Le son du grisli

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Interview d'Ivo Perelman

perelman

Saxophoniste brésilien expatrié à New York, Ivo Perelman est venu au free jazz par goût, avant d’offrir au genre quelques-uns de ses disques les plus tourmentés. Partenaire de Geri Allen, Rashied Ali, Andrew Cyrille, Reggie Workman ou Dominic Duval, Perelman signe cette année Introspection, album sophistiqué imposant un jazz sulfureux autant que méditatif.

Où et quand êtes vous né ? Je suis né à São Paulo, au Brésil, le 12 janvier 1961.

Quel est votre premier souvenir en rapport avec la musique ? Mon grand-père aimait beaucoup le violon et l’opéra. Ma mère jouait et enseignant le piano classique à la maison. Enfant, je me souviens aussi avoir écouté beaucoup de pop music brésilienne et américaine à la radio.

Vous avez débuté dans la pratique d’un instrument avec le violoncelle, je crois… Qu’est-ce qui vous a, ensuite, fait abandonner cet instrument pour le saxophone ? En fait, mon premier instrument a été la guitare, lorsque j’avais 10 ans. Je l’ai étudiée pendant quelques années au travers du répertoire classique. Et puis, j’ai eu faim d’autres genres de musique et j’ai commencé à me frotter à d’autres styles et d’autres instruments : le violoncelle, dans un orchestre à cordes ; la guitare électrique dans un groupe de rock ; la mandoline et la guitare classique au sein de choros traditionnels et de groupes orientés bossa nova ; la clarinette dans un Jazz Band façon Nouvelle Orléans ; et, un moment, j’ai étudié le trombone, le piano et la batterie. Jusqu’à ce que j’entende Stan Getz, John Coltrane, Wayne Shorter et Victor Assis Brasil (un magnifique altiste de Rio de Janeiro), et que je décide d’étudier le saxophone ténor sérieusement. J’ai senti que là se trouvait la voie que je cherchais.

Comment avez-vous débuté en tant que musicien professionnel ? J’ai commencé par jouer du jazz Nouvelle-Orléans et participé à quelques carnavals, au Brésil, quand j’avais 18 ans. Et puis, je suis parti pour les Etats-Unis et l’Italie, où j’ai joué dans des concerts de samba, de bossa nova, et de jazz grand public. Avant que je ne réalise que mon cœur se trouvait du côté d’une musique expressive, plus créative, au contact de musiciens comme le bassiste Fred Hopkins, que j’ai rencontré à New York à la fin des années 1980.

Quels autres personnages vous ont aidé à devenir le musicien que vous êtes aujourd’hui ? J’apprends en fait sans cesse, auprès de tous les musiciens avec qui je joue et enregistre. Mais il est vrai que j’ai beaucoup appris auprès du violoncelliste Pedro de Alcântara qui enseigne à Paris la Technique Alexander (Technique prônant une rééducation dans le but de mieux développer le contrôle des réactions humaines, développée par F.M. Alexander (1869-1955), ndlr.) appliquée aux musiciens. Il m’a enseigné la prosodie grecque appliquée à la musique, ce qui ‘ma beaucoup aidé à réévaluer ma perception du rythme mélodique.

Aujourd’hui, vous n’êtes plus seulement musicien, mais aussi peintre. Quel lien faites-vous entre ces deux pratiques artistiques ? Certains des titres de votre disque Introspection portent le même titre que certaines de vos peintures reproduites dans le livret. Votre peinture nourrit-elle votre musique, ou est-ce l’inverse ? En fait, la peinture et la musique font partie de moi comme me sont propres l’épreuve artistique et l’esthétique. Mon approche artistique part toujours du silence ou d’un canevas vide, et l’engouement que j’éprouve à créer à partir de rien, sans idées préconçues, est le même, qu’il s’agisse de musique ou de peinture. Les concepts de densité, de timbre, de structure et d’équilibre, je les applique à ces deux formes d’art, et l’effet d’une ligne graphique peut trouver un écho puissant dans le rythme musical. Le son et la lumière sont, après tout, différentes manifestations de l’énergie. Notre système nerveux les perçoit comme différents, mais au-delà de cette perception, dans quelque région reculée de notre cerveau, il ne s’agit plus que de vagues d’énergie d’amplitudes différentes. Comment j’arrive à arranger de façon artistique ces énergies internes est ce qui m’importe. Le résultat de tout cela n’est qu’une conséquence. Reste maintenant à savoir comment la peinture et la musique influent l’une sur l’autre, et là est la véritable importance. Elles sont en constante communication, se mettent en valeurs l’une l’autre, tirant profit d’une émulsion et trouvant des connexions neurales qui, autrement, ne seraient qu’endormies, voire inexistantes. Depuis que j’ai commencé à peindre, cette double voie artistique m’a fait atteindre un état contemplatif qui a apporté calme et paix à ma vie. Cela m’a aussi rendu beaucoup plus sensible à d’autres formes d’art, comme la photographie ou, à un plus haut degré encore, la danse.

Pouvez-vous me présenter votre dernier enregistrement, Introspection, ainsi que les musiciens qui y ont participé ? Introspection est le troisième enregistrement d’une série impliquant des cordes (The Alexander Suite, en compagnie du CT String Quartet et Sieiro, avec le violoncelliste Thomas Ulrich, étant les deux premiers). Je me sens très proche des instruments à cordes, et j’ai parfois l’impression de jouer moi-même d’un de ces instruments. C’est Dominic Duval, partenaire de longue date et virtuose reconnu, qui m’a initié au merveilleux travail de la chanteuse et violoniste Rosie Hertlein. Quant au batteur Newman Baker, il m’a beaucoup impressionné lors de notre première rencontre, il y a une quinzaine d’années, par le biais d’un ami commun, Fred Hopkins. On peut donc dire que cette session est une réunion d’anciens et de nouveaux amis, ayant des points commun et, bien plus encore, de nouveaux territoires à explorer. Et je pense que nous avons réussi ensemble à élaborer une heure sensible, profonde, pendant laquelle se déroule un périple créatif, honnête et rare.

A écouter Introspection, il semble que vous avez mis la main sur un jazz particulier… Par le passé, vous avez enregistré des disques d’un free jazz rageur et enthousiasmant et vous semblez ici avoir mis la main sur ce qu’on pourrait définir comme étant un « cool free jazz »… Avez-vous remarqué cela ? Oui, j’ai remarqué ces changements, et ils sont les bienvenus étant donné que la métamorphose est ce qui nourrit ma curiosité et mon besoin d’évoluer sans cesse. Nous évoluons, dans notre vie, selon les effets de tellement de structures mentales et de concepts qu’il est malhonnête d’enfermer un artiste dans des intentions marketing, et perdre ainsi de vue le cheminement de l’ensemble de son développement artistique. Je ne sais pas où je vais, mais l’introspection est une chose que j’aime interroger à l’heure actuelle et puisque mes années d’apprentissage concernaient essentiellement la musique classique, il me semble naturel que ce disque tende vers une approche plus méditative d’un tel langage. D’où le titre de cet album.

Sans doute dérivez-vous aussi en musique vers une quiétude tout orientale. A l’image de votre travail de peintre, assez proche en définitive de la calligraphie chinoise ? Mes premiers travaux de peinture avaient plus à voir avec la perception d’Expressionnistes abstraits américains comme Franz Kline, Helen Frankenthaler et Sam Francis. Avec le temps, j’ai distillé ces influences et les ai confrontées au pouvoir et à la subtilité de la ligne pure, simple et nue. Cela m’a tout de suite transporté jusqu’aux traditions culturelles orientales et à leur peinture, qui m’ont ensuite fait réaliser que mon saxophone hébergeait plus d’espace que je ne pouvais le soupçonner.

L’évidence assenée veut pourtant qu’un artiste brésilien soit à jamais lié à sa culture traditionnelle, et l’un de ses représentants naturels… Les forces pan-culturelles ont façonné mon travail à toutes les époques de ma vie et, évidemment, à l’époque où je vivais au Brésil. Mais cela fait 25 ans que je ne vis plus là-bas ; j’ai donc respiré d’autres, et beaucoup, d’environnements culturels divers et variés. Aujourd’hui, ces souvenirs afro-brésiliens tiennent plus de l’épice que de la composition essentielle du plat.

Où habitez-vous, d’ailleurs, aujourd’hui ? Cet endroit est-il un compromis satisfaisant entre celui où vous avez passé votre enfance, et celui auquel vous pourriez aspirer ? Cela fait donc 25 ans que j’ai quitté la ville de mes origines, São Paulo, et cela a valu le coup. Si j’envisage d’aller passer un peu de temps en Chine ou au Japon, Brooklyn, New York, est mon chez moi, et je suis très heureux d’y demeurer, auprès de tant de musiciens créatifs qui partagent certaines des idées sur lesquelles je travaille.

Interview réalisée en février 2006. Remerciements à Ivo Perelman.

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Ent: Fuck Work (Baskaru - 2006)

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Sur son premier album, le duo italien Ent propose un mélange particulier d’influences musicales diverses. Résolument tournées vers l’electronica, mais accueillant avec bienveillance tentations pop et expérimentations légères.

Deux fois, Michele Scariot et Emanuele Bortoluzzi passent leurs compositions originelles au tamis de découpes épuratrices pour exposer au final un possible essentiel composé. Différent, celui-ci, selon l’humeur et les méthodes employées : sombre, le temps d’Eternal Plans, fait de nappes brumeuses dispersées en sous-sol ; plus euphorique, sur Nothing for Money, où l’on charge en boucles chuintantes une progression subtile.

D’une efficacité parfois redoutable lorsqu’il choisit de défendre une construction rythmique mince et moins originale (Milk Oblò), le duo peut décider de faire face à l’imbroglio des combinaisons multiples. Ainsi, All Night Long, matériaux bruts mis en boucle jaugeant soudain l’effet d’oscillations programmées qui rappellent Joseph Suchy ; ou Beating Cherry Nipples, parti d’une boucle de guitare molle, abandonné bientôt aux inserts percussifs et aux interventions décalées d’un orgue d’arrière-garde.

Carte de visite de la taille large d’une palette, Fuck Work persuade des manières changeantes du savoir-faire d’Ent. Mais une fois terminée, son écoute pourrait en demander davantage, histoire de vérifier, tout en engageant le duo à prendre, une prochaine fois, plus clairement position.

CD: 01/ Beating Cherry Nipples 02/ All Night Long 03/ Eternal Plans 04/ Milk Oblò 05/ Nothing for Money

Ent - Fuck Work - 2006 - Baskaru.

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Leroy Jenkins: The Art of Improvisation (Mutable - 2005)

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Enregistrement d’un concert donné le 8 octobre 2004 par le quartette de Leroy Jenkins, The Art of Improvisation atteste de l’énergie endurante du plus charismatique des violonistes de l’A.A.C.M., porté par 3 partenaires triés sur le volet.

En moins d’une heure, l’exercice est décliné sur 4 modes et autant d’ambitions. To Live : à un rythme fougueux, Min Xiao-Fen imbrique les phrases de son pipa à celles du violon, et décide d’une progression abrupte et dissonante, évoluant sur fond de western mongol. To Sing : où les solos se succèdent poliment - le pianiste Denman Maroney interrogeant accordage et désaccordage, Jenkins optant pour une impression pseudo-baroque, ou le percussionniste Rich O’Donnel jonglant entre construction entêtante et ruptures de rythme.

Elaborées en commun sur la fin de To Sing, les propositions musicales retrouvent la fougue du début du disque sur To Run. Là, les musiciens se font plus virulents encore, à l’image de Jenkins, qui frotte les cordes de son violon au moyen d’un archet sec, tandis que Maroney n’hésite plus à distribuer les coups à l’intérieur de son instrument. Inéluctable, la retombée des tensions : To Believe, sur lequel le violoniste trouve seul le chemin de la mélodie légère, qui convaincra bientôt les interventions individuelles du bien-fondé de se fondre.

Vu de loin, The Art of Improvisation est une source intarissable de projections intempestives et d’initiatives mûrement réfléchies. Le tout lié admirablement par le savoir-faire de quatre musiciens qualifiés, qui ne cessent cependant d’hésiter entre assurance et doute. Entre l’un et l’autre, sûrement trouvent-ils leur charme.

CD: 01/ To Live 02/ To Sing 03/ To Run 04/ To Believe

Leroy Jenkins - The Art of Improvisation - 2005 - Mutable Music.

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François Carrier: Happening (Leo - 2006)

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A peine sorti du Conservatoire de musique de Québec, le saxophoniste François Carrier a tenu à aller voir du côté de l’improvisation réfléchie et d’un jazz pour lequel il éprouve un intérêt fervent, aux côtés de jazzmen tels que Dewey Redman, Gary Peacock ou Uri Caine. Et d’avoir bien considéré, Carrier est aujourd’hui capable d’un Happening superbe.

Le long de deux disques, le trio du saxophoniste – constitué aussi de Pierre Côté (contrebasse) et Michel Lambert (batterie) -, appuyé par Mat Maneri (violon) et Uwe Neumann (sitar, sanza…), donne une actualité élégante aux façons improvisées. A force d’inspections modales, de swing soudain et des cercles envoûtants des répétitions individuelles sur Happening (One), ou de gradations sensibles que l’on escalade afin de prouver qu’une musique déstructurée peut virer soudain à l’excroissance rythmique soucieuse d’efficacité honnête sur Happening (Two).

Aussi bien défendue, la musique peut se permettre de laisser un peu de champ à une poignée de danseurs, accueillis sur scène pendant l’introduction d’Happening (Four). Mêlant leurs voix au développement décidé par les musiciens, sans doute soulignent-ils de leurs gestes la densité allant crescendo d’une ronde lancinante sur laquelle se greffent, les uns après les autres, sanza, contrebasse, batterie, violon et saxophone. Jusqu’à ce que la charge fasse basculer l’ensemble, au son des ruades de musiciens interdisant le prolongement du bal.

Essoufflé à peine, l’ensemble s’attachera, pour finir, à rendre l’envers torturé des choses. Loin des répétitions boisées et séduisantes affirmées jusqu’ici, Happening (Five) sonne l’heure de la perte de contrôle. Motivé par les encouragements appuyés des danseurs, Carrier et ses partenaires en viennent à tout sacrifier au chaos expiatoire. Et font éclater, en guise de conclusion, la boîte dans laquelle ils avaient amassé leurs intentions redondantes et raffinées. Avec ou sans motif, comme on suspecte d’autres d’avoir incendié Rome.

CD1: 01/ Happening (One) 02/ Happening (Two) 03/ Happening (Three) 04/ Happening (Encore) 05/ Happening (Sound Check) - CD2: 01/ Happening (Four) 02/ Happening (Five)

François Carrier - Happening - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Diskaholics Anonymous Trio : Weapons of Ass Destruction (Smalltown Superjazz, 2006)

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Après avoir dit beaucoup et fort sur un premier album publié en 2001 par le label Crazy Wisdom, le trio Thurston Moore / Jim O’Rourke / Mats Gustafsson réengage son Diskaholics Anonymous Trio sur la voie d’une improvisation brouillonne, certitude bruyante et désinvolte.

Le tumulte instable défendu plus que tout, en deux fois. Sur une première partie emportée, chargée des larsens ressassés de Moore, des inserts électroniques vibrants et parasites d’O’Rourke et des plaintes rauques sorties du saxophone de Gustafsson. Sur une seconde partie plus leste, combinant d’abord l’effet de masses électriques et les attaques nerveuses individuelles, avant d’accorder le trio sur un projet commun : l’établissement entendu de parallèles sonores.

Peut-être est-ce de ne s’être pas assez posé de questions, mais en instaurant l’amas grave et confus qu’est Weapons of Ass Destruction, Diskaholics Anonymous donne souvent dans la complaisance pour interroger tout à coup l’intérêt à rendre sur disque un exercice improvisé déjà partiellement intéressant en public.

Même honnête, l’improvisation n’est jamais à l’abri d’accueillir soudain les prétentions déplacées de ses apologistes. Et voilà que sans l’image et la confrontation directe au spectacle donné, le set ne tient plus que de l’anecdote ronflante, quand elle aurait dû au moins chercher à briguer le statut de document.

Diskaholics Anonymous Trio : Weapons of Ass Destruction (Smalltown Superjazz / Differ-ant)
Edition : 2006.
CD : 01/ Weapons of Ass Destruction Part 1 02/ Weapons of Ass Destruction Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ivo Perelman: Introspection (Leo Records - 2006)

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Les phrases lancinantes du premier titre d’Introspection - Introspection lui-même – déploient des charmes conseillant la fausse piste : par-dessus le décorum du saxophone d’Ivo Perelman, la violoniste Rosie Hertlein ballade son archet et clame haut l’intention chimérique de vouloir défendre un lyrisme contemporain préoccupé. Oublié, celui-ci, dès Karmic Forces, à partir duquel l’album ne dérivera plus.

Pour se laisser aller plus naturellement sur le mode majestueux d’un jazz troublant, presque inédit. En compagnie d’Hertlein, donc, mais aussi du contrebassiste Dominic Duval et du batteur Newman Baker, Ivo Perelman s’engage ici encore en faveur du free jazz, mais d’une manière plus particulière, cette fois, moins assagi que véritablement apaisé. Les regrets n’auront pour autant pas lieu d’être. Puisqu’au contraire, l’enregistrement y gagne.

En retenue, surtout, avec laquelle le saxophoniste brésilien mène 9 de ses compositions, faisant face à un embrouillamini de cordes gracieuses (Spiritual Destiny, Karmic Forces), ou retenant dans ses mains le fluide musical pour mieux l’évaluer et y constater une forte concentration de free, certes, mais aussi la présence d’un cool sous-jacent (Extended Consciousness), d’un baroque insoupçonnable (All Power Emanates From One Source).

Sans le moindre soupir, la prosodie circule. Auprès de Duval, le saxophoniste prône l’entente élégante et rare (Divine Awareness) ; avec Hertlein, il établit des parallèles trompeurs, obliquant soudain pour pouvoir, n’y tenant plus, se croiser (Angel of Forgetfulness) ; encouragé par Baker, il cède enfin, et rue dans les brancards une fois pour toute, et en guise de conclusion (Faith). Prouvant ainsi, peut être, que si le jeu, comme la vie, est un éternel recommencement, rien n’interdit d’aller voir ailleurs ou de penser différemment avant le retour irrémédiable.

CD: 01/ Introspection 02/ Karmic Forces 03/ Divine Awareness 04/ Extended Consciousness 05/ Spiritual Destiny 06/ Self-Forgiveness 07/ All Power Emanates From One Source 08/ Angel of Forgetfulness 09/ Faith

Ivo Perelman - Introspection - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Phil Minton, Roger Turner: Ammo (Leo Records - 2006)

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Enregistré par le chanteur Phil Minton et le batteur Roger Turner en 1984, voici réédité Ammo, disque sorti la même année et devenu rare, document important relatif à l’histoire de l’improvisation en duo.

C’est que l’exercice est inhabituel - accidentel, voire -, qui se contente d’une voix et d’une batterie à plier selon ses principes. Or, évalué par Minton et Turner, il permet curieusement une multiplication soudaine des possibilités. Dans un souffle, un chant curieux se fait entendre sous les percussions légères, avant de disparaître au profit du vacarme d’une sphère ORL agitée, auquel s’opposent bientôt des propositions rythmiques effrénées (Ammo).

Apte aussi à imbriquer des effets minuscules, le duo associe quelques effets de gorge et des impulsions atteignant les cymbales (Cold Storage), éprouve mille moyens d’établir une communication – sifflements (Cut Face), miaulements ou vociférations (Ing-A-Ting) -, ou mesure le potentiel des micros à rendre le relativement petit, l’infiniment caché (Feral).

C’est d’ailleurs ici que réside le charme du disque : dans l’enregistrement lui-même. Choisissant tour à tour de couvrir, rapprocher ou éloigner le micro, l’usage que l’on en fait tient souvent du secret, allant même jusqu’à faire naître chez l’auditeur pervers le fantasme de l’introduction (Cut Face). Moyen comme un autre de jouer un tour, de force et de taille, célébré dans l’allégresse frôlant folie d’une reprise de Monk (Round About Midnight) ou une facétie menant jusqu’à l’étouffement (Urgent).

CD: 01/ Ammo 02/ Cold Storage 03/ Ing-A-Ting 04/ Feral 05/ Rubbed And Told 06/ Round About Midnight 07/ Cut Face 08/ Urgent

Phil Minton, Roger Turner - Ammo - 2006 (réédition) - Leo Records. Dictribution Orkhêstra International.

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Nathan Michel: The Beast (Ski-pp/Sonig - 2005)

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Troisième album de Nathan Michel, The Beast voit son créateur réinvestir le domaine acoustique pour rendre autrement une pop délurée, dont la fantaisie ne cache pas longtemps l’esprit tourmenté de ses origines.

Briguant un statut de songwritter qu’il semblait négliger jusque là, Michel donne ici dans la ritournelle extravagante, à qui il destine plusieurs sortes d’arrangements déroutants : bidouillages électroniques (Planet), rythmiques découpées à la hache (Dust), répétitions piquantes (Erhasel) ou dissonances accentuées (Status Dive).

Parti à la recherche de la pop song parfaite, il évoque quelques figures exigeantes du genre : sa voix rappelant celle de Robert Wyatt (Status Dive, Dust), ses desseins ceux de Beck (Ram), de Jim O’Rourke (Cricket) ou des Beach Boys (A to B).

Plus maladroit, ailleurs, il cède au mièvre sur The Beast et Simple Animal ou au décalage usurpateur d’un presque générique de dessin animé avec Suds. Faute d’avoir, par trois fois, poussé la fanfaronnade ludique jusqu’au maniérisme ultra léger d’une pop japonisante. Erreur qui ne pourra rien contre la distinction accordée à The Beast, ouvrage récréatif et réfléchi, garni à foison et profond sous la fourrure.

CD: 01/ Dust 02/ Planet 03/ The Beast 04/ A to B 05/ Ram 06/ Status Dive 07/ Suds 08/ Simple Animal 09/ Erhasel 10/ Cricket

Nathan Michel - The Beast - 2005 - Ski-pp / Sonig. Distribution La baleine.

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Sonic Youth: Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui (SYR - 2006)

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En hommage au réalisateur Stan Brakhage, Sonic Youth et le percussionniste Tim Barnes improvisaient, le 12 avril 2003, l’accompagnement quasi idéal de la projection d’une sélection d’œuvres cinématographiques exigeantes.

Inaugurée par les répétitions d’un piano jouet, la bande-son tire rapidement parti de la mise en abîme des interventions. Réverbérations et oscillations, guitares peu intrusives, larsens raisonnables, tout est d’abord soumis aux manières du percussionniste. Jusqu’à ce qu’un cadre rythmique légitime apparaisse, et accueille impromptus et habitudes des solistes (guitares rendant leur millionième harmonique). Affable, la première partie aura couru au son d’un rock bruitiste et downtempo, engagé, pour finir, sur la voie d’une marche titubante et charmeuse.

Moins saisissable formellement, la deuxième partie de l’improvisation – la plus courte - mêle les mots rapportés sous saturation par Kim Gordon aux lavis sombres de guitares sous effets divers. L’intervention d’une grosse caisse ferme le dialogue, et fait le pont vers l’ultime tentative de résoudre l’équation interrogeant la composition instantanée et le noir et blanc des images.

Les notes passées à travers filtres tiennent alors la dragée haute aux interventions brutes, qui devront jouer d’une plus grande nervosité pour se faire entendre encore. Aux cordes torturées on ajoute les attaques sourdes et convulsives de la section rythmique avant d’allumer un poste de radio, d’où sortent les voix qui annoncent le moment irrémédiable du chaos. Grave, rien ne l’empêche d’être gonflé encore, sur les encouragements d’une batterie qui enfonce toujours plus profond une musique industrielle et sauvage.

Dernier enregistrement en date autoproduit par Sonic Youth, Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui est aussi un tour de force : celui effectué par un groupe qui a mille fois servi la posture improvisée tout en étant capable encore – quelle qu’en soit la cause : présence de Tim Barnes, joie de se plier aux règles d'un exercice particulier ou inspiration faste – d’offrir un peu d’inédit à sa maîtrise consommée.

CD: 01/ - 02/ - 03/ -

Sonic Youth - Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui - 2006 - SYR. Distribution Differ-ant.

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Nathan Michel: Trebly (Mr. Mutt - 2003)

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Après avoir fabriqué 2 albums pour le compte du label Tigerbeat, Nathan Michel profitait de quelques concerts pour agencer Trebly, projet destiné ensuite à venir grossir les rangs d’une série limitée (200 exemplaires) que le label Mr. Mutt consacre aux enregistrements en public.

Sur l’imbrication répétitive d’échantillons électroniques, Michel donne avec emphase dans le déballage sonore : samples, timbres variés, et incrustations artificielles non identifiables rivalisant - sur les 3 Subtonic, notamment - au son d’une ambient déstructurée ou d’une construction rythmique presque groove.

Imposant à ses arrangements la nécessité de notes intrusives, courtes et interférant étrangement dans la mesure (Friendship House), Michel peut aussi donner dans la pièce rythmique déjantée, inaugurée par l’accompagnement programmé d’un orgue ancien, fleurie bientôt par d’autres tentatives de découpes ludiques et confondantes (Tonic).

Non content d’avoir donné à entendre 5 piècettes efficaces, Michel envahit pour finir un champ plus expérimental, fait de nappes sonores disposées sous une pluie de percussions légères. Assez bancal, jouant des réverbérations et des boucles formatives, Terrace Club brouille malheureusement le propos tenu jusque là. Sans pour autant annuler les effets remarquables disséminés plus tôt.

CD: 01/ Subtonic – New York City 02/ Tonic – New York City 03/ Subtonic – New York City 04/ Friendship House – Philadelphia 05/ Subtonic – New York City 06/ Terrace Club - Princeton

Nathan Michel - Trebly - 2003 - Mr. Mutt Records. Import.

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