Le son du grisli

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Steve Lacy: Solo (In Situ - 1991)

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Le 6 décembre 1985, Steve Lacy donnait à la galerie Maximilien Guiol, Paris, un concert en solo. Exercice qu’il appréciait, attenant à un auditoire respectant à peine la distance minimale imposée par la taille de son saxophone soprano. Comme souvent, Lacy débute par un hommage à son maître, Thelonious Monk, dont le Work avoue l’influence plus qu’évidente, l’ancrage initiatique qu’il arrive aussi aux compositions personnelles du saxophoniste de trahir (Clichés, ici ; Prospectus, ailleurs).

Attentif à ce qu’il est capable de ressentir et à ce qu’il doit traduire sur l’instant, Lacy enchaîne 8 morceaux. Evidemment introspectifs, mais autant à l’écoute de l’interprète que des propositions du soprano, médium chargé de possibilités et de couleurs diverses. Alors, un référent introductif tourne en rond avant de suivre la trajectoire d’une spirale tout juste éclose, récitation par cœur d’un mini thème répétitif affublé de digressions (Morning Joy). Le changement accordé toujours, revendiqué par les séries et les silences, aussi léger soit-il (Coastline).

Considérant son instrument sous toutes les coutures, Lacy ne le charge jamais sans avoir préalablement pesé le pour et le contre. Accueillant la phrase qui s’impose seulement lorsqu’elle peut s’avérer adéquate, qu’elle sorte d’on ne sait où (Rimane Pooo) ou manipule un thème connu forçant aux portes (échantillon galvaudé d’I Got Rythm en ouverture de Deadline).

L’expérience est exclusive et le jeu parfois impersonnel. Jamais austère, parce que toujours estimé avant d’être rendu, abandonné, offert. La force de Lacy se trouvant dans le partage évident d’une épreuve artistique qui aurait pu ne concerner que lui. Et, don ultime, qu’il permet au spectateur de suivre, voire, de comprendre.

CD: 01/ Work 02/ Morning Joy 03/ Coastline – Deadline 04/ Clichés 05/ Retreat 06/ The Gleam 07/ Rimane Poco

Steve Lacy - Solo - 1991 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.

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David Murray: Waltz Again (Justin Time - 2005)

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Depuis Charlie Parker, de nombreux musiciens ont compté sur l’apport d’une section de cordes pour envisager autrement le jazz. Aux sérieuses intentions du Third Stream s’opposent les tentatives sincères de Clifford Brown, Julius Hemphill ou Arthur Blythe, et plus récemment, celle à moitié transformée de Sonny Simmons. En 2002, David Murray se frottait en quartette – Lafayette Gilchrist (piano), Jaribu Shahid (contrebasse), Hamid Drake (batterie) – à l’expérience.

D’ambition plus affirmée, son Waltz Again nécessita la compagnie d’une dizaine de musiciens classique. Allant et venant sur le free introductif de Pushkin Suite #1, ils suivent les arrangements réfléchis de Murray, prenant tour à tour la forme de boucles lancinantes ou fantasmant l’intervention vagabonde d’un grand orchestre égyptien. Le long de 7 mouvements, le quartette hésite cependant sans cesse entre les attaques cinglantes et une démarche plus lyrique. Un accent de Prokofiev fait ainsi suite à une bande deux fois originale de film noir, les accents retenus de Drake ouvrant le passage aux progressions affreusement romantiques du piano.

Plus naïf dans sa forme, Waltz Again renoue avec la fraîcheur des premières expériences, et dépose un swing charmeur qui contraste avec l’efficacité recherchée plus loin dans le calcul d’un saxophone à l’unisson des cordes (Dark Secrets). Le discours grandiloquent gagne ensuite Steps – où les nappes de violons sauront bientôt motiver Murray à renouer avec ses capacités reconnues d’improvisateur -, avant de perdre totalement Sparkle, morceau jouant d’envolées faciles sur l’accompagnement d’un Gilchrist capable seulement de convenance.

Waltz Again de décevoir, au final. Apte à surprendre ici ou là, voici les quelques trouvailles rapidement mises à mal, et pas seulement par les parties de violons et violoncelles. Loin d’être les seuls à instiller un brin d’affectation, changé bientôt en pompe suffisante. De jazzmen qui suivent la partition pour ne pas perdre leurs partenaires venus d’ailleurs, et en rajoutent jusqu’à les surpasser bientôt en politesse stérile.

CD: 01/ Pushkin Suite #1 02/ Waltz Again 03/ Dark Secrets 04/ Steps 05/ Sparkle

David Murray 4tet & Strings - Walt Again - 2005 - Justin Time. Distribution Harmonia Mundi.

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People Like Us : Story Without End (Sonic Arts Network, 2005)

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Derrière People Like Us se cache Vicki Bennett, artiste oeuvrant depuis 1992 à l’édification de collages sonores - disques ou émissions de radio. Inspiré par Dada, les Surréalistes ou les incrustations couleur d’un monde de série B, son univers, résumé en quatre films musicaux, est aujourd’hui présenté sur DVD, produit pas les anglais décalés de Sonic Arts Network.

Parti à la recherche d’une American Way of Life éteinte, Bennett rapproche d’abord les images d’une utopie confondant progrès et suprématie et la mélodie doucereuse d’un conte de Noël servie par un robot de Capek entré en collision avec Fred Astaire (We Edit Life). Passé à l’utilisation d’une mélodie du bonheur, il cherche le contraste auprès de scientifiques déraisonnables et de leurs idées noires. Savants fous courant après les manières d’imposer ordre, beauté et bon goût, bientôt pris dans l’engrenage rouillé des vérités chaotiques (The Remote Controller).

L’étrange, ailleurs, mais concernant cette fois les conséquences possibles des désirs de conquête insatiables. Sous l’influence graphique des Monty Python et de Topor, Bennett imagine une Metropolis en feu sous le regard lointain d’une garçonne pas concernée et sur une citation de Satie (Resemblage). Plus proche d’un court métrage d’Hitchcock, cette fois, des enfants aux commandes de vies miniatures, sur Story Without End.

En quatre films courts et autant de compositions sonores évaluées, People Like Us démonte la culture populaire imposée pas des marionnettistes au pouvoir. Emmêle les ficelles, brouille les pistes de références galvaudées, et commande quelques valses pour faire naître chez le danseur l’insouciance nécessaire à l’équilibre, seul moyen de relativiser la folie des politiques de terreur.

People Like Us : Story Without End (Sonic Arts Network)
Edition : 2005.
DVD: 01/ We Edit Life 02/ The Remote Controller 03/ Resemblage 04/ Story Without End
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tetsu Inoue: Yolo (DiN - 2005)

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Ayant collaboré avec élégance à des projets menés par Bill Laswell, Atom Heart ou Taylor Deupree, Tetsu Inoue n’a jamais cessé de se pencher en solo sur la tournure adéquate à conseiller aujourd’hui à la musique assistée par ordinateur. Neuvième album sous son nom, Yolo poursuit la quête d’une Ambient originale.

Pas effrayée à l’idée d’aller voir ailleurs qu’aux endroits destinés à ses nappes, celle-ci peut lorgner vers la pop au son de carillons synthétiques (Tane) ou du recours à un mini schéma mélodique (S Equation), vers l’expérimental (Sour Cloud) ou du côté d’un bruitisme vaporeux proche de celui de Rafael Toral (Particular Moments, Curve). Les méthodes appliquées convoquent les oscillations longues et les inserts légers (Remote), la réverbération et l’écho (O Shape), les répétitions discrètes (Spirit Of Data), et un reverse qui, d’effet, a été transformé en réel instrument (Particular Moments, Remote). Le tout englobé par des basses rassurantes, et fleuri d’émanations plus abstraites. Echappant, par là même, à la définition. Le geste précis, Inoue sait se contenter de peu, économe sur la forme, généreux d’une autre manière. Trompeuse, l’esquisse n’en est pas une. Derrière elle se cachait l’essentiel ramassé.

CD: 01/ Tane 02/ Remote 03/ Particular Moments 04/ Curve 05/ O Shape 06/ Flow 07/ S Equation 08/ Sour Cloud 09/ Super Nature 10/ Spirit Of Data

Tetsu Inoue: Yolo - 2005 - DiN. Import.

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Interview de Cyro Baptista

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Exceptionnel percussionniste brésilien, répondant avec enthousiasme aux sollicitations musicales diverses et variées, Cyro Baptista fait partie de ces créateurs protéiformes, salués souvent et excusés parfois par la mise en avant d’un manifeste personnel et original. Défendant la relativité des gestes, le sien gagne en mystère lorsqu’il approche, jusqu’à se fondre avec, les bizarreries d’un personnage qui cultive un penchant grisant pour l’absurdité, au point que délire et confusion mentale se trouvent parfois à deux doigts d’être confondues. Mais qu’importerait à Cyro, qui a choisi depuis longtemps de faire comme il lui plaît, travaillant l’antimoine musical ou réévaluant les limites du bon et du mauvais goût, ne perdant jamais le fil d’une réflexion qui profite des entremêlements ou répondant à la question qu’il préfère parmi les deux qu’on lui pose…

Cyro, où et quand êtes-vous né ? Je suis né au Brésil, où poussent les palmiers et chante le Sabia.

Comment êtes-vous venu à la musique ? C’est la musique qui est venue à moi / J’étais comme un aimant / J’ai cherché à fuir / Mais Elle m’a toujours débusqué.

Quelles étaient vos aspirations musicales lorsque vous étiez débutant ? Quelles sont-elles aujourd’hui ? Au début, mon voeu était de jouer des percussions lors de la plus grande manifestation dédiée à la vue et l’ouïe de l’humanité jamais donnée sur cette planète.

Et vous semblez ne jamais vous arrêter, jouant tellement que vous ne pouvez faire autrement que de côtoyer des musiciens différents – de Derek Bailey à Sting - et que l’on pourrait se demander si vous êtes toujours en accord avec la musique des disques pour lesquels vous avez enregistré… A partir du moment où je commence à me sentir en désaccord avec la musique que je joue ou avec celle que j’ai pu jouer, alors, au même moment, quelque part dans le monde, quelqu’un essaye, pour une raison inconnue, d’extraire les tripes du ventre d’un autre être humain. Mais, enfin ! Ce que je fais n’est que de la musique…

Certes, mais cette passion pour la musique au point de parfois privilégier la participation aveugle plutôt que l’édification d’une esthétique raisonnée est unique… Est-ce elle qui vous autorise à parfois reléguer l’esthétique au second plan ? La passion de composer et de jouer de la musique est ce qui façonne, transforme ou déforme la réalité de l’Esthétique.

Vous sortez aujourd’hui Love The Donkey, sur le label Tzadik. Son écoute établit un parallèle certain avec l’univers de Tom Zé… Pensez-vous que la musique d’aujourd’hui peut exister sans explorer son histoire ou ses traditions ? Love The Donkey est un disque basé sur les concerts donnés ces dernières années avec le groupe Beat The Donkey. Ce show s’est construit autour de mon envie de relier les sphères de la musique, du théâtre et de la danse. Pour cela, j’ai institué comme matériau de base un support très personnel, fait d’images de mon enfance et d’autres racines que je traîne avec moi. Beaucoup d’artistes, de nationalités et de backgrounds différents, sont passés par Beat The Donkey et ont contribué à la construction et à la déconstruction de l’histoire et des traditions sur lesquels nos spectacles ont été bâtis. C’est ce que Nana Vasconcelos appelle les « Traditions modernes. »

Est-il plus simple pour vous d’évaluer ces « traditions » aux saveurs brésiliennes depuis New York ? Je ne pense pas jouer d’une musique emprunte d’une quelconque saveur brésilienne. Je laisse ça à ceux qui jouent de cette bossa nova nouvelle formule très populaire en Europe. Love The Donkey défend une musique de bon et mauvais goûts, mélangée à des odeurs et à la sueur extraite de ce magnifique premier quart de siècle qui coule au rythme où je traîne mon cul dans La Belle New York. Bien sûr, dans chacun de mes enregistrements et concerts, on peut trouver le Brésil, mais pas parce que je suis une « marionnette folklorique » qui vient de là-bas. C’est plutôt évident, sur Love The Donkey, parce qu’on s’y délecte de la chair de chacun des représentants du paysage musical qui nous entoure. J’ai pu jouer avec des musiciens que j’aime, comme Tom Jobim, Caetano Veloso et Milton Nascimento. Mais j’ai aussi joué avec Santana, Art Blakey et John Zorn. The Donkey appartient au monde entier.

Cyro Baptista, novembre 2005. Remerciements à Dave Weissman.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Franziska Baumann, Jurg Solothurnmann, Christoph Baumann: Potage du jour (Leo - 2005)

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Depuis 1999, la chanteuse Franziska Baumann, le saxophoniste Jurg Solothurnmann et le pianiste Christoph Baumann, travaillent ensemble à une musique pêchant un peu partout les ingrédients de sa composition instantanée. Figures d’une nouvelle scène suisse, n’hésitant plus à faire preuve de courage, comme le prouve le choix du titre de leur premier album : Potage du jour.

En guise d’ouverture, les inspirations du saxophone répondent sur piano sombre aux interventions de la voix (Are). Elle, donne dans le lyrisme échevelé ou joue avec des références plus légères, rappels à un univers de dessins animés (We) ou décalages permis (It, le hip hop gangrené par la décadence bourgeoise). Avec Only, le trio marque un temps, pendant lequel il semble s’interroger. Le grain de voix mis maintenant au service d’un scat presque éteint annonce l’heure des essais plus expérimentaux. Les souffles secs de Solothurnmann (In) précèdent alors les examens oto-rhino-laryngologiques subis par la chanteuse (Soup), assez éreintants pour la voir régresser jusqu’au babillement (For).

La recette expérimentale, à force d’éclater, aurait pu faire virer le potage au bouillon. Or, l’ensemble tient, sans que l’on sache vraiment comment. Et même si l’improvisation du trio n’arrive pas à se hisser au niveau de celui des maîtres du genre, cette présentation de la palette de Franziska Baumann assure une descendance en devenir aux fastueuses Maggie Nicols et Lauren Newton.

Franziska Baumann, Jurg Solothurnmann, Christoph Baumann : Potage du jour (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD : 01/ We 02/ Are 03/ Only 04/ In 05/ It 06/ For 07/ Soup 08/ Enjoy!
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernest Dawkins: Chicago Now, Thirty Years of Great Black Music Vol.1 (Silkheart - 1997)

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En 1994, à l’occasion du trentième anniversaire de l’A.A.C.M., le New Horizons Ensemble du saxophoniste Ernest Dawkins rendait hommage aux fondateurs de l’association comme aux représentants les plus charismatiques du jazz d’avant-garde. Mais de manière originale, mettant de côté la reprise de standards pour distribuer les hommages aux rythmes de compositions signées du leader ou de son tromboniste, Steve Berry.

Ensemble, les deux hommes inaugurent Improvisation # 1, morceau au laisser-aller coulant, capable de distiller un peu de swing aux phrases répétitives. Le reste du sextette ne tarde pas à justifier de sa présence : prédominance de la section rythmique (Yosef Ben Israel et Reggie Nicholson) sur des compositions efficaces jouant des déclinaisons tonales (The Time Has Come, Bold Souls) ; poids des deux autres solistes, que sont le guitariste Jeffery Parker (sur Flowers for The Soul, surtout) et le trompettiste Ameen Muhammad (partout où il joue).

Sans jamais perdre de vue l’efficacité qu’il a toujours mise en avant dans sa musique, Dawkins adresse donc des clins d’œil : aux compagnons de l’A.A.C.M. que sont l’Art Ensemble (Improvisation #2) et notamment Lester Bowie (Runnin’ From The Rain), et aux maîtres jamais trop remerciés – Ornette, sur un post-bop dans lequel s’immiscent des périodes commandées de flottement (Zera) ou la délicatesse virant au chaos spatial de Flowers for The Soul, ou Roland Kirk, sur la soul d’une valse lente jusqu’à la marche (Dream for Rahsaan).

Dans le livret, le saxophoniste approfondit encore les dédicaces, dresse un répertoire de musiciens ayant œuvré avec générosité pour la Great Black Music, et vient ainsi compléter l’excellent concert de louanges. Pas terminé, celui-ci, puisque d’autres égards indispensables seront distribués le long d’un Volume 2.

CD: 01/ Improvisation #1 02/ The Time Has Come 03/ Improvisation #2 (My Baby Blues) 04/ Bould Souls 05/ Dream For Rahsaan 06/ Zera 07/ Flowers for the Soul 08/ Runnin' From the Rain

Ernest Dawkins - Chicago Now, Thirty Years of Great Black Music Vol.1 - 1997 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.

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John Watermann: Epitaph for John (Korm Plastics - 2005)

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Une collaboration entamée par l’artiste John Watermann et Frans de Waard, du label Korm Plastics, transformée en hommage. Le 2 Avril 2002, jour de la mort de Watermann, les travaux en commun ont investi le champ de l’attente. Le temps pour Waard de réfléchir à la poursuite encore possible du travail, mais pas sans quelques soutiens.

Appelés, Asmus Tietchens, Ralf Wehomsky (RLW), Masami Akita (Merzbow) et Freiband. Le cahier des charges invitant chacun d’eux à traiter les enregistrements de Watermann, matériaux naturels en quête de continuité artificielle. Offerte, si possible, par ceux-là, qui ont tous collaboré un jour avec le personnage à regretter.

Alors, Tietchens fait des dernières bandes de son complice une ode aux souffles divers - qu’ils affichent une exclusivité dérangeante (JWAT 3) ou se trouvent une place au creux d’une ambient industrielle (JWAT 1). Dans la même optique, Ralf Wehowsky invite l’auditeur à s’adapter à des larsens bientôt chassés par les bourdonnements (Seeking Perfection).

Plus loin, la discrétion abstraite de Freiband sur Threnody contraste avec la progression d’Untitled for John Watermann de Merzbau : à force de tintements et d’inserts parasites, une mini rythmique s’installe et rend convaincante cette nouvelle expérience sonique. Plus brut, l’exposé fait par Frans de Waard d’un dernier enregistrement de Watermann rend une zoologie mise en boîte, incarnée ou factice (Toowong Cemetary).

La collaboration achevée enfin pour avoir su accueillir les effets d’artistes non programmés mais tous redevables, d’une façon ou d’une autre, à John Watermann. Qui ont élevé ensemble un monument élégant, et évoqué si bien Watermann sur Epitaph for John que ce disque devra renoncer à ses qualités de compilation pour venir compléter et conclure la discographie personnelle du disparu.

CD: 01/ Asmus Tietchens - JWAT 1 02/ Asmus Tietchens - JWAT 2 03/ Asmus Tietchens - JWAT 3 04/ Asmus Tietchens - JWAT 4 05/ RLW: Seeking Perfection - Somewhere Else 06/ Merzbow - Untitled For John 07/ Freiband - Threnody 08/ John Watermann - Toowong Cemetary

John Watermann - Epitaph for John - 2005 - Korm Plastics. Distribution Metamkine.   

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François Tusques: Free Jazz (In Situ - 1991)

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Près de cinq ans après son enregistrement (1960), le Free Jazz du double quartette d’Ornette Coleman trouvait un écho en France. D’une improvisation collective à l’autre, le temps nécessaire à la formation d’une équipe de France capable de suivre la piste débusquée outre-Atlantique, intimidante de permissions et de pièges à éviter.

A la tête du sextette, le pianiste François Tusques, qui se souvient de l’unique soupçon de direction musicale : « J’ai simplement demandé aux musiciens de jouer triste. » Initiée par les fulgurances cinglantes du contrebassiste Beb Guérin, l’originalité s’impose au gré des instruments à vent de François Jeanneau et Michel Portal, de la répétition d’un duo d’accords de piano, et des changements de rythme insatiables signés Charles Saudrais (Description automatique d’un paysage désolé 1).

Branlante, la batterie conduit ensuite La tour Saint Jacques, d’où l’on peut voir que Tusques ne renie pas toujours les (re)trouvailles mélodiques, quand la trompette de Bernard Vitet et la clarinette basse de Portal enfoncent une note sur le thème, et que Jeanneau s’occupe de fioritures sensibles sous l’influence des figures de Coltrane et Dolphy. Plus loin, une Sophisticated Lady réinventée, moderne et déliquescente, concède un presque romantisme à l’explosion (Description automatique d’un paysage désolé 2) ; un Souvenir de l’oiseau rendu en musique par une régénération de vents impossibles à éteindre, transpose le tableau dans un ciel d’orage.

Pour sortir des tourmentes, la frénésie de Saudrais sera nécessaire, invitant saxophone, clarinette et trompette à accentuer encore l’acharnement (Souvenir de l’oiseau 2), avant d’atteindre un univers sombre, aux interventions brèves des solistes, du Souvenir de l’oiseau 3. La tristesse emportée par la fougue, Tusques peut soumettre à son équipe l’idée d’une conclusion imminente – notes au piano recouvrant l’effort collectif – et signer enfin une version française digne d’intérêt et faiseuse de promesses.

CD: 01/ Description automatique d'un paysage désolé 1 02/ La tour Saint-Jacques 03/ Description automatique d'un paysage désolé 2 04/ Souvenir de l'oiseau 05/ Souvenir de l'oiseau 2 06/ Souvenir de l'oiseau 3

François Tusques - Free Jazz - 1991 (réédition) - In Situ. Distribution Orkhêstra International.

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Henry Taylor: Crooning The Anger (El Gallo Rojo - 2005)

henrytaylorgrisliQuartette originaire de Bologne emmené par Enrico Sartori, Henry Taylor défend une vision musicale des choses qui assume les contradictions. Voilà pourquoi le titre, Crooning The Anger, clame haut vouloir cadrer la rage, comme dévier malignement la première chanson douce.

Pour bien faire, la section rythmique (la contrebasse d’Antonio Borghini et la batterie de Zeno de Rossi) dépose les bornes inaltérables contre lesquelles viendront se briser les phrases libres du saxophone de Sartori (Triadi). A l’unisson avec le piano de Fabrizio Puglisi, le même alto se contentera de trois phrases mélodiques appelées à la dissolution, tout juste rencontrées sur le champ libre offert par un gimmick de contrebasse (O.C.).

Ailleurs, se glissent références et clins d’œil : dans la reprise d’un thème de Carla Bley, démembré (Jesus Maria) ; dans l’évocation de Mingus via l’usage d’une clarinette basse rappelant celle de Dolphy (Underdog, muant rapidement en une valse speedée pêchant par trop de brillances) ; ou dans le fantasme d’une situation, celle où l’on révèlerait à un crooner de légende les atmosphères particulières des compositions de Nino Rota (The Crooner).

Un morceau mis à part (The Rebels, interprété par un groove band sans saveur), l’ensemble persuade intelligemment du bien fondé des intentions du quartette, comme de leur mise en pratique. Revigorant, le jazz d’Henry Taylor se paye même parfois le luxe de griser sans artifice ronflant.

CD: 01/ Il Giallo 02/ Triadi 03/ Jesus Maria 04/ O.C. 05/ The Rebels 06/ Dvjie Kune 07/ Underdog 08/ The Crooner

Henry Taylor - Crooning The Anger - 2005 - El Gallo Rojo. Import.

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