Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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A paraître : le son du grisli papierVide-Grisli jusqu'au 11 décembreA paraître : Très Chère Mère d'Andrew Liles
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Mahjun : Mahjun (Souffle Continu, 2016)

mahjun mahjun

C’est en une seule fois que Souffle Continu réédite deux références Saravah enregistrées au début des années 1970 par Mahjun, « happy french band » emmené par le violoniste Jean-Louis Lefebvre, entendu plus tôt sur le même label auprès de Jacques Higelin. A Vivre la mort du vieux monde, première référence publiée du groupe (alors Maajun), succédaient donc ces deux collections de pastiches aux couleurs changeantes.

Sur le premier disque (1973), c’est encore une chanson de paysage dans lequel les intervenants jonglent avec les emprunts – le groupe explore (et même « exploite ») différents folklores français – au point de servir bientôt un trad psychédélique, certes, mais capable de revendications : ainsi quand dévisse le saxophone de Pierre Rigaud ou lorsque tournent les guitares électriques, c’est un vent frais qui souffle sur ces hommages amusés au terroir et dépose Mahjun aux portes d’un rock progressif de bamboche.

Sur le second disque (1974), l’expérience est identique mais le charme du groupe – naïf encore mais passé du pastiche au potache – fait sensiblement moins d’effet. De terreurs enfantines en folklores angoissés (bourrée, sonioù…), Mahjun hésite là entre une poésie grivoise et un lyrisme revendicatif qui trouve sa raison d’être (et donc son intérêt à être entendu) dans la seule déclamation. Suit quand même La ville pue, divagation de près d’un quart d’heure à laquelle se joignent les percussions de l’invité Nana Vasconcelos, dont Pierre Barouh produisit l’année précédente l’incontournable Africadeus.

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Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1973. Réédition : 2016.
LP : 01/ Le jus de la figue 02/ Les enfants sauvages 03/ Family Valse 04/ Shavi Ravi 05/ La déniche 06/ Chez Planos 07/ La guitare à Rigaud

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Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1974. Réédition : 2016.
LP : 01/ Fils à Colin-Maillard 02/ Denise 03/ Bourrée 04/ La ville pue 05/ Fin janvier
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski : Carp’s Head (Monotype, 2016)

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Lasso qui siffle, accordéon qui souffle, oiseaux qui pépient, harmonica qui fausse… Voilà qui annonce le retour de Ghédalia Tazartès sous le regard éteint d’un chat muet comme une Carp. C’est avec l’aide de Pawel Romańczuk et d’Andrzej Załeski que le Monsieur a enregistré ce disque qui sort (of course) sur vinyle.

Avec son chapeau sur l’œil et sa voix de faussaire, Tazartès nous a souvent subjugué (avec LA, il n’y a pas si longtemps que ça…). C’est son originalité, cette façon de marier le syncrétisme et l’iconoclastie, le charme de ses « danse inverse » et de ses « wild east blues » pour reprendre les noms de deux des morceaux. Mais là, le folklore dégingandé a du mal à se laisser écouter sans que l’on ressente un petit énervement.

Sous le gris du ciel (je pense que c'est la principale explication), ce déballage de vieux instruments (mandoline, accordéon & autres) pour comptines dervicho-abstraites ou airs ambiantico-incantatoires lasse un peu. Le langage de l’alchimiste bateleur (Tom Waits qui chanterait du Chostakovitch) ne porte plus sauf quand il se fait discret (comme sur les très jolis quand même Wolves and Birds et Dobra Nasza). On réécoutera Carp’s Head au printemps, histoire de vérifier…

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Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski: Carp’s Head
Monotype
Edition : 2016.
LP / CD : 01/ Danse Inverse 02/ You’ll be Wise 03/ Zither Song 04/ Orient Calling 05/ Wolves and Birds 06/ Wild East Blues 07/ Dobra Nasza 08/ The Far Horizon 09/ The End of Western World
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Paul Dunmall : Underground Underground (Slam, 2016)

paul dunmall underground underground

En juillet 2015, avec l’inséparable Tony Bianco, Paul Dunmall s’essayait une autre fois au quartette. Sur Undergound Underground, on trouvera Howard Cottle (ancienne connaissance du Moksha Big Band) au ténor – saxophone auquel intervient exclusivement Dunmall sur ce disque – et Olie Brice à la contrebasse.

Les six compositions sont de Dunmall. A vive allure, le morceau-titre déroule un jazz sur lequel bataillent – se cherchent, se piquent, se relancent – les saxophonistes. A force de chicane, les voilà d’ailleurs emboîtés et obligés de faire avec : comment les différencier alors sur The Innert Silence Was Too Loud ? comment ne pas applaudir, aussi, au formidable test d’effort que constitue cette suite de franches cavalcades que marque la batterie ? Dont elle a fait sa chose, voire : à tel point qu'à l'entendre, cet Underground Undeground pourrait, de Paul Dunmall, être le Crescent.  

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Paul Dunmall Quartet : Underground Underground
Slam / Improjazz
Enregistrement : 21 juillet 2015. Edition : 2016.
01/ Underground Underground 02/ The Inner Silence Was Too Loud 03/ Sun Up 04/ Timberwolf 05/ Hear No Evil, Play No Evil 06/ Sacred Chant
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joëlle Léandre, Théo Ceccaldi : Elastic (Cipsela, 2016)

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C’est l’aurore mais c’est une aurore joyeuse : Joëlle L. n’épargne pas son archet, il court intrépide, robuste, rigoureux. C’est le crépuscule mais c’est un crépuscule heureux : Théo C. patiente avant de convoquer l’archet. L’une se balade dans l’immédiat, l’autre prend le temps d’observer. Mais le mariage est évident.

Réactifs, les voici projetés dans le royaume des cordes qui s’aimantent, vagabondent, s’écartèlent, palpitent, propulsent, ondulent, désaxent, cheminent. Douce conversation d’un intime partagé, bienveillance et abandon, art des présences robustes, esprits entiers, montées fiévreuses et poignantes… tout ceci et bien plus encore.

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Joëlle Léandre, Théo Ceccaldi : Elastic
Cipsela

Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ #1 02/ #2 03/ #3 04/ #4 05 /#5 06/ #6  
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Heddy Boubaker, Alexandre Kittel : Merci Merci (Un Rêve Nu, 2016)

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Souvenir de la Maison peinte ? En juin dernier, l’endroit de Labarthe-sur-Lèze fermait ses portes à l’improvisation qu’Heddy Boubaker y a longtemps soignée. Ni dernier message adressé de la maison ni chant (improvisé) du cygne, Merci Merci est le duo que forment désormais Boubaker et Alexandre Kittel (déjà remarqué au son du grisli pour son Micro_Pénis).

S’il semble avoir, depuis l’enregistrement, délaissé le synthétiseur modulaire pour les guitares, c’est à cet instrument que l’on trouve encore Boubaker – à l’intérieur, même, recherchant dans ses circuits des rumeurs capables de se glisser entre deux salves de cymbales et d’électronique propulsées par son partenaire.

Les premières secondes, c’est l’espoir d’entendre un Borbetomagus étouffé sous idiophone mais les crépitements et sifflements finissent par avoir raison de l’exercice. C’est alors pour le duo un repli effectué en souffles tressés et en signaux minuscules, les chocs métalliques agaçant l’abstraction de grisailles à laquelle travaille le matériel électronique. Pour être plus libres de leurs gestes, Boubaker et Kittel n’en mesurent pas moins leurs expressions, et c’est là tout le sel de ces deux belles pièces d’improvisation – auxquels font écho Conte et La Cula sur Bandcamp .  

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Merci Merci : Merci Merci
Un Rêve Nu
Edition : 2016.
LP : A/ Longemaison – B/ La grande Baraque
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Komitas Vardapet : Six Dances (Makkum Records, 2016)

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Six « danses » interprétées au piano par Keiko Shichijo. Vingt minutes à peine, qui nous rappellent le passage (1869-1935) de Komitas – théologien et musicologue arménien ; chantre, poète, pianiste et donc compositeur. C’est la voix de Komitas qui le fit remarquer de cette église qui lui permettra quand même de toucher au profane, c’est-à-dire à ces airs de la campagne arménienne qu’il retranscrivit sur papier et que l'Empire ottoman allait bientôt faire taire. Musicien et conférencier, Komitas voyagera beaucoup, faisant entendre chants laïcs et danses de sa composition, dont les timbres rappellent les instruments traditionnels arméniens.

C’est à Paris, en 1906, que Komitas écrivit les six danses de cet enregistrement moderne. Pièces d’un folklore réinventé – mais vertueux, étant données les sérieuses recherches du compositeur dans le domaine –, ces pièces rappellent les compositions pour piano de Gurdjieff et Hartmann (le second fera d’ailleurs connaître au premier l’œuvre de l'Arménien) qui, entre traditions turques et kurdes, progressent lentement, jouent avec les répétitions, les modulations et les déclinaisons. C’est donc à la fois un art de la danse appliqué par touches légères et un travail de mémoire inspirant à plus d’un titre qui permet au Makkum d’Arnold de Boer de mettre la main sur d’autres chansons dépaysantes.   

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Komitas Vardapet : Six Dances
Makkum Records
Edition : 2016.
CD : 01/ Yerangi 02/ Unabi 03/ Marali 04/ Shushiki 05/ Het u Araj 06/ Shoror
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ivo Perelman Expéditives : The Art of the Improv Trio (Leo, 2016)

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Après les récentes Expéditives, suite de la saga Ivo Perelman / Leo Records. Cette fois-ci et en six volumes l’art de l’improvisation en trio.

1

Ivo Perelman, Karl Berger, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 1 (Leo Records / Orkhêstra International)
En neuf parties, laisser la quiétude envahir Ivo Perelman, Karl Berger (piano) et Gerald Cleaver. Ne pas s’en étonner tout en espérant les montagnes rusées. Ici, préférer le velouté à l’orage, le méditatif à la césure, le rêve au viscéral, la lamentation à l’ébullition. Et c’est précisément au cœur de cette matière sépia – et parce que peu entendue chez le brésilien – que l’art de Perelman trouve intensité et relief. La saga ne pouvait pas mieux commencer.

2

Ivo Perelman, Mat Maneri, Whit Dickey : The Art of the Improv Trio Volume 2 (Leo Records / Orkhêstra International)
En treize parties, entendre Ivo Perelman ferrailler du côté des aigus de Mat Maneri pendant que Whit Dickey semble ne pas pouvoir s’extraire de son rôle de témoin avisé. Plus loin, les deux premiers gratteront les fréquences graves, batifoleront sans trop de conséquences. Et toujours rechercheront une proximité complice, entraînant ici une inexplicable et regrettable distance.

3

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio volume 3 (Leo Records / Orkhêstra International)
En neuf parties, retrouver les vieux amis Ivo Perelman, Matthew Shipp, Gerald Cleaver et se dire que rien ne pourra les changer. Tout juste souligner la pertinence du projet et remarquer le drumming prégnant du batteur (changements de tons, fausses claudications, souplesse des feintes). Et, bien plus qu’hier, ne plus taire le chuchotement anxieux, détrousser l’harmonie de son miel au profit des parasites pénétrants. Et de conclure ainsi : ils ne changent rien et tout est différent.

4

Ivo Perelman, William Parker, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 4 (Leo Records / Orkhêstra International)
En trois parties, signaler à qui veut l’entendre que ce trio (Ivo Perelman, William Parker, Gerald Cleaver) est une belle chose. Que l’on pourrait arrêter là tout commentaire. Ecrire que l’évidence de la formule rejoint l’évidence de leurs complicités, que le groove de William Parker (souvent inaudible ces derniers temps) invite Gerald Cleaver à hausser le pavillon du continu. Quant au saxophoniste, pénétrant et indéracinable, il porte très haut l’art d’improviser sans contrainte.

5

Ivo Perelman, Joe Morris, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 5 (Leo Records / Orkhêstra International)
En neuf parties, s’étonner du détachement de Joe Morris (guitare) et de Gerald Cleaver face à l’ouragan Ivo Perelman. Puis, suivre le trio se souder et déraciner quelques habitudes. Maintenant, un vagabondage luxurieux aux lignes superposées, bruissantes, ondulantes. Et ce jusqu’à la fin de cet enregistrement.

6

Ivo Perelman, Joe Morris, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 6 (Leo Records / Orkhêstra International)
En deux parties (le seconde, courte et comptant pour le bis d’un concert donné au Manhattan Inn en juillet 2016), retrouver l’urgence du free jazz ; celle des Shepp, Barbieri, Trane, Cyrille, Garrison, Grimes… Puis, se dire que tout cela est bien actuel. S’amouracher maintenant de ce ténor zélé et électrisant (Perelman), de cette contrebasse autonome  et affranchie (Morris) et de ces tambours libres comme l’air de l’Estonie (Cleaver). Et enfin, admirer la constance du trio, son art des reliefs escarpés et son lyrisme abrasif.

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Jason Kahn : In Place (Errand Bodies, 2015)

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Cet article est extrait du premier numéro papier du son du grisli, disponible à cette adresse. La traduction en français de l’introduction du livre de Jason Kahn est à lire dans ce même numéro.



Traduit en français par Guillaume Tarche – qui, au son du grisli, fit de l’œuvre de Jason Kahn l’une de ses spécialités –, cet avant-propos à In Place, livre publié pour le moment en anglais seulement, dispense le chroniqueur d’explication mais ne lui interdit pas le résumé : sur le conseil d’une de ses lectures – celle d’Henri Lefebvre –, voici donc Jason Kahn changé en rythmanalyste prêt à écouter « le monde, et surtout ce qu'on nomme dédaigneusement les bruits, qu'on dit sans signification, et les rumeurs, pleines de significations – et enfin (…) les silences » afin d’ « embrasser pleinement l’idée de lieu » voire d’ « arriver par l'expérience au concret. »

On savait déjà que Jason Kahn, musicien américain installé à Zürich – ville qu’il aura, nous prouvent les derniers chapitres de son livre, beaucoup écoutée – et grand arpenteur de territoires, ne tenait pas en place. Voilà qu’il faut maintenant (en fait, depuis 2011) se faire à l’idée qu’il est capable aussi de patience et de longues études. Ainsi, plusieurs heures durant, écouta-t-il parler le lieu, et puis le regarda : « L’œil, fenêtre de l’âme, est la principale voie par où le commun sens peut simplement et magnifiquement considérer les œuvres infinies de la Nature; l’oreille est la seconde, s’ennoblissant par le récit de ce que l’œil a vu », notait Léonard dans ses Manuscrits.

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Avant de le faire lire, Kahn avait proposé qu’on entende son projet : sur In Place: Daitoku-ji and Shibuya Crossing (Winds Measure, 2013), il décrivait sans en rapporter le moindre son un temple bouddhiste de Kyoto et le célèbre carrefour de Tokyo. Dans le livre, on retrouve ces deux endroits qui le virent estimer les chances qu’a le temple de garder le silence face à l’incessante rumeur urbaine – « … comme j’aimerais pouvoir enregistrer ça… Et je me rends compte que je suis en train de l’enregistrer (…), dans ma mémoire… » – et interroger le chant artificiel qu’une grande capitale fait entendre à toute heure. De son expérience à Seoul, il gardera le souvenir d’un bruyant rideau de fer, d’enfants s’amusant dans une cour de récréation ou de trains qui passent comme partout ailleurs. Entre ce qu’il voit et ce qu’il entend, il lui arrive de se perdre : « Je ne suis plus sûr du tout de ce que mes oreilles entendent. » Est-ce par un subterfuge qui ressemblerait à celui qui nous fait entrer dans un stéréogramme que Jason Kahn a réussi à se plonger dans ce « concret » qu’il cherchait à saisir ?  

A propos de son passage au Grossmünster de Zürich, il note : « Je pense la majorité du temps, me concentrant sur la façon dont je perçois l’espace, réfléchissant à la manière dont ces sons affectent l’expérience que je fais de l’espace qui m’entoure, au temps qui lentement passe. » Ainsi, plusieurs heures durant, écouta-t-il parler le lieu (à Bruxelles, la coupole de la Galerie Ravenstein ; à Nantes, la fontaine de la Place Royale) et écouta parler le temps. Mais celui-ci, une fois n’est pas coutume, abdique au gré des expériences relatées dans un livre dont l’introduction avait prévenu : « J'avais l'impression que tous ces lieux s'étaient physiquement incorporés à moi, comme s'ils s'étaient consumés en imprimant dans mon corps leur trace indélébile, et comme si je m'étais inconsciemment fondu en eux. » Au lecteur, maintenant, de s’essayer à l’expérience, d’approcher le papier en espérant pouvoir trouver la faille qui lui permettra de pénétrer cet étrange stéréogramme dont les motifs sont des mots. Peut-être, alors, apercevra-t-il le profil de Beckett : « Le temps s’est transformé en espace et il n’y aura plus de temps. »

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Jason Kahn : In Place
Errant Bodies / Les Presses du Réel
Edition : 2015.
Livre (en anglais)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Günter Schlienz : Autumn (Zoharum, 2016)

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Synthétiseurs modulaires, bandes et amis (Matthias Baldauf au cor & Niko aux cymbales), voilà de quoi s’est servi Günter Schlienz pour concocter cet hommage à l’automne (c’est de saison, je suis encore dans les temps) en trois étapes of course : Oktober / September / November (SIC).

Schlienz est un bidouilleur de Stuttgart dont la discographie, inaugurée il y a six ans semble-t-il, est déjà longue. Il faudra donc lui consacrer un peu de temps car son Autumn est rudement plaisant à entendre. Il vous tombe dessus avec un genre de clarinettes qui ondulent sur fond d’electronica légère à la Steve Roden par exemple. Mais les choses s’assombrissent (faute à la nuit qui tombe ?).

Un coup d’essuie et voilà que le Monsieur repart à zéro (c’est presque un retour en arrière puisqu’on passe d’Oktober à September). Allez comprendre… Mais bref, puisque la nouvelle séquence d’ambient nous invite à nous immerger dans le son où l’on découvrira une structure kaléidoscopique d’une richesse rare. Un cello-effect et des vois fantomatiques pour couronner le tout, et l’on ne peut qu’applaudir et bien fort et en regrettant aussi d’imaginer que l’hiver passe sans nouvelles de Günter Schlienz.


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Günter Schlienz : Autumn
Zoharum
Edition : 2016.
CD / DL : 01/ Oktober 02/ September 03/ November
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nate Wooley : Polychoral (MNÓAD, 2016)

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On pourra capter sur le film ci-dessous un peu de l’esprit qui préside à l’exercice – mi installation mi performance – auquel s’adonnèrent les trompettistes Nate Wooley, son concepteur, et Peter Evans au Knockdown Center de New York un après-midi d’avril 2015.

Sur disque, ce sont de longues notes passées au tamis minimaliste (on pense ici aux anciens travaux de Rhys Chatham, là aux souffles multipliés de Richard Landry) jusqu’à ce qu’un grave change la donne et bouleverse un peu le va-et-vient de ce qu’on imagine être, quand on est encore privé d’images, une grande sculpture de métal.

Sous l’effet peut-être du passage – remuement ou déstabilisation –, voici le duo s’engageant sur d’autres voies, ou canaux si l’on veut faire référence au dispositif qu’on leur prête le temps d’une heure à peine. Evans peut alors déposer sur la rumeur un solo plus lyrique que ce qu’on avait entendu jusque-là ; derrière le motif, Wooley décidera lui de suspendre une note qui le gangrènera bientôt. Et puis il y a cette présence électronique qui rode et transforme parfois les trompettes en instruments de simple parasitage. Alors des voix se font entendre, tout comme le bruit de curieuses mécaniques qui, de séquence en séquence de plus en plus courtes : sur place peine à pétrifier ; sur disque stupéfie. 

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Nate Wooley : Polychoral
MNÓAD
Enregistrement : 12 avril 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Polychoral
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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