Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Gush: Norrköping (Atavistic - 2006)

gushsli

Comptant dans ses rangs trois des plus vertueux représentants de la scène improvisée suédoise, Gush expose sur Norrköping trois manières de gérer les gestes intuitifs. Autant d’alternatives pour l’auditeur.

Lentement mis en place, Handpicked prend les allures d’une construction élevée sur le hard bop insinué par la batterie de Raymond Strid, accepté bientôt par le piano de Sten Sandell et le saxophone ténor de Mats Gustafsson – qui impose toutefois quelques écarts bienvenus de free récréatif. Le temps de quelques pauses, le trio réfléchit aux directions à suivre : élans répétitifs du piano et du saxophone avant quelques solos distribués.

Infiltrant sur Sava de nombreux silences, les trois hommes choisissent d’y exposer un parti pris différent : déposée, la musique est faite des longues notes tenues par le soprano, avant d’être rattrapée (et convaincue) par la fougue du piano. De retour, la tension dramatique s’exprime toutefois différemment, comme réfléchie davantage. Sur le mouvement lent d’une danse macabre, Gush investit Rhomb, qui convoque lui aussi les tentations free du saxophone avant de commander à Sandell l’amas d’arpèges déliés, à Gustafsson le choc des clefs, à Strid la présence discrète. Passé au baryton, le saxophoniste ouvre la deuxième partie du morceau, qui fera se succéder relâchements faussement paisibles et emballements bruitistes grandiloquents. Le chaos s’en ira étouffé. Comme si le trio voulait faire croire qu’il avait tenu à l’assagir, quant il l’envisageait avec intelligence pour l’imposer bien mieux.

CD: 01/ Handpicked 02/ Sava 03/ Rhomb >>> Gush - Norrköping - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.



Charles Gayle: Live at Glenn Miller Café (Ayler - 2006)

gayle

Cette année 2006, la tournée européenne de Charles Gayle passait par le Glenn Miller Café de Stockholm. Endroit dans lequel le label Ayler records a l'habitude de déposer ses micros auprès des musiciens qu'il y invite. Quelques mois après le concert, voici donc l'enregistrement attendu, qui revendique aussi bien que de plus anciens l'assurance du saxophoniste, et sa grâce fiévreuse.

Aux côtés du contrebassiste Gerald Benson et du batteur Michael Wimberly, Gayle commence évidemment par rendre l'essentiel d'un propos offensif et ramassé, free jazz ultime aux accents ayleriens (Cherokee). L'alto, capable de varier le mode des plaintes qu'il fomente, permet toutefois des incartades au profit du swing (Softly As In A Morning Sunrise) ou du blues - discrètement dessiné sur What's New.

Jouant un rôle considérable dans la pratique musicale de Gayle, la spiritualité l'amène ensuite à rechercher la compagnie des spectres : glorieux (les voix des sidemen apaisant le furieux Chasing au son de Praising The Lord) ou vertueux (présences révélées au fil des reprises : Coltrane avec Giant Steps - marche contrainte admirablement imposée par Wimberly - et Ayler avec Ghosts - sur lequel la filiation entre les deux saxophonistes pourrait passer pour réincarnation, permise soudain par encyclique expresse).

Pas le premier, Charles Gayle, à transformer un penchant mystique en apanage de la réflexion. De la mesure, même, toutefois bousculée à intervalles quasi réguliers par une violence sonore là pour peindre le plus fidèlement possible comment vont les choses : injustement, et sans donner jamais dans le progrès. Comme Ayler, Gayle n'a pas fini de ramasser ses hurlements pour en faire des suppliques présentables, de relater à la manière de Bosch la foi de Saint-Antoine. Et de redire que si la religion est incapable de miracle - si ce n'est celui de gouverner au moyen d'un espoir de salut tenant de la carotte de l'âne -, elle peut se fourvoyer, de temps à autre, dans quelque oeuvre d'art de l'allure haute de Live at Glenn Miller Café.

CD: 01/ Introduction 02/ Cherokee 03/ Softly As In A Morning Sunrise 04/ Chasing / Praising The Lord 05/ Giant Steps 06/ What's New 07/ Holy Redemption / Ghosts >>> Charles Gayle - Live at Glenn Miller Café - 2006 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.


Mark Dresser: Sonomondo (Cryptogramophone - 2000)

sonomondo

Enregistré en 1997, Sonomondo révèle un univers sophistiqué de cordes : celles de la contrebasse de Mark Dresser et du violoncelle de Frances-Marie Uitti.

Traçant sur Sonomondo des parallèles déviantes, les instruments imposent un environnement sombre au gré du va-et-vient de trois archets (Uitti tirant profit d’une méthode de jeu à deux archets). Oeuvrant ensemble à la progression baroque, tourmentée et, au final, grandiloquente qu’est Montebell, le duo peut aussi préférer la confrontation fructueuse : le temps de Grati, où la lutte vire à l’assaut polyphonique, ou d’Arcahuis, sur lequel Uitti et Dresser malmènent leurs micros.

Au nombre des expérimentations légères, les cordes vibrantes et les grincements aigus de La finestra, les tentations concrètes et angoissées de Sotto. Bulles empiriques nichées au creux de pièces atmosphériques mouvantes et délicates, chaleureuses malgré l’allégeance faite aux ombres. Aperçu auparavant aux côtés de Fred Frith ou Oliver Lake, Mark Dresser a su prouver avec Sonomondo la légitimité d’un retour à des préoccupations individuelles. Qui auront trouvé en Frances-Marie Uitti une alliée de choix, bientôt transformée en égal subtil.

CD: 01/ Sonomondo 02/ Grati 03/ La Finestra 04/ Montebell 05/ Arcahuis 06/ Sotto 07/ Cielostraat >>> Mark Dresser - Sonomondo - 2000 - Cryptogramophone. Distribution Orkhêstra International.


Josh Abrams: Cipher (Delmark - 2003)

abrams

Au sein de son quartette, le contrebassiste Josh Abrams peut s’enorgueillir d’avoir engagé trois des musiciens qui comptent actuellement dans la sphère des musiques improvisées : le clarinettiste et saxophoniste Guillermo Gregorio (sideman de Jim O’Rourke ou Anthony Braxton), le trompettiste Axel Dörner (compagnon régulier de Mats Gustafsson et de John Butcher), et le guitariste Jeff Parker (collaborateur de Tortoise et membre du Chicago Underground).

Ménageant quelques compositions d’Abrams ou de Gregorio et des morceaux d’improvisation, Cipher aurait donc du mal à sombrer. Mesurant méthodiquement la portée de ses expérimentations, le groupe investit un swing ravagé par les décisions individuelles : guitare passablement étouffée (Mental Politician), gimmicks perturbés de contrebasse (Space Modulator), ou exposé des limites sonores du saxophone alto (Calamities Break).

Pour ce qui est des accords collectifs, on relèvera le respect du cadre entendu sur Background Beneath – où les vents interrompent régulièrement un swing old school -, le recours amusé à une tension créatrice sur No Theory, ou l’installation des harmoniques d’And See. Dans le champ du jazz, il arrive au quartette d’évoquer un cool proche de celui de Giuffre (Neb Nimaj Nero, For SK – ballade à la mélodie nette) ou un free diminué (First Tune That Night), plus quelques références plus anciennes glissées ici ou là. Soit, de quoi combiner un ensemble sage, certes, mais baroque et habile, inventif à force d’ingéniosités.

CD: 01/ Mental Politician 02/ And See 03/ Neb Nimaj Nero 04/ Cipher 05/ Calamities Break 06/ No Theory 07/ Background Beneath 08/ Space Modulator 09/ First Tune That Night 10/ For SK >>> Josh Abrams - Cipher - 2003 - Delmark.


The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble: The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble (Planet Mu - 2006)

kilsli

Sur son premier album, The Kilimanjaro Darkjazz EnsembleJason Kohnen et Gideon Kiers - pose les bases d’une musique à l’atmosphère chargée de références éclatées, qui pèse de tout son poids dans l’univers des musiques électroacoustiques flattées par les nuisances sonores.

Souvent charmé par la redite (de la guitare répétitive de The Nothing Changes au swing redondant de Parallel Corners), le duo installe des pièces sombres, capables de tout sacrifier au marasme bruitiste (Pearls for Swine) ou optant plus délicatement pour l’édification d’une marche lancinante (Solomons Curse) - élan parfois proche du Requiem for A Dream du Kronos Quartet.

Privilégiant l’acoustique, Adaptation of The Koto Song combine les interventions d’un violoncelle et d’un piano avant de se faire batucada étouffée, quand Rivers of Congo adopte quelque posture jazz, au son d’un gimmick de contrebasse et du jeu lointain d’un trombone. Versant davantage dans l’électronique, Pearls of Swine évoque DJ Shadow, et Guernican Perspectives prend l’allure d’un dub mesuré.

Au son d’une progression électronique au rythme étourdissant (Vegas), The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble scelle un recueil de progressions obscures et éthérées, butant souvent sur les parois des cloches sous lesquelles on les expose. En combinant de façon plutôt convaincante quelques genres éloignés.

CD: 01/ The Nothing Changes 02/ Pearls for Swine 03/ Adaptation of The Koto Song 04/ Lobby 05/ Parallel Corners 06/ Rivers of Congo 07/ Solomons Curse 08/ Amygdhala 09/ Guernican Perspectives 10/ Vegas

The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble - The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble - 2006 - Planet Mu.



Roscoe Mitchell: In Walked Buckner (Delmark - 1999)

InWalkedGrisli

Après avoir changé de contrebassiste (Reggie Workman remplaçant Malachi Favors), le quartette de Roscoe Mitchell enregistrait sa deuxième référence, In Walked Buckner. Disque au charme étrange, extirpé de ses incohérences.

C’est qu’il est loin le temps de l’Art Ensemble, et Mitchell, même s’il donne encore un peu dans la réflexion amusée le temps du simili bop In Walked Buckner, préfère conduire sa musique sur les chemins délicats d’intentions tournées vers un baroque contemporain. A la flûte, au soprano ou au ténor, Mitchell défend donc des thèmes déconstruits, conseillant à ses partenaires les intrusions franches mais espacées.

Ténébreux (Three Sides Of A Story, Squeaky) ou délicat (Off Shore), l’ensemble refuse toujours l’opacité rédhibitoire. Pour se permettre l’interprétation d’une valse gonflée par les pizzicati de Workman ou mettre, pour finir, la main sur une musique nouvelle et expérimentale : la progression calmement extravagante qu’est Fly Over, l’accord dissonant de flûtes égyptiennes sur Opposite Sides.

Ainsi, on préférera la seconde partie du disque, moins attendue et sans doute plus subtile. Accolée à l’actualisation des obsessions contemporaines de Mitchell, pour assembler l’éventail large des possibilités du saxophoniste qu’est In Walked Buckner.

CD: 01/ Off Shore 02/ In Walked Buckner 03/ Squeaky 04/ The Le Dreher Suite 05/ Three Sides Of A Story 06/ Till Autumn 07/ Fly Over 08/ Opposite Sides

Roscoe Mitchell - In Walked Buckner - 1999 - Delmark. Distribution Socadisc.


Jacques Demierre: Black / WHite Memories (Insubordinations - 2006)

demierreblackgrisli

Le pianiste Jacques Demierre a dû avoir une enfance heureuse, auprès de parents attentifs. De ceux qui ne vous destinent pas une grande paire de claques à la moindre égratignure faite sur le bois ou l’ivoire, en hurlant, le rouge aux joues, « P’tain, ç’pas vrai c’gosse, t’sais pas combien ça coûte un piano ? ». Ce genre de phrases en vogue dans le Nord de la France, pays entier nourri à l’huile, et où les enfants doivent, en lieu et place de piano, se contenter souvent d’une modeste mais plus facilement transportable flûte en plastique.

Demierre aurait eu tort de ne pas en profiter. Et comme, entre Lausanne et Constance, s’attaquer à un instrument noble est une manière acceptable de remettre en cause l’ordre établi, il n’a eu de cesse de multiplier ses agressions, frappant histoire d’estimer les limites des marteaux, ou projetant, dédaigneux, quelques notes aigues sans plus y penser que ça. Mais des parents, même en Suisse, restent des parents, et à force de tirer sur la corde, il se peut qu’on réveille un semblant d’autorité molle.

Grondant, le père va donc pour emprunter le grand escalier qui le mènera au salon, où l’enfant joue trop fort. Mais le temps qu’il lui faudra pour passer de l’étage au rez-de-chaussée, allongé encore par une prudence inquiète qu’on ne rencontre qu’en pays neutre, aura permis au musicien incompris de trouver refuge dans le ventre de son piano.

Là, curieux comme un amateur de truffes fientées entendant sa première chanson de Cali, le petit gratte les cordes ou les frotte, les fait sonner - faiblement, cette fois. En un mot, découvre l’abstraction qui, en art, découle souvent de l’opacité (quand quelques historiens étranges affirment le contraire). Les découvertes sont enivrantes, mais souvent interrompues par l’intrus qui n’a rien compris : le père, dans le salon, tempête et prend maintenant pour cible l’instrument.

Bien sûr, le calme fait suite à la scène violente. Resté à l’intérieur du piano, l’enfant ose à peine bouger, pétrifié par cette sentence paternelle, terrible et sans appel : "Le disque que j’avais prévu de t’offrir, tintin*... C'ui là, t'as qu'à le sortir en Mp3!" Véritable Ode, en fin de compte, à la réconciliation helvético-picarde.

CD: Jacques Demierre - Black / White Memories - 2006 - Insubordinations (téléchargement).

* Personnage de fiction belge, signifiant en Suisse – sans doute par jalousie – « certainement pas ! »

[Nota bene: cette chronique tient de la pure invention et n'informe en rien sur la véritable enfance de Jacques Demierre, excellent pianiste, une fois encore auteur d'une remarquable improvisation. Elle incitera plutôt le lecteur à aller voir par lui même, en lui conseillant d'aller télécharger cette pièce instrumentale.]


The Vandermark 5: Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)

fjsli34

Sur les deux premiers volumes de Free Jazz Classics, le quintette de Ken Vandermark s’était attaqué à l’interprétation de standards composés par les grandes figures du genre (Taylor, McPhee, Coleman, Wright). Poursuivant son étude, le groupe choisit cette fois de changer de méthode, et d’aborder plus en détail le répertoire de Sonny Rollins (le volume 3) et de Roland Kirk (le volume 4).

Profitant des contrastes des compositions de Rollins, The Vandermark 5 interprète sans accrocs The Bridge, hard bop n’en finissant pas d’alterner les rythmes, ou John S., dont on brise l’ossature, pour la reconstruire ensuite sous la conduite d’une précipitation hardie. Toujours infaillible, la section rythmique assure le jeu des solistes : sur Freedom Suite. Pt. 2 ou East Broadway Rundown, swing efficace qui rappelle le World Saxophone Quartet avant de virer au free expéditif.

Encore plus baroque, l’investissement des musiciens sur les compositions de Kirk. Inaugurée par la marche éléphantesque The Black and Crazy Blues, la sélection propose aussi une reprise de Silverization et Volunteered Slavery, qui permet aux musiciens de mettre la main sur les habituelles funk et soul qu’ils aiment instiller à leur jazz. En plus du swing imposé par l’auteur des thèmes, rendu à merveille par le trombone de Bishop sur Rip, Rig and Panic Suite ou par l’ensemble des vents - à l’unisson ou usant des harmoniques – sur The Free King Suite.

Actualisant le geste d’Archie Shepp enregistrant Four for Trane, le déviant vers Rollins et Kirk, Ken Vandermark poursuit avec la même aisance son précis d’histoire du jazz moderne. Tout en lui insufflant, l’air de rien, un goût d’inédit qui œuvre à la nouveauté du genre.

CD1: 01/ The Bridge 02/ Strode Rode 03/ Freedom Suite. Pt. 2 04/ John S. 05/ East Broadway Rundown 06/ Alfie Suite - CD2: 01/ The Black and Crazy Blues 02/ The Free Kings Suite 03/ Inflated Tear 04/ Rip, Rig and Panic Suite 05/ Silverization / Volunteered Slavery

The Vandermark 5 - Free Jazz Classics 3 & 4 - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.


Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy (Sardegna e Jazz - 2005)

dolphyeregrisliEn 2004, le festival « Ai confini tra Sardegna e Jazz » s’intéressait particulièrement à l’œuvre d’Eric Dolphy (disparu 40 ans plus tôt). Pour l’occasion, colloques et concerts étaient organisés, qui revenaient sur l’homme, son œuvre, son influence. Publié en 2005, Tender Warrior rassemble un livre et un disque, pose les scellés et fait figure de résumé.

Quand le livre revient sur les effets de la carrière du clarinettiste, saxophoniste et flûtiste, sur le jazz et les musiques improvisées, interroge à son propos une pléiade de musiciens (tels que Joe McPhee, Jef Sicard, Ken Vandermark, Otomo Yoshihide), donne à lire sa dernière interview et retranscrit la discographie du maître élaborée par ses biographes Vladimir Simosko et Barry Tepperman, le disque offre une sélection des concerts donnés cette année là à Santa’Anna Arresi.

Pêchant ici dans le répertoire de Dolphy, improvisant là, les musiciens rendent des hommages différents. Des polyphonies étranges du launedda accompagnées par les tablas et darboukas (pour le résultat approximatif de Red Planet de Coltrane on Launeddas, enchaînant leurs solos plus que naïvement) à l’interprétation par l’Eric Dolphy’s Memorial Barbecue d’Out to Lunch et Out There sur le mode brouillon, en passant par le duo Tim Berne (saxophone) / Umberto Petrin (piano) au contemporain pompier, l’auditeur avait de quoi craindre le pire.


Heureusement, Nexus, formation locale plutôt en verve, enchaîne une composition personnelle et la Jitterbug Waltz, passant d’un free radical à une impression atmosphérique, pour rendre ensuite avec les honneurs 245 et Lotsa Potsa. Le duo Matthew Shipp / David S. Ware, ensuite, improvisant Two for Eric, combinant leurs improvisations individuelles, toutes à l’écoute de l’inspiration. Courte, l’improvisation ramasse assez d’évidences pour excuser les faux pas pratiqués ailleurs sur le disque.

En guise de conclusion, un extrait d’un des derniers concerts de Dolphy. En compagnie du Bob James Trio, le 1er mars 1964, Dolphy passe d’un instrument à l’autre sur la partition déposée par ses accompagnateurs. Dissonant, stimulant et dense, Strenght And Unity dévoile sans doute ce qu’aurait pu être sa musique par la suite : plus étrange, forcément ; plus inédite encore.

CD: 01/ Coltrane on launeddas: Red Planet 02/ Tim Berne e Umberto Petrin: Serene 03/ Nexus: Vertical Invaders #1, Jitterbug Waltz, 245, Lotsa Potsa 04/ Eric Dolphy’s Memorial Barbecue: Out to Lunch, Out There 05/ Eric Dolphy: Strenght and Unity

Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy, Sardegna e jazz, 2005.


Gail Brand : Supermodel Supermodel (Emanem, 2006)

supergrislisupergrisli

Invitée par le percussionniste américain Gino Robair à venir improviser de l’autre côté de l’Atlantique, la tromboniste anglaise Gail Brand dresse sur Supermodel Supermodel un abrégé d’improvisation expérimentale à la fois savante et efficace.

Prenant le dessus sur ses partenaires dès Naomi Naomi, l’invitée profite des avantageuses libertés que lui offre le quartette emmené par Robair. Intensément, elle se glisse parmi les passages d’électronique angoissée de Tim Perkis (Twiggy Twiggy) ou lutte contre les éléments divers, entassés là pour la contrarier (Iman, Iman).

S’il lui arrive de faire référence à quelques figures incontournables du genre – Brand rappelant Paul Rutherford ici (Elle Elle), Robair, Louis Moholo ailleurs (Claudia Claudia) -, la musique improvisée s’empare naturellement d’autres manières pour fleurir son propos : electronica expérimentale (déferlantes sifflantes de Perkis sur Cindy Cindy), bruitisme (rendu surtout par la guitare de John Shiurba sur Kate Kate) et excentricités contemporaines (la contrebasse préparée de Matthew Sperry, sur Christy Christy, notamment).

Voilà sans doute où réside le charme de Supermodel Supermodel, disque capable de faire naviguer une improvisation parfois rabâchée entre les deux eaux clairvoyantes d’une électroacoustique noble (Linda Linda). D’une modernité rare, parce que véritable.

Gail Brand : Supermodel Supermodel (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2006.
CD : 01/ Naomi Naomi 02/ Christy Christy 03/ Christie Christie 04/ Twiggy Twiggy 05/ Tyra Tyra 06/ Stephanie Stephanie 07/ Cindy Cindy 08/ Iman Iman 09/ Kate Kate 10/ Kathy Kathy 11/ Elle Elle 12/ Linda Linda 13/ Claudia Claudia
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Commentaires sur