Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Tom Cora, Zeena Parkins, Luc Ex, Michael Vatcher : Madame Luckerniddle (Fédération Hiéro Colmar, 2015)

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Voilà un disque (deux, en fait, et vinyle en plus) qui me ramène à mes jeunes années, moi qui ai découvert le violoncelle de Tom Cora avec The Ex sur le disque Scrabbling at the Lock. Et donc j’apprends maintenant que Cora et Ex (Luc) ont joué Sainte Jeanne des abattoirs en 1998… Et en Alsace, qui plus est, avec Zeena Parkins et Michael Vatcher… Tout ça sous le nom de Madame Luckerniddle.

Ici ce n’est pas leur lecture de la pièce de Brecht mais une improvisation à l’Atelier du Rhin (de Colmar) = en marge des abattoirs donc. Le concert est inédit. Il montre où en était Cora quelques mois avant sa mort, dans les tourments d’une improvisation folle, baroque, théâtrale… qui engage avec force tous les intervenants. Loin du Scrabbling at the Lock, encore que… En tout cas assez retournant pour nous retourner, nous amateurs d’impros comme amateurs de rock (utilisation emphasique du « nous »), presque vingt ans après les faits.

Tom Cora, Zeena Parkins, Luc Ex, Michael Vatcher : Madame Luckerniddle (Fédération Hiéro Colmar)
Enregistrement : 1998. Edition : 2015.
2 LP
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Hal Russell NRG Ensemble + Charles Tyler : Generation (Nessa, 2014)

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Les compositions des membres du NRG Ensemble d’Hal Russell – six titres enregistrés en 1982, augmentés de deux autres, datant de l’année précédente, sur cette réédition – ont, sur Generation, une fantaisie en commun. Une extravagance, même, que rehausse la présence de Charles Tyler.

Sans celui-ci, c’est en introduction une marche contrariée faite d’un gimmick de basse, puis de courts solos de guitare saturant et combien de saxophones (Russell, Chuck Burdelik) multipliés : une fanfare qui piétine avec panache au son d’un mélange de jazz créatif (proche de celui du World Saxophone Quartet), de funk goguenard, de folitude kitsch et, même, de no wave.

Avec Tyler, au baryton, à l’alto et à la clarinette, ce sont quatre pièces qui ramènent l’NRG dans le champ (miné) d’un jazz déroutant : marche portée par la basse de Curt Bley, grands airs de déroute voire de déconstructions, répétitions obsédantes qui font effet jusque sur les musiciens, élucubrations acoustiques (dans la trompette de Brian Sandstrom) ou électriques (dans la guitare du même). S’il faut lier le tout, Russell n’en abandonne pas moins, ici ou là, ses saxophones et sa batterie pour un cornet… C'est que, même remuante, sa facétie l’inspire.  



Hal Russell NRG Ensemble, Charles Tyler : Generation (Nessa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 9 septembre 1982 (01-06) & 10 janvier 1981 (07-08). Réédition : 2014.
CD : 01/ Sinus Up 02/ Poodie Cut 03/ Sponge 04/ Tatwas 05/ Cascade 06/ Generation 07/ This Fence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Alva Noto : Xerrox Vol.3 (Raster-Noton, 2015)

alva noto xerrox vol

Prolifique (mais alva-silencieux depuis quelque temps), Carsten Nicolai en est déroutant… En écoutant le troisième volume de Xerrox, je m’aperçois qu’ainsi (quoi ?) il y a déjà eu deux Xerrox de son Alva Noto et que je suis passé à côté. Je pourrais rattraper mon retard, vous me direz, et moi je répondrais « ça se pourrait bien ».

Une musique encore plus électrisante qu’électrique (un sticker devrait nous prévenir du danger à l’approche de ces nappes de synthés qui circulent comme des bancs de poissons de Miyazaki) et encore plus profonde (basses, mes amies) que tout ce que j’ai entendu du projet de Nicolai. Pop-impressionniste, nostalgico-naïf de temps en temps, l’ambient du vol.3 évoquera le duo Eno / Budd, mais en plus moderne (modo = temps présent). Et mon temps présent à moi est celui qu’Alva Noto fait, même si c’est à rebours : vol.3, vol.2, vol.1.



Alva Noto : Xerrox Vol.3 (Raster-Noton)
Edition : 2015.
CD : 01/ Xerrox Atmosphere 02/ Xerrox Helm Transphaser 03/ Xerrox 2ndevol 04/ Xerrox Radieuse 05/ Xerrox 2ndevol2nd 06/ Xerrox Isola 07/ Xerrox Solphaer 08/ Xerrox Mesosphere 09/ Xerrox Spark 10/ Xerrox Spiegel 10/ Xerrox Exosphere
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Janek Schaefer : World News (REV. Laboratories, 2015)

janek schaefer world news

Architecte de la musique expérimentale, ayant notamment travaillé aux côtés de Brian Eno ou Philip Jeck, Janek Schaefer jette un regard inquiet, voire pessimiste, sur World News, tout en demeurant captivant d'un bout à l'autre.

On y entend une radio qu'on imagine israélienne annoncer les infos, suivi d'un extrait de... Devandra Banhart (This World) avant que le témoignage d'une voix masculine nous transmette son insomnie effrayante, sur fond de bombardements lointains (Our World). L'homme de Walton-on-Thames nous emmène alors dans une conférence où une voix féminine sexy nous annonce la fin de l'énergie bon marché (Imagine a World), c'est d'autant plus réussi qu'en fond sonore, un drone aigu nous renvoie l'écho d'un Also Sprach Zarathustra de notre temps.D'abord apaisant, grinçant dans sa conclusion, l'ultime Another World noue le linceul sur le cercueil de notre civilisation.



Janek Schaefer : World News (REV. Laboratories)
Edition : 2015.
CD : 01/ This World  02/ Our World  03/ Imagine A World  04/ Another World
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Ken Vandermark, Barry Guy : Occasional Poems (Not Two, 2015)

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Avant Occasional Poems, il y eut – et il y eut seulement – pour Ken Vandermark et Barry Guy Fox Fire. A l’invitation de Marek Winiarski, le duo se retrouvait sur la petite scène de l’Alchemia en 2014, dans le cadre du Krakow Jazz Festival. Les « poèmes » sont ceux de Robert Lax, dont les titres ont inspiré neuf improvisations.

Every good thing in measure : voilà l’idée principale qui préside à la conversation de la contrebasse, des clarinettes et des saxophones. Au commencement, Vandermark esquive les coups que lui porte l’archet ou cherche à répondre à des cordes surprenantes surtout parce qu’elles ploient. Certes, quelques flottements, dans les premières minutes, mais avec Shadow Cuts Light, le duo s’accorde sur un discours de dérèglements heureux.

Un saxophone glisse une mélodie qui rampe bientôt dans une forêt de graves à la verticale, sinon évite des coups d’archet rapide en restant à distance rapprochée de la « chose musicale » (I Will Sing You of the Moments, States of Being). Quelques flottements encore, sur le second disque, qui disparaissent rapidement quand Vandermark et Guy, sans plus s’écouter, se volent dans les plumes – Lax, encore. Vif, le duo est aussi vivifiant.



Ken Vandermark, Barry Guy : Occasional Poems (Not Two)
Enregistrement : 22 novembre 2014. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Nature is a Wolf 02/ Lights Cuts Shadow 03/ Shadow Cuts Light 04/ I Will Sing You of the Moments – CD2 : 01/ States of Being 02/ Pan Metron Ariston (every good thing in measure) 03/ Black, White, Red, Blue 04/ Riding the Air 05/ Curving of the Wave
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru, 2015)

simon whetham what matters is that it matters

La poésie de Simon Whetham n’est pas celle du quotidien (en tout cas pas le mien). Le quotidien, il l’arrache et le recompose selon son humeur. Et elle est souvent noire, sa poésie, même si elle ne s’interdit ni la distraction ni les tons pastels.

C’est d’ailleurs un bizarre de disque que What Matters is that It Matters. Car on ne sait jamais sur quel pied danser. Eh oui, Whetham peut balancer un petit air folklo' avant de déclencher une avalanche, jouter fort avec les turntables de Kiyoharu Kuwayama, faire passer un train qui décharge une ambient pop onirique, tâter d’une sorte de guitalélé pour conjurer le sort des moteurs de Ryu Hankil, modifier ses field recordings dans de gigantesques tubes à essai… La tête nous tourne, Simon.

Mais j’avoue que si What Matters is that It Matters fait l’effet d’une compil (de chutes ?) assez inégale, certains passages sont d’une bien belle beauté belle (--> Things Just Fall Where They Want to, The Innocence of Deceit).



Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Things Just Fall Where They Want To 02/ One Side of the Border 03/ What Matters Is That It Matters 04/ The Innocence of Deceit 05/ You Can’t Escape the Past 06/ The Other Side of the Border
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Anthony Braxton, Derek Bailey : First Duo Concert (Emanem, 2015)

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La première édition de ce disque Emanem (Duo 2, 1974, double vinyle) découpait le concert du 30 juin 1974 qu’il consignait en deux parties : first set / second set. Sur CD, la première réédition (1995) oblige la seconde (2015) : voici le first et le second sets découpés, l’un et l’autre en six aires (area).

C’est que Martin Davidson a réfléchi, entre la première et la deuxième édition de la référence Emanem, et su voir qu’Anthony Braxton et Derek Bailey s’étaient «  entendus » là sur quelques atmosphères. Des champs d’improvisation prédéterminés, pour tout dire, qui auront accordé le musicien de Chicago et celui de Londres – dans les notes de pochette, Davidson revient sur les différences qui régissaient (et nourrissaient) alors deux formes d’improvisation libre : celle qui s’attachait encore à un peu de matériau écrit, et celle qui, du même matériau, faisait (pour combien de temps encore ?) table rase.  

Le deuxième concert que Braxton (qui découvre Londres en 1971) et Bailey donnent ensemble documente ainsi une approche : celle de deux mondes, et d’un intérêt commun. De saxophones en clarinettes et flûte, le premier trouve là de quoi revoir ses façons (déjà hétérogènes) quand le second presse sa six ou dix-neuf (c'est là une estimation, et sans doute un souvenir) cordes afin d’aménager quelques volumes qui agiteront les habitudes de son visiteur-partenaire. Inutile d’insister : la rencontre est non seulement historique, mais également essentielle.



Anthony Braxton, Derek Bailey : First Duo Concert (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 30 juin 1974. Edition : 1974. Première réédition : 1995. Réédition : 2015.
CD : 01-12/ First Duo Concert
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Krishve : Sort Diamant / Apollo (Clang, 2015)

krishve sort diamond apollo

Bon anniversaire à la Danish Composers' Society : cent bougies sur le gâteau, ça se fête. Pour l'occasion, deux pièces composées pour les enceintes à douze voies de la Bibliothèque Royale de Copenhague s'imposaient. Elles sont de la plume de l'artiste local Krishve, alias Kristian Hverring, qui nous signe l'EP deux-titres Sort Diamant, une très belle expérience en lévitation, où la Kosmische d'hier n'est que prétexte à une envolée suave en marge de la musique tonale, avant qu'un ultime coup d'accélérateur n'ajoute une dernière lueur finalement très rock sur l'événement, dont on regrette juste de ne pas en avoir été.

Très en verve, l'artiste danois remet le couvert sur Apollo, autre EP (cinq tracks) où il dévoile un penchant impressionniste tout autant recommandable. Si, vous l'aurez deviné au détour de son titre, la cosmologie tient un rôle central, elle ne se borne pas à paresseusement caresser les étoiles du bonheur. Plus proche de la vision d'un Ligeti quand il enfile son costume d'astronaute, Krishve ajoute maintes touches de modernité, entre rugosité et sensualité, et le fait avec une telle évidence qu'on ne peut que s'incliner. Chapeau bas.



Krishve : Sort Diamant / Apollo (Clang Records)
Edition : 2015
CD / DL : Sort Diamant 1/ Vandspejl  2/ Surstof (Respiration IV) 03:57
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Yoni Kretzmer : Book II (OutNow, 2015)

yoni kretzmer book II

Un son de ténor granuleux, épais, étranglé : voici Yoni Kretzmer. Ce dernier est né à Jérusalem, est passé par Tel-Aviv puis par Paris avant de s’installer à New York, il y a quelques années. Le fruit du free coule en lui. Son cri n’est pas de pacotille et n’a que faire de gesticulations inutiles. Pour le moment, je ne connais que ce quartet à deux contrebasses, qui me ravit.

Ici, les automatismes des contrebassistes Reuben Radding et Sean Conly et les frappes insistantes du batteur Mike Pride s’oublient au profit d’une incessante mise en son collective. Frémissement de cordes, archet et ténor se confondant ou archets en pleurs, batterie aux riches ricochets, le ténor ne joue jamais en solitaire.

Plutôt que de compositions parlons de mises en situation : de la frénésie à la tendresse de Stick Tune en passant par les souffles las de Ballad, rien ne se disloque puisque tout se construit dans la justesse de l’instant. Cerise sur le gâteau : les dix-neuf minutes de Number 4 où l’ombre modulante d’un Evan Parker plane longtemps avant que se propage et se déchire le cri. Welcome.



Yoni Kretzmer 2Bass Quartet : Book II (OutNow Recordings)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Haden 02/ Soft 03/ Stick Tune 04/ Metals 05/ Freezaj 06/ Leaves 07/ Polytonal Suite 08/ Ballad – CD2 : 01/ Number 4
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Chaz Underriner : Reinterprets Song 6 , Song 8, Song 9 by Anastassis Philippakopoulos (Edition Wandelweiser, 2015)

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Les pièces d’Anastassis Philippakopoulos que « réinterprète » ici le guitariste Chaz Underriner ont été écrites pour d’autres instruments que le sien : flûte (Song 6, que les éditions Wandelweiser ont publiée plus tôt sous le nom du compositeur sur Songs And Piano Pieces), section de cordes (Song 8, qu’Underriner interprète avec trois autres guitaristes : Armin Abdihodzic, Greg Dixon et Robert Trusko) et clarinette basse (Song 9).

Trois chansons qui se suivent en toute discrétion, remuant légèrement sous l’effet des notes sorties de l’ampli. Elles – qui changent selon l’intensité de l’attaque du guitariste –, oscillent, traînent quelques secondes (les basses, surtout) puis disparaissent. C’est alors le moment de leur régénération : dans leur redite ou leur remplacement. Sur la couverture du disque, Michael Pisaro écrit que les suites d’événements que sont les pièces d’Anastassis Philippakopoulos obligent leurs interprètes à y trouver eux-mêmes la « chanson ». En prenant un peu de recul, Underriner en aura révélé les mélodies aspirées.



Chaz Underriner : Reinterprets Song 6 , Song 8, Song 9 by Anastassis Philippakopoulos (Edition Wandelweiser / Metamkine)
Edition : 2015.
CD : 01/ Song 6 02/ Song 8 03/ Song 9
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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