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Florian Wittenburg : Aleatoric Inspiration (Nur/Nicht/Nur, 2015)

florian wittenburg aleatoric inspiration

Il a raison, Florian Wittenburg, pourquoi choisir entre acoustique et électroacoustique ? Pourquoi ne pas s’atteler aux deux ? Après, ce n’est qu’une question d’ « aléatoire ».

Sur les huit morceaux d’Aleatoric Inspiration (titre tiré du titre d'un des morceaux), six sont acoustiques. Wittenburg se sert du piano sous l’influence de compositeurs contemporains de l’aléatoire, justement (Morton Feldman surtout). Des micro arpèges, des répétitions, des silences… Comparé aux maîtres du genre, pas très impressionnant, mais ça passe – sauf quand de temps à autre on frôle la BO de docudrama.

Là où Wittenburg s’en sort mieux, c’est sur ses deux compositions électroacoustiques. Pulses & Drones, où il utilise des samples de Benoît Delbecq (un genre de bruit de flippant flipper qui pulse contre des drones aux volumes taillés comme il faut) et Piece for Bowed Piano & Electronics (un drone qui grésille fabriqué avec le pianiste Ned McGowan). Là, d’accord… Peut-être parce que le drone a, par définition, moins à craindre de l’aléatoire.

Florian Wittenburg : Aleatoric Inspiration (Nur/Nicht/Nur)
Edition : 2015.
CD : 01/ Aleatoric Inspiration 02/ Pulses & Drones 03/ Für Scarlett 04/ Dark Piece 05/ Little Permutation Piece 06/ Motiv Sabine 07/ Piece for Bowed Piano & Electronics 08/ Aleatoric Inspiration II
Pierre Cécile © Le son du grisli

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John Coltrane : Live at Penn State ’63 (Hi Hat, 2015)

john coltrane live at penn state 63

Ajout à Coltrane sur le vif, à propos d'un concert du quartette de John Coltrane qui vient d’être publié… Ce n’est pas le Coltrane aventureux des soirées en club que l’on retrouve ici mais celui de la future tournée européenne d’octobre-novembre 1963. En cette soirée du 19 janvier 1963 passée au Schwab Auditorium de la Penn State University, le saxophoniste, sûr de sa technique, segmente ses solos en plusieurs pistes et fait une confiance totale en ses partenaires : McCoy Tyner délivre de somptueux chorus (Every Time We Say Goodbye, Mr. PC) ; Jimmy Garrison, pour une fois pas trop maltraité par la prise de son, fait admirer son travail en profondeur tandis qu’Elvin Jones se fait moins tonitruant que d’ordinaire.

Tournant autour du thème de Bye Bye Blackbird, Coltrane semble gêné par les accords de son pianiste. Quand ce dernier s’efface et laisse parler le trio, il oublie le thème et densifie de nouveaux rivages. Notons ici le subtil jeu de balais du batteur pendant le doux chorus de Garrison. Seul maître à bord de The Inch Worm, Coltrane se montre souverain au soprano et le sera à nouveau lors d’une version malheureusement incomplète de My Favorite Things. Le génie du saxophoniste se fait discret sur Every Time We Say Goodbye quand, au contraire, Tyner se montre prolixe et que Garrison malaxe l'harmonie avec une liberté totale. Incomplètes, les versions de Mr. PC et de I Want to Talk about You profitent respectivement d'un chorus inspiré du pianiste et de l’habituel – et ici  bouleversant – stop chorus du saxophoniste. A suivre…

John Coltrane : Live at Penn State ’63 (Hi Hat)
Enregistrement : 1963 / Edition : 2015
CD : 01/ Bye Bye Blackbird 02/ The Inch Worm 03/ Every Time We Say Goodbye 04/ Mr P.C. 05/ I Want to Talk about You 06/ My Favorite Things
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Decibel : Perform Compositions by Alvin Lucier (Pogus, 2013)

decibel perform compositions by alvin lucier

On déplie le poster qui sert de pochette et vlan : « still and moving lines ». C’est presque une devise (en fait une composition déjà d’Alvin Lucier qui disait Still and Moving Lines of Silence in Families of Hyperbolas) que Decibel (formation de Perth, Australia) respectera de bout en bout (une heure). En tout cas, la phrase résume bien ces quatre compositions (datées de 1967 à 2002) qui durent, qui flottent et qui (donc) bougent.

D’accord le son du piano n’a aucun relief mais il sait se taire, c’est donc pour cela qu’Ever Present (on dit d’elle qu’elle est la composition la plus musicale de Lucier) perth (pardon). Dans mon lointain souvenir de Morton Feldman, c’est un peu feldmanien (peut être trop pour moi, mais c’est une affaire de goût…). On (je) préférera(is) la musique de passe-plat d’autobahn de Carbon Copies (1989), diablement plus fieldrecordée, field recordings que les instruments (sax, piano, flûte) imitent (secouent) ensuite.

Hands (1994) nous débarrasse du piano pour un orgue joué à huit (8) mains. Or moi j’entends des flûtes, des flûtes folles, qui me font tourner la tête et me clouent au sol. Maintenant à la plus vieille, de composition : Shelter (1967 = un an avant le 11 septembre pragois) pour « vibration pickups, amplification system and enclosed space ». Fabuleux (que dire d'autre ?). Pour résumer : bizzarement, plus on remonte le temps, plus le compositeur Lucier disparaît, moins il s’affirme. L’inverse d’un rocker, en quelque sorte, et c’est peut être ça qui me cloue au sol, justement !

Decibel : Perform Compositions by Alvin Lucier (Pogus)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ever Present 02/ Carbon Copies 03/ Hands 04/ Shelter
Pierre Cécile © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #17

ldp 2015 17

A la veille de la reprise pour le trio ldp de la tournée Listening (Lucerne, puis Londres), Barre Phillips évoque ici le souci de santé qui le tiendra quelque temps éloigné de la scène. Comme nous tous, Jacques Demierre et Urs Leimgruber attendent déjà son retour…



7 août 2015
La Garde, France

Deep inside us there are so many states of being that we work toward bringing to the light as we go through our lives.   
Black Bat – Roaming in the evening, plunging in the early morning.
And KABOOM – He found an opening in me –
"This is part of you too" he whispered into my inside ear.
Dance Dance Mother-fucker. Maybe you'll find it. I did.
With a little help from my friends. Cutting way down to beyond zero. The psycho-physical-knowing space that is nothing. Full of emptiness. All can happen and we will see it clearly because there is nothing else. With a little help from my friends. And there he was, B.B. locked in his cage, crying to get out and devour everything – But no!
Clarity beat out darkness. And today Black Bat is reduced to a Crab Shell. Just in time to fall away.     
Hallelujah! With a little help from my friends.
B.Ph.

Die extensive Frühlings-Tournee ist vorbei. Das lange Stück des Trios, ohne Anfang und ohne Ende hat wieder einmal eine lange Pause. Alles ist jetzt anders als vorher. In der Stille, in der Abwesenheit der physischen Präsenz spielt in mir das Trio weiter. Es gibt kaum einen Moment wo ich nicht mit dem Klang des Trios verbunden bin. Ob beim Spazieren in der Natur, im Strassenverkehr oder am Instrument, es spielt. Ich nehme wahr, ich höre und ich lasse mich darauf ein. Ich beobachte bewusst die Empfindungen in meinem Körper mit Gleichmut. Ob helldunkel, nasstrocken oder heisskalt ich lasse mich darauf ein. Auf das wie es ist. Das Hier und Jetzt ist nicht die Realität. Dennoch geniesse ich diesen Moment.
Die freie Improvisation ist eine andere Form von Komposition. Ich spiele mit meinem Instrument Lufttöne. Ich reibe und schleife an musikalischem Material. Auf einmal spiele ich einen langen, unaufhörlichen Ton. Ich spiele ihn weiter und weiter, ohne Anfang und ohne Ende. Ich fühle mich als Vogel und fliege davon. Erst jetzt merke ich, dass ich geträumt habe und erwache aus meinem tiefen Schlaf.
U.L.

Malgré le silence des instruments, la musique du trio se poursuit et continue de retentir dans l'interstice estival délimitant le Spring Tour du Fall Tour. Espace restreint mais essentiel entre-jeu, où d'intenses expériences ne cessent de nous relier. De ma cuisine, où j'écris la pièce dont le trio fera la création en novembre prochain avec l'orchestre symphonique de la Tonhalle de Zürich, la retraite silencieuse et méditative de Urs dans le Jura suisse m'ouvre par rebond un espace intérieur où je découvre des configurations sonores insoupçonnées. Assis à ma table, j'imagine cette autre table sur laquelle Barre combat Black Bat, et je ressens l'énergie profonde contenue dans ces quelques mots: with a little help from my friends. Le trio ldp est à la fois un lieu de pratique et une présence au monde de chacun des deux autres. En liberté, et much love, aussi.
C'est dans cette présence èldépienne que s'est progressivement révélée No Alarming Interstice, composition pour le trio et le Tonhalle Orchester Zürich commandée par les Tage Für Neue Musik. Une interrogation initiale a tracé la piste à suivre: comment rendre possible la rencontre entre un orchestre symphonique dédié à l’interprétation de compositions écrites et un trio de musiciens dont la pratique est de composer en improvisant ? Autrement dit, comment faire coexister dans un présent musical des expériences du son qui rassemblent des approches aussi différentes que celle de l’écriture, de l’indétermination et de l’improvisation ?
Ces questions fondatrices de No Alarming Interstice m’ont amené à réexaminer certains commentaires de Morton Feldman sur son propre travail compositionnel graphique. Il y décrit sa principale déconvenue: le défaut qu’ont ses pièces graphiques à contribuer à la libération des interprètes, alors que ce qu’il cherchait avant tout, c’était de permettre aux sons eux-mêmes d’être libres. L’objectif du compositeur américain étant de libérer les sons, non de laisser les musicien.cienne.s les occulter par un usage inapproprié de leur expression égocentrée. Il ajoute à son commentaire qu’il n’a jamais songé à la composition graphique comme un art de l’improvisation, mais davantage comme une aventure sonore totalement abstraite.
Pourtant, même si Morton Feldman semble dire que le résultat d’une mauvaise interprétation de son écriture graphique peut produire de l’improvisation - ce qui reste à questionner - le problème n’est pas celui de l’improvisation en tant que telle, laquelle est une pratique en soi et non un effet collatéral, mais plutôt celui de la confusion qui existe, au moment de l’interprétation, entre la responsabilité que demande une écriture indéterminée et la liberté, souvent mal comprise, d’agir selon ses envies en relativisant le texte graphico-musical. On retrouve d’ailleurs cette même confusion dans le cadre de la pratique improvisatrice expérimentale, où le rôle du texte musical est joué là par le contexte acoustique et sonore. Je verrais ainsi l’indétermination et l’improvisation plutôt comme des lieux autonomes, des entités spécifiques, avec leur propres stratégies graphico-musicales et sonores, textuelles et contextuelles.
Le point de vue, ou le point d’écoute, adopté dans No Alarming Interstice est celui où les trois approches mentionnées, indétermination, improvisation et écriture, sont abordées d’une manière non-hiérarchique, chacune entretenant et développant instant après instant un rapport particulier avec un texte qui lui est propre: musical, graphique, acoustique.
Ce qui m’a paru tout à la fois extrêmement intéressant et particulièrement stimulant, c’est le paradoxe entre la réflexion de Feldman en forme de constat d’échec sur une écriture musicale graphique qui manquerait sa cible en offrant une certaine forme de liberté improvisatrice et le fait que le compositeur américain soit devenu aujourd’hui l’un des compositeurs dont la scène de l’improvisation expérimentale se revendique le plus.
Le temps a passé, depuis plus de soixante ans, l’écoute a changé, et même si Feldman pointait négativement, à mon sens, l’improvisation, il y a eu appropriation de l’écoute feldmanienne par les musicien.cienne.s d’improvisation. Mais c’est moins l’ironie de l’histoire que les réflexions et les expériences sur l’espace et l’environnement sonores, où la position du sujet improvisant est moins égocentrée que dans la période annonçant le free-jazz, qui ont profondément modifié la pratique improvisatrice et raproché celle-ci de la position esthétique et de l’attitude compositionnelle du compositeur américain, où l’attention à la fois instinctive et extrême qu’il portait au son, à l’enchaînement temporel basé sur l’écoute de patterns sonores, a fait écho aux enjeux esthétiques et musicaux des improvisateur.trice.s. D’une certaine manière, avec les moyens et les préoccupations d’aujourd’hui, l’improvisation expérimentale poursuit au sein de l’instant la tradition de ce que Morton Feldman visait à travers son écriture graphique et indéterminée, à savoir une certaine forme de libération des sons.
C'est associée à la musique improvisée que le trio développe depuis une quinzaine d’années et fondée sur Marginal Intersection, une pièce pour grand orchestre écrite par Morton Feldman en 1951, que No Alarming Interstice rend un hommage anagrammatique au compositeur américain et convoque indétermination, écriture et improvisation, pour une expérience élargie de l'écoute du son dans l’instant.
J.D.

photo barre phillips

Photo : Barre Phillips

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Zeitkratzer : Column One: Entropium (Karlecords, 2015)

zeitkratzer column one entropium

On ne le répétera jamais assez, l'ensemble Zeitkratzer a développé au gré de son abondante discographie une grammaire rugueuse et grinçante qui donne à ses (ré)interprétations un formidable piquant. Ainsi appuie-t-il là où ça secoue et on adore.

Nouvelle preuve des impeccables sonorités défrisantes des Berlinois, Column One: Entropium révise cinq compositions du collectif Column One (certains se souviendront qu'ils ont collaboré en leur temps avec Psychic TV ou Genesis P-Orridge), enregistrées en live au Berghain en 2012. Si l'aventure n'atteint pas toujours l'incroyable degré d'intensité des volumes consacrés à Stockhausen, Alvin Lucier (Alvin Lucier), Keiji Haino (Electronics 3) ou Whitehouse (Whitehouse), sans même parler de leur unique relecture du Metal Machine Music de Lou Reed, les habitués de la bande à Reinhold Friedl ne perdront pas une seule seconde de leur existence passionnée à fréquenter ce nouvel épisode.

Zeitkratzer : Column One: Entropium (Karlrecords)
Edition : 2015.
LP : A1/ Entropium Part 1: Panthera A2/ Entropium Part 2: Sol A3/ Entropium Part 3: Vilde Navarseke - B1/ Entropium Part 4: Handhilse B2/ Entropium Part 6: Lade
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Rhodri Davies, John Butcher : Routing Lynn (Ftarri, 2014) / Mark Fell : A Pattern for Becoming (The Tapeworm, 2015)

rhodri davies john butcher routing lynn

Ce sont trente-cinq minutes d’exception que renferme Routing Lynn, disque enregistré en concert (14 mars 2014) par John Butcher (saxophones amplifiés ou non) et Rhodri Davies (harpes) sur la lecture d’une composition quadriphonique de Chris Watson – faite déjà de Butcher et de Davies (éléments plus tôt glanés en concert à Routing Lynn) en plus d’environnements.

Ainsi aux pépiements et sifflements d’oiseaux affolés, Butcher oppose des souffles inattendus et Davies des vibrations qui, les uns comme les autres, semblent faire effet sur la bande enregistrée. C’est dire la force des réactions des musiciens : leurs longues notes tenues ou leurs vifs échanges proposant un chapelet d’extensions éphémères à la pièce de Watson. Sous l’effet de parasites agissant (et créatifs), la voici bel et bien agitée.

écoute le son du grisliRhodri Davies, John Butcher
Routing Lynn (extrait)

écoute le son du grisliRhodri Davies, John Butcher
Routing Lynn (autre extrait)

Rhodri Davies, John Butcher : Routing Lynn (Ftarri  / Metamkine)
Enregistrement : 14 mars 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Routing Lynn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

mark fell a pattern for becoming

On retrouve Rhodri Davies sur une cassette Tapeworm contenant deux interprétations d’A Pattern for Becoming, pièce pour sept enceintes mouvantes et un soliste signée Mark Fell. Le 22 janvier dernier, le harpiste réagissait ainsi aux signaux de l’environnement qu’on avait préparé pour lui à la Blue Room de la Royal Festival Hall : ainsi les cordes – tremblantes, pincées ou vibrantes – délimitent-elles un irrésistible champ magnétique. Sur l’autre face c’est, au même endroit mais deux mois plus tard, Okyung Lee qui rayait à l’archet cette partition de signaux avant d’en faire fléchir le volume dans de grands et beaux gestes.

Mark Fell, Rhodri Davies, Okkyung Lee : A Pattern for Becoming (The Tapeworm / Touch Shop)
Enregistrement : 22 janvier 2015 & 26 mars 2015. Edition : 2015.
Cassette : A/ A Pattern For Becoming, with Rhodri Davies – B/ A Pattern For BEcoming, with Okkyung Lee
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Luca Pissavioni, Dalila Kayros : A Spectral Work (Bunch, 2014) / Giancarlo Mazzu, Luciano Troja : Tasting Beauty (SLAM)

luca pissavini dalila kayros a spectral work giancarlo mazzu luciano troja tasting beauty

Un grand raffut nous accueille. Les voix se dédoublent, s’étirent, s’entrechoquent, s’entretuent. Les échos sont partout. Les cordes scellent un mouvement sans fin. Cris et vociférations prennent le dessus. Une furia percussive fait surface. C’est une bourrasque. Le fracas s’éternise. Des déflagrations entretiennent le chaos. Peu à peu, le mouvement ralentit, se perd, se rétrécit et apparaissent alors entrechats de cordes (violoncelle et contrebasse). D’autres voix s’élèvent, d’outre-tombe maintenant. Le chaos n’est plus, la matière stagne. Du fracas jusqu’au silence, Luca Pissavini (compositions, contrebasse, violoncelle, viola, cithare, daxophone, percussions, electronics) et Dalila Kayros (voix) signent ainsi une essentielle séance d’exorcisme musical...

... Pas toujours inutile, la bonne vieille mélodie. Surtout quand elle a quelque chose à dire, traduire, transmettre. Giancarlo Mazzu est guitariste et Luciano Troja est pianiste. Tous deux aiment la clarté mais aussi le vagabondage. On les entend quitter le chemin et fouiller les fossés. Dans ces fossés, ils ne trouveront aucune dissonance mais apprendront à se séparer et à faire fructifier de nouvelles pistes. Improvisant, ils chouchoutent la mélodie puis s’amusent à défaire le cadre. Quelques petites choses glanées chez Mal Waldron pour l’un, un zeste de prog chez l’autre : ça sonne juste et précis. Souvent profond.

Luca Pissavioni feat Dalila Kayros : A Spectral Work (Bunch Records)
Edition : 2014.
CD : 01/A Spectral Work
Luc Bouquet © Le son du grisli

Giancarlo Mazzu, Luciano Troja : Tasting Beauty (SLAM)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Tasting Beauty 02/ Blues for Giuseppino 03/ Quando amavamo l’America 04/ Qui 05/ Barbara & Blaise 06/ Somiglia 07/ Natural Wisdom 08/ Fat Mouse in Brooklyn 09/ Village Flowers 10/ Caserta
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Annette Peacock : I Belong to a World That’s Destroying Itself (Ironic, 2014)

annette peacock i belong to a world that's destroying itself

Puisque toute réédition (ou presque) mérite une explication, voilà pour I Belong to a World That’s Destroying Itself : c’est en fait Revenge, qui était sorti au début des années 1970 sous le nom du Bley-Peacock Synthesizer Show (+/- 1969) & qu’il faut désormais considérer comme le premier album solo d’Annette Peacock (non, ce n’est plus I’m the One) puisque Paul Bley n’y apparaît que sur 3 titres et que 8 - 3 = 5 et que 5 c’est suffisant pour un solo. Trêve de précisions, ajoutons qu’on aura pris soin d’agrémenter Revenge de deux morceaux supplémentaires (Flashbacks et Anytime with You).

Ce qu’il y a d’étonnant dans I Belong to a World That’s Destroying Itself (qui est aussi le titre du troisième morceau) c’est qu’il y est presque plus question de voix (celle d’Annette, trafiquée, modifiée…) que de synthétiseurs et d’expés postjazz (en plus de Paul Bley, ont participé à l’enregistrement Gary Peacock, Laurence Cook, Perry Robinson ou Mark Whitecage). Un album de chansons un peu spéciales, il faut bien le reconnaître, parce qu’il racole (mai dans le bon sens du terme = stylistiquement ou genriquement parlant, du côté des protopunk / punkofunk / funkoblues /  bluesypop / poprélofi…) même si pas toujours sur le bon trottoir.  

Enfin, oui, si le son est un peu sale, c’est normal. Et d’ailleurs ça ajoute aux charmes de la chose qui ne nous vient pas d’une autre époque mais d’une autre planète. Une planète qu’accosteront bientôt (c’est du futur régressif) Soft Machine, Carla Bley ou même (quoi ? qui ?) Astrud Gilberto. De quoi quand même intriguer, et faire à Revenge Nouvelle Formule une belle place dans sa discothèque.

Annette Peacock : I Belong to a World That’s Destroying Itself (Ironic)
Enregistrement : 1968-1969. Ediiton (sous le nom de Revenge) : 1971. Réédition : 2014.
CD / LP : 01/ A Loss or Consciousness 02/ The Cynic 03/ I Belong to a World That’s Destroying Itself 04/ Climbing Aspirations 05/ I’m the One 06/ Joy 07/ Daddy’s Boat (A Lullaby) 08/ Dreams (If Time Weren’t)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Luc Guionnet, Didier Lasserre : Hear Out! (Les potagers natures, 2015)

jean-luc guionnet didier lasserre hear out

On aurait pu attendre – on aura peut-être attendu – du présent duo d’autres surfaces polies et d’autres rumeurs à mettre au jour. Or, la fièvre (ou le public) en a décidé autrement : en concert, Jean-Luc Guionnet (au saxophone alto) et Didier Lasserre improvisent en pyromanes.

Attachée à ces impressions d’Africanasia (souvenir d’Arthur Jones et de Claude Delcloo), la paire, qui connaît ses classiques, nous refait le coup de la « musique du dehors » (Hear Out!). Enfonce le cloo, certes ; mais revoit aussi ses influences sur l’instant, et les révise même : après s’être entendus sur un même principe, l’alto accouche de plaintes hautes et d’accrocs fabuleux quand la batterie remue sans cesse pour ne jamais laisser la rengaine s’imposer.

Il y a chez Guionnet (malgré ses redites, ses contrariétés décidées…) et chez Lasserre (malgré sa courtoisie et son abnégation, ce « laisser-faire »), de quoi créer – et bien – dans le feu de l’action : l’alto vibre alors – combien, ici, de blending notes ? – et la batterie renvoie, quand ce n’est pas l’inverse. Et l’inverse, c’est justement ce que Guionnet et Lasserre donnent ici à entendre. Qui impressionne, brut et authentique.

Jean-Luc Guionnet, Didier Lasserre : Hear Out! (Les potagers natures)
Enregistrement : 28 février 2014. Edition : 2015
LP : A/ Set 1 – B/ Set 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Duane Pitre : Bayou Electric (Important, 2015)

duane pitre bayou electric

Qu’elle est longue à grimper la côte du Bayou Electric pour la colo de drones de Duane Pitre. Et lorsqu’il y arrive, pouf il disparaît. Mais on connaît le DP, et on attend son retour puisqu’on sait qu’il reviendra.

Gagné, voilà que les drones à répétition investissent c't'ambient sournoise où le synthétiseur et le violoncelle s’ébattent avant qu’on y déverse des criquets (des cigales ? qu’en sais-je ?) synthétiques et même des voix (bien étouffées, certes certes). Ca plus ça plus ça et voilà une musique de nuit (basses / insectes / dulcimer) qui se retire comme le jour. Mais pas de silence pour autant, non : des insectes, et le retour des drones beaucoup plus vindicatifs. Voilà ce que c’est que s’aventurer dans le Bayou Electric de Duane Pitre, qui prouve ici qu’il sait diversifier les drones qui continuent de l’inspirer.

Duane Pitre : Bayou Electric (Important)
Edition : 2015.
CD / LP : 01/ Electric Bayou
Pierre Cécile © Le son du grisli

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