Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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A paraître : John Coltrane sur le vifA la question : Souffle Continu2014 au son du grisli
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Achim Wollscheid, Bernhard Schreiner : Calibrated Contingency (Baskaru, 2014)

achim wollscheid bernhard schreiner callibrated contingency

C’est en 2011 à Graz, sur deux ordinateurs (plus une radio & un micro unidirectionnel), qu’Achim Wollscheid (qui a collaboré avec Merzbow ou Asmus Tietchens, apprendrais-je) et Bernhard Schreiner ont improvisé cette pièce de trois quarts d’heure retravaillée en studio.

Chacun en charge d’un bout de la stéréo et séparés par un mur devant l’audience, les deux hommes se sont donc revus pour accoucher d’une grande pièce architecturale, spectrale et même peut-être bien… spatiale. Le hic c’est que, la fusée, c’est en fait une invention d’une autre (voire révolue) époque, et que sa progression sonne assez creux. Les paliers de drones, les vents synthétiques, les voix radiophoniques, etc., sont des effets rebattus. On préférera donc, par exemple, retourner à Pierre Henry : avec lui, au moins, on voyage dans le temps.



Achim Wollscheid, Bernhard Schreiner : Calibrated Contingency (Baskaru)
Enregistrement : 2011. Edition : 2014.
CD : 01/ Calibrated Contingency
Pierre Cécile © Le son du grisli

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David Neil Lee : The Battle of the Five Spot. Ornette Coleman and the New York Jazz Field (Wolsak & Wynn, 2014)

david neil lee ornette coleman

C’est la troisième édition du livre que David Neil Lee a consacré à Ornette Coleman. En somme, l’histoire d’une apparition. Celle d’un Texan à New York.

Au Five Spot, pour être précis. A partir de 1956, le club programme des musiciens de jazz parmi lesquels on trouve quelques agitateurs : Cecil Taylor, d’abord, puis Coleman. En novembre 1959, celui-ci emmènera au son d’un saxophone en plastique un quartette (Don Cherry, Charlie Haden, Billy Higgins) qui marquera les esprits. En premier lieu, ceux de musiciens capables d’entendre (ou non) de quoi retourne la nouveauté, mais aussi peintres et poètes de l’École de New York, écrivains Beat… Telle est en partie la foule qui se presse au Five Spot deux semaines durant – aucun enregistrement n’existe de l’événement.

Si le titre fait allusion à une « bataille »,  c’est que les hostilités sont légion – il faut lire les réactions rapportées de Coleman Hawkins, Miles Davis, Milt Jackson ou Max Roach, et cette supposition de Bobby Bradford selon laquelle de nombreux musiciens auraient bien fait disparaître Coleman s’ils l’avaient pu. Hostilités qui permettent à l’auteur de déterminer les « anciennes choses » que remua Coleman et, plus généralement, de considérer le sort souvent réservé à l’avant-garde. Après avoir dressé une rapide histoire du jazz (le discours rappelle celui de Frank Kofksy) et être revenu sur le parcours du saxophoniste, David Neil Lee, en lecteur assidu de Bourdieu, éclaire sa prose d’une réflexion sociologique qui fait de son sujet le point convergent d’un problème générationnel.

Créateur intrépide – ne s’est-il pas soumis au jugement de ses pairs sans avoir pris le soin de leur démontrer qu’il savait le jazz aussi bien qu’eux ? –, c’est Coleman lui-même qui, à force d’éclats, va trancher ce nœud gordien pour installer une façon d’entendre qu’il consignait sur disque une année plus tôt (Something Else !!!!), façon dont David Neil Lee explore et explique avec brio tous les concept-satellites (jazz, avant-garde, club, compétition, critique, révolution, nouveauté…, enfin, consécration).



David Neil Lee : The Battle of the Five Spot. Ornette Coleman and the New York Jazz Field (Wolsak & Wynn)
Réédition : 2014.
Livre (en anglais) : The Battle of the Five Spot. Ornette Coleman and the New York Jazz Field
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jürg Frey : 24 Wörter (Wandelweiser, 2014)

jürg frey 24 worter

La rue est en pente et, avec la neige, ta démarche imitait la chute d’un accord de piano. Tu as appelé mais j’étais loin et, il me semble au ralenti, tu es partie en arrière. C’est là que le temps s’est arrêté. Le temps pour moi de te rejoindre et de te rattraper, le temps de te dire les 24 mots de Jürg Frey (24 comme les heures du jour, les Préludes de Debussy ou les Fantasy-Pieces de Crumb) et le temps de comprendre comment il est possible, pour un mouvement ou pour une voix, de se fondre dans un paysage.

Plus exactement, de devenir un paysage. Comme le compositeur, et clarinettiste, est devenu une voix (la soprane Regula Konrad), un violon (Andrew Nathaniel McIntosh) et un piano (Dante Boon). Son 24 Wörter est un de ces accidents qui vous font sortir de votre corps quelques instants. Il faut le temps de se remettre de ces 27 (car 3 instrumentaux) pistes à la beauté étrange, dormante, perdue, heureuse… de ces 24 lieder qui vous empoignent en vous rappelant Feldman (Only) que Mahler (Kindertotenlieder) ou Chostakovitch (Aus Jüdischer Volkspoesie). Et qui surtout illuminent la scène que l’on a sous les yeux. Ce jour-là, c’était toi au-dessus de la neige, suspendue à un fil invisible.

Jürg Frey : 24 Wörter (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 16 et 17 septembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Fremdheit 02/ Herzeleid 03/ Zwei Welten 04/ (piano, violin) 06/ Heiterkeit 07/ Seltsamkeit 08/ Trauer 09/ Tänzer 10/ Träimer 11/ Stein 12/ Einsamkeitsmangel 13/ Zittergras 14/ (piano solo) 15/ Tod 16/ Schlaf 17/ Tod 18/ Verlorenheit 19/ Zartheit 20/ Glück 21/ Wind 22/ Glück 23/ ortlosigkeit 24/ Innigkeit 25/ Sehnsuchtslandschaft 26/ Halbschlafphantasie 27/ Vergessenheitsvogel
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Sun Ra Arkestra : Live in Ulm 1992 (Leo, 2014)

sun ra arkestra live in ulm 1992

En 1992, il ne reste à Sun Ra que quelques mois à vivre. L’Arkestra pose son vaisseau à Ulm et Herman Poole Blunt ressemble étrangement à l’homme-lion, cette statuette en ivoire de mammouth vieille de 40 000 ans, exhumée précisément près de la ville d’Ulm. L’Arkestra d’aujourd’hui est cabossé. Il ne possède plus les transes d’antan. John Gilmore n’est pas du voyage, Marshall Allen convulse sans conviction, Sun Ra vagabonde en chorus laborieux.

Mais cet Arkestra ne s’avoue pas vaincu. Le trompette d’Ahmed Abdullah joue haut et serré, le trombone de Tyrone Hill est flamboyant au possible, la guitare de Bruce Edwards dévisse à vitesse hyprasonique, Buster Smith demeure un sacré batteur (Love in Outer Space). Et quand, dans le deuxième CD, la machine s’emballe et retrouve le joyeux bordel des origines, quand le chant devient danse et bastringue foutraque, quand le vieux DX7 du maître pose quelques accords déraisonnables, l’on retrouve quelques-unes des essentielles vertus de l’Arkestra. Faut-il vous en faire l’énumération ?

Sun Ra Arkestra : Live in Ulm 1992 (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1992. Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ Ankhnaton 02/ The Mayan Temples 03/ El Is a Sound of Joy 04/ Fate in a Pleasant Mood 05/ Hocus Pocus 06/ Love in Outer Space 07/ Nameless One N° 2 08/ Prelude to a Kiss 09/ Theme of the Stargazers – CD2 : 01/ Unidentified 02/ Lights on a Satellite 03/ The Shadow World 04/ Space Is the Place 05/ They’ll Come Back 06/ Destination Unknown 07/ Calling Planet Earth 08/ The Forest of No Return
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Danae Stefanou : [herewith] (Holotype Editions, 2014)

danae stefanou herewith

C’est d’abord un coup de foudre pour un nom, Danae Stefanou (qui a déjà quelques enregistrements à son actif, dont on peut télécharger des extraits sur son site). Un coup de foudre pour une femme inconnue (mais que cet autre lien nous présente à sa manière), ni tout à fait Danae ni tout à fait Stefanou, qui semble renier tout ce qu’elle a appris du piano & prendre un malin plaisir à le lui faire comprendre.

Je ne sais avec quels instruments de torture, mais Danae s’en occupe. : il ne sonnera plus classique, son piano. Plus déterminée que la moins nonchalante des pianistes elle gratte la corde jusqu’à la rapper ou la glisse pour obtenir (presque toujours) des aveux et c’est le piano qui parle : non, il n’a rien d’un instrument classique, y’a qu’à écouter ses échos de fond de caverne, ses harmoniques filandreuses, son imitation bruyante de cloches d’église de Satan, ses enfantillages de piano-jouet…

Il fera tout pour établir the limits of imagined music measured… Le problème (qui, vous l’aurez compris, est loin d’en être un) est que le piano de Danae Stefanou finit par se trahir : car sur [herewith] tout est harmonieux.
 

Danae Stefanou : [herewith] (Holotype Editions)
Enregistrement : janvier-février 2014. Edition : 2014.
LP : A1/ Prefaced ‘’to Whom it may concern A2/ He Said A3/ A Folded Post-It Wedged A4/ Between the Window and the Wall – B1/ We Are the Pronouns that You Leave B2/ Unspecified B3/ The Limits of Imagined Music Measured B4/ By Densities of Foreground Noise
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Evan Parker, Paul Dunmall, Tony Bianco: Extremes (Red Toucan, 2014) / Parker, Courvoisier : Either or And (Relative Pitch, 2014)

evan parker paul dunmall tony bianco extremes

La force de feu (Evan Parker et Paul Dunmall, tous deux au ténor) et de frappe (Tony Bianco, aussi efficient qu’un Levin avec lequel les saxophonistes ont ensemble plusieurs fois enregistré) est étourdissante. Qui, de l’aveu du batteur, fit dire à Parker après l’enregistrement de la première improvisation ce 27 juin 2014 : « That was extreme. »

Le titre était donc tout trouvé d’un disque qui jouerait de tensions et d’endurance, de connivences compulsives sur allant coltranien (Extreme) – s’ils sont deux, les saxophones y donnent l’impression d’être bien davantage – ou de vrilles et d’obstacles sur course ascensionnelle (Horus). Entre les deux grandes improvisations, l’interlude qu’est All Ways permet à Parker et Dunmall de croiser le fer comme pour ré-aiguiser leurs instruments. La réunion est rare, il ne s’agissait pas de laisser sa musique au hasard.     

Evan Parker, Paul Dunmall, Tony Bianco : Extremes (Red Toucan)
Enregistrement : 27 juin 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Extreme 02/ All Ways 03/ Horus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



evan parker sylvie courvoisier either or and

Quelques mois plus tôt, Parker enregistrait avec Sylvie Courvoisier, autre frappe et autre urgence. Du piano, les motifs courts et les progressions grippées, les chants de harpe contrariée ou les éclats impressionnistes ; du ténor et du soprano, les soliloques fabuleux, les louvoiements expressionnistes et les points de suspension. Et l’association convainc, notamment par le talent qu’elle a de faire varier les séquences, soit : de mettre au défi son entente.

Evan Parker, Sylvie Courvoisier : Either or And (Relative Pitch)
Enregistrement : 24 septembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ If/Or 02/ Oare 03/ Spandrel 04/ Stillwell 05/ Stonewall 06/ Penumbra 07/ Heights 08/ Either Or And
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Francisco López : Untitled #295 (GOD, 2014)

francisco lopez 295

Une pochette noire comme la peur (de god) ou le délire (de fou) qui vous prendra ! (malhonnête, ne sais-tu pas que les pochettes GOD Records sont plus noires les unes que les autres ?). Celle-là, c'est Untitled #295 de Francisco López (à ne pas confondre avec la 952eme de Narciso Yepes). Mais au fait !, il se fait tard.

Car, je vais vous dire, de guitare point n’en n'est (pardon mais depuis Sarkozy j’ai comme tout le monde perdu tout mon français). Et mon espagnol avec parce que n’attendais-je pas, ô douce dulcinée tranquillement affalée sur les berges de la SMAC, du bruit et du gros son. Et qu’ouïs-je à la place ? Seraient-ce des infrabasses et des têtes de platine qui sautillent sur place ? Oui, le diamant tremble et sautille (j’ai vérifié : dans mon studio il est pourtant aussi tranquille que lorsqu’il tourne sur les autres disques). Mais si c’est le cas, c’est pour mieux te faire danser mon infant : la proto-techno de la 295 sans titre, c’est une danse de Saint Guy autour d’un feu dans la gueule duquel on a jeté un vinyle. Ca crépite, criaille, et rythme bien bien… A jouer fort, si possible, pour la danser encore mieux.

Francisco López : Untitled #295 (GOD)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014
LP : A-B/ Untitled #295
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Pandelis Karayorgis : Afterimage (Driff, 2014)

pandelis karayorgis afterimage

Délaissant la microtonalité de son regretté mentor, Joe Maneri, Pandelis Karayorgis s’engage en jazz. Et ce jazz ressemble à mille autres jazz. Basé à Chicago et ne se démarquant pas de la masse des combos de la Wind City, il fleurit, certes, entre chahuts et déconstruction, mais au risque de me répéter, il n’est pas le seul.

Devenu sage pianiste, Karayorgis ne tutoie plus la marge et semble ne plus savoir quoi faire de la feuille blanche. Ses complexes compositions s’oublient parfois au profit d’instances progressives (Afterimage) ou d’actes furieux (Obsession). Reste, ici, à louer les souffles combinés et les duels d’harmoniques à la charge de Dave Rempis et de Keefe Jackson. Le premier agité et le second anguleux font corps avec une rythmique (Nate McBride, Frank Rosaly) qui aurait pu en offrir sans doute plus si… La prochaine fois sans doute.

Pandelis Karayorgis : Afterimage (Driff Records)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Ledger 02/ Haunt 03/ Nest 04/ Velocipede 05/ Veil 06/ Afterimage 07/ Simmer 08/ Sway 09/ Obsession 10/ Never Ending
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Dave Burrell, Steve Swell : Turning Point (NoBusiness, 2014)

dave burrell steve swell turning point

Steve Swell, qui fêtait récemment sa soixantième année, a encore l’âge de trouver en tel ou tel aîné un partenaire – un compositeur, même, dans le cas qui nous intéresse – à sa convenance. Il y a deux ans, en concert au Rosenbach Museum de Philadelphie, c'était Dave Burrell.

Pour Burrell, le piano a toujours été un jeu d’enfant, et sur la marche défaussée d’One Nation – qui inaugure la troisième des cinq suites qu’il dédia à la Guerre de Sécession –, le trombone se plie aux codes du jeu en question. Une chaloupe à pavillon prend alors lentement l’eau, sans alarme mais avec panache. Et c’est ce panache qui embellira la première moitié de ce recueil d’hymnes que jazz, blues et comptines vénéneuses se disputent.

Du free de jadis, on l’aura compris, Burrell n’a rien voulu retenir (c’est un retour à Earl Hines, même, sur ce Paradox of Freedom qu’il interprète seul) : son répertoire est composé de refrains qu’un peu d’audace bouscule, certes, mais que bientôt le sérieux étouffe. Abandonnant toutes dissonances, le lyrisme du pianiste se résigne maintenant à des évocations plus graves que poignantes. Que Steve Swell accepte, en jeune homme respectueux.

Dave Burrell, Steve Swell : Turning Point (NoBusiness)
Enregistrement : 19 janvier 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ One Nation 02/ Battle at Gettysburg
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gareth Davis, Machinefabriek : Lucier: Memory Space (GOD, 2014)

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Tu le sais bien, je préfère les compositeurs contemporains qui se passent d’interprètes de conservatoires. Je préfère les compositeurs qui ont des idées et qui les partagent. Comme Alvin Lucier. Son Memory Space enjoint au musicien de sortir glaner des « situations sonores » (en prenant des notes, en les gardant en mémoire ou plus simplement en les enregistrant) pour les rejouer ensuite avec ses instruments, quand il le sentira, sans rien y ajouter.

Gareth Davis à la clarinette basse et Rutger Zuydervelt (Machinefabriek) ont joué le jeu, une fois en République Tchèque et une fois en Pologne. C’est Ostrava la première face, et Cracovie la deuxième. Et c’est toujours une clarinette qui s’enroule autour de field recordings (beaucoup de voix, d’annonces en haut-parleur, on sait qu’il y a beaucoup de voix qui traînent par chez Lucier). Et l’instrument à vent qui l’imite, le vent, qui le fait passer dans le hall et les couloirs de cet aéroport dans lequel nous avons été coincés. La neige est partout sur les pistes, Memory Space où on pourra graver nos impressions. Y revenir, dans les mêmes conditions. En attendant la suite du projet Prescribed Course of Action de Gareth Davis.

Gareth Davis, Machinefabriek : Lucier: Memory Space (GOD)
Edition : 2014.
LP : A/ (Ostrava) Memory Space B/ (Krakow) Memory Space
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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