Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

John Tchicai, Garrison Fewell, Charlie Kohlhase : Good Night Songs (Boxholder, 2006)

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Ancien compagnon de route de Coltrane ou Ayler, John Tchicai a depuis multiplié les collaborations diverses (ayant par exemple récemment joué aux côtés du français Rodolphe Burger), et parfois confidentielles (quelques disques enregistrés aux Iles Féroé auprès de musiciens locaux). Passé au saxophone ténor après avoir longtemps joué sur alto, Tchicai retourne avec Good Night Songs à ses amours récurrentes: le jazz exigeant.

Auprès du guitariste Garrison Fewell et du saxophoniste Charlie Kohlhase, il érige alors un double album en l’honneur d’une musique de la réflexion et de la mesure. Rappelant parfois le trio historique de Jimmy Giuffre, les trois hommes déposent un jazz atmosphérique agrémenté d’expérimentations légères (Undercurrent, The Queen Of Ra), confrontent le swing de la guitare et le free apaisé sorti du ténor (Start To Finish), ou distillent un peu de blues dans une ballade charmeuse (X-Ray Vision) ou dans une pièce plus déconstruite (Floating).

A la clarinette basse, Tchicai propose contrepoint ou fuites soudaines en guise de réponses changeantes au jeu de Kohlhase (On fait la taille), avant que les deux musiciens déposent à l’unisson l’air de Llanto del Indio. Rattrapé par ses vieux démons, il terminera quand même par un Consolation Cake qui convoque un free jazz expéditif et inaltérable, puisque l’essentiel est pour lui de convaincre de son adresse quelle que soit la manière employée. Et Good Night Songs de recueillir autant de preuves que de plages de la sagacité de John Tchicai et de ses partenaires.

John Tchicai, Garrison Fewell, Charlie Kohlhase : Good Night Songs (Boxholder)
Edition : 2006.
CD : 01/ Floating 02/ The Queen of Ra 03/ Thriftshopping 04/ Undercurrent 05/ Ramana Maharshi 06/ On Fait la Taille 07/ X-Ray Vision 08/ Start to Finish 09/ Llanto del Indio 10/ Consolation Cake
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Irène Schweizer: First Choice (Intakt Records - 2006)

irenegrisliD’une soirée  spéciale  organisée  en  2005  au  KKL de Lucerne (concert solo d’Irène Schweizer et diffusion, plus tôt, d’un film lui étant consacré), First Choice vient grossir les rangs des nombreux enregistrements de la pianiste. Capable d'étonner encore.

A l’image de First Choice – premier morceau, sur lequel Schweizer convoque Debussy, Satie, Morton Feldman et Jerry Roll Morton – la pianiste navigue tout au long du concert entre ses amours pour le jazz et le contemporain. Ainsi, elle évoque Monk sur Into The Hall Of Fame, ou Mal Waldron sur l’intense Ballad Of The Sad Café, avant de sortir de son piano préparé une ode expérimentale allégée par l’utilisation de cymbales et de jouets made in China (Scratching at the KKL).

Revenue de ses expériences, voici Schweizer interprétant, sous tension, Oska T. de Monk, musicien dont l’influence se fait ressentir jusque sur Jungle Beats II, composition personnelle dédiée à Don Cherry. Elégante, Irène Schweizer aura ainsi bravé et remporté l’épreuve de la consécration.

CD: 01/ First Choice 02/ Into The Hall Of Fame 03/ The Ballad of The Sad Café 04/ Scratching at the KKL 05/ Oska T. 06/ Jungle Beats II

Irene Schweizer - First Choice - 2006 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.


Frequency: Frequency (Thrill Jockey - 2006)

frequencygrisliRécemment formé par quatre représentants de la jeune garde du jazz de Chicago, Frequency expose ses ambitions sur un disque autant fourni que sage, aussi évident que recherché.

Ainsi, Edward Wilkerson (clarinette basse), Nicole Mitchell (flûtes), Harrison Bankhead (contrebasse et violoncelle) et Avreeayl Ra (percussions) entament leur exposé par deux morceaux plus qu’efficaces : jazz roulant et swing déposé sur un gimmick de contrebasse (Pitiful James), et bop servi par l’unisson des instruments à vent, bientôt tentés par une échappée free (Take Refuge).

Par la suite, le quartette rend des instants d’un calme à deux doigts du méditatif – impressions sages portées par le son du kalimba de Ra (Portrait of Light) ou la flûte de Mitchell (Serenity), improvisations évanescentes (Optimystic) n’interdisant pas le recours à quelques expérimentations (From The Other Side).

Au final, c’est cette couleur apaisante que prendra Frequency. Un brin de free (Satya) ou un funk croulant sous les dissonances (The Tortoise) pourront venir tester la véracité des intentions, sans réussir à l’emporter jamais devant le flegme affiché par le groupe. Qui s’en sera servi pour emplir encore davantage la densité de son jazz imperturbable.

CD: 01/ Pitiful James 02/ Take Refuge 03/ Satya 04/ Portrait of Light 05/ Fertility Dance 06/ From the Other Side 07/ The Tortoise 08/ Optimystic 09/ Serenity

Frequency - Frequency - 2006 - Thrill Jockey. Distribution Discograph.


Wintsch, Weber, Wolfarth : WWW (Leo, 2006)

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Habitués des enregistrements Leo Records, le pianiste Michel Wintsch (sideman récurrent de Gerry Hemingway) et le batteur Christian Wolfarth (sideman récurrent de John Wolf Brennan) invitent le contrebassiste Christian Weber à improviser en leur compagnie.

Réfléchi, le trio fait preuve d’élégance et se montre judicieux : dans la mise en pratique d’une musique lente bien que martiale, presque naïve bien qu’instruite (American Fondue) ; dans le recours mesuré au piano préparé, mis bientôt de côté pour offrir toute la place à un cool jazz expérimental fait de grincements et de coups emportés d’archet (Jimmy Buzzard) ; dans le jazz soudain investi par Liquid Music, swing entêtant gonflé de dissonances. Quand Wintsch prend le dessus, Weber et Wolfarth acceptent de suivre la voie d’un gimmick sûr (Buffalo Hat) ou enrobent de leurs trouvailles des arpèges fantasmant un Night In Tunisia sophistiqué (Mushrooms and Umbrella). Ailleurs, le trio peut donner dans la déstructuration, où il se perdra même (les digressions sans âme de Wintsch sur The Latter Half of a Century - seul bémol regrettable).

Sans paraître y toucher, WWW met en pratique une improvisation qui a su prendre du recul pour densifier son inspiration. Jusqu’à faire croire à un répertoire de compositions véritables, nettes et élaborées. Le comble du chic.

Michel Wintsch, Christian Weber, Christian Wolfarth : WWW (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2006.
CD : 01/ Near Mint 02/ American Fondue 03/ The Latter Half of a Century 04/ Jimmy Buzzard 05/ Liquid Music 06/ Mushrooms and Umbrella 07/ Sweet Lodge 08/ Buffalo Hat 09/ But Where?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dan Joseph: Archaea (Mutable Music - 2006

DanJosephgrisliAvant  de  faire  ses  classes  auprès  de  Pauline Oliveros  ou Alvin Curran, le compositeur Dan Joseph était un punk comme un autre, batteur de surcroît, prédisant son no future du côté de Washington. Ajouter à ces enseignements un workshop avec Terry Riley, et voici Joseph endossant l’habit du musicien raffiné, adepte de musiques nouvelles et contemporaines, d’improvisation et d’électronica.

Rangé à tel point qu'il interroge maintenant ses capacités de compositeur à partir d’un simple hammer dulcimer, dont il joue au sein de son propre ensemble. Là, on trouve une clarinette et un clavecin, un violon et un violoncelle, enfin, quelques percussions. Sur Archaea, le groupe investit d’abord une composition enlevée et entêtante, qui dévoile des influences évidentes – Riley, Adams, Cage – avant de commander à tous instruments l’unisson étiré jusqu’au terme de Percussion and Strings.

Ronde passionnée, Archaea Quartet évoque ensuite le Kronos Quartet, quand la troisième et dernière composition donnée à entendre ici opte pour des arrangements moins grandiloquents. Alors, Lotus Quintet combine les répétitions des instruments à cordes frappées aux notes allongées de clarinette et de violon, et esquisse un univers proche de celui peint jadis par Abou Khalil et Balanescu sur Arabian Waltz.

Empruntant ici et là les ingrédients de sa musique, Dan Joseph obtient avec Archaea l’assentiment accordé par l’amateur poli. Seulement. Pour ne pas avoir œuvré davantage en faveur d’une musique très originale, tout en ayant eu la présence d’esprit de ne déranger personne.

CD: 01/ Percussion and Strings 02/ Archaea Quartet 03/ Lotus Quintet

Dan Joseph - Archaea - 2006 - Mutable Music.



Günther Rabl: Werk II, 1976 (Canto Crudo - 2000)

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En 1976, Günther Rabl se cantonnait aux possibilités de sa contrebasse et de percussions, en solo ou aux côtés des musiciens Xavier Breton et Renate Porstendorfer.

Elaborée en trio, Eingtlich Soitma part sur un gimmick de contrebasse, renforcé bientôt par les trouvailles de Breton (au sanza) et de Porstendorfer (usant, elle, d’objets du quotidien), pour instituer un climat proche de celui que John Lurie peindra plus tard sur African Swim. Plus loin, Rabl et Porstendorfer emmêlent les phrases d’un grand archet compulsif aux inserts de voix trafiquées d’un prêcheur convaincu (Funny B.A.).

Seul, le contrebassiste opte pour le re-recording, dans le but de mieux défendre une pièce répétitive et dissonante (Zum Henker), une impression orientale plus mélodique (Syntax der Seefahrer), ou une composition qui pourrait être celle d’un Morricone ayant versé dans l’expérimental (Polka für Unpaarhufer), avant de donner à entendre, pour conclure, une symphonie pour deux contrebasses échafaudée selon le bon vouloir de changements de tons et de digressions grinçantes (Sinfonie für Zwei Bässe).

Plus facile d’accès que le premier volume des œuvres complètes de Rabl, Werke 2 informe sur les intentions acoustiques du musicien, gérées aux côtés de tentations électroniques alambiquées, et donc beaucoup plus expérimentales.

CD: 01/ Eingtlich Soitma 02/ Zum Henker 03/ Syntax der Seefahrer 04/ Funny B.A. 05/ Merry X-ray 06/ Polka für Unpaarhufer 07/ Sinfonie für Zwei Bässe

Günther Rabl - Werk II, 1976 - 2000 - Canto Crudo.


Joe Fonda : Loaded Basses (CIMP, 2006)

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Distribuant quelques accrocs à sa discrétion au gré des sorties régulières d’albums presque à chaque fois impeccables, le contrebassiste Joe Fonda dresse en 2006 une stèle imposante aux graves : Loaded Basses.

Auprès du saxophone baryton de Claire Daly, du tuba de Joe Daley, de la clarinette basse de Gebhard Ullman et du basson de Michael Rabinowitz, enfin, porté par la science percussive de Gerry Hemingway, Fonda tire d’un gimmick soutenu une composition sourcilleuse mais charmante, qui fait aussi bien avec l’unisson des notes allongées des instruments à vent qu’avec les digressions individuelles – tenant d’un free mesuré ou d’un apaisement nécessaire prôné par le basson (Bottoms Out/Gone Too Soon).

Emporté ensuite dans une ronde jouant des contretemps et des prédispositions au solo de chacun des musiciens (Breakdown), le sextette profite pleinement des possibilités graves de ses instruments sur Rocks In My Head : lentes, rampantes, les phrases investissent un sillon d’où Daley voudra s’extraire, pour emmener bientôt ses partenaires sur la voie d’une ballade soul et lâche, dans laquelle on instille des périodes de flottement. Pour conclure, le duo Fonda / Hemingway lance une marche fantasque, prétexte pour l’ensemble à feindre l’épuisement, avant de servir un swing rageur. Et de conclure dans un chaos allègre ce concert donné en 2005 au Spirit Room de New York, et cette nouvelle preuve offerte sur disque du don du Bottom's Out de Joe Fonda.

Joe Fonda's Bottoms Out : Loaded Basses (CIMP)
Enregistrement : 2006. Edition : 2006.
CD :
01/ Bottoms Out/Gone Too Soon 02/ Breakdown 03/ Rocks In My Head 04/ Brown Bagging It
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ross Bolleter: Secret Sandhills and Satellites (Emanem - 2006)

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Cofondateur de WARPS (World Association for Ruined Piano Studies), l’Australien Ross Bolleter donne avec Secret Sandhills and Satellites – rétrospective d’enregistrements produits sur son propre label entre 2001 et 2005 - un aperçu saisissant de ses pratiques sur pianos ravagés ou en passe de l’être.

Réfléchissant aux différentes manières d’anéantir encore davantage ses instruments, Bolleter n’en sort pas moins quelques morceaux de choix : comptines étranges (Save What You Can), progressions sous tension (Time Waits) ou pièces essentiellement percussives (Dead Marine, et Going To War Without The French Is Like Going To War Without An Accordion, que l’apparition d’un accordéon changera bientôt en java fantasque).

Ailleurs, le musicien allie un gimmick ou une note faite référent aux divagations précipitées de la main droite (And Then I Saw The Wind, Old Man Piano), ou monte à force de re-recording une pièce colossale sur laquelle 6 pianos et quelques chants d’oiseaux rappellent les visions singulières de Jérôme Bosch (Secret Sandhills).

Convaincant à chaque fois, Ross Bolleter, perdu parmi les débris, fait figure d’enchanteur. Et si Secret Sandhills and Satellites a tout de la curiosité, son usage change rapidement le tout en évidence désormais indispensable.

Ross Bolleter : Secret Sandhills and Satellites (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2001-2005. Edition : 2006.
CD : 01/ Secret Sandhills 02/ Axis 03/ Dead Marine 04/ And The I Saw The Wind 05/ Chorus Line 06/ Save What You Can 07/ Going To War Without The French Is Like Going To War Without An Accordion 08/ Time Waits 09/ Come Nights 10/ Jaunty Notes Of Paddocks Bright 11/ Old Man Piano
Guillaume Belhomme © Le son du grisli.


Robert Hampson, Steven Hess: s/t (Crouton Music - 2006)

hamptongrisliRetenues,   20   minutes  issues  de   la   rencontre  de   Robert Hampson (Loop, Main, et partenaire occasionnel de Jim O’Rourke) et de Steven Hess (percussionniste ayant, lui, collaboré avec Pan American ou Fessenden). La pochette : transparente ; les titres : pas arrêtés. Et Crouton Music de donner à nouveau dans l’abstraction fière.

Tirant le matériau de ses propositions musicales de coups divers distribués par Hess, Hampson monte ensuite patiemment les chocs et leurs résonances. Coups de charleston espacés rivalisant avec quelques drones, cloches infinitésimales rappelant à l’ordre des hordes de parasites, attaques sur cymbales au devenir sombre, noyées bientôt par le traitement que leur réserve l’ordinateur.

Dépositaire ailleurs de tensions diverses, d’effets de masse ou de simili larsens, le duo aura tiré de ses expériences de quoi inquiéter qui cherche dans un disque l’assurance délicate. Et adresse aux restants le fruit de manipulations appréciables selon l’humeur.

CD: 01/ - 02/ - 03/ - 04/ -

Robert Hampson, Steven Hess - s/t - 2006 - Crouton Music.


Cecil Taylor : The Eighth (HatOLOGY, 2006)

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Enregistré  le 8 novembre 1981 à Fribourg,  The Eighth  présente un Cecil Taylor Unit supérieur - quartette comprenant Jimmy Lyons (saxophone alto), William Parker(contrebasse) et Rashid Bakr (batterie), dont le savoir-faire imposera toujours toute réédition.

D’abord invocation mêlée aux attaques percussives raisonnées, Calling It The 8th – découpé ici en trois parties – se met en place sûrement, Lyons et Taylor tissant un curieux contrepoint avant de profiter ensemble des permissions distribuées par le free à la source qu’a toujours défendu le pianiste. Fiévreux, lui plaque ses accords ou déploie des arpèges emphatiques jusqu’à l’étourdissement. Au plus haut, le duo Taylor / Lyons choisit l’éclipse et offre toute la place à la section rythmique. Une voix filtre, à nouveau, avant la nouvelle salve décidée par l’entier quartette. Sarcastique, Bakr peut bien rappeler au temps, la machine, lancée, décide d’elle-même, impose son free acharné, qui s’emparera de la même manière, si ce n’est plus rapidement encore, de Calling It The 9th. Roulant mais aussi plus instable, le morceau permet au saxophoniste de distribuer les plaintes d’une sirène compulsive au beau milieu de la progression torrentielle de Taylor. Annoncée, la frénésie est à son paroxysme, et comble les impasses de clusters sans appel. Qui closent 70 minutes de session rageuse et implacable.

Cecil Taylor Unit : The Eighth (HatOLOGY).
Enregistrement : 8 novembre 1981. Réédition : 2006.
CD : 01/ Calling It The 8th 02/ Calling It The 8th 03/ Calling It The 8th 04/ Calling It The 9th
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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