Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Ambitronix: We da man ! (Plush - 2005)

ambitronix

Ambitieux bivalve aux membres déjà tentaculaires - Steve Argüelles et Benoît Delbecq -, Ambitronix est de ces combinaisons naturelles qui ajoutent encore aux propos divers. Aujourd'hui réédité, Wa da man !. Un peu plus de 32 minutes, le temps d'essayer de faire tenir sept villes (ou simili) sur autant de compositions imbriquées comme elles s'imposent : au son d'une élégance pas assurée, comme aux rythmes défrichant les territoires à investir ensuite.

Brillante, la batterie d'Argüelles instaure les trames sans craindre les accrocs. Souterraine, elle ponctue la basse glissante d'un Delbecq envoûté par un Rhum and Bass laswellien (Tours). A la lumière, elle s'imbrique à merveille aux samples que le même dépose en chaloupes (Lyon, Leeds), ou tente - de manière toutefois trop appuyée pour bien faire - d'investir le champ afro-cubain afin d'y planter quelques inserts électroniques confus (Cheltenham).

De son côté, Delbecq oscille entre passages courts et répétés au piano (Aubervilliers), boucles efficaces (Paris), et recherche plus angoissée de sonorités originales rendues par quelques claviers égarés entre deux galaxies (Leeds). Parfois à deux doigts de disparaître des écrans de contrôle ; repêché toujours par l'aspect ludique de la chose, et la complicité qui le lie à Argüelles.

L'allure, enfin, de changer encore, lorsque Dr Bone et Req fleurissent le dialogue d'interventions sûres, auxiliaires coopérant à cacheter l'objet du sceau obligatoire aux expériences modernes. Pour varier aussi l'insupportable immobilité de l'entendement, et ficeler comme il faut un jazz électronique terriblement au dessus du lot (Scandinavie première visée).

CD: 01/ Aubervilliers 02/ Tours 03/ Cheltenham 04/ Lyon 05/ Leeds 06/ Paris 07/ Chalon

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Wally Shoup : Blue Purge (Leo, 2004)

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Trop jeune au temps du free des origines pour faire figure de pionnier du genre, le saxophoniste américain Wally Shoup a su autrement tirer son épingle du jeu. Notamment en prônant une défense acharnée du style, soutenue toujours par une énergie insatiable. Aujourd'hui encore, il met tout en oeuvre pour combler l'allumage différé.

Pour désaxer un peu mieux son propos, Shoup choisit l'improvisation en trio. Auprès de Bob Rees (batterie) et Reuben Radding (contrebasse), il opte rapidement pour une musique déstructurée, aux interventions solitaires rêches et brèves (Ruffing It, Hue and Cry). Qu'il explore sauvagement les graves de l'alto à la manière d'Ivo Perelman (Depth Charge) ou multiplie les intentions abstraites et éthérées (Lunar Dust), il investit tout avec la même fougue, bientôt communiquée à la section rythmique : Moiling, exemple le plus frappant d'une énergie qui gagne tout, insidieusement, évincée de temps à autre par quelques pauses cendrées, permettant bien vite la reprise des flammes.

Abrasif, le jazz dont on parle ici, et toujours irréprochable : LoggerHeads, Purgations, jusqu'aux fulgurances des deux derniers morceaux (Psyche Knot, Web Core). Entre temps, l'auditeur aura aussi pu constater le lyrisme accrocheur dont Shoup est capable sur Gut Luv, morceau qui suit l'allure d'un fleuve instable mais tempéré, dont Rees et Radding ont creusé le lit. Pour tous décors, sûrement. Pour toute présence, aussi, tellement il semble difficile de se faire une place auprès de la virulence du saxophone.

Sur Get Me One, surtout. Là, Shoup prend quelques libertés au détriment de ses sidemen, s'imposant comme on joue des coudes. Impossible, pourtant, de lui en vouloir d'apprécier approximativement les doses. La fureur qui l'anime, et qui mène l'entier trio, est telle qu'elle peut rendre sourd à toute entente. Elle aura préféré distribuer ses efforts au gré d'élans railleurs, et imposer sans détours un jazz impétueux qu'il faut ronger jusqu'à la corde.

Wally Shoup Trio : Blue Purge (Leo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 4 novembre 2003. Edition : 2004.
CD : 01/ Ruffing It 02/ Depth Charge 03/ Hue and Cry 04/ Moiling 05/ Lunar Dust 06/ LoggerHaeds 07/ Gut Luv 08/ Purgations 09/ Get Me One 10/ Psyche Knot 11/ Web Core
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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John Stevens : New Cool (Emanem, 2005)

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Ayant déjà beaucoup donné au sein de son Spontaneous Music Ensemble, le batteur John Stevens trouvait encore le temps d'encourager quelques jeunes musiciens à la persévérance. Au Crawley Jazz Festival de 1992, par exemple, où il mena en quartette un set remarquable bientôt transformé par The Jazz Label en disque de référence. La réédition qu'en propose aujourd'hui Emanem valant confirmation.

A l'ouverture comme à la fermeture, Dudu's Gone est une sorte de cool frénétique sur lequel le trompettiste Byron Wallen se démarque par sa maîtrise. Incorporant quelques citations choisies à son phrasé, il joue aussi calmement des dissonances, avant de laisser tout l'espace au ténor d'Ed Jones, qui tirera son épingle du jeu un peu plus tard. Hanté par le Ramblin d'Ornette Coleman, Stevens a imaginé Do Be Up, exploitation tonale d'un thème fait de trois notes que trompette et saxophone imposent à l'unisson. La contrebasse de Gary Crosby s'occupant de maintenir les fondations du thème, les musiciens restant se permettent quelques fantaisies de qualité : incartades free de Jones, effluves orientalistes de Wallen, ou progressions à étages de Stevens, débouchant bientôt sur un solo raffiné.

Tirant sa substance des arrangements de Lonnie's Lament de Coltrane, You're Life est un hommage appuyé au maître (le son du ténor de Jones y faisant d'ailleurs plus que référence). Envoûtante, la section rythmique répète à l'envi un schéma sur lequel Jones et Wallen rivalisent de tentatives effrontées. Comme sur 2 Free 1, d'ailleurs, composition interrogeant les possibilités rythmiques : répétitions, coupes sèches ou accélérations. Plus dense, sous une tension qui bientôt défendra un chaos conclusif, elle tranche, malicieuse, avec la musique donnée jusqu'ici. Jubilatoire, celle-ci aura su fantasmer un Chet Baker assez malin pour s'en sortir sur les élucubrations d'un Rashied Ali, comme confirmer l'irréprochable talent de leader de John Stevens. Guidant ses partenaires sans jamais les contraindre. Les révélant enfin.

John Stevens Quartet : New Cool (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1992. Réédition : 2005.

CD : 01/ Dudu's Gone 02/ Do Be Up 03/ You're Life 04/ 2 Free 1 05/ Dudu's Gone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Taylor Deupree: Every Still Day (Noble - 2005)

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Album du groupe Eisi, sorti en 2003 sur le label japonais Noble, Awaawa n'est plus que le titre d'un des 10 remixs des morceaux qui le composaient, publiés aujourd'hui, et par le même label, sous le titre Every Still Day. Aux retouches, Taylor Deupree, qui s'empare de l'album en question pour le traiter comme il l'entend. "Reconstructed", aimerait-on nous faire croire ; démembré, préférera-t-on.

Dès le début, piano et guitare effleurés dans une salle des pas perdus signent l'appropriation. L'humeur vagabonde de Deupree semble partie pour tout avaler, jusqu'à ce que l'auditeur, à son tour, entre en jeu. Lui, pas bousculé, a du mal à savoir à quoi s'en tenir, et bientôt n'y tient plus, pour peu qu'il ait un quelconque entendement. D'ambient fonctionnelle (Cloud, Light, Water) en pop factice (Soshite Hossuru), d'accords de guitare égrenés sagement pour tout soutien à la voix mièvre de Mujika Easel (Awaawa) en ballade laborieuse (Voice Or Vice), écoeuré, le voici transporté dans un bouge infame, bar à eaux, par exemple, posté Paris 8ème.

Les arrangements plus travaillés de Note 1 auront fait un peu pour éviter le naufrage, malheureusement inéluctable. Remixs transparents de pop nipponne laborieuse, voici Every Still Day, à peine sorti, devenu tout à la fois mauvais souvenir et fond exploitable pour une énième compilation lounge de club simili- branché dont la clientèle, bande ignarde de noceurs ringards, mériterait bien mieux d'habiter Perpignan.

CD: 01/ Eisi Is Stirring 02/ Awaawa (Window) 03/ Cloud, Light, Water (Fall) 04/ Note 1 (Variation) 05/ Voice Or Vice (Rise) 06/ Interlude 07/ 14 (Alta) 08/ Soshite Hossuru (Every Still Day) 09/ Izumi (Leaf) 10/ Eisi Is Sleeping

Taylor Deupree - Every Still Day - 2005 - Noble Records. Import.

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Ingar Zach : Percussion Music (Sofa, 2004)

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Après avoir confronté ses méthodes d'improvisation à celles de maîtres du genre (Derek Bailey, Barry Guy), le percussionniste Ingar Zach s'essaye au solo. Dans une chocolaterie abandonnée d'Oslo, il mène Percussion Music, longue pièce d'ambient sombre et raffinée.

Des nappes ténébreuses investissent d'entrée les intentions du musicien, minutieusement calé entre un arsenal percussif détonnant, un zither-harpe, et quelques moteurs. Une fois passée la résonance vaporeuse des gongs, les attaques de balais sur cymbales sonnent le glas des progressions douces. Les vibrations des moteurs gagnent une, puis deux, des cordes du zither, pour devenir fond sonore toujours régénéré.

Ayant d'abord construit sur l'instant une bande originale pour western de glace, Zach offre ensuite sa confiance aux parasites électriques. Pour évoluer encore plus librement, sans doute. Assénant des gifles sèches aux cymbales ride et crash, administrant la violence de ses coups à quelques percussions de bois, il fleurit le bourdon des cordes électrifiées jusqu'à fantasmer de timides plaintes vocales.

Rien de superflu, sur Percussion Music. Trois quarts d'heure racontés, exposant avec élégance le développement possible d'une musique en mouvement. Un désert de Gobi, sur lequel Stephan Micus et Derek Bailey viendraient fortuitement à se rencontrer.

Ingar Zach : Percussion Music (Sofa)
Edition : 2004.
CD : 01/ Percussion Music
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michael Thieke: Leuchten (Creative Sources - 2004)

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Membre appliqué du Clarinet Trio, Michael Thieke peut envisager son instrument de façon encore plus radicale. En solo, par exemple, venant grossir le nombre des musiciens pratiquant un instrument pour en sortir le moins de notes possibles. Souvent frelaté, ce genre d'expérience trouve une exception dans Leuchten.

Enregistrant en direct sur DAT, Thieke accepte un duel brut et déconcertant avec son instrument. Entre les silences de rigueur, s'y bousculent les chocs, les rythmes à soupçonner, et les luttes intestines que se livrent salive et souffle dans un endroit non identifié du conduit (Nicht Existent). Toujours plus agressifs, les souffles ; jusqu'à se montrer exclusifs (Jene Randfiguren).

Ailleurs, d'autres contrastes encore. Celui de parasites aléatoires profitant d'une clarinette sous crise d'asthme pour mieux se faire valoir (Quellend). Celui qu'imposent les natures différentes de deux morceaux opposés : Digamma, seul à permettre l'évasion de quelques notes - raclées, toutefois, se bousculant, forcément impatientes, au pavillon -, et Diffusion, morceau sans grand intérêt, qui se contente de nappes oscillatoires formées par des souffles en transit.

Comme Michel Doneda, Michael Thieke arrive à faire d'une intention bravache et de postures provocantes une interrogation subtile sur l'utilisation de son instrument. Vision personnelle d'une possible évolution des pratiques, l'exposé qu'est Leuchten est assez bien ficelé pour ne pas lasser l'auditoire.

CD: 01/ Nicht Existent 02/ Diffusion 03/ Jene Randfiguren 04/ Digamma 05/ Quellend

Michael Thieke - Leuchten - 2004 - Creative Sources.

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Matmos, Die Monitr Batss: Split Divorce Series 2 (Ache - 2005)

matmosgrisli

Le single (7") que se partagent Matmos et Die Monitr Batss n’a aucun sens. Pas plus celui d’un rapprochement envisageable une minute que celui d’une confiance à avoir dans le résultat de l’union. Ce qui, d’ailleurs, était fait pour motiver le label Ache records, qui signe ici la deuxième référence d’une série de split single récemment entamée, et baptisée « Divorce ».

Mise en boucle, une attaque de cordes de guitare étouffées suffit à Matmos pour mettre en place On and On. Samplée, ensuite, voilà la trame rythmique imposant au duo de gérer au mieux les syncopes facétieuses, inflexions conduites droit au vacarme, jusqu’à ce qu’une pause soit décidée. Brutes, une basse et quelques accords bancals de guitare clarifient la situation. Du fatras sensible, Matmos est passé au binaire d’un rock minimal. Rugueux, brut, mais tiré bientôt vers l’irrémédiable cafouillage électronique.

Derrière un instrumental lumineux, il fallait que Die Monitr Batss s’en sorte, au moins avec les honneurs. Or, Black Out Cross rue sans attendre dans les brancards, guitares criardes et basse métallique étouffant les efforts visibles. Rattrapable, si n’avait été l’intervention vocale, qui rend comme elle peut une mélodie déjà vide, et rappelle certaines désillusions punko-maussades datant d’il y a plus de vingt ans. Alors, le groupe cherche un autre moyen de se faire remarquer, et découpe rythmiquement son morceau. Peine perdue, les changements n’amènent pas la moindre inspiration ; délimitent seulement de mièvres pièces rapportées.

Voici le deuxième enfant du divorce : profil de schizophrène brillant ou brouillon, selon l’endroit vers où on le tourne. A Ache Records, maintenant, d’en assumer la paternité. Aidé quand même par Matmos, qui aura su sauver la (première) face.

7": A/ Matmos : On and On B/ Die Monitr Batss : Black Out Cross

Matmos / Die Monitr Batss - Split Divorce Series 2 - 2005 - Ache Records.

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Dave Burrell: Expansion (High Two - 2004)

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Sideman incontournable des grandes heures du free, le pianiste Dave Burrell n’a pour ainsi dire jamais supporté les médiocres compagnies. Son Full-Blown Trio le prouve encore aujourd’hui, confié à une section rythmique de choix, unissant l’excellence d’Andrew Cyrille à la fougue maîtrisée de William Parker.

Dès l’ouverture (Expansion), le trio se montre brillant, menant une marche fantasque, sur laquelle les répétitions du piano font écho aux excès de la contrebasse d’un Parker possédé. Déluré, Cyrille ponctue arbitrairement le tout, jusqu’à choisir, en guise de conclusion, de démantibuler le mouvement.

Parfois velléitaires, les intentions peuvent servir un jazz martial et répétitif, passant des dissonances sages au chaos harmonique jusqu’à l’irrémédiable entente (About Face). Plus évanescents, les musiciens assemblent ailleurs des brouillons idéalistes (Double Heartbeat), ou échappent au jazz en confrontant, sans faire usage du rythme, des plages instrumentales à la recherche d’une assurance (Cryin’out Loud).

En solo, Burrell reprend un thème d’Irving Berlin (They Say It’s Wonderful), et se taille une veine classique histoire d’irriguer les contrastes. Avec In The Balance, par exemple, où Parker s’essaye à la kora - avec tout ce que cela entraîne stylistiquement -, pour mieux mettre en valeur un échantillon convaincant de musique américaine en déplacement ; en fuite, voire.

A l’abri, imposant à distance la marche à suivre, le Full-Blown Trio tire enfin les ficelles d’un Coup d’état tout en retenues, subtil et angoissant. Faussement serein, en tout cas irréprochable, répétant à l’envi qu’il est plus que jamais nécessaire de se méfier de l’eau qui dort.

CD: 01/ Expansion 02/ Double Heartbeat 03/ Cryin’out Loud 04/ They Say It’s Wonderful 05/ About Face 06/ In The Balance 07/ Coup d’état

Dave Burrell Full-Blown Trio - Expansion - 2004 - High Two. Distribution Orkhêstra International.

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Barry Guy: Oort-entropy (Intakt - 2005)

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S’adonnant avec ténacité au mélange des genres (jazz, musique improvisée, contemporain), restait au contrebassiste Barry Guy à régler la question du nombre. Chose faite, sur Oort-entropy, dernier album en date, pour lequel il aura dû conduire neuf musiciens au sein d’un New Orchestra idéal.

Sur un traité de décomposition oscillant sans cesse entre l’unisson d’intervenants choisis et l’amalgame de décisions individuelles en réaction, l’auditeur n’a d’autre choix que de dresser la liste des atouts remarquables - options irréprochables du batteur Paul Lytton, couleurs fauves que le tromboniste Johannes Bauer distille à l’ensemble. Volée d’attaques incandescentes, Part I connaît aussi quelques pauses, convalescences prescrites par Guy et AgustÍ Fernández, pianiste imposant un romantisme inédit.

Les notes inextricables du duo Parker / Guy inaugurent ensuite Part II, pièce envahie par des nappes harmoniques sur lesquelles se greffent des souffles en transit, la flamboyance du trompettiste Herb Robertson, ou encore, l’étrange musique d’un monde de métal (coulissant, grinçant, résonant). Un hurlement de Mats Gustafsson règlera le compte des indécisions, ouvrant la voie au chaos instrumental, mené jusqu’aux flammes par la batterie de Raymond Strid.

Si Part I déployait en filigrane l’influence de Berio, Part III joue plus volontiers des tensions dramatiques d’opéras plus anciens. Majestueux, Evan Parker déroule des phrases derrière lesquelles tout le monde attend, fulgurances aigues sur énergie qui ne faillit pas. Dévalant en compagnie de Fernández les partitions en pente, le soprano mène une danse implacable, malheureusement mise à mal par l’intervention de Strid, qui vient grossièrement perturber l’évolution de la trame, jusqu’à la rendre trouble.

Si cette erreur de dosage n’avait été, Guy se serait montré irréprochable dans la conduite d’un microcosme en désagrégation, mis en reliefs par une palette irréprochable de musiciens en furie. Abrasif à la limite du délictueux et production léchée, il faudra aussi voir en Oort-entropy une référence indispensable à qui veut s’essayer à la cosmogonie des conflits de Barry Guy.

CD: 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III

Barry Guy New Orchestra - Oort-entropy - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Bill Evans, Eddie Costa : Complete Quartet Recordings (Disconforme, 2005)

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En 1958, Bill Evans pouvait encore n’être que co-leader. Aux côtés d’Eddie Costa, vibraphoniste luxuriant à l’existence trop brève pour s’être imposé plus, il participa à l’enregistrement de thèmes issus du répertoire de Frank Loesser. A la contrebasse, Wendell Marshall ; à la batterie, celui qui fera bientôt partie du mythique trio d’Evans : Paul Motian.

Les compositions choisies permettent la diversité des interprétations. De ses attaques légères, le pianiste fleurit des be bops enjoués (Guys And Dolls, If I Were A Bell), déploie ses harmonies lors d’un simili cool (I’ll Know), ou conduit une romance sur une Adelaide évoquée par tous avec élégance : la mélodie de piano poussée dans ses derniers retranchements, perturbée par les notes bleues de Costa, rassurée malgré tout par la confiance de Marshall.

Souvent sage, Paul Motian se montre parfois capable de ruptures inspirées. Pour beaucoup dans la réussite de Luck Be A Lady, il décide seul du laisser-aller nécessaire au développement d’un fourre-tout baroque sur lequel Evans interroge les mesures, quand Costa abuse sournoisement des digressions sur demi-tons. Moins convaincants lorsqu’ils se raidissent au seul souvenir de leurs maîtres - Milt Jackson pour Costa, Lennie Tristano pour Evans -, les co-leaders sont autrement évoqués dans un bonus imposé.

Alors, sur la septième plage, on peut entendre Django, enregistré sous la direction de Michel Legrand, en compagnie, entre autres, de Miles Davis et Paul Chambers. Hors sujet, le bonus, qui nous présente un Costa déposant étroitement la mélodie du thème sur la guitare de Galbraith, et Bill Evans élaborant avec la harpiste Betty Glaman un contrepoint sans charme. Ce genre de bonus artificiel, qui vous invite à relancer l’écoute pour revenir à l’essentiel.

Bill Evans, Eddie Costa : Complete Quartet Recordings (Disconforme / Socadisc)
Réédition : 2005.

CD : 01/ Guys And Dolls 02/ Adelaide 03/ If I Were A Bell 04/ Luck Be A Lady 05/ I’ve Never Been In Love Before 06/ I’ll Know 07/ Django
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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