraille font œuvre, qui révèle d’autres facettes encore de l’art de Muennich.



Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
K7 : A-B/ Schamproressionen

Tom Smith / Michael Muennich : In Medias Res (Noise-Below)
Edition : 2014.
K7 : A/ Tom Smith : Bald B/ Michael Muennich : Ur-Ahnung
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Farmers by Nature : Love and Ghosts (AUM Fidelity, 2014)

farmers by nature love and ghosts

A Marseille, le 27 juin 2011, le grabuge était en marche et ne ronronnait point. Gerald Cleaver absorbait l’espace, William Parker, parfait dans son rôle de coureur de fond, triturait la corde comme jamais. Et Craig Taborn accueillait avec bienveillance tous les cercles vicieux passant à sa portée. Et s’en remettait au jazz. Et n’oubliait pas le free des origines. Maintenant, le batteur resserrait l’étau. A mi-chemin les battements n’étaient plus de cœur mais d’âme. Les voiles se tendaient et la navigation devenait plus incertaine. Ça sentait le chavirage. Le nord se perdait et nos trois fermiers par nature se séparaient. Puis se retrouvaient au cœur des typhons : le grabuge n’était donc pas d’anecdote mais de nécessité.

A Besançon le lendemain, soit à 441 kilomètres de distance, la tendresse se portait large. Mais la dissonance pointait. Le pianiste refoulait ses caresses. Le drame avançait ses pions. La contrebasse fendait de noirs silences. Et le pianiste jouait à l’Arlésienne. Revenu d’entre les morts, ce dernier faisait rivage commun avec l’astre Parker. Ailleurs, des roulements de toms ouvraient la voie. Le ton était bas. Tous chuchotaient. Allaient-ils allumer de francs brasiers comme la veille ? Aujourd’hui le grabuge sera tout autre : ordonné, scellé, apaisant, presque jarrettien. Un riff se répétant fit s’ouvrir le cercle. Et, ainsi, revinrent chaos et fracas, frictions et courtoisies. Ainsi débutait l’été 2011 entre Marseille et Besançon.

écoute le son du grisliFarmers by Nature
Seven Years In

écoute le son du grisliFarmers by Nature
The Green City

Farmers by Nature : Love & Ghosts (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011/ Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ Love & Ghosts 02/ Without a Name 03/ Aquilo 04/ Seven Years 05/ Massalia – CD2 : 01/ The Green City 02/ Bisanz 03/ Comté 04/ Castle #2 05/ Les flâneurs
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch, 2014)

marc baron hidden tapes

Faut-il toujours découvrir ce qui est caché ? On sait bien ce que les découvertes archéologiques doivent aux pilleurs... à peine engouffrés, voilà un trésor, or impossible de tout emporter, on en laisse derrière, on en laisse aux archéologues justement. Pour le cas de Marc Baron, il est le pilleur et le pillé.

Ses Hidden Tapes racontent son histoire, son archéologie. Des collages, des samples & des field recordings, le tonnerre qui retourne tout, et le silence bien entendu, tout va très vite. Entendons-nous, vraiment, quatorze années de bandes enregistrées, de voix qui traînent dans notre cour, d’oiseaux passés près de la maison, de bateaux en partance (pour Valparaiso, Athènes ou le port tout juste creusé de Bucarest ?), de techno étouffée par des coussins de plumes, d’amusements d’enfants ?

Mais cette maison est-elle « notre maison » ? Peut-elle l’être ? Ces collages peuvent-ils trouver le chemin de nos sensibilités alors que nous avons déjà tant à faire avec nos propres collages, nos propres souvenirs, nos propres déchets ? Peut-être y a-t-il trop d’intime dans ces Hidden Tapes pour qu’elles trouvent notre chemin, et donc notre maison.

Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch)
Edition : 2014.
CD : 01/ 1991-2005 02/ 2010-2012 03/ Interlude (Romania to Paris) 04/ 2013 – A Happy Summer with Children 05/ 1965-2013
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Angle : Premier Angle (Nueni, 2014)

angle guionnet gross permier angle

Les airs de menace qu’ont les premières secondes de la collaboration de Jean-Philippe Gross avec Jean-Luc Guionnet – de cet Angle orienté sur composition de vingt-six minutes – sont trompeurs. Car l’enjeu semble être ici la concomitance (plus que la connivence) de l’électronique du premier et du saxophone alto du second.

Premier angle est ainsi fait de multiples séquences – division cellulaires, pourquoi pas – qu’il s’agit d’arranger en assemblage cohérent. Si elles sont marquées encore (entrée d’une note, slap, interruption soudaine d’un grésillement pourtant tenace relayé bientôt par un bourdonnement), les séquences en question se succèdent avec un équilibre stupéfiant. Ainsi, le duo s’accorde-t-il dans la controverse : l’électronique prise de tremblement poussant Guionnet dans un jeu de volte et de retournement quand l’alto giratoire décide Gross à revoir l’origine de ses troubles moteurs. Et lorsque le premier suit la piste que le second vient à peine de tracer devant lui, il ne s’agit plus seulement d’équilibre, mais d’un rare exemple d’à-propos musical.

écoute le son du grisliAngle
Premier angle (extrait)

Angle : Premier Angle (Nueni / Souffle Continu)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Premier Angle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella

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Dave Phillips : Homo Animalis (Schlimpfluch Associates, 2014)

dave phillips homo animalis

On sait que Dave Phillips prend du plaisir à faire hurler (à la lune) le plus infime bruit (ou bruissement) de nature. A ce point qu’il vaut peut-être mieux ne pas chercher à connaître l’origine des sons qu’il manipule… les différents tableaux du CD Homo Animalis pourraient en effet nous faire perdre la boule.

Car à qui rendre ces cris (de gueules béantes) tressés, ces chocs, ces claquements, ces signaux larvés, ces appels à l’aide, ces rumeurs de grandes batailles ? Jamais rassasié de bruit et de fureur, l’ex Fear of God exacerbe la tension dramatique avec (de ?) laquelle il s’amuse : c’est la raison pour laquelle ses field recordings, lorsqu’ils ne font pas tomber la pluie ou s’abattre la tempête, remuent des fantasmes : un homme serait-il dévoré par les loups ? Le drame qui se joue ne terrifie-t-il pas les enfants (et leurs parents avec) ? Quant au piano derrière lequel s’assoie Phillips (en position renversée, généralement), il devient le complice qui illustre la plupart des scènes d’une cruauté sonore qu’on imaginera toujours différemment.  



Dave Phillips : Homo Animalis (Schlimpfluch Associates / Metamkine)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2014.
2 CD : Homo Animalis
Pierre Cécile  © Le son du grisli

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