Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Editions Lenka lente

Bill Nace, Steve Baczkowski : I Can Repay You (Open Mouth, 2014)

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En maîtrisant un feedback, Bill Nace entamait ce 11 juin 2014 un nouvel échange avec Steve Baczkowski : I Can Repay You, soit cinquante exemplaires d’un vinyle vendu exclusivement les soirs de concerts.

De la ligne longue du feedback en question, le duo fait un fil rouge : l’épaississant, Baczkowski facilite l’équilibre de Nace, avant de l’agiter ; frappant sur les micros de son instrument, le guitariste provoque alors une bruyante opposition que l’ampli finira quand même par avaler. En seconde face, les bruits sont plus terribles encore, élevés sur une boucle aux grands airs de sirène : renversé (comme la pochette du disque expose à l’envers aussi bien qu’à l’endroit le beau cliché de Peter Ganushkin), l’ampli crache maintenant quand le saxophone exulte : l’exposé de tremblante est brillant, son harmonie stupéfiante.

Bill Nace, Steve Baczkowski : I Can Repay You (Open Mouth)
Enregistrement : 11 juin 2014. Edition : 2014.
LP : A-B/ I Can Repay You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Noël Akchoté : Gesualdo. Madrigals for Five Guitars (Blue Chopsticks, 2014)

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Noël Akchoté est toujours là où on ne l’attend pas (ou plus). Hier il croisait sa guitare avec celles de Derek Bailey, Fred Frith, Eugene Chadbourne, Marc Ribot, ou la confrontait à l’inspiration de Luc Ferrari, Günter Müller, etc. Aujourd’hui, il la met au service des motets de Guillaume de Machaut ou des madrigaux de Monteverdi. Parce que, une chose : l’univers d’Akchoté est baroque, presque autant que la musique qu’il interprète sur Gesualdo.

Donc fini Sonny Sharrock, c’est le répertoire de Carlo Gesualdo da Venosa (1566-1613) qu’il reprend maintenant à la six cordes, plus précisément son Quinto libro dei madrigali a cinque voci. Par le passé, les voix de l’Hilliard Ensemble s'y sont collées pour ECM ; ici, ce seront cinq guitares, tenues par Akchoté, Adam Levy, Doug Wamble, David Grubbs (seigneur et maître de Blue Chopsticks) & Julien Desprez.

Donc aussi exit les paroles, alors concentrons-nous sur ces pièces « ligne claire » pour sopranos, alto, ténor et basse. Leur douce mélancolie, courtoise et disons même presqu’urbaine, est d’une efficacité inaltérable – c’est aussi pourquoi je prescrirais leur absorption par micropilules (après tout, les téléchargements à l’unité, Akchoté s’en est fait le champion !). Si l'on respecte la posologie, les premiers effets se feront rapidement sentir.

Noël Akchoté : Gesualdo. Madrigals for Five Guitars (Blue Chopsticks)
Edition : 2014.
CD / DL : Gesualdo. Madrigals for Five Guitars
Pierre Cécile © Le son du grisli

pratella

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Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang, 2014)

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Avec le soin qu’on lui connaît, le label Dancing Wayang – dans son catalogue, déjà deux duos recommandables : Okkyung Lee / Phil Minton et John Edwards / Chris Corsano – a enveloppé Alps, vinyle lourd qui retient deux improvisations enregistrées le 26 juin 2013 par Oren Ambarchi et Eli Keszler.

Le premier est à la guitare électrique et aux cymbales, le second à la batterie, aux percussions, aux crotales et aux cymbales aussi. Celles-là tournent forcément : sous l’archet, leurs sifflements de cristal accordent même les musiciens avant qu’ils ne s’expriment plus âprement. Quittant la rumeur (pour y revenir un peu plus tard), c’est alors Keszler qui crible sa batterie de coups secs et rapides, obligeant Ambarchi à intensifier ses plaintes persévérantes.

En seconde face, le guitariste prendra, sinon sa revanche, au moins le dessus : n’est-ce pas lui qui, le long d’un possible hommage à son camarade Keiji Haino, manie la saturation psychédélique qui presse la frappe de Keszler ? Deux fois convaincant, le duo se sera donc montré volontaire après avoir été plus subtilement turbulent.

Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang)
Enregistrement : 26 Juin 2013. Edition : 2014.
LP : A/ Alps I B/ Alps II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Thomas Ankersmit : Figueroa Terrace (Touch)

thomas ankersmit figueroa terrace

On ne sait pas très bien où veulent nous attirer le Serge analogue modular synthesizers customisé et les micro-contacts de Thomas Ankersmit mais, pour connaître le Monsieur, on fait confiance et on écoute. DATA affolé, aigus multiformes (du clic, du larsen...) avant l’arrivée de grosses basses nous disent à chaque instant qu’on devra recommencer (et sans doute recommencer encore) le voyage avant de reconnaître les paysages vus de la Figueroa Terrace

Mais le voyage surprend d’autant, et sa conclusion nous convainc qu’en effet on le refera… Après une demi-heure de projections sonores, c’est évident : Serge le synthé a de ces voix de sirènes auxquelles il est impossible de résister, allongées qu’elles sont sur un tapis de drones graves. Epatant !



Thomas Ankersmit : Figueroa Terrace (Touch / Metamkine)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Figueroa Terrace
Pierre Cécile © Le son du grisli 

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Rank Ensemble : Papilio Noblei (Leo, 2014)

rank ensemble papilio noblei

La résonance est amie, fondatrice. Elle s’installe en sous-sol au sein des glaises et des tourbes pour ne jamais s’évader. Dans ce havre de lenteur et de pénombre, la plus petite résonance est événement. La respiration résulte secrète, un râle de voix s’élève. Les mécaniques se dérèglent. Piano et harpe dorlotent de sombres rumeurs.

Sans effraction, Solmund Nystabakk (guitare, voix), Elena Kakaliagou (cor, voix), Saara Rautio (harpe, ukulélé) et James Andean (electronics, piano, flûte, mélodica) parcourent la large route des silences. Chaque particule de son soutient l’édifice. Chaque frôlement est tremblement d’âme. Un cor se présente à nous, des electronics réfléchissent leurs fines ondes, un mélodica module son souffle. Nous voici sous le charme. Et pour longtemps me semble-t-il.

écoute le son du grisliRank Ensemble
Papilio Noblei

Rank Ensemble : Papilio Noblei (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009-2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Janner 02/ The Promise 03/ Papilio Noblei 04/ My Lucky Star 05/ Huget 06/ Weitersfeld 07/ Revenge
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ben Bennett, Jack Wright : Tangle (Public Eyesore, 2014)

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Depuis quelques années partenaires réguliers (l’attestent Ohio Grimes and Misted Meanie et Wrest), Jack Wright (ici aux saxophones alto et soprano) et Ben Bennett (à la batterie et aux percussions) développaient récemment leurs recherches communes de sons si possible singuliers.

Pour ce faire, comme en atelier, le duo prend prudemment position avant de s’essayer à diverses combinaisons : les graves de l’alto traînant sur les rebonds étouffés de batterie, et c’est déjà la naissance d’une conversation. D’autant que Wright fait grand cas des propositions de son partenaire : ainsi rogne ou retourne-t-il quelques motifs soufflés en considérant les sinueux tapis de percussions que Bennett tisse sur l’instant. Au final, l’improvisation tient, qui confirme que la fréquentation de la jeunesse – hier déjà avec Bhob Rainey ou Matthew Sperry – profite à l’ouïe de Wright.

Ben Bennett, Jack Wright : Tangle (Public Eyesore)
Enregistrement : 2 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Embroiled 02/ Bogus Ferret 03/ You Itchy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Dan Weiss : Fourteen (Pi, 2014)

dan weiss fourteen

Le labyrinthe compositionnel proposé par Dan Weiss n’est pas sans atouts. Il n’est pas sans ambition également. Aidé en cela par une quinzaine d’ami(e)s musiciens (Jacob Sacks, Thomas Morgan, David Binney, Judith Berkson, Katie Andrews, Matt Mitchell, Miles Okazaki…), le compositeur organise et imbrique blocs, riffs et cadences en autant de saynètes lissées entre-elles et dans lesquelles s’ébattent des voix féminines toujours envoûtantes. 

Pour le batteur-compositeur-arrangeur, les sept parties de Fourteen prennent source autour d’axes rythmiques répétitifs. Cette base posée, Dan Weiss peut maintenant entrelacer les dizaines d’entrées qu’il a préalablement enregistrées. Ainsi vont se projeter et se révéler quelques moments forts et soyeux (le crescendo de la première partie en est un parfait exemple). Donc : ne pas s’étonner d’entendre drumming à épines, arpèges de guitare classique, piano solitaire, zeste de progressif, voix éthérées prendre plaisir à l’amalgame. Que mes vieux copains (humour !) de la M’Base Collective (auxquels les plus sourds n’hésiteront pas à rapprocher les deux entités) en prennent de la graine.

Dan Weiss : Fourteen (PI Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Part One 02/ Part Two 03/ Part Three 04/ Part Four 05/ Part Five 06/ Part Six 07/ Part Seven
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Birgit Ulher, Gregory Büttner : Araripepipra (Hideous Replica, 2014)

birgit ulher gregory büttner araripepipra

Quatre ans après l’enregistrement de Tehricks, Birgit Ulher (trompette, radio, objets, speakers) et Gregory Büttner (ordinateur, objets, loudspeakers) se retrouvaient. Preuves données : huit courtes pièces électroacoustiques réunies sur Araripepipra.

Inutile de chercher les clefs du langage qu’Ulher et Büttner ont en commun dans les titres donnés aux pièces en question. Reste l’accord, désormais plus évident, sur lequel l’une et l’autre vont désormais : aux lignes électroniques fragiles de son partenaire, Ulher répond par une suite de sons élevés en trompette ou même retenus sur ses lèvres ; constructions, que Büttner remplit de bestioles chantantes ou fait tourner sur machine-outil. Comme hier, l’art est miniaturiste, et l’expression abstraite. Ce qu’Araripepipra signifie peut-être.

Birgit Ulher, Gregory Büttner : Araripepipra (Hideous Replica)
Enregistrement : 4 et 6 avril 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Araripepipra 02/ Chaco-Pekari 03/ Igopogo 04/ Quagga 05/ Kongamato 06/ Aye-Aye 07/ Tzuchinoko 08/ Kouprey
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Black Fluo : Billion Sands (Pulver & Asche, 2014)

black fluo billion sands

Venu de nulle part, voie d’encore plus loin, le quatuor Black Fluo dévoile dès les premières secondes de son Billion Sands un sens du néo-classicisme fondant de romantisme exacerbé.

A la croisée d’une épopée mélancolique où le cadavre de Max Richter absorberait les vibrations laissées en leur temps par Blaine Reininger et Steven Brown en marge de Tuxedomoon (l’introductif La Fin - vous avez bien lu), l’Hélvéto-Ecossais Alan Alpenfelt intègre sa voix virile et affirmée au son de ses trois comparses à l’électronique (Alfio Mazzei), à la guitare (Francesco Giudici) et à la basse (Mario Pegoraro). Parfois, ça va chercher dans la boîte à ingrédients spoken word de Philippe Petit, notamment sur son très recommandable The Crying Of Lot 69 aux côtés d’Eugene S. Robinson, tout en demeurant nettement moins captivant. Et ce n’est pas qu’un euphémisme.


Black Fluo : Billion Sands (Pulver & Asche)
Edition : 2014
CD : 1/ La Fin 2/ Whisper 3/ Death Of A Sun 4/ Scarborough Fair 5/ Narcosia 6/ Les Vagues Caleidoscopiques 7/ Caledonia
Fabrice Vanoverberg  @ le son du grisli

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Dÿse : Das Nation (Cargo, 2014)

dÿse das nation

Amateur de grosses guitares et de batterie grosse itou, voilà Dÿse. Non, quoi ? Après les relans sempiternels de post-post-rock, voilà le post-punky-métal outre-Rhin. Es Muss Sein ? (allemand deuxième langue, petite) : est-ce qu’on va se faire humilier en rock par l’Allemagne aussi ? Non.

Parce que Dÿse-le – merde (en jeu de mots, l'Allemagne ne peut rien contre nous), c’était comment que j’y suis venu ? Un reportage sur Arte Radio ou une lecture furtive chez l’ORL de Télérama.de ? –, ça envoie du bois. Mais que du bois, c’est ça le problème, et de Thuringe encore. Alors, bing des relans de Fugazi youpi, mais aussi de (ouch) Rage Against the Machine et de (oucchh) Placebo (Waldbart, Spinne – là, je n’oserais le moindre jeu de mot). Encore plus bizarre, le titre Hans (non pas que ça m’inquiète) sent l’hymne à l’Adler mort.  

En vieux fan de Die Toten Hosen, j’avoue avoir eu du mal, non pas avec la langue – germain que j’adore quand le français dort encore – mais avec le « son pop rock » : métal boboïde, indécérébré (faut la placer, celle-là), rock RTL3 – et 3 vaut-il mieux que 2 ? Et, last but not letzte, quand ça choisit d’être trop fou, le rythme complète dékal’ titubant (et vociférant) comme un gros pourceau sis Alexanderplatz, c’est plus nul encore. Si c’est ça l’Allemagne, j’attendrais plus qu'elle revienne.

Dÿse : Das Nation (Cargo)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Waldbart 02/ Die Ai Wai 03/ Reudikamm 04/ STRT 05/ Nackenoeffner 06/ Out of Tune 07/ Spinne 08/ Hans 09/ Dÿsenation 10/ Sir Ist Maschin
Pierre Cécile © Le son du grisli

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