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Yves Dormoy, Rodolphe Burger: Planetarium (Dernière bande - 2005)

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D’une collaboration à la Cité de la Villette, faire un disque. Les sciences, pour l’option prise par Yves Dormoy et Rodolphe Burger sur une musique des sphères ; l’industrie, pour la mise sous presse d’un enregistrement mené par les mêmes pour le compte du label Dernière bande.

Sur un Planetarium qu’il a pour beaucoup composé, Dormoy pose saxophone et clarinette, programme, donne à entendre des souvenirs enregistrés de hall d’aéroports, de voix dont lui seul connaît le visage. Envoûté par un Japon rouge de néon, il succombe parfois à l’exotisme moderne touchant l’homme écrasé par les tours de verre. Au pays de la technologie, il se rend aussi compte que ses appareils commencent à dater (Chut…), et l’atmosphère de devenir impossible de lourdeur naïve (Story Tellers, Song for Aichi).

Pour calmer un peu les esprits, s’en remettre aux prises de anches. Compositeur impeccable, Dormoy sert ses mélodies avec délicatesse (Ne change rien), conduit un blues déconstruit (Stars Way), ou laisse, timide, la parole à quelques brouillons de guitare. Pour son infortune, d’ailleurs, lorsque l’ensemble cherche à prendre de la hauteur, alors que les musiciens n’y voient clair qu’en bas.

En bas, les méandres obscurs où Burger et Dormoy trouvent leur salut : dans la déclinaison intelligente d’un thème (Alan Turing), dans l’entier don de soi au presque rien (Radio Altimeter), dans l’habileté à trouver des soutiens de choix (Antoine Berjeaut sur Preflight Contact, Benoît Delbecq sur Ne change rien). Enfouis, ils démontrent leur maîtrise de la situation, et donnent l’exemple qu’on peut ne pas accomplir tout à fait ses rêves, et très bien gérer son rapport au réel.

CD: 01/ Story Tellers (Ornette in Tokyo) 02/ Chut… 03/ Comme si 04/ Alan Turing 05/ Radio Altimeter 06/ Gagarine 07/ Stars Way 08/ Preflight Contact 09/ Souls On Board 10/ Ne change rien 11/ Song for Aichi

Yves Dormoy, Rodolphe Burger - Planetarium - 2005 - Dernière bande. Distribution Chronowax.

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D'incise: Les dérives (Audioactivity - 2005)

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Projet genevois sous le nom duquel s’abrite Laurent Peter, D’incise n’a de cesse de construire des pièces rythmiques minimales, aboutissements d’efforts programmés sur ordinateurs. A l’écoute, Les dérives ne demandent pas longtemps avant de parler pour leur auteur, francophone déboussolé, élevant des constructions pour pas grand-chose, mais publiées quand même.

Qu’elles, au moins, passent la frontière ; et le pas grand-chose sera devenu déjà ça. A coups d’ambient raffinée (Grillages, Incertain), de ricochets entre lesquels se glissent de timides comptines (En attendant…), D’incise rêve sans doute de fuir un pays qui, depuis longtemps, l’a endormi.

Des surbasses carnivores investissent les champs libres (L’imaginaire, Escarmouche entre deux courants d’air) et quelques fulgurances brèves viennent interrompre les monopoles graves (L’urbaniste insouciant). Voilà pour les décors, plantés pour accueillir des tentations mélodiques (Rêverie stochastique sur fond bleu), ou construits, même, par une boucle de piano décidant de la suite programmée à donner à l’ensemble (Perturbation climatique).

On trouve aussi, sur Les dérives, des écarts de langage : à écouter (Opposition, Effort pulmonaire) ou à lire (et qui prouvent qu’on a parfois plutôt intérêt à numéroter ses morceaux). Peu de choses, pourtant, à reprocher à cette marque d’allégeance de l’électronica suisse à son homologue allemande. De ces dérives qui rapprochent.

CD: 01/ Incertain 02/ Promenade 03/ L’imaginaire 04/ Escarmouche entre deux courants d’air 05/ Effort pulmonaire 06/ Mémoire instable d’un génocide 07/ En attendant… 08/ Grillages 09/ Echafaudages 10/ L’urbaniste insouciant 11/ Rêverie stochastique sur fond bleu 12/ Opposition 13/ Perturbation climatique 14/ Amnésie

D'incise - Les dérives - 2005 - Audioactivity. Import.

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Kris Tiner, Mike Baggetta: There, Just as You Look for It (pfMENTUM - 2005)

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Représentants d’un jazz West Coast contemporain, le trompettiste Kris Tiner et le guitariste Mike Baggetta se sont récemment confrontés, histoire de définir comment évoluent les clichés. Et faire fi des arrangements arrondis comme des figures de styles, sur There, Just As You Look For It, figure bipolaire en mouvement.

Serein, d’abord, la trompette évoluant sur le va et vient - sur un demi ton - de la guitare (The Road To El Paso). Plus angoissé, ensuite, ceci n’interdisant pas les phrases convenues (Second Preference), mais capable, le plus souvent, de laisser-allers récréatifs (Your Aftermath, One More Chance).

S’il arrive à Tiner et Baggetta d’avoir recours à l’unisson (A Delicate Touch, Quadrants (for Ken Wilber) : IT), leurs brillances viennent plutôt de l’emphase avec laquelle s’opposent leurs ardeurs. Alors, une trompette singeant le cool se rebelle face aux assauts d’une guitare en pièces (Quadrants (for Ken Wilber) : WE), ou signe la mésentente d’un dialogue extatique sans lendemain (Caffeinated Weasels).

En bout de course, on s’accorde pourtant, l’espace d’une parenthèse. There, Just As You Look For It clôt le débat, sans tirer les conclusions d’une rencontre tendue mais facétieuse. Kris Tiner et Mike Baggetta s’en retournent, assurés maintenant du parti pris des choses.

CD: 01/ Road To El Paso 02/ Second Preference 03/ A Delicate Touch 04/ Your Aftermath 05-08/ Quadrants (for Ken Wilber) : WE - ITS - IT - I 09/ Caffeinated Weasels 10/ One More Chance 11/ Choke On It 12/ There, Just As You Look For It

Kris Tiner, Mike Baggetta - There, Just as You Look for It - 2005 - pfMENTUM. Import.

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Spontaneous Music Ensemble: A New Distance (Emanem - 2005)

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Fondateur, avec Trevor Watts, du Spontaneous Music Ensemble, John Stevens est celui des deux qui animera toujours, jusqu’à son décès en 1994, ce groupe aux formations multiples. Après avoir accueilli des personnalités comme Derek Bailey, Evan Parker ou Peter Kowald, l’ensemble s’était enfin consolidé autour du trio responsable du présent enregistrement.

A New Distance offre des extraits de deux concerts et d’une séance studio. Dans les deux cas, sur une batterie réduite au strict minimum, l’amateur de Sunny Murray qu’est Stevens s’en donne à cœur joie. Assauts frénétiques insatiables, pluies de coups qu’il n’arrive pas à retenir – et qui nous prouve qu’on peut y gagner à frapper sur plus petit que soi -, le batteur s’offre de temps à autre des pauses, pendant lesquelles il souffle dans une trompette de poche.

Alors, il dessine des parallèles avec le ténor de John Butcher, qui, d’aigus angoissés (Uneasy Options) en harmoniques chancelantes (Stig), démontre que l’improvisation inspirée n’interdit pas l’écoute. C’est d’ailleurs elle qui permet au trio de trouver A Certain Elegance, tout à la fois phantasme et morceau emblématique adoptant la retenue pour mieux canaliser les efforts.

Ceux de Roger Smith, par exemple, qui paraît en proie à des souvenirs partiels d’études laborieuses (arpèges brefs, accords plaqués, schémas de basse) mis à mal par des comportements sauvages (attaques de tirants, cordes étouffées, graves impromptus). Discret, il a parfois besoin d’indiscipline – comme sur Peripheral Vision – pour se faire une place, ou de ressources convaincantes – la guitare comme élément de percussions sur With Hindsight - pour que l’on retienne sa présence.

En studio, le trio est rejoint par le flûtiste Neil Metcalfe, qui investit sans faillir l’expérience multipliant les entrelacs de trompette et de saxophone. Afin de l’y aider, John Stevens devait le rassurer, comme il l'explique sur Spoken Interlude : "Il ne s’agit pas d’incorporer une composition, mais une discipline." Celle du Spontaneous Music Ensemble a toujours été l’improvisation soignée, qui trouve dans A New Distance un représentant de choix.

CD: 01/ Spoken Introduction 02/ Stig 03/ So This Is Official 04/ Tape Delight 05/ Uneasy Options 06/ A Certain Elegance 07/ Spoken Introduction 08/ Peripheral Vision 09/ Spoken Interlude 10/ With Hindsight 11/ Spoken Conclusion

Spontaneous Music Ensemble - A New Distance - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Idp-Cologne (Psi, 2005)

 

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Saxophoniste suisse installé à Paris, entendu aux côtés de Günter Müller, Joëlle Léandre ou Fred Frith, Urs Leimgruber n’en finit pas de multiplier les manifestes improvisés. Aux côtés de son compatriote et double d’exil Jacques Demierre (piano), et du contrebassiste américain Barre Phillips, le voici redoublant d’efforts sur Idp – Cologne.

Après une introduction sage, voire convenue (Dust), le trio trouve ses marques, et décide de faire confiance à l’expérience de Phillips pour mieux se laisser porter. Son parcours de sideman l’ayant confronté à Coleman Hawkins ou Ornette Coleman, le contrebassiste sait de quelle manière faire de ses pizzicatos une ponctuation implacable des dialogues entre Leimgruber et Demierre (You Can’t grow Old Again). Un climat étrange est ainsi installé : le premier décidant d’une série de notes entrecoupées de silences ; le second distribuant les clusters avant d’opter pour une plus grande discrétion.

Mais c’est à Phillips que l’on revient rapidement. Fulgurant, à l’archet, sur The Rugged Cross, choisissant toujours la phrase juste pour répondre aux échos des attaques de Demierre, ou à la virulence de Leimgruber. Le morceau se termine par une berceuse à deux notes répétées par la contrebasse, bien loin des soins, brusques et loin d’être réparateurs, qu’on portait un peu plus tôt à l’instrument (Spare).

Une courte pièce trace ensuite des parallèles d’harmoniques et calme les esprits (Shadow Hands), avant que le trio défende une dernière fois des mélodies découpées sans patron, aux couacs et aigus servis par le piano et le saxophone (Applegate Spark). Certes, l’expérience est radicale, mais trouve un inédit certain dans le rendu - soft - de l’enregistrement. Convainquant les initiés sans effrayer les débutants ; persuadant les débutants sans décevoir les initiés.

Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Idp-Cologne (Psi / Orkhêstra International)
Edition : 2005.
CD : 01/ Dust 02/ You Can’t Grow Old Again 03/ Spare 04/ The Rugged Cross 05/ Shadow Hands 06/ Applegate Spark

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Contemporary Jazz Quintet: Actions 1966-67 (Atavistic - 2005)

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Dans les années 1960, Ornette Coleman et Albert Ayler ont laissé leurs empreintes dans des étendues neigeuses de Scandinavie. Ces traces, quelques musiciens locaux se sont empressés de les suivre, y ayant vu une fraîcheur inédite, un chemin non balisé à prendre en compte dans la minute. C’est le cas, au Danemark, du Contemporary Jazz Quintet, auquel la collection « Unheard Music » lancée par le label Atavistic rend aujourd’hui hommage.

Collectif européen dévoué à la New Thing de manière radicale et efficace, le quintette développe des improvisations sereines en se donnant l’air de ne pas y toucher. Habitées par les interventions de Niels Harrit à la scie musicale, les Actions tirent d’abord leur substance des découpes rythmiques de Bo Thrige Andersen, disciple de Sunny Murray. Soutenu par le brillant contrebassiste Stefan Andersen, il installe sur Action #II une atmosphère déliquescente, qui, en passe d’être découverte, se saborde elle-même.

A l’écoute, les musiciens s’engagent à servir au mieux un colloque d’harmoniques (Action #III), ou tiennent conseil, avançant chacun leurs meilleurs arguments, pour pouvoir espérer, le plus naturellement du monde, persuader leurs acolytes (Action #V). Une musique inédite de conciliabule, qui sait aussi lancer les mouvements… Ceux d’Action #IV, par exemple, où le saxophone éraillé de Franz Beckerlee tente de trouver des réponses aux imprécations désabusées du trompettiste Hugh Steinmetz. Virulent dans ses intentions, le quintette n’en perd pas moins la délicatesse avec laquelle il a, jusqu’ici, mené la danse. Et c’est plus déluré que jamais qu’il investit Action #VI, à grands coups d’hésitations rythmiques et de (petites) sirènes multipliées.

En suivant quelques traces, le Contemporary Jazz Quintet est tombé sur une piste vierge : investie, celle-ci leur a permis d’égaler, sur d’autres territoires, les plus belles découvertes de défricheurs dignes de reconnaissance ; du New York Eye And Ear Control d’Ayler, au Sonny’s Time Now de Murray.

The Contemporary Jazz Quintet : Actions 1966-67 (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966-1967. Edition : 2005.

CD : 01/ Action #II 02/ Action #III 03/ Action #IV 04/ Action #V 05/ Action #VI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Honey for Petzi, post-rockHoney for Petzi: Man’s Rage for Black Ham (Ruminance - 2005)

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Pour savoir si le travail d’un créateur tombé sur quelque chose d’enfin original a de l’importance, il faut compter le nombre de maniéristes oeuvrant ensuite à défendre sa découverte. A ranger dans cette catégorie de musiciens, le trio suisse Honey for Petzi, rallié à la défense sans vergogne d’un avant-post-chicagoan rock.

Ne versant pas non plus dans le vide absolu, Man’s Rage for Black Ham sera simplement un disque de plus. Aux répétitions affectées de nuances d’un rock énergique et acceptable (Force de frappe), répondent souvent des fautes aggravantes indéniables : progressions vides d’un rock garage qui n’en finit plus (Tronc commun), recherche rébarbative de mélodies qui, au final, ne parviennent pas à séduire (Silver Banana), imposition d’une voix blanche sur une pop transparente (Freak Itten, El château), calquant parfois quelques constructions vocales signées – mais ailleurs - Kim Gordon (Robot After All).

Le charme léger de Black buisson n’y peut plus grand-chose : Man’s Rage for Black Ham était voué au relatif fuyant avant que d’exister. S’en prendre à Tortoise, Shellac ou Gastr del sol, ou bien encore au manque d’originalité d’un trio qui n’a pas su instiller un peu de personnalité sur un disque signé pourtant de son nom. Au bout d’un certain temps, pour défendre encore une cause, il faut des arguments neufs.

CD: 01/ Force de frappe 02/ La chien-lune 03/ Freak Itten 04/ Tronc commun 05/ Blackham 06/ Silver Banana 07/ El château 08/ Trust The Square 09/ Black buisson 10/ Robot After All 

Honey for Petzi - Man’s Rage for Black Ham - 2005 - Ruminance. Distribution Chronowax.

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Blank: Post (Grob - 2005)

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Des 3 membres de Blank, Rüdiger Carl est celui qui orienta le trio vers la musique improvisée. Convaincus, Oliver Augst et Christoph Korn se sont laissé faire avec assez d’enthousiasme et d’acharnement, semble-t-il, pour proposer aujourd’hui sur Grob un florilège iconoclaste de leurs enregistrements : Post, 33 morceaux.

S’y bousculent, dans le désordre, et pour résumer, une musique folk sérielle – convaincante (Blut, Coal, Brut) ou non (Herero) -, des expériences bruitistes ravissantes (Radio, Jam), un rock décomplexé et rugueux (Konto) ou un post-rock nullissime (Rag), une berceuse angoissante (des)servie par les pires sonorités d’un mini synthétiseur qui commence à dater (Blade).

Ailleurs, le trio crache une samba sur les mots de T.S. Elliot (Old), déploie un blues blanc sur ceux de Werner Büttner (Green Birds) ; instigue une marche pop (Groom) ou entrecoupe d’envolées de beat box une valse punk saturée (Spartakus). Ici, comme sur Revenge ou Bullet, un parallèle possible avec la musique de Xiu Xiu, lorsque – trop rarement, d’ailleurs – celle-ci sert des compositions valant la peine qu’on s’y attarde.

Bien sûr, presque inévitablement, des plages inutiles (Pill, Twister, Vage). Rien de grave, étant donné le propos de Post : déluré, irrespectueux à souhait, refusant toujours d’envahir le champ d’une esthétique du fini à laquelle on a l’habitude de sacrifier l’âme. Originale, celle dont Blank dote ses 33 exercices de styles, ingrédients d’un bouillon de cultures divertissant et vengeur.

Blank : Post (Grob / Metamkine)
Edition : 2005.
CD : 01/ Parken 02/ Revenge 03/ Twister 04/ Spartakus 05/ Brot 06/ Pill 07/ Herero 08/ Bleib 09/ Radio 10/ Poke 11/ Bullet 12/ Old 13/ Ash 14/ Rag 15/ Trap 16/ Pace 17/ Blade 18/ Vage 19/ Blut 20/ Green Birds 21/ Groom 22/ Kerouac 23/ Bote 24/ Hoheit 25/ Coal 26/ Runover 27/ Tin 28/ Brut 29/ Home 30/ Welt 31/ Jam 32/ Konto 33/ Byebabe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Toot : One (Sofa, 2005)

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Trio frondeur sévissant depuis la fin des années 1990, Toot réunit le Britannique Phil Minton et les Allemands Thomas Lehn et Axel Dörner autour de l’élaboration de collages musicaux hystériques. Refusant toute logique, One présente quatre extraits de trois récentes performances en public.

Eléments épars plantés là pourquoi ? Question inabordable dans le cas de Toot. L’intérêt est ailleurs, qui réside dans la manière d’aborder les inspirations, de les taire ou de les imposer. Ainsi, sur les quasi ultrasons du synthétiseur de Lehn, le trompettiste Dörner met en pratique une hydraulique sonore qui emportera tout (01). Les expériences vocales de Minton, soumises à des référents visuels, évoquent, tour à tour, les onomatopées de personnages de Plympton, les bruitages de jeux vidéos inédits, ou les cris d’angoisse d’un homme civilisé qui déchante.

Régissant l’ordre des choses sur 02 et 03, les invocations insolentes et désespérées mettent à mal la fantaisie des simples collages bruitistes. Là, on imbrique des volumes, convulsivement, le rouge aux joues, jusqu’à ce que l’ensemble tienne de lui-même. Les voix organiques et les appels internes cherchent à s’acclimater en milieu hostile, univers de Tron exposé sous cloche.

L’oubli d’un entretien possible et le refus de théories à aborder n’empêchent pas Toot de calquer ses intentions sur d’autres utopies. L’Ursonate de Kurt Schwitters, par exemple, qui accueille bientôt des oiseaux perchés sur un éboulis de matières sonores rugueuses (04). L’audace est belle, qui abandonne les formes et les significations, accepte l’incompréhension inévitable que l’on se verra opposer. L’intention est menée à bien, qui propose une alternative que l’on sait, dès le départ, irrecevable.

Toot : One (Sofa)
Edition : 2005.
CD : 01/ 01 02/ 02 03/ 03 04/ 04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Clive Bell, Sylvia Hallett : The Geographers (Emanem, 2005)

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C'est évidemment à un voyage que nous convient Clive Bell et Sylvia Hallett sur The Geographers. Se refusant à consulter les cartes, leur cahier des charges est clair, qui veut bousculer aux sons d'instruments exotiques ou rares une musique improvisée parfois trop installée de ce côté-ci du globe.

Pour ne pas être monotone, le parcours devra refléter les changements de paysages. Ainsi, le charme des surprises nous mène de plaines désolées sur lesquelles soufflent des vents en fuite (Flying On The Landing) en étendues reposantes qui nous assurent que la virulence en improvisation n'est pas une fatalité (Birthmarks). Et quand, chaotique, la topologie reconnaît des frontières (Tantamount), c'est pour répondre aux échappées à la fois sages et hors-cadre un peu plus tôt établies (With The Book Propped Against The Horse's Mane).

Il arrive aussi aux violons, pipeaux, flûte japonaise et scie musicale, de rendre compte de scènes de la vie sauvage. Alors, on croise des oiseaux non répertoriés posés sur une balançoire (The Sweet Potato Festival At Fudomae). Ailleurs, les sirènes de Rolls Over The Plain engagent à la fuite des meutes affolées. Le départ est déjà loin, qui voyait Sylvia Hallett célébrer, d'un filet de voix, l'harmonie du monde, à la manière d'une Meredith Monk faite oracle (Shrugging Into Spring).

Et déjà, au son des nappes du khene de Bell, le duo termine sa course, sur une rizière à étages (Love For Shale). D'avoir préféré ne pas suivre les sentiers battus, les deux musiciens ont tiré profits ; et ramènent au pays des visions fulgurantes, réconfortés sur leur propre adresse : évidente, mais souvent inconnue des guides.

CD: 01/ Shrugging Into Spring 02/ Flying On The Landing 03/ With The Bool Propped Against The Horse's Mane 04/ The Weald 05/ Birthmarks 06/ Tantamount 07/ The Sweet Potato Festival At Fudomae 08/ Notes To The Milkman 09/ Rolls Over The Plain 10/ Love For Shale

Clive Bell, Sylvia Hallett - The Geographers - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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