Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #3

ldp 2015 23 mars

Une centaine de kilomètres séparent Saint-Gall et Baden, où jouaient ce lundi soir Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips et dont se souvient la suite de leur carnet de route...

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23 Mars, Baden, Suisse
VereinJazz in Baden im Stadtbistro Isebähnli

Monday Jazz - I always felt that Monday was washing day, you know, the laundry. Interesting in Baden. Black Bat flew into the joint on its knees (yes, bats have knees), had a look aorund and said "Yeahsssss, this is a different story". I remember in the 70's doing this gig one early winter morning with Michel Portal and René Koering. It was a shortish video shoot for some off-the-wall France Télévision program. René was playing an electric keyboard. We were set-up on the platform of a suburban commuter subway train. It was rush hour, early in the morning. It was really cold, deep February. I played with thick leather gloves on. We improvised freely. And it was the strongest of those times, where you are performing for a mixture of people who are interested to check you out, curious others who are looking to see who the star is cuz there is a film crew and all the trimmings and those who are a bit aggressive because you're slowing down their movement, that I've ever had.
Monday Jazz was just a bit in that bag. I've become so spoiled. So used to performing for an audience that is on my side from the get go that when it's not like that it feels a bit strange, but a good strange. You have to dig down into those materials in you that are entirely genuine, with no artifice. It's more of a life and death situation than usual. And it's hard work. As B.B. wailed the vibrations overlaid the cold and the gloves came off and the spirits lined up in a row. Yeahssss, and the train station was just down the block.
B.Ph.

Baden (in einheimischer Mundart: [ba:de]) ist eine Einwohnergemeinde im Kanton Aargau.
Die Geschichte Badens reicht bis ins 1. Jahrhundert n.Chr. zurück, als die Römer im damaligen Aquae Helveticae die warmen Thermalquellen zu nutzen begannen. Im Jahr 1297 erfolgte die formelle Stadtgründung durch die Habsburger.
In Baden wird bis heute weiterhin gebadet. Die Stadt hat hat sich kulturell bemerkenswert entwickelt. Es gibt auch eine Jazzszene. Es gibt den Verein Jazz in Baden, der jeweils montags Konzerte im Restaurant „Isebähnli“ anbietet. Eine gute Möglichkeit an einem Ort wo gegessen und getrunken wird, musikalischen Lärm zu machen. Den einen gefällts, die andern verlassen fluchtartig den Ort. Das Konzert von „ldp“ besteht aus zwei Teilen.
Jeder spielt als Solist ein intensives Solo – Pause. Anschliessend spielt das Trio. Die Musik setzt sich mit einer gewissen Leichtigkeit wieder als Trio zusammen. Die Leute sind jetzt erst recht gefordert. Volle Ladung im Dreierpack. That’s is it, now we have to catch the train.
Ein aufmerksamer Zuhörer zum Konzert: "Einen musikalisch derart vielfältigen Abend habe ich, glaube ich, noch nie erlebt. Meine Frau übrigens war tief beeindruckt und im besten Sinn sprachlos, aber so geht es mir ja auch immer wieder…"
U.L.

K. Kawai, KG-2D, 1498720. Une fois par semaine, au Isebähnli, le public se voit proposer un repas suivi d'une écoute. A partir de la verticale du trio ldp, où depuis une quinzaine d'années se superposent trois voix solistes, se déplie ce soir-là une horizontale de trois solos juxtaposés qui articulent la première partie du concert en trois paroles instrumentalisées, celle du saxophone, de la contrebasse, et du piano. Jouer à la suite de Urs et Barre n'est pas chose anodine. Un sentiment de responsabilité, responsable de maintenir cette hallucinante qualité de l'instant que tous deux délivrent à tour de rôle dans le lieu, et, en même temps, un sentiment de plaisir intense de percevoir en soi leur jeu imprimer une urgence que sans eux vous n'auriez peut-être jamais su convoquer.
Malgré que Koichi Kawai, né à Hamamatsu en 1886 et entré dans l'industrie du piano à l'âge de dix ans, n'ait pas été chinois, mais japonais par naissance, c'est dans le mouvement même de m'asseoir au piano, que m'est revenu en mémoire le vieil adage cité par Jean-François Billeter dans son Essai sur l'art chinois de l'écriture et ses fondements que je lisais deux heures auparavant dans le train menant de Zürich à Baden : "pour partir à droite, commencer par aller à gauche ; pour descendre, commencer par monter". Mon solo avait commencé.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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Ilia Belorukov, Kurt Liedwart, Andrey Popovskiy : Somebody Rattled (Hideous Replica, 2014)

ilia belorukov kurt liedwart andrey popovskiy somebody rattled

Pour « Rattle », on trouve dans le dictionnaire « ébranler », « crépiter » ou « déstabiliser ». Et pour ce « Somebody », on se demande lequel des trois (Ilia Belorukov (saxophone, pédales d’effet, téléphone, ipod, objets), Kurt Liedwart (ppooll, electronics, objets trouvés) ou Andrey Popovskiy (lap steel guitare, pédale d’effets, electronics, objets)) ébranle, crépite ou déstabilise.

Car sur cette captation d’une performance à l’Experimental Sound Gallery de Saint-Petersbourg, on a beau tendre l’oreille, on réfléchit avant d’avancer que c’est ici un saxophone, là le logiciel ou là la guitare. Quand même, on se fait de temps à autre plus affirmatif, mais seulement quand (et bizarrement quand) le trio cherche à s’exprimer dans l’abstraction bruitiste.

Au début de la première face, j’attends… On recisèlerait au bistouri les sillons d’un vinyle de sax parcimonieux que ça me ferait le même effet. Mais voilà, la roue tourne et sonne l’heure d’un concrete chaos (mesuré mais haletant). Sur la face B, c’est encore différent. Nos comparses ont l’air de jouer en parallèle. Les electronics insinueux donnent le la (ou le no-la) et le fil conducteur qui crépitera ou que les sons ébranleront ou déstabiliseront. Diantre, Somebody Rattled, c’est quand même bien vu !

Ilia Belorukov, Kurt Liedwart, Andrey Popovskiy : Somebody Rattled (Hideous Replica)
Enregistrement : 22 février 2014. Edition : 2014.
K7 : A/ Side 1 [18 :22] B/ Side 2 [19:05]
Pierre Cécile © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #2

ldp trio 21 & 22 mars 2015

Après Berne et St. Johann in Tirol, Listening amenait le trio ldp à Sion et Saint-Gall. Les impressions suivantes constituent la deuxième partie du carnet de route qu'Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips tiendront jusqu'en décembre pour le son du grisli.

21 Mars, Sion, Suisse
Oeil&Oreille, Eglise des Jésuites

This marvelous old church with a whomping great Bosendorfer resounding in a very clear sounding nave. The Black Bat joined us but was content to sit on my shoulder and just marvel at the sounds that came from the three of us. Sion-ness - the country folk - the great food - let your hair down - no squawking - What a marvel it is to live in the light.
B.Ph.

Heute sind wir in Sittu (Walliserdeutsch), Hauptort des Kanton Wallis.
Da gibt es magische Momente. Die trockene Hallakustik der l’église de jésuites bietet uns fast unbegrenzte Möglichkeiten Klänge in den Raum zu setzen. Die altgedienten Priester sind ausgeflogen, seitdem finden in den Räumen der Kirche Konzerte, Konzertinstallationen und Ausstellungen statt. Kunstschaffende nehmen die Räume in Beschlag.
Ungehörtes und Ungesehenes, andere Rituale finden statt. VIVA LA MUSICA.
U.L.

Bösendorfer, Wien, 47708, 290-97. J’observe la réverbération du do grave, noir contre noir, frapper les parois de l’église des jésuites. Comme transpercé par une flèche du temps, à double pointe, qui me ramène à la couleur blanche de ce Rud. Ibach Sohn, 73684, joué il y a trois jours à Zürich. Les musiciens sont-ils vraiment les élus des dieux, comme l’affirme mon voisin de table quatari? Peut-être: alors que je culpabilisais après avoir cassé une corde aigue du Steinway & Sons, D, 398761, avant-hier à Freiburg i. Br., Mr Yamamoto, accordeur, m’a tranquillisé en m’assurant qu’il s’agissait d’une fatigue du métal, eine müde Saite a-t-il précisé.
J.D.

urs leimgruber ldp 2015

ldp trio noir

22 Mars, Saint-Gall, Suisse
KAF (KleinAberFein)

The birthdays, les anniversaires, die geburtztagen -
It's getting to be rather amazing – Running into people, from the audience, that you somehow but not really recognize – "You know I heard you play with the George Russel Sextet in Lausanne in 1964".
Already 50 years ago. Older people, who still look at the newspaper and see that so & so is playing. And, amazed, come to see an old hero. Another errant knight from the bygone days who allows us to say "just maybe our era in the 60's and early 70's was a unique time that we won't see again on the planet ever". So many keepers of the faith, spread along the byways, popping up, not just to reminisce, but to reconfirm spirit meetings that were so important at that time and seem even more pertinent today. And the birthdays call up these old pledges. It is very touching. Fly me to the moon!

Black Bat was there again and did squawk here and there. But he-she's cool.
B.Ph.

Der Kanton St. Gallen (schweizerdeutsch Sanggale, französisch Saint-Gall, italienisch San Gallo, rätoromanisch Son Gagl) ist ein deutschsprachiger Kanton im Nordosten der Schweiz. Hauptort ist die gleichnamige Stadt St. Gallen. Eine Stadt mit historischem Hintergrund. Weltbekannt sind die Stiftsbibliothek und die St. Galler Strickereien. Bekannt ist die Stadt seit den 70er Jahre auch für improvisierte Musik. Hier findet heute unser nächstes Konzert statt. Ein neuer Ort, ein anderer Raum, neue Gesichter, ein anderes Konzert.
U.L.

Schimmel, 1885, 305.197. Une carte de visite soigneusement posée sur la gauche du clavier confirme ce que les oreilles avaient déjà pressenti: Stimmung auf 442 Hz. Un peu haut l'accord. Un son brillant pour une salle blanche. Déjà en jeu, Barre, de quelques pas, rebat les cartes, déploie le piano au centre du trio. Nouvelle topographie, le paysage est sonore, toujours, mais autre. La localisation initiale une fois retrouvée, rien ne sera plus comme avant. Ralentir la cadence, ralentir la fréquence.
J.D.  

ldp trio gris

Photos : Jacques Demierre

le son du grisli

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Ideal Bread : Beating the Teens / Songs of Steve Lacy (Cuneiform, 2014)

ideal bread beating the teens

Pas toujours évident de délivrer le « pain idéal ». Steve Lacy n’a fait que cela : pétrir, brasser, agiter, secouer ce satané ideal bread. Josh Sinton et ses amis (Kirk Knuffke, Adam Hopkins, Tomas Fujiwara) tentent  d’en extraire de nouvelles saveurs. Prenant pour base les (courtes) années Saravah, le quintet fait acte de timidité, de sagesse, de rondeur. Ceci dans un premier temps. Ici, on les entend refuser les frayeurs. Et l’on s’habitue à ne plus retrouver Lacy.

Dans un second temps (et sur un second CD), la rugosité surgit. Maintenant, le blues est cocasse, les combinaisons contrebasse-baryton traversent quelques graves fissures, le cornet déborde le cadre, les tambours délivrent de sensuels  roulements. Et le baryton de quitter son terrain d’exploration-observation pour s’en aller rejoindre une cour d’école dissipée. Et Lacy d'être retrouvé (The Owl, Blinks, Lapis). En un peu plus de deux heures, trente thèmes de Lacy refont surface. A suivre. Assurément.

Ideal Bread : Beating the Teens (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ Three Pieces From Tao I 02/ Obituary 03/ The Precipitation Suite 04/ Wish 05/ Lesson 06/ The Wire 07/ Paris Rip-Off 08/ Cryptosphere(s) 09/ Scarps 10/ The Highway 11/ The Wane 12/ Dreams 13/ Somebody Special 14/ Name 15/ Three Pieces from Tao II – CD2 : 01/ Three Pieces from Tao III 02/ The Owl 03/ Spell 04/ Crops 05/ Pearl Street 06/ Ladies 07/ Blinks 08/ Cryptosphere 09/ Lapis 10/ The Uh Uh Uh 11/ Torments 12/ The Oil 13/ Notre vie 14/ Roba 15/ Three Pieces from Tao IV
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Kobe Van Cauwenberghe : Give My Regards to 116th Street (Carrier, 2015)

kobe van cauwenberghe give my regards to 116th street

Kobe Van Cauwenberghe est un guitariste belge qui aime autant la classique que l’électrique (qu’il peut l’une comme l’autre préparer et coucher sur une table). On l’avait entendu dans Zwer, quatuor de guitares qui reprenait Phill Niblock sur Touch Five. Cette fois, il se retrouve seul sur des compositions de six collègues qu’il fréquenta à la Columbia University.

Si sa guitare est de bois, ses cordes sont bien de métal, et le produit des deux donne une couleur particulière à des pistes qui rappelleront autant Derek Bailey que John Fahey… Comment ne pas presque toujours entendre les deux anciens sur le duel des graves qui pestent et des aigues cutés de Strata (Alex Mincek) ? Et sur les dissonances des cordes pincées qui carillonnent de Sui Generis (Taylor Brook) ? Et sur les étouffements et les messages cryptés de Spindle (Rama Gottfried) et 1950 C (Paul Clift) ? Et sur les décharges électriques de Silent Screen (Aaron Einbond) ou sur les saturations et les harmoniques de Really Coming Down (Christopher Trapani) ? La question est bonne puisque c’est moi qui la pose, et même plusieurs fois !

Mais le disque n’en est pas moins passionnant. Voilà pourquoi je ne saurais que trop vous conseiller cet état des lieux des jeunes tablatures comme il peut s’en écrire en ce moment même près de la 116ème Rue de New York.

Kobe Van Cauwenberghe : Give My Regards to 116th Street (Carrier Records)
Edition : 2015.
CD : 01/ Strata 02/ Sui Generis 03/ Spindle 04/ Silence Screen 05/ 1950 C 06/ Really Coming Down
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jeph Jerman, Tim Barnes : Matterings (Erstwhile, 2015)

jeph jerman tim barnes matterings

Ce qui leur importe – et même : les travaille –, Jeph Jerman et Tim Barnes sont allés le capturer à et autour de Cottonwood, Arizona, et Louisville, Kentucky. Ces Matterings sont néanmoins pour les deux hommes – qui ont déjà plusieurs fois collaboré – devenus une habitude : transformation de field recordings en éléments de musique électroacoustique et jeu (souvent percussif) sur objets divers.

Découpant les arides paysages qu’ils explorent en zones de prospection, Jerman et Barnes pistent la rumeur géologique – pouls enfoui de la roche ou chant souterrain de l’érosion – pour la parer ensuite de battements sourds, de lignes d’aigus, de rythmes minuscules… Une fois fait, c’est à une réinvention de l’espace que s’attèle le duo, élaguant ses enregistrements ou les polissant afin de mettre au jour une musique différente, plus personnelle peut-être : ambient concrète que l’invitation faite à Rachel Short (cor et voix) et Jackie Royce (basson et voix) change, sur Bight, en refrain d’éther. Ainsi, de Cottonwood et de Louisville qu’ils ont prospectés, Jeph Jerman et Tim Barnes ont amplement élargi la périphérie.

Jeph Jerman, Tim Barnes : Matterings (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : avril-décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Mammatus 02/ Relic Density 03/ In Situ 04/ Talus 05/ Bight
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Dario Palermo : Difference Engines (Amirani, 2015)/ Gianni Mimmo, Alison Blunt : Lasting Ephemerals (Amirani, 2014)

dario palermo difference engines

La musique de Dario Palermo serait une musique d’épreuves, à la fois humaines et électroacoustiques. Humaines comme Milo Tamez (percussions), les membres de l’Arditti Quartet et Catherine Carter (mezzo-soprano), et Jean-Michel Van Schouwburg (voix). Electroacoustiques comme RO – Première danse de la Lune, The Difference Engine et Trance, les trois compositions de Palermo que ces humains interprètent respectivement.

Tamez est le premier à faire face à l’électronique en temps réel de ces trois pièces. Ses percussions grincent avant de lui répondre, réfléchissent à des parades avant de se faire avaler. L’obscur exercice n’en est pas moins passionnant. Au tour de  l’Arditti Quartet et de Carter. Les cordes parcourent en tous sens un dédale en forme de labyrinthe où sont nichés des oiseaux-flûtes. Le contemporain est moins original. Reste le tour de Van Schouwburg, qui grogne à l’écoute des larsens, essaye de s’expliquer et déblatère. Trance est elle aussi moins captivante que la première pièce. Elle, on l’a réécoutera. En attendant des nouvelles de Dario Palermo.

Dario Palermo : Difference Engines (Amirani)
Edition : 2015.
CD : 01/ RO – Première danse de la Lune (2012) 02/ The Difference Engine 03/ Trance
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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gianni mimmo alison blunt lasting ephemerals

Gianni Mimmo est un soprano lui aussi, mais saxophoniste. Sur Lasting Ephemerals, il cherche le sillon qui le mènera le plus sûrement à la violoniste Alison Blunt. Comme dans ces jeux pour enfants, il y a plusieurs possibilités, mais Mimmo et Blunt préfèrent brouiller les pistes en déformant au maximum le son de leurs instruments (qui sonnent « électronique » parfois, comme sur la deuxième face où le romantisme côtoie la BO de film noir). Et ce sera le plus sûr chemin, celui d’un scherzo pas banal.

Gianni Mimmo, Alison Blunt : Lasting Ephemerals (Amirani)
LP : A/ Lasting Ephemerals – B1/ Elliptical Birds B2/ Scherzo
Enregistrement : 26 juin 2013. Edition : 2014.
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Merzbow, Mats Gustafsson, Balázs Pándi : Live in Tabačka 13/04/12 (Tabačka)

merzbow mats gustafsson balázs pándi live in tabacka

La veille de l’enregistrement de Cuts – disque qui consigna le premier la collaboration de Mats Gustafsson avec le duo Merzbow / Balázs Pándi –, les mêmes donnaient un concert à Košice, en Slovaquie. C’est ce concert que le vinyle estampillé Tabačka rapporte aujourd’hui.

Il faudra d’abord reconnaître à  Pándi une oreille alerte : au creux de la déferlante électronique que Merzbow et Gustafsson polissent à force d’orage et de convulsions, ne parvient-il pas à décerner un pouls sur lequel calquer ses pulsations ? Affirmées, celles-ci, qui décident de frappes sèches et renforcent bientôt le tumulte. Sur la fin de la première face, quelques sifflements ; sur le début de la seconde, Gustafsson passe au saxophone baryton. Graves répétés, ripages et même un solo déposé sur les roulements de batterie, comblent l’improvisation bruyante d’une façon différente. Pas rare, ni inattendue, mais efficiente encore.

Merzbow, Mats Gustafsson, Balázs Pándi : Live in Tabačka 13/04/12 (Tabačka)
Enregistrement : 13 avril 2012. Edition : 2015.
LP : A-B/ Live in Tabačka
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Cage : Rire et se taire. Sur Marcel Duchamp (Allia, 2014)

john cage rire et se taire

S’il rapporte, en français, un entretien entre Moira et William Roth et John Cage – daté du 28 janvier 1971, partiellement publié en 1973 par la revue Art in America – commandé par les recherches universitaires que la première consacra à Marcel Duchamp (« Marcel Duchamp et l’Amérique, 1913-1974 »), Rire et se taire est un livre que l’on pourra n’attribuer qu’au compositeur.

Dans son œuvre écrit, Cage a souvent évoqué Duchamp, dont il fit la connaissance dans les années 1940. Ici, il faut l’entendre dresser un autre portrait de l’artiste au gré d’anecdotes, de réflexions (malgré les priorités autres du couple Roth), de perspectives et même d’aveux : ainsi « être » avec Duchamp, le regarder « faire les choses simplement », suffisait au compositeur. De là, ces questions jamais posées qui obsèderont Cage une fois le maître disparu.

A l’écoute du poète, plus encore que de l’artiste, Cage acquiert une vision dont profiteront la mise en place d’un langage autre et sa recherche de « connexions » inspirantes. A l’occasion d’un des rares passages où il s’exprime sur son art, le compositeur avoue ainsi son inquiétude pour la survie de la Cunningham Dance Company. Dans un autre de ces passages, il confiera enfin : « Je pense que la société est l’un des plus grands obstacles qu’un artiste puisse rencontrer. Je préfère penser que Duchamp serait d’accord avec cette conception (…) »

John Cage : Rire et se taire. Sur Marcel Duchamp (Allia)
Edition : 2014.
Livre : Rire et se taire. Sur Marcel Duchamp. Entretiens avec Moira et William Roth. Traduction : Jérôme Orsoni.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Miguel A. García : Choirs (Copy for your Records, 2014)

miguel a garcia choirs

Dubitatif à l’écoute des deux premiers titres (c’est mon côté enfant gâté) et de leur succession de bruit blanc et de silence (à m’en demander si Miguel A. García  ne cherchait pas à tester l’état de santé de mon audition ou à constater la dégradation de mes acouphènes), j’ai commencé à tendre l’oreille (une seule pour débuter) quand il a lâché son puzzle stéréo d’effets électroniques pour un noise qui me va mieux, pour ne pas dire « plus fort ».

Même s’il accentue aussi les acouphènes dont je parlais plus haut, ce noise se nourrit des allusions rythmiques contenues en fin de plages 1 & 2 pour faire trembler plus franchement ma membrane tympanique. Et voilà que mon cerveau reçoit tout avec plaisir : les larsens, les interférences, les coups de tonnerre et les coups de semonce, tous ces bruits de machines dont j’ignore jusqu’à la couleur si ce n’est celle des voyants qui m’alertent d’un danger, et que j’imagine rouge, rouge, et rouge écarlate. Tout ça avec un sens du rythme que García a d’affirmé (voir plages 4 & 5). Alors, j’applaudis... mais je n’entends pas mes claps.

Miguel A. García : Choirs (Copy for your Records)
Edition : 2014.
CD : 01-05/ Choirs
Pierre Cécile © Le son du grisli

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