Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Ab Baars : Kinda Dukish (Wig, 2005)

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Aperçu aux côtés de Roscoe Mitchell, Misha Mengelberg ou Steve Lacy, le clarinettiste et saxophoniste hollandais Ab Baars a depuis longtemps décidé comme eux de défendre la musique improvisée autant que la musique écrite. Dernier ouvrage en date en faveur de cette dernière, Kinda Dukish, qui extrait une dizaine de standards du songbook de Duke Ellington pour adresser un hommage différent au monument.

Différent parce que gardant une distance de courtoisie avec les pièces du maître - Baars osant à peine reprendre leurs noms d’origine pour intituler ses reprises. Les intentions une fois mises à plat, le trio que le clarinettiste forme depuis une quinzaine d’années avec le contrebassiste Wilbert de Joode et le batteur Martin van Duynhoven peut, avec l’aide du tromboniste Joost Buis, se mettre à l’œuvre.

Alternant les morceaux de swing irréprochable (tenté par la déconstruction sur Kinda Bear ou imperturbable sur Kinda Perdido), les réécritures fantasques (valse saccadée pour Kinda Gentle, pose velléitaire pour Kinda Lafitte) et les bouleversements passagers d’un free savant (Kinda Solitude, Kinda Prelude), le groupe maintient sans faiblir une vitesse de croisière judicieuse.

Domestiquée, l’improvisation incorpore la conduite des interprétations, et inocule souvent une inventivité bienfaitrice à l’ensemble. La méthode est prouvée, qui sait gérer l’entente entre respect du thème écrit et bienveillance vis-à-vis de l’instinct apparu soudain, et fait mouche une fois encore. Si loin, si proche, Kinda Dukish. Ou la relecture fidèle et dégagée d’un patrimoine universel par 4 musiciens en verve.

Ab Baars Quartet : Kinda Dukish (Wig)
Edition : 2005.
CD : 01/ Kinda Solitude 02/ Kinda Lafitte 03/ Kinda Bear 04/ Kinda Caravan 05/ Kinda Gentle 06/ Kinda Half 07/ Kinda Harlem 08/ Kinda Braud 09/ Kinda Prelude 10/ Kinda Perdido
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sawako: Hum (12k - 2005)

sawakogrisliSi collectionner les field recordings qu’elle met en boîte l’amuse, Sawako ne peut s’empêcher de les confronter à d’autres sortes d’enregistrements avant d’envisager leur partage. Sous forme d’ambient, souvent à deux coudées de se faire pop expérimentale.

Avec Hum, la voici usant 7 fois de la même formule : aux enregistrements du dehors, Sawako mêle les bribes sonores d’un instrument joué par quelques invités - hésitations vocales de Taylor Deupree (Pink Liquid Cotton Candy) ou guitares et pianica d’Aoki Hayato (Incense of Voice, Way Home From School). Reste ensuite à fleurir les combinaisons de programmations électroniques minimales, de titillements de larsens, et de traitements divers de réverbérations.

Et les résultats de différer. Si Pink Liquid Cotton Candy tourne rapidement en rond, les nappes redondantes de Ruch ou la boucle décalée d’un accord de piano sur White Sky Winter Chicada flattent naturellement les intentions de Sawako. A l’intérieur de Hum, les atmosphères circulent donc entre deux sentiments contraires, qui finiront par s’accorder étrangement sur Cloud No Crowd, progression ingénieuse jouant des résonances, bientôt ravalées par un reverse justicier.

Venu conclure un ouvrage plaidant pour une autre version de l’ambient électro-acoustique généralement défendue par le label 12K. Dans une version moins opaque qu’à l’habitude.

CD: 01/ Pink Liquid Cotton Candy 02/ Patchwork Blanket 03/ Ruch 04/ Incense of Voice 05/ Way Home From School 06/ White Sky Winter Chicada 07/ Cloud No Crowd

Sawako - Hum - 2005 - 12k. Distribution Metamkine.

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Alessandra Rombolá: Urueña (Sillon - 2005)

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Installée à Madrid, c’est en voisine que la flûtiste italienne Alessandra Rombolá s’est rendue à Urueña pour emplir d’improvisations profanes l’église de la ville. Afin d’attaquer un peu les voûtes au son d’expérimentations variées, et de sortir aussi son tout premier disque, Urueña.

Dans lequel on trouve certains éléments tirés d’un répertoire que les improvisateurs du jour ont en commun : rebonds graves des clefs de l’instrument, souffles fulgurants en traversant l’appareil interne, volutes mimant mal les mélodies possibles, grincements contemplatifs et gargarismes échappés en tube.

Evitant les redites, Rombolá assemble ces ingrédients à des touches plus personnelles (interventions vocales proches de grognements d’animaux lourds, recours au subterfuge d’une flûte faite percussion) pour rendre compte enfin d’une densité troublante. Lorsqu’elle prend l’église Ermita de la Anunciada pour cadre de la conduite d’un exorcisme (Hisopo), par exemple, ou quand, redevable, elle y peint la lutte de Jacob avec l’Ange dans une niche oubliée, au moyen de souffles rapides et d’un bourdon sonore installé (Amapola).

Provocante, elle se laisse charmer par l’incantation et sort de sa réserve une danse indienne encore inédite (Nueza). Oscillant sans cesse entre le sacré de l’endroit et le profane de ses propres gestes, Alessandra Rombolá aura, au terme, beaucoup donné sans avoir rien voulu prévoir. Et le plus petit don – larsen et grincements de Jazmín – d’incarner en lui la loi humaine et charmante de l’inabouti.

CD: 01/ Nueza 02/ Hisopo 03/ Dulcamara 04/ Amapola 05/ Quejico 06/ Jazmín

Alessandra Rombolá - Urueña - 2005 - Sillon. Import.

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Belong : October Language (Carpark, 2006)

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Sous la tutelle de Joshua Eustis (Telefon Tel Aviv), Belong – nouveau duo de la Nouvelle-Orléans – s’initie à la mise en bouteille d’un fluide musical. Particulier, celui-ci, mais pas sans attaches, à en croire les références évidentes débitées par le rouleau des nappes sonores constituant l’essentiel d’October Language : My Bloody Valentine, Medicine, Gas ou Rafael Toral.

Engagé, donc, sur la voie d’un bruitisme mélodique, Turk Dietrich et Michael Jones multiplient les constructions denses, expectorant toujours, qu’elles finissent par buter sur une répétition analogique extatique (I Never Lose. Never Really) ou déferlent jusqu’à n’en plus pouvoir, avant de choisir enfin l’accalmie progressive (Remove The Inside).

Les nappes insatiables peuvent aussi aller et venir au gré d’un rythme changeant (Who Told You This Room Exists ?) ou accueillir, pour tout ornement, les stridences d’une guitare éloignée (All Equal Now, October Language) ou les sollicitations de sirènes égarées (Red Velvet or Nothing).Les déferlantes passées, une traînée de basses est parfois repérable, quelques inserts minuscules osent soudain paraître. Sans rien changer à l’essentiel : amas de claques bruyantes et progressions dynamiques distribuées partout. Perpétuation persuasive de la musique défendue par des noms déjà cités. Voire, apothéose actuelle d’un genre.

Belong : October Language (Carpark Records / Differ-ant)
Edition : 2006. 

CD : 01/ I Never Lose. Never Really 02/ Red Velvet or Nothing 03/ October Language 04/ I’m Too Sleepy… Shall We Swim? 05/ Remove The Inside 06/ Who Told You This Room Exists? 07/ All Equal Now 08/ The Door Opens The Other Way
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernest Dawkins: Chicago Now – Thirty Years of Great Black Music, Vol.2 (Silkheart - 1997)

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Suite et fin des hommages distribués pour marquer les 30 ans de l’A.A.C.M., le deuxième volume de Chicago Now – Thirty Years of Great Black Music s’ouvre au son d’un post-bop dédié à Monk. S’il évoque bien sûr le pianiste, Monk’s Temptation laisse échapper aussi quelques allusions à Mingus (claque rythmique et persuasion de Ben Israel) ou, de nouveau, à l’Art Ensemble of Chicago (percussions et sifflets récréatifs).

L’Art Ensemble, parallèle manifeste, repérable ailleurs lorsque le New Horizons prend les airs truculents d’un big band de la Nouvelle-Orléans (Looking for Ninny), évoque sur une marche posée la figure du contrebassiste Malachi (Many Favors), ou fait tinter quelques clochettes sur les décharges dissonantes de l’Improvisation #3.

Reprenant deux morceaux déjà interprétés, Dawkins déclame en parfaite harmonie avec la trompette d’Ameen Muhammad le thème de Zera, comme il prouve que l’émulsion peut faiblir, sur le développement poussif de Runnin’From The Rain. Que suit et annule Planet East, simili funk au mouvement dense, gérant au mieux les tentations free échappées de l’unisson des vents, sur les roulements de batterie de Reggie Nicholson.

Second pan de la célébration et autre épreuve fabriquée dans la foulée, Chicago Now – Thirty Years of Great Black Music, Vol. 2 rétablit l’évidence d’une musique facétieuse ne rognant jamais sur l’exigence.

CD: 01/ Monk’s Temptation 02/ Runnin’From The Train 03/ Planet East 04/ Zera 05/ Improvisation #3 06/ Looking For Ninny 07/ Many Favors

Ernest Dawkins - Chicago Now – Thirty Years of Great Black Music, Vol.2 - 1997 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.

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Kali Fasteau, Rafael Garrett : Memoirs of A Dream (Flying Note, 2000)

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En présentant deux enregistrements de performances, Memoirs of a Dream revient sur la collaboration initiée en 1971 au sein de The Sea Ensemble par le couple Kali Fasteau / Rafael Garrett.

Improvisant d’abord dans un studio de Hollande en 1975, le duo tire le meilleur de la large palette d’instruments dont ils disposent et qu'ils maîtrisent en utilisant le re-recording. Entamé par les pizzicatos en cascades de la contrebasse de Garrett, Streaming Love accueille les intuitions de Fasteau, traduites à la harpe ou au piano, et prend la forme d’une expression plus que libre. Assez bien défendu, le free jazz déployé perd un peu de son rythme et appréhende des déconstructions évanescentes, rendues par la clarinette de Garrett et le violoncelle de Fasteau.

Presque naturellement, le couple s’est donné pour but de former un langage, œcuménique et sincèrement nomade. Seule contrainte, sans doute, le passeport requis par l’usage. Alors, des terres explorées au son de flûtes typées (Shakuhachi, Kaval, Nai) dévoilent par endroits des effets de voix mystérieux, et rendent une harmonie du monde faite refuge temporaire.

Deux ans plus tard, en concert à Ankara, Fasteau et Garrett ouvrent de façon plus minimaliste ce qui deviendra Come From Deep. Les percussions légères logent stridences et dissonances avant qu’un piano et une clarinette choisissent d’élaborer ensemble un swing titubant. Bienveillant, l’endroit invite le couple à tresser des influences orientales, balayées bientôt par un free éloquent.

Jusqu’à ce que l’éloquence instrumentale reconduise au langage : vocalises impénétrables cherchant à établir la communication, rêvant de transmission et de partage immédiat. Tous deux permis par le final, qui résout l’équation au moyen d’une sorte de blues du désert, abouti et sage. Et marque le repère où se termine le voyage. Initiatique et volubile. Insoupçonnable et caressant.

Zusaan Kali Fasteau, Donald Rafael Garrett : Memoirs of A Dream (Flying Note).
Réédition : 2000.
CD1: 01/ Streaming Love - CD2 : 01/ Come From Deep
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mui: Inside A Moving Machine (Keplar - 2005)

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Deux ans après la sortie de son premier album, le duo italien Mui présente Inside A Moving Machine. Où l’on mêle programmations électroniques et interventions acoustiques pour la forme, explorations sonores personnelles et influences advanced post-rock ravalées pour le fond.

Résultat des mélanges, une improbable variété. Selon que Fabrizio Tropeano et Stefano D’Inncecco installent une ambient proche de celle de To Rococo Rot (Singapore, Sin parar de jugar), une pop électronique naïve jusqu’à la grossièreté (Transizione Salentina), quelques progressions rythmiques convaincantes (Les enfants sourient, Phonemeout), ou qu’ils investissent le champ d’un jazz empreint de post rock.

C’est d’ailleurs là que Mui saura offrir le meilleur. Dans la construction, à partir d’un sample de batterie roulante, d’une pièce répétitive colorée par une guitare évoquant celle de Jim Hall et le concours du saxophoniste Stefano d’Amelio (39°). Ou dans l’interprétation d’un thème par les mêmes instruments placés sous les auspices chimériques du Chicago Underground ou du Claudia Quintet (In me-moria).

Les couleurs différentes livrées par paquets. Plutôt soignées, ensuite ; assez bien en tout cas pour que l’on passe sur les 2 ou 3 maladresses d’Inside a Moving Machine, deuxième album pertinent d’un duo qui réconcilie quelques broutilles que tout opposait jusqu’alors.

CD: 01/ Singapore 02/ Les enfants sourient 03/ Transizione Salentina 04/ 39° 05/ Phonemeout 06/ Before Closing 07/ In me-moria 08/ Sassi 09/ Sin parar de jugar

Mui - Inside a Moving Machine - 2005 - Keplar. Distribution Nocturne.

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Fred Frith: The Compass, Log and Lead (Intakt - 2005)

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Sur The Compass, Log and Lead, Fred Frith s’engage sur la voie de l’improvisation savante, usant de l’interaction d’instruments de bois et de traitements électroniques. Et dresse auprès de Carla Kihlstedt et Stevie Wishart une musique nouvelle puisant sa force dans le monde ancien.

Allant chercher loin les instruments à intervenir, Frith privilégie les cordes et les orgues en tous genres. Au son des attaques qu’il porte à sa guitare, il ouvre l’album sur le mode des transports et suit la route tracée par des fureteurs de la trempe de Micus ou Brahem, avant d’atteindre déjà les portes de l’Inde, sur un simili raga porté par les larsens électroniques de Wishart (A Beautiful Thing to Forget).

Si l’improvisation peut être plus déconstruite, jouant des interférences et des intentions d’échapper à toute règle (Look at Sky Go, Abstract Expressionism), le trio se met parfois d’accord dès le départ sur les épreuves à rendre : étude minutieuse d’un agrégat de cordes (I Am Buffalo Bill Today), défense des propositions répétitives du violon de Kihlstedt sur les nappes de l’orgue à manivelle (Postcard from the Back), ou invention sur l’instant d’un folk inédit (Aller retour).

Sans rien laisser paraître du mouvement nécessaire, le trio conduit la couleur de l’ensemble vers d’autres parterres, voire d’autres époques : Espagne d’Aranjuez sur Initially This ou Chine révélée aux soupirs trois fois rendus des violons (Dog-Eared), morceaux d’une connaissance aujourd’hui universelle, absorbée et digérée sans même y prendre garde, au point d’y instiller un peu de blues sur une rythmique de vieux roulements en marche (I Am Map).

Car la mécanique aussi joue ici un rôle important. Celle d’une vielle à roue emportant quelques cordes dans les parties sombres de sa structure (Initially This), ou celle décidant de fioritures métalliques à poser sur la corde vibrante de Time Goes Largo, conclusion copiant ses méthodes sur le premier titre de l’album, Time Comes Presto, autant que stratagème venant boucler le tropique et retourner le sablier.

CD: 01/ Time Comes Presto 02/ A Beautiful Thing to Forget / Far ej Tackas 03/ Look at Sky Go 04/ Dog-eared 05/ I Am Buffalo Bill Today 06/ Intitially This 07/ Postcard from the Back 08/ I Am Map 09/ Abstract Expressionism 10/ Dream as a Means 11/ Aller retour 12/ Time Goes Largo

Fred Frith - The Compass, Log and Lead - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Barry Guy : Study II, Stringer (Intakt, 2005)

london jazz composers orchestra study ii

A la tête du London Jazz Composers Orchestra depuis 1970, le contrebassiste Barry Guy n’en finit pas d’interroger la faculté qu’a l’individu de s’affirmer au sein d’un collectif là pour respecter des règles. Celles qu’un musicien doit suivre pour rendre une œuvre écrite, tout en évaluant les permissions d’y instiller un peu de Soi improvisé. Deux pièces enregistrées à dix ans d’intervalle illustrent ici le propos.

En 1980, Guy menait un Stringer long de quatre mouvements (Four Pieces For Orchestra). Oscillant déjà entre jazz et contemporain, gestes déraisonnables et structures contraignantes, il dirige un ensemble d’une vingtaine de musiciens dans un univers de métal. Bande passante chargée de propositions variées, la première partie chancelle au gré des assauts du contrebassiste Peter Kowald avant d’accueillir les percussions insatiables de Tony Oxley et John Stevens, ou le free appliqué du saxophoniste Trevor Watts.

Continuant à distribuer les solos, Guy engage Kenny Wheeler à déposer sa trompette sur une suite répétitive et baroque, en guise de deuxième partie. Puis arrive l’heure des souffles : Peter Brötzmann et Evan Parker rivalisent d’emportement sur Part III, quand le clarinettiste Tony Coe préfère confectionner quelques phrasés courbes. En guise de conclusion, les batteurs reviennent le temps d’un grand solo, qui pousse l’ensemble à investir enfin un chaos revendiqué et intraitable.

Si Stringer trouve naturellement sa place dans la riche discographie de la scène improvisée européenne de son époque, Study II, enregistrée en 1991, échappe davantage aux classifications. Cette fois, l’orchestre bâtit une musique nouvelle tirant sa substance des expériences de Berio ou de Cage. Montent des nappes quiètes, écorchées tout juste par des notes multidirectionnelles échappant au cadre ou par quelques grincements promettant la charge à venir.

Grâce aux coups de Paul Lytton, les musiciens trouvent la faille et s’y engouffrent à 17 : la contrebasse de Barre Phillips, les saxophones d’Evan Parker, Trevor Watts et Paul Dunmall, le piano retenu d’Irène Schweizer, le trombone de Conrad Bauer, surtout, imposent un marasme fertile. Ainsi, Study II prouve qu’une décennie peut accueillir l’évolution. Et que la somme des documents la concernant peuvent servir une même idée sur un timbre différent. Deux élans parmi tellement d’autres, mais grâce auxquels Barry Guy lustre les rayons rococo d’une musique exubérante et singulière : la sienne, et un peu celle de chacun des autres.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Study II, Stringer (Intakt / Orkhêstra International)
Réédition : 2005.
CD : 01/ Study II 02/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part I 03/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part II 04/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part III 05 Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Andrew Coleman: Tony Halva's Hair (Cocosolidciti - 2005)

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Débarrassé d’un ancien pseudonyme - Animals On Wheels -, Andrew Coleman a retrouvé son identité au moment de l’enregistrement d’un album destiné au label Ninja Tune, puis d’un autre, composé pour le compte de Thrill Jockey. Processus lancé, il présente aujourd’hui Tony Alva’s Hair, hommage détourné à une légende du skateboard autant qu’album profitant d’influences éparses ramassées.

C’est que Coleman se forge une personnalité au moyen des références qu’il digère. Les constructions rythmiques jouant pour sa musique le rôle des fondations, le disque destine ici ou là des clins d’œil à Fila Brazillia (Fingertip Control), aux Beastie Boys (à qui Not A Speculation prescrit des calmants), ou à Massive Attack.

Capable de se laisser-aller à des constructions pop (Early Fall From Nowhere), Coleman swingue ailleurs sur un gimmick de contrebasse (Forgetting Monday) ou expérimente par petites touches (Gapi Noise, One Thousand), esquisse une ambient au son d’un discret solo de piano (Rain And Dogs) ou s’adonne au break beat selon différentes allures (Over Head And Under Feat, Fingertip Control).

Plus convenu, il transporte le trip hop de Miles Won’t Answer jusqu’en terre indienne, ou pousse trop loin pour qu’on puisse le suivre encore son goût des claviers d’un autre âge (One Thousand). Erreurs effacées par les élans impeccables d’une guitare et d’une batterie primaires déposant avec un naturel émouvant une progression véhémente (Constraints, Hurdles And Hoops), et par la vue d’ensemble de Tony Halva’s Hair, œuvre ludique et soignée, distribuant de mille manières la vivacité faite musique.

CD: 01/ Early Fall From Nowhere 02/ Over Head And Under Feat 03/ Not A Speculation 04/ Fingertip Control 05/ Elegant Operation 06/ Rain And Dogs 07/ Constraints, Hurdles And Hoops 08/ Miles Won’t Answer 09/ Forgetting Monday 10/ Gapi Noise 11/ One Thousand 12/ Glimmer Of A Revelation 13/ (With Dose One)

Andrew Coleman - Tony Halva's Hair - 2005 - Cocosolidciti. Import.

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