Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Peter Brötzmann Graphic WorksAu rapport : Rock In Opposition XParution : Du piano-épave de Ross Bolleter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Artaud Beats : Logos (Bonobo's Ark Records, 2015)

the artaud beats logos

Les fantômes ont la peau dure et les fans le savent bien. Issu de la constellation Henry Cow, d'où sont nés Slapp Happy, Art Bears et tant d’autres combos singuliers, voici aujourd’hui The Artaud Beats (Geoff Leigh, Yumi Hara, Chris Cutler, John Greaves). Les fans possèdent déjà CD-R, bootlegs made in Japan et autres DVD du groupe et il n’est nul besoin de leur annoncer la sortie de son premier CD « officiel ». Pour les autres, voici une petite perle comme on les aime.

Voici les marécages. Voici des pianos et des flûtes convalescentes. Voici les brouillages. Voici les remontées d’acide. Voici les pluies blanches. Voici d’heureux cauchemars. Voici les chansons de guingois. Voici les spectres vivaces, les mélodies à tiroirs, les pianos sacrifiés. Voici les flottements sans fin. Voici le ciel blanc et les suspensions animées. Ne change rien et tout sera différent, disait l’Autre. On ne saurait mieux dire. Et puis, procurez-vous les bootlegs japonais : c’est du grand art.

The Artaud Beats : Logos (Bonobo’s Ark Records)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Logos 02/ Ipso Facto 03/ Prefab Wreckage 04/ Power 05/ Once Around the Earth 06/ The Floating Word 07/ Per Se 08/ E=mc2
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Sebastian Strinning : Kerrin (Wide Ear, 2015)

sebastian strinning kerrin

Le Suisse Sebastian Strinning ne manque pas de souffle. Et c’est tant mieux parce qu’il est saxophoniste et clarinettiste (basse). C’est du moins ce que m’apprend ce Kerrin qu’il a enregistré seul…

Tout seul et contre eux tous (Evan Parker, Peter Brötzmann, John Butcher, Mats Gustafsson…). Sur les deux faces du vinyle, il passe d’une référence à une autre référence avec une certaine efficacité à défaut d’originalité. Bien sûr bien sûr, on applaudit la maîtrise de Strinning mais on regrette qu’elle n’ait servi qu’à cette carte de visite et pas à attester une identité. Pour le prochain, on lui rappellera cette maxime : du passé (même proche), faisons table rase !

Sebastian Strinning : Kerrin (Wide Ear)
Edition : 2015.
LP : A1/ Feldfriedensbruch A2/ Eisfeld A3/ Sichtfeld Teil 2 – B1/ Magnetfeld B2/ Umfeld B3/ Feldzug B4/ Heidenfeld Teil 1
Pierre Cécile © le son du grisli

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Ingar Zach, Miguel Angel Tolosa : Loner (Sofa, 2015) / Huntsville : Pond (Hubro, 2015)

ingar zach miguel angel tolosa loner

Loner a été enregistré en différents endroits d’Europe, sur une période de dix années (2004-2014). On y entend Ingar Zach (percussions, électronique et field recordings), Miguel Angel Tolosa (électronique, field recordings et guitare électrique) et, sur un titre, Alessandra Rombolá (flûte).

Enveloppant les graves de la gran cassa, Tolosa anime quelques chimères qu’Offwall fera tourner longtemps. Mais un retour d’ampli (semble-t-il) menace, et gangrène maintenant le ballet. Si elle maintient le pouls à un rythme régulier, l’électricité change la donne au point d’avaler le chant des coups portés aux percussions pour les changer en grisailles.

Réverbérés, ces coups prendront leur revanche sur Dormont, autre réussite de l’enregistrement. Cette fois, c’est Zach qui lève quelques rumeurs capables de tourner antienne. C’est d’ailleurs en transformant tous les murmures en mélodies dont il est impossible de retenir l’air que le percussionniste, une fois de plus, fait impression.

Ingar Zach, Miguel Angel Tolosa : Loner (Sofa)
Edition : 2015.
CD : 01/ Offwall 02/ Whirlwords 03/ Dormont 04/ Astoneaged
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

huntsville pond

On aurait peut-être tort de voir en Huntsville – sur Pond, en tout cas, qui fait mieux que tous les disques qui l’ont précédé – ce projet facile qui permettrait à ses membres (Ivar Grydeland, Tonny Kluften et Ingar Zach) d’espérer conquérir un public plus large que celui qui est, d’ordinaire, le leur. C’est qu’à la danse minimaliste, et de synthèse, d’(ER), le trio oppose là trois plages de petite expérimentation. Moins « évidentes », certes, mais stériles, aussi.  

Huntsville : Pond (Hubro)
Enregistrement : juin 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ (ER) 02/ (ING) 03/ (AGE) 04/ (OK)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

festival météo le son du grisli

Ingar Zach et Ivar Grydeland joueront aux côtés de Xavier Charles et Christian Wallumrod, Dans les arbres, au festival Météo : le 26 août, au Noumatrouff.

 

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Radu Malfatti : One Man and a Fly (Cathnor, 2015)

radu malfatti one man and a fly

Radu Malfatti est de ces rares musiciens capables, alors même qu’ils jouent, d’entendre une mouche voler. Plus rare encore, de « faire » avec la mouche en question : nous la faire entendre, pour que nous la prenions, avec lui, pour ce qu’elle n’aurait jamais dû être : une inédite compagne d’improvisation.

Si l’on sait où (Oxfordshire) et quand (28 juin 2012) Malfatti a enregistré cette pièce de cinquante minutes, on ne sait exactement dans quelles conditions : debout, dans un jardin ? assis, sur la terrasse ou bien à l’intérieur d’une maison aux fenêtres ouvertes ? à genoux, sur le parvis d’une église ? Les bruits du dehors sont en tout cas perceptibles : mouches, donc, mais aussi oiseaux, avions au loin, ambulance, tondeuse…

A ces invités inattendus, Malfatti laisse la parole. Il peut décider de leur répondre ou non : reprendre la note de la tondeuse et s’y oublier, tresser d’un souffle blanc un parallèle à la trajectoire de l’insecte, s’en tenir ailleurs au silence… Ses interventions sont nombreuses, mais discrètes toutes : à travers elles percent surtout les lumières d’une saison, un horizon dégagé, un morceau de temps qui passe et, surtout, dépasse les cinquante minutes annoncées.

Radu Malfatti : One Man and A Fly (Cathnor)
Enregistrement : 28 juin 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ One Man and A Fly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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how far is the church

Pour la petite histoire : Richard Pinnell m’a proposé deux lieux où enregistrer. Le premier était une église et le second une salle de l’université (?). Me connaissant, il était sûr que j’opterais pour la petite salle. Quand nous y sommes entrés, c’était horrible. Je l’ai bien regardé et j’ai demandé à Richard : « elle est loin, l’église ? » Me connaissant, Richard a éclaté de rire, c’est pourquoi cette phrase a été retranscrite sur le CD. Quand nous sommes arrivés à l’église, j’ai bien sûr fait les pitreries d’usage, je suis monté en chaire comme un prêtre idiot et joué du trombone comme si je prêchais devant des fidèles imaginaires, etc. Et puis, nous avons enregistré cette pièce, j’étais confortablement assis dans un fauteuil, écoutant tous les bruits qui venaient du dehors… en jouant quelques sons. Quand la mouche est arrivée, cela m’a tellement amusé que j’ai décidé qu’on devrait l’entendre sur le disque, comme si elle avait été ma partenaire.

There is a little story behind that: Richard Pinnell proposed two places to record. One was a church and one was a room in the university (?). Knowing me, he was sure that i wanted to go to the little room. When we entered it, i saw that it was horrible. I looked at it and asked Richard: “how far is the church?” and Richard, knowing me, cracked up laughing, that’s why this little quote is written on the cd as well. When we arrived at the church, of course i made all the little necessary jokes, i went up to the “chaire” like a stupid priest and played the trombone like an idiot preaching to the non-existing audience etc. Finally we recorded the piece, I was sitting in a comfortable armchair, listening to all the noises coming from outside, which you described very well... And playing some sounds. When the fly came along, I was so amused, that I decided it should stay on the record alongside me. As a partner.

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Hypercolor : Hypercolor (Tzadik, 2015)

hypercolor hypercolor tzadik

Punk ici ? Que nenni ! Mais quelques autres flirts : fusion, hendrixomanie, frisellomanie… Et puis faire et refaire suivant les vieux codes du rock with guitar hero : ne pas trop déranger les rythmes, inspecter quelques traverses musclées (Ernesto, Do You Have a Cotton Box?), redoubler d’énergie (Palace) et chuter dans quelque antre progressif (Little Brother).

Mais, et là est le mérite d’Hypercolor (Eyal Maoz, James Ilgenfritz, Lukas Ligeti) : ne jamais brouiller les cartes, ne jamais chercher à persuader qu’une modernité est en marche. Rester ce que l’on est : un combo rock with guitar hero (je sais, déjà dit). Et comprendre, pourquoi, le jeu de Lukas Ligeti en des sphères bien plus improvisées et innovantes qu’ici, nous paraissait si chargé, limite surchargé.

Hypercolor : Hypercolor (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2015.
CD : 01/ Squeaks 02/ Chen 03/ Forget 04/ Ernesto, Do You Have a Cotton Box? 05/ Glowering 06/ Palace 07/ Far Connection 08/ Transist 09/ Little Brother 10/ Quixotic
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Francisco Meirino, Leif Elggren : Trop Tôt (Firework, 2015) / Beyond Repair (Sincope) / The Aesthetics... (1000füssler, 2014)

francisco meirino leif elggren trop tôt

Avant Trop Tôt, une demi-heure en troisième et dernière piste du disque, on trouvera sur cette collaboration Francisco Meirino / Leif Elggren – que Laura Daengeli pourra rejoindre à la voix – Little Idiot (vingt minutes) et Petit Idiot (trois).

C’est le conte chagrin qu’il a ici publié qu’Elggren interprète et ainsi réinvente. Texte inquiet voire troublé, Little Idiot – dont Daengeli nous résumera le propos sur la seconde piste – est augmenté de divers bruits électriques dont le conteur délirant ne peut imaginer la disparition : autour de lui, s’agitent pourtant, avant de disparaître, field recordings et parasites électroniques, larsens et même, semble-t-il, quelques tronçonneuses.

C’est donc un noise de théâtre, dont Trop Tôt s’inspire (puisqu’Elggren y prélève un « I am the only One » qu’il répètera longtemps) et développera la méthode. A quai, c’est un noir bateau qui tremble sur lequel Elggren et Meirino s’agitent : field recordings encore, note de piano rabâchée et bruits divers construisent une autre bande originale. Alors Daengeli reprend le conte : la lecture est maladroite, c’est à dire imparfaite, mais fait quand même effet : la poésie sonore est au rasoir et l’entaille est béante.

Francisco Meirino, Leif Elggren : Trop Tôt (Firework Edition)
Edition : 2015.
CD : 01/ Little Idiot 02/ Petit Idiot 03/ Trop Tôt
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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francisco meirino beyond repair

Derrière Beyond Repair sont rangées onze courtes pièces pour synthétiseur modulaire et instruments électroniques inventés. Derrière chacun d’eux, c’est Francisco Meirino qui arrange aigus tremblants, bruits de synthèse ou concrets, rythmes minuscules… dans un souci d’abstraction noise sensible et efficiente.

Francisco Meirino : Beyond Repair (Sincope)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
CD : 01-11/ Beyond Repair
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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francisco meirino the aesthetics

Sur The Aesthetics of Everything for Nothing, Meirino fait œuvre de balayage ou joue à la roulette – ses instruments : deux jouets (un hochet et un cube d'éveil). Dans la roulette en question, il jette des résonances, d'étranges râlements, des larsens ou des tremblements, tous sons traités et même soignés. Si l’intensité est croissante, la pièce change progressivement son propos bruitiste en tendre et remarquable berceuse.

Francisco Meirino : The Aesthetics of Everything for Nothing (1000füssler)
Edition : 2014.
CD : 01/ The Aesthetics of Everything for Nothing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

festival météo le son du grisli

Francisco Meirino jouera aux côtés de Jérôme Noetinger et Marcus Schmickler au festival Météo : le 28 août à la filature.

 

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Benjamin Bondonneau : Phonolites / Les cartographes du son : RadioDordogne#1 (Le Châtaignier Bleu, 2015/2014)

benjamin bondonneau phonolites

C’est Roger Caillois, son Écriture des pierres, qui inspira Phonolites à Benjamin Bondonneau. Un travail d’empreintes et de correspondances qui lie le clarinettiste et peintre à des camarades chargés de composition : dessins, textes, mises en demeure… inspirées tous par la lecture de Caillois.

De l’écrivain, on recommandera aussi les deux tomes de l’indispensable Anthologie du fantastique. C'est que les deux ouvrages soudain se rejoignent : les pierres, leur témoignage, commandent comme par enchantement aux invités (Maurice Benhamou, Jean-Yves Bosseur, Michel Doneda, Jean-Luc Guionnet, Jonas Kocher, Christian Rosset et Matthieu Saladin – et puis Ly Than Tien, plusieurs fois). A Bondonneau d’interpréter alors ces visions qui mêlent nature et fantastique – à lire dans un grand jeu de cartes que l’objet qu’est Phonolites renferme – avec un aplomb concret.

Ainsi naissent ces « suites sonores et picturales » : clarinettes confondantes sublimées par les créations (sans titre, toutes deux) de Rosset (sa partition est à elle seule une impressionnante œuvre graphique) et de Guionnet, puis par celle de Bondonneau en personne : Pierres 1966, qui retourne à la voix de Caillois pour ancrer dans le son cette épatante « manifestation des forces élémentaires ».

Benjamin Bondonneau : Phonolites. Autour de Roger Caillois 2014-2015 (Le Châtaignier Bleu / Metamkine)
Edition : 2015.
CD : 01/ Stones’ Museum1 02/ Eboulis 03/ Stones’ Museum2 04/ S’aposter à l’obscur 05/ Stones’ Museum3 06/ Le souffle des pierres 07/ Stones’ Museum4, 08/ Sans titre 09/ Les pierres n’ont pas de langue 10/ Sans titre 11/ Stones’ Museum5 12/ Pierres 1966 13/ Stones (broken version)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

les cartographes du son radiodordogne#1

Six pièces radiophoniques sont ici réunies, « cartographies sonores » du Périgord signées Benjamin Bondonneau et Wilfried Deurre. Des témoignages y côtoient des bruits d’un quotidien fait de chants d’oiseaux ou d’amphibiens, de vieilles rengaines, de fables exotiques (mine de rien), de poésie, de politique, de philosophie… Dans le paysage, on croit entendre passer le fantôme de Luc Ferrari. Comme une caution qui viendrait fortifier ce travail de patrimoine et de création.

Les cartographes du son : RadioDordogne#1 (Le Châtaignier Bleu / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ De l’épaisseur de la Dordogne 02/ La nuit, on pense mieux 03/ De la servitude 04/ Des voyages en enfance 05/ Work Sounds 06/ Des sons pour John
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Andi Stecher : Austreiben / Antreiben (Heart of Noise, 2015)

andi stecher austreiben antreiben

Ne nous mentons pas, derrière Andi Stecher, il n’y a qu’un homme (ou presque), qui est Andreas Stecher. Batteur, percussionniste, objectiste, électroniste, compositionniste, mixingiste… Diable ! Mais quand même, il aura bien besoin de la contrebasse d’Antti Virtaranta et de la voix d’Otto Horvath.

Maintenant, qu’est-ce là donc qu’Austriben / Antrebein, si ce n’est un disque qui m’a mis, d’entrée, une claque qui m’a fait tendre la joue gauche ? Le premier titre, celui qui manipule une contrebasse, m’a ramené tout droit aux beats des Farmers Manual. Un gros travail de studio, j’imagine, qui donne dans un trip hop revisité grâce à ses structurations expérimentales (il y a un extrait, là-dessous…).

Maintenant, pour ce qui est de ma joue gauche, Stecher l’a plutôt ménagée. Deux petits morceaux (un Möglicher Zugang-übergang percussif énervé qui se calme après absorption d’un calmant et un Möglicher Zugang-übergang qui découpe et colle les bruits de bouche d’Horvath) et un long qui donne dans un down-tempo à couches de loops de prises de batterie (écoutable, mais bien banal). Maintenant, je me caresse encore la joue droite. En souvenir.



Andi Stecher : Austreiben / Antreiben (Heart of Noise)
Edition : 2015.
CD : 01/ (un)durchdringbar 02/ Möglicher Zugang-übergang 1 03/ Möglicher Zugang-übergang 2 04/ Tödi
Pierre Cécile © Le son du grisli

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John Russell, Phil Durrant, John Butcher : Conceits 1987/1992 (Emanem, 2015)

john russell john butcher phil durrant conceits

En 1987, rien ne se retenait : John Russell, John Butcher et Phil Durrant venaient d’enregistrer pour le label Acta, propriété du guitariste et du saxophoniste. Evan P. et Derek B. étaient passés par là et une seconde vague d’improvisateurs britanniques voyait le jour.

Les initiés se passionnaient pour l’étonnant Monsieur Butcher, alors professeur de physique. Russell, lui, poursuivait sa route de racleur magnifique tandis que Durrant hésitait entre trombone et violon (tendre l’oreille, ici, pour le distinguer). Le long de ces onze courtes pièces, tout se dévoilait : le travail et l’implication, le soubresaut et l’accalmie, la gestion des espaces et la diversité des formes. Car crispation et statisme étaient interdits de cité. Ici, le mouvement et rien que le mouvement.

Cinq ans plus tard, rien n’avait vraiment changé, tous les trois poursuivaient la même route. L’improvisation dépassait le quart d’heure, le violon se portait plus large. Mais, enfin, que demander de plus à ceux qui avaient instauré-impacté ce langage si singulier, si unique ?  Rien, assurément, si ce n’est la poursuite de leurs très vives aventures.

John Russell, Phil Durrant, John Butcher : Conceits 1987/1992 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 29 avril 1987 & 3 juillet 1992. Edition (partielle) : 1987. Réédition : 2015.
CD : 01/ How it Was 02/ F.T.T. 03/ The Skelloch 04/ No Parallax 05/ Rough 06/ Liberal Dose 07/ Fine Sharp & Leighton Buzzard 08/ Pen or Pencil 09/ Interstices 10/ Tumble 11/ From the Eggs to the Apples 12/ Soft Hours & Solidities
Luc Bouquet © Le son du grisli

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AUM Grand Ensemble : Silere (Onze Heures Onze, 2014)

aum grand ensemble silere

Il est des orchestres que l’on ignore et des disques qui attendent longtemps qu’on leur accorde du temps… C’est le cas de l’AUM Grand Ensemble (de Julien Pontvianne) et de Silere, un orchestre et un disque que je n’attendais pas.

Derrière une citation de Walden et des dessins de Yuko Higaki (voilà pour les trois volets du digipack) il y a treize musiciens dirigés par un quatorzième, Dylan Corlay.  Tous inconnus de moi. Et alors ? J’écoute et je tombe sur une grande composition électroacoustique, peut-être inégale (je pense à la quatrième partie de Silere, intitulée justement Walden, qui verse légèrement dans la comédie musicale) mais le plus souvent stupéfiante.

Prenons les guitares électriques (guitares basses ou guitares guitares), par exemple, leurs accords pincés sur l’aphonie des clarinettes ou leurs battements. Prenons évidemment la douce voix d’Anne-Marie Jean, qui dit des mots, leur tire dessus jusqu’à ce qu’ils donnent l’impression de ne pas sortir de sa bouche. Des mots qu’elle ne dit pas : « toys » ? « before » ? « noiseless » ?

Prenons les (oui, « les ») vibraphones, qui tapent en boucle, les embouteillages mélodiques, les sautes d’humeur… Comme si l’on entendait Mark Hollis commenter une partie d’échecs qui opposerait Steve Reich à AMM. Bref, pour conclure plus classiquement, c’est beau comme du Mozart qu’on étouffe !

AUM Grand Ensemble : Silere (Onze Heures Onze)
Edition : 2014
CD : 01-06/ Part 1 – Part 6
Pierre Cécile © Le son du grisli

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