Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Pinkcourtesyphone : Description of Problem (LINE, 2014)

pinkcourtesyphone description of problem

Tous feux éteints,  ambient glabre, est-ce de l’allemand que j’entends dans le fond ? Diantre, cette collaboration Richard Chartier / William Basinski qui inaugure cette série de Pinkcourtesyphone featurings m’aura glacé les sangs avant de me baigner dans une ambient rose bonbon qui ne me va pas au teint…

Heureusement, les collaborations se suivent et ne se ressemblent pas (si ce n’est qu’elles intègrent toutes la voix à l’ambient de Chartier). Avec AGF (Our Story) c’est quelque chose d’aussi irrémédiable que des piqures de machine à coudre et avec Cosey Fanni Tutti (Boundlessly) c’est un claustro-trip érotique qui vous fait chavirer net. Mais avec Kid Congo Powers (Iamaphotograph), la voix prend trop de place et avec Evelina Domnitch (I Wish You Goodbye) c’est le retour au diaphagnangnan. Pour faire pencher la balance en faveur de son CD, Chartier se colle tout seul à Perfectory Attachments en attachant une boucle de voix cinématographique à un crescendrone. Elève Chartier… 3,5/6. C’est-à-dire déjà plus que la moyenne !



Pinkcourtesyphone : Description of Problem (LINE)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2014.
01/ Description of Problem 02/ Perfunctory Attachments 03/ Our Story 04/ Boundlessly (for M. Heyer) 05/ Iamaphotograph (Darkroomversion) 06/ I Wish You Goodbye
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Frode Haltli : Vagabonde Blu (Hubro, 2014)

frode haltli vagabonde blu

Un peu d'accordéon, en ce lundi matin ? Œuvre du musicien norvégien Frode Haltli, Vagabonde Blu est le premier de ses quatre albums à être entièrement solo. En trois titres, composés à parité égale par les Italiens Salvatore Sciarrino et Aldo Clementi, ainsi que par le Norvégien Arne Nordheim, le surprenant accordéoniste prouve de main de maître que son instrument a toute sa place dans un registre contemporain – il est bien sûr à des lieues des clichés pour bals du 14 juillet et autres vieilleries pour festivals solidaires.

Notamment sur la seconde pièce, Flashing (A. Nordheim), très impressionnante de force dramaturgique et de virtuosité contenue. Par instants carrément flippantes, sans pour autant tomber dans un mauvais trip psychédélique, le morceau exprime en quatorze minutes une conviction poétique admirable, où les instants de sérénité larvée contrebalancent la violence sous-jacente du propos. Rassurez-vous, les deux autres titres valent également le détour, notamment l’admirable Ein Kleines… (A. Clementi), tout en langueur indocile et volupté post-moderne.



Frode Haltli : Vagabonde Blu (Hubro)
Edition : 2014
CD : 1/ Vagabonde Blu (Composed by Salvatore Sciarrino) 2/ Flashing (Composed by Arne Nordheim) 3/ Ein Kleines... (Composed by Aldo Clementi)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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John Coltrane : Complete Live in Stuttgart 1963 (Domino, 2010)

john coltrane complette live in stuttgart 1963

Cette évocation de Complete Live in Stuttgart 1963 est extraite du livre que Luc Bouquet a consacré aux enregistrements live de John Coltrane : Coltrane sur le vif, en librairie le 6 mars mais déjà disponible sur le site des éditions Lenka lente.

Beaucoup considèrent le concert de Stuttgart comme le plus éclatant de la tournée européenne de 1963. Il est, reconnaissons-le, le plus abouti, le plus serein. Il est, surtout, celui qui annonce les envolées convulsives de l’année 1965.

Il suffit d’écouter les incroyables versions d’ « Impressions » et de « Mr. P.C. » pour s’en convaincre. Le quartet enchaîne à nouveau « The Promise » et « Afro Blue » et c’est bien le couple McCoy Tyner / Elvin Jones que l’on remarque en premier lieu, Coltrane tournoyant en solitaire au soprano. S’essayant à d’autres phrasés, il multiplie les figures harmoniques et évoquerait presque Sidney Bechet dans l’exposé des deux thèmes. La version d’ « I Want To Talk About You » est très différente de celle du concert berlinois. En quartet, Coltrane reste près de la mélodie, ne s’en éloigne que rarement. En solo dans la coda, il entrouvre d’autres rivages, bien plus sinueux qu’auparavant. Dans les deux cas, la maîtrise est parfaite : profondeur et émotion sont au rendez-vous.

Cette nouvelle version d’ « Impressions » est un pur joyau. Le couple Tyner / Jones y fait parler la poudre. Un batteur déchaîné accompagne pendant quelques minutes un chorus presque quelconque de Jimmy Garrison. En trio puis en duo avec Jones, Coltrane varie les effets : si sa fougue est raisonnable en début de solo, elle devient irréelle de beauté au fil des minutes. Le saxophoniste déroule un jeu en triolets puis explore de nouvelles figures. Pour Coltrane, la scène reste un laboratoire idéal. Le cri ne se voile plus, il est là dans toute sa profondeur, dans toute son intensité. Ce soir-là, il n’échappera à aucun spectateur l’offrande qui lui est faite. Le tempo presque lent de « My Favorite Things » ne réussit pas à Elvin Jones. D’une sagesse monacale, celui-ci oublie de soutenir son partenaire pianiste, lequel doit abandonner ses accords tonitruants au profit d’un jeu épuré et sensible. Le saxophoniste ne parviendra pas à « réveiller » son batteur malgré une recherche quasi-continue de l’ultra-aigu. Soit : l’une des versions les plus traînantes et faiblardes de toute l’histoire du quartet.

On s’étonne ici de trouver « Every Time We Say Goodbye », thème qui n’apparaît dans aucun autre concert de la tournée européenne. On se console en se souvenant que le quartet n’interprétera plus jamais ce thème en public. Du moins, à notre connaissance. La version de « Mr. P.C. » est immense. Jones a retrouvé son énergie et construit son chorus telle une marche, y introduisant des figures chez lui inhabituelles. Garrison multiplie les dissonances au cours d’un solo lumineux. Quant au leader, il est la foudre et la générosité, le cri sans le chuchotement, répétant ses figures inlassablement, comme sous l’effet d’une obsession. Il accélère soudainement, ne lâche jamais prise, insiste. Cette soif de tout arpenter, de ne rien laisser au hasard, de se donner et de s’abandonner totalement ne peut que plaire à un public conquis et faisant, ici, un triomphe total au John Coltrane Quartet.

John Coltrane : Complete Live in Stuttgart 1963 (Domino)
Enregistrement : 4 novembre 1963. Edition : 2010.
2 CD : CD1 : 01/ The Promise 02/ Afro-Blue 03/ I Want to Talk About You 04/ Impressions - CD2 : 01/ My Favorite Things 02/ Every Time We Say Goodbye 03/ Mr P.C. 04/ Chasin' the Train
Luc Bouquet @ Lenka lente / Le son du grisli

john coltrane luc bouquet

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Frédéric Nogray, Yannick Dauby : Panotii Auricularis (UniversInternational, 2015)

frédéric nogray yannick dauby panotii auricularis

Je crains l’oiseau (et le fuis comme la peste) mais ces oiseaux-là, des oiseaux internationaux indeed (France, Taïwan, Honduras) qui conversent avec un synthé modulaire et, je cite, un « filtre analogique bouclé sur lui-même », ont de la gueule et même peut-être… de l’esprit !

Plus qu’une simple juxtaposition de sons naturels et de sons de synthèse, Panotii Auricularis ménage trois scènes (bien différentes les unes des autres) qui mixent des chants et des danses sur un mouvement expérimental que Frédéric Nogray et Yannick Dauby ont inventé ensemble.

Comme dans un jeu de cache-cache, les oiseaux et l’électronique se fuient puis fondent les uns sur les autres jusqu’à ce que, sur le troisième mouvement, le filtre se pose sur une grande volière secouée par les rythmes et ce qui semble être un… banjo augmenté. Incrédule ? Alors fondez sur Panotii Auricularis, publié sous le pavillon de Pali Meursault, UniversInternational.

Frédéric Nogray, Yannick Dauby : Panotii Auricularis (UniversInternational / Metamkine)
Edition : 2015.
CD : 01-03/ Panotii Auricularis
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nilan Perera, Bent Spoon Duo / Midnighties : With Monty (Bug Incision, 2014)

nilan perera bent spoon duo

Paisiblement allongé dans mon lit j’ai dû me relever. OK, c’est la prise de son qu’est pas bonne. C’est souvent (de plus en plus) le cas avec les concerts captés (à l’arrache, et là…). D’autant que la guitare rock du début n’aidait pas à la réflèssssion contemplative.

La guitare, c’est Nilan Perera. Capté (donc) en concert à Calgary (et non Nagano) avec le Bent Spoon Duo (= Chris Dadge + Scott Munro). Pas terribles, les glissandi au bootleneck du début que j’évoquais plus haut mais il y a une suite au début – diantre, l’aubaine ! Et la suite, c’est une bataille de hautes notes (de la guitare, de la cithare, du violon of course). Et même quand on frôle le blues (deux / trois basses au pouce et un petit doigt qui travaille plus loin en bas), eh bien ça s’écoute finalement et finalement même… allongé.

Je l’accorde (Perera m’a soufflé le verbe), ça aurait pu être enregistré à Nagano comme à Paris ou à Calgary, et par d’autres musiciens en plus. Mais ne boudons pas ce plaisir allongé de tensions et d’aigus improvisés… car ils sont de spontanéité franche !



Nilan Perera, Bent Spoon Duo : - (Bug Incision)
Enregistrement : 25 avril 2010. Edition : 2014.
CDR : -
Pierre Cécile © Le son du grisli

midnighties with monty

Il faut croire que Dadge et Munro ont leur quartier au Weeds Cafe de NagaCalgary. Les voici enregistrés avec Cody Oliver, le 7 décembre 2011. Oliver, de quoi joue-t-il ? D’un violon ou d’une guitare lui aussi sûrement. Parce que, dans une veine Tony Conrad / AMM, la musique est plus mystérieuse, et peut être plus réussie… Alors pourquoi quelques lignes seulement ? Parce que la vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas et qu’en plus il est des morceaux impossibles (pour moi) à raconter.



Midnighties : With Monty (Bug Incision)
Enregistrement : 7 décembre 2011. Edition : 2014
CDR : With Monty
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Günter Schickert, Pharoah Chromium : OXTLR (Grautag, 2014)

günter schickert pharoah chromium oxtlr

Alors que les dernières années ont vu les rééditions du Günter Schickert seventies, soit l’un des musiciens les plus captivants que la scène kraut ait engendrés (et ils sont nombreux, avis à tous les fans de Can qui n’ont jamais écouté son Samtvogel de 1975), la décennie 2010 voit le musicien teuton revenir avec des compositions récentes aux côtés du Palestinien de Berlin Ghazi Barakat alias Pharoah Chromium, dont on se rappelle l'Electric Cremation de 2011.

Aujourd’hui, dans une veine dark ambient peut-être moins épicée mais avec un sens de la profondeur obscure qui a une sacrée gueule post-mortem, les deux comparses semblent avoir trouvé sur OXTLR un terrain d’entente à la mesure de leurs envies. Tels des remixeurs de l’hiver repeint aux couleurs de Svarte Greiner sur fond de Earth, Schickert et Chromium n’oublient pas les racines de l’aîné de la bande, qu’ils intègrent à une alerte incendie qu’on jugerait sortie du pouce des Einstrürzende Neubauten d’avant la gentrification. Un sacré compliment.

Günter Schickert, Pharoah Chromium : OXTLR (Grautag)
Edition : 2014
3 LP : A/ Bamiyan B/ Campfire C/ A6 D/ Katharsis E/ Galaktik Debris F/ Muzik D'Ascenceur Pour L'Échafaud
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Stefano Leonardi, Stefano Pastor, Fridolin Blumer, Heinz Geisser : Conversations about Thomas Chapin (Leo, 2015)

stefano leonardi stefano pastor fridolin blumer heinz geisser conversations about thomas chapin

Se souvenir de Thomas Chapin dix-sept ans après sa disparition ne peut que réjouir un chroniqueur, déjà froissé à l’époque, par le peu de considération porté de son vivant à ce vibrant saxophoniste et flûtiste natif de Manchester (Connecticut). Aujourd’hui, si des musiciens éloignés de l’esthétique de Chapin lui rendent hommage, c’est que les traces de l’ancien élève de Jackie McLean demeurent particulièrement vives. Ainsi de Stefano Leonardi (flûte), Stefano Pastor (violon), Fridolin Blumer (contrebasse) et Heinz Geisser (batterie), nous témoignerons de cette douceur naturelle propre à transformer la mélancolie en élégie profonde.

Car oui, ces quatre-là font l’apologie de la douceur. Mais d’une douceur qui ne serait pas de guimauve ni de funérailles. Cette tendresse, entre songe et action, s’appuie sur les contrechants hantés d’un violon agile et d’une flûte insistante. Ces deux-là savent se trouver, s’amuser de leurs traits, s’effacer au profit d’un silence prenant parole. Et l’aimante et courtisée contrebasse de l’un, et la batterie résonante de l’autre de se mouvoir dans cet espace souvent microtonal et toujours recommencé. Et tous de s’effacer quelques courtes secondes avant qu’une poignante mélodie de l’au revoir ne surgisse telle un appel à revisiter l’œuvre magistral d’un saxophoniste nommé Thomas Chapin.

écoute le son du grisliStefano Leonardi, Stefano Pastor, Fridolin Blumer, Heinz Geisser
Conversations about Thomas Chapin (extrait)

Stefano Leonardi, Stefano Pastor, Fridolin Blumer, Heinz Geisser : Conversations about Thomas Chapin (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Conversations about Thomas Chapin 02/ Let the Creative Force Take Over 03/ The Way Everything Works 04/ Transcendental Journey 05/ Musix Exists Because We Love It 06/ Anima 07/ The Melody Remains
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Michael Pisaro : Melody, Silence (Potlatch, 2015) / Cristián Alvear : Quatre pièces pour guitare... (Rhizome.S, 2015)

michael pisaro cristian alvear melody silence

Quelque part dans « la surface égarée d’un désert », pour citer René Char : voilà où le guitariste Cristián Alvear a pris l’habitude de glaner ses partitions. Hier, signées Antoine Beuger (24 petits préludes pour la guitare) ; cette fois, que Michael Pisaro paraphe. Est-ce un refuge qu’Alvear a trouvé en Wandelweiser ?

Si Robert Johnson (pour ne citer que celui-là) n’avait pas existé, le guitariste (comme tant d’autres musiciens) donnerait-il dans l’abstraction et le silence, dans la note rare et suspendue ? Au contraire, chercherait-il l’accord parfait ou le détail révélé sous les effets du médiator qui fait d’une simple chanson un hymne irrésistible ? C’est-à-dire ce à quoi Michael Pisaro – « Melody, Silence is a collection of materials for solo guitarist written in 2011 » – a tourné le dos.

Les préoccupations du compositeur sont en effet autres (antienne reléguée, distance mélodique, fière indécision…), qui vont à merveille au guitariste classique. Cordes pincées et feedbacks valant bourdons, dissonances et « sonances » : autant de choses que le silence et la guitare se disputent, sur les recommandations de Pisaro (douze fragments à interpréter, voire à renverser, librement). Or, c’est la guitare qui l’emporte : à fils et non plus à cordes, elle avale les soupirs et les change en morceaux d’un horizon de trois-quarts d’heure. Aussi intelligent soit-il, l’art de Pisaro requérait un instrumentiste expert : et c'est Cristián Alvear qui a permis à Melody, Silence d’exister vraiment.

Michael Pisaro, Cristián Alvear : Melody, Silence (Potlatch)
Enregistrement : 1er juillet 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Melody, Silence (for Solo Guitar)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

cristian alvear quatre pièces pour guitare et ondes sinusoïdales

A la guitare (classique, certes, mais amplifiée quand même), Alvear ajoute, pour l’occasion (interprétations de pièces signée Alvin Lucier, Ryoko Akama, Bruno Duplant et Santiago Astaburuaga) les ondes sinusoïdales. Sur un « bourdon Lucier », une note unique de guitare dérive et défausse, que la seconde plage multipliera et la troisième imposera enfin. Pour clore ce précis d’électroacoustique contemporain, Alvear interroge sa guitare (et non ses ondes) au point de la renier. Là où les bourdons n’avaient pas suffi, son approche parfait les effets d’intelligentes combinaisons opposant guitare et ondes et accouche d’une autre façon de faire impression.

Cristián Alvear Montecino : Quatre Pièces Pour Guitare & Ondes Sinusoïdales (Rhizome.S)
Edition : 2015.
CDR : 01/ On the Carpet of Leaves Illuminated by the Moon 02/ Line.ar.me 03/ Premières et dernières pensées (avant de s’endormir) 04/ Piezo de escucha III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bernholz : How Things Are Made (Anti-Ghost Moon Ray, 2014)

bernholz how things are made

Musicien, sculpteur et cinéaste, Bernholz dévoile sur How Things Are Made un sens étrange et arty de la pop music minimaliste. Armé d’un quatre pistes, de synthés Casio et de séquenceurs, l’homme de Brighton évolue dans un registre où les pop songs se dessinent en longueurs dynamiques, notamment grâce à des boîtes à rythmes aussi vintage que délicatement sautillantes.

Si ce n'est sur quelques intermèdes cinématiques à l’usage illusoire, l’anglais se montre à l’aise lorsqu'il inscrit ses tentatives dans de faux airs berlinois – on verrait bien une bonne moitié de ses morceaux sur le label Monika Enterprise de Gudrun Gut. Hélas, il se révèle beaucoup moins convaincant quand il aborde la face nord, hommage biscornu à l’univers fantasmagorique de la grande Laurie Anderson.



Bernholz : How Things Are Made (Anti-Ghost Moon Ray / Cupboard)
Edition : 2014
CD : 1/ Austerity Boy 2/ Horses Pt. 1 3/ Horses Pt. 2 4/ Animals 5/ The Modernist 6/ How Things Are Made 7/ My History 8/ What You Want To Do 9/ Mesopotamia
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

DERNIERS EXEMPLAIRES

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Gonçalo Almeida, John Dikeman, George Hadow : O Monstro (Creative Sources, 2014)

john dikeman gonçalo almeida george hadow o monstro

Messieurs-Dames, vous voilà prévenus : cela s’appelle un disque de free jazz. Pour les aficionados du genre (dont je suis), ce disque égalerait presque le Raining Fire de Charles Gayle. Mille-feuille sur tom et caisse claire martelée (George Hadow), archet dissonant et adverse (Gonçalo Almeida), ténor en surchauffe (John Dikeman) : on connait la formule, on y admet souvent quelque lassitude d’écoute.

Mais il y a ici l’homme des Cactus Truck, ce souffleur infatigable, ce bourreau du souffle nommé John Dikeman. Chez lui, la tendresse ne pourra être que convulsive, les tics seront envoyés au vestiaire. Adepte de la déconstruction, refusant distraction et automatismes, il lacère, brutalise son ténor, borde cette bête immonde qu’est le free jazz. Après tant de copies (le saxophoniste y est parfois tombé anche la première) et d’implosions inutiles, voici un disque réconfortant. Bruyamment réconfortant.

Gonçalo Almeida, John Dikeman, George Hadow : O Monstro (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Pentagon 02/ Eastern Tides 03/ Vrieke! 04/ O Monstro
Luc Bouquet © Le son du grisli

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