Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Nom Tom: Nom Tom (Spring Garden - 2005)

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Depuis la fin des années 1970, le saxophoniste Jack Wright fait montre d’un jusqu’auboutisme désinvolte concernant sa manière d’aborder l’improvisation. Pourfendeur de gestes inhabituels, il a aussi bien œuvré aux côtés de John Butcher, William Parker ou Michel Doneda, qu’initié des groupes plus confidentiels, pour peu qu’ils puissent espérer tenir de la combinaison heureuse.

C’est dans cette catégorie que pourrait être rangé Nom Tom, trio que Wright forme aux côtés de la vocaliste Carol Genetti et du percussionniste Jon Mueller. Sur cet enregistrement concert daté de 2004, les musiciens tissent deux pièces expérimentales tenant donc de l’inédit. Investissant le domaine du non dit, d’abord, au son de l’imbrication des incartades free du saxophoniste, des murmures, souffles et expirations de Genetti, et des accents enthousiastes que dispense la caisse claire. Phrases lyriques refoulées et virulence en sourdine sont de mise, avant que le batteur décide d’accélérer le propos discursif pour mieux couper court aux gémissements et autres souffles prônant l’impureté.

Alors, les trois intervenants envahissent l’espace plus concrètement, les notes se font plus claires, partout – saxophone et voix. L’amalgame, plus efficace, pas à l’abri, pourtant, d’une rechute soudaine. Proche du râle apaisant du digeridoo, la voix de Genetti ira convaincre le trio d’en rester là. Après avoir expérimenté et réfléchi tout à la fois.

CD: 01/ 01 02/ 02 >>> Nom Tom - Nom Tom - 2005 - Spring Garden Music.   



Roy DeCarava: The Sound I Saw (Phaïdon - 2001)

decaravaAu début des années 1960, le photographe Roy DeCarava s’engage à rendre sur papier une réalité qu’il connaît pour la fréquenter au quotidien : celle des rues de Harlem. Brute, son approche trouve bientôt une bande-son évidente, relents de jazz suintant sous les peines, là pour divertir ou revendiquer, cherchant une solution acceptable au rythme plus concret sur lequel vont les choses.

Empruntant des rues négligées par un service d’entretien qu’on n’envoie plus guère dans cette partie de la ville, DeCarava gagne les clubs de jazz - parfois quelques studios d’enregistrement - et récolte les clichés décisifs. Parmi le nombre, il en choisira 196, qu’il mettra en ordre et auxquels il accolera un texte écrit de sa main pour former le prototype de The Sound I Saw, recueil de photographies haut de gamme autant qu’hommage au New York des déclassés, au jazz, à la vie comme elle est et comme il faut la prendre. Nous sommes alors toujours dans les années 1960. La première publication de The Sound I Saw verra le jour en 2001.

Elaborée, la mise en page alterne les tirages d’une netteté qui accable et les épreuves au parti pris plus abstrait ; les portraits de jazzmen reconnus et d’autres d’anonymes ; oppose un urbanisme au charme déficitaire à l’éclat des instruments, à la précision des gestes. Le noir et blanc souligne encore la dualité d’une existence à part, tout en glorifiant l’instant exposé. Ici, la photo de 4 enfants des rues fait le pendant à celle d’un quartette de contrebasses. Là, un Santa Claus sorti du ruisseau – « Poor feet who walk on souls » - égaré parmi quelques jazzmen en majesté : Coltrane méditatif dans le reflet d’un miroir, Ellington, Monk et Brubeck derrière pianos, Billie Holiday, Elvin Jones, Max Roach, Clifford Brown, Miles Davis, ou Ornette Coleman, regardant droit devant lui – « To release songs of wanting nor wasted ».

« Puzzled in the crush of every morning mash », noires pauvres et pauvres blancs, américain middle classe soudain désorienté parmi la foule semblable et agitée. L’attente, presque partout, quand la musique est absente : « Men’s aspirations to speak to sing and make music justifying the endless moments heavy ». Au bout du compte, un flegme ultime sorti de sous les gravats lourds, en réponse au quotidien pesant. Sereine, la mère peut continuer de bercer l’enfant, sur le rythme révélé par ceux à qui il suffit de fermer les yeux – « Frustration and pain into a cry for aching fingers ». Pour savoir que la réalité n’est pas indivisible, et qu’il s’agit simplement d’être à l’écoute – « The love of life revealing the open place that is Us ».

Roy DeCarava, Le son que j’ai vu, Paris, Phaidon, 2001.


Matthew Shipp: One (Thirsty Ear - 2006)

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Après avoir parcouru des sphères plus ou moins éloignées du jazz auprès de Dj Spooky ou Antipop Consortium, le pianiste Matthew Shipp persiste dans son désir d’aller et venir au gré de dérives stylistiques réfléchies. En solo, cette fois, sur One.

12 courtes pièces s’y succèdent, oscillant entre exercice de style minimaliste (Patmos), jazz érudit convoquant Oscar Peterson ou Monk (évoqué autant que John Cage sur Gamma Ray), pièce atmosphérique jouant l’éternel retour de la première phrase mélodique (Milky Way), ou morceaux en proie aux chaos d’une exécution libre (Electro Magnetism, Abyss Code).

Pour diversifier encore son propos, Shipp peut user d’un brin de reverb (The Encounter, Are) ou instiller un peu d’ironie à ses intentions (Zero, fantaisie piano bar grisante). Avec la même conviction, il avait embrumé plus tôt Blue In Orion, composition moins immédiate parmi le nombre des évidences révélées que compte l’enregistrement. Preuve de plus que Shipp ne réserve aucune exclusivité au jazz - tout en usant de ses connaissances (pratiques et théoriques) dans le domaine -, One assoit les prétentions d’un pianiste en verve sur les attentes illusoires des gardiens du temple.

CD: 01/ Arc 02/ Patmos 03/ Gamma Ray 04/ Milky Way 05/ Blue in Orion 06/ Electro Magnetism 07/ The Encounter 08/ The Rose Is A Rose 09/ IEOU 10/ Abyss Code 11/ Zero 12/ Module >>> Matthew Shipp - One - 2006 - Thirstea Ear. Distribution Orkhêstra International.


Peter Brötzmann: Berlin Djungle (Atavistic - 2004)

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Vingt ans après son enregistrement au JazzFest de Berlin, le label Atavistic ressortait Berlin Djungle du saxophoniste Peter Brötzmann, édité à l’origine par Free Music Production.

Le temps d’un concert unique, 11 musiciens servirent le fantasme du Brötzmann Clarinet Project, certains devant laisser leur instrument de prédilection au profit de la clarinette : parmi eux, les saxophonistes Tony Coe (transfuge de l’orchestre d’Henry Mancini) et John Zorn. Au nombre des intervenants, compter aussi Louis Sclavis, Toshinori Kondo (trompette), Johannes Bauer et Alan Tomlinson (trombones), quand William Parker et Tony Oxley assurent la section rythmique.

Et Brötzmann, bien sûr, qui adresse un clin d’œil à Dolphy avant de conduire son ensemble le long des deux parties de What A Day, pièces sans concessions évoluant au gré des emportements : mouvements saccadés, cris, sifflements, pizzicatos de Parker surpris en pleine transe nihiliste. Espacés, des solos sont ensuite plus à même d’instaurer des pauses obligatoires avant l’unisson ultime et suraigu auquel résiste, seul, le barrissement d’un trombone (First Part). L’épreuve est extrême, et la seconde partie nous apprendra que le bout du bout de la fougue bruyante peut encore changer d’allures. Les contraintes presque toutes anéanties, les trombones dressent leurs sirènes plaintives au milieu desquelles Brötzmann installe au tarogato (saxophone en bois d’origine hongroise) un blues badinant avec la Rhapsody In Blue de Gershwin. Incursion démesurée dans le champ du free jazz et de l’improvisation contestataire, Berlin Djungle est, en plus, un document d’importance, au générique singulier. Prometteur à l'époque ; confirmé aujourd'hui.

CD: 01/ What A Day / First Part 02/ What A Day / Second Part >>> Peter Brötzmann - Berlin Djungle - 2004 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.


Polwechsel: Archives of the North (Hat Hut - 2006)

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Avec Archives Of The North, Polwechsel - quartette autrichien formé en 1993, deux fois remaniés depuis, suite aux départs du tromboniste Radu Malfatti en 1997, et du guitariste Burkhard Stangl six ans plus tard - accueille les percussionnistes Martin Brandlmayr et Burkhard Beins. Et fait de son quatrième disque un chef d'oeuvre d'ambient électro-acoustique.

Enfilant les notes soutenues de son saxophone ténor, John Butcher emmène d'abord sa formation le long d'un schéma répétitif, à l'origine d'un monde de métaux réverbérés, évoquant Eno ou Xenakis (Datum Cut), avant d'offrir aux nouveaux venus l'ouverture de Mirror. Là, les batteurs jouent des résonances, explorent les possibilités sonores des cymbales, soit : usent de schémas rythmiques non aboutis, empêchant le violoncelle dissonant de Michael Moser ou les souffles que le même traite à l'ordinateur d'être recadrés.

Pas à l'abri des perturbations, le groupe instaure ensuite quelques instants d'exécutions rapides (Core Cut), puis improvise totalement Magnetic North, amas d'interventions délicates rendant une atmosphère diaphane à force d'avoir été étirée. A intervalles réguliers, un dialogue entre la contrebasse de Werner Dafeldecker et les percussions s'immisce en Site And Setting, dernière plage d'une réalité plus concrète, oscillant entre le grincement du violoncelle et les combinaisons circulaires d'un saxophone travesti en flûte indienne.

A l'arrivée, l'essentiel a moins été dit qu'inventé et donné à entendre. Les explications, déjà subjectives, changeront au fil des écoutes. La seule évidence étant la qualité indéniable d'Archives Of The North, signé d'un Polwechsel encore plus loin devant.

CD: 01/ Datum Cat 02/ Mirror 03/ Core Cut 04/ Magnetic North 05/ Site And Setting. Hat Hut, 2008. Distribution Harmonia Mundi.



Mujician: There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)

mujigrisliDepuis près d'une vingtaine d'années, quatre musiciens britanniques de premier ordre interrogent avec tact l'interaction improvisée. Sous le nom de Mujician, Paul Dunmall (saxophones), Keith Tippett (piano), Paul Rogers (basse) et Tony Levin (batterie), signent leur sixième album: There's No Going Back Now.

Le temps de ramasser ensemble l'entière histoire d'une improvisation européenne pour laquelle ils ont oeuvré, et qu'ils survolent aujourd'hui au son d'intérêts différents mais complémentaires. Sans plus se poser de questions, Mujician peut adopter des allures changeantes: musique contrapunctique ou sérielle, free incisif, chaos instable ou accès soudain de mélodie apaisée.

Parti au rythme soutenu d'une introduction dense aux relents de jazz libre, le groupe calme ses intentions sur l'appel des 5 notes répétées par le piano de Tippett. Pièce quasi contemporaine, qui filera comme l'autre après l'apparition d'un gimmick de basse à l'origine d'une progression répétitive efficace et lancinante, qui ménage quelques élans individuels discrets.

Passé du ténor au soprano, Dunmall transporte Mujician vers d'autres rives, fait de Tippett un simple accompagnateur qui installera ensuite un swing plutôt classique, option contre laquelle semblera se battre le saxophone. Lorsque Dunmall se retire, le trio restant investit les mouvements circulaires, répétitifs encore, schéma abandonné au retour du ténor, qui sonne la charge dévastatrice, encouragée par les imprécations de Levin. L'élan romantique, pas infini, devra retomber dans les grincements et les fulgurances quiètes.

Trois quarts d'heure de combinaison adéquate, ne tenant jamais du collage impropre ou du rapprochement bancal. L'imbrication est celle d'orfèvres, et les solutions, immédiates, trahissent de quoi est capable l'expérience, voire, révèlent un génie dégagé de contraintes. S'il fallait tout oublier des musiques improvisées pour tout recommencer, There's No Going Back Now pourrait être le point choisi du nouveau départ.

CD: 01/ There's No Going Back Now

Mujician - There's No Going Back Now - 2006 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.


The Jolly-Boat Pirates: The Jolly-Boat Pirates (Umlaut - 2006)

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A la manière de Corpulent – avec lequel il partage sa section rythmique -, The Jolly-Boat Pirates est un quartette composé de musiciens Suédois et Américains : Niklas Barno (trompette), Lars Ahlund (saxophones), Joel Grip (contrebasse), Devin Gray (batterie). Qui sortent aujourd’hui leur premier enregistrement commun.

Dès Alvaro, le groupe sert une énergie démonstrative au rythme de laquelle il ne peut longtemps cacher ses modèles : Ornette Coleman ou Joe McPhee ; Ayler, ailleurs, lorsque Big Shit mêle à l’assaut des dissonances la légèreté d’une musique de fanfare répétitive. Capable aussi de swing courtois, tant qu’il est possible de le perdre au milieu d’une progression bousculée par un soprano bancal et une section rythmique aérienne (Denight Delight).

Moins inspiré sur Bro (plage déstructurée perdues par quelques élans romantiques) ou Line (plage déstructurée perdue par un manque de vigueur inquiétant), The Jolly-Boat Pirates tire souvent profit des tensions adéquates : à la pièce envoûtante, parfaitement soutenue par l’archet de Grip, qu’est Letandet ; ou au fantasme de régénérescence, sur Strutsen, jolie conclusion qui aurait toutefois gagné à déployer la même ardeur que celle des premiers titres.

The Jolly-Boat Pirates qu’il faudra suivre, donc, tout comme Corpulent. L’un et l’autre produit par Umlaut Records, label de Joel Grip, soit : débarrassés des contraintes du naturel et décisif rendement. Le reste assurant de valables perspectives d’avenir.

CD: 01/ Alvaro 02/ Denight Delight 03/ Bro 04/ Line 05/ Letandet 06/ Big Shit 07/ Strutsen >>> The Jolly-Boat Pirates - The Jolly-Boat Pirates - 2006 - Umlaut.


Gush: Norrköping (Atavistic - 2006)

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Comptant dans ses rangs trois des plus vertueux représentants de la scène improvisée suédoise, Gush expose sur Norrköping trois manières de gérer les gestes intuitifs. Autant d’alternatives pour l’auditeur.

Lentement mis en place, Handpicked prend les allures d’une construction élevée sur le hard bop insinué par la batterie de Raymond Strid, accepté bientôt par le piano de Sten Sandell et le saxophone ténor de Mats Gustafsson – qui impose toutefois quelques écarts bienvenus de free récréatif. Le temps de quelques pauses, le trio réfléchit aux directions à suivre : élans répétitifs du piano et du saxophone avant quelques solos distribués.

Infiltrant sur Sava de nombreux silences, les trois hommes choisissent d’y exposer un parti pris différent : déposée, la musique est faite des longues notes tenues par le soprano, avant d’être rattrapée (et convaincue) par la fougue du piano. De retour, la tension dramatique s’exprime toutefois différemment, comme réfléchie davantage. Sur le mouvement lent d’une danse macabre, Gush investit Rhomb, qui convoque lui aussi les tentations free du saxophone avant de commander à Sandell l’amas d’arpèges déliés, à Gustafsson le choc des clefs, à Strid la présence discrète. Passé au baryton, le saxophoniste ouvre la deuxième partie du morceau, qui fera se succéder relâchements faussement paisibles et emballements bruitistes grandiloquents. Le chaos s’en ira étouffé. Comme si le trio voulait faire croire qu’il avait tenu à l’assagir, quant il l’envisageait avec intelligence pour l’imposer bien mieux.

CD: 01/ Handpicked 02/ Sava 03/ Rhomb >>> Gush - Norrköping - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.


Charles Gayle: Live at Glenn Miller Café (Ayler - 2006)

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Cette année 2006, la tournée européenne de Charles Gayle passait par le Glenn Miller Café de Stockholm. Endroit dans lequel le label Ayler records a l'habitude de déposer ses micros auprès des musiciens qu'il y invite. Quelques mois après le concert, voici donc l'enregistrement attendu, qui revendique aussi bien que de plus anciens l'assurance du saxophoniste, et sa grâce fiévreuse.

Aux côtés du contrebassiste Gerald Benson et du batteur Michael Wimberly, Gayle commence évidemment par rendre l'essentiel d'un propos offensif et ramassé, free jazz ultime aux accents ayleriens (Cherokee). L'alto, capable de varier le mode des plaintes qu'il fomente, permet toutefois des incartades au profit du swing (Softly As In A Morning Sunrise) ou du blues - discrètement dessiné sur What's New.

Jouant un rôle considérable dans la pratique musicale de Gayle, la spiritualité l'amène ensuite à rechercher la compagnie des spectres : glorieux (les voix des sidemen apaisant le furieux Chasing au son de Praising The Lord) ou vertueux (présences révélées au fil des reprises : Coltrane avec Giant Steps - marche contrainte admirablement imposée par Wimberly - et Ayler avec Ghosts - sur lequel la filiation entre les deux saxophonistes pourrait passer pour réincarnation, permise soudain par encyclique expresse).

Pas le premier, Charles Gayle, à transformer un penchant mystique en apanage de la réflexion. De la mesure, même, toutefois bousculée à intervalles quasi réguliers par une violence sonore là pour peindre le plus fidèlement possible comment vont les choses : injustement, et sans donner jamais dans le progrès. Comme Ayler, Gayle n'a pas fini de ramasser ses hurlements pour en faire des suppliques présentables, de relater à la manière de Bosch la foi de Saint-Antoine. Et de redire que si la religion est incapable de miracle - si ce n'est celui de gouverner au moyen d'un espoir de salut tenant de la carotte de l'âne -, elle peut se fourvoyer, de temps à autre, dans quelque oeuvre d'art de l'allure haute de Live at Glenn Miller Café.

CD: 01/ Introduction 02/ Cherokee 03/ Softly As In A Morning Sunrise 04/ Chasing / Praising The Lord 05/ Giant Steps 06/ What's New 07/ Holy Redemption / Ghosts >>> Charles Gayle - Live at Glenn Miller Café - 2006 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.


Mark Dresser: Sonomondo (Cryptogramophone - 2000)

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Enregistré en 1997, Sonomondo révèle un univers sophistiqué de cordes : celles de la contrebasse de Mark Dresser et du violoncelle de Frances-Marie Uitti.

Traçant sur Sonomondo des parallèles déviantes, les instruments imposent un environnement sombre au gré du va-et-vient de trois archets (Uitti tirant profit d’une méthode de jeu à deux archets). Oeuvrant ensemble à la progression baroque, tourmentée et, au final, grandiloquente qu’est Montebell, le duo peut aussi préférer la confrontation fructueuse : le temps de Grati, où la lutte vire à l’assaut polyphonique, ou d’Arcahuis, sur lequel Uitti et Dresser malmènent leurs micros.

Au nombre des expérimentations légères, les cordes vibrantes et les grincements aigus de La finestra, les tentations concrètes et angoissées de Sotto. Bulles empiriques nichées au creux de pièces atmosphériques mouvantes et délicates, chaleureuses malgré l’allégeance faite aux ombres. Aperçu auparavant aux côtés de Fred Frith ou Oliver Lake, Mark Dresser a su prouver avec Sonomondo la légitimité d’un retour à des préoccupations individuelles. Qui auront trouvé en Frances-Marie Uitti une alliée de choix, bientôt transformée en égal subtil.

CD: 01/ Sonomondo 02/ Grati 03/ La Finestra 04/ Montebell 05/ Arcahuis 06/ Sotto 07/ Cielostraat >>> Mark Dresser - Sonomondo - 2000 - Cryptogramophone. Distribution Orkhêstra International.



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