Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Earth Tongues : Rune / Frantz Loriot : Reflections on an Introspective Path (Neither/Nor, 2015)

earth tongues rune

Avec Earth Tongues – c’est-à-dire une combinaison originale qui oppose au percussionniste une trompette (Joe Moffett) et un tuba (Dan Peck) –, Carlo Costa aborde d’une manière différente l’improvisation telle qu’il la défendit, par exemple, avec les deux archets de Natura Morta.

Pour répondre aux phrases courtes de Costa, deux cuivres donc (aux techniques étendues, il va de soi). Qui « font la taille » avec tel grincement long de cymbale ou répondent rondement à des coups plus volontaires. Autant que les gestes, les souffles sont ramassés ; mais l’association n’en compose pas moins de grands paysages suspendus qui se chargent de notes en fuite – augmentées parfois d’une autre, tenue, sortie d’une platine cassette (Peck) – sans jamais rien perdre de leur équilibre.

Earth Tongues : Rune (Neither/Nor)
Enregistrement : 17 janvier 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Porous Phase 02/ Sunblind 03/ Lithosphere 04/ Depths
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

frantz loriot reflections

Sur le même label, Frantz Loriot (violoniste alto sorti de Natura Morta) publiait récemment un enregistrement solo. C’est d’abord, sur les trois temps de Confluences, un instrument mis à rude épreuve : d’insistants va-et-vient y travaillent une première note qui, à force d’agression, accouchera d’une seconde, parfois d’une troisième – à la somme, il faudra ajouter quelques chants de friction.

Ailleurs, Loriot installe, au son de cordes lâches et de l'accrochage d'un archet précipité, des mobiles qu’un orage peut soudain emporter (Wick Machine). C’est la résistance de l’alto qui est ici à chaque fois expérimentée, presque autant qu’un possible art musical né de son éreintement.

Frantz Loriot : Reflections on an Introspective Path (Neither/Nor)
Enregistrement : 20 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Confluences – Movement 1 02/ Confluences – Movement 2 03/ Confluences – Movement 3 04/ Equilibrium 05/ Wick Machine 06/ Thwart Path 07/ Attained
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Luiz Moretto Quintet : Vampyroteuthis Infernalis (Slam, 2015)

luiz moretto quintet

Faire parler la dissonance puis la taire. Faire crisser les tympans. Déambuler. Ne pas taire les chauds solos de saxophone ténor. Tourner autour des tempos sans jamais les contraindre. Faire du violon un être volage et infectieux. Penser à Roland Kirk. Laisser soprano et batterie gambader comme bon leur semble. Danser autour des décalages, les choyer. Trop ? Ne rien bousculer mais improviser sans béquilles. Agacer l’harmonie, lui donner porte de sortie. Et ne pas oublier que le jazz, parfois, bouge encore. Ici, la juste preuve.

Voici, en résumé, quelques-unes des petites choses proposées par le Luiz Moretto Quintet (L.M : violon, Alípio C. Neto : saxophones, Francesco Lo Cascio : vibraphone, Gianfranco Tedeschi : contrebasse, Marco Ariano : batterie).

Luiz Moretto Quintet : Vampyroteuthis Infernalis (Slam / Improjazz)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Espiral do tempo 02/ Rio Vermelho do desterro 03/ Rope em fuga 04/ Vampyroteuthis Infernalis 05/ Refracoes geométricas 06/ Photophores 07/ Saturnia 08/ Terras de arroz & açucar
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

experiMENTALien : Nine Triads (Attenuation Circuit, 2015)

experimentalien nine triads

Pas retournant, le premier morceau. Mais bien quand même. Et bien quand même c’est quand même bien… Dans une veine noise tranquille (oui, cette veine existe). On suppose des guitares bien larges, de l’électronique spasmodique…

C’est sur la deuxième plage que les choses sérieuses commencent. Au lieu du bruit blanc, le groupe (experiMENTALien, mais en fait L.V. Martinez, grand amateur de mots-valises) donne dans le bruit rose. Il emporte des voix d’hommes et de femmes, des immondices de toutes espèces dans un flot sonore bruitisto-concret. Et ça ne s’arrête jamais : troisième, quatrième, cinquième plage… Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre l’affluence de toutes ces choses inconnues qui font du bruit. Mais du beau.  

experiMENTALien : Nine Triads (Attenuation Circuit)
Edition : 2015.
CD : 01/ Driftrap 02/ Voicel 03/ Trainput 04/ Pulselection 05/ Electrip 06/ Procescape 07/ Oscillapse 08/ Universelection 09/ Noiserenity
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Lucio Capece : Epoché (Hideous Replica, 2015)

lucio capece epoché

C’est Lucio Capece lui-même qui, dans la pochette à déplier de son disque Epoché, évoque la « perception » à laquelle travailla longtemps Merleau-Ponty : « contact naïf avec le monde » qui est « déjà une expression primordiale. » Voici résumée, en neuf mots et quatre guillemets, une pensée qui, « vraisemblablement », inspire Capece – le lecteur pourra trouver ici de plus amples détails sur la motivation du musicien. 

Pour établir le contact, ses instruments sont choisis : synthétiseur analogique, oscillateurs, modulateur, batterie électronique… D’un matériel qui fait barrage, filtrent d’abord des sonorités naturelles (vent, eau, électricité…). Ce seront ensuite des aigus en concurrence – ondes sinus dont on peine à saisir l’entière trajectoire – puis un drone de part et d’autre duquel s’organise un fabuleux skid row de bruits en déroute – parasites, crépitements, sirènes, sonneries… Egaré parmi les sonorités d’Epoché, c’est à l’auditeur, maintenant, d’établir le contact. Sans doute est-ce d’ailleurs là ce que Capece avait perçu.

Lucio Capece : Epoché (Hideous Replica / Metamkine)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella

Commentaires [0] - Permalien [#]

Many Arms, Toshimaru Nakamura : Many Arms & Toshimaru Nakamura (Public Eyesore, 2015)

many arms & toshimaru nakamura

C’est un trio guitare / basse / batterie que rencontre sur ce CD Toshimaru Nakamura : Nick Millevoi / Johnny DeBlase / Ricardo Lagomasino = Many Arms, qui sévit à New York et affiche déjà à leur compteur rutilant deux disques publiés sur Tzadik (pas tellement originaux, d’ailleurs, mais les choses semblent changer).

Un power-trio qui frappe fort et (of course) fait du bruit. Mais là son rock in opposition rencontre un mur (c’est le no-input mixing board) qui lui renvoie, avec une force décuplée, tous ses buzzs et ses larsens, ses tirandos et apoyandos acharnés et ses bouillonnements de batterie. Il faut d’ailleurs que Millevoi tienne son médiator d’une main de maître pour que son groupe parvienne à résister. Bien forcé de concéder un peu de son territoire (sur II où TN remplit les notes d’une basse qui tombe)... mais c’était pour mieux revenir. A tel point qu’à cette heure, on ne sait toujours pas qui sort gagnant de cette joute bruitiste… Même le titre du disque n’a pas su choisir. Je répète : Many Arms & Toshimaru Nakamura.

Many Arms, Toshimaru Nakamura : Many Arms & Toshimaru Nakamura (Public Eyesore)
Enregistrement : 28 avril 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Thomas Barrière : Primaire (Cassauna, 2014)

thomas barrière primaire

Thomas Barrière fait bien de prévenir « no loops no overdubs » car sa guitare à deux cous (double neck guitar, six cordes sur un manche et douze cordes sur l’autre) réserve bien des surprises (d’autant que des objets sont de la partie : EBow, walkman, pièces…).

Inspiré par toutes sortes de folklore, le guitariste fait couler une cascade de notes sur des drones sur Shemêhaza, arpège en Castafiore sur La danse des singes ou percute banal sur Crossroads, et gâche son pourtant superbe Rapaces en muezzinant de sa voix… Quand il chasse son goût pour l’exotique, on peut entendre des relents de La Monte Young ou d’Alan Licht (sur Ziqiel, sans doute le plus beau morceau de la cassette). On suivra donc l’évolution de son folk expérimental…

Thomas Barrière : Primaire (Cassauna Tape Company)
Edition : 2014.
K7 / DL : A1/ Shemêhaza A2/ Crossroads A3/ Rapaces – B1/ La danse des singes B2/ Harmattan B3/ Ziqiel
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Fred Frith, Evan Parker : Hello, I Must Be Going (Victo, 2015)

fred frith evan parker hello i must be going

Ce sont d’abord deux présences à distance : Fred Frith (guitare électrique) et Evan Parker (saxophones ténor et soprano), qui jouaient ensemble pour la troisième fois le 17 mai 2014 dans le cadre du Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville.

C’est que Parker débute au ténor, et que Frith est déjà penché sur sa guitare à l’horizontale : l’un et l’autre composent avec précaution, les courtes phrases du premier échouant sur les assemblages que le second façonne. Au soprano, Parker est plus volubile et le duo prend de la hauteur : le guitariste tambourine alors sur ses micros ou sinon vocalise.

Un retour du ténor fera trembler les cordes et engagera déjà la conclusion du concert : un quart d’heure pendant laquelle Frith s’exprime davantage en soliste qu’en accompagnateur, allonge ses interventions au moyen d’un résonateur et d’une pédale de volume. Parker prend lui le parti d’un dialogue précipité (souffle continu en action contre agacement des cordes sur frettes basses) qui n’en profite pas moins et à l’heure et à l’endroit : Je me souviens – c’était le trentième anniversaire du festival – obligera l’au-revoir.

Fred Frith, Evan Parker : Hello, I Must Be Going (Victo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 mai 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Hello, I Must Be Going 02/ Red Thread 03/ Particulars 04/ Je me souviens
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Dysmusie, Doubtful Sounds..., 2015)

la morte young drone electric lust split

Le vinyle que se partagent La Morte Young et Drone Electric Lust – deux supergroupes : Talweg / Sun Stabbed / Nappe contre Kjell Runar Jenssen, Lasse Marhaug, Per Gisle Galåen et Fredrik Ness Sevendal – requit les efforts d’un superlabel – six, s’il faut être précis : Doubtful Sounds, Apartment, Dysmusie, Pica Disk, Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!

Déjà, la tête vous tourne, et c’est maintenant le disque : lentement, un tambour régulier (dont les soubresauts marqueront les séquences de la « longue marche ») et des guitares qui rôdent mettent au jour les éclats aigus d’une voix qui ne demande qu’à gronder – la cage d’Erle n’est-elle pas faite de cordes-clôtures électriques ? Dans un magma plongée enfin, les drones ont obtenu leur revanche : la litanie n’est qu’un lointain souvenir. Mais on sait que l’avenir de La Morte Young n’est envisageable qu’en métamorphose : toute voix dehors ?

Un accordéon, enregistré sans doute, vacille sous les coups d’une batterie : est-ce lui qui s’occupera du bourdon dont Drone Electric Lust a, depuis le milieu des années 1990, fait son affaire ? Enterré par un autre double de guitares – qui rôdent, elles aussi, et chaloupent même –, on ne l’entendra plus : sur un swing lynchien, une voix perce qu’on tentait d’étouffer. Rabattu, le drone : c’est là une ballade de carnaval des âmes. L’étrangeté de la chose épouse celle de l’autre : davantage que le rapprochement, sur un même disque, de deux groupes qui opposent à leurs fortes guitares et batteries d’impénétrables vocalises, ce Split donne à entendre les deux faces d’une même, et transcendante, irritation.     

La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Doubtful Sounds / Apartment / Dysmusie / Pica Disk / Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!)
Edition : 2015.
LP : A/ La Morte Young : Cortex the Killer – B/ Drone Elctric Lust : Stjerneskuddenes Natt
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ex You : Whatknot (Small Scale Music, 2015)

ex you whatknot

C’est chez le guitariste László Lenkes (donc en Serbie) qu’a été enregistrée cette cassette. Chaque face contient deux improvisations du trio qu’il forme avec Milan Milojković (home-made electronics) & Filip Đurović (batterie).

L’impro libre de nos trois garçons ne donne pas dans une free music expiatoire. Non. Plutôt dans un long processus d’actions et de réactions. Comme le tirage de corde est permis Lenkes n’entache pas le jeu de ses effleurements / attouchements de frettes. Pour ce qui est de l’électronique et de la batterie (des éléments), elles servent la même idée (d’une impro nébulo-cristalline ou d’un jazz qui aurait perdu le fil). C’est pas mal de se laisser aller de temps en temps à du créatif bien reposant.

Ex You : Whatknot (Small Scale Music)
Enregistrement : février 2015. Edition : 2015.
Cassette : A1/ V A2/ VI – B1/ VII B2/ VIII
Pierre Cécile © le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Thanos Chrysakis, Chris Cundy, James O’Sullivan : Asphodels Abide (Aural Terrains, 2014)

thanos chrysakis james o'sullivan chris cundy asphodels abide

Après SYNEUMA, Thanos Chrysakis (synthétiseur, ordinateur et radio) et James O’Sullivan (guitare électrique) ont défié un autre clarinettiste que Jerry Wigens : Chris Cundy, entendu déjà sur quelques références Creative Sources (Structures, Two Plump Daughters).

Sur la couverture, derrière la beauté grise des fumerolles, perce un bleu charron. C’est précisément l’atmosphère qui transpire d’Asphodels Abide. Ainsi l’heure est-elle à l’évaporation, mais une évaporation commandée par de franches mécaniques : guitare battue au niveau de ses micros, électronique de surface et clarinette évasive. Certes, les musiciens tournent parfois en rond – le disque renferme six improvisations –, semblent chercher leur chemin. Mais l’électricité bientôt les récupère, et le temps vire au bleu.

Thanos Chrysakis, Chris Cundy, James O’Sullivan : Asphodels Abide (Aural Terrains)
Enregistrement : novembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01-06/ Asphodels Abide
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>