Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


ChroniquesArchivesHors-sérieDisquesLivresFilmsle son du grisliNewsletterContact

A paraître : Time de Guillaume Belhomme & Guillaume TarcheLes derniers jours d'Au grisli clandestinA paraître : Adolf Wölfli & Nurse With Wound
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Tom Chant, John Edwards, Eddie Prévost : All Change (Matchless, 2014)

tom chant john edwards eddie prévost all change

Sous Waterloo Station, Tom Chant (saxophoniste jadis noyé dans le Core Anode d’Otomo Yoshihide), John Edwards et Eddie Prévost improvisèrent le 13 juin 2012. Sur la couverture du disque – qui succède à Touch, The Virtue In If et The Blackbird’s Whistle, du même trio sur le même label –, l’évocation d'un chemin de fer ; au dos, trois rails prêts à se passer de traverses.

L’allusion saisie (parallèles difficiles et possible accident), on soupçonne l’accrochage envisagé, et même convoité. C’est qu’il faut désormais malmener l’équilibre d’une improvisation pour qu’on ne l’accuse d’être trop prévisible dans ses recours et même ses inventions. Funambule, Chant ira alors au ténor puis au soprano sur l’indiscipline de la paire rythmique : que Prévost cingle ou se retienne, qu’Edwards projette ou ramage, le saxophoniste met au jour le liant qui permet au trio de battre le fer et la ligne – ligne dont l’instabilité assure la force du mouvement –, soit : de bel et bien se passer de traverses.  

Tom Chant, John Edwards, Eddie Prévost : All Change (Matchless Recordings)
Enregistrement : 13 juin 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ All Change – Part 1 02/ All Change – Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Triac : In A Room (Laminal, 2014)

triac in a room

Un CD de belle ambient, de temps à autre, ça rafraîchit. D’autant qu’Augusto Tatone (basse électrique), Marco Seracini (claviers) et Rossano Polidoro (laptop) la font de boucles et de synthés auxquels il est bien difficile de résister.

Ça rappelle parfois Christian Fennesz, parfois leur compatriote Giuseppe Ielasi (deux signatures décidément inspirantes, à moins que ce ne soit moi uqi les entende partout...). Stellaire, sonnant comme il faut (parce que travaillé, y’a qu’à entendre In A Room Part I), jouant avec les références légendaires (Bruce Gilbert, Brian Eno & Harold Budd y sont aussi), capables de faire grouiller des bactéries sonores sur trois notes synthétiques. Avant même d’arrêter ma chronique, je signale que Triac sort sur Laminal, label-branche de Mikroton. N’est pas trop de gages de qualité d’un coup ?



Triac : In A Room (Laminal)
Edition : 2014.
CD : 01-04/ Part I – Part IV
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Pauline Oliveros, David Rothenberg, Timothy Hill : Cicada Dream Band (Gruenrekorder, 2014)

pauline oliveros david rothenberg timothy hill cicada dream band

Dans la besace de David Rothenberg, des animaux de toutes tailles (sauterelles, cigales, merles, grenouilles, une baleine à bosse même), auxquels le trio qu’il forme avec Pauline Oliveros (accordéon) et Timothy Hill (voix) devra répondre.

Naïf peut-être, le projet manque surtout d’inventivité : ainsi Oliveros se contente-t-elle de souffler quelques notes en improvisatrice nerveuse, Timothy Hill de donner dans le chant de gorge ou d’en appeler à jadis plus inspirés que lui (Stephan Micus, Nana Vasconcelos…) quand David Rothenberg (dont l’Ipad fantasme parfois le synthétiseur datant) verse sans mesure dans un folk naturaliste (& découverte souvent). Soit : comment une gentille idée devient, pour contrefaire le titre d’une des dix pièces de l’enregistrement, The Longest Disc in the World.
 
Pauline Oliveros, David Rothenberg, Timothy Hill : Cicada Dream Band (Terra Nova / Gruenrekorder)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Who Said That? 02/ Arc Hive 03/ Room at the Inn 04/ Last Night in the Holocene 05/ Information National Forest06/ Several More Happened 07/ All Creatures Get It 08/ Three of a Mind 09/ As Many Inside as Outside 10/ The Longest Song in the World 11/ How We Got Here
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Peter Kowald, Daunik Lazro, Annick Nozati : Instants Chavirés (Fou, 2014)

peter kowald annick nozati daunik lazro instants chavirés

Tout était élevé ce soir-là aux Instants Chavirés de Montreuil. La voix d’Annick Nozati transperçait la matière. Sa voix peau-rouge visait mille cœurs. Daunik Lazro était cet inépuisable cavalier des hautes plaines. Et Peter Kowald décochait sans compter. Ce soir-là, tous trois étaient indiens et pas un seul visage blanc pour les importuner.

Le chant d’Annick N. est pour beaucoup dans ce disque-sorcier. Ici, l’âme et la tripe. Le chant profond. La source de vie. L’âme dévoilée.  Les entrailles mises à nu. Un certain Daunik L. zébrait son souffle. De l’entendre au baryton (depuis peu au ténor), on en avait oublié combien son alto était étoilé, constellé. De son côté, Peter K. activait son jazz naturel et spontané. Parfois les indiens se firent planètes folles. Puis retrouvèrent tendresses et cérémonies. Grand disque tout simplement.

écoute le son du grisliPeter Kowald, Daunik Lazro, Annick Nozati
Kow-Laz-Noz

Peter Kowald, Daunik Lazro, Annick Nozati : Instants Chavirés (Fou Records / Metamkine)
Enregistrement : 2000. Edition : 2014.
CD : 01/ Laz Noz 02/ Kow Laz Noz 03/ L’invisible 04/ Laz Kow 05/ Kow Noz 06/ Noz Laz Kow
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Richard Pinhas, Oren Ambarchi : Tikkun / Richard Pinhas, Yoshida Tatsuya : Welcome in the Void (Cuneiform, 2014)

richard pinhas oren ambarchi tikkun

Sur des loops electro-kraut et le soutien de renforts (Joe Talia & Eric Borelva à la batterie, Merzbow aux electronics ou Duncan Pinhas au séquenceur), Richard Pinhas et Oren Ambarchi se sont amusés à croiser leurs six cordes. C’était dans le studio de l’ancien Heldon en 2013 à Paris même si les titres nous expédient à Washington, Tokyo et San Francisco.

Géographiquement donc, on plane un peu (d’ailleurs d'où viendront les pistes des invités ?) jusqu’à ce que le duo propulse la navette dans une nouvelle contrée RanXeroxienne. L’air y est fort respirable et nos guitare-héros (francisons pour l’occasion) y vont de leurs effets psychénervés / bruts de rock avec la batterie enfoncée de Talia pour finir dans la retenue. Arrivés à San Francisco, les allers-retours de médiators ne nous parviennent plus, ils sont cachés derrière de nappes de synthé et des drones faméliques. C’est d’ailleurs là que réside tout l’intérêt de l’enregistrement, dans l’offre d’un voyage ébouriffant suivi d’une phase de décompression. A peine remis on se rue sur le DVD du concert que Pinhas et Ambarchi ont donné le 29 octobre 2013 aux Instants Chavirés... histoire de mettre des figures sur des affections !

Richard Pinhas, Oren Ambarchi : Tikkun (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Washington D.C. – T4V1 02/ Tokyo – T4V2 03/ San Francisco – T2V2 – DVD : Concert du 29 octobre 2013 aux Instants Chavirés.
Pierre Cécile © Le son du grisli



richard pinhas yoshida tatsuya welcome in the void

Roulement de tambour, c’est un autre duo qui commence : Richard Pinhas / Yoshida Tatsuya. Le batteur des Ruins a de la poigne, on sait ça, & le médiator qui arrache toujours le même accord à la guitare électrique lui dit qu’il faut creuser. Mais creuser quoi ? Eh bien un trou noir. Mais pourquoi ? Eh bien pour le remplir de couleurs ! Pendant plus d’une heure, ce'est ce qui se passe, et le délire répétitif accouchera d’un nouveau  ballet cosmique.  

Richard Pinhas, Yoshida Tatsuya : Welcome in the Void (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2014.
CD : 01/ Welcome in the Void Part 1 02/ Welcome in the Void Part 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]


Lucien Johnson, Alan Silva, Makoto Sato : Stinging Nettles (Improvising Beings, 2014)

lucien johnson alan silva masoto sako

Que faire enfin du jazz qui traîne ? Son existence prouvée, trois possibilités : commerce (le plus couru), tradition, création. C’est un choix qu’il faut, semble-t-il, « faire » encore. Alan Silva a jadis démontré qu’il avait, dans la troisième catégorie, des choses à faire entendre. A la contrebasse, le plus souvent ; aux synthétiseurs, selon l’inspiration.  

Est-ce, sur Stinging Nettles, un « retour » à la contrebasse ? Une nécessité ? Qu’importe, même imaginée seulement, la nécessité opère. L’épreuve date de 2006, qui l’expose auprès du saxophoniste ténor Lucien Johnson et du batteur Makoto Sato. Deux doyens pour un seul jeune homme, et voici que ce-dernier se montre capable : sur quelques fondamentaux de free mesuré, d’inventer et de rebondir au-devant d’un archet balayant, sinon d’entendre et de prendre en compte la batterie délicate. Alors – forcément pas commerce –, tradition ou création ? D’autres codes ici : vaillante arrière-garde, mêlant ancienne création et tradition neuve, qu’emmène ce bel archet retrouvé.

écoute le son du grisliLucien Johnson, Alan Silva, Makoto Sato
Pieces of Eight

Lucien Johnson, Alan Silva, Makoto Sato : Stinging Nettles (Improvising Beings)
Enregistrement : novembre 2006. Edition : 2014.
CD : 01/ Stinging Nettles 02/ Abora 03/ Copper Sky 04/ Family Silva 05/ Pieces of Eight 06/ Ice Self 07/ Burnt Fingers 08/ Thyme Nor Reason
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Radian Howe Gelb : Radian Verses Howe Gelb (Trost, 2014)

radian verses howe gelb

Après les disques avec Stefan Németh et les disques sans Stefan Németh, voilà une nouvelle occasion pour les trois acolytes de Radian (Martin Brandlmayr, Martin Siewert et John Norman) de sonner différemment. Cette occasion, c’est leur rencontre avec Howe Gelb, songwriter américain surtout connu pour son Giant Sand mais rompu aux collaborations (de Calexico à Lisa Germano en passant par John Parish).

Donc donc donc, la rencontre du folk US et de l’ambient électroacoustique viennoise, qui débute downtempo sur un refrain que n’auraient pas renié Robert Wyatt ou Arto Erotic City Lindsay. Mais ce n’est qu’en deuxième plage que Radian commence à opérer : les chausse-trappes se multiplient & les loops s’incrustent sur l’Americana de Gelb (dont je connais, je dois l’avouer, assez peu l’œuvre pour dire s’il pioche dans son répertoire ou a écrit des morceaux spécialement pour ce projet).

Quand les fûts de Brandlmayr, les guitares et processings de Siewert et la basse avale-tout de Norman sonnent la charge, nous voilà aux choses sérieuses. La voix de Gelb se fait plus proche et peut commander au trio de changer de piste. Au choix : un folk interrompu, une ballade propulsée dans l’espace, une ambient décalée, une americana whitexploitée, un pseudo remix, etc. trois fois. De la guitare, du piano et de la voix de l’Americain, les trois Radian se gavent tant et si bien (jusqu’à des archives de démo, à ce qu’il m’a semblé) qu’on applaudit à leur digestion sans tache : leur Verses Howe Gelb vaut bien d’être terminé en chanson, on se surprendra à siffler l’air de Moon River avec lui.

Radian, Howe Gelb : Radian Verses Howe Gelb (Trost)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Saturated 02/ Saturated Beyond 03/ I'm Going In 04/ From Birth To Mortician 05/ ....And Back 06/ The Constant Pitch And Sway 07/ Return To Picacho Peak 08/ Pitch And Sway Again 09/ Moon River
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Guy Darol : Outsiders (Le Castor Astral, 2014)

guy darol outsiders

La clef de ce recueil de portraits est à trouver dans l’évocation que fait Guy Darol, son auteur, de The Shaggs, trio de musiciennes imprécises motivées par la volonté d’un père. Ainsi, pages 371 à 374, remarque-t-on une vive prose delteillienne, une recommandation de Frank Zappa – dont Darol est spécialiste et qui plaçait The Shaggs au-dessus des Beatles – et une référence au critique Irwin Chusid, qui tenait le trio pour les « Godmothers of Outsider Music ».



Outsider Music comme il existe un Oustider Art (Darol fait d'ailleurs souvent référence à Adolf Wölfli, au Facteur Cheval, à Gaston Chaissac…) – Graeme Revell n’avait-il pas baptisé son label Musique brute ?… – soit : une musique de la marge – … et Sub Rosa, plus récemment, initié une série Music in the Margin ? – et du déséquilibre, concept-ou-presque qui s’applique en effet aux Shaggs, mais non pas à tous les musiciens loués ici.

C’est qu’il y a d’autres portes derrières lesquelles différents « outsiders » se bousculent : loosers magnifiques ou winners oubliés – après tout, les premiers seront les derniers, dit Jesus II –, estafettes aux messages nébuleux ou morosophes reclus, mauvais coucheurs de songwritters ou (artificiellement ou non) haut perchés incapables de compromis, loufoques aux goûts peu assurés ou beaux renonçants enfin, bref : fous musicaux, suicidés parfois, qu’André Blavier aurait pu recenser.



A la place de Blavier, c’est Darol qui phrase et ranime énergumènes sur le fil (Syd Barrett, Tim Buckley, Kenneth Higney, Jandek, Bill Fay, Kevin Ayers, Daevid Allen...) et autres inventifs pathologiques (The Godz, Richard Pinhas, Moondog, Joe Meek, Eugene Chadbourne, GG Allin...). Et si les 80 trompe-la-mort en question sont à recommander à des degrés divers, la prose de Darol leur assure une postérité toujours justifiée au son de genres (folk, rock, fluxus, free music, punk, no wave, performance, actionnisme…) aussi différents qu'eux.



Guy Darol : Outsiders. 80 francs-tireurs du rock et de ses environs (Le Castor Astral)
Edition : 2014.
Livre : Outsiders. 80 francs-tireurs du rock et de ses environs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

wölfli nurse with wound lsdg

Commentaires [0] - Permalien [#]

Yvan Etienne : Feu (Aposiopèse, 2014)

yvan etienne feu

Avec Yvan Etienne, c’est des field recordings et le retour du Serge (que j’évoquais ici il y a quelque temps). Cependant, si la pochette du CD (un belépais digisleeve) ne m’avait pas prévenu, j’aurais eu du mal à trouver de quel instrument l’Etienne se sert sur la première de ses trois pistes.

Car il fait des cercles sur son cahier de brouillon sonore avec des stylos non pas quatre couleurs mais quatre teintes de gris. Et tout à coups le Serge arrive dans la marge, trace une ligne rouge que tous les sons captés (vent ? électrique ? tendres insectes de la nuit !) suivront contraints et forcés. Crescendo le modulaire va et finit par donner dans le drone et (surtout) encoder les field recordings pour leur donner une voix. Les choses s’expriment donc chez Yvan Etienne, comme elles le font souvent dans l’écurie Aposiopèse.



Yvan Etienne : Feu (Aposiopèse / Metamkine)
Edition : 2014.
CD / Téléchargement : 01/ Une Nuit 02/ De la charge 03/ La lueur
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Teletopa : Tokyo 1972 (SplitRec, 2014)

teletopa tokyo 1972

En 1970, après un séjour à Londres où il a pris des leçons de Cornelius Cardew et entendu jouer AMM, David Ahern retrouve son Australie natale. A Sydney, naît alors Teletopa  quartette qui l’associe à Peter Evans, Roger Frampton et Linda Winson (qui n’attendra pas la dissolution du groupe, en 1972, pour en finir avec lui).

Grâce aux efforts de Jim Denley, deux improvisations « japonaises » refont surface, fruits d’une dizaine de jours passés à Tokyo – dans le groupe, trouver alors Geoffrey Collins – et même tout derniers fruits du groupe. Si Teletopa donna aussi dans l’interprétation (Cardew, Christian Wolff, Steve Reich), il atteste ici un intérêt pour les sons à découvrir sur le moment qui requiert l’amplification des instruments saxophone, flûte, violon, comme des percussions nombreuses.

Approchés par les micros, ceux-là livrent alors les éléments de deux suites fantasques inquiètes d’objets sonores inusités. Sifflements, plaintes, larsens, raclements, grincements, résonances des gongs... œuvrent – en faisant souvent fi des liaisons et persistances de la musique d’AMMeublement – à une électronique crépitante ou à une musique concrète ayant retrouvé la piste de ses instruments. La découverte de Teletopa est de taille ; ses surprises sont nombreuses.

Teletopa : Tokyo 1972 (SplitRec / Metamkine)
Enregistrement  14-26 septembre 1972. Edition  2014.
2 CD / 3 LP / Téléchargement  01 Improvisation 1 02 Improvisation 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]


  1  2  3  4  5    Fin »