Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Terry Day: Interruptions (Emanem - 2006)

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Ayant investi, dès les années 1960 au sein de People Band, ou ensuite d’Alterations, le champ musical improvisé de manière plus qu’acharnée, Terry Day remettait ça en solo entre 1978 et 1981. Usant à l’envi du re-recording, passant d’un instrument à l’autre, il fabrique selon une méthode aléatoire une trentaine de piécettes braques et insouciantes.

Inaugurant sa sélection par un morceau de bravoure lyrique pour piano détourné (Piano 1), Day décide de concilier l’expérimentation revendicatrice (Drums / Altos / Balloons, Theme Continued 2), l’exécution musicale frénétique et expiatoire (Bamboo Solo, Alto With English Plastic Reed, Alto / Cello / Drums), et les plages récréatives.

Au compte de celles-ci, un jeu extravagant de chansons déraisonnables : Be A Good Boy (en compagnie du guitariste Peter Cusack), rengaine punk plaidant la cause de l’enfance, It Ain’t My Cup of Tea, blues rock enragé qui rappelle certains morceaux de Daniel Johnston et devine le sort que destinera Eugene Chadbourne à la chanson country, ou Eaters (aux côtés du saxophoniste Davey Payne), qui résume presque à lui seul l’ensemble des peu sérieuses intentions d’Interruptions, au son de « Hello, Hello, Hello, Hello, And Goodbye Quick ».

Répéter le même enthousiasme à n’en faire qu’à sa tête, avant de tourner rapidement les talons. Or, Terry Day compte aussi sur l’assouvissement apaisé d’Oriental Theme 1, le charme complexifié d’Oriental Theme 2, l’incantation déconstruite d’Imperfection, ou la grâce ramassée d’un concert de flûtes et de violoncelle sur Eric, pour aménager à destination de l’auditeur des plages reposantes. Indispensables à une meilleure compréhension de la folie ambiante autant que liants efficaces d'un projet solo plus que licencieux.

CD: 01/ Piano 1 02/ Toy Ensemble 03/ Straight Bamboo Pipe Duet 04/ Bamboo Solo 05/ Drums / Altos / Balloons 06/ Alto with English Plastic Reed 07/ Alto With American Bari Reed 08/ One and Two Cellos 09/ Oriental Theme 1 10/ One and Three Cellos 11/ Oriental Theme 2 12/ Two Cello Fragments 13/ Bottleneck Mandolin 1 14/ Be A Good Boy 15/ Theme Continued 1 16/ Theme Continued 2 17/ Theme Continued 3 18/ The Found Chord 19/ Alto / Cello / Drums 20/ It Ain’t My Cup of Tea 21/ Alto & Cello 22/ Piano 2 23/ Drums & Mandolin 24/ Imperfection 25/ What a Lovely Day 26/ Eaters 27/ Soprano 1 & 2 28/ Crackle Box & Altos 29/ Crackle & Bamboo 30/ Spliced Balloons 31/ Bottleneck Mandolin 2 32/ Eric

Terry Day - Interruptions - 2006 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.



Product (Cronica Electronica - 2006)

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Sixième compilation de la série Product initiée par le label Cronica electronica, celle-ci rassemble 4 projets soucieux de varier le propos d’une ambient expérimentale parfois trop rigoriste. L’enjeu, pas impossible, demandait pourtant d’autres efforts.

Ouvrant le bal, Pawel Grabowski imbrique field recordings et drones, reverses et larsens, dans le but d’illustrer cette étrange fatalité, qui veut qu’un citoyen polonais installé en Irlande ne peut avoir d’autre état d’esprit que celui du désespoir. N’apportant rien de plus à ce qui a déjà été fait dans le domaine, But I’m Not n’a pourtant rien à envier à l’Ariane de Jorge Mantas (The Beautiful Schizophonic), qui réécrit sur effets de masses une nouvelle bande originale au film Eraserhead.

Se contentant de quelques souffles rapportés (Elektra, Nadja) ou d’une promenade en méandres obscurs (Lorelei), Mantas termine en conciliant une nouvelle atmosphère pesante et une chansonnette, légère et hors sujet, extraite du film La captive (Aquatica). Impeccable de lourdeurs, donc, jusqu’au bout.

Pour effacer ses maladresses, il faudra au Product convier les aînés : le Portugais Paulo Raposo et l’Américain James Eck Rippie. Sur Natureza morta, le duo mêle avec inspiration la musique concrète, le field recording et des inserts électroniques choisis. Installant sans y toucher une progression récréative, les deux hommes démontrent que l’ambient, même expérimentale, a d’autres cartes à jouer que celle, assommante, de l’affliction sans âme.

CD: Pawel Grabowski, But I'm Not : 01/ But I'm Not 02/ Product Silence - The Beautiful Schizophonic, Love Songs for a Psychoacoustic Girl : 03/ Ariane (I have tasted the fire in her mouth) 04/ Nympha (Sleep is my favourite innocence) 05/ Neina (Is she dreaming me?) 06/ Venusiana (Post-romantic suite) 07/ Oriana (Draconian girlfriend) 08/ Nadja (I still can smell the darkness in her skin) 09/ Elektra (Skywatcher) 10/ Sophia (Lonely hearts are the new deads) 11/ Lorelei (She always makes love with the dark on) 12/ Aquatica (Canto-beijo) 13/ Product Silence James Eck - Rippie & Paulo Raposo, Natureza Morta : 14/ Natureza Morta 15/ The Beautiful Schizophonic: A Feather in My Bathtub (Physical evidence of a dreamscape)

Product - 2006 - Cronica Electronica.


Joe McPhee: N.Y.N.Y. 1971 (HatOLOGY - 2006)

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Captation d’un concert donné en 1971 par le Survival Unit de Joe McPhee, N.Y.N.Y. 1971 est l’enregistrement qui décida Werner Uehlinger à fonder Hat Hut, label fêtant aujourd’hui ses 30 ans au son d’une réédition prenant les allures intactes d’un savant retour aux sources.

Auprès de Clifford Thornton, son mentor, McPhee passe du saxophone ténor à la trompette, conduisant d’abord un free hurlant à l’intensité portée par les coups de grosse caisse d’Harold E. Smith (Black Magic Man), pour déconstruire ensuite son Nation Time. Moins vif que dans sa version originelle (publiée jadis par CJRecords, rééditée aujourd’hui par Atavistic), le morceau profite de l’apport du piano de Mike Kull pour afficher des intentions plus lascives, parmi lesquelles celle de Thornton, déposant au cor un lyrisme charmeur.

Ainsi, un parallèle évident avec le quartette historique de Coltrane court ici ou là : sur Song For Lauren, progression distinguée que l’on bouscule parfois, ou Harriet, rappelant tous deux Alabama. Ailleurs, un free expiatoire prend le dessus, qu’il soit mené par les intersections sans nombre des instruments à vent (Message from Denmark), ou par les répétitions lancinantes de McPhee et Thornton, les interventions compulsives de l’alto de Byron Morris (The Looking Glass I).

Les attaques virulentes toujours contrebalancées par quelques résolutions délicates, N.Y.N.Y. 1971 s’impose aujourd’hui encore comme un enregistrement de premier ordre. Qui, un des premiers, aura porté au jour l’éclat déroutant des contrastes.

CD: 01/ Annoucement 1 02/ Black Magic Man 03/ Annoucement 2 04/ Nation Time 05/ Song For Lauren 06/ Annoucement 3 07/ Message from Denmark 08/ The Looking Glass I 09/ Harriet

Joe McPhee Survival Unit - N.Y.N.Y. 1971 - 2006 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.


Rudi Mahall: Solo (Psi - 2006)

mahallgrisliEntendu récemment sur l’immense hommage rendu par Alexander Von Schlippenbach à Thelonious Monk, le clarinettiste Rudi Mahall s’adonnait encore plus récemment à l’exercice du solo improvisé.

Grand admirateur de Dolphy, Mahall destine dès le départ un clin d’œil évident au God Bless The Child du maître, précipitations circulaires et concentration directive à l’appui (I). Débarrassé de toute retenue, il peut avancer ensuite sur terrains glissants, à pas comptés tout de même, pour ne perdre jamais de sa stabilité : distribuant couacs, frottements et grincements en guise d’ornementation facétieuse (II), ou intronisant ces mêmes effets ossature équivoque d’une expérimentation légère (VI).

Ménageant la chèvre expérimentale et le chou mélodique (sur V, notamment), Mahall dose avec minutie les combinaisons changeantes à extraire de sa clarinette basse. Estimant ici (III) les effets de différents souffles sur la pratique de son instrument, il ne voit pas d’inconvénient à se laisser aller là (IV) à un swing élaboré, et en revenir ainsi à Lacy, Monk, et même Bechet.

Intelligent d’un bout à l’autre de son Solo, Rudi Mahall maîtrise avec une même aisance son instrument et le recours immédiat à ses influences musicales enracinées. Aisance qui va jusqu’à lui permettre une légèreté impérieuse, qui noue naturellement le contact entre un auditeur au sol et un musicien évoluant dans les hautes sphères.

CD: 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V 06/ VI 07/ VII

Rudi Mahall - Solo - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.


Crawling With Tarts: Ochre Land, Blue Blue Skies / Grand Surface Noise Opera Nr. 7 (Pogus - 2006)

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Sous le nom de Crawling With Tarts, Michael Gendreau et Suzanne Dycus se penchent depuis 1983 sur le cas d’une musique conceptuelle, modérée parfois jusqu’à prendre des airs d’ambient expérimentale décente. Enregistrées entre 1994 et 1997, deux pièces reviennent ici sur les postures appréciées du duo, opéras inadéquats au décorum de l’ingurgitation en grand restaurant – et donc, cul serré - d’un tournedos Rossini.

Lâché dans la sauce, un moteur encore fumant tiendra à lui seul le propos d’Ochre Land, Blue Blue Skies. D’abord discret, il se fera une place de plus en plus bruyante parmi les interventions éclatées d’instruments inventés et les extraits d’environnements retenus sur bandes (bruits de pas, voix, vent…). Jusqu’au ronflement extrême, décoré d’extras de crachins, d’effets de masse et de larsens. Pas suffisant, toutefois, pour adhérer complètement au bien-fondé du discours, plutôt nébuleux, tenu par le duo.

C’est qu’il fallait attendre Grand Surface Noise Opera Nr. 7, pièce plus subtile inaugurée par le collage d’un piano jouet, des sifflements d’un simili cristal et de chants d’oiseaux impossibles. Malléable, l’ensemble est étiré jusqu’à l’effilement, laissant bientôt tout l’espace à une construction anarchique plutôt que rococo, faite d’extraits d’exercices audio tirés de méthodes d’apprentissage de langues. Se chevauchant, celles-ci imposent un esperanto crasse facilitant l’échange obligatoire de monstres consommant.

Puisque invités à le faire par d’autres voix, à l’origine d’un autre collage sur lequel se coupent, sur ambiance kitscho-lounge, quelques publicités radio dont Gendreau et Dycus ont extrait l’insipidité pour mieux fomenter leur harangue contestataire. Matraquée bientôt au rythme des coups portés sur fond de bande originale sirupeuse, instituant enfin une indus minimaliste.

Le retour du piano jouet sonne l’heure de la conclusion, scellant le concept souvent maîtrisé et pas si hermétique d’une musique à deux doigts de ne plus en être une, et fantasmant, quand elle l’est tout à fait, la rencontre inédite de Merzbow et de Tim Steiner.

CD: 01/ Ochre, Blue Blue Skies 02/ Grand Surface Noise Opera Nr.7 : The Decadent Opera (Rococo)

Crawling With Tarts - Ochre Land, Blue Blue Skies / Grand Surface Noise Opera Nr. 7 - 2006 - Pogus. Distribution Metamkine.



Alan Silva: Take Some Risks (In Situ - 1990)

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Contrebassiste averti auprès de Cecil taylor, Albert Ayler ou Frank Wright, Alan Silva est plus encore ce multi instrumentiste rassembleur qui dirigea, dès 1969, le Celestrial Communication Orchestra - ensemble musical idéal dont les membres rivalisaient de charisme sans paraître y toucher (Anthony Braxton, Grachan Moncour III, Malachi Favors, Dave Burrell, Leroy Jenkins, etc.). L’époque des grandes heures du free révolue, Silva pourra revenir aux formations réduites.

Comme ce 23 novembre 1986, à la Galerie parisienne Maximilien Guiol. Introduisant en compagnie du batteur Roger Turner une progression longue et multiforme, Silva trace des parallèles mélodiques avec chacun de ses partenaires - Didier Petit au violoncelle, Bruno Girard au violon, puis Misha Lobko aux clarinettes – avant d’engager le quintette à se laisser plus amplement aller.

Alors, les musiciens traînent le long d’une route non balisée, donnant ici dans la répétition, là dans la cacophonie expiatoire, dérivant entre free jazz, musiques contemporaine et nouvelles. En improvisateurs chevronnés, Silva et Turner mènent à propos un concert qui, sans en prendre les airs, a tout de la délicatesse.

Présente encore davantage sur la deuxième piste, celle-ci, qui accommode savamment les percussions extatiques et les rebonds auxquels s’adonnent les graves de la clarinette basse et de la contrebasse. Le temps d’une fulgurance, concentrée et abrupte. Conclusion distinguée et façon comme une autre de sceller l’évolution gérée ingénieusement.

CD: 01/ 01 02/ 02

Alan Silva - Take Some Risks - 1990 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.


Joe Fiedler : Plays the Music of Albert Mangelsdorff (Clean Feed, 2005)

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Gérant au mieux l’intérêt qu’il porte à la musique latine (sideman de Tito Puente ou Chico O’Farrill) et un autre résolument tourné vers un jazz d’avant-garde (ayant enregistré auprès d’Anthony Braxton ou Andrew Hill), le tromboniste Joe Fiedler rend ici hommage à un des maîtres de son instrument : Albert Mangelsdorff.

Tirant 9 titres du répertoire de l’Allemand, Fiedler construit en trio un jazz hésitant entre efficacité soignée et complexité faite ambiance. Alors, l’interprétation ronde de Wheat song - ultra swing et soul précieuse - ou le funk gouailleur de An Ant Steps On An Elephant’s Toe contrastent avec la mise à plat du thème de Rip Off, porté par l’archet du contrebassiste John Herbert, ou l’atmosphère diaphane bousculée par les assauts de batterie de Mark Ferber de Mayday Hymn.

Elégant ailleurs, il arrive par deux fois au trio de s’égarer, auteur de reprises plus poussive (Lapwing) ou altérée par un arrangement maladroit (Zores Mores). Bémol écarté par l’assurance dégagée avec laquelle il réinvente Do Your Own Thing ou Now Jazz Ramwong.

Premier enregistrement à rendre entièrement hommage à Mangelsdorff depuis sa disparition, Joe Fiedler Trio Plays The Music Of Albert Mangelsdorff modernise un peu plus un propos d’une densité altière. Variant les approches pour mieux rendre improbable la redite monotone.

CD: 01/ Wheat Song 02/ Rip Off 03/ Now Jazz Ramwong 04/ An Ant Steps On An Elephant’s Toe 05/ Mayday Hymn 06/ Lapwing 07/ Zores Mores 08/ Wart G’Schwind 09/ Do Your Own Thing

Joe Fiedler - Plays the Music of Albert Mangelsdorff - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Transit: Transit (Clean Feed - 2005)

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Quartette emmené par le percussionniste Jeff Arnal, Transit défend sur son premier album une musique improvisée aux Etats-Unis, chargée pourtant de références européennes autant qu’elle s’attache à habiter le domaine réservé d’un jazz libertaire plus local.

Ainsi, c’est à Sunny Murray que le jeu d’Arnal fait d’abord penser. Conduisant un free jazz à l’ancienne sur Cortelyou Q – comme plus tard sur Der Blatt -, le batteur estime les charges à confronter des solistes : phrases répétitives du saxophoniste Seth Misterka, quand la trompette de Nate Wooley tient davantage de la folie introspective, voire, refoulée.

Pourfendeurs souvent d’une déconstruction en règle, les musiciens déposent une musique dite « réductionniste », cherchant avant tout à tempérer les gestes et mesurer leurs effets, soit, à courir sans cesse derrière l’épure (Gowanus Canal, Brick City Part 1). Moins convaincants ici, cependant, que lorsqu’ils imposent un thème plus vigoureux virant à la plainte enthousiaste (Ditmas Park) ou une marche lancinante gonflée au contrepoint et aux harmoniques (Brick City Part 2).

Alors, pour l’emporter tout à fait, reste à compter sur l’appui du contrebassiste Reuben Radding. Toujours à propos, il arrondit les angles d’un archet courbe (Ditmas Park) ou les aiguise, au contraire, au moyen de craquements et grincements décidés (Sabbath Siren). Enveloppe, en un mot, une improvisation hybride qu’il révèle probante.

CD: 01/ Cortelyou Q 02/ Van Brunt 03/ Gowanus Canal 04/ Sabbath Siren 05/ Brick City Part 1 06/ Brick City Part 2 07/ Journal Square 08/ Der Blatt 09/ Ditmas Park 10/ Red Hook

Transit - Transit - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet: Bad Guys (Clean Feed - 2006)

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Plusieurs fois sideman de Mingus ou Muhal Richard Abrams, aperçu aussi aux côtés de Sam Rivers ou Miles Davis, le trompettiste Jack Walrath remet cette année au goût du jour le co-leading. Conduisant avec l’aide du contrebassiste Zé Eduardo un quartette qui réconcilie, au son de Bad Guys, exigence et allégresse.

Rayonnants, les 4 hommes s’accordent sur les figures influentes partagées, évoquant Monk sur un post bop affiné (Simian Spring Song), reprenant Mingus le temps d’un Sue’s Changes alambiqué, ou appliquant la méthode adéquate à la gestion euphorique d’un groupe, à l’image d’autres leaders contrebassistes, Ronnie Boykins (Birds Fly Free) ou Charlie Haden (Sun Sol, air simulant le folklore, raffiné et apaisant).

Ailleurs, en compagnie du saxophoniste Jesus Santandreu – qui aura adressé sur Simian Spring Song un clin d’œil à Coltrane -, Walrath dépose un contrepoint sur un rythme latin arrangé pour s’emporter bientôt, et permettre ainsi quelques incartades free (Belly up to the Bazaar). Virulence poussée encore sur Prou de Misteri, histoire de défendre aussi une avant-garde repérable exclusivement en accès de fièvre.

En faveur du contraste, l’impression lâche et la valse branlante que sont Novíssimos et Realejo, drainés par le dosage concentré de Marc Miralta, batteur qui, d’un bout à l’autre de l’album, aura fomenté en toute discrétion quelques étourdissements légers (Birds Fly Free, Sun Sol). Faits, au final, cause défendue par l’entier quartette, qui, pour avoir su multiplier les distinctions, signe un disque tout simplement supérieur.

CD: 01/ Simian Spring Song 02/ Birds Fly Free 03/ Novissimos 04/ Sue's Changes 05/ Belly up to the Bazaar 06/ Realejo 07/ Prou de Misteri 08/ Sun Sol

Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet - Bad Guys - 2006 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Miller + Fiam: Modern Romance (Expanding Records - 2006)

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Chantre d’un minimalisme électronique revendicatif, l’Australien Dave Miller s’acoquine à Harry Hohnen pour délivrer un Modern Romance qui combine propositions sûres et tentatives défaillantes. Sans chercher une minute à évaluer l’intérêt de l’ensemble.

Alors, partout où il va voir, le duo se montre capable du meilleur et du pire : penché sur une ambient raffinée (Tempest in a Teacup) ou grossière (Too Often) ; échafaudant des constructions rythmiques, délicates (Slowing to a Stop, Edge of Midnight) ou poussive (Thousand Francs) ; donnant dans la pièce musicale répétitive, avec assurance (Tired Neighbourhood Bird) ou sans (Complex Kisses).

Pour prendre l’avantage, reste aux deux hommes de profiter d’interventions acoustiques choisies : piano et contrebasse déposés comme il faut (Tired Neighbourhood Bird) ; une guitare, surtout, gonflant à elle seule Band on the Street, bossa réinventée, élégante et à peine perceptible, assénant sur rythme bancale des gifles à tout amateur de Trip do Brazil.

Perdus parmi la diversité de leurs idées brutes, Miller + Fiam réussissent quand même à échapper au pire, tombés comment sur quelques compositions valables. Mais n’ayant pas pris la peine de filtrer leurs intentions, Modern Romance souffre d’un manque de conviction qui relativise les essais acceptables.

CD: 01/ Tempest in a Teacup 02/ Tired Neighbourhood Bird 03/ Armchair 04/ Edge of Midnight 05/ Band on the Street 06/ Thousand Francs 07/ Complex Kisses 08/ Wise Coward 09/ Too Often 10/ I Need a Riverboat 11/ Martinos 12/ Slowing to a Stop 13/ Dead Sea

Modern + Fiam - Modern Romance - 2006 - Expanding Records.



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