Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Badland : The Society of The Spectacle (Emanem, 2005)

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Voici dix années que Badland œuvre pour la musique improvisée tout en répétant à l’envi que celle-ci n’appartient à personne. Respectant un mini manifeste pourfendeur de sérieux débordant ou de complexes à avoir, le trio n’en rend pas moins une musique insoupçonnable de frivolité ou d’irrévérence crasse.

Et d’abord, en approchant au maximum l’improvisation choisie du champ du jazz. Un free insatiable, par exemple, lorsque le saxophone de Simon Rose rappelle celui de David S. Ware sur le jeu de batterie éclaté de Steve Noble (The Society of the Spectacle, Part 2), tous deux partageant avec un troisième – le contrebassiste Simon H. Fell – d'épais désirs de cohérence.

En somme, ménager l’inspiration non cadrée et les petites obligations là pour ne pas déplaire. User des gimmicks est un stratagème : la contrebasse et le saxophone, sur Mia ; glisser quelques interventions plus expérimentales en est un autre : grincements divers, couacs, chocs internes et parcours révélés des souffles (Reeds in the Western World, Kittiwake) ; prôner un minimalisme soudain apte à calmer les esprits, un dernier : jusqu’à présenter sur Nissa une galerie longue de renoncements.

Mais le plus enthousiasmant se trouve encore ailleurs. Sur The Society of the Spectacle, Part 1 et Snipe, notamment, où l’énergie déployée ne lâche pas un seul instant. Le trio y porte aux nues des décisions explosives, et arrache à grands coups de serpes les restes d’intention que certains pourraient encore avoir concernant des tentatives inédites de furie en musique.

Stratèges de charges répétées, inébranlables et brutes, Rose, Fell et Noble, ont remporté, avec The Society of the Spectacle, une bataille livrée à la fois au sérieux et au médiocre. Faisant leurs et originales toutes les situations.

Badland : The Society of The Spectacle (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2005.
CD : 01/ Kittiwake 02/ Elka 03/ The Society of the Spectacle (Part 2) 04/ Nissa 05/ The Society of the Spectacle (Part 1) 06/ Mia 07/ Snipe 08/ Reeds in the Western World
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cyro Baptista: Love The Donkey (Tzadik - 2005)

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Le percussionniste Cyro Baptista ne peut pas accepter, sourire en coin, d’attiser tellement de convoitises (récemment, celles d’Herbie Hancock, David Byrne, Arto Lindsay ou Dr. John) et se targuer d’enregistrer un nombre incalculable de disques plus personnels. Mais tout de même : trois ans après Beat the Donkey, le voici de retour, de nouveau produit par John Zorn, avec Love The Donkey.

L’occasion, une autre fois, de démontrer l’entière étendue de sa palette. En bande constituée, Baptista mène quelques joutes rythmiques (American Constitution, Pandeirada), convoque une rencontre entre deux Amériques au son d’un Hendrix Viva de Concini égaré en favela (Frevo de Rua) ou d’un foutoir énergique nuancé de lounge music assumée (Olivia-Step on the Roach).

Son Brésil natal, tout de même, de l’emporter bientôt. Lorsqu’il programme des forros urbains, à la manière de Tom Zé (Anarrié, Forró for All, Maria Teresa), ou quand il prend le temps de s’asseoir pour s’essayer à des pièces minimales et répétitives, soufflant dans une bouteille (Bottles), sélectionnant quelques samples (Movie Screen) ou portant de ses percussions la flûte de Jimmy Cruiz sur un Caboclinho signé Nana Vasconcelos.

Histoire de parfaire le baroque de l’épreuve, Cyro se penche sur des exercices de style, du simili dub de Mat An à la reprise d’un titre de Led Zeppelin qu’emmène un simple accordéon (Immigrant Song). Et le concert, en mouvement, de distribuer partout l’insouciance nécessaire, la jubilation salvatrice de sauvages pas dupes, réverbérée sur grands buildings.

CD: 01/ American Constitution 02/ Anarrié 03/ Rio de Jamaïca 04/ Forró for All 05/ Tap on the Cajon 06/ Frevo de Rua 07/ Bottles 08/ Caboclinho 09/ Mat An 10/ Immigrant Song 11/ Maria Teresa 12/ Olivia-Step on the Roach 13/ Movie Screen 14/ Pandeirada

Cyro Baptista - Love The Donkey - 2005 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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Vision Volume 3 (Arts for Art - 2005)

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Depuis dix ans, le Vision Festival de New York célèbre le jazz moderne. Chaque année, à sa manière délicate et irréprochable, savamment distillée en petits lieux. Preuves apportées par Vision Volume 3, double compilation revenant sur les moments forts de l’édition 2003, et plateau exceptionnel de présences.

Le temps de 9 extraits choisis, le disque démontre les allures diverses ou le teint changeant de jazzmen qui, toutes générations confondues, servent, en sereins continuateurs du free jazz des premières heures, la création sur l’instant. Envoûtés par les classiques du genre et leurs façons de sonner, comme Fred Anderson (Trying to Catch the Rabbit) ou Rob Brown (expliquant aux côtés d’Henry Grimes les saveurs polyrythmiques sur Resonance excerpt No.1) ; partis à la recherche d’un modèle inédit de musique appuyée comme Matthew Shipp et Daniel Carter (Surface and Dream - Excerpt No.1) ou Patricia Nicholson (imposant avec Joseph Jarman et Cooper-Moore un blues rugueux jouant des diversions free sur Rise Up) ; aux intentions plus lestes privilégiant l’émulsion brute, suivant le modèle déposé par William Parker.

Contrebassiste incontournable, Parker ne ménage pas ses efforts et se glisse dans des combinaisons variées, toutes concluantes. Auprès de Joe McPhee et Roy Campbell, il souligne le jeu éclairé du batteur Warron Smith avant de décider d’un riff lancinant entraînant l’ensemble de ses partenaires à sa suite (War Crimes and Battle Scars : Iraq). De taille à donner la réplique aux facéties et départs masqués d’Andrew Cyrille (Quilt), il dirige enfin les 17 musiciens de son Jeanne Lee Project sur Bowl of Stone Around the Sun. Là, quatre chanteurs – dont Thomas Buckner – établissent des canons et rivalisent d’idées sur les reliefs d’un décor instrumental répétitif.

Comme la vue ne pourrait se passer d’images, Vision Volume 3 rassemble sur un DVD d’autres extraits de concerts et quelques interviews. Le Jeanne Lee Project de prendre encore plus d’ampleur (Song for Jeanne Lee), Roscoe Mitchell invitant Thomas Buckner à gagner la scène (Improvisation No. 1073) ou Jin Hi Kim dans une démonstration de komungo - ancien instrument à cordes coréen (Once Again). Complet autant que déroutant, l’exposé tient du miracle et du dosage chanceux. L’ensemble reste en place alors même qu’il explose.

CD / DVD: 01/ WHIT DICKEY QUARTET: Coalescence One 02/ FRED ANDERSON/HARRISON BANKHEAD: Trying To Catch The Rabbit 03/ MATTHEW SHIPP QUARTET : Surface and Dream - Excerpt #1 04/ ROY CAMPBELL / JOE McPHEE QUARTET: War Crimes and Battle Scars: Iraq 05/ THOMAS BUCKNER : Improvisation #1073 - Excerpt #1 06/ ANDREW CYRILLE / KIDD JORDAN / WILLIAM PARKER: Quilt 07/ PATRICIA NICHOLSON'S PaNic : Rise Up 08/ ROB BROWN's RESONANCE : Resonance Excerpt #1 09/ WILLIAM PARKER's JEANNE LEE PROJECT: Bowl of Stone Around the Sun

Vision Volume 3 - 2005 - Arts for Art. Distribution Orkhêstra International.

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Jenny Scheinman: 12 Songs (Cryptogramophone - 2005)

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Après trois albums menés en leader pour les labels Avant et Tzadik, la violoniste Jenny Scheinman continue d’interroger son univers singulier sur 12 Songs. A sept, cette fois-ci, elle a choisi de défendre une musique faite aussi bien de jazz que de folk, obnubilée par les danses languissantes et le cinéma en noir et blanc.

Auprès d’un Bill Frisell qui a laissé de côté ses stridences démonstratives, elle pose en guise d’introduction une valse jouant des unissons (The Frog Threw His Head Back and Laughed). Si le vibrato de guitare et le rythme las réverbéré évoquent les traitements du Twin Peaks de Badalamenti, c’est que Scheinman a pris note des multiples cousinages folkloriques d’Amérique du Nord, naturels comme artificiels.

Les ambiances peintes au lavis (She Couldn’t Believe It Was True) côtoient alors les illustrations sonores de saynètes invisibles sorties du piano de Rachelle Garniez (Satelite). Motivées par une autre vision des choses, les compositions peuvent aussi pécher par naïveté : sur la forme, lorsqu’elles font allégeance au tout électrique au point de noyer les interventions réfléchies du clarinettiste Doug Wieselman (Song of the Agen Road) ; sur le fond, lorsqu’elles insistent pour mettre la main sur une gigue ou un calypso pourtant inaccessibles (Suza, Little Calypso).

Heureusement, auprès des attentes stylistiques, se glissent des folies minuscules porteuses d’instants meilleurs. La fleur à l’instrument, les musiciens suivent le pas d’une marche absurde au violon tremblant, à la clarinette récalcitrante (Moe Hawk). Et la trompette de Ron Miles de faire briller l’ensemble, sur un hommage à Ayler (Albert) ou le temps nécessaire au dernier envol (June 21).

Au final, 2 X 2 partis pris assemblés malgré les différences : les jeux électrique / acoustique d’une enfant sage / frondeuse. Hésitant entre les impressions délicates et l’exploration fantaisiste de mondes branlants, Jenny Scheinman a placé son 12 Songs sous le signe du flou artistique, capable quand même de laisser place au net, pour convaincre plusieurs fois d’un talent évident.

CD: 01/ The Frog Threw His Head Back And Laughed 02/ Song Of The Open Road 03/ Moe Hawk 04/ Sleeping In The Aquifer 05/ The Bouy Song 06/ She Couldn't Believe It Was True 07/ Suza 08/ Little Calypso 09/ Satelite 10/ Antenna 11/ Albert 12/ June 21

Jenny Scheinman - 12 Songs - 2005 - Cryptogramophone. Import.

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Gianni Gebbia: Zen Widow (Evander - 2003)

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Adepte du jeu improvisé - qu’il a aussi bien investi aux côtés de Peter Kowald que de Lee Ranaldo -, le saxophoniste italien Gianni Gebbia enregistra en avril 2003 un disque particulier. Aux côtés de Matthew Goodheart (pianiste à l’intérêt partagé entre jazz et musique contemporaine) et de Garth Powell (sorte de savant fou dédié aux percussions) a été construit Zen Widow, patchwork fait de 17 propositions déroutantes.

L’improvisation en trio y est envisagée de différentes manières : privilégiant d’abord la brièveté du discours, avant d’interroger l’intérêt possible de la durée allouée à l’intuition. Sans concessions, les fulgurances prônent le minimalisme brut : claques distribuées par Powell (And I Want You To Know) contre jusqu’auboutisme des virulences offertes par Gebbia (Doha). Plus loin sur le disque, les pièces courtes accepteront l’entendement d’un swing goguenard (It Was Meant To Inspire And Languish) avant de perdre la raison, quand les clusters de Goodheart répondront aux instruments de plastique du percussionniste (In the Old Familiar Places).

Aptes à régler leurs interventions selon le diapason d’une improvisation déjantée et agréable, il arrive parfois aux musiciens de se perdre un peu : sur quelque haut plateau exotique abusant de l’usage des gongs (Folk Song) ou lorsqu’un désir de légitimité sérieuse les assaille, notamment sur le glacial et réverbéré Zen Widow. Mais le tourment feint du morceau donnant son titre à l’entier album ne doit cependant pas effacer les pièces de choix que l’on trouve partout ailleurs.

Dépassant la minute pour obtenir 5 à 8 fois plus d’espace, les improvisations que sont Ancora una Volta un Viaggio con Virgilio (l’embarcation de Dante poussée par les vents contraires et les entrelaces du piano et du saxophone), Mistaken Poetry (où une approche classique du domaine règle son compte à l’harmonie avec le concours des perturbations rauques déposées par Gebbia), ou What We Just Couldn’t See (sur lequel Goodheart gaspille ses gestes – devant, derrière, ou sous le piano - tout en économisant ses sons) font irrémédiablement pencher la balance. Déstabilisée, étrangère à la règle, celle-ci croule sous le poids de Zen Widow, amas compact de chocs frondeurs et d’impacts dus au hasard.

CD: 01/ Doha 02/ Truncated Sky, String of Beads 03/ And I Want You To Know 04/ I’d Go Back if I Could 05/ Impermanence 06/ What We Just Couldn’t See 07/ Over Me – Over You 08/ Folk Song 09/ Ancora una Volta un Viaggio con Virgilio 10/ It Was Meant to Aspire and Languish 11/ Un Sogno che sta Sbiandendosi Lentamente 12/ In the Old Familiar Places 13/ Uvaach 14/ Iti 15/ Ripenso e Mi Rende Meravigliarsi 16/ Zen Widow 17/ Mistaken Poetry

Gianni Gebbia - Zen Widow - 2003 - Evander Music. Import.

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Roscoe Mitchell: Turn (Rogue Art - 2005)

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Toujours pas rassasié de dissonances, Roscoe Mitchell. A tel point qu’en écoutant l’ouverture de Turn, enregistré récemment, le doute peut surgir, qui interroge l’intérêt à envisager d’un possible enregistrement de plus. Au son de For Cynthia, même, ne relever qu’un fouillis d’interventions lasses, non seulement sans queue ni tête, mais apte encore à inoculer l’ennui.

Pourtant, en troisième plage, fait surface Quintet Nine, drôle de bop appuyé par une flûte, et bousculé bientôt par Jaribu Shahib, dont le riff de contrebasse ordonne qu’on se fie à son instinct. Alors, l’atmosphère change radicalement. Se met en place un jazz répétitif et boisé, proche de ceux défendus jadis par Ronnie Boykins ou Ran Blake, et assez sûr pour gagner l’entier album à sa cause.

Voici donc remises au goût du jour les anciennes émulsions sur l’instant, fières de ruer dans les brancards (Horner Mac) ou de tout concéder à une polyphonie salvatrice (After). Les prises de son, lointaines, rapprochent encore le quintette d’un free originel (Turn, Take One), hésitant entre quelque marche désossée (March 2004) et de petits moments réservés aux seules percussions de Tani Tabbal - tradition retenue de l’Art Ensemble de son leader (For Now, That’s Finished).

Au moyen d’un phrasé rappelant celui de Donald Ayler, le trompettiste Corey Wilkes convainc presque à chaque fois, tandis que le pianiste Craig Taborn dépose les bornes nécessaires au bon dépassement. Quelques maladresses, toutes rassemblées sur deux morceaux (le mini funk bancal Rhine Ridge et In Six, romance sérieuse), ne peuvent empêcher Roscoe Mitchell de mener à bien un disque qui, sans renouveler le genre – est-ce à lui de se charger encore de la tâche ? – brille par son élégance révérencieuse.

CD: 01/ Quintet One 02/ For Cynthia 03/ Quntet Nine 04/ For Now 05/ Horner Mac 06/ Rhine Ridge 07/ Page Two A 08/ March 2004 09/ In Six 10/ Turn 11/ Take One 12/ Page One 13/ That’s Finished 14/ After

Roscoe Mitchell Quintet - Turn - 2005 - Rogue Art. Distribution Orkhêstra International.

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Laurent Rochelle: Choses entendues (Linoleum - 2005)

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Deux ans après avoir fait défiler les instruments sur Conversations à voix basse, Laurent Rochelle accepte de concéder son exclusivité à la clarinette basse sur Choses entendues.

Mais à ses propres conditions, se frottant toujours aux limites du matériau auquel il s'est promis pour mieux fantasmer le recours à d'autres instruments : saxophone soprano sur La vieille femme de pierre, par exemple, ou digeridoo, dont les nappes forment, sur Paysages sous le vent, un blues de terres australes.

L'approche de la clarinette, si elle n'est plus expérimentale, multiplie en tout cas les essais frondeurs. Chocs des clefs - visant l'abstraction (Claquements d'ailes) ou accompagnant la mélodie (Transits) -, gargarismes laissant s'échapper quelques notes intrusives (En surface), ou échos fragmentés d'un souffle originel clair, recomposé ensuite selon un ordre aléatoire (Le signal).

Si les touches successives apportent la couleur originale de l'ensemble, c'est dans les gestes que l'on repère la qualité de Choses entendues. Le mouvement impose un charisme, et le charisme impose l'écoute. Rassuré, Rochelle ne cesse de gagner en densité au fil des secondes d'Oscillations, étoffe la texture de sa musique lorsqu'il y jette des propositions.

Jusqu'à surprendre et trouver une troisième voie, convainquant, sur Prends ma main, le fond et la forme de concéder une place de choix à un autre principe venu compléter le tandem: l'élan.

CD: 01/ Le signal 02/ En surface 03/ Paysages sous le vent 04/ Claquements d'ailes 05/ Oscillations 06/ La dernière note m'emportera 07/ La vieille femme de pierre 08/ Prends ma main 09/ La course 10/ Le village endormi 11/ Transits

Laurent Rochelle - Choses entendues - 2005 - Linoleum.

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Hamid Drake: Bindu (Rogue Art - 2005)

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Batteur incontournable de la scène jazz contemporaine, réclamé par une avant-garde intergénérationnelle (Henry Grimes, Irène Schweizer, William Parker ou Ken Vandermark), Hamid Drake n’avait, avant Bindu, jamais mené de groupe. Trop belle, l’occasion, que Drake veut aussi rendre étrange : la formation faite d’une batterie pour quatre anches.

Avant d’activer le monstre, le batteur démontre sagement sa maîtrise aux côtés de la flûtiste Nicole Mitchell (Remembering Rituals), attaques claires sur cymbales et envolées limpides d’un souffle. L’heure venue, les brillances de Drake emmènent un thème insouciant à l’écoute des ritournelles (Bindu #1 for Ed Blackwell) ou accueillent les entrelacs des clarinettes de Sabir Mateen et Daniel Carter (A Prayer for the Bardo, for Baba Mechack Silas).

Sur tabla, le leader imagine une ode à la lascivité (Meeting and Parting), puis gagne en nonchalance créatrice lorsqu’il retrouve sa batterie sur le long solo qui introduit Do Khyentse’s Journey, 139 Years and More. Plus tôt, le parcours aura connu quelques accrocs, dans les premières minutes, fades, de Bindu #2 (bientôt effacées par les figures originales et inextricables des vents), ou sur la texture trop fine pour intéresser longtemps de Bindu #1 for Ed Blackwell.

Pas de quoi effacer l’hommage au batteur de référence qu’est Blackwell, à qui Bindu offre la certitude que son jeu à part a su faire des petits. Hamid Drake, parmi ceux-là. Au premier rang, qui plus est.

CD: 01/ Remembering Rituals 02/ Bindu #2 for Baba Fred Anderson 03/ A Prayer for the Bardo, for Baba Mechack Silas 04/ Meeting and Parting 05/ Born Upon a Lotus 06/ Bindu #1 for Ed Blackwell 07/ Bindu #1 for Ed Blackwell, from Bindu to Ojas 08/ Do Khyentse’s Journey, 139 Years and More

Hamid Drake - Bindu - 2005 - Rogue Art. Distribution Orkhêstra International.

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Partita Radicale: Frutas azules (Free Elephant - 2005)

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Quintette dévoué depuis 1991 à une musique de chambre improvisée, Partita Radicale pose, avec Frutas azules, les bases d’un art déluré empruntant autant qu’il invente. En évoquant, d’abord, les figures incontournables d’une musique contemporaine sophistiquée : les violons aidant au rapprochement avec le Kronos Quartet, la façon de s’en servir avec Alexander Balanescu (Cancionero VI).

Adepte des grincements en tous genres, le groupe glisse en ouverture pizzicatos et chuchotements sur les oscillations d’un accordéon rappelant la vitesse des pales de l’Helikopter de Stockhausen (Cancionero I). Prenant de l’altitude, l’ensemble suit la trajectoire décidée par les clarinettes, postant haut sur la grille absente les harmoniques voluptueuses (Cancionero III).

S’accordant plus facilement pauses et répit lorsque leurs interventions ont été plus vives, les musiciens se retrouvent sur le rythme d’une valse dingue emmenée par l’accordéon (Cancionero II) ou dans l’ivresse d’une fête champêtre peinte par Breughel (Cancionero VI). Parfois plus expérimental, le quintette dessine des parallèles visant l’ultrason (Cancionero IV) pour avancer ensuite plus prudemment dans les brumes faites de basses retrouvées (Cancionero V).

Bande-son adéquate d’un étrange carnaval - flamand dans l’âme, mais rêvant d’Espagne -, Frutas azules prouve qu’on peut fantasmer de mille façons un seul et même pays. Selon les genres et les modes. Selon, aussi, la lumière qu’on y était venu chercher.

CD: 01/ Cancionero I 02/ Cancionero II 03/ Cancionero III 04/ Cancionero IV 05/ Cancionero V 06/ Cancionero VI

Partita Radicale - Frutas azules - 2005 - Free Elephant. Import.

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Triptych Myth: The Beautiful (AUM Fidelity - 2005)

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The Beautiful est le premier enregistrement de Triptych Myth, trio qui réunit depuis trois ans maintenant le pianiste Cooper-Moore (collaborateur de David S. Ware ou William Parker), le contrebassiste Tom Abbs (sideman de Charles Gayle ou Jemeel Moondoc) et le batteur Chad Taylor (membre de chacune des formations du Chicago Underground, partenaire occasionnel de Tortoise, Stereolab ou Jim O’Rourke). Les parenthèses valant références, voici faites les présentations.

Propulsées, les premières notes de piano assurent, dès le départ, d’une manière singulière de voir les choses (All Up In It), avant que Frida K. The Beautiful nous administre une douche glacée : ballade allant et venant le long de quatre accords, qui semblent ne craindre rien, sinon une batterie fantasque et intrusive. La ballade désagrégée, peuvent suivre les figures imposées et déconstruites.

Aux rythmes bien voulus de Taylor, toujours, qui pousse une suite restreinte de notes de piano dans ses derniers retranchements (Spiraling Out), hache sauvagement le canevas de la contrebasse (A Time To), ou s’amuse des faux départs qu’il provoque (Pooch). Plus cadré, il accueille avec bienveillance les répétitions sous tension de Cooper-Moore (Last Minute Trip Part Two).

Lui, impose ailleurs une mélodie d’accompagnement classique, au gré de laquelle mains gauche et droite se lassent, avant de décider - à la place du cerveau de l’interprète poli - de régler son compte à une formule seulement dévouée à la commodité de l’auditeur (Poppa’s Gin In The Chicken Feed). L’audience acceptable, Cooper-Moore dresse en solo des parallèles aux impressions asiatiques d’Hartmann (Robinia Pseudoacacia), en guise de conclusion de The Beautiful, album inventif autant que ludique.

CD: 01/ All Up In It 02/ Frida K. The Beautiful 03/ Trident 04/ Spiraling Out 05/ Pooch (for Wilbert Morris) 06/ A Time To 07/ Last Minute Trip Part One 08/ Last Minute Trip Part Two 09/ Poppa’s Gin in the Chicken Feed 10/ Robinia Pseudoacacia

Triptych Myth - The Beautiful - 2005 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.

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