Le son du grisli

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Cortet : HHHH (Unsounds, 2005)

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Voué tout entier à l’improvisation, le quartette formé par le pianiste Cor Fuhler tâche, avec HHHH, de fondre une approche musicale acoustique et une esthétique proche de celle défendue régulièrement par la musique électronique expérimentale.

Soit, en partie par les seules interventions du synthétiseur analogique de Thomas Lehn, transformer les inspirations du moment en pièces ultramodernes. Alors, des glissandos réverbérés à loisir imposent une atmosphère de glace (HL) ; le saxophone de John Butcher laisse poindre quelques notes entre deux souffles et trois chocs de clefs (TH) ; les phrases brèves des cordes et des anches s’imbriquent jusqu’à former un final récréatif (CH).

Passée à la moulinette digitale, la harpe de Rhodri Davies répond parfaitement aux chapelets de 4 notes de piano que Fuhler égrène avant de laisser choir (TH). La texture de l’ensemble, parfois lumineuse, sert malgré tout de prétexte à un déroulement simplement abstrait. Malgré les changements d’axes fréquents et le renouvellement des intentions, on peine à y trouver la trace d’un intérêt véritable.

HN, toutefois, ose quelques surprises : Butcher à l’aise une fois sorti de son axe, ou le piano, minimal et répétitif, dressant une parallèle intéressante avec les coups sèchement portés sur la harpe, échappatoire éphémère à la monotonie ambiante. Pas suffisant, ceci dit, pour rattraper entièrement un précis de cuisine interne qui pâtit des efforts appuyés qu’on y trouve ; qu’on avait pourtant mis là pour ne pas trop vite ennuyer l’auditeur.

The Cortet : HHHH (Unsounds)
Edition : 2005.
CD : 01/ HL 02/ RH 03/ TH 04/ HN 05/ CH
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
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Irène Schweizer: Live at Taktlos (Intakt - 2005)

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Ah, Zürich, dans les années 1980... Et en février... Derrière les promesses évidentes d'une époque et d'un lieu, fallait-il soupçonner, pour tout bonus, la bande-son remarquable élaborée méthodiquement par le Festival de Taktlos, 1984 ? Là, Irène Schweizer avait été conviée à investir le champ improvisé, sur trois jours, en compagnie d'acolytes qu'elle aura pris soin de choisir elle même.

Premier élu, George Lewis, multi instrumentiste ici au trombone, qui a fait ses classes au sein de l'A.A.C.M. Sur First Meeting, il doit lutter contre les illuminations cycliques du piano de Schweizer lorsqu'il n'accompagne pas ses fuites fantasques. Irréprochable, il installe une pause en sourdine, décide sur l'instant de cantabiles, clôt enfin le débat à grands coups de vibrato obscur.

Roulements sur toms de Günter Sommer et incantations angoissées de Maggie Nicols - chanteuse au savoir-faire exubérant - inaugurent Lungs And Legs Willing ? Invitée à servir sans se poser de question l'intensité dramatique qui la caractérise, Irène Schweizer emmène le trio jusqu'au chaos lumineux, avant de suivre ses inspirations ironiques au son d'une fantaisie latine virant au ragtime éclaté.

Aux côtés de Joëlle Léandre et de Paul Lovens, le discours n'attend pas pour se montrer virulent (Trutznachtigall). L'archet grave de la contrebassiste - même si, en retrait - allié aux coups rèches que reçoit la batterie de Lovens, révèle à Schweizer une autre direction, la précipitant bientôt à la recherche du cri primal. Par dessus les thèmes minuscules du piano, heureusement imbriqués sans cohérence, elle lance quelques appels à destination de ses accroches à la Great Black Music, avant de singer un air fantasmé d'opéra français.

A bout de souffle, sans doute, elle cède sa place au duo Maggie Nicols / Lindsay Cooper, sur Every Now And Then, combinaison d'un peu plus d'une minute d'un récitatif grinçant et d'un (autre) piano désaxé. Soit, un My Fair Lady sous acide, en guise de conclusion de près de 45 minutes d'improvisation forcenée, démontrant comment un piano classique peut, avec un peu d'imagination, décrêter un punk. Alors, à la place de Londres, en 1984, Zürich, pourquoi pas...

CD: 01/ First Meeting 02/ Lungs And Legs Willing ? 03/ Trutznachtigall 04/ Every Now And Then

Irène Scwheizer - Live at Taktlos - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Ambitronix: We da man ! (Plush - 2005)

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Ambitieux bivalve aux membres déjà tentaculaires - Steve Argüelles et Benoît Delbecq -, Ambitronix est de ces combinaisons naturelles qui ajoutent encore aux propos divers. Aujourd'hui réédité, Wa da man !. Un peu plus de 32 minutes, le temps d'essayer de faire tenir sept villes (ou simili) sur autant de compositions imbriquées comme elles s'imposent : au son d'une élégance pas assurée, comme aux rythmes défrichant les territoires à investir ensuite.

Brillante, la batterie d'Argüelles instaure les trames sans craindre les accrocs. Souterraine, elle ponctue la basse glissante d'un Delbecq envoûté par un Rhum and Bass laswellien (Tours). A la lumière, elle s'imbrique à merveille aux samples que le même dépose en chaloupes (Lyon, Leeds), ou tente - de manière toutefois trop appuyée pour bien faire - d'investir le champ afro-cubain afin d'y planter quelques inserts électroniques confus (Cheltenham).

De son côté, Delbecq oscille entre passages courts et répétés au piano (Aubervilliers), boucles efficaces (Paris), et recherche plus angoissée de sonorités originales rendues par quelques claviers égarés entre deux galaxies (Leeds). Parfois à deux doigts de disparaître des écrans de contrôle ; repêché toujours par l'aspect ludique de la chose, et la complicité qui le lie à Argüelles.

L'allure, enfin, de changer encore, lorsque Dr Bone et Req fleurissent le dialogue d'interventions sûres, auxiliaires coopérant à cacheter l'objet du sceau obligatoire aux expériences modernes. Pour varier aussi l'insupportable immobilité de l'entendement, et ficeler comme il faut un jazz électronique terriblement au dessus du lot (Scandinavie première visée).

CD: 01/ Aubervilliers 02/ Tours 03/ Cheltenham 04/ Lyon 05/ Leeds 06/ Paris 07/ Chalon

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Wally Shoup : Blue Purge (Leo, 2004)

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Trop jeune au temps du free des origines pour faire figure de pionnier du genre, le saxophoniste américain Wally Shoup a su autrement tirer son épingle du jeu. Notamment en prônant une défense acharnée du style, soutenue toujours par une énergie insatiable. Aujourd'hui encore, il met tout en oeuvre pour combler l'allumage différé.

Pour désaxer un peu mieux son propos, Shoup choisit l'improvisation en trio. Auprès de Bob Rees (batterie) et Reuben Radding (contrebasse), il opte rapidement pour une musique déstructurée, aux interventions solitaires rêches et brèves (Ruffing It, Hue and Cry). Qu'il explore sauvagement les graves de l'alto à la manière d'Ivo Perelman (Depth Charge) ou multiplie les intentions abstraites et éthérées (Lunar Dust), il investit tout avec la même fougue, bientôt communiquée à la section rythmique : Moiling, exemple le plus frappant d'une énergie qui gagne tout, insidieusement, évincée de temps à autre par quelques pauses cendrées, permettant bien vite la reprise des flammes.

Abrasif, le jazz dont on parle ici, et toujours irréprochable : LoggerHeads, Purgations, jusqu'aux fulgurances des deux derniers morceaux (Psyche Knot, Web Core). Entre temps, l'auditeur aura aussi pu constater le lyrisme accrocheur dont Shoup est capable sur Gut Luv, morceau qui suit l'allure d'un fleuve instable mais tempéré, dont Rees et Radding ont creusé le lit. Pour tous décors, sûrement. Pour toute présence, aussi, tellement il semble difficile de se faire une place auprès de la virulence du saxophone.

Sur Get Me One, surtout. Là, Shoup prend quelques libertés au détriment de ses sidemen, s'imposant comme on joue des coudes. Impossible, pourtant, de lui en vouloir d'apprécier approximativement les doses. La fureur qui l'anime, et qui mène l'entier trio, est telle qu'elle peut rendre sourd à toute entente. Elle aura préféré distribuer ses efforts au gré d'élans railleurs, et imposer sans détours un jazz impétueux qu'il faut ronger jusqu'à la corde.

Wally Shoup Trio : Blue Purge (Leo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 4 novembre 2003. Edition : 2004.
CD : 01/ Ruffing It 02/ Depth Charge 03/ Hue and Cry 04/ Moiling 05/ Lunar Dust 06/ LoggerHaeds 07/ Gut Luv 08/ Purgations 09/ Get Me One 10/ Psyche Knot 11/ Web Core
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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John Stevens : New Cool (Emanem, 2005)

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Ayant déjà beaucoup donné au sein de son Spontaneous Music Ensemble, le batteur John Stevens trouvait encore le temps d'encourager quelques jeunes musiciens à la persévérance. Au Crawley Jazz Festival de 1992, par exemple, où il mena en quartette un set remarquable bientôt transformé par The Jazz Label en disque de référence. La réédition qu'en propose aujourd'hui Emanem valant confirmation.

A l'ouverture comme à la fermeture, Dudu's Gone est une sorte de cool frénétique sur lequel le trompettiste Byron Wallen se démarque par sa maîtrise. Incorporant quelques citations choisies à son phrasé, il joue aussi calmement des dissonances, avant de laisser tout l'espace au ténor d'Ed Jones, qui tirera son épingle du jeu un peu plus tard. Hanté par le Ramblin d'Ornette Coleman, Stevens a imaginé Do Be Up, exploitation tonale d'un thème fait de trois notes que trompette et saxophone imposent à l'unisson. La contrebasse de Gary Crosby s'occupant de maintenir les fondations du thème, les musiciens restant se permettent quelques fantaisies de qualité : incartades free de Jones, effluves orientalistes de Wallen, ou progressions à étages de Stevens, débouchant bientôt sur un solo raffiné.

Tirant sa substance des arrangements de Lonnie's Lament de Coltrane, You're Life est un hommage appuyé au maître (le son du ténor de Jones y faisant d'ailleurs plus que référence). Envoûtante, la section rythmique répète à l'envi un schéma sur lequel Jones et Wallen rivalisent de tentatives effrontées. Comme sur 2 Free 1, d'ailleurs, composition interrogeant les possibilités rythmiques : répétitions, coupes sèches ou accélérations. Plus dense, sous une tension qui bientôt défendra un chaos conclusif, elle tranche, malicieuse, avec la musique donnée jusqu'ici. Jubilatoire, celle-ci aura su fantasmer un Chet Baker assez malin pour s'en sortir sur les élucubrations d'un Rashied Ali, comme confirmer l'irréprochable talent de leader de John Stevens. Guidant ses partenaires sans jamais les contraindre. Les révélant enfin.

John Stevens Quartet : New Cool (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1992. Réédition : 2005.

CD : 01/ Dudu's Gone 02/ Do Be Up 03/ You're Life 04/ 2 Free 1 05/ Dudu's Gone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Taylor Deupree: Every Still Day (Noble - 2005)

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Album du groupe Eisi, sorti en 2003 sur le label japonais Noble, Awaawa n'est plus que le titre d'un des 10 remixs des morceaux qui le composaient, publiés aujourd'hui, et par le même label, sous le titre Every Still Day. Aux retouches, Taylor Deupree, qui s'empare de l'album en question pour le traiter comme il l'entend. "Reconstructed", aimerait-on nous faire croire ; démembré, préférera-t-on.

Dès le début, piano et guitare effleurés dans une salle des pas perdus signent l'appropriation. L'humeur vagabonde de Deupree semble partie pour tout avaler, jusqu'à ce que l'auditeur, à son tour, entre en jeu. Lui, pas bousculé, a du mal à savoir à quoi s'en tenir, et bientôt n'y tient plus, pour peu qu'il ait un quelconque entendement. D'ambient fonctionnelle (Cloud, Light, Water) en pop factice (Soshite Hossuru), d'accords de guitare égrenés sagement pour tout soutien à la voix mièvre de Mujika Easel (Awaawa) en ballade laborieuse (Voice Or Vice), écoeuré, le voici transporté dans un bouge infame, bar à eaux, par exemple, posté Paris 8ème.

Les arrangements plus travaillés de Note 1 auront fait un peu pour éviter le naufrage, malheureusement inéluctable. Remixs transparents de pop nipponne laborieuse, voici Every Still Day, à peine sorti, devenu tout à la fois mauvais souvenir et fond exploitable pour une énième compilation lounge de club simili- branché dont la clientèle, bande ignarde de noceurs ringards, mériterait bien mieux d'habiter Perpignan.

CD: 01/ Eisi Is Stirring 02/ Awaawa (Window) 03/ Cloud, Light, Water (Fall) 04/ Note 1 (Variation) 05/ Voice Or Vice (Rise) 06/ Interlude 07/ 14 (Alta) 08/ Soshite Hossuru (Every Still Day) 09/ Izumi (Leaf) 10/ Eisi Is Sleeping

Taylor Deupree - Every Still Day - 2005 - Noble Records. Import.

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Ingar Zach : Percussion Music (Sofa, 2004)

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Après avoir confronté ses méthodes d'improvisation à celles de maîtres du genre (Derek Bailey, Barry Guy), le percussionniste Ingar Zach s'essaye au solo. Dans une chocolaterie abandonnée d'Oslo, il mène Percussion Music, longue pièce d'ambient sombre et raffinée.

Des nappes ténébreuses investissent d'entrée les intentions du musicien, minutieusement calé entre un arsenal percussif détonnant, un zither-harpe, et quelques moteurs. Une fois passée la résonance vaporeuse des gongs, les attaques de balais sur cymbales sonnent le glas des progressions douces. Les vibrations des moteurs gagnent une, puis deux, des cordes du zither, pour devenir fond sonore toujours régénéré.

Ayant d'abord construit sur l'instant une bande originale pour western de glace, Zach offre ensuite sa confiance aux parasites électriques. Pour évoluer encore plus librement, sans doute. Assénant des gifles sèches aux cymbales ride et crash, administrant la violence de ses coups à quelques percussions de bois, il fleurit le bourdon des cordes électrifiées jusqu'à fantasmer de timides plaintes vocales.

Rien de superflu, sur Percussion Music. Trois quarts d'heure racontés, exposant avec élégance le développement possible d'une musique en mouvement. Un désert de Gobi, sur lequel Stephan Micus et Derek Bailey viendraient fortuitement à se rencontrer.

Ingar Zach : Percussion Music (Sofa)
Edition : 2004.
CD : 01/ Percussion Music
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michael Thieke: Leuchten (Creative Sources - 2004)

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Membre appliqué du Clarinet Trio, Michael Thieke peut envisager son instrument de façon encore plus radicale. En solo, par exemple, venant grossir le nombre des musiciens pratiquant un instrument pour en sortir le moins de notes possibles. Souvent frelaté, ce genre d'expérience trouve une exception dans Leuchten.

Enregistrant en direct sur DAT, Thieke accepte un duel brut et déconcertant avec son instrument. Entre les silences de rigueur, s'y bousculent les chocs, les rythmes à soupçonner, et les luttes intestines que se livrent salive et souffle dans un endroit non identifié du conduit (Nicht Existent). Toujours plus agressifs, les souffles ; jusqu'à se montrer exclusifs (Jene Randfiguren).

Ailleurs, d'autres contrastes encore. Celui de parasites aléatoires profitant d'une clarinette sous crise d'asthme pour mieux se faire valoir (Quellend). Celui qu'imposent les natures différentes de deux morceaux opposés : Digamma, seul à permettre l'évasion de quelques notes - raclées, toutefois, se bousculant, forcément impatientes, au pavillon -, et Diffusion, morceau sans grand intérêt, qui se contente de nappes oscillatoires formées par des souffles en transit.

Comme Michel Doneda, Michael Thieke arrive à faire d'une intention bravache et de postures provocantes une interrogation subtile sur l'utilisation de son instrument. Vision personnelle d'une possible évolution des pratiques, l'exposé qu'est Leuchten est assez bien ficelé pour ne pas lasser l'auditoire.

CD: 01/ Nicht Existent 02/ Diffusion 03/ Jene Randfiguren 04/ Digamma 05/ Quellend

Michael Thieke - Leuchten - 2004 - Creative Sources.

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Matmos, Die Monitr Batss: Split Divorce Series 2 (Ache - 2005)

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Le single (7") que se partagent Matmos et Die Monitr Batss n’a aucun sens. Pas plus celui d’un rapprochement envisageable une minute que celui d’une confiance à avoir dans le résultat de l’union. Ce qui, d’ailleurs, était fait pour motiver le label Ache records, qui signe ici la deuxième référence d’une série de split single récemment entamée, et baptisée « Divorce ».

Mise en boucle, une attaque de cordes de guitare étouffées suffit à Matmos pour mettre en place On and On. Samplée, ensuite, voilà la trame rythmique imposant au duo de gérer au mieux les syncopes facétieuses, inflexions conduites droit au vacarme, jusqu’à ce qu’une pause soit décidée. Brutes, une basse et quelques accords bancals de guitare clarifient la situation. Du fatras sensible, Matmos est passé au binaire d’un rock minimal. Rugueux, brut, mais tiré bientôt vers l’irrémédiable cafouillage électronique.

Derrière un instrumental lumineux, il fallait que Die Monitr Batss s’en sorte, au moins avec les honneurs. Or, Black Out Cross rue sans attendre dans les brancards, guitares criardes et basse métallique étouffant les efforts visibles. Rattrapable, si n’avait été l’intervention vocale, qui rend comme elle peut une mélodie déjà vide, et rappelle certaines désillusions punko-maussades datant d’il y a plus de vingt ans. Alors, le groupe cherche un autre moyen de se faire remarquer, et découpe rythmiquement son morceau. Peine perdue, les changements n’amènent pas la moindre inspiration ; délimitent seulement de mièvres pièces rapportées.

Voici le deuxième enfant du divorce : profil de schizophrène brillant ou brouillon, selon l’endroit vers où on le tourne. A Ache Records, maintenant, d’en assumer la paternité. Aidé quand même par Matmos, qui aura su sauver la (première) face.

7": A/ Matmos : On and On B/ Die Monitr Batss : Black Out Cross

Matmos / Die Monitr Batss - Split Divorce Series 2 - 2005 - Ache Records.

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Dave Burrell: Expansion (High Two - 2004)

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Sideman incontournable des grandes heures du free, le pianiste Dave Burrell n’a pour ainsi dire jamais supporté les médiocres compagnies. Son Full-Blown Trio le prouve encore aujourd’hui, confié à une section rythmique de choix, unissant l’excellence d’Andrew Cyrille à la fougue maîtrisée de William Parker.

Dès l’ouverture (Expansion), le trio se montre brillant, menant une marche fantasque, sur laquelle les répétitions du piano font écho aux excès de la contrebasse d’un Parker possédé. Déluré, Cyrille ponctue arbitrairement le tout, jusqu’à choisir, en guise de conclusion, de démantibuler le mouvement.

Parfois velléitaires, les intentions peuvent servir un jazz martial et répétitif, passant des dissonances sages au chaos harmonique jusqu’à l’irrémédiable entente (About Face). Plus évanescents, les musiciens assemblent ailleurs des brouillons idéalistes (Double Heartbeat), ou échappent au jazz en confrontant, sans faire usage du rythme, des plages instrumentales à la recherche d’une assurance (Cryin’out Loud).

En solo, Burrell reprend un thème d’Irving Berlin (They Say It’s Wonderful), et se taille une veine classique histoire d’irriguer les contrastes. Avec In The Balance, par exemple, où Parker s’essaye à la kora - avec tout ce que cela entraîne stylistiquement -, pour mieux mettre en valeur un échantillon convaincant de musique américaine en déplacement ; en fuite, voire.

A l’abri, imposant à distance la marche à suivre, le Full-Blown Trio tire enfin les ficelles d’un Coup d’état tout en retenues, subtil et angoissant. Faussement serein, en tout cas irréprochable, répétant à l’envi qu’il est plus que jamais nécessaire de se méfier de l’eau qui dort.

CD: 01/ Expansion 02/ Double Heartbeat 03/ Cryin’out Loud 04/ They Say It’s Wonderful 05/ About Face 06/ In The Balance 07/ Coup d’état

Dave Burrell Full-Blown Trio - Expansion - 2004 - High Two. Distribution Orkhêstra International.

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