Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : le son du grisli #5Interview de Quentin RolletPJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

experiMENTALien : Nine Triads (Attenuation Circuit, 2015)

experimentalien nine triads

Pas retournant, le premier morceau. Mais bien quand même. Et bien quand même c’est quand même bien… Dans une veine noise tranquille (oui, cette veine existe). On suppose des guitares bien larges, de l’électronique spasmodique…

C’est sur la deuxième plage que les choses sérieuses commencent. Au lieu du bruit blanc, le groupe (experiMENTALien, mais en fait L.V. Martinez, grand amateur de mots-valises) donne dans le bruit rose. Il emporte des voix d’hommes et de femmes, des immondices de toutes espèces dans un flot sonore bruitisto-concret. Et ça ne s’arrête jamais : troisième, quatrième, cinquième plage… Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre l’affluence de toutes ces choses inconnues qui font du bruit. Mais du beau.  

experiMENTALien : Nine Triads (Attenuation Circuit)
Edition : 2015.
CD : 01/ Driftrap 02/ Voicel 03/ Trainput 04/ Pulselection 05/ Electrip 06/ Procescape 07/ Oscillapse 08/ Universelection 09/ Noiserenity
Pierre Cécile © Le son du grisli



Lucio Capece : Epoché (Hideous Replica, 2015)

lucio capece epoché

C’est Lucio Capece lui-même qui, dans la pochette à déplier de son disque Epoché, évoque la « perception » à laquelle travailla longtemps Merleau-Ponty : « contact naïf avec le monde » qui est « déjà une expression primordiale. » Voici résumée, en neuf mots et quatre guillemets, une pensée qui, « vraisemblablement », inspire Capece – le lecteur pourra trouver ici de plus amples détails sur la motivation du musicien. 

Pour établir le contact, ses instruments sont choisis : synthétiseur analogique, oscillateurs, modulateur, batterie électronique… D’un matériel qui fait barrage, filtrent d’abord des sonorités naturelles (vent, eau, électricité…). Ce seront ensuite des aigus en concurrence – ondes sinus dont on peine à saisir l’entière trajectoire – puis un drone de part et d’autre duquel s’organise un fabuleux skid row de bruits en déroute – parasites, crépitements, sirènes, sonneries… Egaré parmi les sonorités d’Epoché, c’est à l’auditeur, maintenant, d’établir le contact. Sans doute est-ce d’ailleurs là ce que Capece avait perçu.

Lucio Capece : Epoché (Hideous Replica / Metamkine)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella


Many Arms, Toshimaru Nakamura : Many Arms & Toshimaru Nakamura (Public Eyesore, 2015)

many arms & toshimaru nakamura

C’est un trio guitare / basse / batterie que rencontre sur ce CD Toshimaru Nakamura : Nick Millevoi / Johnny DeBlase / Ricardo Lagomasino = Many Arms, qui sévit à New York et affiche déjà à leur compteur rutilant deux disques publiés sur Tzadik (pas tellement originaux, d’ailleurs, mais les choses semblent changer).

Un power-trio qui frappe fort et (of course) fait du bruit. Mais là son rock in opposition rencontre un mur (c’est le no-input mixing board) qui lui renvoie, avec une force décuplée, tous ses buzzs et ses larsens, ses tirandos et apoyandos acharnés et ses bouillonnements de batterie. Il faut d’ailleurs que Millevoi tienne son médiator d’une main de maître pour que son groupe parvienne à résister. Bien forcé de concéder un peu de son territoire (sur II où TN remplit les notes d’une basse qui tombe)... mais c’était pour mieux revenir. A tel point qu’à cette heure, on ne sait toujours pas qui sort gagnant de cette joute bruitiste… Même le titre du disque n’a pas su choisir. Je répète : Many Arms & Toshimaru Nakamura.

Many Arms, Toshimaru Nakamura : Many Arms & Toshimaru Nakamura (Public Eyesore)
Enregistrement : 28 avril 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Pierre Cécile © Le son du grisli


Thomas Barrière : Primaire (Cassauna, 2014)

thomas barrière primaire

Thomas Barrière fait bien de prévenir « no loops no overdubs » car sa guitare à deux cous (double neck guitar, six cordes sur un manche et douze cordes sur l’autre) réserve bien des surprises (d’autant que des objets sont de la partie : EBow, walkman, pièces…).

Inspiré par toutes sortes de folklore, le guitariste fait couler une cascade de notes sur des drones sur Shemêhaza, arpège en Castafiore sur La danse des singes ou percute banal sur Crossroads, et gâche son pourtant superbe Rapaces en muezzinant de sa voix… Quand il chasse son goût pour l’exotique, on peut entendre des relents de La Monte Young ou d’Alan Licht (sur Ziqiel, sans doute le plus beau morceau de la cassette). On suivra donc l’évolution de son folk expérimental…

Thomas Barrière : Primaire (Cassauna Tape Company)
Edition : 2014.
K7 / DL : A1/ Shemêhaza A2/ Crossroads A3/ Rapaces – B1/ La danse des singes B2/ Harmattan B3/ Ziqiel
Pierre Cécile © Le son du grisli


Fred Frith, Evan Parker : Hello, I Must Be Going (Victo, 2015)

fred frith evan parker hello i must be going

Ce sont d’abord deux présences à distance : Fred Frith (guitare électrique) et Evan Parker (saxophones ténor et soprano), qui jouaient ensemble pour la troisième fois le 17 mai 2014 dans le cadre du Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville.

C’est que Parker débute au ténor, et que Frith est déjà penché sur sa guitare à l’horizontale : l’un et l’autre composent avec précaution, les courtes phrases du premier échouant sur les assemblages que le second façonne. Au soprano, Parker est plus volubile et le duo prend de la hauteur : le guitariste tambourine alors sur ses micros ou sinon vocalise.

Un retour du ténor fera trembler les cordes et engagera déjà la conclusion du concert : un quart d’heure pendant laquelle Frith s’exprime davantage en soliste qu’en accompagnateur, allonge ses interventions au moyen d’un résonateur et d’une pédale de volume. Parker prend lui le parti d’un dialogue précipité (souffle continu en action contre agacement des cordes sur frettes basses) qui n’en profite pas moins et à l’heure et à l’endroit : Je me souviens – c’était le trentième anniversaire du festival – obligera l’au-revoir.

Fred Frith, Evan Parker : Hello, I Must Be Going (Victo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 mai 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Hello, I Must Be Going 02/ Red Thread 03/ Particulars 04/ Je me souviens
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Dysmusie, Doubtful Sounds..., 2015)

la morte young drone electric lust split

Le vinyle que se partagent La Morte Young et Drone Electric Lust – deux supergroupes : Talweg / Sun Stabbed / Nappe contre Kjell Runar Jenssen, Lasse Marhaug, Per Gisle Galåen et Fredrik Ness Sevendal – requit les efforts d’un superlabel – six, s’il faut être précis : Doubtful Sounds, Apartment, Dysmusie, Pica Disk, Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!

Déjà, la tête vous tourne, et c’est maintenant le disque : lentement, un tambour régulier (dont les soubresauts marqueront les séquences de la « longue marche ») et des guitares qui rôdent mettent au jour les éclats aigus d’une voix qui ne demande qu’à gronder – la cage d’Erle n’est-elle pas faite de cordes-clôtures électriques ? Dans un magma plongée enfin, les drones ont obtenu leur revanche : la litanie n’est qu’un lointain souvenir. Mais on sait que l’avenir de La Morte Young n’est envisageable qu’en métamorphose : toute voix dehors ?

Un accordéon, enregistré sans doute, vacille sous les coups d’une batterie : est-ce lui qui s’occupera du bourdon dont Drone Electric Lust a, depuis le milieu des années 1990, fait son affaire ? Enterré par un autre double de guitares – qui rôdent, elles aussi, et chaloupent même –, on ne l’entendra plus : sur un swing lynchien, une voix perce qu’on tentait d’étouffer. Rabattu, le drone : c’est là une ballade de carnaval des âmes. L’étrangeté de la chose épouse celle de l’autre : davantage que le rapprochement, sur un même disque, de deux groupes qui opposent à leurs fortes guitares et batteries d’impénétrables vocalises, ce Split donne à entendre les deux faces d’une même, et transcendante, irritation.     

La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Doubtful Sounds / Apartment / Dysmusie / Pica Disk / Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!)
Edition : 2015.
LP : A/ La Morte Young : Cortex the Killer – B/ Drone Elctric Lust : Stjerneskuddenes Natt
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ex You : Whatknot (Small Scale Music, 2015)

ex you whatknot

C’est chez le guitariste László Lenkes (donc en Serbie) qu’a été enregistrée cette cassette. Chaque face contient deux improvisations du trio qu’il forme avec Milan Milojković (home-made electronics) & Filip Đurović (batterie).

L’impro libre de nos trois garçons ne donne pas dans une free music expiatoire. Non. Plutôt dans un long processus d’actions et de réactions. Comme le tirage de corde est permis Lenkes n’entache pas le jeu de ses effleurements / attouchements de frettes. Pour ce qui est de l’électronique et de la batterie (des éléments), elles servent la même idée (d’une impro nébulo-cristalline ou d’un jazz qui aurait perdu le fil). C’est pas mal de se laisser aller de temps en temps à du créatif bien reposant.

Ex You : Whatknot (Small Scale Music)
Enregistrement : février 2015. Edition : 2015.
Cassette : A1/ V A2/ VI – B1/ VII B2/ VIII
Pierre Cécile © le son du grisli


Thanos Chrysakis, Chris Cundy, James O’Sullivan : Asphodels Abide (Aural Terrains, 2014)

thanos chrysakis james o'sullivan chris cundy asphodels abide

Après SYNEUMA, Thanos Chrysakis (synthétiseur, ordinateur et radio) et James O’Sullivan (guitare électrique) ont défié un autre clarinettiste que Jerry Wigens : Chris Cundy, entendu déjà sur quelques références Creative Sources (Structures, Two Plump Daughters).

Sur la couverture, derrière la beauté grise des fumerolles, perce un bleu charron. C’est précisément l’atmosphère qui transpire d’Asphodels Abide. Ainsi l’heure est-elle à l’évaporation, mais une évaporation commandée par de franches mécaniques : guitare battue au niveau de ses micros, électronique de surface et clarinette évasive. Certes, les musiciens tournent parfois en rond – le disque renferme six improvisations –, semblent chercher leur chemin. Mais l’électricité bientôt les récupère, et le temps vire au bleu.

Thanos Chrysakis, Chris Cundy, James O’Sullivan : Asphodels Abide (Aural Terrains)
Enregistrement : novembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01-06/ Asphodels Abide
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Masayuki Takayanagi : Meta Improvisation (Jinya, 2011)

masayuki takayanagi meta improvisation

« J’ai l’impression qu’il ne reste plus personne qui puisse me suivre, alors je m’y mets seul » : voilà qui explique l’absence de partenaires, mais devant une assistance, la « liberté de faire », même seul, est-elle encore la même ? Composé d’extraits de quatre concerts donnés fin novembre 1984, Meta Improvisation pose la question.

Que les premières minutes de Kushiro-1 relativisent déjà ; que l’on oubliera même ensuite, face à l’évidence : l’énergie du guitariste (dont la santé n’est pourtant pas bonne à l’époque), est ici rentrée et son implication la même qu’en studio. Si le flot sonore est moins dense, c’est qu’il est distendu, mais l’impact est le même : la technique instrumentale de Takayanagi, déjà riche de trouvailles et de tumulte, met au jour un bruitisme coi autrement impressionnant.

Les solos de guitares (deux Gibson) n’existent que découpés et transformés, les cordes qui bruissent doivent s’accorder sur la note d’une autre sirène et de coups de pilon, les moteurs – que Takayanagi et Otomo Yoshihide ont élaborés ensemble – ne cessent d’agiter les plus de quatre mille secondes qui ici passent… Le Meta n’est pas usurpé, de cette improvisation, et même de ce langage. Qu’Otomo Yoshihide nourrira plus tard – peut-être davantage encore aux platines qu’à la guitare.

Masayuki Takayanagi : Meta Improvisation. Hokkaido Tour November 21-28, 1984 (Jinya)
Enregistrement : 1984. Edition : 2011.
CD : 01/ Kushiro-1 At "This Is" November 21, 1984 02/ Kitami-Mass Projection At "Van" November 23, 1984 03/ Kushiro-3 At "This Is" November 21, 1984 04/ Obihiro-2 At "Obihiro City Library" November 25, 1984 05/ Hakodate-2 At "Bop" November 28, 1984 06/ Hakodate-4 At "Bop" November 28, 1984     07/ Obihiro-3 At "Obihiro City Library" November 25, 1984 08/ 1984.11.28 Hakodate-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Raymond Boni, Raphaël Saint-Rémy : Clameur (Emouvance, 2015)

raymond boni raphaël saint-rémy clameur

Réfléchissons à cette clameur. Que nous dit-elle ? Qu’il est trop tard, que l’apocalypse est grouillante, que la bienveillance était dans trop peu d’esprits ? Que le regard n’était que sur soi ? Cette clameur est-elle de joie, d’insouciance, de cri, de colère ?

Pour le moment, je n’entends que la clameur mêlée de Raymond Boni et Raphaël Saint-Rémy. C’est une clameur qui se partage. Ce sont des flèches qu’ils s’envoient par vagues et grandes marées. La sécheresse n’est que suc de tendresse. Le piano martèle l’espace (Deal the Deal) et fendille le silence (Solitude), le hautbois et les hauts-cuivres collectent le continu, brisent le convenu. La guitare bondit, charge, ouvre son antre sonique, guide, clame. Tous deux nous laissent entrevoir les dernières espérances. C’est à prendre ou à laisser.

Raymond Boni, Raphaël Saint-Rémy : Clameur (Emouvance / Socadisc)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Deal the Deal 02/ Broken Hill 03/ Clameur 04/ Solitude 05/ The Cat Named Bebop 06/ Dialects 07/ Shaman 08/ Poetry Ritual 09/ The Big Talk
Luc Bouquet © Le son du grisli



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