Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Thelonious Monk: The Classic Quartet (Candid - 2006)

grismonkPause studio faite à Tokyo le 23 mai 1963 au milieu d’une tournée mondiale et imposante, The Classic Quartet donne à entendre Monk une nouvelle fois en compagnie de Charlie Rouse (saxophone ténor), Butch Warren (contrebasse) et Frankie Dunlop (batterie). Mais une fois comme une autre, pour Monk, signifie toujours altière.

S’il se montre moins fantasque qu’à ses débuts – dans son jeu ou ses arrangements -, Monk donne ici le change en offrant davantage de place à ses partenaires (Ba-lue Bolivar Ba-lues-are) – et à Rouse, notamment, qui rend presque seul les thèmes d’Epistrophy ou d’Evidence.

Plus sage, le pianiste n’est pas pour autant débarrassé de toquades éclairées, interprétant un extravagant Just a Gigolo, ou se laissant aller avec moins de retenue aux frasques jubilatoires sur un Blue Monk qu’emporte, fougueuse, la section rythmique.

Oeuvrant aussi pour la qualité du disque, le son de l’enregistrement, net et chaleureux, qui fait de The Classic Quartet un opus assez rare dans la discographie du groupe, souvent desservi par des prises de sons aléatoires.

CD: 01/ Epistrophy 02/ Ba-lue Bolivar Ba-lues-are 03/ Evidence 04/ Just a Gigolo 05/ Blue Monk

Thelonious Monk - The Classic Quartet - 2006 - Candid. Distribution Harmonia Mundi.



Dominic Duval, Jimmy Halperin: Monkinus (CIMP - 2006)

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Habitué  des  hommages adressés par des musiciens pointilleux (des reprises nombreuses de Steve Lacy et Roswell Rudd au récent Monk's Casino d’Alexander Von Schlippenbach), Thelonious Monk voit cette année 13 de ses compositions interprétées par le contrebassiste Dominic Duval et le saxophoniste Jimmy Halperin.

Alliant le ténor d’un Halperin prêt toujours à dérailler au charme discret de Duval (sur cet enregistrement, en particulier), Monkinus présente toutefois plusieurs façons d’abord les thèmes du maître: le saxophone évoquant la progression irrégulière de Monk (Evidence) ou donnant davantage dans l’exaltation voilée (Blue Monk) ; la contrebasse jouant la sécurité d’un swing délicat (Rhythm-a-Ning) ou menant la danse sur ‘Round Midnight fait construction à étages.

Si Duval peut parfois faire preuve de timidité, il est aussi à l’origine des meilleures reprises exposées sur ce disque, ramassant la structure des thèmes pour lui imposer un cadre dont profite le phrasé juste d’Halperin (Epistrophy, Bye-Ya, Monk’s Dream), ou pour en explorer autrement les possibilités (Misterioso).

Autre enregistrement consacré au songbook de Monk, Monkinus n’en est pas seulement un de plus. Ayant choisi d’interpréter en duo ces quelques thèmes, Duval construit ici en compagnie d’Halperin une œuvre sincère et capable de mises en valeur nouvelles, prompte à œuvrer différemment en faveur de la somme des disques de son espèce, invoquant Thelonious.

CD: 01/ Ruby My Dear 02/ Evidence 03/ Crisscross 04/ Rhythm-a-ning 05/ Misterioso 06/ 'Round Midnight 07/ Epistrophy 08/ Brilliant Corners 09/ Off Minor 10/ Monk's Mood 11/ Blue Monk 12/ Bye-ya 13/ Monk's Dream

Dominic Duval, Jimmy Halperin - Monkinus - 2006 - CIMP. Distribution Improjazz.


Friedrich Gulda : 3 Piano Pieces, Opus Posthum 1986 (Canto Crudo, 2005)

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Landschaft Mit Pianist de Günther Rabl, trois pièces posent aujourd’hui la question de la présentation d’un enregistrement qui ne pouvait soupçonner finir œuvre, tout en dressant le portrait sauvage d’une figure renommée du monde classique.

Donnant d’abord dans la répétition d’arpèges ou d’aigus isolés, Gulda peut peindre une atmosphère déliquescente à grands coups d’intervalles silencieux déposés entre les progressions mesurées puis verser dans l’ardeur ténébreuse du pianiste romantique (Piece A), ou frôler l’abstraction au moyen de touches légères rappelant Debussy avant d’engager une poursuite (Piece B).

Alternant les gestes différents – allant quelques fois gratter à l’intérieur de son piano sur les deux premiers titres ou tout sacrifier à une fiévreuse posture classique sur Piece C -, Gulda peut aussi accentuer l’intensité de sa frappe, comme s’il tenait à satisfaire les attentes de Rabl, qui trouvera bien son compte parmi les tentatives multipliées.

Si, dérivant au gré des inspirations charmantes et des intentions forcées, 3 Piano Pieces a forcément des allures d’œuvre non aboutie - voire, d’ouvrage secondaire -, restent l’hommage et le document.

Improvisées en 1986 à  Vienne par le  pianiste  Friedrich Gulda pour servir de matériau sonore au

CD: 01/ Piano Piece A 02/ Piano Piece B 03/ Piano Piece C

Friedrich Gulda - 3 Piano Pieces, Opus Posthum 1986 - 2005 - Canto Crudo.


Terry Jenoure, Helios Quartet, Sebastian Gramss : Looks Like Me (Free Elephant - 2006)

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En  compagnie  de  l’Helios String Quartet, la  violoniste Terry Jenoure et le bassiste Sebastian Gramss improvisent quelques pièces expérimentales, démoniaques et supérieures, portant l’estocade armés de leurs seuls instruments à cordes.

Après une lente mise en place évoquant les compositions à angles droits de Balanescu et fantasmant l’usage d’un digeridoo (Intrada), les musiciens opposent leurs décisions excentriques – grincements et crissements conduits en jeu de miroirs (Fantasia), mélodies soudaines et à étages (Points), mots et fredonnements de Jenoure calés sur l’emportement de ses partenaires (Looks Like Me).

Même discrets, les archets ne peuvent cacher longtemps les tensions (Moment musical), capables ailleurs d’un folklore étrange que n’auraient pas boudé les villageois de Breughel (Song Without Words, Points), ou, parce qu’exacerbées davantage, d’une crise inévitable concrétisée par la lutte d’une voix d’effroi avec des charges incessantes de pizzicatos et d’archets (Sight).

Au rythme où vont les choses, mais aussi à leurs manières, Looks Like Me interdit tout ennui, éloigne toute lassitude. Et offre, en prime, quelques moments remarquables de spontanéité éclairée.

CD: 01/ Intrada 02/ Sight 03/ Looks Like Me 04/ Moment musical 05/ Fantasia 06/ Points 07/ Humoresque 08/ Cave 09/ Song Without Words

Terry Jenoure, Helios Quartet, Sebastian Gramss - Looks Like Me - 2006 - Free Elephant.


Sylvie Courvoisier : Abaton (La Huit, 2004)

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Au  programme de l’édition 2004 du  Festival Banlieues Bleues, la  pianiste Sylvie Courvoisier interprétait en compagnie du violoniste Mark Feldman et de la violoncelliste Anja Lechner les 4 compositions formant Abaton, œuvre qu’elle avait enregistrée l’année précédente pour le compte du label ECM.

Proches des musiciens, les caméras suivent soigneusement les différentes allures adoptées par le trio: contemporain soutenu nécessitant, pour se sentir à l’aise, quelques incartades virulentes ou le recours soudain à un folklore imaginaire (violon de Feldman sur la fin d’Orodruin) ; balancement régulier entre l’exaltation charriant la ligne mélodique et l’amplitude d’élans plus romantiques sur Too Speedy ; les aléas, enfin, de pièces moins saisissables, commandant à Courvoisier d’aller voir à l’intérieur de son instrument, ou faites de silences et de pizzicatos à l’unisson réunis avant la charge (Abaton).

D’une précision implacable, les musiciens scellent leur entente sous les figures projetées de danseurs ou d’animations graphiques – autant de présences évidemment dispensables à la musique, mais qui peuvent faire figure d’avantage pour qui cherche à trouver dans une captation vidéo de concert autre chose que le concert lui-même. Même si en l'occurence, celui-ci suffisait amplement.

Sylvie Courvoisier : Abaton (La Huit / Orkhêstra International).
Edition : 2004.

DVD : 01/ Orodruin 02/ Too Speedy 03/ Tony Delito 04/ Abaton
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Sun Ra: The Wisdom of Sun Ra (The University of Chicago Press - 2006)

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Musicien de premier plan, Sun Ra aura porté plus jeune l’habit du penseur éclairé : auteur de textes illuminés autant que profonds, qui auront su toucher des lecteurs aussi différents que John Coltrane ou quelques représentants charismatiques du Nation of Islam. En 46 fac-similés et autant de retranscriptions au propre, Anthony Elms et John Corbett révèlent quel idéologue – et quel styliste – était le jeune Herman Poole Blount.

Au milieu des années 1950, inoculant à ses écrits le ton du prêcheur pénétré, celui qui n’est pas encore Sun Ra jette des mots sur le papier, abuse d’images pêchées au creux de la Bible, multiplie jeux de mots, à-peu-près et anagrammes, assimile la figure du noir américain à toutes sortes de symboles révélateurs et conséquents. Il s’agit, d’abord, de fustiger les Etats-Unis d’un homme blanc criminel, cynique au point de refuser au peuple noir l’accès à l’éducation, ravi en somme de le maintenir à l’état de simples d’esprit, voire, de bêtes. Si, dit-il, la Bible n’a pas été traduite pour les noirs, Sun Ra y voit un moyen d’étude comme un autre, quitte à réévaluer le fonds d’un christianisme qu’il juge davantage comme un condensé de l’intégralité des religions ayant jamais existées qu’une religion engoncées dans ses seuls préceptes. On sait l’importance qu’a joué la foi, notamment catholique, auprès d’un peuple américain arraché à ses terres africaines : Hébreux exilés rêvant de terre promise, enfants prodigues soudain de retour et autres pauvres comme Job, auront fait beaucoup pour que les noirs d’Amérique calquent leur histoire sur des fables antiques. En usant sans s’en satisfaire, Sun Ra fera encore autrement appel à l’Antiquité, histoire d’aménager des doctrines aptes à éclairer la vallée de larmes noires dans laquelle son peuple a été endormi.

Car à côté des questions-réponses d’un sage halluciné et nourri aux psaumes, l’auteur invente un monde, construit une cosmogonie basée sur d’autres origines - l’Egypte et l’Inde, pour tout dire. Extirpant ses sources d’un temps précédent les Ecritures, il transcende ses regrets et atteint au message universel sans concrètement paraître y toucher. Alors, panafricanisme et références théologiques musulmanes investissent l’écriture et aident à convaincre le noir américain de son importance dans l’histoire d’une Amérique qui se refuse à lui conférer une autre place que celle du déclassé. Comme le Christ, écrit Sun Ra, le noir doit suivre le chemin de la souffrance. Mais à lui, il reste une chance de salut, qui est l’éducation qu’on lui refuse. C’est pourquoi, au son d’une poésie chatoyante et de trouvailles textuelles baroques, Herman Poole Blount a d’abord trouvé sa voie. Abraham réincarné à Chicago, répétant à l’envi qu’il ne faut pas économiser ses efforts, même si, au bout de chacun, il reste encore tellement à faire.

Sun Ra, The Wisdom of Sun Ra: Sun Ra's Polemical Broadsheets and Streetcorner Leaflets. Edited by Anthony Elms and John Corbett, Chicago, The University of Chicago Press, 2006.


Mathias Delplanque: Ma chambre quand je n'y suis pas (Mondes elliptiques - 2006)

delslichambreAprès 6 mois de résidence à Montréal, Mathias Delplanque présentait en décembre 2004 une installation sonore: Ma chambre quand je n’y suis pas (Montreal). Après avoir enregistré l’atmosphère d’endroits vidés de toute présence humaine, Delplanque traite son curieux matériau et lui donne les atours d’une pièce d’ambient discrète autant que riche.

Légères, les déflagrations s’amoncellent d’abord - vagues roulantes ou aiguës minuscules déroulées, bâtons de pluie électronique et chocs infinitésimaux. Pris dans l’engrenage d’une réverbération vorace, l’ensemble accueille ensuite reverses et larsens légers, jusqu’à défendre un droit soudain à l’uniformité.

Mais de nouvelles oscillations désagrègent l’intention comme quelques coups sur tom rompent les rangs. Diverse à nouveau, la composition trouve une quiétude occasionnant, satisfaite, l’envie d’en finir. Alors étouffé, ce que Delplanque aura pu capter dans sa ou ses chambres. Après lui avoir laissé le temps de fantasmer de manière élégante les conséquences possibles de sa propre absence.

CD: 01/ Ma chambre quand je n'y suis pas (Montréal)

Mathias Delplanque - Ma chambre quand je n'y suis pas - 2006 - Mondes elliptiques.


Trio-X: Roulette at Location One (Cadence Jazz - 2006)

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Enregistré le 4 Mars 2005 à New York, Roulette at Location One du Trio-X ne peut décevoir qui attend toujours autre chose de Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen. Huitième enregistrement, et autant de réussite.

Au soprano, McPhee hésite entre quelques assauts de free et la citation plus calme de My Funny Valentine, quand Rosen plaque un brin de funk sur le jeu de Duval. Accrochant les cordes de son archet, le contrebassiste amène souvent le trio sur le chemin de l’improvisation tempétueuse (David Danced, Improvs and Melodies od Themes).

Plus lâche, la section rythmique fait naître quelques impressions : blues apaisé qui devra faire avec de soudaines postures latines décidées par Rosen (Going Home), ou évocation orientale en chemin vers la déconstruction, qui finira par prendre les atours d’un free jazz soutenu (Sunflower Musings).

Polymorphe, le décorum institué par Rosen et Duval permet aux trouvailles de Joe McPhee de trouver toujours un refuge adéquat. Mises en valeur, elles redistribuent leur confiance à l’entier trio, qui n’a plus qu’à sceller dans l’allégresse un long et brillant set.

CD: 01/ Funny Valentines of War 02/ Improvs and Melodies of Themes 03/ David Danced : Variations on Ellington 04/ Sunflower Musings 05/ Going Home

Trio-X - Roulette at Location One - 2006 - Cadence Jazz.


Art Ensemble of Chicago: Non-cognitive Aspects of the City (Pi Recordings - 2006)

artensliEnregistré en avril 2004 à l’Iridium Jazz Club de New York, Non-cognitive Aspects of the City présente les manières d’un Art Ensemble renforcé par les présences de Corey Wilkes (trompette) et Jaribu Shahid (contrebasse) – palliant l’absence de Lester Bowie et Malachi Favors.

Chaloupant d’abord sur rythme caribéen (Song for My Sister), l’éparpillement individuel et ludique gagne vite les musiciens : Wilkes puis Roscoe Mitchell, instillant déraillements et petites expérimentations à l’interprétation. Divagant encore au son de dissonances parallèles sur The Morning Last, l’ensemble accueille aussi chaleureusement un swing imperturbable (Malachi) ou une précis efficace de funk (Big Red Peaches).

Lorsque le groupe apprécie mal la conduite d’un thème, l’Art Ensemble peut compter sur les personnalités qui le composent pour relativiser l’erreur: ténor chaleureux de Jarman sur le longuet On The Mountain, flûte de Mitchell rattrapant un peu The J Song. Ailleurs, ces échappées solitaires embellissent davantage le propos élevé: grand soprano de Mitchell (Song for Charles) ou jeu éclairé de Wilkes (Malachi, Erika).

Assez lucide, l’Art Ensemble, pour revenir aujourd’hui en changeant les manières qui l’ont fait connaître. Délaissant un peu les folklores réinventés, accueillant avec zèle une sobriété permettant d’autres libertés, Mitchell, Jarman et Don Moye, trouvent la brèche salvatrice et s’y engouffrent en bonne et nouvelle compagnie.

CD1: 01/ Song for My Sister 02/ The Morning Mist 03/ Song for Charles 04/ On The Mountain 05/ Big Red Peaches 06/ Odwalla - CD2: 01/ Erika 02/ Malachi 03/ The J Song 04/ Red Sand Green Water 05/ Till Autumn 06/ Odwalla

Art Ensemble of Chicago - Non-cognitive Aspects of the City - 2006 - Pi recordings. Distribution Orkhêstra International.


Ivo Perelman: Soul Calling (Cadence Jazz - 2006)

soulsliQuitte à faire passer la progression d’Instrospection pour une illusion, le saxophoniste Ivo Perelman et le contrebassiste Dominic Duval – deux de ses auteurs – baptisent cet enregistrement en duo du titre de l’ouverture, pièce la plus apaisée du disque, qui renoue pourtant partout ailleurs avec les emportements.

Sur Surrender To Uncertainty, d’abord, où les pizzicatos effrénés de Duval indiquent la route à suivre au son d’un blues d’étrange nature ; sur Silkworm, ensuite, pièce qu’emmène Perelman au moyen de plaintes insatiables, entrecoupées de fulgurances mélodiques rappelant celles d’Albert Ayler, et terminée enfin par une incursion soudaine en terre brésilienne.

Les élans se partagent aussi : archet emporté mis au service d’un free jazz seulement fait de cordes (Mingmen), et étendue des possibilités de Perelman présentées en solo sur 7 Octaves, 7 Days. A deux, il s’agit de gagner l’ombre à coups de combinaisons diverses, ayant recours aux cris ultimes du saxophoniste (Unable To Deliver) ou à l’archet instituant drones de Duval (Ametista).

Qui s’intéressa à
Introspection devra donc mettre la main sur Soul Calling, son revers. Venu récemment compléter le diptyque que Perelman donne d’un jazz assouvi pas coupable de donner tout à coup dans l’excès, ou d’un free jazz insatiable pas contre l’idée de tout sacrifier soudain aux plages méditatives.

CD: 01/ Soul Calling 02/ Surrender to Uncertainity 03/ Silkworm 04/ 7 Octaves, 7 Days 05/ Mingmen 06/ Ametista 07/ Unable to Deliver 08/ M.S.M 09/ Untitled

Ivo Perelman - Soul Calling - 2006 - Cadence Jazz Records.



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