Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Sales rectangles / Vieux Carré de Guillaume Belhomme & Daunik Lazro
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Trevor Watts : Veracity (FMR, 2014)

trevor watts veracity

Pour s’affranchir encore de tout Ensemble ou Orchestra, Trevor Watts a pris l’habitude d’enregistrer seul. C’était hier The Deep Blue, aux saxophones, piano, synthétiseurs et percussions. C’est aujourd’hui Veracity, au seul saxophone alto.

Treize compositions, sur lesquelles Watts donne libre cours à ses envies et à son tempérament. Pugnace, et inventif encore, il adapte ses « folies » à un devoir de mélodie qui s’emparera de motifs prêts à souffrir tensions et torsions et qui se nourrira aussi d’inspirations généreuses.

Certes, les aplats dont il use sont moins replets que ceux de la peinture de Ruth Franklin choisie pour la couverture du disque – et l’on pourra regretter ce léger écho desmondien qui lustre l’alto – mais ses élans (répétitions, trombes, vrilles, entrelacs, hourvaris et soudaines délocalisations) peuvent être contrariants au point de surprendre, et même d’emporter.   

Trevor Watts : Veracity. Solo Alto Saxophone (FMR / Improjazz)
Enregistrement : juin 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ SOlus 02/ Alto Prestissimo 03/ Dreamind and Drifting 04/ Afrocentricity 05/ Echoes of Tradition 06/ Monadism 07/ Pleomorphism 08/ Space Signal 09/ Rolling 10/ Shadows 11/ Quito Nights 12/ Iberiana 13/ Veracity
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview d'Ellery Eskelin

interview ellery eskelin juin 2015 le son du grisli

Il reste des musiciens avares, de confidences et donc de disques. Ellery Eskelin, saxophone ténor de Baltimore installé à New York depuis 1983, est de ceux-là. Quelques leçons de Dave Liebman et le voici multipliant les collaborations : Andrea Parkins et Jim Black, Gerry Hemingway, Han Bennink, Sylvie Courvoisier, Dennis González… Cette année, c’est pourtant seul qu’il revient : ce dont Solo Live at Snugs atteste.



… Mon premier souvenir de musique, c’est ma mère jouant de l’orgue. Elle était musicienne professionnelle à Baltimore lorsque j’étais enfant. En l’écoutant jouer, j’ai appris beaucoup de chansons et j’ai forgé mon sens du rythme.  

Tu vois éditer aujourd’hui Solo Live at Snugs, qui n’est que ton second enregistrement solo…Oui, Premonition était le premier, Solo Live at Snugs est le second. Vingt-trois années les séparent.

Qu’est-ce qui a changé dans ta pratique instrumentale, et dans ta façon de t’exprimer, entre ces deux époques ? Lorsque j’ai commencé à développer mon projet de saxophone solo en 1992, je voulais que le saxophone agisse d’une autre manière, musicalement parlant. A travers le phrasé et d’extrêmes juxtapositions de texture sonore, j’ai essayé d’imaginer le saxophone comme s’il était tout sauf un saxophone. Après des années passées à envisager l’instrument de cette manière, je m’intéresse aujourd’hui au principe même qui fait qu’un saxophone est un saxophone. Ce que j’obtiens est toujours basé sur la texture et le phrasé mais j’essaye de jouer du plus profond de l’instrument, d’en trouver le cœur.

Tu as beaucoup joué en duos, est-ce la formule que tu préfères ? En solo, la musique a tendance à évoluer assez lentement dans le temps (en tout cas, pour moi) et je ne ressens pas le besoin de la documenter jusqu’à ce que quelque chose ait assez changé pour en faire état. Avec un partenaire, la musique est tout de suite différente, puisqu’elle dépend de la personnalité de celui-ci et de notre interaction.  

Dans un souci de préservation peut-être, de nombreux musiciens ont tendance à consigner le moindre de leurs enregistrements sur disque. Dois-tu forcément ressentir le genre de « changement » dont tu parles pour envisager de faire paraître un nouveau disque ? Je pense que chaque musicien est différent à cet égard. Moi, j’essaye de travailler une chose après l’autre. J’aime constater le développement d’un projet dans le temps, les changements qu’il peut connaître. Certains projets peuvent bouger plus vite que d’autres. Je pense que le solo se développe plus progressivement, d’autant qu’il est comme mon vocabulaire de base. Selon le projet auquel il est appliqué, ce langage peut dire différentes choses, ce qui aura pour conséquence que tel ou tel projet sera plus souvent documenté.

Tu as récemment travaillé avec de jeunes musiciens (Harris Eisenstadt et Angelica Sanchez sur September Trio, Christian Weber et Michael Griener sur Jazz Festival Willisau…). Comment les rencontres-tu et qu’apportent-ils à ta musique ?  Ce n’est pas difficile de rencontrer des musiciens à New York. Ils sont partout. Et il est important pour moi d’écouter les nouvelles choses qui se font en matière de musique, en tout cas autant qu’explorer ce qui s’est fait par le passé.

Enseignes-tu ? Oui, je donne des cours privés. J’aime beaucoup ça. Surtout en ce moment, d'autant que les programmes universitaires enseignent le jazz d’une manière qui me motive à proposer quelques nuances, notamment sur l’aspect créatif de la chose.

De quelle façon choisis-tu les musiciens avec lesquels tu veux enregistrer ? Je les choisis sur l’idée que je me fais de notre possible association – de ce qu’elle donnera au son. Surtout lorsque nos approches dépassent un certain seuil de contraste. Il y a des chances pour que cela donne un « instantané musical » plus ouvert.

Tes projets de groupes respectent-ils tous ce vœu ? Ils suivent le même chemin, que trace l’idée que je me fais de ce que pourrait être ma rencontre avec telle ou telle personnalité. Il doit y avoir des points communs aux joueurs, qu'il faudra relier les uns aux autres. Et aussi des différences entre les musiciens afin de rendre notre musique plus ample.  

Tu enregistres souvent avec des partenaires que l'on dirait réguliers. Est-il aisé de dire de « nouvelles choses » avec des musiciens que tu fréquentes depuis tant d’années ? Ce n’est pas si difficile. A partir du moment où ces musiciens évoluent aussi en tant qu’individus, nous pouvons envisager ensemble d’exprimer quelque chose de nouveau.

Tes partenaires ne développent cependant peut-être pas leur pratique de la même manière que toi, et peut-être leurs attentes sont-elles différentes… Est-il alors question d’accorder vos intérêts ou, sinon, de jouer sans se soucier de rien d’autre ? Il faut d’abord que nous soyons d’accord pour faire avec nos sonorités et nos approches respectives, et alors nous entendre pour faire de la musique ensemble, l’un avec l’autre.

J’ai toutefois l’impression (je peux me tromper) que les musiciens disent davantage de leur art en solo – que ce soit en concert ou sur disque… Oui, peut-être. Mais il n’y a nulle part où fuir. Et, d’un autre côté, une bonne part du travail d’un musicien et de sa personnalité est révélée dans son interaction avec d’autres musiciens…  

Qu’est-ce qu’un exercice comme le solo apporte alors de différent ? Un enregistrement solo m’offre la chance d’expérimenter un peu plus intimement le point de vue d’un interprète (performer), afin d’entendre de quelle manière tous les éléments musicaux sont liés dans son esprit.

Quelle est la part d’improvisation dans ce dernier solo enregistré ? Quelle est ton point de vue sur l’improvisation libre – je me souviens par exemple de Figures of SpeechSolo Live at Snugs a été entièrement improvisé. Dans mon esprit, l’ « improvisation libre » veut dire libre de jouer ce qui nécessite d’être joué, et non pas libre des conventions qui peuvent être consciemment évitées. De mon côté, je n’écarte aucune possibilité et m’efforce d’être capable de jouer ce que mon esprit peut imaginer. Mon premier disque solo, Premonition, était lui aussi improvisé mais contenait quelques processus déterminés à l’avance.

Y a-t-il des disques d’autres musiciens de jazz enregistrés en solo que tu apprécies particulièrement ? J’apprends toujours quelque chose de chacun d’eux.

Ellery Eskelin, propos recueillis en juin 2015.
Photos : Benjamin Constable & Dragan Tasic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ellery Eskelin : Solo Live at Snugs (hatOLOGY, 2015)

ellery eskelin solo live at snugs

Ellery Eskelin n’avait pas enregistré seul depuis ce concert de 1992 à la Knitting Factory que documente Premonition (Primesource). Fin 2013, il retournait au solo pour en interroger les intentions autant que les formes. En quatre temps : Turning a Phrase / State of Mind / Unwritten Rule / Weave/Warp and Woof.

Devant un autre public, le saxophoniste fait état d’une pratique sereine mais aussi versatile – c’est Hector Berlioz que l’on cite dans les notes de pochette, quand il célébrait la « variété de l’accent » de l’instrument saxophone. Souvent tiré vers ses aigus (au point de passer pour soprano sur Unwritten Rule), le ténor en position imbrique des phrases courtes avec une facilité déconcertante (Turning a Phrase) ou décoche des attaques capables de débarrasser de sa gangue une mélodie que son corps semblait enfouir et même vouloir garder pour lui.  

Ayant dénoué les fils – vingt années de tricotage en différentes compagnies – de son improvisation, le musicien atteste maintenant, dans la lenteur, que ceux-ci mènent tous à une seule et même destination : Ellery Eskelin en personne. Alors, il peut abandonner la note pour un souffle autrement révélateur – « Aucun autre instrument de musique existant, à ma connaissance, ne possède cette curieuse sonorité placée au bord du silence », écrivait encore Berlioz que ce Solo cite.

Ellery Eskelin : Solo Live at Snugs (hatOLOGY)
Enregistrement : 1er décembre 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Turning a Phrase 02/ State of Mind 03/ Unwritten Rule 04/ Weave / Warp and Woof
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM, 2015)

les massifs de fleurs t'es pas drone

Ce n’est pas le premier (mais faut dire que le deuxième) CD des Massifs de fleurs du chanteur « impopulaire » Frédéric Le Junter et du guitariste Dominique Répécaud. Mais T’es pas drône est mon premier Massifs de fleurs – on sait qu’il ne faut pas y pousser mamie (qui est cette personne ?), or c’est pas l’envie qui m’en manquera.  

Le duo œuvre dans le registre de la chanson décalée / expérimentale, de la ritournelle rock et de la poésie barge… Le duo, c’est aussi un gars de la campagne qui découvre l’électricité : l’accent de Le Junter débite des phrases courtes, des citations, des pastiches, des jeux de mots, des à-peu-près qui mélangent tous (mais alors tous) les genres, des Who des villes à l’Halliday des champs.

Mais bon. Ces exercices de styles et ces mini-phrases « rigolotes » m’ennuient pas mal, et je me raccroche à la guitare (c’est possible). Un blues / rock / no wave, qui enterre un peu cet arrière-goût de Didier Super plus que d’Annegarn & de Thiéfaine plus que d’Arno, mais bon… Au trente-huitième jeu de mots, je n’en peux plus. Mais je ne raccroche pas (déontologie oblige). Mais alors que je m'accroche, Le Junter me lance un « je me sens vieillir d’un coup sec » qui résume exactement ce que je ressens en ce moment. Et c'est là que je prends la décision (ferme) d'arrêter de vieillir. 

Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM)
Edition : 2015.
CD : 01/ Le progrès 02/ T’es pas drône 03/ On y reviendra 04/ Garde Ca 05/ Cà m’a plu 06/ My Degeneration 07/ Cà se jette 08/ Massifs 09/ Sarcophage
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Vertex, Axel Dörner, Andrea Neumann : Sustain Ability (Gigafon, 2014)

vertex axel doerner andrea neumann sustain ability

Le 24 septembre 2012, à l’Emanuel Vigelands Mausoleum, Andrea Neumann et Axel Dörner, qui se connaissent bien, faisaient corps avec un duo établi dans les parages : Vertex, soit Petter Vågan (guitare acoustique, électronique) et Tor Haugerud (batterie, générateur de signaux).

Ensemble ou par paires, les musiciens – qui ont appris à se connaître en tournée et, donc, font preuve d’une assez belle cohérence – improvisent un collage électroacoustique chamarré. Là, succèderont aux premiers feulements des rumeurs élevées sur surfaces rotatives, une courte suite d’artefacts concrets, des sons tenus envahis par des parasites, des cordes pincées ou un chant de cuivre, des signaux sonores enfouis sous un lourd climat de brumes...

Se renvoyant les grands signaux mis au jour par les musiciens, les murs de l’endroit auront parfait l’improvisation, qui a au moins le mérite de changer et Dörner et Neumann de leurs champs d’abstraction mécanique respectifs.

Vertex, Axel Dörner, Andrea Neumann : Sustain Ability (Gigafon)
Enregistrement : 24 septembre 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Sustain Ability
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Carole Rieussec : L'étonnement Sonore. Objet de pensée sonore en mouvement (Césaré, 2014)

carole rieussec l'étonnement sonore

L’auditeur aura-t-il la volonté de suivre toutes les indications-étapes proposées par Carole Rieussec (Kristoff K. Roll) concernant ce voyage en étonnement sonore* ? Je ne sais. Mais je sais qu’aujourd’hui le chroniqueur s’y est refusé. Comme avec Godard, le chroniqueur demande à y retourner. Et peut-être même d’y replonger, ici-même. A vrai dire, le travail de Carole Rieussec m’évoque les dernières propositions filmiques de l’ermite de Rolle. Est-ce un hasard ? Les œuvres nous questionnent, nous découvrent. Toujours y revenir…

Les signes sont parmi nous et ces signes sont silences, hésitations, profusions et expériences, vibrations, rythmes et mouvements, sensations, témoignages. A travers des voix uniquement féminines, Carole Rieussec interroge, guide, imagine, rend palpable l’impalpable. Puissance de la parole (Lui encore) pour nous dire d’où viennent les sons. Mais où vont-ils ? Promis, j’y reviendrai. Ici, même.

Carole Rieussec : L’étonnement sonore / Objet de pensée sonore en mouvement (Césaré / Metamkine)
Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ La mise en abîme 02/ De la parole 03/ C’est la joie ! 04/ Objet de pensée sonore – CD2 : 01/ Séquence 1 02/ Séquence 2 03/ Séquence 3 04/ Séquence 4 05/ Séquence 5 06/ Séquence 6 07/ Séquence 7 08/ Séquence 8
Luc Bouquet © Le son du grisli

* La vidéo ci-dessous correspond à la partition vidéographique de L'étonnement sonore. Le chronomètre symbolise le haut-parleur. Cette partition de la diffusion du son dans l'espace a été réalisée par Carole Rieussec, Johann Maheut et Guillaume Robert en collaboration avec la chorégraphe Clara Cornil. S'il veut en apprendre davantage encore sur le vaste projet qu'est L'étonnement sonore, le son du grisli renverra son lecteur au site qui lui est consacré.

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Heldon : Live in Paris 1975 / Live in Paris 1976 (Souffle Continu, 2015)

heldon live in paris 1975 1976

Ce week-end (très fort, pour couvrir des réappropriations de Smells Like Teen Spirit qui avaient pourtant un intérêt, au moins sociologique) j’ai écouté toute une face d’Heldon (la B de 1976) à la mauvaise vitesse. Je n’aime pas me faire avoir de la sorte. D'autant que j’ai aimé cet instru déterritorialisé (deuleuzien d’inspiration), que j’ai trouvé un peu mou quand même. A la bonne vitesse (45), le solo de guitare psyché en arrière sur le beat répétitif avait encore plus d’allure. Schön.

M’étant promis de bien détailler les trois faces qui me restaient à écouter de ces deux nouvelles sorties Souffle Continu, j’entamais l’escalade de la face A de 1976 = 1984 après cosmic c’était. La tête me tournit. Mais je fisus avec. Richard Pinhas parle un peu avant de reprendre sa six cordes et sa palette de couleurs que les moog de Patrick Gauthier et la batterie de François Auger projetteront sur les murs du Palace. Urgent, et nerveux : protransgressif / prog&transgressif.

Le live de l’année précédente, c’est en 33 tours qu’il faut le passer. Est-ce parce que ça tourne moins vite que la musique est plus obscure ? Les loops de synthé luttent contre les guitares et sur le champ de bataille c’est Pinhas et Alain Renaud qui s’activent. Alors quoi, rock modal ou blues sceptique ? Il suffira de retourner le vinyle (ah les belles couleurs) pour que les basses deviennent des aigus qui tirent le duo vers le haut. & dans un tourbillon Heldon tire sa révérence. Et moi j’en veux encore, en 45 ou en 33.


 
Heldon : Live in 1975 (Souffle Continu)
Enregistrement : 1975. Edition : 2015.
LP : A1/ Heldon Is Back A2/ Lady from the North B1/ Klossowski’s Circlus Vitiosus B2/ Death of Omar Diop Blondi B3/ Track of Cocaine

Heldon : Live in 1976 (Souffle Continu)
Enregistrement : 1976. Edition : 2015
LP : A1/ 1984 après cosmic c’était B1/ Distribution Déterritorialisation
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Han-Earl Park, Catherine Sikora, Nick Didkovsky, Josh Sinton : Anomic Aphasia (Slam, 2015)

han-earl park catherine sikora nick didkovsky josh sinton anomic aphasia

Pris en étau entre les feux croisés de deux guitaristes allumés (Han-earl Park, Nick Didkovsky), le saxophone ténor de Catherine Sikora combat pour exister. Situation épineuse pour une improvisatrice en attente de parole. Détectant la fatigue des deux lascars, la voici se révélant : phrasés rêches et coriaces, parfois solitaires et toujours infectant une plaie, désormais forée en commun. Ceci pour le trio Park-Didkovsky-Sikora.

Le dialogue semble plus aisé, plus fluide, quand s’éloigne Didkovsky et que se rapproche Josh Sinton (saxophone baryton, clarinette basse). Emballements des deux souffleurs, crises soniques et grésillantes du guitariste, ténor flirtant la soie ou s’égosillant sans compter : ces trois-là s’accordent en lamentations et souffrances perverses. Ceci pour le trio Park-Sikora-Sinton.

Han-earl Park, Catherine Sikora, Nick Didkovsky, Josh Sinton : Anomic Aphasia (Slam)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Monopod 02/ Pleonasm 03/ Flying Rods 04/ Hydraphon 05/ Stopcock
Luc Bouquet © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet

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John Russell : With... (Emanem, 2015)

john russell with thurston moore evan parker

Quelques problèmes de cœur n’auront pas empêché John Russell de fêter son soixantième anniversaire, sur la scène du Café Oto de Londres, le 19 décembre 2014. C’est l’enregistrement qui nous intéresse, exposant le guitariste auprès d’invités de marque.

Un à deux par plage : Henry Lowther et Satoko Fukuda sur la première, où cette guitare sèche au goût de métal traîne entre une trompette parcimonieuse et un violon plus lyrique (si l’équilibre est instable, c’est que le lyrisme pèse) ; Phil Minton sur la seconde, dont bouche et gorge rivalisent d’effets capables de contrer notes étouffées et fulgurances de guitare-banjo ; Evan Parker (au ténor) et John Edwards, qui ne forment pas de duo puisque le contrebassiste travaille avec Russell à la création d’un formidable instrument à cordes ; Thurston Moore, enfin, qui oblige son partenaire à envisager l’ampli comme un second instrument au moyen duquel inventer autrement.

A l’intérieur de l’étui cartonné, un livret de huit pages revient sur l’événement, consignant les interventions de Russell avant chaque improvisation et une sélection de photos. La dernière, qui montre Moore et Russell devant quelques bougies, fait écho aux mots qu’il adressa à Martin Davidson quelques jours après le concert : « I had a ball and Joanna (sa compagne, nldr) said she hadn’t seen me so happy for weeks. »

John Rusell : With… (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 19 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ The First Half of the First Half 02/ The Second Half of the First Half 03/ The First Half of the Second Half 04/ The Second Half of the Second Half
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Regler : #3 Free Jazz/Noise Core (Turgid Animal, 2014)

regler free jazz noise core

Un groupe inconnu c’est toujours sur la pochette la recherche d’un nom qu’on connaît. Cette fois, c’est le nom de Rashad Becker, qui a « masterisé » ce double CD de Regler (mais qui se cache derrière Regler ? aucun nom n'est donné). Et on peut faire confiance à Becker.

S’il se cache sous les bannières free jazz & noise core, c’est plutôt le moto de Regler (« play as hard and fast as possible for an hour ») qui joue ici. Parti à un train d’enfer (vous me passerez cette expression pré-tram), le duo (puisque c’est d’un duo qu’il s’agit : Mattin / Anders Bryngelsson) guitare / batterie invite deux acolytes à jouer une heure en sa compagnie.

Sur le premier CD, c’est le bassiste Henrik Andersson qui crache avec lui une improvisation noise des plus remontées. Les pédales d’effet en sus, les guitaristes rivalisent d’acharnement et s’occupent des « nuances » « mélodiques » (ouch, quatre guillemets !) d’un bourrinage en règle qui perd parfois de sa cadence. L’exercice peut sembler monotone en façade dans les premières minutes, mais l’oreille perçoit bientôt plusieurs couches au noise core.

Avec le saxophoniste (soprano, si je ne me trompe) Yoann Durant, Mattin et Bryngelsson s’essayent au free jazz. Non pas à la Ornette, mais plutôt le même noise avec un sax en plus. La guitare électrique tapisse en plus épais et le soprano cavalcade dru ! Il peut aussi garder le silence pour laisser l’auditeur souffler jusqu’à ce qu’il se reprenne (et il n’attendra pas longtemps) un grand coup de cymbale ou un retour de fuzz bien placé. Par hush hush, donc, mais harsh harsh... Gros conseil !

Regler : #3 Free Jazz/Noise Core (Turgid Animal)
Enregistrement : 12 février 2014. Edition : 2014.
2 CD : CD1/ 01/ Noise Core – CD2 : 01/ Free Jazz
Pierre Cécile © Le son du grisli

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