Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Biosphere, Deathprod : Stator (Touch, 2015)

biosphere deathprod stator

Stator, c’est un split Biosphere / Deathprod qu’il faut surveiller de l’œil (= de la pochette). Car les deux Norvégiens se succèdent sur le CD l’un après l’autre mais à un moment l’un deux fois de suite (je laisse la surprise du moment de ce deux « fois de suite » à ceux que cette collaboration intéressera).

Trêve de précisions, écoutons ce Stator comme s’il était l’œuvre d’un seul et même artiste (schizophrène quand même puisque Geir Jenssen et Helge Sten n’ont pas toujours les mêmes idées). L’ambient pop ou atmosphérique de Biosphere (que l’on reconnaît au tonnerre, à un drone, à une loop de synthé, etc.) est plongée dans une matrice complexe commandée par un cerveau certainement tourmenté. Et l’expérience porte ses fruits.

Exemple : ces « grosses » réverbérations ou les microstructures rythmiques de Space Is Fizzy, qui tiennent-elles de la magie blanche. Justement parce qu’elles annihilent toutes les différences entre les deux musiciens et qu’elles font croire que Stator n’est pas un split-puzzle mais bien un vrai duo, un duo par procurations.

Biosphere, Deathprod : Stator (Touch)
Edition : 2015.
CD : 01/ Biosphere : Muses-C 02/ Deathprod : Shimmer/Flicker 03/ Biosphere : Baud 04/ Deathprod : Polychromatic 05/ Deathprod : Disc 06/ Biosphere : Space Is Fizzy 07/ Deathprod : Optical
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Schizo : Le voyageur / Torcol - Heldon : Soutien à la RAF / Perspectives (Souffle Continu, 2014)

schizo le voyageur torcol heldon soutien à la raf perspectives

Dans son entreprise de réédition, le Souffle Continu aura beaucoup à faire avec le cas Richard Pinhas – pour s’en convaincre, on pourra lire ou relire l’interview de Théo Jarrier. Première étape du programme, la sortie de trois quarante-cinq tours datant de la première moitié des années 1970.

Ce sont d’abord deux titres de Schizo dont Wah Whah Records avait réédité voici quelques années l’Electronique Guérilla. Avec Patrick Gauthier (guitare, synthétiseur), Pierrot Roussel (basse) et Coco Roussel (percussions), Pinhas invite Gilles Deleuze à lire Nietzsche sur fond de rock défait qui atteste que le plaisir est bien « dans le passage » (Le voyageur). Sur l’autre face, c’est une rengaine plus synthétique que se disputent pop psychédélique et prog, qui brille notamment par ses pulsations étouffées (Torcol).

Les deux autres quarante-cinq tours concernent Heldon (nom que Pinhas emprunta au Rêve de fer de son ami Norman Spinrad). Sur son Soutien à la RAF – disque jadis distribué gratuitement avec un appel aux dons signé d’un comité de soutien qui s’insurgeait contre les conditions de détention des membres de la bande à Baader –, Pinhas dépose sur un tapis de moog un blues ligne claire joué à la guitare électrique. Au dos, c’est un autre hommage – à Omar Diop Blondin, militant communiste sénégalais qui venait de mourir en prison – et un autre blues, plus cavalier peut-être, autrement insolent.

Sur Perspectives, publié en 1976, Pinhas travaille avec plus de cohérence encore au rapprochement de la guitare et du synthétiseur. Inspiré par la science-fiction, il développe et amasse des solos qui interfèrent et, par effet de superposition, révéleront l’étendue de son imagination-psychose. En seconde face, le rock est d’une formule plus entendue mais démontre une diversité de perspectives que les live publiés ces jours-ci par le Souffle Continu (1975, 1976) multiplieront encore. A suivre, donc.

Schizo : Le voyageur / Torcol (Souffle Continu)
Réédition : 2014.
45 tours : A/ Le voyageur B/ Torcol

Heldon : Soutien à la RAF (Souffle Continu)
Réédition : 2014.
45 tours : A/ Soutien à la Raf B/ O.D.B.

Heldon : Perspectives (Souffle Continu)
Réédition : 2014.
45 tours : A/ Perspectives 1 Bis Complement B/ Perspectives 4 Bis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

cd

Commentaires [0] - Permalien [#]

Keiji Haino, Peter Brötzmann, Jim O’Rourke : Two City Blues (Trost, 2015)

keiji haino peter brötzmann jim o'rourke two city blues 2

Il est de ces affiches qui donnent envie & même qui font même frémir… Imaginez donc : Keiji Haino, Jim O’Rourke et Peter Brötzmann. Oui, sur un même disque. Et avant cela, dans un même studio (est-ce une scène ?), le 23 novembre 2010 à Tokyo.

En hôte qu’il est, c’est KH qui semble mener la barque sur le grand titre, Two City Blues 2 (pas entendu le 1, sur LP). No-folk, no-blues, but wild, c’est ce qui se dit. Un peu de blues quand même, dans ces slides de guitare et ce saxophone qui singe de temps en temps l’harmonica. Jusqu’à ce que, of course, nos trois hommes montent dans les étages. La voix de fausset nous tirerait des larmes si les pop-gimmicks d’O’Rourke ne nous calmaient pas… Maintenant, il y a quelque chose de bizarre dans ce Brötzmann là, et ce quelque chose est peut être un quelqu’un qui n’ose pas.

Jusqu’à ce que, of course again, le saxophoniste y aille de sa franche expression. Peut-être est-ce trop tard ? Ou est-ce la voix d’Haino qui nous (me, oserais-je dire) porte sur les nerfs ? Avant que la réponse ne fuse, une vérité apparaît : assez mollasson, tout ça, en définitive (sache que). Dommage, j’aurais bien aimé frémir pour de bon.

Keiji Haino, Peter Brötzmann, Jim O’Rourke : Two City Blues (Trost)
Enregistrement : 23 novembre 2010. Edition : 2015.
CD : 01/ TWo City Blues 2 02/ One Fine Day
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Johan Arrias, Christian Munthe : Torso and Legs (Bug Incision, 2014)

john arrias christian munthe torso and legs

Parti de Derek Bailey pour, finalement, peu s’en détacher, Christian Munthe décortique la corde avant de la labourer. Au passage, questionne la caisse de résonance de son instrument puis reprend son étrange labeur. Fuyant la phrase, trouvant à sa clarinette quelque sifflante vertu, Johan Arrias rend anxiogène son souffle au saxophone alto.

Tous deux passent le temps à armer leurs solitudes, trouvent parfois le chemin des justes colères et des chocs assemblés. Mais, toujours échouent, à réunir leurs fragiles élans.

Johan Arrias, Christian Munthe : Torso & Legs (Bug Incision Records)
Enregistrement : 2011. Edition : 2014.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Savina Yannatou : Songs of Thessaloniki (ECM, 2015)

savina yannatou songs of thessaloniki

Le folklore, qui est une imagination et parfois un fantasme, une imagination pour tout le monde et le fantasme de tout le monde, peut-il vivre encore en chacun de nous ? Si oui, peut-il être réinventé par chacun de nous ? Oui et oui, dit la chanteuse Savina Yannatou depuis la fin des années 70.

Comme d’autres pays, la Grèce entretient son folklore et ses instruments. C’est à la fois un devoir de mémoire et une façon d’attirer le chaland. Malgré cela, et tu le sais, j’avoue facilement un amour du folklore et un amour de l’accordéon. Et un amour aussi d’une voix de femme qui chante non pour moi seul mais pour nous deux réunis. Il faut qu’elle contente tout le monde, et tout le monde c’est à la fois toi et moi.

La voix d’Anneli Drecker (Bel Canto, ndlr) m’avait plu à l’époque, comme celle de Teresa Salgueiro, notre voisine. La voix de Yannatou me rappelle celle de Drecker, et les arrangements du Primavera en Salonico les instrumentaux de Rabih Abou-Khalil. Il y a cette force instrumentale et cette force chantée chez Savina. Et même si en avançant dans le CD les chansons perdent de leur mystère, sa voix reste la même, ancrée dans un port grec d’où partent les frontières de la Norvège, du Portugal et du Liban. Les tiennes et les miennes, au milieu de tout ça.    

Savina Yannatou, Primavera en Salonico : Songs of Thessaloniki (ECM)
Enregistrement : 19-21 février 2014. Edition : 2015.
CD : 01-17/ Songs of Thessaloniki
Héctor Cabrero © le son du grisli

mail 10 years

Commentaires [0] - Permalien [#]

Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum, 2015) / Diatribes : Augustus (Insub, 2013)

diatribes great stone blood dunza

Jamais trop occupés, D'incise & Cyril Bondi transformaient récemment, sous l’influence de King Tubby, deux pièces de dub des années 1970. Et le divertissement opère.

A la vitesse qu’un dubplate fiché dans le sable mettrait à fondre au soleil, le duo réduit ses instruments (mélodicas, micros, haut-parleurs…) en poudre et en filtre les sons. Diffuse, alors, une électroacoustique où les basses et les vibrations rivalisent d’équilibre sur mille plateaux tournant. Désarticulé, le dub encore promis est ensuite filé : consolidé par un rythme minuscule ou un drone défaillant sur Blood Dunza ou ouvragé par quelques basses fuyantes sur Great Stone – ici, la subtile progression du duo rappelle le YMCA d’Alan Licht ou le Pablo, Feldman, Sun, Riley de Dax Pierson et Robert Horton. Inspirés par le dub, Diatribes signe là une référence indispensable de sa discographie.


Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum)
Edition : 2015.
LP / Téléchargement : A/ Blood Dunza B/ Great Stone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

diatribes augustus

S’il faudra de toute façon télécharger Augustus, l’objet du même nom existe : poster enfermé dans une pochette de carton noire. Au son, c’est une musique du temps qui passe et même de temps à passer dans la rumeur d’un tambour grave et le chant de réductions mécaniques qui, détachées de tout si ce n’est de l’instant qu’elles marquent, font la ronde.

Diatribes : Augustus (Insub)
Edition : 2013.
Téléchargement : 01/ Augustus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Angélica Castelló : Sonic Blue (Interstellar, 2015) / Angélica Castello, Billy Roisz, Burkhard Stangl, dieb13 : Scuba (Mikroton)

angelica castello sonic blue

Je ne sais ce qu’est le subgreatbass Paetzold Recorder d’Angélica Castelló qui ronfle comme ça en début de LP, mais ce n’est guère engageant. Flippant, même. Mais je me plonge malgré tout dans cette ode aux mers et aux océans de notre monde.  

Arctique, Atlantique, Pacifique… Tout ou presque y passe le long d’un voyage ou des field recordings forment des bans avec des electronics, des radios et des tapes… Une vraie barrière électroacoustique qui n’effraye pas le gros poisson. Pour ce qui est de l’explorateur (c’est-à-dire : moi, à la suite de Castelló), il suit le courant (pas assez saumon pour le remonter), tranquille, ébahi et de temps à autre agacé. Parce que notre guide n’envisage pas de composer sans en faire des caisses (ou des bourriches) qui piquent plus qu’un oursin. Quand la mer est calme, ça passe. Quand elle ne l’est pas, dommage pour la marine !

Angélica Castelló : Sonic Blue (Interstellar)
Edition : 2015.
LP : A/ Artico / Mediterráneo / Pacifico – B/ Indico / Caribe / Golfo / Atlántico
Pierre Cécile © Le son du grisli

angelica castello dieb13 burkhard stangl scuba

La composition est de dieb13, et pour quatre improvisateurs : Scuba rend un air de guitare électrique ligne claire (Burkhard Stangl), brouillé bientôt par les bruits qui l’environnent et quelques respirations (Angélica Castelló). L’électronique (Billy Roisz) tremble, la guitare soliloque mais Scuba perd en étrangeté lorsqu’elle adopte la forme d’un voyage astral qui sonne moderne comme de l’ancien. Alors, retour à la guitare, et c’est la fin du disque.

Angélica Castello, Billy Roisz, Burkhard Stangl, dieb13 : Scuba (Mikroton / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Scuba
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Karl Berger : Gently Unfamiliar (Tzadik, 2014)

karl berger gently unfamiliar

Prenant place dans une même errance, les sept mouvements de Gently Unfamiliar (suite logique de Strangely Familiar) pourraient engendrer ennui et épuisement d’écoute. Le talent et l’à-propos de Karl Berger, Joe Fonda et Harvey Sorgen tiennent  précisément à ne pas dévier de l’idée originelle et, bien plus encore, à nourrir cet espace ouvert d’un suspense-suspension mûrement réfléchi puis intensément consenti. Parfois, de petits soubresauts placés ici et là, pour mieux démontrer leur futilité, opèrent de momentanés virages. Mais chassez le naturel et le calme reviendra très vite au bercail.

De la souplesse de Karl Berger, on écrira peu de choses sinon qu’il évite brillamment litanie et déambulation gratuite pour s’emparer d’une sensuelle et continuelle épure. De Joe Fonda, on retiendra une discrétion à la limite de l'effacement, inhabituel chez lui. D'Harvey Sorgen, on appréciera la science infinie du jeu de balais, un des plus inventifs et surprenants du moment. Soit une errance jamais tarie, toujours recommencée.

Karl Berger : Gently Unfamiliar (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Movement 1 02/ Movement 2 03/ Movement 3 04/ Movement 4 05/ Movement 5 06/ Movement 6 07/ Movement 7
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Bill Nace, Okkyung Lee, Chris Corsano : Live at Stone (Open Mouth, 2015)

okkyung lee chris corsano bill nace live at stone

En plus d’augmenter d’un live le catalogue Open Mouth – qui édita plus tôt Live at Jack et Live at Spectacle –, cet enregistrement d’un concert donné à New York le 10 mai 2014 l’enrichit. Au Stone, étaient alors réunis Okkyung Lee, Bill Nace et Chris Corsano.

Sans détours, la rencontre des cordes (violoncelle, donc, et guitare électrique) opère dans les aigus quand la batterie, en arrière-plan, promet d’attiser tensions et points de friction. Divers (insistance de l’archet-scie, médiator agaçant les micros et baguettes au rebond), les artifices s’accorderont en première face sur une sirène à deux temps née d’un retour d’ampli.

C’est le bruit d’un jack que l’on branche qui ouvre la seconde face. Effleurant les cordes au niveau du chevalet, Nace met au jour des parasites-satellites qui graviteront autour de la rumeur grave entretenue par le violoncelle. C’est là l’ouverture seulement, puisque Corsano déplace la badinerie sur le champ grondant de l’improvisation bruitiste. Une improvisation dont les mailles, inextricables, ne permettent aux larsens ni aux répétitions d’envisager aucun solo. Leur réseau impressionnerait de toute façon toujours davantage par sa solidité et sa cohérence.   

Bill Nace, Okkyung Lee, Chris Corsano : Live at Stone (Open Mouth)
Enregistrement : 10 mai 2014. Edition : 2015.
LP : A-B/ Live at Stone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Koenraad Ecker : Sleepwalkers in a Cold Circus / Triac : Days (LINE, 2015)

koenraad ecker sleepwalkers in a cold circus

Y’a qu’à voir la pochette du disque : c’est un drôle d’objet que le belge Koenraad Ecker soumet à notre entendement. Electronica d’abord, et qui scintille. Mais passée la porte (à son fronton, on peut lire A Pilar of Salt), tout change, tout le temps.

Car à l’intérieur c’est un palais des glaces (j’aurais pu dire aussi un miroir à facette qui renvoie les sons les uns contre ou sur les autres). L’électronique « normale » comme un président se transforme au fur et à mesure au contact d’un field recording ou d’un nouvel instrument (une voix, un saxophone, un violoncelle, etc.). De salle en salle (car l’objet bizarre en comporte plusieurs, de salles) les ambiances se succèdent comme dans un film d’horreur ou (non, ce n’est pas au choix, mais bien tout en même temps) dans un peinture onirique. On n’en finit d’ailleurs pas d’écouter partout, et si le torticolis auriculaire existait, je n’en remercierais pas moins l’épatant Ecker d’en avoir été la cause.  

Koenraad Ecker : Sleepwalkers in a Cold Circus (LINE)
Edition : 2015.
CD : 01/ A Pilar of Salt 02/ Kreupelhout 03/ There Are No Eyes Here 04/ Nazif 05/ Addicted to Tin 06/ Shadow Puppets 07/ Zerkalo 08/ Parasites 09/ Ivory Rang in the Air
Pierre Cécile © Le son du grisli

triac days

On se souvient qu’au temps de la sortie de Soon en single, il n’avait pas fallu longtemps à Brian Eno pour applaudir aux efforts de MBV. Eh bien, avec la suite que Triac a concoctée à In A Room, nous y voici : l’homme de l’ambient apaise tous les souvenirs du shoegazing (au moins du Nowhere de Ride au Souvlaki de Slowdive). Enfin, par Rossano Polidoro (laptop), Marco Seracini (piano & synthé) et Augusto Tatone (basse électrique) interposés ! A vos planeurs…

Triac : Days (LINE)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01-07/ Day One - Day Seven
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>