Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Giuseppe Ielasi: Gesine (Häpna - 2005)

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En Italie, il arrive que les musiciens prennent des poses de peintres. Rêvant d’épures qu’il n’achèvera pas, il en va ainsi pour Giuseppe Iealsi. Ayant appliqué quelques gris, il inonde de lavis improvisés les grilles à remplir, et voici le polyptique terminé : Gesine, titre unique d’un ensemble de 6 panneaux.

Variables, les décors font d’une ligne électronique aigue ou de grésillements légers les bourdons nécessaires à l’intervention des guitares et des rythmes. Des doigts claquent, des baguettes s’entrechoquent, tandis que la guitare folk, par touches, décide timidement d’y aller, ose l’idée de se compromettre.

Un médiator en accroche alors quelques cordes, avant que Ielasi ait recours aux effets pour tenter de retirer le voile jusque là posé sur ses propres pudeurs. Ailleurs, il récupère une guitare au fond du Gange, arrache quelques plaintes à une assemblée de parasites, ou déroule un legato sur ses progressions sages, quoique sous tension.

Une fois que les nappes changeantes ont avalé les ostinati, que les cordes de guitare ont trouvé une entente avec les bruitages électroniques, le retour à la terre est irrévocable. Giuseppe Ielasi peut descendre des échafaudages, et jeter un regard aux plafonds : autant qu’il le couvre, Gesine le rassure.

CD: 01 - 06/ Gesine

Giuseppe Ielasi - Gesine - 2005 - Häpna. Distribution Metamkine.

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Jeff Kaiser, Andrew Pask: The Choir Boys (pfMENTUM - 2005)

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Baignant individuellement dans des sphères musicales aux frontières insaisissables, le trompettiste Jeff Kaiser et le clarinettiste Andrew Pask décidèrent récemment d’affronter ensemble leurs hésitations stylistiques touchant au jazz, à la musique expérimentale bruitiste, et aux postures improvisées.

Débarrassés des complexes, on oppose aux évolutions des instruments à vent l’intervention de programmations électroniques, sobres ou à saturations. Moins de musique que de laboratoire, les instruments testent la résistance de leurs propres matériaux, jugeant de l’épaisseur des souffles (Wheeling Rebus) ou de la réaction des tubes (Dim Effigies).

Plus loin, Kaiser va chercher à connaître les intentions d’un Pask jonglant avec saxophones ténor et soprano, une clarinette et une clarinette basse. Les phrases se croisent, se heurtent ou s’entendent, toujours portées par les flux. De fines expériences de traitements sonores (Blue Air Habit) laissent leur place à des duels efficaces à devenir instants de grâce (Tumbling Abstention). Là, on élabore des discours pseudo mélodiques, en n’oubliant pas de s’éloigner encore, s’il est possible, du commun ressassé.

Si les décision électroniques - loin d’être inédites et parfois même ronflantes (The Variability Of Stammering Arrows) - peuvent altérer les propos de Jeff Kaiser et Andrew Pask, ils s’en sortent sans véritable peine grâce à un savoir-faire indéniable gonflé de fougue dévastatrice. Au final, The Choir Boys est un alliage précieux et un album envoûtant.

CD: 01/ Wheeling Rebus 02/ Dim Effigies 03/ Carbon Icon 04/ The Variability Of Stammering Arrows 05/ Blue Air Habit 06/ Tumbling Abstention 07/ Reliquaries

Jeff Kaiser, Andrew Pask - The Choir Boys - 2005 - pfMENTUM.

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Per Henrik Wallin : The Stockholm Tapes (Ayler, 2004)

per henryk wallin the stockholm tapes

Si l'histoire du free jazz a beaucoup à voir avec la géographie scandinave, ce n'est pas seulement parce que la Suède, entre autres pays concernés, a réservé un accueil salutaire à plusieurs représentants de premier ordre de la New Thing. Attirés par la formule, nombre de musiciens locaux ont investi le champ des expériences, pour en proposer, au final, d'originaux aspects.

Extraits de deux concerts donnés à deux ans d'intervalle par le trio du pianiste Per Henrik Wallin, The Stockholm Tapes nous offre un retour dans les années 1970, et prouve l'investissement plus qu'inspiré d'autochtones convaincus. Lars-Göran Ulander, tout d'abord, qui, d'un long solo serpentin de saxophone, introduit E.V., composition soutenue pas l'énergie indéfectible du batteur Peter Olsen. Au piano, Wallin propose des graves étudiés, tente quelques canons en réponse aux progressions du saxophone, ou introduit de courtes parcelles déstructurées de blues ou de ragtime.

Car si la concentration est de mise, elle n'interdit pas pour autant les interventions ludiques. Après un solo étiré pendant lequel Olsen embrasse la batterie tout entière, saxophone et piano investissent Wuppertal au moyen de cavatines hispanisantes, avant d'entamer un jeu de massacre bénéfique sur phrases musicales sacrifiées.

Suivent deux improvisations enregistrées deux ans plus tôt (1975). Inaugurées par des dialogues saxophone / batterie, elles relèvent d'une appropriation par le trio d'un free intense et éclairé. Quand l'une voit Wallin opter pour des amas de notes en résonance en guise de réponse aux digressions hachées d'Ulander (A Jive In July - 75, Live!), l'autre lui fait préférer les accords frénétiques, que l'on plaque et qui forment l'essentiel de ressources défensives indispensables (This Time Is Newt Time Now).

Témoins d'une époque particulière en un lieu bien précis, le trio de Per Henrik Wallin a pu démontrer que, si la modernité est universelle, elle a aussi besoin de terres d'accueil bravant les réticences pour pouvoir, enfin, mettre tout le monde d'accord.

Per Henrik Wallin : The Stockholm Tapes (1975/1977) (Ayler Records)
Enregistrement : 1975-1977. Edition : 2004.
CD : 01/ E.V. 02/ Wuppertal 03/ A Jive In July -75, Live! 04/ This Time Is Next Time Now
Guillaume Belhomme © Le osn du grisli

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Paul Dunmall: In Your Shell Like (Emanem - 2004)

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Il est de drôles de manières d'utiliser aujourd'hui des instruments anciens. Prenons la vielle à roue, qu'utilise à merveille, et dans des domaines musicaux balisés, Stevie Wishart. Persuadée par Paul Dunmall - saxophoniste iconoclaste soufflant, à l'occasion, en cornemuses - d'abandonner pour une heure la musique médiévale, la voici s'adonnant à une improvisation en règle.

Enregistré en duo, Shells And Other Things est un parcours codifié, tirant profit des résonances et des interférences de la vielle et de la cornemuse puis du soprano. Les notes sont incisives, et les bourdons élaborent ensemble une montée en puissance délicate, dont on sonnera le glas en instituant un dialogue free. Lorsque Paul Lytton intervient, c'est pour enrichir d'insinuations rythmiques des improvisations réfléchies. Sur The Ears Have It, quelques cordes accrochées font place aux évolutions intelligentes des trois musiciens. Serein, leur développement n'a d'autre effet que l'écoute ébahie d'un auditeur trimbalé sur des steppes asiatiques. Sous l'herbe, des palais oubliés, que l'on met au jour au son de bourdons faits sirène annonçant les découvertes. Ailleurs, le duo Dunmall / Lytton converse et sait de quoi il parle. Le saxophone ténor du premier oppose des circonvolutions baroques aux attaques énergiques du second (Nothing To Do With Shells). La complicité des deux hommes permet la surenchère amicale, oeuvrant pour qu'ils touchent ensemble l'extase qu'offre la mise en place de rondes ravissantes.

Quand le soprano remplace le ténor, Dunmall s'octroie quelques silences perdus parmi des touches rythmiques abondantes et sensées (It's In Your Ear). Enfin, à trois on clôt l'enregistrement, au gré d'une superposition cohérente de participations plus individuelles (In Your Shell Like). Histoire de donner tout, une dernière fois, avant de renouer en solo avec ses singularités.

CD: 01/ Shells And Other Things 02/ Nothing To Do With Shells 03/ It's In Your Ear 04/ The Ears Have It 05/ In Your Shell Like

Paul Dunmall - In Your Shell Like - 2004 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Art Ensemble of Chicago: In Concert (Rhapsody Films - 2003)

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Ce 1er novembre 1981, un coup de sifflet entame la partie que joue à domicile l’Art Ensemble Of Chicago. Dès les premières secondes, un bouillon de cultures invraisemblable se met en place. Premier à défendre une musique libérée des carcans que porte aux nues un sens particulier du spectacle, rien n’empêche le quintet de savoir, dès le départ, où il va.

Lester Bowie, mad professor un brin cabot, opte le premier pour les phrases jubilatoires (We-Bop). Les envolées heurtent les interventions de sifflets, cloches, gongs ou klaxons, que des musiciens touche-à-tout abordent de manière à évoquer, parfois, des transhumances africaines idéalisées (On The Cote Bamako).

Plus au Nord, les exhortations mauresques de Joseph Jarman étoffent le voyage (Bedouin Village), jusqu’au retour en terre natale, que décide un long duo basse / batterie (New York Is Full Of Lonely People). Là, un Malachi Favors ravi emporte un cool dégénéré, bientôt transformé en exercice de free apaisé.

Impeccable, Roscoe Mitchell récite sa gamme avant de trouver le sentier radical menant à une jungle (New Orleans). Poussé par les vents, un bestiaire fantastique se laisse aller à la célébration d’un carnaval halluciné, avant que ne résonne un balafon discret, bourdon mélodique et timide accompagnant les confrontations tonales opposant Bowie à Mitchell.

Après une courte citation d’un thème Nouvelle Orléans, Famoudou Don Moye proclame venue l’ère du funk minimal (Funky AEOC). Cyclope nubien égaré en milieu urbain, Favors s’essaye, assis, à la basse électrique, et double ingénument les graves du saxophone baryton de Mitchell.

En guise de conclusion, Theme (Odwalla) est une saynète musicale pendant laquelle Joseph Jarman adresse présentations et au revoir. L’Art ensemble, à Chicago, sert une vérité de La Palisse : l’évasion élaborée de chez soi ne souffre aucune concurrence. Il suffit juste d’éliminer l’assurance du cocon, et de se laisser porter.

DVD: 01/ We-Bop 02/ Promenade 03/ On The Cote Bamako 04/ Bedouin Village 05/ New York Is Full Of Lonely People 06/ New Orleans 07/ Funky AEOC 08/ Theme (Odwalla)

Art Ensemble of Chicago - In Concert - 2003 - Rhapsody Films. Distribution Night and Day.

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ECFA Trio : Die Faden (Pecan Crazy, 2004)

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Pour pouvoir se frotter aux maîtres incontestés du genre - soit, aux anciens -, les jeunes musiciens investissant le champ du free jazz doivent savoir faire des choix. De formation, évidemment, mais surtout de principes à suivre. A Austin, Texas, l'E.C.F.A. Trio sert les siens depuis huit ans : le plus souvent rebelle à ses idoles, il n'en destine pourtant pas moins d'hommages que n'importe quel pratiquant du culte, aveugle à toute nécessité, et sourd à tout changement.

Die Faden est avant tout un disque brut. On y retrouve les prises de son empiriques des débuts du free jazz, donnant la conviction d'y être et permettant de réentendre une fraîcheur perdue par des techniciens irréprochables de studios-cliniques. Quant au fond, le disque convainc de l'exception du parti pris : fourre-tout hétéroclite fait de pièces luxuriantes, aux digressions sans prétention et pourtant quasiment toutes essentielles, on y croise l'influence du minimalisme américain, déposé sur une rythmique hésitante (Faruq's Tone Row), comme celle d'un jazz d'extrêmes jusqu'auboutisme (Big Mess).

En réaction aux progressions lentes menées d'une seule voix par le saxophone et le violon (Variations in A, Variations in C), la batterie multiplie les combinaisons : swing décalé (Water Variations), citations de rythme latin (Variations in C), ou temps marqués avec virulence pour rappeler un violoniste derviche à la raison (Big Mess). C'est qu'il y a confrontation : celle de trois musiciens ayant entamé un duel. En conséquence, la balance penche forcément d'un côté. Sur Die Faden, l'avantage va à la coalition saxophone / violon, éprouvant sans cesse un peu plus les efforts éclairés du batteur. Pour autant, le combat n'est pas désespéré. Les attaques fusent seulement après vérification faite de les avoir suffisamment chargées, et la cadence des coups portés ne faiblit jamais. L'ensemble est foisonnant, abrasif et concluant.

ECFA Trio : Die Faden (Pecan Crazy)
Edition : 2004.
CDR : 01/ Faruq's Tone Row (dedicated to Faruq Z. Bey) 02/ Variations in C 03/ Water Variations (dedicated to Charles Waters) 04/ Variations in A 05/ Big Mess 06/ Eggs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cheval de frise : La lame du Mat (Ruminance, 2005)

cheval de frise la lame du mat

La lame du Mat est un témoignage. Le dernier, semble-t-il, d’un duo d’exception. Un au revoir qui tient en cinq titres, courts, et mêle, sans gêne aucune, actualité discographique et avis de séparation.

Outre leur qualité documentaire, qu’en est-il des derniers enregistrements d’une entente qui avait tout d’impeccable, celle du guitariste Thomas Bonvalet et du batteur Vincent Beysselance ? Les soubresauts du premier, immuables, nous apprennent ici qu’il arrivait à Cheval de frise de suivre des schémas pré décidés (I). Extirpés avec fougue par les assauts rythmiques, les arpèges font désormais place à quelques basses faites référents.

Alors, les structures sournoises gagnent en netteté, tandis que les développements nomment plus clairement encore l’influence de Tortoise ou Gastr del sol (II). De mouvements las en ruptures sèches, la batterie entame un swing décadent (III), opte pour des chavirements ingénieux et illuminés (IV), et accueille chaleureusement le soutien expressif d’une guitare assez maîtrisée pour qu’on n’en oublie pas le potentiel rythmique de ses trois cordes graves.

Inutile d’aller chercher ailleurs un rock échevelé plus glam que celui-ci. Fait d’ingrédients uniques, oscillant au gré des courants porteurs que sont la fougue et l’improvisation, il aura bel et bien été défendu ; assez longtemps, en tout cas, pour qu'on l'entende et le reconnaisse. La lame du Mat, disque à la fois changeant et original, en est un dernier avatar. Ultime élaboration d’un duo efficace, nous conviant, sourire en coin, à un baptême de ruines.

Cheval de frise : La lame du Mat (Ruminance / Chronowax)
Edition : 2005.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2005

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Walter Thompson: PEXO : A Soundpainting Symphony (Nine Winds - 2003)

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Inaugurer une autre façon de conduire un orchestre - à la manière d’un peintre, donc, derrière son chevalet - est le concept qui anime depuis de nombreuses années Walter Thompson, compositeur contemporain capable de bousculer un concerto d’Haydn, comme de se laisser aller en compagnie de jazzmen délurés, tels Leroy Jenkins ou Anthony Braxton.

Assisté de Todd Reynolds, ce n’est pas moins de quinze musiciens qu’il dirige sur PEXO, œuvre mi-écrite mi-improvisée, d’une pertinence ramassée et élégante. Un ballet étrange et sombre, d’abord, se sortant comme il peu d’une bataille que se livrent des boucles de cordes et de courtes charges bruitistes (Entrance). Les spirales avalent des mouvements aléatoires sur un rythme lâche.

Dès Prepare, la voix humaine demande à gagner les assemblages. Un dialogue homme / femme s’installe sur fond de basses et rappelle, par sa mise en place et quelques répétitions synthétiques, les traitements de Stockhausen ou de Laurie Anderson. Une oraison grinçante perdue dans les brumes du Nordeste (Get ready) calme ensuite les esprits, en revendiquant la confrontation ludique des cordes et du trombone, une batterie mouvante pour seul juge.

Puis, des protestations vocales se lèvent, bousculant de leurs interventions folles une brass fantasy rassurante (Bob Barker). Des plages minimalistes rivalisent avec un chaos instrumental, ou d’angoissantes évocations vocales de comédies américaines. Une digression jazz met tout le monde d’accord : c’est le rythme qu’il faut maintenant servir. Les voix s’en chargent donc. Fait de copiés / collés surnaturels, The Crowd est un montage érudit, que l’on dirige du bout des doigts et que l’on ne ménage pas : les invocations free d’un saxophone qu’on lui oppose sauront être gérées jusqu’au départ de Two Talk Show Hosts, labyrinthe aux embranchements infinis dans lequel on s’engouffre.

Egarées, des amalgames de nappes invitent chaque musicien à servir ce qu’il ressent, digressions foisonnantes que la folie menace. Pour Walter Thompson, il n’est pas de conclusion ravissante. Juste quelques éclaircies distinguées ici ou là, qui embellissent la vie laborieuse, mais qui demande qu’on s’attache, encore et toujours, à leur confection.

CD: 01/ Entrance 02/ Prepare 03/ Get Ready 04/ Bob Barker 05/ The Crowd 06/ Two Talk Show Hosts

Walter Thompson - PEXO : A Soundpainting Symphony - 2003 - Nine Winds. 

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Collective 4tet: Moving Along (Leo - 2004)

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Quatre hommes ne seront jamais de trop pour se pencher sur le tour que doit prendre aujourd'hui le free jazz. Cinquième postulat net et précis du Collective 4tet sur la question, Moving Along peaufine un raisonnement qui tire sa substance de trois improvisations subtiles.

Se demander, d'abord, si le psychédélisme minimaliste introduisant Drawing From The Pool n'est pas qu'un prétexte. Celui qui permettrait de démontrer le mieux de quelle façon imposer, en musique, les voies adéquates aux envies. Ainsi, les assauts délicats du percussionniste Heinz Geisser et le trombone expressif de Jeff Hoyer amorcent une progression mesurée, sur laquelle évoluent un William Parker discret et éclairé. Mark Hennen, lui, pose ses accords au piano, avant d'en égrener les notes.

Si chacun des musiciens lâche du leste, c'est, bizarrement, pour mieux servir la tension sous-jacente qui anime le groupe. Lorsque Parker attaque son instrument au moyen de l'archet, celle-ci peut d’ailleurs enfin être révélée. L'éloquence d'un trombone qui se rêverait introspectif, le soutien abrasif qu'apportent les cymbales à des basses qu'on ne peut plus assagir, ou encore le poids colorant l'effet des notes de piano, emportent les décisions. Irrévocablement énergiques.

Moving Along, ensuite, nous parle d'une approche plus individualiste de l'improvisation. Auteur des résonances lointaines du début, Hennen s'en prend aux cordes de son instrument sans l'aide du clavier. Les marteaux que le maître abandonne sont désormais tout au spectacle : Geisser et Parker refusant d'imposer un rythme castrateur, se laissent porter par le flot dense des possibles. Le piano virulent charge encore les fluides, tandis qu'au trombone, Hoyer semble sous l'effet d'un raisonnement spontané, et fait de son mieux pour écarter les tentations mélodiques qui s'offrent à lui au milieu d'un désert aride.

Plus évanescent, Sí en sí tire son charme d'un piano en recherches perpétuelles et légères. A l'archet, William Parker fleurit l'ensemble de phrases dissonantes, et la retenue décidée conseille Jeff Hoyer de se contenter de 2 notes pour toute ossature de son intervention. Les choix individuels se croisent et, sans cesse, nous transportent d'assemblages décalés en élucubrations ravissantes. De quelles autres manières pouvait s'en sortir le free jazz d'aujourd'hui pour nous convaincre autant ?

CD: 01/ Drawing From The Pool 02/ Moving Along 03/ Sí en sí

Collective 4tet - Moving Along - 2004 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Peter Kowald : Silence and Flies (Free Elephant, 2004)

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Acolyte et partenaire de musiciens comme Peter Brötzmann, Carla Bley ou Alexander Von Schlippenbach, le contrebassiste Peter Kowald n’en avait pas moins fini par accuser une préférence pour le jeu improvisé en solo. Silence and Flies, performance enregistrée à Nigglmühle en 2001, nous rappelle l’une des figures allemandes les plus importantes du genre.

Une approche instrumentale brute incitait Kowald à refuser les recours aux artifices de disposition comme aux effets vides de sens. Un purisme, presque, dont il rendit compte à Nigglmühle en élaborant deux développements foisonnants, mis, sans forcer, à l’abri de la monotonie.

Car le jeu du contrebassiste est à l’image de Niggl 1 : les références mélodiques se chassent l’une l’autre (rappels d’œuvres pour viole, aspects minimalistes), les techniques employées (slaps, glissandi, grattements) défilent pour le bien d’hallucinations improvisées, mouvantes et organiques. Silences et répétitions lient ici et là le tout, jusqu’à l’incantation finale portée par le bourdon grave de la voix d’un anachorète que le public, toujours, révèle.

Ainsi porté, Peter Kowald n’en finit plus de multiplier les pistes. Décalant à l’envi des boucles d’aigus, déconstruisant chacun de ses principes de rebonds d’archet, il concède parfois, et assume sur Niggl 2 la base rythmique d’un quartet fantôme, avant d’y couper court en déclenchant des pizzicati secs et libres, grouillant comme les essaims évoqués par quelques nappes d’harmoniques.

Compositions sur l’instant d’un musicien inspiré, Silence and Flies n’est pas une œuvre improvisée de plus. Elle, comme les meilleures, refuse l’austérité. Elle, comme les meilleures, ne peut se contenter d’une seule et unique écoute. Enfin, vers elle, en priorité, on reviendra.

Peter Kowald : Silence and Flies (Free Elephant)
Enregistrement : 2001. Edition : 2004.
CD : 01/ Niggl 1 02/ Niggl 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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