Le son du grisli

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

DinahBird : A Box of 78s (Gruenrekorder, 2014)

dinahbird a box of 78s

Tiens, les deux faces ne marchent pas de la même façon, même si elles sont toutes les deux remplies de sons qui « auraient » fait le voyage jusqu’à nous (c.a.d. sur ce vinyle) dans une valise – je renvoie le lecteur intéressé par les explications aux explications données par l'artiste sonore DinahBird sur le site du label Gruënrekorder).

Donc donc… Quand on pose le diamant sur A, il sautille un peu (parfois beaucoup) et choisit lui-même le sillon sur-lequel il va looper (= répéter un son en boucle, soit quelques secondes d’un tinetement, un bout d’opéra, deux ou trois secondes de violon, un autre bout d’opéra, etc. etc.). Oui, lecteur, c’est une boucle. Sans fin (comme ma chronique s’il ne tenait qu’à moi, c’est que j’en ai sous le pied). Une boucle qui pourrait tourner pour toujours. Et il y en a plusieurs, des boucles, mais nous n’avons qu’un, nous, « toujours ». Il faut donc choisir, se poster red d’équerre sur une chaise à côté de la platine, écouter quelques secondes et choisir un autre sillon (il ne faudrait pas que le diamant nous refasse le coup du « c’est moi qui choisit »).

En face B, la lecture est classique : une rivière coule (merveilleuse rivière et eau à jamais reliée aux forces de la nature qui chantent…) un homme nous raconte une histoire, et il nous donne les clefs pour comprendre le concept de la chose vinylesque. C’est malgré tout un peu dommage, parce que le disque perd de sa poésie, et de sa bizarrerie (toute liquide qu'elle est). La galette a donc quitté le monde de l’art pour celui de la production discographique. La transformation s’est-elle faite dans une valise ?



DinahBird : A Box of 78s (Gruenrekorder)
Edition : 2014.
LP : A Box of 78s
Pierre Cécile © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #25

ldp 2015 philadelphie

Un dernier concert, ce soir, à Chicago, et l'heure sera venue pour Jacques Demierre et Urs Leimgruber de regagner l'Europe. Le 13 novembre, à Zurich, le duo retrouvera Barre Phillips. Le trio donnera un nouveau concert avant de servir No Alarming Interstice, pièce de Demierre pour orchestre et trio. En supplément à ce souvenir de Philadelphie, l'intégralité du concert donné à la Rotunda... 

27 octobre, Philadelphia
The Rotunda

Heute reisen wir mit dem AMTRAK train vom Penn-Station New York nach Philadelphia. Bei unserer Ankunft bringt uns ein Taxi zum Konzertort. Steven Tobin verantwortlich für die Konzertreihe Fire Museum empfängt uns. Er zeigt uns den Konzertraum und ein ziemlich verwahrlostes Upright Klavier, das für das Konzert zur Verfügung steht. Das Instrument gleicht eher einem verstaubten, alten Möbelstück, als einem Klavier. Es wird für Jacques eine zusätzliche Herausforderung sein dieses Objekt im Konzert musikalisch einzusetzen. Ich bin jedoch überzeugt, dass Jacques auch mit diesem Instrument umgehen kann.
Ich treffe mich mit Ken Weiss zu einem Interview in einem Nebenraum im oberen Stock. Ken arbeitet für die kanadische Musikzeitschrift Cadence, und er hatte mich lange im voraus kontaktiert, um mit mir ein ausführliches Gespräch zu führen. Normalerweise halte ich vor Konzerten keine Gespräche und gebe keine Interviews. Bei Ken’s Anfrage hatte ich die leise Ahnung, dass ein Gespräch mit ihm spannend sein könnte, und ich habe zugesagt.
„Was ist der Unterschied zwischen freier Improvisation und instant composing“. Diese Frage wird immer wieder gestellt, offensichtlich ist es immer noch nicht ganz klar, ob es einen Unterschied gibt und wie freie Improvisation praktiziert wird und wie sie zustande kommt. Meiner Meinung nach ist die freie Improvisation eine andere Form von Komposition. Sie entsteht nicht im voraus, weder notiert noch vorbereitet. Sie entsteht aus dem Moment heraus, indem man sich offen und unvorher eingenommen auf eine momentane Situation einlässt. Der Raum und die Zuhörer bilden hierfür eine Art akustische Partitur. Aus dem Moment heraus fallen Klänge spontan in den leeren Raum. Der Fortlauf wird zwischen den Musikern, aus dem Spiel heraus bestimmt. Für mich besteht zwischen freier Improvisation und instant composing kein substanzieller Unterschied, beide Bezeichnungen stehen für eine radikale Form freier Improvisation...
Konzentriertes Hören und Verantwortung, materielle Voraussetzungen und die spontane Eingabe bilden die Basis unserer Musik. Wir agieren, intensivieren, traktieren, dekonstruieren, eliminieren, addieren und multiplizieren.. die Musik nimmt ihren Verlauf. Sie entsteht in Echtzeit, sie entsteht indem sie entsteht. Gesten und Spielweisen vermischen sich und lösen sich ab. Wir halten nichts fest. Das Ausgelassene zählt genauso wie das Eingefügte. Jedes Konzert ist auf eine Art ein Original. Jede Situation ist anders. Der akustische Raum, das Publikum, die gesamte Stimmung im Hier und Jetzt, die gespielten Klänge und die stillen Zwischenräume sind Teil eines experimentellen, musikalischen Erlebnisses. Das Konzert dauert 45 Minuten. Das Publikum ist begeistert und bedankt sich mit Standing ovation.
U.L.

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Le piano Myers F. Hall, 57897, poussé avec peine devant la scène de la Rotunda de Philadelphie par le technicien du lieu sur un tapis pour l'empêcher de rouler, était-il en fait une "dust machine" comme on parle d'une "smoke machine"? Repeint sans soin et tatoué PHILADELPHIA, ce piano droit, unique instrument vertical de cette tournée, a provoqué en aval du concert davantage de commentaires d'ordre visuel que musical. Depuis longtemps j'ai pour habitude d'éprouver de la bienveillance envers chaque piano que je suis amené à jouer. Pour faire bref, il n'y a pas de bons ou de mauvais pianos, il n'y a que des instruments différents, avec des potentialités spécifiques. A moi de les découvrir, à moi "to deal with it" comme dit Barre dans la vidéo présentée à chaque concert et qui marque son absence-présence en ce début de Fall Tour. Mais je dois avouer que ce soir-là, ce fut particulièrement difficile d'entrer en relation avec ce meuble à clavier. Le public ne s'en est, semble-t-il, pas rendu compte, puisque le concert fut salué par une standing ovation, mais j'ai ressenti une méfiance infinie de l'instrument à mon égard. Comme si cette méfiance immense le poussait à se refuser à mon jeu, à développer des stratégies d'évitement, à tout mettre en oeuvre pour empêcher que chaque parcelle de son territoire ne soit jouée. Ce qui avait complètement échappé à mon attention en cours de performance, c'était les nuages de poussière, grotesquement mis en scène par la lumière des projecteurs, que chaque son émis, chaque touche activée, chaque partie de l'instrument effleurée, mettait en mouvement de manière extravagante. Mais à écouter les commentaires, à relever les mots employés par les gens du lieu et par le public pour décrire la qualité de ce piano et celle de ses effets, j'ai ressenti une attitude générale de dérision envers l'instrument, une disposition faite de déconsidération, presque une posture d'absence d'estime, comme si à la base de la relation individu-instrument résidait un mépris originel, qui avait fini par agir avec violence tel un filtre brutal sur une relation d'écoute, me laissant désemparé comme face à un animal battu qui refuserait tout geste d'approche. Comme souvent, une coïncidence, ici un message de Quentin Conrate, lecteur-spectateur qui aborde la question de la figure du festaiuolo dans un courriel en résonance à son suivi du Carnet de route et à sa présence au concert donné à la Malterie de Lille en trio avec Hannah Marshall, m'a amené à penser que l'instrument-piano en tant que présence physique pouvait parfois jouer ce rôle-là, celui d'une figure intermédiaire qui désigne la "scène du son" au public assistant à l'action sonore. Dans le cas qui nous occupe, le piano Myers F. Hall de Philadelphie aurait ainsi renoncé, pour une raison qui reste mystérieuse, à jouer ce rôle de figure désignante, en se transformant en "dust machine", projetant entre lui-même et les spectateurs un voile de poussière dissimulant et étouffant la "scène du son". Il n'aurait laissé trace de lui-même que visuellement, à travers les particules de poussières virevoltantes qui ont si intensément nourri les commentaires du public, auxquels je me permets d'ajouter celui de Quentin, tant l'expérience du concert est une expérience riche en strates complexes et paradoxales: "Bonjour Jacques, j'ai pu poursuivre partiellement ma lecture de ton Carnet depuis notre rencontre à la Malterie, et j'ai eu l'idée de poursuivre un peu notre discussion de cette manière, à la suite du bout de l'interview où tu évoques l'idée de "faire partie de l'expérience". J'ai travaillé pas mal de temps sur cette question en étudiant les nuances entre performance et happening et la pensée de Kaprow. J'ai beaucoup étudié à cette occasion le moment du commencement, qui me semble fondamental pour se prémunir d'un choc, j'ai l'idée que la chose glisse. Le choc d'une pièce qui commence est pour moi un déictique trop net qui vient se greffer et nous impose l'idée que "ça commence" - à ce titre, j'ai forcément été sensible à votre manière de rentrer (Lionel Marchetti disait à Densités vouloir à présent parler avant de lancer les pièces pour étalonner notre oreille, j'aimais bien cette idée). Ce problème du mot dont tu parles se place chez moi à ce moment. Savoir si le musicien me donne à entendre quelque chose ou si il veut lui se faire entendre, ce qu'englobe sur le moment notre sphère sonore, la sienne comme celle de celui qui l'écoute, le musicien qui nous montre à entendre comme les festaiuolo dans les peintures. Quand tu parles de la soufflerie de la malterie par exemple, hier en y jouant, le début du set était nourri du son de la pompe à bière qui a au final été coupé, c'était intéressant de constater que nous étions tous à son écoute alors que personne ne jouait encore. Certains dans le public semblaient apprécier le fait que ce soit coupé, moi je jouais déjà avec rien qu'en pensée. Belle tournée et belle journée à vous!". J'aime ces mouvements de boomerang, qui nous font à la fois avancer et reculer, revisitant passé et futur dans l'espace insaisissable de notre expérience du présent.
J.D.

Photos : Jacques Demierre

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Hannes Lingens : Four Pieces for Quintet (Insub, 2013)

hannes lingens four pieces for quintet

On avait à peine entendu l’accordéoniste Hannes Lingens sous la direction d’Antoine Beuger (Tschirtner Tunings For Twelve) que le voilà déjà à la tête d’un quintette : à ses côtés, sur quatre pièces de cinq minutes à télécharger, trouver Johnny Chang (Violon), Koen Nutters et Derek Shirley (contrebasses) et Michael Thieke (clarinette).

On classera d’un revers d’oreille ces quatre épreuves dans la catégorie Wandelweiser, même si un archet ou une note tenue se charge souvent d’éloigner tout silence de la composition en train de se jouer. On soupçonnera aussi les blocs colorés de leurs partitions de chercher à percer les mystères du Titanic de Bryars. Mais si ces quatre pièces s’entendent sans déplaisir, l’équilibre entre composition et improvisation qui les a commandées est encore précaire… Candide, pour ne pas dire « vert  », s’il faut choisir une couleur entre toutes.   



Hannes Lingens : Four Pieces for Quintet (Insub)
Enregistrement : 28 avril 2013. Edition : 2013.
Téléchargement : 01-04/ Four Pieces for Quintet
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lawrence D. Butch Morris : Verona (Nu Bop, 2015)

lawrence butch morris verona conduction 43 conduction 46

En 1994 et 1995, Lawrence D. Butch Morris poursuivait (et précisait à la fois) son œuvre de « conduction » – pour bien cerner le concept, une visite s’impose ici – au Teatro Romano de Vérone. Ce sont en conséquence deux conductions sur autant de disques : sur le premier, la quarante-troisième ; sur le second, la quarante-sixième. Bras, une dernière étreinte !

Si ce n’est dans les formations qui les interprètent (J.A. Deane au trombone et à l’électronique, Myra Melford au piano, Zeena Parkins à la harpe et Lê Quan Ninh aux percussions), l’une et l’autre ont des points communs. Ainsi, leur allure générale répond-elle à l’inspiration d’un chef d’orchestre en devoir d’imbriquer des modules différents et nombreux plus encore : lectures collectives, conversations en plus petits comités et solos, dessinent les contours d’une musique insaisissable puisqu’avide toujours d’autres propositions.

Aux déferlantes de cordes (les violoncelles de Martin Schütz et Martine Altenburger, notamment, sur le premier disque) et de percussions (Lê Quan à chaque fois), les instruments à vent (ici le hautbois de Mario Arcari et le trombone de Deane, là la clarinette basse de Francesco Bearzatti ou le saxophone alto de Rizzardo Piazzi) opposent des motifs courts qu’ils feront souvent tourner plusieurs fois. Aux progressions grippées des pianos (Melford et Riccardo Fassi ou Riccardo Massari, selon l’enregistrement) et du vibraphone (Bryan Carrot), la harpe pourra donner une touche impressionniste et les percussions imposer un équilibre à la Monk

On imagine alors de Morris les gestes soit précis soit larges, autrement dit : directionnels ou sibyllins, qui commandent ici une séquence troublante aux airs de collage minutieusement élaboré (plusieurs fois, sur le premier disque) et  là une rencontre plus convenue (la conclusion romantique dont se chargent hautbois et piano, sur le premier disque encore, ou cet échange piano / guitare – celle de Bill Horvitz – qui alourdit quelques secondes du second). Mais sur la durée de ces deux conductions, les écarts sont rares, qui éloignent Butch Morris de l’objectif qu’il s’était fixé : sculpter sur l’instant le chant d’un bel ensemble.



Lawrence D. ‘’Butch’’ Morris : Verona. Conduction No. 43 – The Cloth (1994) / Conduction No. 46 – Verona Skyscraper (1995) (Nu Bop / Orkhêstra International)
Enregistrement : 26 juin 1994 & 27 juin 1995. Edition : 2011. Réédition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Conduction No. 43 – CD2 : Conduction No. 46
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Erland Dahlen : Blossom Bells (Hubro, 2015)

erland dahlen blossom bells

Collectionneur invétéré de tout ce qui touche aux percussions, Erland Dahlen a nommé son second essai Blossom Bells, du nom d'un ensemble de cloches chromatiques créé par le fameux Pete Engelhart – et elles jouent un rôle central sur le disque.

Si on passera poliment sur l'inaugural Snake, les choses s'animent vraiment sur Pipe. Hyper-impressionnant de bruit et de fureur, le titre renvoie 90% de la production du post-rock (encore !) à la poubelle. Tel du Mogwai qui aurait mangé The Bell Laboratory (sans Pantha du Prince), ça dépote sauvage. Du coup, le retour au faux calme précaire de Knife fait bizarre, mais passé le stade de l'accoutumance, ces airs-fantômes de Pink Floyd électrisé font bien plus que le boulot. Et ce n'est pas fini, car il reste un Hammer qui secoue bien le prunier, avec cependant une finesse relative, et un morceau-titre où un thérémin détroussé par des bandits de grands chemins dévoie avec moult louvoiements une certaine idée de la fanfare de rue.



Erland Dahlen : Blossom Bells (Hubro)
Edition : 2015
CD : 01/ Snake 02/ Pipe 03/ Knife 04/ Iron 05/ Hammer 06/ Blossoms Bells
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Blaast : From One Coordinate to Uncoordination (Caduc, 2015)

blaast from one coordinate

Un duel de synthés, avouez que c’est pas commun ! (j’ai réfléchi cette introduction de chronique en pensant à notre jeune public, genre 16-22). Et si je me trompe, si ça l’est, commun, je m’explique et précise : un duel entre un homme et une femme, c’est pas commun. De synthés, le duel, je veux dire…

Bon, pas vraiment un duel puisque les deux dont je vous parle (Lali Barrière qu’on avait entendu avec Ferran Fages & Alfredo Costa Monteiro qu’on avait entendu avec Ferran Fages) forment un groupo ou un duogroupe (Blaast). Et que dire de leurs synthés ? Prenons la pochette : de la roche en veux-tu en voilà. Lunaire, la roche. Comme les synthés, en fait. Par la lucarne du vaisseau (qui se déplace à l’ancienne, genre Jules Verne), on regarde la lune, ou Mars ou je ne sais quel étron rocheux…

Des couches se posent, se super!posent, fréquencisent, harmonisent, volumisent… C’était ça, les 16-22, le futur qu’on nous a vendu quand on avait votre âge ! Et j’ose avouer que, malgré les désillusions (et le fait que la musique du duo est bien très bien mais pas d’un original flagrant), ça me plaît encore. C'est pour ça que je l'attends toujours...



Blaast : From One Coordinate to Uncoordination (Caduc)
Enregistrement : 10 août 2014. Edition : 2015.
CDR : 01/ From One Coordinate to Uncoordination
Pierre Cécile © Le son du grisli

anima_FQui ignore encore que ce même Alfredo Costa Monteiro publiera, à la fin du mois chez Lenka lente, Anima ? Soit : un bel ouvrage de poésie sonore ! 

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Mark Trayle : Goldstripe / Toshimaru Nakamura, Mark Trayle : Stationary (Creative Sources, 2015)

mark trayle goldstripe toshimaru nakamura mark trayle stationary

Entendu souvent en compagnie de Jason Kahn (Five Lines, Fronts, Timeline Los Angeles) mais aussi auprès de Vinny Golia (Music for Electronics & Woodwinds), voici Mark Trayle improvisant, en 2006 et 2007, dans d’autres conditions : seul (Goldstripe) ou en duo avec Toshimaru Nakamura (Stationary).

Sur Goldstripe, Trayle  interroge le potentiel sonore des pistes magnétiques de cartes bancaires. Si elle peut, au son, rappeler les Dataphonics de Ryoji Ikeda, l’épreuve est moins dogmatique, et même : plus poétique. Ainsi extrait-il – certes pour les étouffer, mais en se gardant toujours de les faire taire – les éléments d’une électronique de contenu généralement enfoui. A son imagination, maintenant, de décider : ici, les renverser ; là, les obliger à un rythme ou à une danse ; ailleurs, les déformer à loisir – les pièces peuvent alors rappeler les expériences sur platines d’Otomo Yoshihide ou les plus étranges instrumentaux de Throbbing Gristle.

Avec Toshimaru Nakamura, c’est presque une autre histoire. Ordinateur contre no-input mixing board à trois reprises : malgré les velléités, de part et d’autre, les gestes sont mesurés. A tel point qu’on soupçonne l’électronique de s’être rapidement fondue dans le décor pour mieux sourdre ensuite… à travers les plaintes, fragiles toutes : sifflements, oscillations, crépitements, saturations… La mesure et la précision du duo soignent là une électronique rare, d’un expressionnisme moléculaire plus remarquable encore que celui de Goldstripe.



Mark Trayle : Goldstripe (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2007. Edition : 2015.
CD : 01-07/ Goldstripe

Toshimaru Nakamura, Mark Trayle : Stationary (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : Janvier 2007. Edition : 2015.
CD : 01/ 10’16’’ 02/ 27’59’’ 03/ 6’45’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Giovanni Di Domenico, Peter Jacquemyn, Chris Corsano : A Little Off the Top (NoBusiness, 2015)

giovanni di domenico peter jacquemyn chris corsano a little off the top

C’est à domicile que le pianiste Giovanni Di Domenico a enregistré ce trio avec Peter Jacquemyn (contrebassiste entendu notamment auprès de Fred Van Hove, Kris Wanders ou Lê Quan Ninh) et Chris Corsano. Une façon comme une autre de faire état de sa pratique instrumentale autrement qu’en accompagnateur, par exemple, d’Akira Sakata (Iruman, récemment).

La prise de son le met d’ailleurs en valeur – en première face, il faut même tendre l’oreille pour approcher un peu contrebasse et batterie, d’autant que la progression taylorienne du piano laisse assez peu d’espace à l’une et à l’autre. Mais l’impressionnant duo Jacquemyn / Corsano qui ouvre Tiburòn offre une double possibilité : aux deux musiciens de se faire entendre et au trio d’engager un autre genre d’improvisation. C’est alors une pluie d’aigus qu’essuient contrebasse et batterie quand le pianiste négocie à la dernière seconde tous les reliefs nés des frictions. Alors le trio en impose.

écoute le son du grisli

Giovanni Di Domenico, Peter Jacquemyn, Chris Corsano
Golondrina

Giovanni Di Domenico, Peter Jacquemyn, Chris Corsano : A Little Off the Top (NoBusiness / Improjazz)
Enregistrement : 31 octobre 2013. Edition : 2015.
LP : A1/ Golondrina – B1/ Tiburòn B2/ Slick Back
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #24

ldp 2015 24 ann arbor

La vitesse à laquelle Jacques Demierre et Urs Leimgruber parcourent les Etats-Unis s'accélère. Ici,le souvenir d'un concert donné à Ann Arbor, le 24 octobre, et, avant lui, des nouvelles encourageantes que Barre Phillips nous adresse de Puget-Ville.

24 Octobre 2015, Ste-Philomene, Puget-Ville, France

Sitting here knowing that I'm missing a very important tour with my friends Urs and Ja(ques. But what can I do? Be ready to join them when they will get back to Europe on the 8th of November. The Black Bat, before he left my body, did a lot of damage. The damage can repair itself, if I act in the right ways. Eating and resting being so important.    
I touch the bass and after a short time of waking up it tells me that it's ready to go. Took a short trip (a test run) up to Lyon to visit a friend and my luthier. Bass player from Tokyo. We played and I used a Carbow that the luthier had and it marveled me out, to the point to where I had to buy it. New starting. A new mechanical thrall. Like pealing the apartment bicycle 20 mns. I have faith that we'll all meet at the appointed time - my friends, my mind, my body and my spirit, to continue re-starting anew our sound and human adventure. Hold on! Hold on! Here I come.
B.Ph

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24 octobre, Ann Arbor, USA
19th Annual EDGEFEST 2015:  Wake Up Calls from the Edge
Kerrytown Concert Hall

Midwood Suites Brooklyn 6:30am. Morgendämmerung. Der Taxifahrer, ein Mexikaner wartet in der schwarzen Limosine auf uns. Newark Airport! Der Wagen rollt durch leere Strassen und bereits dicht gefüllte Avenues and Higways, Richtung Flughafen. Das check-in geht ganz schnell, in der Flughalle gibt es kaum Leute. Newark ist ein kleiner, sehr angenehmer Flughafen. Two espressos, one single, one double and two croissents. Wir setzen uns hin und geniessen die Ruhe. Eine junge Kellnerin serviert uns den Kaffee und die Gipfel. Wir sind die einzigen Gäste und wir sehen kaum Leute vorbei gehen. Wir fühlen uns in einem fast Zeit losen Raum. Lauter Ruhe vergessen wir, auf einem Flughafen zu sein. Beinahe verpassen wir das Boarding. Ein kleiner Flieger, Typ Sky Jet 900 bietet nur kleine Overheads an. Mein Softbag mit den beiden Saxofonen passt nicht hinein. Was nun? Die Stewardess bietet mir nach einer kurzen Unsicherheit einen Platz in der Crew eigenen Garderobe an. Das Ding passt hinein. Glück gehabt. Endlich erreiche ich meinen Platz, ein exit seat wo ich meine Beine strecken kann. Ich atme kurz ein und aus. Fasten Seat Belt. We are taking off, destination Detroit. Nach leichtem Abheben des Vogels sind wir endlich in der Luft.
Wieder ist Ruhe. Wir brauchen unzählige Stunden um ein Konzert von 50 Minuten zu spielen. Der Aufwand ist enorm, und doch lohnt es sich. It’s all about an experimental experience. Und die Eindrücke sind nachhaltig. Nancy holt uns am Flughafen Detroit mit einem grauen Subaru ab. Nancy ist klein gewachsen und hat rote Haare. Sie ist Künstlerin sagt sie uns während der Fahrt zum Microtel. Sie hätte eine Ausstellung im Konzertraum. Check-in an der Reception und ab in die Zimmer. Kurz danach sitzen wir im Koreaner nebenan und bestellen Tofu mit Gemüse und Reis. Der anschliessende, kurze Nachmittagsschlaf ist auf der Tournee äusserst wichtig und wohltuend. Um 6:30pm holt uns Nancy am Hotel wieder ab. Im Kerrytown Konzerthaus spielt das Trio Joe McPhee, Fred Lonberg Holm, Michael Zerang zusammen  mit dem Gast Trompeter Peter Evans. Das Thema des Festivals in diesem Jahr ist die Trompete. Die Gruppe spielt einen hochkarätigen Set mit eruptiven und virtuosen Ausbrüchen und ruhigen Passagen zum ausklingenden Schluss. Das fachkundige Publikum ist sehr aufmerksam. Die Leute spielen gut mit. Sie übernehmen manchmal sogar die Führung und applaudieren am Schluss in die Stille hinein!
Nach einer kurzen Pause beginnt das nächste Konzert in der St. Andrews Episcopal Church nebenan mit TAYLOR HO BYNUM EDGEFEST PLUSTET mit dem University of Michigan Creative Arts Orchestra. Während dieser Zeit stimmen wir uns im Kerrytown Concert House für unser Konzert ein. Das Video zeigen wir heute nicht. Wir spielen zusammen mit Fred Lonberg Holm und Joe McPhee im Quartett als Abschluss des Festivals. Wir werden von der Festival Leitung von Deanna Relyea, Allison Halerz, Piotr Michalowski, Marc Andren und Christine Reardon die unser Konzert gesponsert haben herzlichst empfangen. Sie alle kennen unsere Musik sehr gut und sie überhäufen uns mit Lob und Anerkennung. Wenn das nur gut geht?
Um Punkt 10:00pm beginnt unser Konzert. „Swiss musicians Urs Leimgruber and Jacques Demierre join forces to create musical relationships that are intimate, while also surprising, subtle and intense. Their music reshapes existing material into surprising sounds. Every time they play together, they are able to reinvent their music and take it to a new level“.
Wir spielen einen fulminanten Bogen. Laute Pianissimos und leise Fortissimos, Lärm und Melodien, Luft und Getöse lösen sich ab in zwei Teilen mit Zwischenapplaus.Nach einem experimentellen Erlebnis bedankt sich das Publikum enthusiastisch. Wir verkaufen viele CD’s und der Abend nimmt sein Ende im Zusammensein, spannenden Gesprächen und Kalifornischem Rotwein. Morgen früh geht die Reise weiter, wir fliegen zurück nach Newark.
U.L.

P1100548

Il est traditionnellement dit que les pianos Steinway & Sons fabriqués à Hambourg n'ont pas la même qualité sonore que ceux produits à New York. Deanna Relyea, directrice artistique du Edgefest Festival de Ann Arbor, non loin de Detroit, et fondatrice du Kerrytown Concert House, me dit qu'en l'occurrence, le STEINWAY & SONS, C, 468920, mis à disposition des pianistes invités, provient de l'usine de Hambourg. Elle ajoute que l'instrument, acheté en 1988, à une époque où le taux de change du dollar permettait ce genre d'acquisition, a été mis en vente par la femme d'un riche industriel anglais qui préférait un piano à queue au vernis éblouissant à un instrument à la matité sans doute un peu honteuse. Le mauvais goût est parfois un allié insoupçonné. Est-ce le fait de la rapide traversée aérienne de la côte ouest vers la côte est des Etats-Unis d'Amérique, ou le fait de la mention de cette différenciation sonore opposant Nouveau Monde et Vieux Continent, qui colora d'ailleurs étrangement mon jeu durant le sound check – différenciation qui fait surtout partie du mythe que Henry Engelhard Steinway et ses fils ont construit, mais qui n'est finalement pas si pertinente, car il n'existe pas deux pianos, quelle que soit leur marques, qui laisseraient la même trace sonore dans le temps –, toujours est-il que j'ai senti se construire progressivement la sensation d'un temps et de sa hiérarchisation qui se retiraient en moi au profit de l'apparition d'un espace intérieur particulier, où se répartissaient progressivement des séries de points, des écheveaux d'éléments, appartenant tous à un entrelacs de sensations, d'expériences et de souvenirs. Un courriel de Barre joua aussi un rôle de déclencheur : "Gordon Mumma, Bob Ashley, Bob James were in Ann Arbor in the 60's, starting out. I'll play a track for you some day that I recorded with Bob James and a drummer plus a tape by Bob Ashley – on a ESP record from the 60's. Adventuresome young guys." Des relations, sans échelle temporelle, se créaient sans cesse en moi, la trompette de poche de Joe McPhee, qui partagea notre performance ce soir-là avec Fred Lonberg-Holm, résonant dans la table d'harmonie du Steinway fabriquée à Hambourg et sûrement faite d'un bois datant de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, partageait le même territoire intérieur que mon admiration adolescente et sans borne pour la musique de MC5, groupe de Detroit à l'énergie fulgurante, qui demeure comme une étincelle initiale qui n'a cessé de produire en moi de nouveaux foyers sonores. Je suis comme un arbre aux mille points, où les ramifications de mon espace intérieur font apparaître des configurations que les autoroutes du temps et de la durée ne sauraient égaler. Le son du saxophone soprano de Urs jouant à Los Angeles à mes côtés est là, tout comme l'irritante présence sonore du drone de ma chambre d'hôtel de New Haven, les moments niouiorquais de son tranché au couteau dans leur propre durée par John Zorn, Paul Lytton et Nate Wooley, lors d'un Benefit Concert à The Stone, se superposent, tout en se recouvrant subtilement, à la sirène du train Amtrak, dans lequel j'écris ces mots maintenant. En ce moment de dispersion entrecroisée, entraîné par un mouvement d'horizontalité entre le proche et le lointain, je ne peux croire le fait que notre premier concert sur la côte est des Etats-Unis, accompagné d'un piano d'Europe à la facture nouvelle et plus résistante, qui avait permis une approche encore inouïe du jeu pianistique, ne soit que pure coïncidence, surtout quand on sait (dixit wiki) que Franz Liszt cassait marteaux et cordes à chaque concert...
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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Hans-Joachim Irmler, FM Einheit : Bestandteil (Klangbad, 2015)

irmler einheit bestandteil

Pas la première fois (ô non) que l’ingénieur du son Hans-Joachim Irmler (ex Faust et l’homme derrière le label Klangbad et le Faust Studio) enregistre (avec) FM Einheit (ex Einstürzende Neubauten et ami cher de Caspar Brötzmann). Alors quid de Bestandteil (« composant », dans la langue de Baader) ?

Eh bien une abstract-ambient assez sombre. Ou (car c’est au choix) des structures rythmiques (parfois inversées) dus à l’invention du batteur Mufti… L’aubaine, c’est pour Irmler : le remplissage de ces structures post-indus / cyberpunk / krautrobotik… avec des loops d’orgue, des projectiles soniques, des sons concrets, des inserts parasités, etc. Ou (encore à la carte) des collages réalisés à partir des archives du batteur, comme The Taking au groove assez impressionnant. Parfois, le duo orgue / percussions oldschoolise (les sons ne sont pas tous de premières fraîcheurs il faut bien avouer) mais plus on avance et plus il rajeunit (Thaler). Ce qui est plutôt encourageant pour la suite de la longue collaboration Irmler / Einheit, nein ?



Hans-Joachim, FM Einheit : Bestandteil (Klangbad)
Edition : 2015.
CD : 01/ Reset 02/ Brooks 03/ Streetlife 04/ M 05/ The Taking 06/ Bestandteil 07/ Treat 08/ Thaler 09/ Brooks (Reprise)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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