Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Sales rectangles / Vieux Carré de Guillaume Belhomme & Daunik Lazro
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni, 2014)

bryan eubanks bornholmer suite

Malgré le signal (aigu, très aigu même) envoyé par Bryan Eubanks au début de cette suite tout en « open circuit feedback », on ne s’en remettra pas… mais on tiendra le coup, vu que le CD recèle de surprises, aussi perçantes soient-elles !

C’est ici ou là ou un peu plus loin un module rythmique qui fore et/ou qui crachote, là ou ici un exercice de déformation sonore, ailleurs ou là une loop à parfaire (ce sont mes pièces préférées), là ou ici encore un cristal, une cavalcade, un suraigu en contrechant, etc.

En tout, c’est cinquante plages (là-dessus, pas plus d’une dizaine à qui chipoter de l’intérêt) et au final une fantasia bruitiste (ou un noise épique) dont la diversité est la première qualité. Maintenant, si nous voilà rassasiés de convulsions électroniques des questions se posent encore sur les circuits ouverts et cette façon qu’ils ont de s’autoalimenter !

écoute le son du grisliBryan Eubanks
The Bornholmer Suite (extrait)

Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01-50/ The Bornholmer Suite
Pierre Cécile © le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #14

ldp 2015 12 mai

Bielefeld, 118 mètres d'altitude. Là, le trio Leimgruber / Demierre / Phillips était attendu le 12 mai dernier. Pour y jouer, au Bunker Ulmenwall.

12 mai, Bielefeld, Allemagne
Bunker Ulmenwall

- The Bunker U. Played there a few times these past years, with Urs and Jacques, also with Malcom Goldstein. Wolfgang, the main man these past 20 years or so and who is still hanging in there tho it seems that he is not as much in charge as in the old days, was present and reminiscing. He and another face from the "old" days looking through the books and their own memories. "Oh Barre, do you remember playing here in 1974 with Paul & Limpe Fuchs?" Actually I don't. I do, of course remember Paul & Limpe and that we shared a few stage adventures we shared together 40 some years ago. I wonder what they're doing now? But these old fans, who ran the organizations that could put on concerts of the music of their choice... are slowly disappearing. Heinz Bonsack. Early 70's in the Ruhrgebiet. Heinz was a successful dentist who lost his parents during WW-2. During the war he kept his sanity together and hope in his heart aided by his sole possession, a 78 rpm jazz recording (I can't remember of which group). Taking care of this breakable disk became his purpose and Dada during that impossible time. After the war an uncle took charge of the family and dealt out orders to the younger members of what they should do. "Heinz, you will be a dentist." And Heinz followed orders,  went to school etc.etc. and by the early 70's had made a success of it. So he started to "pay back" the spirit and force that had sustained him throughout the war. He started to organize concerts  (and pay the deficits). I seem to recall the young Kurt Renker being a kind of "advisor" in terms of programming. And it was Free Jazz and other flavors that huddled around that jazz of the day that he programmed. He had a huge house and part of the deal was that you stayed there, for a day or two. And during the time in his house he was constantly taking photos, bits of film, of the invited musicians. Filming and or recording the concerts hadn't started yet. But Heinz was documenting the musicians stayiing in his house. He explained that he did it for his old age, when he would retire. To be able to listen to his vast collection of jazz LP's and look at the photos of all the musicians who had stayed at his house and whom he had filmed as they drank their way through his well stocked, quality liquor cabinet and wine cellar. He even re-did Stu Martin's entire mouth for free. A really loveable character. But that spirit, of giving a lot of time and money to jazz by producing it, seems to be dying out. Young people who have the energy, the will, the possibility to make things happen on their local music scene and do must be elsewhere than in contemporary jazz and free improvisation. Cycles - Times -  No regrets. And the next train was early in the morning.
B.Ph.

Der Bunker Ulmenwall besteht seit 1956 und zählt zu den ältesten Jazzclubs der Nachkriegszeit in Deutschland. Die Aktivitäten des Bunkers sind Teil der städtischen Kultur- und Jugendförderung. In den frühen 70er Jahren hat hier fast die ganze internationale crème de la crème des Free Jazz gespielt. Mein erstes Konzert im Bunker führt auf eine meiner ersten Auslandtourneen 1974 mit der Gruppe „OM“ zurück. Seither hatte ich immer wieder die Möglichkeit aktuelle Projekte vorzustellen. Über lange Jahre hatte der WDR zahlreiche Konzerte im Bunker aufgezeichnet, historische Momentaufnahmen improvisierter Musik.
Der Konzertraum des Bunkers, eine ehemalige Untergrundstation, umfasst verschiedene, offene Räume, die nicht voneinander abgetrennt sind. Die Musiker spielen in der Mitte.
Die Ressonanz  und die Halleinheiten im Raum unterscheiden sich, sie verändern sich, indem ich Richtung des Klangs beeinflusse. Das Publikum sitzt auf drei verschiedenen Seiten.
Eine neue Situation. Ein anderes Publikum. Wir spielen nicht in der gewohnten Aufstellung, denn das Klavier lässt sich nicht anders positionieren. Es steht da wo es steht.
Barre steht weder links noch rechts. Er steht gegenüber von Jacques und mir. Durch diese  Positionierung entsteht eine andere Hörsituation. Wir spielen ein einstündiges Konzert. Ein langes Stück mit kurzen Unterbrüchen. Im Anschluss machen wir eine ungewohnte Pause, um uns nochmals von neuem auf dem Raum einzulassen. Danach spielen wir als Fortsetzung einen zweiten Teil. Die Zuhörer nehmen aufmerksam am musikalischen Prozess teil. Wolfgang Gross, seit 20 Jahren Verantwortlicher für das Programm im Bunker meint zum Schluss: „Bei solchen Konzerten wie heute Abend weiss ich wieso ich solche Konzerte organisiere. Die Arbeit und das Engagement durch die Musik wird voll und ganz belohnt“.
U.L.

La scène du Bunker Ulmenwall de Bielefeld est unique. A la fois peu commode et pourtant toujours agréablement surprenante. On y accède directement par une sorte d'arcade, une trouée dans le béton d'un couloir parallèle au bar et l'on s'y retrouve directement entouré par le public. Comme à chaque concert avec piano, les spectateurs sont assis de part et d'autre du K. Kawai, GS-40, 1791005, soigneusement parqué ce soir contre l'unique mur de scène. Je tourne le dos à une partie du public et je regarde l'autre droit dans les yeux. Un modèle d'instrument supérieur, plus long, n'aurait pas trouvé place sur cette petite scène. La position du trio est légèrement différente du fait de l'exiguïté de l'espace. Le saxophone est en partie caché par le flanc droit du piano japonais et son absence visuelle affecte mon écoute. Pour autant les corps de Barre et Urs sont plus présents que jamais, démultipliés par un large miroir accroché au mur, au-dessus de l'entrée de scène et par une multitude de surfaces miroitantes recouvrant plusieurs piliers qui rythment l'espace séparant le triptyque salle-scène-salle. En cours de balance, ces jeux de miroirs font surgir en moi, dans un souvenir parallèle, Okkyung Lee et Tchouang Tseu, deux noms que rien ne rapproche, si ce n'est leur sonorité asiatique à mes oreilles européennes. J'avais capturé l'image réfléchie et sud-coréenne de Okkyung, il y a deux ou trois ans, avant un concert en duo dans ce même lieu, où nous avions ôté le couvercle du piano et joué face à face, piano découvert contre violoncelle, faisant ainsi sonner, yeux dans les yeux, une croix formée par l'alignement des instruments et les regards croisés des spectateurs. Le regard de quelqu'un qui écoute, public ou musicien, est toujours troublant : à la fois présent et absent, comme si il était là pour garder un secret inconnu de lui-même - l'anagramme n'est sûrement pas fortuite -, là comme la trace d'un éblouissement intérieur face au vide dont parle précisément le philosophe chinois Tchouang Tseu, quand il associe esprit et miroir pour évoquer le vide de l'esprit accompli, qui tel le miroir, ne conserve rien n'y n'anticipe quoi que ce soit. Un vide qui permet de puiser dans l'infini des possibles et de réagir spontanément aux situations nouvelles qui se présenteraient. Cinq jours après le concert à Bielefeld, j'ai trop attendu. Le vide manque pour parvenir à terminer ce texte dans un même geste spontané que ceux qui ont accompagné mes précédentes contributions au carnet de route. Car ces courts textes, ces photos sont inséparables de leur moment d'origine. Proposé initialement par Guillaume Belhomme, le principe du carnet de route a progressivement et organiquement pénétré la tournée Listening, en ajoutant au parcours dessiné par l'enchaînement des concerts, comme une extension aux son du trio, un entrelacs polyphonique de commentaires personnels et d'images. Et là aussi, comme cela a toujours été le cas pour notre musique, privilégiant la surprise et la découverte commune dans l'instant, sans que nous en parlions ensemble.
J.D.

P1100253

Photos : Jacques Demierre

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The Pitch : Xenon & Argon (Gaffer, 2015) / Frozen Orchestra (Amsterdam) (Sofa, 2015)

the pitch xenon & argon

Attention, quatuor inusité à l’horizon pour musique sublim(inal)e. Décliné en deux étapes où la basse, le vibraphone, l’harmonium et la clarinette tournent incessamment autour du point d’équilibre, et c’est pour souvent atteindre la grâce, Xenon & Argon du collectif The Pitch expose en deux langoureuses mélopées un attachement indicible à la micro-mélodie, mais aussi au drone, et il est tout en doigté introspectif.

Autour d’harmonies aussi étranges que sublimes, Morten Olsen, Koen Nutters, Boris Baltschun et Michael Thieke jouent avec nos perceptions sonores, qu’ils se plaisent à titiller à l’envi. Hors de toute sérénité malveillante, ils font grincer leurs instruments juste ce qu’il faut sur les 18 minutes de Xenon, même si le second titre, Argon, s’épanche avec moins d’originalité, en un épisode où le drone est marqué de l’empreinte hypnotique de Luigi Dallapiccola rencontrant My Cat Is An Alien et Peter Rehberg.

The Pitch : Xenon & Argon (Gaffer Records)
Edition : 2015
LP : 01/ Xenon 02/ Argon
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

the pitch frozen orchestra amsterdam

Le Frozen Orchestra, c’est The Pitch avec des invités, et pas des moindres : Lucio Capece, Johnny Chang, Robin Hayward, Chris Heenan, Okkyung Lee et Valerio Tricoli. Sur le drone d’harmonium il y a donc du monde, mais les choses se passent bien, si bien que les instruments acoustiques se confondent rapidement pour « densifier » l’architecture grandiose de ce live. Amateurs de drones et d’électroacoustique vibratoire, Frozen Orchestra (Amsterdam) est fait pour vous.

The Pitch : Frozen Orchestra (Amsterdam) (Sofa)
Enregistrement : 26 février 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Side A 02/ Side B
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Peter Ablinger : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2 (GOD, 2012 / 2013)

peter ablinger regenstücke

C’est pas pour rien, le parapluie – oui, gars, j’ai décidé de commencer par le second des deux volumes de ce duo de volumes de paire de disques de Peter Ablinger… C’est que ça tombe, et des cordes encore, mais des cordes qu’on aurait cellophanées, cotonnées, étouffées dans le gras de la goutte. Et maintenant que ça canarde, je m’aperçois que ce sont des cordes d’Ensemble… Sitôt remarqué, sitôt disparues !

Blang ! D’autres gouttes (mon frère) mais plus petites et des bouts de voiture qui passent. Quoi comprendre ? Stadtoper fut ma première rencontre avec l'Ablinger Kompositor (from Vienne). Et ça tombait bien. La voiture est un avion, m’en fiche, trop tard c’est écrit que c’est une voiture. De quelle manière un compositeur contemporain (oui, on est là dans le champ du classic’contemp’) peut-il demander à son « ensemble » « toi, gars, tu me fais l’avion » et « toi, le feu qui crépite sous la pluie ».

Blang encore face 2 !! Et c’est de la percu triomphante, combien qu’y sont ? que diable qu’en sais-je ? Mais ça goutte encore, ce qui rattache le truc au filigrane du parapluie parce que ça tombe. Vous me direz « il tourne autour du pluie », mais parce qu’impossible de décrire d’une autre manière qu’en me souvenant...

En me souvenant de cette fille embrassée sous la pluie, de ses lèvres rouges, de cette pluie qui tombe, de cette fille qui court sous la pluie, et de moi mouillé. Après quoi, le dodécacophonisme (d’orchestre) ou la tempête de clavier (ça, c’est le premier volume de Regenstücke. pas aussi beau que le second, mais pas mal quand même). Mais revenons à nos baleines : vous est-il arrivé de pleurer sous la pluie (pour une fille aimée, un enfant battu, un animal qui meurt.................) ? Non ? Alors Regenstücke 2 !

Peter Ablinger : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2 (GOD)
Edition : 2012 / 2013.
2 LP : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Thomas Köner : La Barca (Autoproduction, 2014)

thomas köner la barca

Auteur du plutôt dispensable Novaya Zemlya, tel un souvenir mitigé en-deçà de Jana Winderen, Thomas Köner refait parler de lui en 2015 – et c’est peu dire qu’on revoit notre jugement.

Flashback vers 2009, année initiale de sortie de La Barca que l’artiste allemand a l’excellente idée de rééditer en version digitale, augmentée d’inédits pas tombés du camion. Voyage en douze étapes autour d’un monde, l’œuvre ramène ses field recordings, d’une précision ambient exemplaire – avis aux fans de Chris Watson et Mika Vainio – d’entre Tokyo et Hambourg, en passant par Damas, Venise ou Brisbane.

Et si d’aucuns y verront le signe d’un monde où les atmosphères s’universalisent au point de se confondre, et où la nature anxiogène des grandes métropoles joue son rôle, c’est qu’ils sont rétifs aux éléments linguistiques des instants captés, qu’ils soient en avant-plan ou plus discrets.

Thomas Köner : La Barca (Autoproduction)
Edition : 2014.
Téléchargement : 01/ Tokyo (Hour One) 02/ Nice (Hour Two) 03/ Cairo (Hour Three) 04/ Rome (Hour Four) 05/ Manhattan (Hour Five) 06/    Damascus (Hour Six) 07/ Paris (Hour Seven) 08/ Spitsbergen (Hour Eight) 09/ Jerusalem (Hour Nine) 10/ Venice (Hour Ten) 11/ Montenegro (Hour Eleven) 12/ Barcelona (Hour Twelve) 13/ Vasabron, Stockholm 14/ Retiro Station, Buenos Aires 15/ Dalmatinska, Beograd 16/ Calle De Argumosa, Madrid 17/ Bilderdijkkade, Amsterdam 18/ Forest, Brisbane 19/ Century Park, Shangai 20/ Glyfada, Athens 21/ Santa Cruz, La Palma 22/ Hochallee, Hamburg Video 1/ La Barca Tokyo Installation
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #13

ldp 13 10 mai

La route est longue, qui mène du Mans à Hofheim, en Allemagne. Commandée par Listening, les trois musiciens du trio LDP l'ont pourtant faite, en compagnie de Thelonious Monk, notamment.

10 mai, Hofheim, Allemagne
Jazz:yl Freiklang Freunde e. V. in der Stadthalle

The spiral – On the road. Having spent a lot of time on the road, on this trip, on previous similar ones throughout  50 years of concertizing, I've come to realize that the act of the concert becomes THE moment of truth in our (the travelers') lives. The concert in Hofheim was a good example.
Third day in a row to play for the public. Get up early (that's no big deal) and off to the first of 3 trains which left Le Mans around 9:30. Two trains and 7 hours later arriving in Frankfurt where our hosts are awaiting us (with enthusiasm and good humor) and whisk us off to Hofheim and its townhall. We didn't play in their jazz club. Apparently their upright piano would not have been worthy of us so they rented a room in city hall which does have a sort of grand piano. It's the pacing of the days that are like this – Sleep as you can with the bit of hotel night you have, do the traveling, sleeping as much as possible, do the loadings and unloadings, go to the wonderful meal that the organizers wives have prepared for you but which you can't really enjoy because there's only 45 minutes to eat before you have to slowly dash up to the hotel to put on a clean shirt and back downtown for the concert. And it works. Your body, mind and spirit have learned to get the pacing just right so that you are in top form with that first downbeat which is the start of the concert. The performing musician's handicap is that each concert is the last one ever. It's never going to get any better than it is  today. The concert is "do or die" time. This moment is your truth and the groups truth. Yes, of course their are better days, when the piano is fantastic or the acoustic of the venue very rich and rewarding. Days when my bass just seems to play itself, etc. etc. But that doesn't change the fact  that today is it. That's all you get.
Anecdote –
1966 – I worked for awhile in a trio accompanying Gloria Lynn, Grassela Oliphant on drums and Roland Hanna on piano. We were out in Cleveland for Labor Day weekend, playing in a big supper club. There were two bands on the show – Monk's quartet (Ben Riley, Butch Warren, Charley Rouse) followed by Gloria Lynn. The last night, the last show over, I was crossing the room, bass in tow, when here comes Mr. Monk, on his way to the stage. He stopped me and said "Bass, you played good ...(pause) tonight". I'm almost positive that he hadn't listened to the two previous nights. But then again I hadn't seen him on this 3d night either, except when he was performing. Wow, Thelonious Monk spoke to me. But what did it mean? Why the pause before and special sound on "tonight". I made my own story from there.
B.Ph.

P1100242

Um 9:27 geht unser Zug von Le Mans Richtung Paris. Heute ist Sonntag, wenig Verkehr.
Die Taxifahrt vom Gare de Montparnasse zum Gare de l’Est dauert 20 Minuten.
Es reicht gut für einen Kaffee an der Baguette Bar. Dann geht’s mit dem TGV weiter nach Karlsruhe. Plötzlich steht unser Zug still. Die Durchsage meldet eine Signalstörung.
Die Weiterfahrt verzögert ich auf unbestimmte Zeit. Plötzlich fährt der Zug weiter. Wir erreichen Karlsruhe mit einer Verspätung von 20 Minuten. Da sich unser Anschlusszug ebenfalls um 20 Minuten verspätet, erreichen wir ihn zeitgerecht. Das timing stimmt.
In Frankfurt Hbf werden wir von Roland und Arno, zwei Mitgliedern der Vereinigung Freiklang e.V. abgeholt und mit dem Auto nach Hofheim gefahren. Verspätet treffen wir in der Stadthalle zum Soundcheck ein. Nun geht es Schlag auf Schlag. Wir positionieren uns und spielen ein paar Töne. That’s is it. Um 18:00 sind wir bei Esther Arvay und den Freiklang Mitgliedern zum Nachtessen eingeladen. Wir werden mit einem mehrheitlich vegetarisch und vitaminhaltigen Essen im Eiltempo verköstigt. Dazu wird roter Spätburgunder serviert. Wir fahren kurz zum Hotel, um uns zu erfrischen und das Hemd zu wechseln. Um fünf nach acht Uhr treffen wir in der Stadthalle ein.
Kurz darauf beginnt das Konzert nach einem intensiven Reisetag. In der ersten Reihe sitzen zahlreiche Fotografen mit ihren Kameras. Sie nehmen uns sofort mit ihren Objektiven ins Visier. Wir lassen uns nicht irritieren. Die Musik nimmt seinen Lauf. Dennoch ist es schade und störend, dass während wir Musiker spielen sich die Fotografen auf ihre Kameras konzentrieren, als mit den Ohren der Musik zu folgen. Und sie stören dabei vorallem die andern Zuhörer. Beim ersten Unterbruch fordert Barre sie auf das Fotografieren einzustellen. Die betreffenden Fotografen sind erstaunt und ein bisschen schockiert, die Zuhörer sind erleichtert und froh, dass sich nun endlich alle auf die gespielte Musik einlassen. Das Konzert nimmt seinen Höhepunkt mit einem sich langsam aufbauenden Crescendo mit explosiven Strecken im Fortissimo und längerem, nachhaltigem Ausklang. Während dem Applaus laden wir die Fotografen zum photo shooting ein. What a busy day?
U.L.

P1100239

Ce soir-là, même avec un piano aussi peu engageant que le K. Kawai, GS-30, 1484335 P, c'est à l'entame du premier son du concert – comme une bascule vers un état de possession provoqué par le son d'un tambour – que j'ai senti une nouvelle fois le lien qui me relie non seulement aux amis musiciens présents, mais aussi, comme par effet de diffusion ondulatoire dans l'espace et le temps, à la nature et au monde. Aussitôt la musique attaquée, une forme d'intuition prend la place occupée par la pensée rationnelle. Une intuition qui est intelligence perceptive, un état modifié de conscience qui me permet de travailler avec des éléments sonores que je croyais ne pas connaître, mais que je reconnais à ce niveau de perception comme me constituant. Je me rends compte de cette transformation, je l'observe, mais je ne veux rien y faire, car cela me la ferait perdre. L'idéal étant de maintenir cet état modifié, de le contrôler sans l'influencer, de le laisser tracer pour moi ma propre connaissance perceptive. Souvent je n'ai presque aucun souvenir précis de ce que j'ai joué – un peu comme un rêve éveillé dont j'aurais immédiatement oublié le contenu – mais le contact avec le réel qui a été vécu ne fait intérieurement aucun doute. La composition improvisée me pousse à me séparer de moi-même, à abandonner la représentation que je me fais de moi-même jouant. Pratiquer les sons improvisés consiste peut-être essentiellement à augmenter nos capacités à rejoindre des espaces sonores autrement cachés par la représentation rationnelle que nous pourrions en avoir. Question ouverte. Quoi qu'il en soit, ce fut une chance de retrouver cette confiance perceptive évoquée, à l'écoute du premier son sortant de ce piano Kawai, un crapaud aux pieds en trèfle à quatre feuilles.
J.D.

Photos : Jacques Demierre

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Brötzmann, Sharrock : Whatthefuckdoyouwant (Trost, 2014) / Brötzmann, Edwards, Noble : Soulfood Available (Clean Feed, 2014)

peter brötzmann sonny sharrock whatthefuckdoyouwant

La rencontre date de mars 1987 : sortis de Last Exit, Sonny Sharrock à la guitare électrique et Peter Brötzmann aux saxophones alto, ténor et basse, et tarogato, échangeaient à Wuppertal. Onze pièces – allant de trois à presque dix minutes –  sur lesquelles s’opposent, sur un même entendement, une presque même esthétique, deux pratiques rugueuses.

Inutile d’insister : le sauvage opère. Notamment quand le guitariste et le saxophoniste entament d’un commun accord l’ascension d’une improvisation que se disputent pics et aiguilles et qui, subtilement (et quitte à donner dans le cliché), dessinent les profils d’Hendrix et d’Ayler. A tel point qu’on interrompra rapidement les recherches : qu’importe si le corps de Bill Laswell fut emporté par l’avalanche, le duo de survivants nous va très bien.

Peter Brötzmann, Sonny Sharrock : Whatthefuckdoyouwant (Trost)
Enregistrement : 9 mars 1987. Edition : 2014.
CD : 01-11/ Whatthefuckdoyouwant
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

peter brötzmann steve noble john edwards soulfood available

Hurler disait-il. Et il le fit. Plus de quarante années au service de la convulsion et toujours pas une ride, pas une once de répit. Peter Brötzmann aurait-il mis de l’eau dans son schnaps ? Que nenni, ici : ça crispe, ça bastonne comme au bon vieux temps des Machine Gun et autre Fuck de Boere. Tout juste, John Edwards et Steve Noble parviennent-ils à s’extraire de  la masse brötzmannienne, le temps pour le premier de faire gronder et bourdonner quelque pizz aventureux ; de faire frissonner quelques fins balais puis de distiller quelques ténues claquettes sur les peaux de ses tambours pour le second. Temps raccourci avant que les démons agités ne reviennent visiter ténor, alto, clarinette et tarogato de l’ami Brötz.

En ce 6 juillet 2013, le festival de Ljubljana ne pouvait plus s’étonner de la bourrasque Brötzmann. Mais le temps d’entr’apercevoir, très fugacement, quelque tendre clarinette en fin de set et voici que le trio reprenait routes et armes sans coup férir. De convulsions en convulsions, de spasmes en spasmes, Soulfood Available résume parfaitement l’adage de l’ami Godard : ne change rien pour que tout soit différent.

Peter Brötzmann, John Edwards, Steve Noble : Soulfood Available (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 6 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Soul Food Available 02/ Don’t Fly Away 03/ Nail Dogs By Ears
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Kasper T. Toeplitz, Jean-Noël Cognard, Jac Berrocal : Disséminés çà et là (Bloc Thyristors / Trace, 2015)

kasper toeplitz jean-noël cognard jac berrocal disséminés ça et là

Enregistrés le 18 juin 2014 à Evreux, puis Disséminés çà et là, Kasper T. Toeplitz, Jean-Noël Cognard et Jac Berrocal. Entendus (et expansifs) en Empan et Vierge de Nuremberg, le duo Berrocal / Cognard avait donc encore à dire. C’est-à-dire à improviser, en jouant de codes divers, électriques souvent.

Ainsi la basse de Toeplitz, derrière le sifflement des cymbales. Ronflant, elle déroule la trame et le son même de la rencontre : boulevard sous néons sombres sur lequel Berrocal pourra s’exprimer librement – c’est parfois, par quelques câbles no wave, Don Cherry solidement attaché à un totem fiché de travers. En fin de première face, les musiciens grondent toujours, mais en insistant maintenant : noise’n’roll tranchant

Qui tranchera d’ailleurs avec la seconde face : sur un écho léger, le trompettiste y improvise du bout des lèvres quand Toeplitz nourrit quelques parasites et Cognard invente une adéquate ponctuation : c’est alors une danse contournée qui préside aux débats, chassée bientôt par un blues étouffé par d’autres grondements sourds. Et « c’est l’heure », déjà : celle de l’après-écoute, celle où le trio concrétise son vœu du jour : Toeplitz, Cognard et Berrocal, Disséminés, çà et là.

Kasper T. Toeplitz, Jean-Noël Cognard, Jac Berrocal : Disséminés çà et là (Bloc Thyristors / Trace / Souffle Continu)
Enregistrement : 18 juin 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Remous écumants A2/ Lune des grottes profondes – B1/ Le corps s'arque sur le lit B2/ Rock' n roll station B3/ Un oiseau d'or aux ailes déployées
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

url

Ce jeudi 14 mai, Jean-Noël Cognard battra du Tribraque (Pauvros / Müller / Cognard) aux Instants Chavirés de Montreuil

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Evan Parker, Joe McPhee : What / If / They Both Could Fly (Rune Grammofon, 2013) / McPhee, Guérineau, Foussat : Quod (Fou, 2014)

evan parker joe mcphee what if they both could fly

En juillet 2012, Evan Parker et Joe McPhee se retrouvèrent en Norvège devant le public du Konsberg Jassfestival. Pas tout à fait rangés, les ténors, puisque Parker a conservé le sien tandis que McPhee passera de soprano en trompette de poche.

En trois temps (What / If / They Both Could Fly) qui donneront son nom au disque, le duo démontre une entente paisible. Au-dessus de Konsberg, Parker et McPhee tournent alors : lentement, entament un exercice de voltige qui impressionne par ses boucles et ses tonneaux tout en se réservant le droit d'envisager des fantaisies plus personnelles.

Et puis, c’est le retournement. Des souffles en peine s’extirpent du ténor, que le soprano agace et contraint à l’accord. L’aveu d’une mélodie donnera au duo l’occasion de s’essayer à un ballet autrement musical et d'exprimer autrement son entente – assez rare, ces jours-ci, dans le domaine de la navigation aérienne

Evan Parker, Joe McPhee : What / If / They Both Could Fly (Rune Grammofon)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ What 02/ If 03/ They Both Could Fly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

jean-marc foussat sylvain guérineau joe mcphee

C’est au seul soprano que McPhee conversait, le 15 mars 2010, avec Sylvain Guérineau (saxophone ténor) et Jean-Marc Foussat (synthétiseur et voix). C’est là une déferlante d’aigus déposée sur grondements et, pour Foussat – ici assez subtil dans l’usage qu’il fait des possibilités de son instrument –, l’occasion d’agiter deux saxophones à la fois. Effets, facéties et bagatelles, déconcertent donc, mais sans l’altérer, l’hymne profond sur lequel McPhee et Guérineau se sont entendus.

écoute le son du grisliJean-Marc Foussat, Sylvain Guérineau, Joe McPhee
Le corps des larmes

Joe McPhee, Sylvain Guérineau, Jean-Marc Foussat : QUOD (Fou / Metamkine)
Enregistrement : 15 mars 2010. Edition : 2014.
CD : 01/ Le désarroi du cœlacanthe – The Forbidden 02/ Le corps des larmes – The Forgiven
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

68_jazz@homeCe mercredi 13 mai à Paris, Joe McPhee et Jean-Marc Foussat donneront, avec Raymond Boni, le 68e concert de la série Jazz@Home.

Rappelons enfin qu'il est possible d'entendre Joe McPhee dans le baryton de Daunik Lazro. C'est en Vieux Carré que ça se passe.

cd

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LDP 2015 : Carnet de route #12

ldp 8 et 9 mai 2015

Barre Phillips programmé pour la neuvième fois à l'EuropaJazz du Mans : est-ce là révélé un cas de « résidence perpétuelle » ? A effet double, qui plus est, cette année : concert en duo avec Paul Rogers le 8 mai et avec le LDP le lendemain...

8 & 9 mai Le Mans, France
EUROPAJAZZ Festival

The almost embarrassing situation of being a perennially invited performer at a festival. How many years now? Eight? To be in a position of "no matter what he does it's fantastic". Where is the freshness in such an attitude? And yet, to come back annually to the same setting, which in itself is wonderful, pleasurable, to perform for a large group of people is something of a dream for the improvising musician. This year's edition was different in that the director had one suggestion of what to present and I had another. In the end we did both. The first concert was in duo with an English colleague, bass-player, just a generation younger. We performed at the Collégiale, an old chapel converted into a city gallery with occasional concerts. I know the room. I've played there quite a few times in the past. The noon time concert. The exposition du jour was around cowboys and horses and the American South-west. The large tableau just behind the performance platform was of horse's asses. I wondered if we were supposed to act out anything in particular? It was interesting to me to hear an old formula from the 60's, one that I had worked my way through, still alive and well chez my partner. We all seem to work in depth to develop our own personal techniques and ways of playing. Of course they are limited. So we keep on working to expand them throughout our performing lives. And when, in performance, you went bang into your limit (technical-musical) you would then just flail away, super powering, annihilation, maybe anger even, until orgasm was achieved, which would let you start all over again.    
It is one solution to the conundrum, I guess. I prefer though a more compositional approach.   
The next day, the 9th, same time but different station, the trio with Urs & Jacques met anew to continue our long song. La Fonderie - an abandoned bell factory, one that been very important on the French church bell scene in the olden days and that for the past 20 years or so is inhabited by Le Théâtre du Radeau - François Tanguy & Company. Marvelous, warm, funky (but in great taste) physical plant inhabited by an extraordinary crew. The Europa-djazz festival has been "using" their facilities for years for more intimate and experimental musiques that are not appropriate for the main stage and it's audience of nearly 1,000. We had a good sized crowd,  the bleachers were virtually full and once again our way of constructing music and the  elements and emotions therein talked directly to the audience and they appreciated it. In listening to and making this music one feels the urgency, the feeling that it is absolutely necessary to go on, forward,  to state matters that are impossible to describe, to pin down, in word-language. The compositional aspect is a big part of what we do. Based on mutually shared experience and knowledge. But to me, more important than our rather rich formal capabilities is the fact that the sounds we play individually come from our personal life-force-fibers. Those that are striving to come into existence.
Black Bat didn't even show up for the gig. Where the hell could he be?
B.Ph.

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Im umgebauten Ausstellungsraum der ehemaligen Kapelle à la Collégiale à Saint-Pierre-La-Cour, finden während des Festivals jeweils kammermusikalische Duo und Solo Konzerte statt. Heute spielt Barre Phillips im Duo zusammen mit dem englischen Bassisten Paul Rogers. Barre gilt seit fünf Jahrzehnten als Meister des Kontrabass. Paul Rogers ist ein herausragender Bassist mit fast grenzenloser Musikalität. Sie beginnen dicht und kraftvoll. Barre öffnet Räume die Paul immer wieder zu füllen versucht. Sie setzen von neuem an. Mal schwebend, flächig mal rhytmisch im Staccato. Die Musik packt mich sofort. Als  Zuhörer nehme ich am Konzert teil. Es ist wie wenn ich selber spielen würde, indem ich hörend Teil der Musik bin. Mir fällt sofort auf, wie sich die Hörwahrnehmung der beiden Spieler unterscheidet. Barre geht mit Respekt auf das Spiel von Paul ein, setzt mit Überblick musikalische Höhepunkte und Kontraste. Paul spielt fast ohne Unterbruch virtuos sein gewohntes Spiel. Mehr Ausstausch der Rollen hätte ich mir gewünscht. Barre war zu oft in der Funktion des Bassisten und Paul die des Solisten. Dennoch erlebe ich das Konzert als fulminanten Bogen gespielt von zwei grossen Musikern am Kontrabass. Magic et Merci!
Für die neunte Auflage Barre’s „résidence perpétuelle“ am Europajazz Festivals spielen wir heute am 9. Mai „à la Fonderie“ im Theater de Radeau – François Tanguy & Company ein Konzert à midi“. Dieser Nachmittag ist ausschliesslich der europäischen, frei improvisierten Musik reserviert.
Jacques und ich stimmen uns gleichzeitig und unabhänig von einander, jeder mit seinem Instrument in einem Proberaum des Theaters ein. Jeder spielt Arpeggios, Strukturen und kontrollierte Abläufe auf seine Art. Es ist das erste Mal, dass wir das in dieser Form tun. Das ist eine spannend Sache und eine gute Übung um Unabhängigkeit zu praktizieren und die Konzentration zu schärfen.
Ein Theater Raum mit trockener, transparenter Akustik. Ein grosser Flügel, ein adäquates Instrument für Jacques. Ein Publikum, dass gespannt ist was jetzt passiert.
Die Klänge des Trios fallen sofort und kraftvoll in den leeren Raum. Die Energie formt sich mit Gelassenheit innerhalb verschiedener Parameter, es entstehen abrupte Wechsel und explosive Strecken im Fortissimo. Die Musik verdichtet sich. Durch das Weglassen von Tönen manifestiert sich die Stille im Raum. Wir spielen einen 50 minütigen Opus mit in drei Teilen. Ein Klanguniversum aus Tönen und Geräuschen klingt lange nach. Im Anschluss spielt Daunik Lazro und François Corneloup ein Bariton Saxofon Duo und die Gruppe Double B&J mit Raymond Boni, Joe McPhee, Bastien Boni, Jean-Marc Foussat.
U.L.

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C'est à travers un piano absent que j'écoute Barre en duo avec Paul Rogers. Deux contrebasses pour deux approches diamétralement opposées de l'écoute. Les musiciens jouent devant une évocation picturale et improbable d'un far west nord-américain décorant les murs d'une abbatiale du XIIIème siècle. Le grand écart est total, à la fois sonore et visuel. Trop écartelé, je m'invente spontanément un deuxième concert, simultané au premier, mais purement personnel et intérieur, sorte de mixage fait de fragments sonores joués par Barre et de sons produits par mon écoute intime : un duo entre sa contrebasse et mon piano absent. Quelques instants-clefs révélés, oscillant entre intimité et espace du concert: la perception à la fois ralentie et fulgurante, irradiant l'espace, d'un bourdonnement provenant de l'extérieur du bâtiment, de la ville silencieuse en ce jour de célébration du 70e anniversaire de la victoire sur le nazisme, comme une extraction de drone urbain qui, dans un lent crescendo-decrescendo a mis en vibration l'architecture de l'abbatiale. Puis, plus tard, à la sortie d'un enfant pleurant dans les bras de son père, la transformation de ces mêmes pleurs en chant des sirènes au passage de la porte s'ouvrant sur l'espace extérieur. Les aboiements d'un chien ont conclu cette séquence en accompagnant l'effet de coupure acoustique de la porte se refermant. Demain, 9:30 AM, navette pour nous conduire au lieu du concert, the trio is back!
Concert à midi ce jour, à la Fonderie, immense lieu et large plateau habité par le magnifique Théâtre du Radeau. La matinée débute par un échauffement dans la boîte à musique, face à un Bösendörfer, dont la table d'harmonie affiche le numéro 31423, et dont une partie des étouffoirs est constellée de fragments de post it blancs indiquant le nom de la corde directement alignée au-dessous. G#, D, Bb, F, C#, et cætera, presque deux tiers des étouffoirs marqués de la sorte. Malgré une absence de logique apparente, je tente de retrouver une origine, un sens à cet agencement alphabétique des lettres-sons. Inversant un processus connu qui part du nom ou du prénom pour aboutir à une suite de notes, je me prends au jeu de découvrir un nouveau B.A.C.H., un si bémol_la_do_si bécarre d'aujourd'hui, au sein d'un réseau de hauteurs de sons qui révèleraient leur énigme cachée.
Sur scène un Steinway & Sons, D, 582430. La musique du trio est immédiatement là, à nouveau, comme à chaque fois, miraculeusement et simplement, elle nous retrouve, elle trouve sa place en chacun de nous, elle trace son chemin dans notre abandon à l'instant. Difficile de parler de cette expérience avec d'autres moyens que ceux de l'expérience elle-même. La plupart des tentatives sonnent comme de mauvaises traductions. Pourtant parfois l'expérience vécue par les spectateurs permet d'éclairer et de clarifier notre propre expérience. Lorsque qu'après le concert, autour d'une table, j'entends le metteur en scène François Tanguy parler de son expérience à l'écoute de nos sons, et convoquer dans un même élan Robert Walser et la mécanique des fluides, j'ai l'impression de pouvoir mettre quelques mots sur mon expérience sonore indicible grâce à la relation qui naît ainsi de la confrontation entre deux expériences vécues simultanément. Soudainement l'intensité de la texture des microgrammes de Robert Walser joue en moi comme un dictionnaire ouvrant ses pages à mes propres sons. Les longues promenades de l'écrivain biennois, entre ville et campagne, me ramènent à nos espaces sonores en trio de plus en plus étendus, où l'écoute comme matériau est à chaque nouveau concert plus présente.
Surtout : à tout instant du jeu avec Barre et Urs, il me paraît possible d'emprunter n'importe quelle direction, de donner à mon propre jeu n'importe quelle forme, de lui attribuer n'importe quelle qualité. Il y a comme une réactivation continuelle de la totalité des possibles, et le plaisir est naturellement grand quand tous ces sons produits et échangés ne semblent résulter d'aucun travail et naître spontanément de leur propre propagation dans l'espace.
J.D.

Photos : Jacques Demierre

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