Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Arvo Pärt : Babel (Col Legno, 2015)

arvo pärt babel

Le label Col Legno a demandé à Johannes Stecher, le directeur artistique de Babel, de raconter sa rencontre avec les garçons du Wiltener Sängerknaben. Nous lisons (sur internet à cette adresse) qu’il a fallu les « arracher » à leurs tablettes et à leurs iPads, les plonger dans Bach et Bruckner avant de les amener à Arvo Pärt. C’était la première répétition.

A la deuxième, les enfants et les jeunes adultes étaient plus concentrés. De répétition en répétition, ils ont appris à prendre en compte le silence, à ne pas cacher leur respiration… ce qui leur a permis de servir avec justesse cette musique céleste, plutôt que sacrée (ces psaumes et ces sermons peuvent perdre leur sens grâce à la musique), aérienne plutôt que céleste. Sur les neuf pièces de Babel, deux n’avaient jamais été enregistrées, Beatitudines et Drei Hitenkinder aus Fátima. Et c’est aussi la première fois que Pärt est interprété par un chœur de garçons. Avec ou sans l’orgue de Stecher, Babel est un disque de chant choral qui nous tire vers le haut et, comme d’habitude avec Pärt, nous ôte d’un grand poids.

Arvo Pärt : Babel (Col Legno)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Magnificat 02/ Beatitudines 03/ Nunc Dimittis 04/ Drei Hirtenkinder aus Fátima 05/ The Deer’s Cry 06/ Da Pacem Domine 07/ An den Wassern zu Babel sassen wir und weinten 08/ Littlemore Tractus 09/ Vater unser
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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The Necks : Vertigo (ReR, 2015) / Alessandro Bosetti, Chris Abrahams : A Heart That Responds from Schooling (Unsounds, 2015)

the necks vertigo

Trois quarts d’heure d’impro sur un filin assurent forcément à un moment ou à un autre qu’on soit sujet au (voire la proie du !) vertige, puisque tel est le nom du nouvel album de The Necks.

On connaît la recette et eux la touillent depuis longtemps (avec les mêmes gestes, bien sûr = le tissage du piano, la pause rythmique, l’arcodrone…) mais le trio arrive encore à nous surprendre. Ça peut être avec un soupçon d’électronique, des cordes de piano qui éclatent sous la pression ou un renversement acoustique / organique qui conduit Abrahams / Buck / Swanton à progresser non plus dans la tension mais avec un leste tout aussi impressionnant…

Et si le passage à la Ray Manzarek sous morphine ne vous captive pas, voilà que la basse le chasse et institue quelques minutes de bourdonnement multicouches qui ne peuvent que faire mouche. Non ce n’est pas de vertige que l’on souffre, mais de l’affalite que prescrivait l’autre jour Xavier Charles.



The Necks : Vertigo (ReR)
Edition : 2015.
CD : 01/ Vertigo
Pierre Cécile © Le son du grisli

alessandro bosetti chris abrahams

L’échange auquel se livrent ici Chris Abrahams et Alessandro Bosetti est à l’origine de sept pièces on ne peut plus variées : électroacoustique pour piano feldmanien et close-up vocal, reprises de standards (Esteem de Lacy et Bridges de Milton Nascimento) qui pourront rappeler Ran Blake ou Patty Waters et permettent à Bosetti de jouer avec les limites de sa tessiture, instrumentaux étouffants ou poésie déconstruite. Si l’ensemble est inégal, ici ou là, « c’est possible que… ».

Alessandro Bosetti, Chris Abrahams : A Heart That Responds from Schooling (Unsounds)
Edition : 2015.
CD : 01/ Eye 02/ Reservoirs 03/ Esteem 04/ Observatories 05/ Bridges 06/ Greenhouses 07/ La Nourriture
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Convergence Quartet : Owl Jacket (NoBusiness, 2015)

the convergence quartet owl jacket

Sur ces deux faces qui ne se répondent pas mais qui se font écho, le Convergence QuartetTaylor Ho Bynum (cornet), Alexander Hawkins (piano), Dominic Lash (contrebasse) et Harris Eisenstadt (batterie) – balance, certes, mais éprouve aussi quelques difficultés à s’entendre sur les bons réglages.

Ici, le thème est faible et l’engagement minimal (Ghana, sur lequel plane le fantôme de Monk) ; là, le free est obligatoire et verni par le piano (Jacket) ; ailleurs, le tissage est stérile (Azalpho) et le traditionnel contrarié (Mamady Wo Murado Sa), par le piano encore. Ainsi, l’équilibre est rare, qui opère sur deux titres seulement : Coyote, dont la marche défaite doit beaucoup aux efforts d’Eisenstadt, et Owl, exercice hard bop sur lequel le cornet s’enferre avec charme. Reste maintenant au Convergence – comme à la plupart des projets d’Ho Bynum – à travailler sa constance.



Convergence Quartet : Owl Jacket (NoBusiness / Improjazz)
Enregistrement : 9 octobre 2013. Edition : 2015.
LP : A1/ Dogbe Na Wolo A2/ Jacket A3/ Coyote – B1/ Owl B2/ Azalpho B3/ Mamady Wo Murado Sa
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Wally Shoup, Greg Campbell, Greg Kelley, Bill Nace : One End to the Other (Open Mouth, 2015)

wally shoup bill nace greg campbell greg kelley one end to the other

Les ramifications dans lesquelles Bill Nace aime débusquer de nouveaux partenaires devaient l’amener un jour jusqu’à Wally Shoup, saxophoniste qui croisa plusieurs fois Paul Flaherty, Chris Corsano ou Thurston Moore. La rencontre se fit en quartette, le guitariste et le saxophoniste ayant chacun amené un Greg de leurs fidèles : Kelley et Campbell.

Sur les cymbales du second – batteur régulier de Shoup que l’on entendra ici souffler aussi en cornet et cor d’harmonie – et une guitare traînant en arrière-plan, l’alto dépose ses premières notes : fragiles, rauques bientôt, crissant enfin. Malgré ses précautions – une réserve, même, pour ce qui est de Kelley –, l’improvisation est ascensionnelle et marque dans l’empreinte.

Les autres pièces feront d’ailleurs de même : mais quand, par exemple sur Separating a Door from a WindowNace et Kelley enveloppent de rumeurs électriques le jeu du duo qui leur fait face, sur Transom, c’est une réunion de quatre solistes qui s’entendent sur une même intention : en démontrer d’avantage (au volume) sans jamais perdre en délicatesse ni en à-propos. Plusieurs écoutes l’attestent : c’est là un free à distance, trouble et alangui, dont l’effluve déconcerte toujours autrement.

Wally Shoup, Greg Campbell, Greg Kelley, Bill Nace : One End to the Other (Open Mouth)
Edition : 2015.
LP : A1/ Morning A2/ Separating a Door from a Window – B1/ Transom B2/ Nothing Is Deprived of Its Warmth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kenneth Kirschner Compressions & Rarefactions (12k, 2015)

kenneth kirschner compressions & rarefactions

Un peu d’ambient, maintenant, et pas n’importe laquelle. Celle de Kenneth Kirschner, que le label 12k continue de soutenir à bout de CD et de téléchargement (une fois Compressions le CD terminé, on pourra se plonger dans les cinq heures de Rarefactions le téléchargement). De quoi faire, donc…

Comme si l’on m’avait invité à parcourir les toiles de Kysa Johnson qui ont servi au design du disque (noir et blanc dehors, coloré à l’intérieur), me voici téléporté sur Kirschnerland. Diaphane, le paysage de September 13, 2012. Les notes qui me parviennent ont l'air de sortir de mobiles où sont suspendus des pianos, des violons (de Tawnya Popoff, je lis), des EBows… Un peu plus loin, sur April 16, 2013, il y a des notes cristallines qui se répondent, mais leur minimalisme me parle moins.

Je disais cinq heures, mais c’est plus de cinq heures et demi de musique téléchargée. Rarefactions doit correspondre au noir et blanc du design, la partie cachée de l’icebient… Sans CD, la musique de Kirschner semble plus immatérielle encore, son ambient plus oppressante. Dans le livret du digipack, Marc Weidenbaum (de Disquiet) écrit de cette musique « Il y a un nuage au-dessus, et un océan en-dessous. » Moi, je suis dans l’un et dans l’autre en même temps, mais ma tête fait la navette.



Kenneth Kirschner : Compressions & Rarefactions (12k)
Enregistrement  2010-2013. Edition  2015.
CD + Téléchargement  CD  Compressions  01 September 13, 2012 02 April 16, 2013 – DL  Rarefactions  01 July 17, 2010 02 January 10, 2012 03 October 13, 2012
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Willem Breuker Kollektief : Angoulême 18 mai 1980 (Fou, 2015)

willem breuker kollektief angoulême

En 1980, le Willem Breuker Kollektief fête ses six années d’existence. En 1980, le WBK n’est pas encore un combo farces & attrapes mais un orchestre enthousiasmant, réjouissant. Les anciens s’en souviennent, l’arme à l’œil et le sourire aux quatre coins. Et les petits jeunots (grâce aux micros bienveillants de Jean-Marc Foussat) découvrent ce qu’ils ont raté.

Certes, ici et là, on passe l’aspirateur, on joue aux acrobates, on fait semblant de ne pas savoir jouer, on chopinise et on dissone pour de rire  mais aussi et surtout : on prend quelques solos homériques (Willem van Manem, digne cousin de Brötz), on flirte avec quelques Blue Notes sud-africaines et on offre la joie à qui veut bien la prendre. Et ce, sans aucune ironie ou mépris. Grande machine à swinguer que ce WBK circa 1980, qui comprenait alors : WB, Boy Raaymakers, Willem van Manem, Bernard Hunnekink, Bob Driessen, Maarten van Norden, Henk de Jonge, Arjen Gorter (solos de contrebasse décoiffants) et Rob Verdurmen. Enjoy!



Willem Breuker Kollektief : Angoulême 18 mai 1980 (Fou Records / Les Allumés du Jazz)
Enregistrement : 1980. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Pale Fire 02/ Flat Jungle 03/ Tango Superior 04/ Interruptie 05/ Big Bussy Band 06/ Marche & Sax Solo with Vacuum Cleaner 07/ La Défense 08/ Sentimental Journey 09/ Bobbert – CD2 : 01/ Acro 02/ Song of Mandalay 03/ Oh, You Beautiful Doll 04/ Postdamer Stomp 05/ I Believe
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Bryan Eubanks, Stéphane Rives : fq (Potlatch, 2015)

bryan eubanks stéphane rives fq

Le premier signal est aigu, qu’émettent Bryan Eubanks (oscillateurs et feedback de synthétiseur) et Stéphane Rives (saxophone soprano). Et ses strates, déjà fragiles, sont altérées par les fréquences provoquées ici et là par leurs rapprochements.

Mais les premiers sifflements – une dizaine de minutes, en et hors circuit – « menuisent » seulement : l’ouvrage électroacoustique tout juste dessiné est encore à venir. Dans une deuxième séquence, un grave perce et le soprano calque l’électronique, quelques reliefs se lèvent. C’est maintenant une conversation chantante qui projette ses expressions saillantes, saturées, tremblantes…, avant de les cristalliser.

A des instruments différents ayant su ne faire qu’un, les musiciens peuvent jouer enfin de rivalités : désormais, le soprano jabote, opposant sa découpe facétieuse à d’autres aigus persistants – qui ne provoquent jamais mais pénètrent plutôt – et le charme opère. C’est ainsi qu’en trois temps,  Bryan Eubanks et Stéphane Rives ont fait de leur exploration des oscillations un bel ouvrage en dentelle de fréquences. 

Bryan Eubanks, Stéphane Rives : fq (Potlatch / Orkhêstra International)
Enregistrement : 9 september 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ fq
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ben Gwilliam : Breakdownspedup (Mantile, 2015)

ben gwilliam breakdownspedup

Je dois bien avouer que Ben Gwilliam (artiste en position Cage du milieu genre « tout ce que tu entends est musique même la chose la plus amusicale au possible ») m’a bien eu. Quand j’ai passé sa cassette, je me suis longtemps demandé si elle avait été correctement « remplie ». Un souffle, rien qu’un souffle, là-dessus… était-ce voulu ?  

Un souffle, gars !, mais quoi pas n'importe lequel : un souffle de congélateur (que j’apprendrais par la suite). OK, pas une bande vierge mais une bande souffle, et moi j’en suis là : j’écoute dans mon studio (piètre) tourner un congélateur (quand mon frigo me le permet = ne lui donne pas la réplique) enregistré au dictaphone ?

Réfléchissant… bientôt : surprise ! Ce n’est pas le gel ou le dégel mais un climat rhodanien d’une autre tenue qui m’assaille. Je ne si sais si le Gwilliam a retouché quoi que ce soit (au fond : j’en doute… mais alors pourquoi ça s’accélère à chaque fois comme dans un panier à salade ? est-ce le dictaphonen qui rend l’âme en courant de plus en plus vite bitte ?) mais sa captation de soufflerie me touche jusqu’à l’épine. Et pour me toucher jusqu’à l’épine, normalement faut y aller.

Ben Gwilliam : Breakdownspedup (Mantile)
Enregistrement : 2010-2015. Edition : 2015.
K7 : A-B/ Breakdownspedup
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Poligono Hindú Astral : 00110010 (Verlag System)

poligono hindu astral 00110010

Et si le futur de la Kosmische se situait du côté de l'Espagne ? Avant de ricaner, tendez une oreille, et même deux, vers le duo Poligono Hindú Astral, et son premier LP 00110010. Si le titre renvoie à un nombre binaire, équivalent au nombre 50 en décimal, l'esthétique des deux gaillards nommés Joni et Julio (on n'en sait pas plus) nous offre un mariage des plus heureux entre la tradition germanique (et surtout Conrad Schnitzler) et les nouveaux explorateurs du genre (on pense principalement à Forma et au catalogue SpectrumSpools).

Non contents de revisiter des sonorités et des rythmes qu'on  ne cesse de vénérer, plus de quarante ans après les faits, la paire espagnole prend également un malin plaisir à siphonner les quartiers connexes. Plus d'une fois, on songe aux formidables relectures des Islandais d'Evil Madness, et plus rarement quelques échos d'EBM aux parfums de Düsseldorf viennent enrichir le propos, que nous vous conseillons sans le moindre détour.

Poligono Hindú Astral : 00110010 (Verlag System)
Edition : 2015.
LP : 01/ 41º 24´22. 2¨N 02/ Terra Incognita 03/ Miles De MIllones DeAños 04/ 51º 18´15¨ 05/ B-15.13´ Sobre Superficie 06/ Bronce 07/ N.Av 08/ Aguas Subterráneas 09/ Líneas Que Describen Círculos 10/ CIII.Y.E37 11/ Rocas Gravitando A La Deriva
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Bobby Bradford / Frode Gjerstad Quartet : The Delaware River (NoBusiness, 2015)

bradford gjerstad quartet delaware river

La veille du concert que documente Silver Cornet, le Bradford/Gjerstad Quartet – dans lequel on trouve le contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten et le batteur Frank Rosaly, remplaçant Paal Nilssen-Love – donnait un autre concert, à Philadelphie. Que The Delaware River documente à son tour.

La prise de son prête main-forte à Bradford : elle rapproche en effet ses partenaires d’un free d’antan. Quelque peu étouffée, la batterie (Rosaly jouant là de nuances que Nilssen-Love a désormais tendance à décliner) n’en impose pas moins sur Sailing Up The, premier titre que cornet et alto se partagent selon la tradition : motifs mélodiques pour Bradford, saillances pour Gjerstad.

L'équilibre trouvé (assez rapidement), les musiciens inventent une musique libérée de (presque) toutes contingences. Certes, mais cérébrale aussi. C’est d’ailleurs là le charme de l’association Bradford / Gjerstad : son jazz d’improvisation est funambule, dont la force ne se joue pas dans la vitesse, ni l’intensité dans l’épaisseur.

écoute le son du grisliBradford/Gjerstad Quartet
River In

Bobby Bradford / Frode Gjerstad Quartet : The Delaware River (NoBusiness / Improjazz)
Enregistrement : 29 mars 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Sailing Up The – B1/ Delaware B2/ River In B3/ 1965 Was Amazing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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