Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Spéciale Agitation FrIIteEn librairie : Eric Dolphy de Guillaume Belhommele son du grisli #3
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Alan Silva: Take Some Risks (In Situ - 1990)

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Contrebassiste averti auprès de Cecil taylor, Albert Ayler ou Frank Wright, Alan Silva est plus encore ce multi instrumentiste rassembleur qui dirigea, dès 1969, le Celestrial Communication Orchestra - ensemble musical idéal dont les membres rivalisaient de charisme sans paraître y toucher (Anthony Braxton, Grachan Moncour III, Malachi Favors, Dave Burrell, Leroy Jenkins, etc.). L’époque des grandes heures du free révolue, Silva pourra revenir aux formations réduites.

Comme ce 23 novembre 1986, à la Galerie parisienne Maximilien Guiol. Introduisant en compagnie du batteur Roger Turner une progression longue et multiforme, Silva trace des parallèles mélodiques avec chacun de ses partenaires - Didier Petit au violoncelle, Bruno Girard au violon, puis Misha Lobko aux clarinettes – avant d’engager le quintette à se laisser plus amplement aller.

Alors, les musiciens traînent le long d’une route non balisée, donnant ici dans la répétition, là dans la cacophonie expiatoire, dérivant entre free jazz, musiques contemporaine et nouvelles. En improvisateurs chevronnés, Silva et Turner mènent à propos un concert qui, sans en prendre les airs, a tout de la délicatesse.

Présente encore davantage sur la deuxième piste, celle-ci, qui accommode savamment les percussions extatiques et les rebonds auxquels s’adonnent les graves de la clarinette basse et de la contrebasse. Le temps d’une fulgurance, concentrée et abrupte. Conclusion distinguée et façon comme une autre de sceller l’évolution gérée ingénieusement.

CD: 01/ 01 02/ 02

Alan Silva - Take Some Risks - 1990 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.

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Joe Fiedler : Plays the Music of Albert Mangelsdorff (Clean Feed, 2005)

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Gérant au mieux l’intérêt qu’il porte à la musique latine (sideman de Tito Puente ou Chico O’Farrill) et un autre résolument tourné vers un jazz d’avant-garde (ayant enregistré auprès d’Anthony Braxton ou Andrew Hill), le tromboniste Joe Fiedler rend ici hommage à un des maîtres de son instrument : Albert Mangelsdorff.

Tirant 9 titres du répertoire de l’Allemand, Fiedler construit en trio un jazz hésitant entre efficacité soignée et complexité faite ambiance. Alors, l’interprétation ronde de Wheat song - ultra swing et soul précieuse - ou le funk gouailleur de An Ant Steps On An Elephant’s Toe contrastent avec la mise à plat du thème de Rip Off, porté par l’archet du contrebassiste John Herbert, ou l’atmosphère diaphane bousculée par les assauts de batterie de Mark Ferber de Mayday Hymn.

Elégant ailleurs, il arrive par deux fois au trio de s’égarer, auteur de reprises plus poussive (Lapwing) ou altérée par un arrangement maladroit (Zores Mores). Bémol écarté par l’assurance dégagée avec laquelle il réinvente Do Your Own Thing ou Now Jazz Ramwong.

Premier enregistrement à rendre entièrement hommage à Mangelsdorff depuis sa disparition, Joe Fiedler Trio Plays The Music Of Albert Mangelsdorff modernise un peu plus un propos d’une densité altière. Variant les approches pour mieux rendre improbable la redite monotone.

CD: 01/ Wheat Song 02/ Rip Off 03/ Now Jazz Ramwong 04/ An Ant Steps On An Elephant’s Toe 05/ Mayday Hymn 06/ Lapwing 07/ Zores Mores 08/ Wart G’Schwind 09/ Do Your Own Thing

Joe Fiedler - Plays the Music of Albert Mangelsdorff - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Transit: Transit (Clean Feed - 2005)

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Quartette emmené par le percussionniste Jeff Arnal, Transit défend sur son premier album une musique improvisée aux Etats-Unis, chargée pourtant de références européennes autant qu’elle s’attache à habiter le domaine réservé d’un jazz libertaire plus local.

Ainsi, c’est à Sunny Murray que le jeu d’Arnal fait d’abord penser. Conduisant un free jazz à l’ancienne sur Cortelyou Q – comme plus tard sur Der Blatt -, le batteur estime les charges à confronter des solistes : phrases répétitives du saxophoniste Seth Misterka, quand la trompette de Nate Wooley tient davantage de la folie introspective, voire, refoulée.

Pourfendeurs souvent d’une déconstruction en règle, les musiciens déposent une musique dite « réductionniste », cherchant avant tout à tempérer les gestes et mesurer leurs effets, soit, à courir sans cesse derrière l’épure (Gowanus Canal, Brick City Part 1). Moins convaincants ici, cependant, que lorsqu’ils imposent un thème plus vigoureux virant à la plainte enthousiaste (Ditmas Park) ou une marche lancinante gonflée au contrepoint et aux harmoniques (Brick City Part 2).

Alors, pour l’emporter tout à fait, reste à compter sur l’appui du contrebassiste Reuben Radding. Toujours à propos, il arrondit les angles d’un archet courbe (Ditmas Park) ou les aiguise, au contraire, au moyen de craquements et grincements décidés (Sabbath Siren). Enveloppe, en un mot, une improvisation hybride qu’il révèle probante.

CD: 01/ Cortelyou Q 02/ Van Brunt 03/ Gowanus Canal 04/ Sabbath Siren 05/ Brick City Part 1 06/ Brick City Part 2 07/ Journal Square 08/ Der Blatt 09/ Ditmas Park 10/ Red Hook

Transit - Transit - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet: Bad Guys (Clean Feed - 2006)

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Plusieurs fois sideman de Mingus ou Muhal Richard Abrams, aperçu aussi aux côtés de Sam Rivers ou Miles Davis, le trompettiste Jack Walrath remet cette année au goût du jour le co-leading. Conduisant avec l’aide du contrebassiste Zé Eduardo un quartette qui réconcilie, au son de Bad Guys, exigence et allégresse.

Rayonnants, les 4 hommes s’accordent sur les figures influentes partagées, évoquant Monk sur un post bop affiné (Simian Spring Song), reprenant Mingus le temps d’un Sue’s Changes alambiqué, ou appliquant la méthode adéquate à la gestion euphorique d’un groupe, à l’image d’autres leaders contrebassistes, Ronnie Boykins (Birds Fly Free) ou Charlie Haden (Sun Sol, air simulant le folklore, raffiné et apaisant).

Ailleurs, en compagnie du saxophoniste Jesus Santandreu – qui aura adressé sur Simian Spring Song un clin d’œil à Coltrane -, Walrath dépose un contrepoint sur un rythme latin arrangé pour s’emporter bientôt, et permettre ainsi quelques incartades free (Belly up to the Bazaar). Virulence poussée encore sur Prou de Misteri, histoire de défendre aussi une avant-garde repérable exclusivement en accès de fièvre.

En faveur du contraste, l’impression lâche et la valse branlante que sont Novíssimos et Realejo, drainés par le dosage concentré de Marc Miralta, batteur qui, d’un bout à l’autre de l’album, aura fomenté en toute discrétion quelques étourdissements légers (Birds Fly Free, Sun Sol). Faits, au final, cause défendue par l’entier quartette, qui, pour avoir su multiplier les distinctions, signe un disque tout simplement supérieur.

CD: 01/ Simian Spring Song 02/ Birds Fly Free 03/ Novissimos 04/ Sue's Changes 05/ Belly up to the Bazaar 06/ Realejo 07/ Prou de Misteri 08/ Sun Sol

Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet - Bad Guys - 2006 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Miller + Fiam: Modern Romance (Expanding Records - 2006)

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Chantre d’un minimalisme électronique revendicatif, l’Australien Dave Miller s’acoquine à Harry Hohnen pour délivrer un Modern Romance qui combine propositions sûres et tentatives défaillantes. Sans chercher une minute à évaluer l’intérêt de l’ensemble.

Alors, partout où il va voir, le duo se montre capable du meilleur et du pire : penché sur une ambient raffinée (Tempest in a Teacup) ou grossière (Too Often) ; échafaudant des constructions rythmiques, délicates (Slowing to a Stop, Edge of Midnight) ou poussive (Thousand Francs) ; donnant dans la pièce musicale répétitive, avec assurance (Tired Neighbourhood Bird) ou sans (Complex Kisses).

Pour prendre l’avantage, reste aux deux hommes de profiter d’interventions acoustiques choisies : piano et contrebasse déposés comme il faut (Tired Neighbourhood Bird) ; une guitare, surtout, gonflant à elle seule Band on the Street, bossa réinventée, élégante et à peine perceptible, assénant sur rythme bancale des gifles à tout amateur de Trip do Brazil.

Perdus parmi la diversité de leurs idées brutes, Miller + Fiam réussissent quand même à échapper au pire, tombés comment sur quelques compositions valables. Mais n’ayant pas pris la peine de filtrer leurs intentions, Modern Romance souffre d’un manque de conviction qui relativise les essais acceptables.

CD: 01/ Tempest in a Teacup 02/ Tired Neighbourhood Bird 03/ Armchair 04/ Edge of Midnight 05/ Band on the Street 06/ Thousand Francs 07/ Complex Kisses 08/ Wise Coward 09/ Too Often 10/ I Need a Riverboat 11/ Martinos 12/ Slowing to a Stop 13/ Dead Sea

Modern + Fiam - Modern Romance - 2006 - Expanding Records.

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Carl Ludwig Hübsch: Is This Our Music ? (Konnex - 2005)

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Après avoir longtemps pratiqué le tuba en solo, Carl Ludwig Hübsch a fait l’expérience de la collectivité aux côtés de musiciens tels que Lester Bowie, Arthur Blythe ou Paul Lovens. Suivant leur exemple, il a même entrepris de mener un trio particulier (tuba, trombone, saxophone), dont le deuxième album retourne et interroge de façon personnelle l’affirmation historique d’Ornette Coleman : This is Our Music.

Is This Our Music?, donc. Titre déroutant pour deux raisons : d’abord parce qu’il rassemble 10 morceaux écrits par Hübsch lui-même et 1 air traditionnel ; ensuite parce que ces interprétations évoquent étrangement l’univers des musiques improvisées : des fulgurances expérimentales dispersées en autant de Fragment aux constructions à degrés telles que NGC 2265, où l’on soupçonne l’insertion de longues plages de liberté, grâce auxquelles le trio évoque un Paul Rutherford égaré parmi les notations d’une œuvre de Berio.

Respectant celles d’Hübsch, le saxophoniste Matthias Schubert et le tromboniste Wolter Wierbos sont invités parfois à servir en compagnie du tuba une musique à l’exigence moins rigoureuse. Le temps d’un swing lascif (NGC 2270 Terrier) ou de deux retours à la mélodie, mélancolique (El Eterno) ou réjoui (Al Kaphra), évoquant l’un et l’autre le faste doux-amer des compositions que Rota destinait à Fellini.

Ainsi, en réponse à la question qu’ils se sont eux-mêmes posée, les trois musiciens présentent un mélange réussi de références toujours exigeantes, qu’elles se raccrochent aux branches de la musique contemporaine, du jazz, des bandes originales de films, ou fleurent le recours à l’improvisation. Qu’importe alors que cette musique leur appartienne ou non, puisqu’elle est convaincante.

CD: 01/ Fragment 3 02/ NGC 2265 03/ El Eterno 04/ Fragment 1 05/ Fragment 2 06/ Fragment 5 07/ Remembering 08/ NGC 2270 09/ NGC 2247 Akkord 10/ Fragment 4 11/ Al Kaphra

Hübsch`s Longrun Development of the Universe - Is This Our Music ? - 2005 - Konnex Records.

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William Parker: Long Hidden: The Olmec Series (AUM Fidelity - 2006)

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Seul ou accompagné, au moyen de sa contrebasse ou au son d’un n’goni, William Parker met au jour d’autres liens rapprochant Afrique et Amérique, prenant le prétexte d’affinités évidentes entre le monde mandingue et la civilisation olmèque. En bande son, un mélange inédit de jazz et de merengue, s’accordant élégamment sur le mode évident des origines communes.

En solo, Parker égrène avec délicatesse les 8 cordes de son n’goni (Long Hidden) ou dépose, recueilli, un air traditionnel à la contrebasse (There is a Balm in Gilead). Construisant à l’archet Cathedral of Light ou jouant du bariolage sur Compassion Seizes Bed-Stuy, il évoque une musique africaine ancestrale, disséminée bientôt jusqu’aux rives opposées à celles de ses terres occidentales.

Pour faire le voyage, le contrebassiste passe du statut de praticien isolé à celui de leader de The Olmec Group, formation dans lequelle 4 jeunes musiciens dévolus au merengue côtoient le saxophoniste Dave Sewelson et un autre contrebassiste, Todd Nicholson. Dès Codex, sans trahir l’existence d’un dosage réfléchi, l’ensemble marie le folklore central américain au jazz tapageur bien connu du trio des vétérans.

Le baryton de Sewelson peut alors virer free sur El puente seco, composition au rythme soutenu rappelant les allures du choro, ou ponctuer plus rigoureusement la progression impeccable de l’accordéon et des percussions sur Pok-a-tok, il accompagne partout – comme les contrebasses de Parker et Nicholson – l’exécution d’une danse éclatante et frondeuse, canalisant l’énergie des uns et la rage jamais éteinte des autres.

Don Cherry – responsable, par ailleurs, de l’initiation de William Parker au n’goni – aurait pu rêver de Long Hidden : The Olmec Series, album mêlant avec réussite le jazz libertaire et une musique du monde qui se distingue des autres par une production plus qu’habile et une raison d’être véritable.

CD: 01/ There is a Balm in Gilead 02/ Long Hidden, Part 2 03/ Codex 04/ El Puente seco 05/ Long Hidden, Part 3 06/ Cathedral of Light 07/ Compassion Seizes Bed-Stuy 08/ Pok-a-tok 09/ Espirito 10/ Long Hidden, Part 1 11/ In Case of Accident

William Parker - Long Hidden : The Olmec Series - 2006 - AUM Fidelity. Distribution orkhêstra International.

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Loose Fur: Born Again in the USA (Drag City - 2006)

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Deuxième album en commun pour les échappés de Wilco - Jeff Tweedy et Glenn Kotche - et l’électron presque libre Jim O’Rourke, Born Again in the USA sonne des retrouvailles plus ou moins heureuses entre les 3 hommes et leurs fantômes respectifs.

Donnant souvent dans le mélange du rock et d’une country allant jusqu’aux sifflements, Loose Fur a l’excellente idée de décomplexer son parti pris à mesure que défile l’album. Lancé sur un rythme poussif et clinquant (Hey Chicken, The Ruling Class), le trio profite de compositions d’O’Rourke pour imposer des arrangements plus convaincants : instillant une longue plage instrumentale à une rengaine folk (Apostolic), adressant un clin d’œil amusé à Burt Bacharach (Thou Shalt Wilt), ou tissant sans en avoir l’air une chanson étrange posée sur canevas atmosphérique, complexe et admirable (Wreckroom).

Moins ambitieux, les musiciens pourront aussi se contenter d’un rock nerveux sans identité (Stupid as the Sun) ou d’une miniature pop par trop légère (Wanted). Noieront ailleurs un instrumental qui avait pourtant bien commencé sous le lyrisme ronflant d’un piano plus que dispensable (An Ecumenical Matter).

Ainsi, Born Again in the USA reste à sa place : celle, habituelle, d’un disque de Jim O’Rourke, capable d’excellence et de mièvrerie fade tout à la fois. Certains se satisferont de la première quand il s’agira pour d’autres de compléter une collection.

CD: 01/ Hey Chicken 02/ The Ruling Class 03/ Answers to your Questions 04/ Apostolic 05/ Stupid as the Sun 06/ Pretty Sparks 07/ An Ecumenical Matter 08/ Thou Shalt Wilt 09/ Wreckroom 10/ Wanted

Loose Fur - Born Again in the USA - 2006 - Drag City. Distribution Discograph.

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Michael Byron: Music of Nights Without Moon or Pearl (Cold Blue Music - 2001)

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Ayant investi le domaine musical sous l'influence de Steve Reich et Philip Glass, le compositeur Michael Byron a su développer son travail jusqu'à établir une forme particulière d'expression. Donnant le plus souvent dans la progression lente et sombre, il se promène sur Music of Nights Without Moon or Pearl parmi 3 possibilités plus lumineuses, mises au jour dans le champ hétéroclite des musiques nouvelles.

Envisagées par le Calarts New Century Players - ensemble de huit musiciens dirigé par David Rosenboom -, Music of Nights Without Moon or Pearl et Invisible "Seeds" for James Tenney proposent deux manières d'arranger les cordes de violons, violoncelle et contrebasse, avec celles d'un piano. Sur le premier morceau, on charge toujours davantange une atmosphère rappelant Harold Budd de pizzicatos insatiables, tandis que le pianiste égrène un accord unique. Sur le second, les archets interviennent et absorbent au moyen de leurs nappes les chocs réservés à un clavier nerveux évoquant John Cage.

Après avoir salué Tenney et Cage, Byron destine sa confiance à un autre pianiste : David Rosenboom, qui se charge seul - grâce au re-recording - de l'intervention des 4 pianos nécessaires à l'exécution d'Entrances. D'abord néo-romantique dans l'âme, la composition vrille soudain, et, d'un George Antheil proposant sa version personnelle d'une pièce de Debussy, vire à la poursuite contemporaine et frénétique, mêlant avec emphase l'unisson des différentes prises et la combinaison de leurs parallèles déviées.

Au moyen d'une progression atmosphérique, d'une composition plus torturée et d'une autre semi-lyrique, Michael Byron a construit Music of Nights Without Moon or Pearl, album dense et changeant, donnant en plusieurs endroits connus ou encore à révéler des musiques dites nouvelles.

CD: 01/ Music of Nights Without Moon or Pearl 02/ Invisible "Seeds" for James Tenney 03/ Entrances

Michael Byron - Music of Nights Without Moon or Pearl - 2001 - Cold Blue Music. Distribution Orkhêstra International.

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Jimmy Lyons: The Box Set (Ayler - 2003)

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Obnubilé par le jeu de Charlie Parker, le saxophoniste Jimmy Lyons excella sous licence hard bop avant d’être repéré, en 1960, par Cecil Taylor. Intégrant dans la minute l’Unit du pianiste, il servira plus que n’importe quel autre sideman cette formation à géométrie variable, profitant de quelques permissions pour mener en parallèle des projets plus personnels. C’est une sélection de ceux-là que The Box Set a choisi de présenter, le long de 5 CD regroupant des séances enregistrées entre 1972 et 1985.

Septembre 1972, d’abord. Lyons mène son quartette dans le studio d’un autre saxophoniste, emblème de l’époque des Loft sessions new-yorkaises : Sam Rivers. Devant public, il engage son discours sur la voie d’un post bop altier, peu à peu conquis par les envolées iconoclastes du saxophone. Capables d’impulsions en lien direct avec celles appréciées de Monk (Round Midnight), Lyons s’autorise la dérive, et s’inscrit ailleurs dans une avant-garde proche de celle défendue par Coleman (Mr. 1-2-5 Street), ou dans une autre, plus personnelle – qui confronte un savoir-faire ancien et une déconstruction audacieuse (Ballad One).

Epris de dialogue, le saxophoniste tisse un lien privilégié avec le trompettiste Raphé Malik ; les deux hommes se partagent les solos avant de confectionner ensemble des imbrications délicates (Ballad One) ou un contrepoint furieux (Gossip). Echange impeccable, auquel Jimmy Lyons s’interdira le recours en juin 1975, au même endroit, lorsqu’il interprètera en trio trois de ses compositions personnelles.

Là, le saxophoniste se trouve seul auprès d’une section rythmique composée du bassiste Hayes Burnett (déjà là en 1972) et du batteur Henry Letcher. Assuré, son alto brave le schéma complexe de Family, embrasse les trente dernières années de l’histoire du jazz, évoquant ici l’agile phrasé de Parker, là, la mutinerie orchestrée d’Ayler. Sur ballast sombre, le saxophoniste développe son propos : faisant se succéder notes brèves et enchaînements déliés sur les pizzicatos affirmés de Burnett (Heritage I), ou préférant prendre la mesure d’une tension allant crescendo (Heritage II).

Attestant des dispositions de Lyons à endosser le rôle de leader, ces deux premières sessions révèlent l’identité saisissante du saxophoniste. Qu’il n’aura cessé de mettre en pratique, et selon d’autres façons encore. Ce 9 avril 1981, par exemple. Où, en solo, il improvise et cite quelques standards en variant à chaque fois ses intentions (Clutter), réconcilie la chute des graves et les accents aigus de son alto (Never), ou défend des impulsions contre-nature avec un tact souverain (Repertoire Riffin’).

Lorsque le saxophoniste renoue, trois ans plus tard, avec une compagnie, c’est pour l’initier à un free exalté et à un jazz savant. Assurés de tenir en place par la précision du batteur Paul Murphy, Lyons et Karen Borca (au basson) installent alors un contrepoint syncopé (Shakin’Back) ou vacillant (Wee Sneezawee) avant de se permettre l’incartade de virulences éclatées (Theme).

Qui vireront, en 1985, à l’acharnement. Sur scène, les mêmes, et le contrebassiste William Parker. Free fortifié, plus que persistant, sur un autre Shakin’Back, un autre Wee Sneezawee ; déconstruction plus tempérée, sur After You Left, plus proche encore de l’inédit à découvrir ; ou construction libre et complexe, sur le rythme sophistiqué de Tortuga.

En guise de conclusion au quatrième disque, un journaliste interroge Jimmy Lyons sur la difficulté de défendre sa propre musique quand on est le sideman attitré d’un musicien tel que Taylor. La réponse, forcément difficile, laisse peu de chance au verbe. Qui préfère trouver ses arguments dans les enregistrements de The Box Set, recueil averti de concerts sans failles.

Jimmy Lyons : The Box Set (Ayler Records / Orkhêstra International)
Edition : 2003. 
CD1 : 01/ Jump-Up 02/ Gossip 03/ Ballad One 04/ Mr. 1-2-5 Street 08/ Jump-Up #2 06/ 'Round Midnight - CD2 : 01/ Family 02/ Heritage I -
CD3 : 01/ Heritage II 02/ Clutter 03/ Mary Mary Intro 04/ Never 05/ Configuration C 06/ Repertoire Riffin' 07/ Impro Scream & Clutter II - CD4 : 01/ Wee Sneezawee 02/ After You Left 03/ Theme 04/ Shakin' Back 05/ Good News Blues 06/ Itw - CD5 : 01/ Wee Sneezawee 02/ After You Left 03/ Tortuga 04/ Gossip 05/ Shakin' Back 06/ Driads 07/ Jump Up
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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