Le son du grisli

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Bill Evans, Eddie Costa : Complete Quartet Recordings (Disconforme, 2005)

complete

En 1958, Bill Evans pouvait encore n’être que co-leader. Aux côtés d’Eddie Costa, vibraphoniste luxuriant à l’existence trop brève pour s’être imposé plus, il participa à l’enregistrement de thèmes issus du répertoire de Frank Loesser. A la contrebasse, Wendell Marshall ; à la batterie, celui qui fera bientôt partie du mythique trio d’Evans : Paul Motian.

Les compositions choisies permettent la diversité des interprétations. De ses attaques légères, le pianiste fleurit des be bops enjoués (Guys And Dolls, If I Were A Bell), déploie ses harmonies lors d’un simili cool (I’ll Know), ou conduit une romance sur une Adelaide évoquée par tous avec élégance : la mélodie de piano poussée dans ses derniers retranchements, perturbée par les notes bleues de Costa, rassurée malgré tout par la confiance de Marshall.

Souvent sage, Paul Motian se montre parfois capable de ruptures inspirées. Pour beaucoup dans la réussite de Luck Be A Lady, il décide seul du laisser-aller nécessaire au développement d’un fourre-tout baroque sur lequel Evans interroge les mesures, quand Costa abuse sournoisement des digressions sur demi-tons. Moins convaincants lorsqu’ils se raidissent au seul souvenir de leurs maîtres - Milt Jackson pour Costa, Lennie Tristano pour Evans -, les co-leaders sont autrement évoqués dans un bonus imposé.

Alors, sur la septième plage, on peut entendre Django, enregistré sous la direction de Michel Legrand, en compagnie, entre autres, de Miles Davis et Paul Chambers. Hors sujet, le bonus, qui nous présente un Costa déposant étroitement la mélodie du thème sur la guitare de Galbraith, et Bill Evans élaborant avec la harpiste Betty Glaman un contrepoint sans charme. Ce genre de bonus artificiel, qui vous invite à relancer l’écoute pour revenir à l’essentiel.

Bill Evans, Eddie Costa : Complete Quartet Recordings (Disconforme / Socadisc)
Réédition : 2005.

CD : 01/ Guys And Dolls 02/ Adelaide 03/ If I Were A Bell 04/ Luck Be A Lady 05/ I’ve Never Been In Love Before 06/ I’ll Know 07/ Django
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Brian Willson: Things Heard Unheard (Deep Listening - 2005)

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Le piano de Yuko Fujiyama dévale la première piste de Things Heard Unheard, album emmené par le batteur Brian Willson. Investissant le champ improvisé en privilégiant les cymbales, il aura tôt fait de dévoyer son entier instrument, partie prenante d'un trio en verve. Fujiyama, donc, et Dominic Duval à ses côtés. Le reste est une question d'instants, et de combinaisons.

Alors, s'installent en duos les accès de fièvre du piano attisés par la batterie (Fractals), ou une pièce plus délicate mise en forme par l'archet de velours grave du contrebassiste (Birds In The Temple). Seul, Willson rend hommage à son maître de batterie, déployant son savoir-faire tout en refusant de se laisser emporter entièrement par son énergie (Dear Charlie).

A trois, les musiciens décident d'interludes discrets (Yuko II, Bamboo) qui contrastent avec le swing dégénéré de Bit by Bit (effets monkiens de Fujiyama sur les pizzicati précis de Duval) ou le chaos insatiable de To Remember, où s'en donne à coeur joie la patte nerveuse et dense d'explications de Willson.

Remarquable, aussi, le Tibet évoqué au son d'un bourdon tenu par la voix de Yuko Fujiyama, et dans lequel se mêlent la persistance des timbres des instruments et la lente procession des vibrations commandées. Adressant des idiomes de sagesse, Duval noue les fulgurances du trio et les mène jusqu'à l'harmonie indispensable au sujet. Quelques effets feutrés appliqués aux tourments, histoire de diversifier le propos. Sans jamais l'étouffer. Et Things Heard Unheard de trouver dans l'art de la mesure toute sa raison d'être.

CD: 01/ Yuko I 02/ Birds in The Temple 03/ Fractals 04/ Tibet 05/ To Remember 06/ Dear Charlie (in memory of Charlie  Perry) 07/ Yuko II 08/ Constellations 09/ Bamboo 10/ Bit by Bit

Brian Willson - Things Heard Unheard - 2005 - Deep Listening. Import.

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Ernesto Rodrigues: Dorsal (Creative Sources - 2005)

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Pour mener à bien sa tâche difficile, le violoniste Ernesto Rodrigues a décidé un jour de fonder Creative Sources, label consacré à la musique improvisée la plus contrariante. Pour l'auditeur, certes ; pour le musicien plus encore, qui a accepté d'aborder une musique qu'il faudra purger de tout artifice, débarrasser de référents mélodiques, infiltrer jusqu'à l'organe.

Car c'est là plus qu'ailleurs qu'on suppose la présence des intervenants. A force d'efforts, Ernesto Rodrigues, Manuel Mota et Gabriel Paiuk, disparaissent respectivement derrière un violon, une guitare, un piano. A l'intérieur, même, mettant tout leur coeur à gratter, frapper, tirer, chercher toujours d'autres moyens d'établir quelques preuves d'existence. Les cordes intègrent la section rythmique sans avoir le sens du rythme, quand les musiciens ne préfèrent pas tout simplement effleurer crin, nylon et bois (Tension).

Sur Lesion, l'archet ose une expression à laquelle répondra un piano servi à la cuillère. Une suite d'accords timides à la guitare, et c'en sera fait du remarquable jusqu'à Visceras, où l'on dissociera une autre fois le rythme des inspirations assumées en solo, qu'on aimerait d'ailleurs un peu moins frileuses, histoire de rendre moins monotone le défilement des secondes. Une musique vague qui ne connaît pas le ressac. Une couleur, presque, troublée par les ruptures d'Espinal, javellisée enfin par un archet assidu que soutient une guitare-berimbau à l'exotisme extrait (Inflamacion). Un disque inconseillable, faute d'amateur prêtant l'oreille et pas gêné de miser sur l'inconstant. Prêt aussi à parier, s'il veut avoir une chance d'être charmé par le combat que mène le trio contre les chimères mélodiques et les regrets d'y vouloir échapper.

CD: 01/ Tension 02/ Lesion 03/ Natural 04/ Visceras 05/ Espinal 06/ Inflamacion

Ernesto Rodrigues - Dorsal - 2005 - Creative Sources. Import.

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Un caddie renversé dans l'herbe: Atlas saltA (Map Lies, Border Lies) (Dekorder - 2005)

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Prolifique musicien brésilien installé à Barcelone, Didac Larriga a trouvé en Dekorder le label fidèle et encourageant, qui produit aujourd’hui Atlas saltA (Map Lies, Border Lies…), mini CD d’une vingtaine de minutes, sur lequel Un caddie renversé dans l’herbe poursuit une quête musicale intimiste, pleine de charme, mais trop souvent essoufflée.

Une fois les boucles rythmiques faites pièces maîtresses de ses morceaux, Larriga s’empare d’un mbira ou de flûtes, et pose quelques notes parfois maladroites, leitmotivs exotiques qui aimeraient inciter au voyage. Si l’on reste dans le domaine du souhait, c’est que, 3 fois sur 6, l’apathie l’emporte, et empêche la réalisation des rêves (souffles approximatifs sur Time, vide sidéral de Liar).

Heureusement, deux titres sauvent un peu l’ensemble. D’avoir été réfléchis plus que les autres, sans doute. Le premier, Miss, ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent des notes au prolongement naturel empêché par des coupes radicales, le tout sur fond de basses en surimpression. Quant au second, Atlas, il installe une construction rythmique faite de bouts de ficelle électronique, décorée par les progressions ressenties d’un simili piano et d’un mélodica.

Nul doute qu’Un caddie renversé dans l’herbe aurait gagné à proposer un ouvrage plus long. Le format d’Atlas saltA ne le permettait pas. Il suffisait alors de retoucher un peu, de raccourcir encore ; de choisir enfin de proposer un single irréprochable.

CD: 01/ When 02/ Time 03/ Overcomes 04/ Miss 05/ Liar 06/ Atlas

Un caddie renversé dans l'herbe - Atlas saltA (Map Lies, Border Lies) - 2005 - Dekorder. Distribution Metamkine.

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John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note, 2005)

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Saxophoniste racé, sideman au générique d’albums aussi incontournables que New York Eye And Ear Control d’Ayler ou Ascension de Coltrane, John Tchicai n’a, depuis, cessé d’investir à ses manières l’avant-garde en jazz. Vaste, le propos ; qui plus, est, à développer sans cesse. Aux côtés du guitariste Garrison Fewell et du trio de Tino Tracanna, voici sa vision la plus récente de la chose.

Coloriste confirmé, Tchicai développe une inspiration amérindienne sur les enchevêtrements de la guitare et du ténor (Big Chief Dreaming), élabore un bop plaisant à partir d’un schéma d’accords emprunté au Friday The Thirteenth de Monk (Yogi In Disguise), et se perd, parfois et malgré l’assurance du timbre, au milieu d’une guitare abusant de répétitions grossièrement intentionnées (Prayer For Right Guidance).

Sauvant aussi, par la sonorité qu’il obtient de son instrument, un swing doré sur tranches (Simplicity), Tchicai signe un Heagende Skaerm majestueux, qui profite, lui, du savoir-faire de l’entier quintette en matière d’improvisation sur mouvements las. De clairvoyance, aussi, lorsque, emmenant Thriftshopping + Extension, la section rythmique rivalise de brillances avec une clarinette basse aux phrases en devenir, une guitare appuyée forçant le thème avec brio.

Ailleurs, Fewell laisse ses références l’envahir sur la cadence d’une marche égyptienne dédiée à Sun Ra (The Queen Of Ra), ou rappelle, en duo avec Tracanna, l’Easy Way de Jimmy Giuffre (Instant Intuition, Grappa To Go). Soit, un bilan fleuri des préoccupations du jour de cinq musiciens concernés, incorporant free, swing, cool et accents folks, sur un Big Chief Dreaming qui, s’il n’est pas incontournable, reste plus que convaincant.

John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note / DAM)
Edition : 2005
CD : 01/ Instant Intuition 02/ Prayer For Right Guidance 03/ Big Chief Dreaming 04/ Simplicity 05/ The Queen of Ra 06/ Thriftshopping + Extension 07/ Basetto 08/ X-Ray Vision 09/ Grappa To Go 10/ Splinters No.1 11/ Haengende Skaerm 12/ Yogi In Disguise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michel Doneda : Solo las planques (Sillon, 2005)

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Impalpables, les preuves données par Michel Doneda d’une musique qui se refuse. Contribuant encore à assombrir un propos, voici le saxophoniste français inaugurant le catalogue d’un nouveau label, Sillón, qui ne s’occupera que de tirages limités à 500 exemplaires. C’est que la conception expérimentale des choses est ici jusqu’au-boutiste, définitive ; autoritaire, voire.

Il faut connaître bien les rouages du saxophone soprano pour repérer qu’il s’agit de cela sur Solo Las Planques. Distribuant les décharges de souffles différemment selon l’intensité, la trajectoire choisie ou une entière confiance en l’imprévu, Doneda s’en tient à des estimations de vitesse (DZ-DZZ), à une contemplation de vents en fuite (DZ). Obtenant enfin une note en mal de s’imposer, il envisage plutôt le grain des résidus (Endémique #1).

Jusqu’à ce que l’opiniâtreté trouve satisfaction dans des harmoniques appuyées par l’écho ; dans des sirènes demandant des comptes sur un espace sonore qu’il faudrait envahir entièrement (Veilles). Alors, une ronde de courants d’air peut mettre un terme aux velléités (La planche), et Doneda d’étoffer son discours au gré de quelques plaintes parties vite en fumées (DND).

Solo Las Planques est un disque abstrait comme un objet rare. Le reportage photographique d’un colloque de spectres tenu en plein désert. Les preuves apportées sont faibles, certes, mais promettent si bien. Et puis, en tendant un peu l’oreille, on soupçonne sans faiblesse une présence en rafales, allée et venue selon le flux et les soupirs. Impalpable, mais bel et bien passée. 

Michel Doneda : Solo las planques (Sillon)
Edition : 2005.
CD : 01/ DZ 02/ DZ-DZZ 03/ Endémique #1 04/ Endémique #2 05/ Veille 06/ La planche 07/ DND
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gerry Hemingway: The Whimbler (Clean Feed - 2005)

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Le jazz moderne n'est pas une danse. Pas plus qu'une variété croonante, ou une musique électronique sans charme sur laquelle on greffe quelques trompettes, et grâce auxquelles des promoteurs de bonne volonté n'en finissent plus de rassurer : "N'ayez pas peur du jazz, il ne vous bousculera pas". Induit en erreur, qui n'échappe pas aux slogans et promotions passera à côté de Ken Vandermark, William Parker ou Gerry Hemingway.

A l'encontre de ceux là, travailleurs quasi clandestins, les mêmes promoteurs lanceront bien une fois ou deux "Eh bien, qu'ils se fassent entendre!" N'y a-t-il pas de la place pour tous, en effet, même si c'est à l'aveugle, au sourd et au manchot, qu'on distribue les doses ? Reste à ceux qui ont reçu bien peu la passion véritable, l'art de relativiser la marche tronquée des choses. Et de croire sans faillir, pour pouvoir encore se montrer capable. Comme Hemingway, justement, lorsqu'il signe The Whimbler.

Batteur subtil emmenant un quartet accompli, il résume en un disque les tournures du jour d'un jazz véritable. Jouant avec les références d'une histoire chargée, il donne à entendre une pièce sophistiquée (Waitin), un free soft avide de déroutes (In the Distance), ou un blues libéré du respect des grilles (Pumbum). Au ténor et à la trompette, Ellery Eskelin et Herb Robertson se chargent des brillances là où l'on opte pour la déstructuration du thème (Rallier), doublent superbement les phrases écrites de The Current Underneath.

Parti d'un riff envoûtant de basse qu'impose Mark Helias, étoffé par les percussions choisies d'Hemingway et gagnant en puissance sur toute sa longueur, ce morceau mêle avec réussite le groove des intentions et l'assurance du jeu. Pendant sensible, The Whimbler est servi par l'unisson des vents, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus assumer l'entente. Alors, les attaques fusent, posent d'autres couleurs tout en révélant la subtilité des arrangements.

Imprécis une seule fois (Curlycue), le quartette affirme son propos par une exception confirmant la règle : celle d'une émulsion jouissive qui aura mené le groupe des discours profonds (Spektiv) au défoulement final (Kimkwella). Et The Whimbler d'être ce genre de résultat, qui aide à accepter plus facilement les erreurs de charlatans établies vérités. Juste histoire de poursuivre la quête, et de servir encore la bonne cause que l'on cache.

CD: 01/ Waitin 02/ Rallier 03/ The Current Underneath 04/ Pumbum 05/ The Whimbler 06/ Spektiv 07/ Curlycue 08/ In The Distance 09/ Kimkwella

Gerry Hemingway Quartet - The Whimbler - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Derek Bailey, Evan Parker : The London Concert (Psi, 2005)

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Le saxophoniste Evan Parker explore ses tiroirs, et réédite (référence Incus) sur son propre label l’enregistrement d’un concert qu’il donna en 1975 à Londres, en compagnie du guitariste Derek Bailey. L’improvisation portée par deux de ses plus brillants représentants et théoriciens ; en public, il y a trente ans.

On retrouve là quelques gimmicks : attaques sèches et étouffées, mouvements oscillatoires, de Bailey ; couacs incandescents et nappes apaisantes de Parker. Tandis qu’en solo le guitariste se laisse porter par un flux insatiable et quelques accélérations internes (Part 1), il lui arrive de décider d’assauts étouffés de tirants et de cordes distendues pour tout accompagnement (Second Half Solos).

Inspiré, Parker multiplie les figures, jetant d’imperméables rauques dans des cascades fiévreuses (Part 4), affinant des fulgurances aigues qui implorent l’écoute (Part 2), ou dissolvant de mille manières quelques phrases répétées dans cet unique but (Part 1A). Porté par les volutes déployées jusqu’à saturation de Bailey, le saxophoniste peut aussi se contenter de trouver discrètement le répondant (Part 3).

Manuel de mise en condition dans la pratique de l’improvisation, The London Concert aborde aussi les questions de l’écoute réciproque et de l’inspiration à gérer seul. Elaboration réfléchie, traitée sans diktat, conseils dispersés et exemples à l’appui. Assez probant, en plus, pour convaincre qui doutait encore : l’enregistrement, en musique improvisée, n’est pas que document.

Derek Bailey, Evan Parker : The London Concert (Psi / Orhêstra International)
Enregistrement : 14 février 1975. Réédition : 2005.
CD : 01/ First Half Solo 02/ Part 1 03/ Part 1A 04/ Part 2 05/ Part 2A 06/ Second Half Solos 07/ Part 3 08/ Part 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2005

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Taylor Deupree, Kenneth Kirschner: Post_Piano 2 (12k - 2005)

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Deux musiciens new-yorkais travaillant ensemble, l’un à la suite de l’autre, à un minimalisme abstrait et élégant, trouvent en Post_Piano 2 une preuve rassurante qu’il est possible de mettre avantageusement en musique quelques idées insaisissables.

Plus facile, toutefois, que de mettre un nuage en bouteille, puisque les gestes de Taylor Deupree et de Kenneth Kirschner connaissent des références, savent des exemples à suivre. Au courant des épreuves de Morton Feldman, ils tentent, dans la même veine, d’exprimer autrement des atmosphères semblables. Sur 11.11.2003, surtout, où un clavier aux ambitions tempérées se satisfait des boucles qu’on en tire, des silences qu’on lui impose.

Après l’installation d’un décor chaleureux mais branlant (08.09.2004), suit l’évocation de résonances lointaines, peu rassurantes, bientôt ensevelies sous les nappes granuleuses d’une musique industrielle minuscule (01.09.2005). Quand l’aboutissement, ici, proposait de suivre un rythme qui aura du lutter pour qu’on le remarque enfin, on déroule, ailleurs (09.15.2004) et sans battements, des motifs sur imprimé délicat, redoutant les accrocs.

Le reste est foisonnant, de fioritures abondantes en touches au lavis. Décorum discret de volontés limpides, Post_Piano 2 demande l’encadrement, lorsqu’il repose au fond des boîtes. Couchées, toujours, les musiques tendres.

CD: 01/ 08.09.2004 02/ 01.09.2005 03/ 09.15.2004 04/ 11.11.2003

Taylor Deupree, Kenneth Kirschner - Post_Piano 2 - 2005 - 12k. Distribution Metamkine.

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Sun Ra: Nothing Is... (Atavistic - 2005)

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Lorsqu’ils donnent, en 1966, ce concert dans une université new-yorkaise, Sun Ra et son Arkestra ont investi depuis quelques mois l’espace du free jazz. La tête dans les nuages, les musiciens mettent en place leur vision de la chose : moins politique, à l’écoute des sphères, et en quête de pépites intergalactiques.

Le message à délivrer est tel que la rencontre avec l’Autre – en l’occurrence, le public -, est porteuse d’espoir, comme d’incompréhensions possibles. A l’image de cette ambivalence, le pianiste fait d’une cacophonie expiatoire l’étendard de son vaisseau, comme il peut aussi bien décider de passages en sourdine, plus à même de permettre la réception des vibrations codées (Sun Ra and His Band From Outer Space).

Parmi l’étrange décorum, des chœurs expriment de temps à autre l’Essentiel, la position à retenir sur un brouillard de plans. Aux saxophones, John Gilmore et Pat Patrick se répondent sur un swing encanaillé, qui va au rythme des pulsations détectées et retranscrites par le batteur Clifford Jarvis (Dancing Shadows). Le même instaurera une rythmique progressant jusqu’à devenir jungle, quand, superbe autant que perdu, Ronnie Boykins tentait de se sortir d’Exotic Forest en mettant tout son espoir dans le pouvoir des redondances.

A chaque fois qu’une trajectoire a frôlé un trou noir au son de chaos distribués (Second Stop Is Jupiter, Theme of the Stargazers), l’Arkestra aura optimisé à l’idéal la phase de transition salutaire. Sous l’émotion, les musiciens plongent dans quelques mirages, qu’ils soient le souvenir d’un be-bop appuyé (Velvet), ou l’exploration d’un désert fantastique envahi par les ours, dont les peaux recevront, éléments des tambours, les caresses longues et répétées d’un Jarvis insatiable (Outer Nothingness).

Agrémenté de 3 inédits – dont une brève version de We Travel The Spaceways pour accentuer encore la compréhension du programme – revoilà Nothing Is…, disque emblématique initialement publié par ESP en 1966. Réédité, bien sûr, mais toujours pas redescendu sur Terre.

CD: 01/ Sun Ra and His Band From Outer Space 02/ The Shadow World 03/ Theme of the Stargazers 04/ Outer Spaceways Incorporated 05/ Next Stop Mars 06/ Dancing Shadows 07/ Imagination 08/ Second Stop Is Jupiter 09/ Exotic Forest 10/ Velvet 11/ Outer Nothingness 12/ We Travel the Spaceways

Sun Ra - Nothing Is... - 2005 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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