Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Jacques Coursil: Minimal Brass (Tzadik - 2005)

coursilbrassgrisliDepuis la sortie de The Way Ahead (1969) - son second album en tant que leader -, le trompettiste Jacques Coursil s’était retiré. Non pas du monde, mais de la musique que l’on enregistre, et à qui il préféra l’enseignement de la linguistique. Puisque 35 ans d’absence n’ont pas réussi à effacer l’empreinte d’un free jazzman cérébral et imposant, la raison du retour de Jacques Coursil est à chercher ailleurs.

Ailleurs, et autrement. Il semblerait que le temps nécessaire à la reprise du souffle aura permis l’apaisement de celui qui s’est livré tout entier à une longue réflexion. Libéré des ambitions de musicien iconoclaste pour les avoir menées à bien, Coursil signe aujourd’hui Minimal Brass, tout à la fois enregistrement solo que la méthode du re-recording dote de tentacules, et faire-part de renaissance produit par John Zorn.

Sous le signe du cercle et des cycles, la trompette, multipliée jusqu’à douze fois, répète des harmoniques, enjoint les timbres à l’interférence, ou explore la palette de son grain sur un développement sériel institué musique des origines (First Fanfare). Elaboration de strates sonores, dans lesquelles Coursil enfouit un Sketch of Spain réinventé par John Adams, et qu’il aimerait bien voir fossiliser.


Faisant écho à des bribes de musique contrapunctique disséminées avant et après elle, Second Fanfare suspend quelques notes sur des schémas mélodiques joués à l’unisson. Alors, le trompettiste invente une soul contemplative, donne son point de vue impressionniste sur le déroulement des choses. Quelques dissonances finales livrent de nouvelles intentions.

Celles de Last Fanfare, en définitive, qui se refusent à faire taire la tension sous-jacente. Tirant bénéfice de la technique de la respiration circulaire, le musicien décide de mises en abîme pastel, et accueille les échappées mélodiques de solos optimistes sur des bourdonnements linéaires et délicats. Soit, pour Jacques Coursil, un retour des limbes étrange mais réussi : le mystère des vapeurs investissant le domaine musical, l’investissement des cycles pour toute incarnation.

CD: 01/ First Fanfare 02/ Second Fanfare 03/ Last Fanfare

Jacques Coursil - Minimal Brass - 2005 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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Joëlle Léandre, India Cooke: Firedance (Red Toucan - 2005)

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S’asseoir, ce 11 septembre 2004, au Youth Music Center de Guelph, Canada, équivalait un peu à se faire une place à coups de coudes dans la Nef des fous de Jérôme Bosch. Le programme annonçait en effet une rencontre spéciale : celle de la contrebassiste Joëlle Léandre, étendard flamboyant d’une musique improvisée version française, et d’India Cooke, violoniste impeccablement éclectique, partenaire de Sarah Vaughan comme de Cecil Taylor, de Ray Charles ou de Sun Ra.

Dès le début, le récital ne dissimule rien de ses intentions : l’improvisation, faite suspense, entortille les notes qu’on se fait une joie de libérer ensemble (Firedance 1). Hétérogènes, les pratiques instrumentales facilitent la création sur le vif d’instants tout entier sacrifiés à une danse rituelle (Firedance 2), ou poussent à la confidence le dialogue élégant (Firedance 7).

Implorant ensemble - la protection de qui ? -, Léandre et Cooke fouettent l’air de coups d’archets vindicatifs, avant d’entamer un duel de pizzicati (Firedance 4). Ailleurs, c’est un rythme malléable qui fait les frais de la bataille, pendant laquelle, tant bien que mal, on cherche à cacher des morceaux de chaos derrière le rideau rouge (Firedance 6).

Histoire de reprendre quelques forces, on s’accorde deux danses du feu en solitaire. Quand celle de Léandre tente, de rebonds d’archets en nappes graves, d’hypnotiser les tensions (Firedance 3), celle de Cooke instaure un bouillon de culture réparateur, fait de phrases délurées, d’envolées lyriques et de clins d’œil au baroque (Firedance 5).

Comme il est loin, le temps des duels. On se console un peu qu’il soit passé sans nous en n’oubliant pas qu’il était pratiqué essentiellement par des messieurs. Aujourd’hui, Joëlle Léandre et India Cooke prouvent qu’à coups de cordes, les dames s’expliquent bien mieux.

CD: 01/ Firedance 1 02/ Firedance 2 03/ Firedance 3 04/ Firedance 4 05/ Firedance 5 06/ Firedance 6 07/ Firedance 7

Joëlle Léandre, India Cooke - Firedance - 2005 - Red Toucan. Distribution Improjazz.

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Anthony Braxton: Charlie Parker Project (HatOLOGY - 200

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Un hommage, sur deux soirs de concert, rendu par Anthony Braxton à Charlie Parker. Zurich, puis Cologne, accueillent en 1993 la révélation : celle de l’existence d’une parenté véritable entre les deux saxophonistes. Nouvel avènement de Parker ; mais inédit, celui-ci.

C’est qu’Anthony Braxton refuse évidemment l’interprétation policée de thèmes rangés. Investissant le répertoire choisi de manière ludique, libre, et parfois expérimentale, il peut aussi compter sur le soutien de musiciens en constant décalage, tels que le pianiste Misha Mengelberg, ou le trompettiste Paul Smoker.

A Zurich, un rythme illuminé d’Han Bennink lance un be-bop persuasif, qui fait la découverte de l’égarement possible des saxophones (Dewey Square). An Oscar For Treadwell, bop gouailleur et au charme ravissant, établit des contrastes avec Hot House, sur lequel Braxton et Smoker rivalisent d’envolées irrésolues.

A Cologne, on déploie des phrases joyeuses (Bebop) ; on relit, décomplexés, des standards faits fantaisies par un piano tentaculaire (Bongo Bop) ; on accepte, enfin, l’évocation de classiques par des modernes : le sage Passport, tout juste bousculé par les dissonances adroites de Mengelberg, ou l’impeccable Koko, portée par la contrebasse d’un Joe Fonda surpuissant.

A Zurich et à Cologne, on s’empare de Klactoveesedstene, pandémonium superbe tirant profits des flottements, et changeant selon la virulence des fuites choisies ; on investit A night In Tunisia, défiant la justesse des timbres sur des parties mélodiques en déroute, débordements contrôlés d’inspirations délicates.

Fleuri d’impacts charmants, le répertoire de Parker. Décidant des moments d’intrusion irrévérencieuse comme des processions ordonnées nécessaires à l’entretien du culte, Anthony Braxton fait bien plus que dépoussiérer des standards, et nous convainc, une fois encore, du raffinement de sa clairvoyance.

CD1: 01/ Hot House 02/ A Night In Tunisia 03/ Dewey Square 04/ Klactoveesedstene 05/ An Oscar For Treadwell - CD2: 01/ Bebop 02/ Bongo Bop 03/ Yardbird Suite 04/ A Night In Tunisia 05/ Passport 06/ Klactoveesedstene 07/ Scrapple From The Apple 08/ Mohawk 09/ Sippin’ At Bells 10/ Koko

Anthony Braxton's Charlie Parker Project - 2005 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

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Roger Smith, Louis Moholo-Moholo: The Butterfly And The Bee (Emanem - 2005)

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Différentes, et pourtant proches, les sphères musicales que sont le free jazz et la musique improvisée européenne. S’il leur arrive parfois de se croiser, deux mondes confrontent alors leurs points de vue, et donnent ensemble des couleurs changeantes à l’improvisation. L’année dernière encore, au Festival Freedom Of The City de Londres, où le guitariste Roger Smith, figure du Spontaneous Music Ensemble, rencontrait le batteur sud-africain Louis Moholo-Moholo.

Dès le départ, la rencontre mène au foisonnement d’idées fraîches. Motivé par les attaques abruptes de Moholo, Smith cisaille ses suites d’arpèges à grands coups d’accords compulsifs. Assaillies, toujours à propos, les cordes accueillent aussi bien les délires percussifs du batteur que l’inspiration d’une ritournelle répétitive, bientôt transformée en invocation rituelle par l’imposant effet de grosse caisse (The Butterfly And the Bee).

L’expérience de Moholo l’a depuis longtemps convaincu : accompagner subtilement le déroulement de schémas instantanés, ou emmener à lui seul le morceau tout entier, quelle différence ? Ici (Enclosed Sun), le second plan n’empêche pas les trouvailles. Là (Events That Rhyme), la joie est tout autre, issue d’une liberté d’expression dense et chaotique.

Souvent tirées à l’emporte-pièce, les cordes de guitare frisent, dessinent des glissandi, ou étouffent sous les coups. Leurs propositions sont rêches, certes, mais rien ne les empêche de servir un ostinato aussi studieux que de plus anciens, auxquels ont fait allusion (Webern in Africa). Les accès de mélodies se développent sur des rythmes hypnotiques, exclusifs, et décidés à toujours refuser l’installation des possibles bavardages (Letters To Insects).

Ailleurs, on fait tourner une poupée musicale, tout à la fois clin d’œil ironique à l’interprétation des thèmes, et moyen lénifiant d’ôter un peu de sérieux au discours (Involuntary Sculpture). Sagace, celui-ci aura tenu l’assemblée en haleine pendant plus d’une heure, et bousculé un peu la tiédeur d’un dimanche d’août à Londres.

CD: 01/ The Butterfly And The Bee 02/ Enclosed Sun 03/ Webern In Africa 04/ Letters To Insects 05/ Involontary Sculptures 06/ Events That Rhyme 07/ Uncancelled

Roger Smith, Louis Moholo-Moholo - The Butterfly And The Bee - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Charles Brackeen: Worshippers Come Nigh (Silkheart - 2005)

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Défenseur remarquable du premier free jazz new-yorkais, le saxophoniste Charles Brackeen aura édifié sa carrière sur un amas d’heures somptueuses et de zones d’ombre. Entre des collaborations avec Don Cherry, Charlie Haden ou Paul Motian, des silences se sont imposés, radicaux et étranges, jusqu’au retour en tant que leader, dans les années 1980, pour le compte du label Silkheart.

Aujourd’hui réédité, Worshippers Come Nigh est sans doute l’album le plus à même de prouver aux dubitatifs stoïques le talent excentrique de Brackeen. Aux côtés de musiciens accomplis, il mène un enregistrement iconoclaste, qui alterne les morceaux tourmentés et les motifs chatoyants.

Car, si c’est bien dans les vieux pots cubains qu’on fait la meilleure soupe exotique, Brackeen, en connaisseur, préfère les nectars. Ainsi, la langueur tropicale de Bannar assied un lyrisme confronté aux facéties du cornettiste Olu Dara, quand Cing Kong convie un Extrême Orient qui, d’évocation, devient prétexte aux phrases impeccables de solos distribués

Plusieurs fois, les thèmes sont joués à l’unisson. Histoire, sans doute, d’affirmer l’importance d’interprétations souvent bousculées : par des interventions échevelées (la contrebasse de Fred Hopkins sur Ible), ou par quelques décalages instrumentaux aux portes du free (Tiny Town). Dans les phases de concentration comme de dépression, l’ensemble est indéniablement porté par la batterie d’Andrew Cyrille. Discret et sophistiqué, il fait de ses interventions le liant efficace de l’entier enregistrement. Indéfectible, même : à la fois sage, ingénu et irrévérencieux, Worshippers Come Nigh se moque avec emphase de l’épreuve du temps. Jusqu’à la faire disparaître.

CD: 01/ Worshippers Come Nigh 02/ Bannar 03/ Tiny Town 04/ Ible 05/ Cing Kong 06/ News Stand (Take 1)

Charles Brackeen Quartet - Worshippers Come Nigh - 2005 (réédition) - Silkheart. Distribution orkhêstra International.

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Yumiko Tanaka, Ivar Grydeland: Continental Crust (Sofa - 2005)

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Son âge (jeune), et son éloignement (japonais), n’ont empêché en rien Yumiko Tanaka de se faire une place de choix au sein de la scène musicale improvisée internationale, comme de multiplier les collaborations artistiques d’horizons différents. Dernière en date, celle devenue Continental Crust, album enregistré en compagnie du guitariste norvégien Ivar Grydeland.

Si Grydeland se montre d’un conventionnel mesquin dans le choix de son instrument – une guitare pour tout concept -, Tanaka choisit pour lui répondre un shamisen (sorte de gembri asiatique, soit : un banjo sans frettes) et un Taisho-Goto, koto raccourci. De quoi, en somme, inspirer un peu d’inédit à l’improvisation en duo.

Concours de cordes, ou d’effets choisis, Tanaka et Grydeland servent une musique organique, géologie et mouvements des plaques en filigrane. On y décèle des craquements au milieu de glissandi non mélodiques (Semi Rigid Lower Mantle), quelques chocs étouffés sous les harmoniques (Downgoing Slab), ou encore, des plaintes de cordes frottées, qui renforcent l’assurance d’une ritournelle répétitive rassurante (Mid-Atlantic Ridge).

La spontanéité est adéquate, qui tend, tire, et relâche les cordes jusqu’à ce que, l’idée de la chute ayant germé dans les esprits, les grappes de notes obéissent à l’inéluctable, et cèdent devant les vibrations (Young Oceanic Crust). Les ondes mènent jusqu’à des terres vierges, où le shamisen se donne des airs de berimbau (Eurasian Plate (From 7 Different Views)).

Réaction assez intelligente pour refuser toute surenchère, l’émulsion réussit. D’incantations habitées en résonances vaporeuses, Yumiko Tanaka et Ivar Grydeland ont révélé ensemble les contours d’un tellurisme en musique, ressenti à deux un folk angoissé qu’envahit un Nô future.

CD: 01/ Downgoing Slab 02/ Semi Rigid Lower Mantle 03/ Young Oceanic Crust 04/ Eurasian Plate (From 7 Different Views) 05/ Mid-Atlantic Ridge

Yumiko Tanaka, Ivar Grydeland - Continental Crust - 2005 - Sofa. Distribution Improjazz.

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Paul Smoker: Brass Reality (Nine Winds - 2001)

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De l’importance des cuivres et de leurs emportements ravageurs, les brass bands ont souvent donné des preuves. Souvent efficace, pour peu qu’elle soit provoquée par d’excellents musiciens, une rencontre de trompettes, trombones et tubas, n’en est pas pour autant inapte à la diversité.

C’est le constat du trompettiste Paul Smoker, qui, d’un solo de phrases inspirées (Solo Prelude) indique le chemin que devra suivre sa Brass Reality. Terminées, les envolées soutenues de graves impénitents et les hachures rythmiques collégiales, l’alternative est là, qui fait la part belle à un capharnaüm de répétitions et d’interférences (Fractals, Part 1), ou qui instaure une tension sous-jacente maître des développements (Fanfare & Procession).

Imprécateur patient, le percussionniste Phil Haynes accompagne élégamment l’entrelacement de cercles formés par les tubes, ou l’interprétation de canons déroutants, dans une cacophonie jubilatoire en équilibre (Waltz). Plus loin, il invite superbement les cuivres à tisser à l’unisson un au revoir réconfortant (Coda : Brass Reality).

De son côté, l’initié David Taylor fait de ses interventions au trombone des appels à la démesure. Sur un développement oscillatoire, il organise des funérailles d’un clinquant mexicain, et tournées vers l’espoir (Alice’s Legacy). Ou comment trouver le réconfort dans des essais mélodiques trompe(tte) la mort.

Car la grande qualité du quartet est de se moquer : du tiers de ton comme du quart, et de l’habitude contrariante des rassemblements de cuivres. Se plaisant à jouer des courts-circuits (Harmon City), Paul Smoker pousse, avec Brass Reality, la malice jusqu’à tout faire disjoncter.

CD: 01/ Solo Prelude 02/ Fractals, Part 1 03/ Waltz 04/ Fanfare & Procession 05/ Harmon City 06/ Phil's Blues 07/ Alice's Legacy 08/ Fractals Part 2 09/ Coda : Brass Reality

Paul Smoker - Brass Reality - 2001 - Nine Winds. Import.

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Barry Guy, Marilyn Crispell, Paul Lytton : Ithaca (Intakt, 2004)

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Après s’être laissé une première fois aller aux rythmes des aventures d’Ulysse (Odyssey, 2002), le trio emmené par le contrebassiste Barry Guy poursuit la traversée. Avec en tête l’achèvement du voyage, il traduit en musique le mystère du retour à Ithaque, déjà réfléchi par le prisme d’une œuvre de George Vaughan (voir pochette).

En confrontant sa musique à la peinture et à l’architecture moderne, il semblerait que Guy optimise l’inspiration délicate. Seul, il se montre capable de commander des assauts à l’archet (First Shard), de trahir des tourmentes au son d’hammers emportés (Second Shard), ou de se concentrer assez pour entendre des voix (Third Shard).

En trio, on élève des temples à la subtilité. De chaos organique instauré (Zinc) en improvisations sereines et élégantes (Broken Silence, Unfolding), il cherche et trouve les nuances de décisions abruptes (Zig Zag). Grave et emporté, le piano élit domicile à chacun des étages visités par Marilyn Crispell.

Evoquant aussi bien, et sur un même morceau, Irene Schweizer que Gonzalo Rubalcaba (Fire And Ice), Crispell épate par la qualité de ses choix. Paraphrasant ingénument les parties d’archet de Guy, la voici portée au pinacle par la précision tout en retenues du batteur Paul Lytton (Ithaca).

Lied méditatif du compositeur Buxtehude (1637-1707), Klaglied conclut sereinement l’enregistrement. Interprétation aux harmoniques minutieuses et aux canons partiels, qui assure trois musiciens en bout de course du repos à venir. Dense, et que ne viendra troubler le moindre doute quant à la qualité des souvenirs.

CD: 01/ Fire And Ice 02/ Void (for Doris) 03/ First Shard 04/ Broken Silence 05/ Second Shard 06/ Ithaca 07/ Zinc 08/ Third Shard 09/ Unfolding 10/ Zig Zag 11/ Klaglied

Barry Guy - Ithaca - 2004 - Intakt. Distribution Orkhêstra International. 

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Konono No1 / The Dead C : Split Single (Fat Cat, 2005)

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Le 18ème titre de la série de Split singles format 12’’ instiguée par Fat Cat records a le charme des utopies minuscules menées à bien. Ici, la rencontre des antipodes, d’un Sud géopolitique et d’un Sud géographique, du Congo Kinshasa de Konono No1 et de la Nouvelle Zélande de The Dead C. L’expérience comme point commun le plus fondamental.

Fondé par les guitaristes Michael Morley et Bruce Russell, The Dead C est un groupe incontournable de la scène rock improvisé / expérimental depuis bientôt vingt ans. Référence (australe) pour Sonic Youth, Pavement ou Sebadoh, il pose, sur ce single, 3 titres en guise d’explication sonore. Déstabilisé par les ruptures de rythme du batteur Robbie Yeats, un garage désinvolte se met d’abord en place (1). La voix tente des incursions chaotiques sur ce titre de « studio », avant de se taire le temps de deux instrumentaux enregistrés en concert. Là, il est encore plus facile de se faire une idée du goût des deux guitaristes pour les larsens et saturations de toutes sortes (2). Sur le vif, on évalue des effets dont on aura bien le temps, plus tard, de juger de l’opportunité. Quoiqu’il en soit, les trajectoires des cordes sont inébranlables, quoi que tente la batterie, qui cèdera bientôt, pour enfin accompagner les expérimentations nouvelles sur mouvements lents (3).

Sur l’autre face – la première, même , Konono No1 avait déjà délivré sa façon d’envisager un partage de ce genre. Amplifiant de manière artisanale des instruments traditionnels comme le likembé, n’hésitant pas à user de mégaphones, le groupe déploie une musique folklorique tirant sa superbe du crachin des rendus, de saturations qu’on tolère, et d’une énergie contagieuse au son de récitatifs repris en chœur.

Alors, tout devient plus clair, et l’on comprend mieux ce qui a permis d’oser ce rapprochement. Enregistrant sans faire appel au re-recording ou à l’utilisation asynchrone des multipistes, The Dead C et Konono No1 ont, en plus, une manière similaire d’accueillir les surprises sonores et de bien traiter les parasites de passage : à la fois désinvolte et sagace, elle convainc du bien-fondé du parallèle imaginé.

Konono No1 / The Dead C : Split Single (Fat Cat Records)
Edition : 2005. 

12": A/ Konono No1 : 01/ Lufuala Ndonga 02/ Masikulu - B/
The Dead C : 01/ 1 02/ 2 03/ 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kevin Norton: Time-Space Modulator (Barking Hoop - 2003)

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20 années passées en tant que percussionniste aux côtés de Joëlle Léandre, Fred Frith, ou encore Eugene Chadbourne, n’auront en rien entamé la discrétion frôlant l’anonymat de Kevin Norton. L’homme est pourtant prolifique, multipliant les formules comme les manifestes, qu’il publie d’ailleurs aujourd’hui, pour la plupart, sur son propre label.

Tel est le cas de Time-Space Modulator, dans lequel son Bauhaus Quartet interprète des compositions signées Norton, à une exception près, pour le compte du Norton label, Barking Hoop. L’aventure compte pourtant d’autres protagonistes, et puisqu’il en faut, pourquoi ne pas les choisir comme on pourrait en rêver : Tony Malaby (saxophones), Dave Ballou (trompette, cornet) et John Lindberg (contrebasse).

Entre deux morceaux frénétiques - l’un porté par un swing en demande de décalages (Mother Tongue), l’autre au laisser-aller intense célébrant le final (Moonstruck) -, Kevin Norton se révèle être un impressionnant peintre de situations : d’explorations d’instants étirés (Microbig) en procession minimale (Atie Aife), d’hommage appuyé au maître Milt Hinton (Milt’s Forward Looking Tradition) en dissonantes retouches de mélodie facétieuse.

Ailleurs, le quartet arrive à mettre sur pieds des constructions aux particules étranges. Ainsi, sur une figure rythmique impeccable, on évoque à la fois Donald Byrd et David Lynch, avant de lier le tout d’un clin d’œil évident à l’Art Ensemble (Didkovsky). Une affaire d’atmosphère originale, mystérieuse parfois (Seoul Soul), qui court fièrement d’un bout à l’autre d’un disque frondeur et réussi.

CD: 01/ Mother Tongue 02/ Seoul Soul 03/ Didkovsky 04/ Milt’s Forward Looking Tradition 05/ Microbig 06/ Atie Aife 07/ Difficulty 08/ Moonstruck

Kevin Norton Bauhaus Quartet - Time-Space Modulator - 2003 - Barking Hoop.

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