Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Interview de Cyro Baptista

cyyro

Exceptionnel percussionniste brésilien, répondant avec enthousiasme aux sollicitations musicales diverses et variées, Cyro Baptista fait partie de ces créateurs protéiformes, salués souvent et excusés parfois par la mise en avant d’un manifeste personnel et original. Défendant la relativité des gestes, le sien gagne en mystère lorsqu’il approche, jusqu’à se fondre avec, les bizarreries d’un personnage qui cultive un penchant grisant pour l’absurdité, au point que délire et confusion mentale se trouvent parfois à deux doigts d’être confondues. Mais qu’importerait à Cyro, qui a choisi depuis longtemps de faire comme il lui plaît, travaillant l’antimoine musical ou réévaluant les limites du bon et du mauvais goût, ne perdant jamais le fil d’une réflexion qui profite des entremêlements ou répondant à la question qu’il préfère parmi les deux qu’on lui pose…

Cyro, où et quand êtes-vous né ? Je suis né au Brésil, où poussent les palmiers et chante le Sabia.

Comment êtes-vous venu à la musique ? C’est la musique qui est venue à moi / J’étais comme un aimant / J’ai cherché à fuir / Mais Elle m’a toujours débusqué.

Quelles étaient vos aspirations musicales lorsque vous étiez débutant ? Quelles sont-elles aujourd’hui ? Au début, mon voeu était de jouer des percussions lors de la plus grande manifestation dédiée à la vue et l’ouïe de l’humanité jamais donnée sur cette planète.

Et vous semblez ne jamais vous arrêter, jouant tellement que vous ne pouvez faire autrement que de côtoyer des musiciens différents – de Derek Bailey à Sting - et que l’on pourrait se demander si vous êtes toujours en accord avec la musique des disques pour lesquels vous avez enregistré… A partir du moment où je commence à me sentir en désaccord avec la musique que je joue ou avec celle que j’ai pu jouer, alors, au même moment, quelque part dans le monde, quelqu’un essaye, pour une raison inconnue, d’extraire les tripes du ventre d’un autre être humain. Mais, enfin ! Ce que je fais n’est que de la musique…

Certes, mais cette passion pour la musique au point de parfois privilégier la participation aveugle plutôt que l’édification d’une esthétique raisonnée est unique… Est-ce elle qui vous autorise à parfois reléguer l’esthétique au second plan ? La passion de composer et de jouer de la musique est ce qui façonne, transforme ou déforme la réalité de l’Esthétique.

Vous sortez aujourd’hui Love The Donkey, sur le label Tzadik. Son écoute établit un parallèle certain avec l’univers de Tom Zé… Pensez-vous que la musique d’aujourd’hui peut exister sans explorer son histoire ou ses traditions ? Love The Donkey est un disque basé sur les concerts donnés ces dernières années avec le groupe Beat The Donkey. Ce show s’est construit autour de mon envie de relier les sphères de la musique, du théâtre et de la danse. Pour cela, j’ai institué comme matériau de base un support très personnel, fait d’images de mon enfance et d’autres racines que je traîne avec moi. Beaucoup d’artistes, de nationalités et de backgrounds différents, sont passés par Beat The Donkey et ont contribué à la construction et à la déconstruction de l’histoire et des traditions sur lesquels nos spectacles ont été bâtis. C’est ce que Nana Vasconcelos appelle les « Traditions modernes. »

Est-il plus simple pour vous d’évaluer ces « traditions » aux saveurs brésiliennes depuis New York ? Je ne pense pas jouer d’une musique emprunte d’une quelconque saveur brésilienne. Je laisse ça à ceux qui jouent de cette bossa nova nouvelle formule très populaire en Europe. Love The Donkey défend une musique de bon et mauvais goûts, mélangée à des odeurs et à la sueur extraite de ce magnifique premier quart de siècle qui coule au rythme où je traîne mon cul dans La Belle New York. Bien sûr, dans chacun de mes enregistrements et concerts, on peut trouver le Brésil, mais pas parce que je suis une « marionnette folklorique » qui vient de là-bas. C’est plutôt évident, sur Love The Donkey, parce qu’on s’y délecte de la chair de chacun des représentants du paysage musical qui nous entoure. J’ai pu jouer avec des musiciens que j’aime, comme Tom Jobim, Caetano Veloso et Milton Nascimento. Mais j’ai aussi joué avec Santana, Art Blakey et John Zorn. The Donkey appartient au monde entier.

Cyro Baptista, novembre 2005. Remerciements à Dave Weissman.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Franziska Baumann, Jurg Solothurnmann, Christoph Baumann: Potage du jour (Leo - 2005)

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Depuis 1999, la chanteuse Franziska Baumann, le saxophoniste Jurg Solothurnmann et le pianiste Christoph Baumann, travaillent ensemble à une musique pêchant un peu partout les ingrédients de sa composition instantanée. Figures d’une nouvelle scène suisse, n’hésitant plus à faire preuve de courage, comme le prouve le choix du titre de leur premier album : Potage du jour.

En guise d’ouverture, les inspirations du saxophone répondent sur piano sombre aux interventions de la voix (Are). Elle, donne dans le lyrisme échevelé ou joue avec des références plus légères, rappels à un univers de dessins animés (We) ou décalages permis (It, le hip hop gangrené par la décadence bourgeoise). Avec Only, le trio marque un temps, pendant lequel il semble s’interroger. Le grain de voix mis maintenant au service d’un scat presque éteint annonce l’heure des essais plus expérimentaux. Les souffles secs de Solothurnmann (In) précèdent alors les examens oto-rhino-laryngologiques subis par la chanteuse (Soup), assez éreintants pour la voir régresser jusqu’au babillement (For).

La recette expérimentale, à force d’éclater, aurait pu faire virer le potage au bouillon. Or, l’ensemble tient, sans que l’on sache vraiment comment. Et même si l’improvisation du trio n’arrive pas à se hisser au niveau de celui des maîtres du genre, cette présentation de la palette de Franziska Baumann assure une descendance en devenir aux fastueuses Maggie Nicols et Lauren Newton.

Franziska Baumann, Jurg Solothurnmann, Christoph Baumann : Potage du jour (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD : 01/ We 02/ Are 03/ Only 04/ In 05/ It 06/ For 07/ Soup 08/ Enjoy!
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernest Dawkins: Chicago Now, Thirty Years of Great Black Music Vol.1 (Silkheart - 1997)

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En 1994, à l’occasion du trentième anniversaire de l’A.A.C.M., le New Horizons Ensemble du saxophoniste Ernest Dawkins rendait hommage aux fondateurs de l’association comme aux représentants les plus charismatiques du jazz d’avant-garde. Mais de manière originale, mettant de côté la reprise de standards pour distribuer les hommages aux rythmes de compositions signées du leader ou de son tromboniste, Steve Berry.

Ensemble, les deux hommes inaugurent Improvisation # 1, morceau au laisser-aller coulant, capable de distiller un peu de swing aux phrases répétitives. Le reste du sextette ne tarde pas à justifier de sa présence : prédominance de la section rythmique (Yosef Ben Israel et Reggie Nicholson) sur des compositions efficaces jouant des déclinaisons tonales (The Time Has Come, Bold Souls) ; poids des deux autres solistes, que sont le guitariste Jeffery Parker (sur Flowers for The Soul, surtout) et le trompettiste Ameen Muhammad (partout où il joue).

Sans jamais perdre de vue l’efficacité qu’il a toujours mise en avant dans sa musique, Dawkins adresse donc des clins d’œil : aux compagnons de l’A.A.C.M. que sont l’Art Ensemble (Improvisation #2) et notamment Lester Bowie (Runnin’ From The Rain), et aux maîtres jamais trop remerciés – Ornette, sur un post-bop dans lequel s’immiscent des périodes commandées de flottement (Zera) ou la délicatesse virant au chaos spatial de Flowers for The Soul, ou Roland Kirk, sur la soul d’une valse lente jusqu’à la marche (Dream for Rahsaan).

Dans le livret, le saxophoniste approfondit encore les dédicaces, dresse un répertoire de musiciens ayant œuvré avec générosité pour la Great Black Music, et vient ainsi compléter l’excellent concert de louanges. Pas terminé, celui-ci, puisque d’autres égards indispensables seront distribués le long d’un Volume 2.

CD: 01/ Improvisation #1 02/ The Time Has Come 03/ Improvisation #2 (My Baby Blues) 04/ Bould Souls 05/ Dream For Rahsaan 06/ Zera 07/ Flowers for the Soul 08/ Runnin' From the Rain

Ernest Dawkins - Chicago Now, Thirty Years of Great Black Music Vol.1 - 1997 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.

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John Watermann: Epitaph for John (Korm Plastics - 2005)

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Une collaboration entamée par l’artiste John Watermann et Frans de Waard, du label Korm Plastics, transformée en hommage. Le 2 Avril 2002, jour de la mort de Watermann, les travaux en commun ont investi le champ de l’attente. Le temps pour Waard de réfléchir à la poursuite encore possible du travail, mais pas sans quelques soutiens.

Appelés, Asmus Tietchens, Ralf Wehomsky (RLW), Masami Akita (Merzbow) et Freiband. Le cahier des charges invitant chacun d’eux à traiter les enregistrements de Watermann, matériaux naturels en quête de continuité artificielle. Offerte, si possible, par ceux-là, qui ont tous collaboré un jour avec le personnage à regretter.

Alors, Tietchens fait des dernières bandes de son complice une ode aux souffles divers - qu’ils affichent une exclusivité dérangeante (JWAT 3) ou se trouvent une place au creux d’une ambient industrielle (JWAT 1). Dans la même optique, Ralf Wehowsky invite l’auditeur à s’adapter à des larsens bientôt chassés par les bourdonnements (Seeking Perfection).

Plus loin, la discrétion abstraite de Freiband sur Threnody contraste avec la progression d’Untitled for John Watermann de Merzbau : à force de tintements et d’inserts parasites, une mini rythmique s’installe et rend convaincante cette nouvelle expérience sonique. Plus brut, l’exposé fait par Frans de Waard d’un dernier enregistrement de Watermann rend une zoologie mise en boîte, incarnée ou factice (Toowong Cemetary).

La collaboration achevée enfin pour avoir su accueillir les effets d’artistes non programmés mais tous redevables, d’une façon ou d’une autre, à John Watermann. Qui ont élevé ensemble un monument élégant, et évoqué si bien Watermann sur Epitaph for John que ce disque devra renoncer à ses qualités de compilation pour venir compléter et conclure la discographie personnelle du disparu.

CD: 01/ Asmus Tietchens - JWAT 1 02/ Asmus Tietchens - JWAT 2 03/ Asmus Tietchens - JWAT 3 04/ Asmus Tietchens - JWAT 4 05/ RLW: Seeking Perfection - Somewhere Else 06/ Merzbow - Untitled For John 07/ Freiband - Threnody 08/ John Watermann - Toowong Cemetary

John Watermann - Epitaph for John - 2005 - Korm Plastics. Distribution Metamkine.   

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François Tusques: Free Jazz (In Situ - 1991)

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Près de cinq ans après son enregistrement (1960), le Free Jazz du double quartette d’Ornette Coleman trouvait un écho en France. D’une improvisation collective à l’autre, le temps nécessaire à la formation d’une équipe de France capable de suivre la piste débusquée outre-Atlantique, intimidante de permissions et de pièges à éviter.

A la tête du sextette, le pianiste François Tusques, qui se souvient de l’unique soupçon de direction musicale : « J’ai simplement demandé aux musiciens de jouer triste. » Initiée par les fulgurances cinglantes du contrebassiste Beb Guérin, l’originalité s’impose au gré des instruments à vent de François Jeanneau et Michel Portal, de la répétition d’un duo d’accords de piano, et des changements de rythme insatiables signés Charles Saudrais (Description automatique d’un paysage désolé 1).

Branlante, la batterie conduit ensuite La tour Saint Jacques, d’où l’on peut voir que Tusques ne renie pas toujours les (re)trouvailles mélodiques, quand la trompette de Bernard Vitet et la clarinette basse de Portal enfoncent une note sur le thème, et que Jeanneau s’occupe de fioritures sensibles sous l’influence des figures de Coltrane et Dolphy. Plus loin, une Sophisticated Lady réinventée, moderne et déliquescente, concède un presque romantisme à l’explosion (Description automatique d’un paysage désolé 2) ; un Souvenir de l’oiseau rendu en musique par une régénération de vents impossibles à éteindre, transpose le tableau dans un ciel d’orage.

Pour sortir des tourmentes, la frénésie de Saudrais sera nécessaire, invitant saxophone, clarinette et trompette à accentuer encore l’acharnement (Souvenir de l’oiseau 2), avant d’atteindre un univers sombre, aux interventions brèves des solistes, du Souvenir de l’oiseau 3. La tristesse emportée par la fougue, Tusques peut soumettre à son équipe l’idée d’une conclusion imminente – notes au piano recouvrant l’effort collectif – et signer enfin une version française digne d’intérêt et faiseuse de promesses.

CD: 01/ Description automatique d'un paysage désolé 1 02/ La tour Saint-Jacques 03/ Description automatique d'un paysage désolé 2 04/ Souvenir de l'oiseau 05/ Souvenir de l'oiseau 2 06/ Souvenir de l'oiseau 3

François Tusques - Free Jazz - 1991 (réédition) - In Situ. Distribution Orkhêstra International.

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Henry Taylor: Crooning The Anger (El Gallo Rojo - 2005)

henrytaylorgrisliQuartette originaire de Bologne emmené par Enrico Sartori, Henry Taylor défend une vision musicale des choses qui assume les contradictions. Voilà pourquoi le titre, Crooning The Anger, clame haut vouloir cadrer la rage, comme dévier malignement la première chanson douce.

Pour bien faire, la section rythmique (la contrebasse d’Antonio Borghini et la batterie de Zeno de Rossi) dépose les bornes inaltérables contre lesquelles viendront se briser les phrases libres du saxophone de Sartori (Triadi). A l’unisson avec le piano de Fabrizio Puglisi, le même alto se contentera de trois phrases mélodiques appelées à la dissolution, tout juste rencontrées sur le champ libre offert par un gimmick de contrebasse (O.C.).

Ailleurs, se glissent références et clins d’œil : dans la reprise d’un thème de Carla Bley, démembré (Jesus Maria) ; dans l’évocation de Mingus via l’usage d’une clarinette basse rappelant celle de Dolphy (Underdog, muant rapidement en une valse speedée pêchant par trop de brillances) ; ou dans le fantasme d’une situation, celle où l’on révèlerait à un crooner de légende les atmosphères particulières des compositions de Nino Rota (The Crooner).

Un morceau mis à part (The Rebels, interprété par un groove band sans saveur), l’ensemble persuade intelligemment du bien fondé des intentions du quartette, comme de leur mise en pratique. Revigorant, le jazz d’Henry Taylor se paye même parfois le luxe de griser sans artifice ronflant.

CD: 01/ Il Giallo 02/ Triadi 03/ Jesus Maria 04/ O.C. 05/ The Rebels 06/ Dvjie Kune 07/ Underdog 08/ The Crooner

Henry Taylor - Crooning The Anger - 2005 - El Gallo Rojo. Import.

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Agustí Fernández, Mats Gustafsson: Critical Mass (Psi - 2005)

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Autant impressionné par l’œuvre de Cecil Taylor que par la figure et l’enseignement de Iannis Xenakis, le pianiste espagnol Agustí Fernández n’a cessé d’évoluer au gré des figures imposées par le jazz et la musique contemporaine. Dénominateur commun indulgent, l’improvisation, pratiquée en 2004 aux côtés de Mats Gustafsson.

Et le duo de se charger 10 fois de traduire en musique la force et le poids de Critical Mass. Amusé, Gustafsson feint, dès le départ, l’essoufflement, quand la tempête, irrémédiable, couve encore (5:58). La tension apparaît ensuite dans les ostinatos (5:32) ou les clusters graves (4:26) de Fernández, les phrases extrêmes du saxophone baryton (4:26).

Appelant au soulagement, la raison impose plus loin la retenue. Allé voir dans l’antre de son piano préparé, l’Espagnol frappe ou gratte les cordes de l’instrument quand le Suédois se contente des impacts de clefs (6:04). Plus discret aussi, 4:46 (pro)pose un piano répétitif à la verve effacée mais charmante rappelant la dédicace de Morton Feldman à Bunita Marcus.

Plus tard, les deux musiciens s’adonneront à l’exercice de l’improvisation en solo. Gustafsson, d’abord, glorifiant un jeu de rebonds d’où la voix filtre (5:15). Fernández, ensuite, envisageant le piano comme élément de percussion, sur un passage déroutant et sombre (6:13).

Enfin, ensemble, les musiciens célèbrent l’œuvre accomplie dans une débauche expiatoire d’énergie. Sur 5:59, les schémas répétés du piano portent une dernière fois aux nues les digressions free du saxophone, et scellent dans le défoulement un dialogue qui a su éviter la surenchère, pour mettre la main sur une forme originale de complémentarité. 

CD: 01/ Critical Mass 5:58 02/ Critical Mass 5:32 03/ Critical Mass 4:26 04/ Critical Mass 6:53 05/ Critical Mass 4:46 06/ Critical Mass 6:04 07/ Critical Mass 3:20 08/ Critical Mass 5:15 09/ Critical Mass 6:13 10/ Critical Mass 5:59

Agustí Fernández, Mats Gustafsson - Critical Mass - 2005 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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Kodi & Pausa: In One Week And New Toys To Play (Korm Plastics - 2005)

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Sous les auspices de Frans de Waard, une artiste hollandaise adepte de techno (Natalie Bruys, sous le nom de Kodi) rencontre une figure du rock bruitiste de ses compatriotes (Lukas Simonis, sous le nom de Pausa).

Dès le départ, les influences éloignées convergent : une mini rythmique électronique accueille des interventions brutes de guitare électrique (Laatbloeier), des collages supportent la rugosité de voix trafiquées (Boswachter). Aux métronomes digitaux font face quelques prises enregistrées d’atmosphères urbaines (Knutselvriend, De zwarte Zwaan).

Dissociées, les préférences des deux musiciens jouent au mieux des contrastes - donnant dans la mélodie japonisante bancale (Flashy Toilet) ou dans la progression bruitiste chargée de basses (Leef je leven) -, ou s’avalent l’une l’autre, à tour de rôle : pratiquant une dance music décalée au son d’un banjo répétitif (Moment ultime), crachant ensuite, après les avoir digérées, les sonorités grinçantes d’un oud samplé sur l’instant (Pausapowop).

Le long de 10 collages musicaux élaborés sous crachin, In One Week And New Toys To Play aura persuadé qu’un dialogue de compatriotes rendus presque étrangers par la différence de leurs expériences pouvait élaborer en musique un pacte fantasque, et assurer ainsi la paix civile.

CD: 01/ Laatbloeier 02/ Boswachter 03/ Knutselvriend 04/ Chicks on Trees 05/ Flashy Toilet 06/ De zwarte zwaan 07/ Moment ultime 08/ Pausapowop 09/ Krekelvent 10/ Leef je leven

Kodi & Pausa - In One Week And New Toys To Play - 2005 - Korm Plastics. Import.

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Lauren Newton, Joëlle Léandre: Face It! (Leo - 2005)

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La dernière édition de l’Europa Djaz Festival du Mans honorait la contrebassiste Joëlle Léandre au point de la charger de la programmation d’une « Joëlle Léandre Suite », série de concerts donnés en compagnie de musiciens qu’elle aura dû choisir. Entre une soirée passée en compagnie d’Irène Schweizer et Maggie Nicols et une autre donnée en duo avec William Parker, Léandre retrouvait, le 28 avril 2005, la chanteuse américaine Lauren Newton.

Si les deux femmes connaissent souvent la joie des retrouvailles, elles refusent d’évoquer le moindre souvenir, pour mieux engager toujours leur duo improvisé sur le terrain d’une fraîcheur régénérée. Insatiable dès le départ, l’archet de Léandre pose des sonorités grinçantes sur lesquelles Newton se fait peu à peu une place, assez confortable bientôt pour oser les premiers cris faussés par un vibrato lyrique (Face It 1).

Distillant des allusions au swing et à la pop sous un archet tout à coup plus percussif (Face It 2), ou multipliant les expérimentations chargées d’effets de gorge, de sifflements et d’expressions assumant l’onomatopée comme moyen efficace de communication (Face It 4), Newton peut donner l’illusion d’être sous emprise ou, au contraire, démontrer une maîtrise assez poussée pour se permettre un peu de légèreté, voire, d’humour (Face It 2).

Plus éloquent encore, lorsque Léandre et Newton se cherchent : l’archet rattrapant au col une note tout juste échappée des lèvres de la chanteuse (Face It 5), ou la voix faisant écho sur le vif à une fulgurance insoupçonnable concédée par la contrebasse (Face It 7). En un mot, une entente appropriée. Ou réappropriée, conclue à merveille par Face It 9 : bel canto de terres éloignées, où l’improvisation n’est toujours pas affaire de sauvages.

CD: 01/ Face It 1 02/ Face It 2 03/ Face It 3 04/ Face It 4 05/ Face It 5 06/ Face It 6 07/ Face It 7 08/ Face It 8 09/ Face It 9

Lauren Newton, Joëlle Léandre - Face It! - 2005 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Shaun Naidoo: Smoke and Mirrors (Evander - 2004)

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Connu dans son pays pour avoir établi un lien exigeant entre musique et danse, le compositeur sud-africain Shaun Naidoo s’offre de temps à autre le loisir d’un retour aux sources de la musique évoluant pour et par elle-même. Le cas avec Smoke and Mirrors, où il défend en quintette des compositions faites pour accueillir l’improvisation de groupe.

Tressant des couronnes de musique sombre, le piano de Naidoo ne cesse de demander du renfort, offert par la clarinette basse de Marty Walker tout juste sortie des limbes (Shinning Path) ou les divagations graves du trombone de Scot Ray (Smoke and Mirrors). Ailleurs, le leader guidera seul une marche funèbre étrange, tirant parti du piano et de reverses programmés (Elephant Days).

Inspectant le domaine de la retenue, il arrive au quintette de prôner la quiétude, piquée quand même de tentatives expérimentales : l’auditeur pris dans l’engrenage de Deliverance, merveilleusement défendu par une combinaison électronique / acoustique réfléchie ; les musiciens accaparés par l’obsession de la répétition, capables de brusqueries éblouissantes (Blood Music, Smoking Goat).

Ainsi, sur Smoke and Mirrors, Naidoo a choisi de refroidir en caveau la chaleur reconnue du son des instruments sélectionnés. Loin d’obtenir le tiède, l’expérience donne au contraire naissance à ce genre de curiosité botanique, apparaissant seulement sous le coup des chocs thermiques.

CD: 01/ Smoke and Mirrors 02/ Blood Music 03/ Deliverance 04/ Shinning Path 05/ Bonehood 06/ Elephant Days 07/ White Man Dancing 08/ Smoking Goat

Shaun Naidoo - Smoke and Mirrors - 2004 - Evander Music. Import.

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