Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Marc Berhens, Paulo Raposo : Hades (and / OAR, 2006)

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Après avoir disposé leur matériel d’enregistrement à l’intérieur d’embarcations évoluant en rade de Lisbonne, Marc Berhens et Paulo Raposo montent leurs field recordings en vue de fantasmer une traversée du Styx, puis une approche du Royaume d’Hades.

Ingrédients concrets de l’ambient expérimentale proposée ici, le souffle des vents et quelques vagues, les craquements du bois des nacelles puis des chocs métalliques. Relevant l’ensemble concret, le traitement électronique se charge d’amasser les nappes grondantes, d’allonger les enregistrements brefs offrant la possibilité de leur propre changement en bourdon hésitant.

Aux portes d’Hades, donc, la tempête est simulée, qui marie les zones d’ombres portées aux menaces des flammes, et transporte l’auditeur de l’appel étrange d’une soufflerie inquiète à l’abîme abstrait de silences troublants. Le tout déposé lentement, conseillé paisiblement ; imposé avec confiance et audace.

Marc Berhens, Paulo Raposo : Hades (and / OAR)
Edition : 2006.

CD : 01/ - 02/ - 03/ - 04/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Steve Swell's Nation of We: Live at the Bowery Poetry Club (Ayler Records - 2006)

swellnatiosliComme le Celestrial Communication Orchestra mené jadis par Alan Silva, le Nation of We de Steve Swell – ici enregistré début janvier 2006 à New York – rassemble quelques musiciens de premier ordre le temps d’un projet ambitieux. Mais l’époque demande plus de fougue encore, et conseille à chacun de soigner ses sursauts d’individualisme.

Trompettes de Roy Campbell, Lewis Barnes et Matt La Velle, en façade, l’ensemble tombe sans attendre dans les excès amusés d’un free ravageur. 16 musiciens, donc, partis à la recherche de gestes expiatoires enfouis, qu’ils provoquent dissonances ou emportements plus dramatiques - à l’image des phrases de saxophones de Rob Brown, Sabir Mateen, Ras Moshe, Saco Yasum et Will Connell (First Part).

Sonnant l’heure des trombones – de Swell, donc, Dave Taylor, Peter Zummo et Dick Griffin -, Second Part poursuit sur le même rythme et avec les mêmes intentions, auxquelles désobéiront pourtant l’intervention extatique des contrebassistes Matthew Heyner et Todd Nicholson, puis le piano de Chris Forbs, s’occupant en compagnie du batteur Jackson Krall d’imposer un passage plus déconstruit. Anéanties aussi par de nouveaux emportements collectifs, joyeusement coupables de cacophonies disposées à distances régulières, mais aussi de pauses lascives et de phases inquiètes.

Car le Nation of We répète l’éternel dilemme, vacillant entre phrases lâches et assauts vindicatifs (Third Part) - les trombones faits avocats de la mesure quand les saxophones n’en pourront plus de tout se permettre (Fourth Part). Jusqu’à la conclusion unanime scellant la réconciliation inévitable.

CD: 01/ First Part 02/ Second Part 03/ Third Part 04/ Fourth Part

Steve Swell's Nation of We - Live at the Bowery Poetry Club - 2006 - Ayler. Téléchargement.


Jack Wright: As Is, Solos from Beirut and Barcelona (Spring Garden Music - 2006)

wrightsliEnregistré en avril 2006 – à l’Irtijal Festival de Beyrouth et lors d’une performance donnée à Barcelone -, As Is ballade le saxophoniste Jack Wright d’obligations de retenue en abandons permissifs. Et parfait le long œuvre en solo de l’improvisateur.

Décidant d’introduire le disque au son d’à-coups légers et de notes tremblantes, Wright révèle rapidement l’exercice du jour, qui consiste à refuser toujours l’installation de la ligne pure (01). De couacs recherchés en grincements dérangeants, d’aigus expulsés par le soprano (03) en fulgurances circulaires (02), il diversifie ses attaques, et dérange ses constructions à chaque fois différemment.

La technique brillante mise à mal, Wright peut feindre un grognement animal ou, au contraire, étouffer quelques cris à l’intérieur de son instrument ; ponctuer sobrement le silence à passer ou tout sacrifier à quelques crissements incertains. Le reste, à l’image de la pratique habituelle de l’improvisateur: raisonnable ou emportée, fougueuse toujours.

CD: 01/ 01 02/ 02 03/ 03

Jack Wright - As Is, Solos from Beirut and Barcelona - 2006 - Spring Garden Music.


Fast Colour: Antwerp 1988 (Loose Torque - 2005)

fastcoloursliQuintette emmené par le batteur John Stevens, Fast Colour accueillait en 1988 à Anvers la chanteuse Pinise Saul et le saxophoniste Evan Parker. Dans le seul but de parfaire l’hommage délicat adressé par Stevens à l’un de ses partenaires favoris: le contrebassiste Johnny Dyani, disparu 2 ans plus tôt.

Sur un gimmick de contrebasse et la divergence amusée des instruments à vent (trompette d’Harry Beckett, saxophones de Dudu Pukwana et Parker), l’ensemble investit avec Now Time le champ des rengaines délurées dont
Sun Ra s’était fait le chantre - imité bientôt par Eddie Gale -, pour ne plus les lâcher: qu’elles prennent l’allure d’une marche funèbre traînante accueillant les expérimentations légères de la tromboniste Annie Whitehead (Johnny Dyani’s Gone), d’une fanfaronnade gonflée par la surenchère à laquelle se livrent les deux saxophonistes (Mbizo), ou d’une construction baroque hésitant entre free jazz et swing (Way It Goes).

Toujours plus expansifs, les musiciens refusent de penser l’hommage comme célébration terne, redisent la circularité de l’existence sur Don’t Throw It Away (répétitions de la trompette bientôt reprises par Pinise Saul) avant de conclure leur set dans l’opulence altière capable de consoler de Way It Goes / Now Time. Boucle bouclée, œillade à un éternel retour qui pourrait faire passer les membres de Fast Colour du nombre de 7 à celui de 8.

CD: 01/ Now Time 02/ Way It Goes 03/ John Dyani’s Gone 04/ Don’t Throw It Away 05/ Mbizo 06/ Way It Goes / Now Time

Fast Colour - Antwerp 1988 - 2005 - Loose Torque.


Simon Nabatov: Around Brazil (ACT - 2006)

nabatov

Une fois sorti de la Julliard School of Music, le pianiste Simon Nabatov s’est forgé une expérience aux côtés de Sonny Fortune, Paul Motian ou David Murray, avant de mettre en pratique un jazz plus personnel, exigeant, et ayant souvent recours à l’improvisation.

Sur Around Brazil, Nabatov interprète en solo quelques pièces de choix du répertoire brésilien et deux de ses propres compositions. Donnant une version réfléchie du Estrada do Sol de Jobim ou d’Eu Vim Da Bahia de Gilberto Gil, le pianiste s’amuse ailleurs, en donnant des allures de Polonaise à un choro d’Ernesto Nazareth, ou en retirant la substantifique moelle d’un thème d’Ary Barroso, qu’il décorera ensuite de quelques dissonances. Plus expérimental, Nabatov improvise une longue introduction déconstruite à Aguas de Março, ou tempête sur Qualquer Coisa de Caetano Veloso. Des teintes différentes font donc d’Around Brazil un enregistrement convaincant, qui oscille sans cesse entre exercice de style raffiné et expérimentation intelligente. 

CD: 01/ Desde que o samba é samba 02/ Estrada do Sol 03/ Partita de Março 04/ Nenê 05/ Eu vim da Bahia 06/ Depois que o llê passar 07/ Na Baxia do Sapateiro 08/ My Sertão 09/ Valsa de Pôrto Das Caixas 10/ Qualquer coisa 11/ Você é linda

Simon Nabatov - Piano Works V, Around Brazil - 2006 - ACT. Distribution Harmonia Mundi.



Kahil El'Zabar: Big M, A Tribute to Malachi Favors (Delmark - 2006)

kahilsliEn compagnie du violoniste Billy Bang, le Ritual Trio du percussionniste Kahil El’Zabar rend un hommage plus ou moins adroit à Malachi Favors, contrebassiste de l’Art Ensemble of Chicago, personnage emblématique de l’A.A.C.M. et figure sensible du jazz d’avant-garde de ces 50 dernières années.

A ses propres compositions, Zabar insuffle pas mal de l’esprit du jazz pratiqué à Chicago depuis les années 1960: gimmicks efficaces installés par la contrebasse de Yosef Ben Israel (Crumb-Puck-U-Lent), savant mélange de soul et de free (Kan) ou impressions d’Afrique construites avant tout par la kalimba du leader (Oof).

Mais ici ou là, le groupe se montre moins convaincant: lorsque Ari Brown préfère le piano au saxophone sur le poussif Freedom Flexibility, tandis qu’il avait réussi à rattrapper de justesse au moyen de son ténor le frêle fantasme d’Orient qu’est Maghoustut ; ou quand Bang se perd dans un lyrisme déplacé (Oof) alors qu’il s’était montré plutôt inspiré jusque là.

Soit, un hommage en demi-teinte, fait autant d’adresse que de faux-pas. Mais duquel il suffit de retenir la dédicace sincère, sublimée par quelques moments de grâce, pour être, au final, approuvé.

CD: 01/ Crumb-Puck-U-Lent 02/ Oof 03/ Freedom Flexibility 04/ Big M 05/ Kan 06/ Maghoustut 07/ Malachi

Kahil El'Zabar - Big M, A Tribute to Malachi Favors - 2006 - Delmark. Distribution Socadisc.


Le son du Radu

interview radu malfatti le son du grisli

dare          unami          stangl
mcphee
          capece          rowe
und          beinhalt          elton dean
news shed          building          fragile


Kenneth Kirschner: Three Compositions (SIRR - 2006)

kirscliSe voulant introduction idéale aux travaux électroacoustiques de Kenneth Kirschner, Three Compositions sélectionne des œuvres enregistrées ces 10 dernières années. Qui attestent chacune à leur manière d’intentions semblables et saisissantes.

Enregistrée le plus récemment, la première pièce soigne son ambient quiète au son de notes comptées, déposées à intervalles réguliers ou expédiées par paquets, et de silences inévitables (July 17, 2006). Genre de sérénité que Kirschner avait, auparavant, essayé de perturber au moyen d’éléments choisis mais insuffisants – résonances et masses, vrombissements et larsens insinués –, capables quand même de mettre en place une succession d’univers minuscules et indépendants (April 27, 2004).

Tenue éloignée, donc, des cohérences de May 3, 1997 : atmosphère déployée entre Neroli de Brian Eno et For Bonita Marcus de Feldman. Zone de perturbations chastes - piano répétitif et usage de gongs – tournant sur elle-même, qui pourrait résoudre le problème de l’infini après laquelle Kirschner semble courir, si jamais un recours impromptu au « Repeat All » reliait un jour la plus ancienne à la plus récente des trois compositions exposées ici.

CD: 01/ July 17, 2006 02/ April 27, 2004 03/ May 3, 1997

Kenneth Kirschner - Three Compositions - 2006 - SIRR.


New Lousadzak : Human Songs (Emouvance, 2006)

oldlousadsliEmmené par le contrebassiste Claude Tchamitchian depuis 1994, Lousadzak voit sa formation la plus récente qualifiée de « new », qui prouve sur Human Songs tout l’intérêt de porter un projet sur le long terme.

A l’appel du cornet solennel de Médéric Collignon, l’ensemble des huit musiciens se met en Marche dans l’idée de rendre hommage à quelques résistances, aperçues de Prague à Pékin. Dans les pas, donc, du Liberation Orchestra de Charlie Haden et de son désir d’aller voir partout – free jazz rock initié par la guitare de Raymond Boni sur Marche, impression orientale et cuivrée de Fanfare, ou mouvement romantique fantasmant Prokofiev sur Ostinato.

Ailleurs encore, l’ensemble dessine une valse lente et langoureuse gonflée par les roulements de batterie de Ramon Lopez puis décorée par les drones élaborés de Boni et Rémi Charmasson (Place Tien-An-men), ou oppose en ouverture de la deuxième Suite les notes longues sorties des saxophones de Daunik Lazro et Lionel Garcin et la préhension allant crescendo d’une contrebasse fulminant (Khor Virap).

Des méandres où l’on fomente les réactions (Human Song) aux places où le mouvement leur est insufflé – assauts grandiloquents et cacophonie rageuse de New Delhi – la musique du New Lousadzak aura tout évoqué, n’oubliant pas de porter haut des airs cuivrés de fête quand telle opération aura porté ses fruits.

New Lousadzak : Human Songs (Emouvance / Abeille)
Edition : 2006.

CD : 01/ Ouverture 02/ Marche 03/ Ostinato 04/ Fanfare 05/ Chant final 06/ Khor virap 07/ Tautavel 08/ New Dehli 09/ Place Tien-An-men 10/ Prague 11/ Human Song
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Martin Archer, Hervé Perez: The Inclusion Principle (Discus - 2006)

archersliThe Inclusion Principle. Où l’on voit improviser ensemble Martin Archer (violectronics, claviers analogiques) – multi instrumentaliste anglais influencé autant par John Cage et Morton Feldman que par Magma et Soft Machine – et Hervé Perez (field recordings, laptop) – collecteur de sons environnementaux et Français de passage.

Découpé en quatre parties, l’enregistrement prône à chaque fois une abstraction de principe, assurant l’auditeur que si ce qu’il s’y joue réellement peut sembler mystérieux, il ne peut en ignorer longtemps la dimension : faite de souffles, grincements et frottements, larsens insistants (jusqu’à trop en faire sur Part 4), elle s’insinue lentement, et tire une profondeur inédite des field recordings récoltés par Perez.

Hululements étranges et miaulements infimes, ruissellement d’une eau désormais perdue en méandres artificiels, ou percussions de bois, divertissent les constructions menaçantes. Balançant les effets de reverses agressifs ici, de réverbérations inquiétantes ailleurs. Jusqu’à trouver une stabilité inespérée à cette combinaison d’éléments épars et d’origines contraires.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4

Martin Archer, Hervé Perez - The Inclusion Principle - 2006 - Discus.



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