Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Editions Lenka lente
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Rasmus Borg, Henrik Munkeby Nørstebø : 120112 (Edition Wandelweiser)

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Il m’arrive de rêver. Et alors je rêve d’instruments de musique qui n’existent pas. Ou qui n’existent plus, qui sait ?, peut-être ont-ils existé un jour ? Lorsque je ne rêve pas, je passe des disques, et sur ces disques les instruments dont je rêve ne figurent jamais. Impossible d’entendre mes chimères. Jusqu’à ce que 120112, qui n’est qu’une date parmi d’autres, m’explique qu’un instrument dont on rêve, un instrument-chimère, peut-être la somme de deux instruments qui existent.

Le piano et le trombone, par exemple. Rasmus Borg (le piano) et Henrik Munkeby Nørstebø (le trombone) jouent chez moi, et je n’entends ni l’un ni l’autre instrument. Un orgue à leur place éprouve des difficultés à maintenir la note, et cet orgue est le trombone. Un écho reprend les notes du trombone et les déplace plus après sur la partition, et c’est le piano. Ce jour (120112) passé par Borg et Nørstebø en Norvège, mais où en Norvège ?, je l’ai fait sonner avant eux. Mais je leur suis reconnaissant de me permettre maintenant de l’entendre à ma guise.  



Rasmus Borg, Henrik Munkeby Nørstebø : 120112 (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 12 janvier 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ 120112a 02/ 120112b 03/ 120112c
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm, 2014) Tom Smith / Daniel Muennich : In Medias Res (Noise-Below, 2014)

michael muennich schamprozessionen tom smith in medias res

Les statuts de la Fragment Factory n’interdisent en rien à son PDG, Michael Muennich, de jouer de temps à autre pour la concurrence. Deux cassettes le prouvaient récemment : Schamproressionen et In Medias Res.

Sur la première (référence Tapeworm), Muennich tente, seul, d’étouffer un feu d’artifices. En résultent sifflements et chuintements avant qu’un exercice vocal ne balaie tout l’espace, qui interroge à propos des conséquences qu’a eu sur l’homme l’exécution de son curieux projet. Sur l’autre face, c’est une autre expérience que l’on imagine : Muennich ramant à contre-courant d’un torrent de noise. Deux fois, l’expérience sonore a commandé un théâtre d’abstraction maligne.



Sur la seconde (référence Noise-Below), Muennich n’apparaît qu’en seconde face au son d’on ne sait quel instrument – une machine à coudre ? un parapluie ? – qui mitraille afin d’attirer l’attention. Répétitif, inquiet et remonté, il contraste avec la ballade éthylique que Tom Smith (Boat Of, Pussy Galore…) donne à entendre en première face, sur la rumeur d’un orchestre étouffé (lui aussi). Ensemble, la ballade et la mitraille font œuvre, qui révèle d’autres facettes encore de l’art de Muennich.



Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
K7 : A-B/ Schamproressionen

Tom Smith / Michael Muennich : In Medias Res (Noise-Below)
Edition : 2014.
K7 : A/ Tom Smith : Bald B/ Michael Muennich : Ur-Ahnung
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Farmers by Nature : Love and Ghosts (AUM Fidelity, 2014)

farmers by nature love and ghosts

A Marseille, le 27 juin 2011, le grabuge était en marche et ne ronronnait point. Gerald Cleaver absorbait l’espace, William Parker, parfait dans son rôle de coureur de fond, triturait la corde comme jamais. Et Craig Taborn accueillait avec bienveillance tous les cercles vicieux passant à sa portée. Et s’en remettait au jazz. Et n’oubliait pas le free des origines. Maintenant, le batteur resserrait l’étau. A mi-chemin les battements n’étaient plus de cœur mais d’âme. Les voiles se tendaient et la navigation devenait plus incertaine. Ça sentait le chavirage. Le nord se perdait et nos trois fermiers par nature se séparaient. Puis se retrouvaient au cœur des typhons : le grabuge n’était donc pas d’anecdote mais de nécessité.

A Besançon le lendemain, soit à 441 kilomètres de distance, la tendresse se portait large. Mais la dissonance pointait. Le pianiste refoulait ses caresses. Le drame avançait ses pions. La contrebasse fendait de noirs silences. Et le pianiste jouait à l’Arlésienne. Revenu d’entre les morts, ce dernier faisait rivage commun avec l’astre Parker. Ailleurs, des roulements de toms ouvraient la voie. Le ton était bas. Tous chuchotaient. Allaient-ils allumer de francs brasiers comme la veille ? Aujourd’hui le grabuge sera tout autre : ordonné, scellé, apaisant, presque jarrettien. Un riff se répétant fit s’ouvrir le cercle. Et, ainsi, revinrent chaos et fracas, frictions et courtoisies. Ainsi débutait l’été 2011 entre Marseille et Besançon.

écoute le son du grisliFarmers by Nature
Seven Years In

écoute le son du grisliFarmers by Nature
The Green City

Farmers by Nature : Love & Ghosts (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011/ Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ Love & Ghosts 02/ Without a Name 03/ Aquilo 04/ Seven Years 05/ Massalia – CD2 : 01/ The Green City 02/ Bisanz 03/ Comté 04/ Castle #2 05/ Les flâneurs
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch, 2014)

marc baron hidden tapes

Faut-il toujours découvrir ce qui est caché ? On sait bien ce que les découvertes archéologiques doivent aux pilleurs... à peine engouffrés, voilà un trésor, or impossible de tout emporter, on en laisse derrière, on en laisse aux archéologues justement. Pour le cas de Marc Baron, il est le pilleur et le pillé.

Ses Hidden Tapes racontent son histoire, son archéologie. Des collages, des samples & des field recordings, le tonnerre qui retourne tout, et le silence bien entendu, tout va très vite. Entendons-nous, vraiment, quatorze années de bandes enregistrées, de voix qui traînent dans notre cour, d’oiseaux passés près de la maison, de bateaux en partance (pour Valparaiso, Athènes ou le port tout juste creusé de Bucarest ?), de techno étouffée par des coussins de plumes, d’amusements d’enfants ?

Mais cette maison est-elle « notre maison » ? Peut-elle l’être ? Ces collages peuvent-ils trouver le chemin de nos sensibilités alors que nous avons déjà tant à faire avec nos propres collages, nos propres souvenirs, nos propres déchets ? Peut-être y a-t-il trop d’intime dans ces Hidden Tapes pour qu’elles trouvent notre chemin, et donc notre maison.

Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch)
Edition : 2014.
CD : 01/ 1991-2005 02/ 2010-2012 03/ Interlude (Romania to Paris) 04/ 2013 – A Happy Summer with Children 05/ 1965-2013
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Gianni Lenoci, Kent Carter, Bill Elgart : Plaything (NoBusiness, 2014) / Gianni Lenoci : For Bunita Marcus (Amirani, 2014)

gianni lenoci kent carter bill elgart plaything

La rencontre date d’octobre 2012, qui réunit Gianni Lenoci, Kent Carter et Bill Elgart, sur un répertoire fait pour l’essentiel de compositions du pianiste – le contrebassiste signant quand même le morceau-titre et le batteur la conclusion qu’est Drift.

Après Steve Potts (Kids Steps), c’est donc auprès d’un autre partenaire de Lacy que Lenoci est venu chercher l’inspiration – l’unisson vigoureux de Plaything ne prouve-t-il pas que l’entente est possible ? Splinter, d’ailleurs, le redira, sur lequel le piano entame une marche plus difficile, porteuse de notes rentrées qu’excitent les allées et venues d’un fantastique archet-scie. Archet et cordes seront d’ailleurs les instruments dont naîtront les trouvailles – grincements et chants parallèles sur Leeway – qui relativisent la maigreur des autres thèmes tout comme la préciosité (touches légères ou frappes sèches) de leur exécution.  



Gianni Lenoci, Kent Carter, Bill Elgart : Plaything (NoBusiness)
Enregistrement : octobre 2012. Edition : 2014.
LP / Téléchargement : A1/ Plaything A2/ Splinter A3/ Contusion A4/ Spider Diagram – B1/ Leeway B2/ Kretek B3/ Drift
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

gianni lenoci for bunita marcus

Chaque nouvelle exécution de For Bunita Marcus en dit davantage sur son interprète que sur son compositeur, Morton Feldman. Alors, pour Lenoci ? Sur un écho léger, son profil appraît : musicien pressé, et nerveux. Derrière les accélérations qu’il commande et les relâchements auxquelles l’oblige l’œuvre, on trouve davantage de mise en scène et moins de distance poétique. A l’auditeur – troisième pièce du puzzle For Bunita Marcus – de dire maintenant si cette version plus « théâtrale » lui convient.

Gianni Lenoci : For Bunita Marcus (Amirani)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ For Bunita Marcus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Angle : Premier Angle (Nueni, 2014)

angle guionnet gross permier angle

Les airs de menace qu’ont les premières secondes de la collaboration de Jean-Philippe Gross avec Jean-Luc Guionnet – de cet Angle orienté sur composition de vingt-six minutes – sont trompeurs. Car l’enjeu semble être ici la concomitance (plus que la connivence) de l’électronique du premier et du saxophone alto du second.

Premier angle est ainsi fait de multiples séquences – division cellulaires, pourquoi pas – qu’il s’agit d’arranger en assemblage cohérent. Si elles sont marquées encore (entrée d’une note, slap, interruption soudaine d’un grésillement pourtant tenace relayé bientôt par un bourdonnement), les séquences en question se succèdent avec un équilibre stupéfiant. Ainsi, le duo s’accorde-t-il dans la controverse : l’électronique prise de tremblement poussant Guionnet dans un jeu de volte et de retournement quand l’alto giratoire décide Gross à revoir l’origine de ses troubles moteurs. Et lorsque le premier suit la piste que le second vient à peine de tracer devant lui, il ne s’agit plus seulement d’équilibre, mais d’un rare exemple d’à-propos musical.

écoute le son du grisliAngle
Premier angle (extrait)

Angle : Premier Angle (Nueni / Souffle Continu)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Premier Angle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella

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Dave Phillips : Homo Animalis (Schlimpfluch Associates, 2014)

dave phillips homo animalis

On sait que Dave Phillips prend du plaisir à faire hurler (à la lune) le plus infime bruit (ou bruissement) de nature. A ce point qu’il vaut peut-être mieux ne pas chercher à connaître l’origine des sons qu’il manipule… les différents tableaux du CD Homo Animalis pourraient en effet nous faire perdre la boule.

Car à qui rendre ces cris (de gueules béantes) tressés, ces chocs, ces claquements, ces signaux larvés, ces appels à l’aide, ces rumeurs de grandes batailles ? Jamais rassasié de bruit et de fureur, l’ex Fear of God exacerbe la tension dramatique avec (de ?) laquelle il s’amuse : c’est la raison pour laquelle ses field recordings, lorsqu’ils ne font pas tomber la pluie ou s’abattre la tempête, remuent des fantasmes : un homme serait-il dévoré par les loups ? Le drame qui se joue ne terrifie-t-il pas les enfants (et leurs parents avec) ? Quant au piano derrière lequel s’assoie Phillips (en position renversée, généralement), il devient le complice qui illustre la plupart des scènes d’une cruauté sonore qu’on imaginera toujours différemment.  



Dave Phillips : Homo Animalis (Schlimpfluch Associates / Metamkine)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2014.
2 CD : Homo Animalis
Pierre Cécile  © Le son du grisli

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Eventless Plot : Structures (Creative Sources)

eventless plot structures

On pourra désormais envisager le monde d’Eventless Plot en ces Structures que portent Vasilis Liolios (piano, synthétiseur analogique, bols chantants, objets…), Yiannis Tsirikoglou (guitare, électronique) et Aris Giatas (piano préparé ou non, cloches). Flottantes, puisque le trio peut les improviser « seul » ou en compagnie d’invités : Chris Cundy à la clarinette basse sur la première pièce, Louis Portal aux percussions et objets sur la troisième.

Avec Cundy, c’est un jeu de soutiens permanent : piano effleuré en divers endroits, percussions fines additionnant leurs résonances, filet électronique et objets travaillés engagent la clarinette à trouver sa place sur une électroacoustique en équilibre charmant, mais précaire aussi. Tentantes, les saillies individuelles sont toujours réfrénées : et voici le collectif fondu en interférences ou, avec Portal, ravi par un drone. Changeants, les trois temps de ce disque court réaffirment (après Recon) le bel art qu’Eventless Plot tire de sa mesure et de ses discrétions.  

Eventless Plot : Structures (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Interior/Interaction 02/ Points of Attraction 03/ Co_exist
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Alvin Fielder, Ike Levin : Together Again (Charles Lester, 2013)

alvin fielder ike levin together again

Empruntant des chemins maintes fois parcourus (free jazz modéré, rythmes subordonnés), Alvin Fielder (batterie) et Ike Levin (saxophone ténor, clarinette basse) déjouent la plupart des pièges passant à leur portée. Conscients que le lyrisme ne peut s’éviter, les voici prenant à bras-le-corps mélodies, phrasés et rythmes, et ce, sans attendrissement ou durcissement. Aucunement recycleurs mais pas encore innovants, tous deux prennent le temps – au risque de l’étirement inutile – d’installer-prolonger leur suave musique. 

L’un est adepte des résonances de toms, l’autre d’un grain raffiné. L’un ne casse jamais la course de l’autre. L’un serait presque l’accompagnateur de l’autre s’il n’était à l’origine de rythmes-mouvements aux pourpres couleurs. En vérité, l’un et l’autre sont émouvants de tendresse et d’emportements mêlés.

écoute le son du grisliAlvin Fielder, Ike Levin
Sketches (extrait)

écoute le son du grisliAlvin Fielder, Ike Levin
Freedom Square Roots (extrait)

Alvin Fielder, Ike Levin : Together Again (Charles Lester Music)
Enregistrement : 23 novembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Freedom Square Roots 02/ Shadings 03/ Sketches 04/ Outside In 05/ Melodic Presence 06/ Excursion 07/ Into Now
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Bobby Bradford/Frode Gjerstad Quartet : Silver Cornet (Nessa, 2014) / Frank Rosaly : Cicada Music (Delmark, 2013)

bobby bradford frode gjerstad silver cornet

Depuis l’arrivée en 1987 de Bobby Bradford en Detail – trio John Stevens / Frode Gjerstad / Johnny Dyani qui en deviendra Detail Plus –, Bradford et Gjerstad n’ont cessé de se retrouver dans d’autres conditions : récemment dans le Circulasione Totale Orchestra du second ou en formations réduites qui les associent à Ingebrigt Håker Flaten et Paal Nilssen-Love.

Après Kampen, Silver Cornet documente donc la longue collaboration en changeant quelque peu la formule : l’absence, au printemps dernier alors que le quartette tournait aux Etats-Unis, de Nilssen-Love permettant à Frank Rosaly – sur invitation du contrebassiste qu’il côtoie notamment dans le Rempis Percussion Quartet – de jouer pour la première fois avec Bradford et Gjerstad. Et même, de donner un autre allant au quartette qu’ils emmènent ensemble : le swing modeste mais la frappe précise, Rosaly travaille la sonorité en batteur inquiet de sonorités déconcertantes. Qui plus est, son application convient à l’idée que se fait sans doute Håker Flaten d’une section rythmique, ici duo capable d’accompagner les souffleurs les plus turbulents tout en glissant dans son jeu quelques motifs qu’un solo n’aurait peut-être pas mieux mis en valeur.

Assurés, Bradford et Gjerstad retournent alors à ce jazz « hésitant entre un bop poussé dans ses derniers retranchements (en date) et les phrases brèves d’un free commis d’office » pour regonfler l’improvisation qu’ils ont toujours – et exclusivement – servie ensemble. Après quoi le cornettiste pourra conclure : On n’a toujours pas trouvé de nom pour ce genre de musique. (…) Souvent, les gens me demandent « est-ce que c’est du jazz ? », ce à quoi je réponds : « en tout cas, ce n’est pas du classique… Si vous avez une autre idée...»



Bradford/Gjerstad Quartet : Silver Cornet (Nessa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 30 mars 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Silver Cornet Tells 02/ A Story about You 03/ And Me, Me and You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

frank rosaly cicada music

Les quelques secondes de la berceuse exaltée d’Adrian n’y feront rien : Cicada Music, nouvel ouvrage de Frank Rosaly, malgré la qualité éprouvée des musiciens du sextette (Jason Stein, Jason Roebke, Keefe Jackson, James Falzone, Jason Adasiewicz), ne se montre que rébarbatif, sans invention... Certes l’envie d’y aller, mais un retour aux mêmes choses : bop de contrebande, électroacoustique paresseuse…

Frank Rosaly : Cicada Music (Delmark)
Enregistrement : 2008-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ The Dark 02/ Wet Feet Splashing 03/ Yards 04/ Babies 05/ Adrian 06/ Driven 07/ Tragically Positive 08/ Bedbugs 09/ Typophile/Apples 10/ Credits
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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