Le son du grisli

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If, Bwana: Rex Xhu Ping (Pogus - 2005)

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Animé par Al Margolis - musicien hétérodoxe qui n’a pas attendu l’ère du compact disque pour utiliser avec fougue les possibilités sonores du support cassette -, If, Bwana enchaîne les productions comme d’autres enfilent des perles. Avec Rex Xhu Ping, on le retrouve à nouveau penché sur ses bandes, encouragé par les voix de Laura Biagi et Dan Andreana.

Si ces deux là posent des chants vertueux qu’on prendra soin d’éloigner (Natraj), ou récitent comme on leur a demandé quelques passages qui, selon la langue, transportent Tattoed Love Muffins et Quaderni loin de l’endroit où ils ont été confectionnés, les compositions de Margolis sont faites, avant tout, de programmations électroniques ciselées avec soin.

A force de nappes longues, d’inserts acoustiques (piano et cordes sur Tattoed Love Muffins, percussions minimales sur Cicada #5) et de larsens récalcitrants, une ambient s’installe, qui ne peut pas cacher longtemps être en mal de nature. L’atmosphère devenue faune et flore, donne à entendre les grouillements d’animaux nocturnes rares (Natraj) ou la rage d’un bestiaire contenu dans une pièce de quelques minutes (Oy vey, Angie).

Ailleurs encore, Al Margolis et Detta Andreana glissent dans la texture des parasites métalliques (Quaderni) ou des samples recherchés, autant pour découper encore une ou deux pièces déjà irrégulières que pour étoffer une œuvre jamais tout à fait terminée. Mais dont ils sortent tout de même, laissant derrière eux l’étrange forêt de sons qu’ils ont pris peine à baliser.

CD: 01/ Natraj 02/ Frog Field 03/ Tattoed Love Muffins 04/ Oy vey, Angie 05/ Cicada #5 : Version Bohman 06/ Quaderni

If, Bwana - Rex Xhu Ping - 2005 - Pogus. Distribution Metamkine.

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Albert Ayler : Holy Ghost (Revenant, 2004)

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Elever un monument sonore à Albert Ayler, telle était l’idée du label Revenant. Concrétisée, sous la forme de 9 disques, d’un livre de 200 pages et de quelques fac-similés, réunis dans un coffret. Une boîte noire, retrouvée coincée entre le cœur et le cerveau d’un corps repêché dans l’East River, dans laquelle est inscrite un parcours peu commun.

En un coup porté, l’objet répertorie bon nombre des mille éclats d’Ayler, de la toute première session, enregistrée auprès d’Herbert Katz en 1962 (au Summertime prêt à en découdre avec qui voudrait encore mettre en doute la maîtrise technique du saxophoniste), à la captation de sa dernière prestation, au sein du sextet de son frère Donald, en 1969.

Entre ces deux moments, Ayler aura su trouver une forme musicale adéquate à une vérité qu’on a plutôt coutume d’infliger sous forme de claques retentissantes. Rouges, les oreilles auront eu de quoi siffler : Ayler, Murray et Peacock, au Cellar Café de New York, en 1964, instaurant l’ère des free spirituals (Ghosts) ; en quintette, deux ans plus tard à Berlin, transformant une marche folklorique en hymne à la vérité, perspicace et bancal, se souciant aussi peu de justesse que le monde de justice (Truth Is Marching In) ; crachant ailleurs un rythm’n’blues insatiable, genèse d’un free jazz pour lequel Ayler œuvre, s’en souciant pourtant moins que d’établir le contact avec n’importe quel esprit.

D’esprit, justement : les vivants d’en manquer souvent, c’est auprès d’une armée de fantôme qu’Ayler trouvera le réconfort nécessaire et transitoire. Dans une interview donnée au Danemark, il dit être sûr qu’un jour on comprendra sa musique. Aurait-il pu croire que l’intérêt irait jusqu’à la récolte proposée l’année dernière par Revenant ?

Albert Ayler : Holy Ghost, Rare and Unissued Recordings (1962-1970) (Revenant)
Edition : 2004.
9 CD : Holy Ghost
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Switters: The Anabaptist Loop (Improvvisatore Involontario - 2005)

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L’improvisation permet souvent de résoudre le dilemme des références à ménager. Naturellement, leur diversité s’engouffre dans un discours brut, qui tire bientôt parti des contrastes et des combinaisons heureuses. Celles - en ce qui concerne le trio italien Switters - d’un jazz ouvert, d’un rock énergique et d’une soul chaleureuse.

Hommage aux postures instituées par John Zorn ou John Lurie, The Anabaptist Loop impose avec nonchalance la défense d’une musique guidée par les envies : swings chancelant ou décalé (Theory Of Conspiracy, Cary Grant), drum’n’bass allégée (Domino, Q), rock acharné (Theory Of Conspiracy II) ou virant au free (New Middle Age Walking), folklore réincarné (Switters).

Ici ou là, quelques expérimentations : Gianni Gebbia jaugeant les capacités et limites de son saxophone (Langley) ; le bassiste Vincenzo Vasi se soumettant à des prescriptions de bain de bouche à la manière de Phil Minton (Confession) ; Francesco Cusa menant une pièce bruitiste et répétitive qui sacrifie à l’énergie ses bonnes résolutions de ne pas céder à la violence (Santa Inquisizione).

Car la première force de Switters est sa fougue. Repérable partout, adroitement canalisée (Salvatore Pagano) ou laissant échapper une ou deux fautes de goût (Carafa), menant le trio jusqu’à des fulgurances imparables (Serov). Jusqu’à présenter, au final, un brouillon charmant et inextricable de permissions stylistiques flamboyantes.

CD: 01/ Theory Of Conspiracy 02/ Cary Grant 03/ Switters 04/ Domino 05/ Langley 06/ Q 07/ Serov 08/ Confession I 09/ Mustang Sally Blues 10/ Bar Aurora 11/ New Middle Age Walking 12/ Carafa 13/ Santa Inquisizione 14/ The Anabaptist Loop 15/ Salvatore Pagano 16/ Theory Of Conspiracy II 17/ Ballata Delle Multinazionali

Switters - The Anabaptist Loop - 2005 - Improvvisatore Involontario. Import.

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The Vandermark 5: Alchemia (Not Two - 2005)

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Parler de jeunes jazzmen à l’homme de la rue et à celui de l’immeuble, il vous rétorquera – tout en investissant ses poches de peur que ne vous assaille l’idée de les entreprendre – Brad Mehldau ou Peter Cincotti. Pour ce qui est de l’allure nonchalante d’un artiste stylé propre à séduire les attentes pas décisives de cadres sous cultivés – et fiers d’être sûrs de se savoir tout le contraire -, ou pour la mèche impeccable reflétée par l’ivoire du piano - la photo est belle, même formatée, pour qui court le cliché -, l’injure saura être acceptée.

Le problème est que ce genre de points de vue, simplement exprimés par quelques crétins de plus – combien, déjà, entendus depuis le matin, tous thèmes confondus ?-, exclut tous les autres, ceux forgés à coups de recherches lentes et d’écoutes furtives ; ceux, en un mot, que ni radio ni magazine papier (puisque, selon les dires de tous, plus personne aujourd’hui ne regarde la télévision) n’aura pris soin, via le choix soumis aux maisons de disques et autres forces de l’ombre d’un programmateur / rédacteur, de nous faire avaler de force sans plus de peine que ça. Digéré vite, arrive le moment où il faut se vider, pour repartir plus léger où l’émetteur appelle.

Mais, à l’image de l’apparition de la Vierge à Notre Dame de la Salette, il arrive qu’une révélation touche de bien petits esprits. C’est pourquoi, si un de ceux trompés jusqu’ici se trouve en proie au doute et n’en puisse plus de répondre aux attentes de money makers contents que le monde tourne comme il tourne, une redirection peut s’imposer d’elle-même. Et pour cela, normal, de suivre quelques avis, d’attendre une aide quelconque ou, au moins, un soutien.

Quant aux autres, qui pensent avoir bien réfléchi et savent ne pas se laisser faire tout en continuant à applaudir aux accents parfaits d’un pianiste inutile / aux compositions invraisemblables d’un musicien profitant du temps qu’il passe entre les quatre murs de ses commodités pour écrire une ou deux pages de partitions d’un torchon voué au succès, n’ayant rien à apprendre, qu’ils passent leur chemin et dégagent l’espace d’une révélation faite aux auditeurs souffreteux en mal de guérison. « N’encombre pas la ligne, crie, en plus, maman dans l’escalier. Ta sœur attend un coup de fil du travail ! » Car exploitée, ta soeur, mais ravie autant que toi, la fin du mois venue, de pouvoir se dégueulasser l’oreille et le temps libre au son de hits fastueux subliminalement imposés. [Ce qui ne remet nullement en question son aplomb, à l’image de ce jour où, à un cousin éloigné qui essayait de lui venir en aide, elle destina ce : « Ta gueule maintenant !C’est pas parce que c’est inconnu que c’est meilleur, t'sais ! »]

Sentence implacable de qui avance seulement tiré par le bout du nez, que l’on doit cependant pardonner si l’on veut que les choses avancent. Car chacun naît innocent et si, pour la majorité, l’expérience traîne en longueur – irréversible pour certains autres-, elle n’empêche pas l’espoir de croire en l’évolution soudaine d’un ou deux imbéciles qui ne demandaient qu’à y voir clair sans jamais avoir osé exprimer la chose en public. Hier admettant le lyrisme de Keith ou la nonchalance de Jamie – cool, man, tu joues du piano en baskets ? - tout au long de soirées Martini-Tacos-Guacamole – les «soirées MTG », qu’ils s’amusent à dire ! - passées à discourir entre amis de musique et d’aide humanitaire dans des pays aussi pauvres que le décors habitatiste de l’appartement servant de lieu de rendez-vous, te voici aujourd'hui, à force de détermination, accepté enfin pour ce que tu es réellement : une personne comme les autres, qui souffrira toujours d’une assurance mal affirmée – la rechute, partout à craindre -, en passe, malgré tout, de devenir un être d’exception, affranchi et véritablement au courant.

Tortueux, le parcours à suivre. Qui mène jusqu’en Pologne, où l’on a pu récemment entendre les audaces du saxophoniste Ken Vandermark. Il n’inaugure pourtant pas là sa carrière. Il la poursuit, simplement, à l’abri des couvertures trop médiatiques, comme des amateurs snobs au point de simuler l’aumône. A Cracovie, donc, où The Vandermark 5 fût programmé six jours de suite au Club Alchemia.

Depuis quelques années, le quintette se fait un plaisir de reprendre des standards du free jazz (sur Free Jazz Classics, Vol. 1 & 2, notamment), et de défendre les compositions du leader, perles de culture aux influences éclatées. A Cracovie, on ne dérogera pas à la règle ; deux sets programmés par soir permettront l’enregistrement de 12 disques, portrait panoramique des possibilités modernes du jazz d’aujourd’hui. Celles dont s’est toujours montré capable, avec assez d’élégance pour passer inaperçu, Ken Vandermark, en tout cas. Rassasié à des sources diverses, il a su se construire une identité musicale, faite d’énergie et de rondeur, d’expérimentations et d’efficacité sincère. Partout à la fois sans jamais être un autre que lui-même. Et l’Alchémia, au mois de mars 2004, de changer d’atmosphères au rythme des morceaux à se succéder.

Privilégiant les cadences soutenues en ouverture de set (euphorique sur Telefon, furieuse sur Money Done), le quintette ne tarde jamais à surprendre le spectateur. Tente de le semer, même : alignant les free assumés (Strata, That Was Know) et les plages lascives (Outside Ticket, Camera, Gyllene), les démarches soul (la basse appuyée de Kent Kessler aidant, sur Other Cuts), et le cool jazz poussé un brin (Both Sides), les thèmes langoureux faits marches lancinantes (Long Term Fool) et le funk élégant (Knock Yourself Out).

Un mélange toujours subtil, tirant parti autant du choix du répertoire, que des digressions individuelles : l’archet envoûtant de Kessler sur Seven Puls Five, les contre-attaques incisives du trombone de Jeb Bishop livrées en réponse aux phrases éclairées de Vandermark et Dave Rempis (Auto Topography), ou les ruptures de rythme prononcées du batteur Tim Daisy, poussant les vents vers d’autres excentricités (Initials).

Jamais fade, le quintette répète au fil des soirs quelques thèmes originaux appropriés, en laissant rarement poindre la lassitude minime, oubliée bientôt, quand elle a pu être repérée, au son d’une pirouette ingénieuse - patchwork d’expérimentations ludiques ou afro beat minimaliste -, ou de l’interprétation intelligente de standards savamment choisis.

Car Vandermark sait envers qui il se doit d’être redevable, connaissant bien les rouages d’un jazz d’avant-garde qui le berce depuis longtemps, et les personnages qui ont dû tenir bon pour l’imposer enfin. Les hommages se bousculent alors, le quintette acceptant quand même de faire des choix, pour mieux mettre en valeur quelques figures incontournables du domaine : Roland Kirk et Sonny Rollins en tête, Archie Shepp, Cecil Taylor ou Don Cherry.

Le long de ses 6 soirées polonaises, The Vandermark 5 aura beaucoup servi Roland Kirk et Sonny Rollins. Chargeant la musique de l’énigmatique mutli-instrumentiste, d’abord, au pas d’un blues éléphantesque (The Black and Crazy Blues), les musiciens optent ensuite pour un swing frais et goguenard, adressant des clins d’œil à Bechet, Don Byas et Fats Waller, sans que cela ne les empêche de partir en vrilles sur une expérimentation aux gradations tonales dévalées (Rip Rig And Panic Suite). La lumière du jour décline, et avec elle, les impressions de Kirk passent de la nuit bleue (Silverlization/Volunteered Slavery) au noir angoissant (Inflated Tear).

A l’honneur, Sonny Rollins, aussi. Du hard bop faisant la part belle aux échappées du saxophone de Rempis (The Bridge) à l’une des sources du free (The Freedom Suite, Part 2), l’hommage est révérencieux et souple à la fois. Enfin, des sources aux bras du fleuve, The Vandermark 5 rend There Is The Bomb de Don Cherry, brillance du trombone et ruptures de rythmes rivalisant d’intérêt, explore les splendeurs nouvellement révélées du Conquistador, Part 2 de Taylor, avant de s’essouffler un peu sur Wherever June Bugs Go de Shepp.

Saluant à propos les anciens, Ken Vandermark se tourne aussi vers la jeune garde ; locale, qui plus est. Leur dernier soir de présence à Cracovie, le groupe tient à le passer avec des musiciens qu’ils n’auraient peut être pas rencontrés ailleurs. Le contrebassiste Marcin Oles et le batteur Bartlomiej Brat Oles prennent alors place sur la scène de l’Alchemia. Improvisant aux côtés de Vandermark, Bishop et Rempis, ils s’imposent un retrait qui semble aller de soi - par exemple, devant l’assurance du trombone (Free Jam 1) – avant d’introduire à deux, et avec brio, une Free Jam 5 plus que convaincante. Pour terminer, les cinq musiciens interprètent deux standards de la New Thing : Togo, d’Ed Blackwell, et Lonely Woman d’Ornette Coleman. Les Etats-Unis et l’Europe saluent alors les mêmes références d’un Free Jazz qu’ils ont construit à deux : d’un pays où il est né, à un continent où il a été accueilli avec (un peu) plus d’attention.

Deux endroits du monde qui, l’un comme l’autre, semblent avoir oublié que le jazz a, de tout temps, été une musique d’avant-garde, jamais une musique de variété. Alors, on confond aimablement : la musique de Charlie Parker effraye moins aujourd’hui – simple question d’habitude –, ce qui prouve que le jazz n’est pas affaire d’expérimentation ou de changements de cap. Or, on fustigea à l’époque les « cris » qui sortaient du saxophone de Parker , comme on crachera sur la furie du hard bop, l’ambiance de clinique du cool, l'anti-jazz de Dolphy avec Coltrane, puis celui de Coleman. Pour une seule raison : le changement opéré. Avec tout le respect dû aux jazzmen antérieurs, la nécessité de voir bouger les choses. De nos jours, presque pire : aux innovations et aux manières originales de penser le jazz de Ken Vandermark, William Parker, Hamid Drake ou Mats Gustaffson, l’enfumage est de rigueur : le jazz étouffé par des artistes de variété imposés, polluant un domaine inventif au lieu d’assumer leur choix de s’adonner à la variété. Pour couronner le tout, un dernier effet nocif : refusez de manger du Peter ou du Brad – nourriture indigeste, certes, mais surtout gênante parce que l’étiquette ment sur sa composition – et vous voici admis par le commun comme réactionnaire notoire, au mieux, faiseur de chapelle. C’est comme ça, les amateurs de "véritable" jazz rejettent la sélection que des maisons de disques qui ne savent pas de quoi elles parlent (ou font semblant) ont gentiment élaborée pour eux. Ayatollahs sévissant en souterrains, qu’ils restent entre eux, ces « fines bouches », et crèvent la faim avec ceux qu’ils écoutent.

CD1: 01/ Telefon 02/ Other Cuts 03/ Staircase 04/ Strata 05/ Free King’s Suite – Meeting On Termini’s Corner – Three For The Festival – A Handful Of Fives - CD2: 01/ Outside Ticket 02/ Money Down 03/ Camera 04/ Roulette 05/ Cruz Campo 06/ The Black And Crazy Blues CD3: 01/ Confluence 02/ Rip Rig And Panic Suite – From Bechet, Byas and Fats – Rip Rig And Panic – No Tonic Press 03/ Camera 04/ Both Sides 05/ Knock Yourself Out - CD4: 01/ The Cooler 02/ That Was Now 03/ Six Of One 04/ Silverlization / Volunteered Slavery 05/ There Is The Bomb - CD5: 01/ That Was Now 02/ Seven Puls Five 03/ The Bridge 04/ Gyllene 05/ Auto Topography - CD6: 01/ The Freedom Suite, Part 2 02/ Telefon 03/ Initials 04/ Camera 05/ Other Cuts 06/ The Black And Crazy Blues 07/ Knock Yourself Out - CD7: 01/ Money Down 02/ Inflated Tear 03/ Wherever June Bugs Go 04/ Camera 05/ Cruz Campo - CD8: 01/ Pieces Of The Past 02/ That Was Now 03/ Long Term Pool 04/ Strata 05/ Silverlization / Volunteered Slavery 06/ The Bridge - CD9: 01/ Conquistador, Part 2 02/ Knock Yourself Out 03/ Pieces Of The Past 04/ Camera 05/ Cruz Campo - CD10: 01/ That Was Now 02/ Gyllene 03/ Telefon 04/ Ken’s Final Speach 05/ Six Of One 06/ Other Cuts 07/ The Black And Crazy Blues - CD11: 01/ Free Jam 1 02/ Free Jam 2 03/ Free Jam 3 04/ East Broadway Run Down – Elephantasy/Complete Communion 05/ Theme For Alchemia 06/ Bemsha Swing - CD12: 01/ Round Trip 02/ Free Jam 5 03/ Free Jam 6 04/ Togo 05/ Lonely Woman

The Vandermark 5 - Alchemia - 2005 - Not Two.

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Kali Fasteau: Vivid (Flying Note - 2001)

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C’est à la toute fin des années 1960, que l’anthropologue émérite Zusaan Kali Fasteau décida de pratiquer un free jazz particulier, nomade et donc enrichi souvent. Enrichi encore, en 1998 et 1999, quand la multi instrumentiste donne 3 concerts aux Etats-Unis et au Canada, en compagnie – Joe McPhee excepté – de la jeune garde du jazz moderne.

Mis en avant, les saxophones : les sopranos de Fasteau et McPhee, l’alto de Sabir Mateen, ne cessent d’entamer des courses jubilatoires (Red), tissent quelques entrelacs (Tangerine), ou élaborent un free au-dessus de tout soupçon sur la section rythmique de William Parker, Hamid Drake et Ron McBee (Magenta).

Et l’expression libre explorée sérieusement de mener à plusieurs autres propositions : quête d’un apaisement revigorant (Chartreuse, Sea Green), blues chargé d’appréhension (Heliotrope), ou incursions en terres orientales mais pas étrangères : Sun Yellow ou Turquoise, sur laquelle la voix de Fasteau poursuit sans cesse la note de son autre instrument.

Car le jazz mis ici en pratique réserve une place de choix aux voix : celle de Fasteau, donc, qu’elle peut retoucher sur l’instant (Red) ou dont elle évalue la capacité à atteindre les hauteurs (Magenta), mais aussi celle de Drake, rassurée, sur Tamil Blue, par les percussions de McBee, qui avait mené juste avant une incursion chantée en Afrique désertique (Sienna).

Histoire, peut-être, de nuancer un peu la part belle faite, sur Vivid, aux instruments à vent. Préférence qui aurait été impossible à rendre sans la délicatesse de qui n’en étaient pas pourvus : la sensibilité de Parker, l’autorité pleine de retenue de Drake, ou les imprécations feutrées de McBee, nimbant tous trois les interventions irréprochables de Mateen, McPhee et Fasteau.

CD: 01/ Orange 02/ Red 03/ Turquoise 04/ Aquamarine 05/ Sun Yellow 06/ Chartreuse 07/ Tangerine 08/ Sienna (This Moment) 09/ Tamil Blue 10/ Royal Purple 11/ Pimento 12/ Heliotrope 13/ Violet 14/ Sea Green 15/ Magenta

Kali Fasteau - Vivid - 2001 - Flying Note. Import.

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Michael Blake: Right Before Your Very Ears (Clean Feed - 2005)

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Ancien membre des Lounge Lizards de John Lurie, le saxophoniste Michael Blake prône la dispersion. En tant que sideman – au sein de Medicine Wheel, notamment –, ou en tant que leader : pour la septième fois, avec Right Before Your Very Ears, il rassemble sous son nom les aspirations musicales d’un groupe ; ici, en compagnie du contrebassiste Ben Allison et du batteur Jeff Ballard.

Dès le premier morceau, le son évoque une façon d’entendre les choses proche de celle de Ken Vandermark (Run For Cover). Sacrifiant aux ruptures, le trio rend une musique presque effacée, bientôt poussée dans le dos, sans ménagement, jusqu’à l’expression violente. Un passage déstructuré (Right Before Your Very Ears), un autre emporté par la fougue d’un free réfléchi (All of This Is Yours), et la modernité de recevoir l’aval d’un leader qui connaît son sujet et donne à son discours une singularité évidente.

Si le vibrato de Blake évoque parfois Albert Ayler (Careless Love), et la densité de ses interventions Roland Kirk (Flip), on discerne aussi un amour certain pour le bop. L’influence de Monk sur Funhouse ou Mt. Harissa (avortant un Round Midnight générateur de nouveauté), le jeu apte à déceler toutes les échappatoires possibles à l’éternel recommencement (Fly With The Wind).

Alors, forme et fond rivalisent de qualités, et défendent finalement ensemble un jazz réjouissant, éclaté puis rassemblé, furibard qu’on ait pu l’assagir dans cet unique but : ménager avec éclats les influences étudiées et un style pluridirectionnel singulier. D’autant plus convaincant qu’il sait doser son ironie.

CD: 01/ Run For Cover 02/ Funhouse 03/ Mt. Harissa 04/ Right Before Your Very Ears 05/ Flip 06/ Fly With The Wind 07/ San Francisco Holiday 08/ All Of This Is Yours 09/ Careless Love

Michael Blake Trio - Right Before Your Very Ears - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Vernon & Burns: The Tune The Old Cow Died Of (Gagarin - 2005)

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Deux bidouilleurs écossais perdus parmi leurs bandes enregistrées donnent le change sur The Tune The Old Cow Died Of. Entre la pièce radiophonique et la composition de musique concrète, Vernon & Burns assemblent des fantaisies minuscules et offrent une bande sonore au non-sens.

Pour ce faire, le collage est encore la meilleure des techniques. S’amusant des faux départs et des plages sautillantes (Rhapsody In Rivets), accusant quelques samples de détournement d’idées (Zywiec), donnant dans l’insert de voix inédites (The Lady Moon Turns Sulky) ou incorporant à leurs artifices les enregistrements concrets d’une nature offerte (Nightspore, Rhapsody In Rivets), Vernon & Burns n’en finissent pas de tout transformer en matériau.

Sautant sur l’occasion de se livrer à quelques expériences indispensables – lorsqu’ils s’attèlent à capter, de l’extérieur d’une boîte de nuit, l’atmosphère avec laquelle doivent faire les refoulés : quelques graves brouillons d’Europop filtrant du paradis perdu liés aux sons des allées et venues d’une armée de déçus, le duo peut aussi mettre de côté la légèreté ambiante au profit de digressions martiales (The Piccadilly Wheepers) ou du relais d’un cri (The Unheimlich Manouevre).

Capable, ailleurs, de faire se rejoindre l’infime et l’infini, le duo passe de quelques pièces rythmiques minimales (Tantalising Twinkles, ou la célébration espérons-le alcoolisée du Sgt. Tennents Lonely Park Bench Band) aux fantasmes d’un voyage dans l’espace (The Lady Moon Turns Sulky). Toujours humblement, ceci dit, suivant l’usage d’éléments choisis pour leur originalité ou leur dérive possible. Afin de mieux réduire la musique au rang d’esthétique déjantée.

33 trs: A : 01/ Zywiec 02/ Rhapsody In Rivets 03/ Cubeskirl 04/ The Piccadilly Weepers 05/ Non-Members Night Out 06/ Serenity Showers - B : 01/ Tantalising Twinkles 02/ Nightspore 03/ Sgt. Tennents Lonely Park Bench Band 04/ Soft Nib 05/ The Lady Moon Turns Sulky 06/ The Unheimlich Manouevre 07/ Laughing Gravy

Vernon & Burns - The Tune The Old Cow Died Of - 2005 - Gagarin. Import.

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Lawrence English: Happiness Will Befall (Cronica Electronica - 2005)

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Prêt à réévaluer l’espace qui le sépare de l’enregistrement à ravir afin de définitivement se mettre en marche, Lawrence English a récemment rempli quelques cassettes d’atmosphères glanées dans des coins de son Australie, mais aussi en Nouvelle-Zélande, en Inde et à Singapour.

Restait ensuite, pour en faire Happiness Will Befall, de traiter le tout au moyen d’une guitare, d’effets divers et de programmations électroniques. Humblement, pourrait-on conclure, tant les retouches sont légères, ne raclant jamais sur l’évocation sonore d’un paysage qui l’a vu passer. L’approche acoustique d’English se traduit d’abord par un exposé sous cloche surréaliste d’un cliché de carnet de route : retenu, concédé à l’érosion des vents et de la grêle (Adrift).

Ailleurs, c’est un crachin électronique qui inaugure Within Confines of Glass, réceptacle étiré de textures diverses en perdition : émanations rythmiques post-industrielles, sombres nappes, buzz long à l’allumage, et parasites déjà en action sur Two Weeks I’ll Never Have Again. Là, English avait investi le champ répétitif à coups de rebonds pressurisés. Assez bien pour décevoir lorsqu’il se contente de trop peu, soit : de l’usage jusqu’à la corde d’une répétition au minimalisme simpliste (I’ve Been Happy Like This).

Parfois aussi, le jeu s’en mêle. De petites notes de guitare se disputent la priorité (Adrift) ; les aigus se font plus légers et les graves moins pesants, le temps de se partager l’espace selon une charte de bonne entente (Relocated). C’est d’ailleurs là que s’achèvera le disque, de façon plus terre à terre, pour mieux prendre note, sans doute, de ce qu’il aura su survoler.

CD: 1/ Adrift 02/ Two Weeks I’ll Never Have Again 03/ Within Confines of Glass 04/ I’ve Been Happy Like This 05/ Parallel (Midgap) 06/ Relocated (UTC)

Lawrence English - Happiness Will Befall - 2005 - Cronica Electronica. Import.

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Interview de Michael Blake

Blake

Ancien membre des Lounge Lizards de John Lurie, membre du Jazz Composers Collective, le saxophoniste canadien Michael Blake est, à 40 ans passés, une des figures charismatique d’une scène jazz new-yorkaise toujours aussi prompte à en découdre avec les combinaisons originales d’influences diverses et variées. Pour aborder la place de la musique de jazz face à l’étiquette qu’on en a faite, lire l’avis de Michael Blake, et écouter son dernier album, Right Before Your Very Ears, sorti cette année sur Clean Feed.

Comment es-tu venu à la musique ? Enfant, j’ai massacré quelques airs au violon et au piano. Après avoir essayé le sax d’un ami de mon père, j’ai voulu m’y mettre, mais mon frère pratiquait déjà l’alto, et il me fallait choisir un autre instrument. Finalement, on m’a mis à la clarinette, qui peut être considérée comme étant une bonne introduction au saxophone. A 17 ans, enfin, j’ai pu me consacrer au ténor.

Comment s’est passé ton passage de la pratique de l’instrument à l’entame d’une carrière professionnelle? John Lurie a-t-il joué un rôle de déclencheur ? En fait, j’ai commencé ma carrière professionnelle à 19 ans, et n’ai rejoint les Lounge Lizards qu’à 26 ans. J’avais donc une certaine expérience lorsque j’ai rencontré John. Mais il est vrai que le changement a été radical: le groupe avait réussi à obtenir une certaine reconnaissance, tant auprès du public que des gens du milieu. On y était bien payés et nous jouions, en plus, dans des endroits incroyables: clubs hip rock, théâtres ou festivals en plein air, devant quelques milliers de personnes.

A l’écoute de tes disques, mais aussi en parcourant tes interviews, on pourrait déduire que 3 jazzmen ont véritablement comptés pour toi. Je veux parler de John Coltrane, Roland Kirk et John Lurie Sur le fond, c’est exact. Ce qui ne veut pas dire que je ne m’intéresse à aucun autre musicien. Après l’évidence Coltrane, j’ai appris à connaître des artistes beaucoup moins célèbres, et je pense aussi porter une attention minutieuse aux jazzmen de légende. Et puis, je suis aussi admiratif devant des saxophonistes qui n’ont pas forcément grand-chose à voir avec le jazz, comme Roland Alphonso (Skatalites), Lee Allan (Little Richard), The Ethiopiques, Fela, etc.

Peux-tu me parler du Jazz Composers Collective (Collectif de musiciens de jazz new yorkais, ndlr)? Quel est ton rôle à l’intérieur de cette organisation ? A vrai dire, je n’y ai pas de rôle bien défini. Actuellement, même, notre charte est plutôt floue. Nous avons un peu laissé de côté notre rôle d’organisateur de concerts, à New York, pour nous concentrer sur nos devoirs de musiciens: nous avons participé à quelques festivals de jazz, dont 2 fantastiques basés au Brésil. The Herbie Nichols Project, que nous avons monté pour défendre ensemble un répertoire commun, existe toujours, mais je m’y investis un peu moins. Cela reste, avant tout, le projet de Ben (Allison) et Frank (Kimbrough). Ron Horton se donne beaucoup de mal pour rechercher et classer des morceaux inédits d’Herbie. Le collectif fut un merveilleux point de départ à la préparation de nouveaux travaux. J’ai beaucoup composé pour mes concerts, et cela m’a permis de creuser dans le répertoire de Lucky Thompson, que j’explore aujourd’hui avec mes formations.

Peux-tu justement me parler de celle avec laquelle tu as enregistré Right Before Your Very Ears ? J’y joue du ténor et du soprano, Ben Allison de la contrebasse et Jeff Ballard de la batterie. Cela fait 20 ans que je joue avec Ben. Jeff faisait partie de son groupe depuis pas mal de temps, mais ils n’avaient pas joué ensemble depuis des lustres, ce que je leur ai permis de faire à nouveau.

Le disque investit autant le champ du free jazz que celui du bop, entre autres. Mixer plusieurs courants accomplis de l’histoire du jazz est-elle une façon moderne d’aborder ce style aujourd’hui ? En ce qui me concerne, j’essaye d’écouter et de comprendre l’intégralité de l’histoire du jazz. Je ne veux pas dire que j’apprécie tout ce que j’y trouve, mais j’essaye vraiment de tout écouter. Les musiciens d’aujourd’hui qui travaillent à leur propre expression ont assez de technique, de goût et de connaissance, pour pouvoir parvenir à mixer tous ces styles. Et pourquoi, même, ne pas remuer tout ça? Je pense que c’est une chose que l’on retrouve chez les grands musiciens. J’aime Coltrane - surtout ses œuvres tardives -, mais j’aime aussi Lucky Thompson et Don Byas, et je veux trouver un moyen de faire sortir tout ça de mon instrument.

Ton site internet annonce: «Son travail efface élégamment les frontières entre les champs musicaux». C’est quoi, ces champs ? Pop, Rock, World, R'n'B, Latin, blah, blah, blah.

Le jazz arrive en premier… Pourtant, tu fais la différence entre «improvisateur» et «jazzman»… Selon, moi, voici la différence: un musicien de jazz est un improvisateur étiqueté. Un improvisateur est un musicien de jazz non étiqueté. Avec les Lounge Lizards, j’ai pu apprendre de nouvelles choses en musique, et s’est aussi révélé à moi un monde du jazz assez conservateur. Les musiciens de jazz m’ont paru avoir l’esprit étriqué, et leur activité était (est), pour la plupart d’entre eux, esclave des labels, du classement des critiques et des publicitaires. Même le free jazz m’est apparu être un genre prétentieux, embourbé dans sa propre rhétorique. A mon avis, ces 10 dernières années, les choses ont un peu progressé : il y a de plus en plus de labels singuliers, de magazines d’un nouveau genre, comme AAJ (All About Jazz, ndlr), et de plus en plus de pays sont retournés à une musique personnelle, originale, qui ne peut plus se satisfaire de copier ce qui vient des Etats-Unis. Il est pourtant difficile pour moi d’éviter ce recours au catalogage «jazz», étant donné que je joue du saxophone, et écris pour des instruments et quelques ensembles s’adonnant à la musique jazz. Mais quand le terme «jazz» finit par accueillir à bras ouverts une musique que je considère mauvaise, cela me gêne beaucoup. Si tu écoutes la radio, tu entendras la plupart du temps, rangés dans ce domaine, de la mauvaise fusion, ou des chanteurs, tous essayant maladroitement de recréer une atmosphère évanouie depuis longtemps. Avec un peu de chance, tu entendras une réédition qui sonnera toujours mieux que n’importe quoi d’actuel. Pourquoi les personnes en charge d’établir ce genre de playlists portent leur choix sur la pire musique disponible? Des centaines d’albums sortent chaque mois, et au moins une douzaine d’entre eux sont excellents. Mais ces types préféreront toujours un chanteur gentillet ou un «groove» efficace parce qu’il plaira plus à Monsieur Tout le monde. Or, ceux qui aiment le jazz – même Monsieur Tout le monde – saisissent le beau, l’angoissé ou l’étrange. Tant que c’est de la bonne musique, n’importe qui pourra l’apprécier. Peu importe comment on l’appelle.

Tu ouvres ton dernier album au son d’un bruit provocateur. Les maisons de disques ne t’ont jamais appris que ce genre de procédé pouvait effrayer Monsieur Tout le Monde, justement? Essentiellement lorsqu’il a décidé d’écouter un disque en magasin avant d’en faire l’achat…  Voilà une excellente question… Clean Feed, mon label, voulait commencer l’album avec un morceau différent, chose que je ne pouvais pas concevoir. Mais, «effrayer» des gens? Si cela les effraye, ils feraient mieux de se prévenir contre les actualités, et même contre la réalité ! Je pense que mes labels – Intuition, Clean Feed, Stunt et Songlines – veulent vendre quelques CD, comme tout le monde, mais ils tiennent aussi à œuvrer pour la crédibilité de leurs artistes. Si les vendeurs de magasins de disques connaissent leur métier, j’espère qu’ils conseilleront le bon album à chacun de leurs clients. Si Right Before Your Very Ears n’est pas celui-ci, peut être qu’Elevated ou Drift le sera.

Michael Blake, novembre 2005.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Anthony Braxton: Live at The Royal Festival Hall (Leo - 2005)

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Le 15 novembre 2004, au Royal Festival Hall de Londres, Anthony Braxton interprétait sa Composition 343 en quintette. Inédit, celui-ci, qui voit le maître entouré de jeunes musiciens attentionnés et brillants. Devant eux : 2000 personnes.

La première des deux parties suit des mouvements giratoires. Quelques pauses sont permises, pendant lesquelles la formation avance prudemment ses propositions : la retenue évidente de la guitare de Mary Halvorson, ou l’expression plus convulsive du trompettiste Taylor Ho Bynum. Convoités, les conseils de Braxton ne tardent pas : investissant bientôt un passage improvisé sans garde-fou, propulsant quelques rauques, vitupérant toujours.

Lorsque l’on retrouve l’unisson, voici le saxophoniste passé au soprano. La langueur relâche alors les tensions, invite même le contrebassiste Chris Dahlgren à une introspection apte à recevoir le grain savoureux d’un free jazz jouant, au gré de la partition, avec les dissonances rebondies et les recadrages nécessaires. La fulgurance collégiale et le chaos subtil en guise de conclusion.

La seconde partie, plus courte, opte dès le départ pour l’expérimentation évidente. D’une forme générale plus déconstruite, elle débarrasse le quintette des contraintes. Laissant le temps à Satoshi Takeishi de propulser ses interventions sur percussions de manière à faire tanguer assez l’ensemble, Braxton fomente ses attaques au soprano, qui viendront compléter les accords saturés de guitare posés en arrière-plan, pour mener à son terme une pièce abrasive et instantanée.

Puisque pas un trimestre ne passe sans que la discographie d’Anthony Braxton ne connaisse une actualité, l’idée paresseuse pourrait nous frôler, cherchant à nous persuader qu’il n’y aurait rien de grave à laisser passer ce disque-ci. Or, Live at the Royal Festival Hall est bien près d’être indispensable : interprétation énergique et éclairée, et présentation in vivo de quatre nouveaux visages. Le relâchement, pour après.

CD: 01/ Composition 343, Part 1 02/ Composition 343, Part 2

Anthony Braxton - Live at The Royal Festival Hall - 2005 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International. 

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