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LDP 2015 : Carnet de route #15

ldp 2015 arles 21 mai

A l'occasion de la vingtième édition du festival Jazz in Arles, le trio Leimgruber / Demierre / Phillips improvisa en France le 21 mai 2015. Souvenirs d'Urs Leimgruber et de Jacques Demierre...

21 mai, Arles, France
Jazz in Arles

Arles hiess im Altertum Arelas oder Alrelate (kelt. „Sumpfort“), wurde von den Galliern an Stelle des ligurischen Theline gegründet und von Gaius Julius Ceasar 46. v. Chr. zur römischen Militärkolonie Colonia Julia Paterna Arelate Sextanorum gemacht. Arles gehört zu den sehenswertesten Städten der Provence und besitzt zahlreiche Überreste antiker Pracht, unter denen hervorzuheben sind: Amphitheater von Arles, um 90 n. Chr. Erbaut; Durchmesser 140 m x 103 m, mit zwei Geschossen mit ja 60 Arkaden und ca. 25.000 Zuschauern Platz bietend; im Mittelalter zu einer Festung ausgebaut, von der noch drei Vierecktürme (12. Jahrhundert) und die Arkadenvermauerung zeugen; Ab 1825 erfolgte schrittweise die Entfernung der zahlreichen Häuser im Inneren und angrenzend an das Oval; seit 1846 restauriert und gegenwärtig an Festtagen Schauplatz für Stierkämpfe. In diesem historischen Stadtteil befindet sich auch die Chapelle de Méjan, wo während dem Jahr die Vereinigung Méjan regelmässig Konzerte mit klassischer Musik und Jazz organisiert. Im Mai findet jeweils ein Jazzfestival statt. Für das Programm mit internationlen Musikern und Gruppen  sind Jean-Paul Richard und Nathalie Basson verantwortlich. Wir befinden uns in der Chapelle zur Tonprobe. Mit einzelnen Klängen, kurzen und langen Einsätzen machen wir uns mit der faszinierenden Raumakustik vertraut. Der Tontechniker räumt die Monitore weg. Wir spielen wie üblich rein akustisch. Das Licht wird eingerichtet. Anschliessend werden wir kulinarisch verpflegt. Das Konzert beginnt ohne Abtasten, mit Absicht und vollem Einsatz. Gesten und Bewegungen, die Essenz von Klängen an der Grenze des Hörbaren. Energie wird Form, Abstraktion wird Emotion, schroffes Gelände wird mikroskopische Textur. Extreme Dynamik, Stille, kraftvolle Crescendi fügen sich ein. Barre spricht in den kurzen Pausen spontan zum Publikum. Ich fühle mich auf der Bühne zu Hause. Dennoch bleibt das Konzert ein öffentlicher Akt. Das Publikum partizipiert, indem es aufmerksam zuhört. Die Leute sind enthusiastisch bis zum Schluss.
U.L.

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C'est entre deux rafales de violent mistral arlésien que nous avons réitéré, avec le même plaisir, les sons et autres actions que nous pratiquons en trio sur scène, concert après concert. Réitéré, car jamais il ne m'est apparu aussi clairement que c'est grâce au répété que nous construisons paradoxalement l'inouï de nos improvisations. Ce n'est pas en travaillant sur le neuf, sur l'inédit que la performance trouve son chemin dans l'instant, mais c'est à travers l'itération d'un certain nombre d'éléments déjà éprouvés, intégrés, automatisés, mémorisés, qu'émerge un contexte particulier, lequel, tout en accueillant l'ensemble de ces éléments performatifs connus, affiche sans ostentation mais avec évidence une originalité complète. A chaque concert, notre improvisation consiste, à travers la répétition d'un certains nombre de gestes sonores ou non-sonores, souvent associés à des fictions personnelles, en l'ouverture de nouvelles conditions de jeu qui ramèneront miraculeusement à la surface, comme autant de matériaux utilisables, d'éventuels accidents, tout ce qui peut être en rupture, tout ce qui ne fonctionne pas, ce qui est fissuré, ce qui relève de la faille. Et ce n'est pas s'ouvrir à l'imprévu, car cela voudrait dire que quelque chose était prévu. Rien n'a été planifié, aucune fin visée, ni de finalité qui impliquerait un chemin à suivre. Dans nos improvisations en trio, il n'y a pas irruption du réel au sein d'une représentation sonore, mais plutôt extension sans limite du réel. Cette extension est processus, elle est transformation infinie. Pas d'œuvre cadrée, mais une expérience du son et de l'espace qui n'existe que dans l'écoute produite du public et des musicien(nne)s.
J.D.

PS : dire aussi que c'est en fixant longuement les photos d'un spectacle de danse butho qui recouvraient les murs menant aux loges, que j'ai réussi à équilibrer ma présence et celle du Steinway & Sons, D, 554324, qui m'attendait, côté jardin, freins serrés et couvercle brillant dans la lumière d'une salle encore vide. 

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Photos : Jacques Demierre

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Elliott Sharp : Octal Book Three (Clean Feed, 2015)

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Capable de lever une armée sonique à l’aide de sa seule guitare huit cordes, Elliott Sharp revient hanter nos enceintes. L’alphabet sharpien se voit ici parfaitement décliné et augmenté de quelques trouvailles transgenre.

Comme toujours chez le guitariste, le zapping se porte large : on superpose les couches – moins qu’en d’autres occasions néanmoins – et on abandonne le tableau assez rapidement pour aller faire roucouler des cordes de rouille et de feu. Pendulaire, mathématique, la métrique de Sharp pousse le rythme à s’accorder en boucles. Mais jamais très longtemps : puisque zapping il y a, zapping pilonnera.

Parfois, au sein de ce buisson ardent, le guitariste tente de remettre un peu d’ordre : un blues s’avance et demande parole… Et échouera lamentablement sur l’autel des sacrifices bruitistes. C’est qu’on ne change pas aussi facilement une formule aux si profonds tapages.

Elliott Sharp : Octal Book Three (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Lacus Gaudii 02/ The Standard Model 03/ Cool School 04/ Koinonono 05/ Congruence 06/ Across the Lines 07/ Chondrite 08/ Mare Marginis 09/ Lyric 10/ Litophile 11/ Slidden
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Antoine Prum : Taking the Dog for a Walk (Ni Vu Ni Connu, 2015)

antoine prum taking the dog for a walk

Après avoir fait entendre tout l’amour qu’il porte à l’improvisation britannique (Just Not Cricket), Antoine Prum s’est attaché à la montrer en plus. Avec l’aide de Tony Bevan et du comédien – et grand amateur d’improvisation – Stewart Lee, le (déjà) réalisateur de Sunny’s Time Now présentait récemment Taking the Dog for a Walk.

Parti de la scène du Café Oto – haut lieu de l’improvisation actuelle –, Prum instaure un code amusé du musicien-samouraï avant de retracer l’histoire de l’activité qui l’enchante depuis les premières expériences du Little Theatre Club – venus pour l’essentiel du free jazz, les musiciens s’en détacheront au profit d’un jeu autrement collectif que les personnalités qui composent AMM et celles de John Stevens, Trevor Watts, Derek Bailey… se chargeront de diversifier.  

Après quoi (dans le documentaire et en intégralité sur un second DVD), sont recueillis les témoignages de personnages : Lol Coxhill, Eddie Prévost, Phil Minton, Roger Turner, Steve Beresford, John Butcher, Maggie Nicols… La parole libère autant de précisions qu’elle dresse de constats : sur l’éternel refus de tout répertoire et l'insatiable intérêt pour les sons nouveaux (qu’illustre ici un extrait de concert donné par AMM en compagnie de Rhodri Davies), sur le rapport de la pratique à l’entertainment (Coxhill) et au public (Karen Brockman) ou encore la nostalgie commandée par un âge d’or à l’ombre duquel s’assoupit parfois le quotidien (Bevan, John Edwards aussi : « maintenant, c’est facile »)…

Facilité que de plus jeunes improvisateurs devront contourner, voire refuser, s’ils veulent renouveler un genre qui n’en est pas un : Gail Brand, Dominic Lash, ou encore Alex Ward, que l’on retrouve sur un CD enfermé lui aussi dans la boîte jaune de Taking the Dog for a Walk. Sur celui-ci, c’est N.E.W. enregistré au Café Oto le 17 janvier 2012. N.E.W., qui donne de nouvelles teintes à l’improvisation et clame même que l’espoir est permis. Non pas celui d’un simple renouvellement ou d’une mise à jour fétiche, mais bien celui de nouvelles choses à attendre de l’improvisation britannique.  

Antoine Prum : Taking the Dog for a Walk. Conversations with British Improvisers (Ni Vu Ni Connu / Improjazz)
Edition : 2015.
2 DVD + CD : Taking the Dog for a Walk.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Padna : Alku Toinen (Aagoo / Rev. Lab., 2015)

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C’est la tristesse du monde (qui dit mieux ? ses catastrophes !) qui met Padna (Nat Hawks, dans le civil) au travail et qui inspire sa musique. Mélancolique, pour sûr, ce petit pianognangnan égaré dans l’espace. Défaitistes, ces voix perdues parmi des clouds de notes synthétiques… Accablés, ces field recordings ou ces citations musicales…

Mais résumer Alku Toinen à la gentille tristesse qu’il diffuse serait bien dommage. Car parmi ses sept exercices de pop expérimentale, l’album contient de petits moments de grâce qu’on attendait (presque) plus dans le champ de l’electronica. Et c’est comme ça que la rencontre de Battles et de Clara Rockmore éclate en bulles d'ambient légère. Avis donc aux amateur d’éclaircies.   

Padna : Alku Toinen (Aagoo / Rev. Lab.)
Edition : 2015.
CD / LP : 01/ Horse (As Sung by Fae Jur) 02/ Wolhee 03/ Praire Pine 04/ River Divination/Murmured Parting 05/ Threatening Weather 06/ Pinao 07/ China
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency, 2015)

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Et un exercice de prononciation, un, avec Sigtryggur Berg Sigmarsson, qu’on connait mieux en tant que collaborateur de BJ Nilsen et Evil Madness et, surtout, moitié du duo expérimental – on s’accroche aux loudpspeakersStilluppsteypa. Auteur d’une discographie aussi discrète qu’abondante (une quinzaine de titres), l’Islandais imprime à son So Long un vent glacial qui fera baisser la température de votre casque Sennheiser de vingt bons degrés.

Transpercés d’un blizzard sonore qu’interrompt un bourdonnement marin, mais aussi insectivore, au flux et reflux d’une marée assoupie, les sons de l’initial Eight Hour Delay invitent à l’attente dans un recoin d’une salle de transit, quelque part entre Narvik et Bergen. Intervient alors un bourdonnement vivace, est-ce une corne de brume détraquée où l’envoi d’une nouvelle ligne sidérurgique ?, au travers d’un calme fuyant et lointain, à la frontière du liturgique (The Trip et son orgue troublant), avant qu’un ultime non-assaut ne dépeigne un paysage en pleine recomposition glaciaire, entre matin blanc et renoncement frigorifié (Late Night Arrival).

Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2015
CD : 01/ Eight Hour Delay 02/ The Trip 03/ Late Night Arrival
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Birgit Ulher, Leonel Kaplan : Stereo Trumpet (Relative Pitch, 2015) / Birgit Ulher : Live at Teni Zvuka 2012 (1000füssler, 2014)

leonel kaplan birgit ulher stereo trumpet

En prenant le parti de la stéréo, Birgit Ulher et Leonel Kaplan se sont opposés : l’une à gauche (trompette, radio, enceinte et objet), l’autre à droite (trompette seulement).

Ce qui n’empêchera qu’à l’intérieur des conduits tournent et se mélangent des souffles effacés et les rumeurs de pratiques toujours surprenantes (aquaplanage salivaire, roulette désaxée, horlogerie pétaradant…). L’improvisation, bien sûr, est abstraite, et industrieuse jusqu’à ce que Kaplan tisse des tapis capables d’amortir les chocs et, en conséquence, de jouer sur les trajectoires. Alors, le duo revoit ses façons : ici, creuse puis dévale une tranchée en spirale ; là, met au jour une polyphonie de blancs ; ailleurs enfin, réserve un accueil chaleureux à tous les vents imaginables. Ainsi l’imagination d’Ulher et de Kaplan donne de nouvelles couleurs à la stéréophonie qui les travaillait.

Birgit Ulher, Leonel Kaplan : Stereo Trumpet (Relative Pitch)
Enregistrement : 12 novembre 2011 & 3 May 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Otto Sees Anna 02/ I Did. Did I 03/ Late Metal 04/ Stereo Trumpet
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

birgit ulher live at teni zvuka 2012

En solo et en trio avec Ilia Belorukov et Andrey Popovskiy, c’est ici Birgit Ulher en concert, les 1er et 3 juin 2012 à Saint-Petersbourg. Seule, elle organise le chant d’objets qu’elle fait trembler à coups de ponctuation autoritaire mais chantant merveilleusement. En trio, Ulher doit faire avec une électronique perçante : maintenant ajourée, la trompette y reçoit des raies de lumière au son d’une formidable conversation électroacoustique.

Birgit Ulher : Live at Teni Zvuka 2012 (1000füssler)
Enregistrement : 1er & 3 juin 2012. Edition : 2014.
CD : 01-02/ Live at Teni Zvuka 2012
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Ueli Fuyûri Derendinger : Tsuri No Sugomori / Day & Taxi : Artists (Percaso, 2014)

ueli fuyuru derendiger tsuru no sugomori

Bien sûr, le shakuhachi. Bien sûr, ses vertus apaisantes, ses vents ancestraux, les monts et les vals. Bien sûr, les sages chemins, les bienveillants refuges. Bien sûr, le souffle forgé, les spectres disparus, la lumière du voyage. Bien sûr, les respirations et les espaces. Bien sûr, ce souffle élancé, effilé. Ici, bien sûr, tout cela.

Mais au milieu de la tradition Taizan ou Kinko, le shakuhachi de Ueli Fuyûru Derendiger module et improvise quelques chants d’hirondelles et de hiboux heureux. Une harmonique perçante ici, un chant sacré ailleurs : les éclaircies n’en sont que plus belles, plus étincelantes.

Ueli Fuyûru Derendinger : Tsuri No Sugomori (Percaso)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Phoenix Hendbell 02/ Prelude on the One Banshiki 03/ Wild Monkey 04/ Flute of the Misty Sea 05/ Three Valleys 06/ Heart of Sloth 07/ The Melody of the Reed 08/ Lion 09/ Cockroach 10/ Nesting of the Cranes
Luc Bouquet © Le son du grisli

day & taxi artists

Sur le même label – Percaso, que dirige Christoph Gallio –, c’est tout autre chose : en l’occurrence, la poursuite du projet qu’emmène le saxophoniste suisse depuis 1988 : Day & Taxi. La formation qui accueillit jadis Christian Weber ou Dieter Ulrich est aujourd’hui un trio dans lequel les jeunes Silvan Jeger et David Meier tiennent la contrebasse et la batterie. Disque double fruit de trois jours passés en studio, Artists en expose les principaux caractères : réfléchi autant qu’un des trios de Jimmy Giuffre auquel Gallio rend ici hommage, net et souvent impétueux.

Day & Taxi : Artists (Percaso)
Enregistrement : 20-22 septembre 2013. Edition : 2014.
2 CD : Artists
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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David Rothenberg, Korhan Erel : Berlin Bülbül (Gruenrekorder, 2015)

david rothenberg korhan ehrel berlin Bülbul

Cette suite de clarinette chiante. Pardon, reprenons.

Cette suite de clarinette voluptueuse

pour laquelle des oiseaux (allemands – papiere, bitte !) ont imaginé une chorégraphie (qu’en sais-je, de l’imagination des oiseaux ?).

Regardez donc comment vole sur ce son la pie-alouette ou la flouffe-de-goulette (svp, ne cherchez pas dans le dictionnaire de la LPO). De toute façon, on lui plumera le bec (de clarinette, ah !) et la tête, et la tête (de veau).

Dans le sillon ECM, David Rothenberg et Korhan Erel ont accouché d’un œuf.

Oui mais alors quoi à l’intérieur ?

Non gars, non : ni Ginette-des-Abruzzes ni Chiatique-des-prés (quoique) ! Mais une IPad-fadasse et une clari-fastoche. Mais tout ça enregistré à Berlin… Alors ? Berlin-Heureuse ?

Non, plutôt Bülbül fâché !

David Rothenberg, Korhan Erel : Berlin Bülbül (Gruenrekorder)
Edition : 2015.
CD : Berlin Bülbül
Pierre Cécile © Le son du grisli

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I Never Meta Guitar : Solo Guitars for the 21st Century – Three (Clean Feed, 2015)

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John King et ses multiples effets donnent au blues d’instables sursauts. Indigo Street ajoute, multiplie, crée une ruche assassine. Joel Peterson gravit avec obsession et obstination quelque noir sommet, rend l’arpège fascinant puis reprend sa route. Kirsten Carey ne craint pas d’affoler le VU-mètre, congédie la beauté, creuse la plaie avec délectation. Cristian Amigo pervertit de ses parasites soniques une guitare déjà très disloquée. Adam Brisbin doit beaucoup aimer Derek Bailey pour oser gravir sans souci ces montagnes aux périlleux sommets. Sandy Ewen convoque fantômes et démons à chuchoter quelque fatale prophétie aux cordes de sa rouillée guitare. Anders Nilsson aime les larges résonances, l’écartèlement de la corde, l’harmonique franche. Peter Maunu convoque d’autres fantômes, ceux-ci dissimulés dans des eaux grouillantes d’esprits malveillants. Bruce Eisenbeil court d’un canal stéréo à l’autre tout en déclinant un blues régénéré, prégnant. Simone Massaron se fend de larges accords, fait tressauter l’harmonie des ses futés toy fan. Lily Maase inspecte l’arpège avec à-propos et malice cachée. David Fulton voyage en idéales et fertiles contrées puisqu’ailleurs l’herbe est toujours plus verte. Jim McCauley slalome sur douze cordes, fait vibrer la fibre, embellit la fourmilière d’une carapace indestructible. Angela Babin engraisse, glisse, se découvre guitar-hero, se joue du labyrinthe. Brandon Seabrook se démultiplie, se démultiplie, se démultiplie. Alessandra Novaga aime les beats souterrains, la corrosion, les supplices sophistiqués. Edward Ricard fait carillonner la saturation, se souvient des solos héroïques, distribue de bruyants uppercuts. Le tout se nomme I Never Meta Guitar, troisième chapitre, et est toujours produit par l’inusable Elliott Sharp.

I Never Meta Guitar : Solo Guitars for the 21st Century – Three  (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2015.
CD : 01/ Overtones for the Underdog 02/ Top of the World 03/ The Gremlin 04/ Sasquatch-Happening 05/ Pollinator 06/ Dressed Up Like a Church 07/ Snack Food 08/ Variazioni su un monologo funambolico 09/ Fractura 10/ Song for Katsu 11/ Willie 12/ Terlingua 13/ For Alexander Cockburn 14/ Mystery Loves Company 15/ Thank U 2 4 the Uke 16/ Fingertupper 17/ Untitled 18/ Free Involution
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Akira Sakata, Johan Berthling, Paal Nilssen-Live : Arashi / The Thing, Thurston Moore : Live (Trost, 2014)

akira sakata arashi

Enregistré en studio, à Stockholm, le 19 juillet 2013, Arashi (soit : orage) donne à entendre Akira Sakata avec une section rythmique qu’un piano aurait toutes les difficultés du monde à intégrer. C’est que la contrebasse de Johan Berthling et la batterie de Nilssen-Love – qui se fréquentent notamment en Godforgottens – laissent peu d’espace qui n’est pas réservé au souffleur.

On l’avait imaginée plus « épaisse », mais la formule rappelle les expériences Chikamorachi. C’est que l’alto en impose et que sa foudre a pris l’habitude de toucher, en premier lieu, chacun de ses partenaires. Comme Darin Gray et Chris Corsano, Berthling et Nilssen-Love accompagneront donc le saxophoniste le long d’ascensions fulgurantes et de chutes vertigineuses – sur Dora, la contrebasse et la batterie réceptionneront cependant leur hôte avec maestria –, affineront les contours d’une expression morcelée ou salueront ses efforts d’apaisement (à la clarinette, sur Fukushima No Ima).

Mieux, Berthling et Nilssen-Love révèlent les noirs du Japonais, et puis, quand sa voix perce et explose au détriment du saxophone et de la clarinette, recueillent un à un les mille éléments qui composent le son de l’orage. D’un orage fantastique, puisqu’imaginé par Akira Sakata.

Akira Sakata, Johan Berthling, Paal Nilssen-Love : Arashi (Trost)
Enregistrement : 19 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Arashi (Storm) 02/ Ondo No Huna-Uta (Rower’s Song of Ondo) 03/ Dora 04/ Fukushima No Ima (Fukushima Now)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Qui, après le passage d’Arashi, demandera une autre une dose de Nilssen-Love devra aller entendre ce concert enregistré par The Thing en présence (vraiment !) de Thurston Moore – 10 février 2013, Café Oto. Une demi-heure et deux pièces : Blinded By Thought, que le batteur bouleverse par son entrée : nerveux, écorchés voire, Gustafsson et Håker Flaten opposent d’épais graves aux aigus de guitare inspirée ; Awakened By You, qui attend au son de slides et de larsens que deux notes de baryton s’occupent de sa structure. Certes la formule tient du rituel mais, cette fois, le rituel fait effet.

The Thing, Thurston Moore : Live (Trost)
Enregistrement : 10 février 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Blinded by Tought 02/ Awakened by You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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