Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Editions Lenka lente

Rhodri Davies, Lee Patterson, David Toop : Wunderkammern (Another Timbre, 2010)

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Drôle d’aigu pour une rencontre, que celui qui introduisait Wunderkammern que l’excentrique David Toop (laptop, steel guitar, flûtes…) a imaginé en 2006 avec deux musiciens de la jeune génération, j’ai nommé Rhodri Davies (harpe, ebows, électronics…) et Lee Patterson (field recordings, amplified devices…).

Les percussions jouent un grand rôle dans cette ambient électroacoustique rampante, moléculaire, crépusculaire. Wunderkammern, c’est le retournement d’un bâton de pluie le plus lentement possible, le bruit que fait une bille de bois lancée sur des plateaux métalliques ou l’appel à l’aide d’une bouteille lancée dans le cosmos. Et sur cette esthétique sonore dont le label Another Timbre s’est fait le chantre, l’originalité de Toop trouve un terrain propice : régénéré, le Toop.  

Rhodri Davies, Lee Patterson, David Toop : Wunderkammern (Another Timbre)
Enregistrement : 24 juillet 2014. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Wunderkammern
Pierre Cécile © Le son du grisli

festival météo 100

Lee Patterson et Rhodri Davies sont au programme de Météo ce vendredi 29 août : le premier se produira seul au Noumatrouff quand le second se fera entendre dans le Trondheim Jazz Orchestra.  Le lendemain, au même endroit, Patterson jouera avec Greg Pope sous le nom de Cipher Screen.

 

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Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku, 2013)

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Il faut du tempérament pour « soutenir » Roscoe Mitchell, c'est à dire le suivre sans trop en démontrer ni respectueusement s’effacer. John Edwards et Tony Marsh (dont c’est-là le dernier enregistrement) en avaient assez – certes, nous n'en doutions pas.

Enregistré le premier des deux soirs que Mitchell passa au Café Oto début mars 2012, Improvisations en retient quatre, qui – à vive allure pour la première et la troisième, plus paisiblement pour les deux autres – témoignent de l'entente du trio, inédit jusque-là.

Les saxophones et flûtes qui tournent ou dévalent les degrés des constructions anguleuses que Mitchell imagine sur l'instant, Edwards les souligne, développe ou provoque, à l'archet comme aux doigts, tandis que Marsh fleurit l'improvisation de chants miniatures et de ponctuations franches. Pour avoir fait oeuvres d'à-propos et de cohésion, les accompagnateurs peuvent conclure, ajoutant à la démonstration de Mitchell un supplément d'âme.  

Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku)
Enregistrement : 9 mars 2012. Edition : 2013.
2 LP / DL : A-D/ Improvisations
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

John Edwards jouera ce jeudi 28 août, dans le cadre du festival Météo, au Sud de Bâle, en compagnie de Virginia Genta, Mette Rasmussen et Chris Corsano.

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Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem, 2014)

jacques demierre vincent barras voicing through saussure

L’un connaît la musique, l’autre les vertus du Silence : Jacques Demierre et Vincent Barras remettent sur le métier leur amour pour le langage et leur poétique du son.

De brillantes Pièces sur textes (The Languages Came First The Country After), le duo fut déjà capable. Faut-il voir en Voicing Through Saussure une suite (sur trois disques), sinon un prolongement ? Cordes vocales étirées puis extraites (non plus rattachées à celles d’un piano, comme récemment encore sur Breaking Stone) : de hongrois, d'araméen et de chinois mêlés, la langue qu’ont en commun Demierre et Barras semble être faite. Pour la poésie, très bien, mais aussi pour la conversation et même l’art musical : décidé, retors, mekanische parfois. 

Plus loin, le paysage est différent, composé de lettres qui claquent et de syllabes accrochées, et l’action diverse : exorcisme, art martial ou travaux de lecture. La discipline du duo – les compositions sont enregistrées « dans les conditions du direct » – pourrait aiguiller l’auditeur : à l’Orient, la scansion méditative de Voicing Through Saussure se couche, comme en hommage.

Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem)
Enregistrement : 23 avril 2011. Edition : 2014.
CD1 : gad gad vazo gadati (reflet) – CD2 : bh n (a) (reflet) – CD3 : manraueioo (reflet)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Jacques Demierre retrouvera son piano, ce mercredi 27 août au Noumatrouff, à l'occasion du concert qu'il donnera avec Jonas Kocher et Axel Dörner dans le cadre du festival Météo.

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Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness, 2014)

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Après avoir donné ensemble les fières expérimentations de Seven Storey Mountain, Nate Wooley et Chris Corsano se retrouvaient fin mai 2012 associés au contrebassiste Hugo Antunes : le 27 en présence de Giovanni Di Domenico et Daniele Martini (Posh Scorch, disque Orre) ; les 28 et 29 en trio (Malus, disque NoBusiness, qui nous intéresse).

La trompette ouvre en lyrique : l’heure est encore au service d’un jazz en équilibre sur d’impétueux roulements de tambour, qui pourra rappeler celui que pratique Dennis González. A sa suite, ce sont des airs plus lâches qui interrogent instruments et amplis – école Trumpet/Amplifier oblige – au son de phrases courtes (ou même osées du bout des lèvres), de motifs (phrases ou larsens) développés dans l’ombre et de turbulentes questions-réponses.

Défaite d’allure, l’expérimentation qui a peu à peu pris le contrôle du jeu met en valeur une autre forme de l’entente du trio : ainsi Wooley et Corsano parsèment-ils de trouvailles et d’habiles audaces une simple improvisation à la contrebasse (Seven Miles from the Moon) quand les amplis ne prétendent pas cracher quelques solos remarquables (Sewn). Et le coup marche, à tel point que Wooley (en sourdine), Antunes et Corsano, se payeront le luxe de conclure ce bel enregistrement plus « simplement ». Etait-ce là, et enfin, le Malus promis ?

écoute le son du grisliNate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano
Gentleman of Four Outs

Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness)
Enregistrement : 28-29 mai 2012. Edition : 2014.
LP : A1/ Gentleman of Four Outs A2/ 4 Cornered A3/ Sawbuck – B1/ Seven Miles from the Moon B2/ Sand-bagged B3/ Sewn B4/ Gentleman of Three Inns
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Chris Corsano apparaîtra deux fois cette année au festival Météo : seul, le mercredi 27 août, à la chapelle Saint-Jean de Mulhouse ; accompagné (de John Edwards, Virginia Genta et Mette Rasmussen), le lendemain, au Sud de Bâle.

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Håkon Stene : Bone Alphabet (Ahornfelder, 2013)

hakon stene bone alphabet

On pourrait la croire improvisée : Bone Alphabet est en réalité une pièce (pour percussions) composée par Brian Ferneyhough. Maudite par beaucoup à cause de ses difficultés (certains la pensent injouable), elle trouve en Håkon Stene son plus vif défenseur. Faisant fi des polyrythmies, des triples croches en frisé et malgré l’utilisation de percussions auxquels l’on refuse résonances, rebonds et espaces, Håkon Stene gagne la partie : exigence et droiture d’un musicien en prise avec une œuvre au continuum perturbé, haché, brouillé.

Avec Sir Duperman (mix), Bone Alphabet devient Wizard & Os. Sons sourds, effacés, gommés, la partition de Ferneyhough prend un tout autre visage. Tour à tour africaine, aquatique et synthétisante, le ludique l’emporte sur le sérieux de la composition originelle.

Håkon Stene : Bone Alphabet (Ahornfelder / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2013.
CD : 01/ Bone Alphabet 02/ Wizard & Os
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Cindytalk : TouchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds, 2014)

cindytalk touchedrawkissedsour

Trente ans de catalogue après ses débuts sous l’ambigu pseudonyme Cindytalk, l’ex-punk écossais Gordon Sharp continue un chemin sans concession ni demi-mesure avec un neuvième opus, TouchedRAWKISSEDsour.

S’il n’atteint pas le degré de maîtrise absolu de The Crackle Of My Soul (2009, décidément une sacrée année), Sharp parvient à l’intérieur de chaque titre à multiplier les fausses pistes noise pour s’orienter vers une musique noire quasiment spectrale – et à chaque écoute, on se plaît à redécouvrir une porte qu’on n’avait pas jugé bon d’ouvrir la fois d’avant. Par moments, ça fout même une sacrée trouille et on se réjouit d’avance de vous la faire partager.



Cindytalk : touchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds)
Edition : 2014.
CD : 01/ Dancing On Ledges 02/ Fire Recalling Its Nature 03/ Mouth Of My Sky (Open Up And Swallow Me) 04/ Reversing The Panopticon 05/ E Quindi Uscimmo A Riveder Le Stelle 06/ Yūgao 07/ Mystery Sings Out
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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If, Bwana : Red One (Pogus, 2013)

if bwana red one

A qui ignorerait tout des performances dont est capable Al Margolis à la trompette-jouet, nous conseillerons l’écoute de Red One. Aux autres, la même chose.

Parce que l’homme d’If, Bwana convoque là quelques instruments « classiques » pour en détourner non seulement les usages, mais le son même. Ainsi avec Nate Wooley Margolis travaille-t-il à quelques rumeurs circulaires (Toys for Al) ; avec Ellen Band multiplie-t-il les vocalises échappant à tout entendement humain (Ellen, Banned) ; avec Leslie Ross confectionne-t-il une mille-feuilles de basson (It Is Bassoon).

Mais la nouveauté de Red One ne réside pas dans ces trois réussites – et encore moins dans ce trio, conventionnel, que Margolis forme avec Lisa B. Kelley et la flûtiste Veronika Vitàzkovà (Lisa Verabbit). C’est en Xylo 2 (enregistré avec la tromboniste Monique Buzzarté) et en Toys for Nate que Margolis trahit un intérêt pour la distance, voire le silence, qui rehausse ses travaux de re-recording.

Parmi les références de l’imposante discographie d’If, Bwana, « la rouge » saura donc se faire entendre. 

If, Bwana : Red One (Pogus)
Edition : 2013.
CD : 01/ Toys for Al 02/ Ellen, Banned 03/ Xylo 2 04/ It Is Bassoon 05/ Lisa Verabbit 06/ Toys for Nate
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ming Tsao : Pathology of Syntax (Mode, 2014)

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Nous avions prévu l’ascension du Mont Ming Tsao sans rien connaître de lui – Pathology of Syntax est la première présentation de ses travaux. Les premiers écroulements d’archet – n’était-ce pas quand même ceux de l’Arditti Quartet ? – ne nous découragèrent pas, bien au contraire. Nous nous engageâmes.

Pour y trouver une impression de nature que nous ne pouvions pas soupçonner chez ce compositeur américain (certes installé en Suède). Est-ce l’effet des grands et des froids espaces, mais le vent ne tire-t-il pas à lui les violons de Pathology of Syntax et ne pousse-t-il pas les cuivres de l’Ensemble Ascolta sur la pente abrupte d’(Un)Cover, les deux pièces d’ouverture inspirées par Beethoven ? Dans un autre genre (moins « classiquement contemporain », plus « impénétrable »), le trombone de l’Ensemble SurPlus ne brame-t-il pas sur Not Reconcilied ?

Pour faire pendant aux bruits de la nature, Ming Tsao compose avec des cordes intranquilles (ce sera encore le cas de celles de l’ensemble recherche), des notes qui dévissent jusqu’à remettre en question le canon. Sur la composition du même nom, le clarinettiste Anthony Burr et le violoncelliste Charles Curtis illustrèrent enfin notre inconscience : nous étions arrivés bien haut. Il nous fallait maintenant redescendre. Mais comment redescendre ?

Ming Tsao : Pathology of Syntax (Mode)
Edition : 2014.
CD : 01/ Pathology of Syntax 02/ (Un)Cover 03/ The Book of Virtual Transcriptions 04/ Not Reconciled 05/ One-Way Street 06/ Canon
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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John Chantler : Even Clean Hands Damage the Work (Room40, 2014)

john chantler even clean hands damage the work

Quitte à ce que ma chronique tienne pour l’essentiel dans  la citation d’un camarade (on appelera ça une chronique de rentrée), j’ose quand même : « l’homme de Brisbane oublie qu’en musique plus que dans tout autre art, l’expérimentation est une arme à double tranchant qui peut très vite terminer sa course planté dans un sol aussi aride qu’il est stérile » (Fabrice V., à propose de The Luminous Ground).

Quelques années plus tard, sur le même label, Even Clean Hands Damage the Work du même John Chantler produit les mêmes effets : après les bombardiers de Kahn et Asher (Planes), les lévitations de Chantler pèsent trop peu pour planer ; ensuite ses tressages de perles sonores n’ont que peu d’intérêt : une guitare sous acide collée à un space program post(déjàoui)-rafaeltoralien puis un drone chiatique… bon bon. Et quitte à finir sur une autre citation, finissons-en (déjàoui) : « l'homme de Brisbane, parfois rude, reste toujours insipide ».

John Chantler : Even Clean Hands Damage the Work (Room40)
Edition : 2014.
LP : 01/ Even Clean Hands 02/ Damage the Work
Pierre Cécile © Le son du grisli

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François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic, 2014) / La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings, 2014)

françois tusques la reine des vampires

A Barney Wilen, Beb Guérin, Eddy Gaumont – avec qui il travaille alors sous la conduite du saxophoniste – et Jean-François Jenny-Clark, François Tusques aurait fait entendre quelques thèmes destinés à illustrer Les femmes vampires que Jean Rollin s’apprêtait à tourner. Le temps pour les intervenants de se souvenir y avoir entendu un piano que celui-ci a déjà disparu. A eux de retranscrire alors l’atmosphère des compositions.

Si l’expérience tient du Mystère (de la fantaisie ?), les onze prises – celles qui furent utilisées en face A, celles qui furent rejetées en face B – de La reine des vampires 1967 impressionnent : car non seulement elles se passent aisément d’images, mais elles sont autant de séquences d’un autre objet de cinéma, sans trame, celui-ci, dont l’empreinte est aussi nette que celles laissées à la même époque par New York Eye and Ear Control d’Ayler ou les plus libres compositions de Komeda.

Sur la première face, les cordes (nombreuses, puisque Gaumont a, pour l’occasion, abandonné sa batterie pour un violon) vont lentement, défaussent et installent un théâtre d’ombres que se disputeront un piano caverneux, un ténor spectral, deux contrebasses lâches et un (remarquable) archet fuyant. En seconde face, ce sont donc des airs de défaites : chutes épatantes qui valent combien de morceaux finis, sur lesquelles Wilen, plus résolu, ramène le groupe à un free moins atmosphérique, autrement licencieux.

François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic / Souffle Continu)
Enregistrement : 1967. Edition : 2014.
LP : A1/ La Reine des vampires Theme Take 5 A2/ La Reine des vampires Theme Take 4 A3/ La Reine des vampires Theme Take 3 A4/ La Reine des vampires Theme Take 2 A5/ La Reine des vampires Theme Take 1 – B1/ La Reine des vampires Unused Cue 1 B2/ La Reine des vampires Rejected Theme 1 B3/ La Reine des vampires Unused Cue 6 B4/ La Reine des vampires Unused Cue 11 B5/ La Reine des vampires Rejected Theme 2 B6/ La Reine des vampires Unused Cue 9
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tusques grimal guérineau la jungle du douanier rousseau

Enregistré le 22 février 2013 à Ackenbush, Malakoff, La jungle du Douanier Rousseau donne à entendre Tusques auprès de deux saxophones ténor : Alexandra Grimal et Sylvain Guérineau. C’est là un CD... à deux faces, selon que le pianiste – moderne, tout comme le peintre, capable de mouvement rétrograde – converse courtoisement avec l’une ou donne du leste au second. En filigrane, blues et swing confondus, l’amour de la chanson et de ces airs de Monk : de l’aîné, Tusques et son Douanier ont conservé cet éternel va-et-vient entre l’audace brillante et l’unisson de trop.

François Tusques, Alexandra Grimal, Sylvain Guérineau : La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings)
Enregistrement : 22 février 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Dick Twardzick 02/ Sérénité 03/ A tâtons 04/ Au chat qui pêche 05/ Orgue à bouche 06/ Don Cherry Blue 07/ Alexandrins africains 08/ Tout est possible 09/ La jungle du Douanier Rousseau 10/ Move the Blues
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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