Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Michael Byron: Music of Nights Without Moon or Pearl (Cold Blue Music - 2001)

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Ayant investi le domaine musical sous l'influence de Steve Reich et Philip Glass, le compositeur Michael Byron a su développer son travail jusqu'à établir une forme particulière d'expression. Donnant le plus souvent dans la progression lente et sombre, il se promène sur Music of Nights Without Moon or Pearl parmi 3 possibilités plus lumineuses, mises au jour dans le champ hétéroclite des musiques nouvelles.

Envisagées par le Calarts New Century Players - ensemble de huit musiciens dirigé par David Rosenboom -, Music of Nights Without Moon or Pearl et Invisible "Seeds" for James Tenney proposent deux manières d'arranger les cordes de violons, violoncelle et contrebasse, avec celles d'un piano. Sur le premier morceau, on charge toujours davantange une atmosphère rappelant Harold Budd de pizzicatos insatiables, tandis que le pianiste égrène un accord unique. Sur le second, les archets interviennent et absorbent au moyen de leurs nappes les chocs réservés à un clavier nerveux évoquant John Cage.

Après avoir salué Tenney et Cage, Byron destine sa confiance à un autre pianiste : David Rosenboom, qui se charge seul - grâce au re-recording - de l'intervention des 4 pianos nécessaires à l'exécution d'Entrances. D'abord néo-romantique dans l'âme, la composition vrille soudain, et, d'un George Antheil proposant sa version personnelle d'une pièce de Debussy, vire à la poursuite contemporaine et frénétique, mêlant avec emphase l'unisson des différentes prises et la combinaison de leurs parallèles déviées.

Au moyen d'une progression atmosphérique, d'une composition plus torturée et d'une autre semi-lyrique, Michael Byron a construit Music of Nights Without Moon or Pearl, album dense et changeant, donnant en plusieurs endroits connus ou encore à révéler des musiques dites nouvelles.

CD: 01/ Music of Nights Without Moon or Pearl 02/ Invisible "Seeds" for James Tenney 03/ Entrances

Michael Byron - Music of Nights Without Moon or Pearl - 2001 - Cold Blue Music. Distribution Orkhêstra International.

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Jimmy Lyons: The Box Set (Ayler - 2003)

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Obnubilé par le jeu de Charlie Parker, le saxophoniste Jimmy Lyons excella sous licence hard bop avant d’être repéré, en 1960, par Cecil Taylor. Intégrant dans la minute l’Unit du pianiste, il servira plus que n’importe quel autre sideman cette formation à géométrie variable, profitant de quelques permissions pour mener en parallèle des projets plus personnels. C’est une sélection de ceux-là que The Box Set a choisi de présenter, le long de 5 CD regroupant des séances enregistrées entre 1972 et 1985.

Septembre 1972, d’abord. Lyons mène son quartette dans le studio d’un autre saxophoniste, emblème de l’époque des Loft sessions new-yorkaises : Sam Rivers. Devant public, il engage son discours sur la voie d’un post bop altier, peu à peu conquis par les envolées iconoclastes du saxophone. Capables d’impulsions en lien direct avec celles appréciées de Monk (Round Midnight), Lyons s’autorise la dérive, et s’inscrit ailleurs dans une avant-garde proche de celle défendue par Coleman (Mr. 1-2-5 Street), ou dans une autre, plus personnelle – qui confronte un savoir-faire ancien et une déconstruction audacieuse (Ballad One).

Epris de dialogue, le saxophoniste tisse un lien privilégié avec le trompettiste Raphé Malik ; les deux hommes se partagent les solos avant de confectionner ensemble des imbrications délicates (Ballad One) ou un contrepoint furieux (Gossip). Echange impeccable, auquel Jimmy Lyons s’interdira le recours en juin 1975, au même endroit, lorsqu’il interprètera en trio trois de ses compositions personnelles.

Là, le saxophoniste se trouve seul auprès d’une section rythmique composée du bassiste Hayes Burnett (déjà là en 1972) et du batteur Henry Letcher. Assuré, son alto brave le schéma complexe de Family, embrasse les trente dernières années de l’histoire du jazz, évoquant ici l’agile phrasé de Parker, là, la mutinerie orchestrée d’Ayler. Sur ballast sombre, le saxophoniste développe son propos : faisant se succéder notes brèves et enchaînements déliés sur les pizzicatos affirmés de Burnett (Heritage I), ou préférant prendre la mesure d’une tension allant crescendo (Heritage II).

Attestant des dispositions de Lyons à endosser le rôle de leader, ces deux premières sessions révèlent l’identité saisissante du saxophoniste. Qu’il n’aura cessé de mettre en pratique, et selon d’autres façons encore. Ce 9 avril 1981, par exemple. Où, en solo, il improvise et cite quelques standards en variant à chaque fois ses intentions (Clutter), réconcilie la chute des graves et les accents aigus de son alto (Never), ou défend des impulsions contre-nature avec un tact souverain (Repertoire Riffin’).

Lorsque le saxophoniste renoue, trois ans plus tard, avec une compagnie, c’est pour l’initier à un free exalté et à un jazz savant. Assurés de tenir en place par la précision du batteur Paul Murphy, Lyons et Karen Borca (au basson) installent alors un contrepoint syncopé (Shakin’Back) ou vacillant (Wee Sneezawee) avant de se permettre l’incartade de virulences éclatées (Theme).

Qui vireront, en 1985, à l’acharnement. Sur scène, les mêmes, et le contrebassiste William Parker. Free fortifié, plus que persistant, sur un autre Shakin’Back, un autre Wee Sneezawee ; déconstruction plus tempérée, sur After You Left, plus proche encore de l’inédit à découvrir ; ou construction libre et complexe, sur le rythme sophistiqué de Tortuga.

En guise de conclusion au quatrième disque, un journaliste interroge Jimmy Lyons sur la difficulté de défendre sa propre musique quand on est le sideman attitré d’un musicien tel que Taylor. La réponse, forcément difficile, laisse peu de chance au verbe. Qui préfère trouver ses arguments dans les enregistrements de The Box Set, recueil averti de concerts sans failles.

Jimmy Lyons : The Box Set (Ayler Records / Orkhêstra International)
Edition : 2003. 
CD1 : 01/ Jump-Up 02/ Gossip 03/ Ballad One 04/ Mr. 1-2-5 Street 08/ Jump-Up #2 06/ 'Round Midnight - CD2 : 01/ Family 02/ Heritage I -
CD3 : 01/ Heritage II 02/ Clutter 03/ Mary Mary Intro 04/ Never 05/ Configuration C 06/ Repertoire Riffin' 07/ Impro Scream & Clutter II - CD4 : 01/ Wee Sneezawee 02/ After You Left 03/ Theme 04/ Shakin' Back 05/ Good News Blues 06/ Itw - CD5 : 01/ Wee Sneezawee 02/ After You Left 03/ Tortuga 04/ Gossip 05/ Shakin' Back 06/ Driads 07/ Jump Up
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kieran Hebden, Steve Reid: Exchange Session Vol. 1 (Domino - 2006)

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Profitant de s’être approché un jour de 2005, un grand batteur de jazz et un bidouilleur talentueux décident d’improviser ensemble. Steve Reid – aperçu derrière Arthur Blythe, Per Henrik Wallin, Sun Ra ou Miles Davis – et Kieran Hebden – soit, Four Tet -, de signer Exchange Session, enregistrement en parfait équilibre sur ses agitations.

Notamment celles des inserts électroniques et des interventions piquantes d’instruments à vent sur Morning Prayer, pièce dévouée à un étourdissement en rythmes, révélation furtive d’origines s’en retournant à un Orient sensible. Balayé cependant sur Soul Oscillations par l’usage schizophrénique qu’Hebden fait de ses machines, avant que ne s’installe une structure rythmique sidérante, gâchée un peu par de soudaines intentions mélodiques et un mauvais dosage de la longueur du titre.

Pour se rattraper, croirait-on, Hebden dépose alors une programmation convaincante, début d’Electricity and Drum Will Change Your Mind, que Reid s’amuse à ponctuer de brefs coups distribués sur toms. Sur 2 notes, des nappes vont et viennent, attendant l’entrée du saxophone qui assombrira joliment le propos. Gonflé de traitements divers, le final tient de l’amas opaque en perdition, mêlant les larsens à la pagaille électronique et libre, sacrifiant, sourire en coin, la conclusion à la déréliction inévitable.

Disparaît de cette façon Exchange Session Vol. 1, projet qui aurait pu tenir de la tentative obligatoire et ennuyeuse permise par les circonstances, mais que Steve Reid et Kieran Hebden auront sauvé à coups de gestes exaltés et de propositions plus qu’intuitives.

CD: 01/ Morning Prayer 02/ Soul Oscillations 03/ Electricity and Drum Will Change Your Mind

Kieran Hebden, Steve Reid - Exchange Session Vol. 1 - 2006 - Domino. Distribution Pias.

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The Choir Boys: With Strings (pfMENTUM - 2006)

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Album enregistré plus tôt par le trompettiste Jeff Kaiser et le clarinettiste et saxophoniste Andrew Pask, The Choir Boys est récemment devenu quartette. Avec le soutien des guitaristes G.E. Stinson et Steuart Liebig, la paire d’origine renouvelle en public ses expériences électroacoustiques. Chacun des quatre membres faisant généralement usage d’apports électroniques variés.

Et voici passées en machines clarinette basse (frénétique sur Needlework Alice), saxophone (prisonnier des échos sur Tobacconist from Rimini) et trompette (au charme retardataire sur Rest of the Skeleton). A l’image de la lutte engagée par l’alto de Pask contre le traitement informatique qu’on lui réserve, le quartette se fait acteur et témoin d’une époque défavorable à la résistance prolongée des instruments anciens.

Une fois redéfinis, ils peuvent confectionner un collage aérien (French Woman Luggage Cart) ou servir une progression mesurée, et donc, plus saisissable (Tobacconist from Rimini), qui contraste avec Adulterous Dishwasher, où l’appréhension de la musique immédiate se trouve changée en combinaison d’expressions perturbées.

Partis d’un principe vieux comme le monde – celui de la confrontation -, The Choir Boys a su démontrer de façon originale la malléabilité de l’acoustique sous l’effet des programmations. Ajoutant à la démonstration l’allure distinguée de ses formules.

CD: 01/ Needlework Alice 02/ Impromptu Lateral Drop 03/ Tobacconist from Rimini 04/ French Woman Luggage Cart 05/ Adulterous Dishwasher 06/ Definitely Jack 07/ Rest of the Skeleton 08/ Wir Sind Hier

The Choir Boys - With Strings - 2006 - pfMENTUM. Distribution Improjazz.

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Gul 3: Singlar 2005 (Headspin Recordings - 2005)

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Depuis 1999, le trio suédois Gul 3 dérive au gré d’une musique improvisée originale, proche d’un free jazz downtempo, ou d’un cool jazz déconstruit, au choix. L’écoute de Singlar 2005, troisième album du groupe, ne déroge pas à la règle, et remet à plus tard l’intention du classificateur de départager les deux appellations.

Dans les pas du trio Jimmy Giuffre / Paul Bley / Steve Swallow, Gul 3 développe donc un jazz minimaliste, leste et frondeur : aux marges qu’il reconnaît – notamment celles instituées par les percussions d’Henrik Olsson -, Johan Arrias oppose, minutieux, les phrases déliées d’un alto lâche (Good Vibrations, Ring of Fire), adepte, quelques fois, d’un retour à la mélodie (Stayin’alive, Bad).

En guise de contrebasse, le violoncelle de Leo Svensson, qui dépose à point nommé ses pizzicatos discrets quand il ne préfère pas, penché sur une scie musicale, confectionner des harmoniques en compagnie du saxophoniste (Purple Rain) – comme Olsson laisse choir ses percussions pour intervenir sur orgue Hammond ultra léger (Transformer) ou sur Wurlitzer (Iron Man), au nom d’une diversité jugée tout à coup nécessaire.

Deux fois seulement, Singlar 2005 cèdera aux tensions (Rock Steady, Bad). Partout ailleurs, l’album aura profité de l’approche musicale originale et racée de Gul 3. Inattendue et saisissante.

CD: 01/ Forever Young 02/ Good Vibrations 03/ Purple Rain 04/ Eye of the Tigger 05/ Rock Steady 06/ Ring of Fire 07/ Transformer 08/ Bad 09/ Iron Man 10/ Stayin’alive 11/ The Deaf Will Hear

Gul 3 - Singlar 2005 - 2005 - Headspin Recordings.

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The Tall Ships: Paint Lines On Your Glasses Look Up At The Stars And Play Them As Notes (Minority Records - 2006)

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Articulé autour du trio Steve Kuhn (guitare, chant) / Kyle Conwell (basse, chant) / Keith Andrew (batterie), The Tall Ships survole les 20 dernières années de l’histoire du rock, et enveloppe l’ensemble d’un peu de nouveauté. Paint Lines On Your Glasses Look Up At The Stars And Play Them As Notes, ou le refus d’un réchauffé rock devenu d’un commun bourgeois.

Si les références dont on use ici ne datent pas d’aujourd’hui, elles proviennent d’un hier encore proche. Les constructions alambiquées et l’interprétation baroque (trompette et euphonium parfois invités) rappelant l’écurie Sub pop de Zumpano ou Eric Matthews (Faith of My Stars, Deconstructing Company) ; les arrangements adressant ailleurs quelques clins d’œil à Swell (Repeat The Pattern) ou Drop Nineteens (Darling Dawns).

Pour ce qui est du rapport de The Tall Ships à la modernité, il faut reconnaître qu’à défaut d’être original, il est d’un stylisme post-rock (école de Chicago) convaincant : structures musicales parties d’une boucle répétée (Deconstructing Company, Post Literate), tracé d’une frontière commune au rock et au jazz (For Your Bird…), production claire privilégiant les cordes de la guitare, de la basse ensuite.

Pêchant quelques fois par excès de confiance en des titres d’une richesse relative (The Sound of Shaking, 3rd Sound Helium), The Tall Ships est aussi capable d’écrire et d’interpréter, majestueux, une berceuse éraillée virant valse d’une saveur rare (Throw Out The Tounges), ou de changer les ruptures de rythmes qu’ils affectionnent en autant d’éléments de doute et d’enrichissements. Et voici que les groupes donnant dans le revival béat ont trouvé leur véritable place : celle de faire-valoir du savoir-faire-mieux de The Tall Ships.

CD: 01/ Deconstructing Company 02/ For Your Bird You Will Have No Other Model Than That of A Bat 03/ 3rd Sound Helium 04/ Throw out The Tongues 05/ Faith of My Stars 06/ The Sound of Shaking 07/ Radio Presets 08/ Sender Under Weight 09/ Repeat The Pattern 10/ Hand Sucking Thumb 11/ Darling Downs 12/ Post Literate

The Tall Ships - Paint Lines On Your Glasses Look Up At The Stars And Play Them As Notes - 2006 - Minority Records.

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Cinc: Shine of Wot ? (Amorfon - 2004)

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Une pièce, éclairée par la lumière déclinante du jour. Au fond à gauche, une baignoire, dans laquelle gît une poule. Au centre, deux chaises disposées l’une en face de l’autre. A leur droite, un grand fauteuil. Milovan y est avachi. Il se tient la tête entre les mains, exhorte Krajina, vraisemblablement dans la pièce d’a côté.

MILOVAN
Krajina, veux-tu bien arrêter la mandoline ?

KRAJINA, entrant
Ce n’est pas moi, Milovan, c’est sur le disque.

MILOVAN
Ils ont de drôle de façon de s’accorder, sur ton disque. Est-ce qu’on doit souffrir ça ? N’est-il pas suffisant d’habiter la Serbie ?

KRAJINA, se couvrant la tête de son torchon
Bien sûr que c’est suffisant, Milovan. Mais ce disque est parfois capable de jolies choses. Et puis, c’est local…

MILOVAN, fataliste
Si c’est local, alors…

KRAJINA
C’est Cinc, et leur folklore aux accents pop a su égayerjusqu’en Allemagne et au Japon.

MILOVAN, pas convaincu
Bien, Krajina, bien…

KRAJINA, triomphante
Ils sont notre Velvet à nous, ou nos Can si tu préfères. Capable de ritournelles entêtantes, de dialogues de cordes trop ardus pour être toujours joués correctement.

MILOVAN, sec
C’est la touche japonaise de leur pop : d’une naïveté toute désaccordée!

KRAJINA, atteinte
Ne sois pas dur, Milovan. Le Japon ne nous a pas fait que du mal.

MILOVAN
Tu as raison, Krajina, je m’excuse. Il est joli ton disque. Mais il me faut malgré tout repartir à la guerre.

KRAJINA, tombe à ses pieds
Mais enfin, Milovan, la guerre est finie.

MILOVAN, le regard haut et fier
Justement, Krajina, justement.

CD/ 01/ Knot Knitting 02/ At The North Of Canada 03/ Tweed 04/ Flask 05/ Oats 06/ Biologist 07/ Bombozze 08/ Forest Mother 09/ Seventeen 10/ White Tulip 11/ Trees 12/ You Go Out Mad

Cinc - Shine of Wot ? - 2004 - Amorfon.

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Hall, Ranaldo, Hooker : Oasis of Whispers (Alien 8, 2006)

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Multi instrumentiste réputé aperçu aux côtés de Gil Evans ou Roswell Rudd, Glen Hall n’en finit plus de courir après la découverte d’une autre réalité, au son d’une pratique musicale exigeante, le plus souvent improvisée. En 2001, il s’adonnait à l’exercice en compagnie de Lee Ranaldo, et du batteur William Hooker.

Choisissant le saxophone soprano pour attaquer le concert, Hall brandit sans attendre le programme des prétentions du trio. Trahissant sur The Mechanism l’écoute répétée des derniers albums de Coltrane, il impose des pièces envoûtantes hésitant sans cesse entre références jazz et rock.

Abandonnant l’une pour mieux céder à l’autre, l’ensemble défend une ambient atmosphérique bruitiste (Oasis of Whispers) ou un jazz affirmé saluant ses influences (Hooker et Hall impeccables sur Blue Seven de Sonny Rollins), leur trouvant, le plus souvent, un parfait compromis - les emblématiques Conference Call, sur lequel Ranaldo applique des collages sonores au capharnaüm insatiable, et View from Bellevue, impression free partie d’une marche chaloupée et sereine.

Forcenés, les musiciens offrent tout ce qu’il leur reste encore, au bout du neuvième titre. Distribuant par paquets de 3 à 6 notes les rauques de son ténor, Hall gravit une dernière fois les reliefs accidentés en constant mouvement, motivé par les accords de guitare frénétiques de Ranaldo et les ponctuations plus que subtiles de Hooker. Au final, rien à redire ; juste à réécouter.

Glenn Hall, Lee Ranaldo, William Hooker : Oasis of Whispers (Alien 8 Recordings / Differ-ant)
Edition : 2006.
CD : 01/ The Mechanisme 02/ Eyemote 03/ Blue Seven 04/ Conference Call 05/ H2 06/ Sonarisme 07/ View from Bellevue 08/ Oasis of Whispers 09/ Blow
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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News from the Shed : News From The Shed (Emanem, 2006)

news from the shed

Enregistré en 1989 à Londres, News From The Shed est le fruit d’une hospitalité réservée à Radu Malfatti et John Russell par un trio constitué cinq ans plus tôt. Celui du saxophoniste John Butcher, du violoniste Phil Durrant et du batteur Paul Lovens, qui s’octroient par la même les services d’un trombone et d’une guitare pour mieux servir une musique improvisée enthousiaste.

Qui se plaît à enfiler les mouvements de différentes natures, comme on se penche sur la confection de collages. A entendre, d’abord, la nervosité rendue par les grincements collectifs et les fulgurances sèches. Tenant d’un minimalisme éclaté, News from the Shed perce le mystère du chaos, quand Kickshaws ou The Clipper s’amusent à briser les élans agités sans parvenir à les faire disparaître.

Interrogeant ailleurs les dissonances à force d’entrelacs du saxophone et du trombone (The Gabdash), le quintette glisse parfois jusqu’aux plages sereines, mais peu rassurantes : Butcher arrange ainsi le mirage d’une mélodie orientale sur l’immixtion électronique pour l’élaboration de laquelle Durrant a lâché son violon (Everything Stops for Tea) ; l’ensemble progresse le long d’un Coracle fait évidence, pour dévoiler enfin l’atmosphère singulière d’un monde en perdition (Crooke’s Dark Space, Inkle).

Ainsi, News from the Shed aura suivi le cours d’une improvisation rageuse ou déliée, combinant toujours avec grâce les interventions individuelles, et interrogeant subtilement l’effet d’une électronique encore timide sur une musique acoustique aux résolutions brutes. Autant d’avantages qui autorisent aujourd'hui cette réédition.

News from the Shed : News from the Shed (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1989. Réédition : 2006.
CD : 01/ News from the Shed 02/ The Gabdash 03/ Reading The River 04/ Kickshaws 05/ Everything Stops for Tea 06/ Sticks and Stones 07/ Weaves 08/ Whisstrionics 09/ Mean Time 10/ Pepper’s Ghost 11/ The Clipper 12/ Coracle 13/ Crooke’s Dark Space 14/ Inkle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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My Cat Is An Alien : From The Earth To The Spheres Vol. 1 - Vol. 4 (Opax / Very Friendly, 2004)

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De la série de quatre albums partagés par My Cat Is An Alien et un invité, tirés chacun à une centaine d'exemplaires vinyl, rien de trouvable ne restait plus. Et vint l'idée fameuse de rééditer l'ensemble sur CD. Pour ne plus soupçonner jamais le rock expérimental de se satisfaire d'une poignée d'amateurs à l'affût de l'objet rare plutôt qu'intéressé, comme tout le monde, à agrandir son tissu relationnel.

Quatre volumes, donc : albums deux titres inaugurés toujours par l'exercice de l'invité (Thurston Moore, Thuja, Jackie-O Motherfucker, Christina Carter & Andrew MacGregor). Par ordre d'apparition - inaugurant donc l'intégrale -, Thurston Moore donne, frénétique, dans la pratique d'un piano déglingué. Trouvant un confort lénifiant dans l'usage des échos, il prône la liberté artistique pour mieux tout se permettre, sans jamais rien tenter. Au final, American Coffin n'est qu'un brouillon d'effets bruitistes grossiers exposés sous cloche, que viendra fendre d'une révolte plus concrète My Cat Is An Alien. Progression élégante, Brilliance in the outer space superpose l'oscillation de nappes de guitares électriques à une programmation électronique succombant petit à petit à ses parasites. L'envolée est bruyante, et tient de la noblesse ce qu'elle a de plus sûr : la crasse véritable.

Thuja peut donc poursuivre la célébration d'un son grouillant devenu presque unique objet d'attention. Sur décorum sombre, The magma is the brother of the stone n'en finit pas d'asséner des coups aux cordes et aux micros des guitares électriques, accueille favorablement quelques intrusions électroniques, en boucle certaines, multiplie les échantillons sonores, avant de retourner sa veste pour arborer enfin l'envers acoustique des choses : banjo et guitare concluant discrètement 18 minutes intenses. Utilisant la même méthode de superposition que précédemment, My Cat Is An Alien remonte ensuite une boîte à musique suspecte, crachant, répétitive, des bribes de ritournelle sur le bourdon instable des masses électriques (When the earth whispered your name).

Décevant, tout de même, sur From The earth To The Spheres, vol. 3, au son d'une progression sans charme en perte de vitesse, les Italiens laissent se porter toutes les attentions sur l'invité Jackie-O Motherfucker. Convaincant lorsqu'il défend une pièce répétitive et galactique charriant les chants étranges de sirènes mâles, le groupe finit par se contenter du minimum - deuxième partie de Braking, construction rythmique tiède abusant de voix d'ambiance. Et aurait permis à Christina Carter et Andrew MacGregor de ne rien craindre d'une comparaison.

Or, c'est à contre-pied que le duo engage We know when we are thinking about each other. Là, une guitare timide et une basse déposent une partition redondante, jouant du changement léger de la vitesse d'exécution et des apports fantasques des dissonances impromptues. Mêlant leurs voix à l'ensemble, Carter et MacGregor fabriquent sur la longueur une musique enivrante et riche, qui dérange autrement. Alors, la virginité retrouvée pourra reprendre des couleurs, au gré de l'ambient tournant à l'excès sonique qu'est The circle of life & death. L'éternel retour mis en musique par My Cat Is An Alien, conduisant From The earth To The Spheres des cendres originelles aux cendres définitives, le long d'un parcours chaotique rendu plus impraticable encore par quelques agités, afficionados des heurts et de la chute.

My Cat Is An Alien : From the Earth to the Spheres Vol. 1 - Vol. 4 (Opax / Very Friendly / Differ-ant)
Edition : 2004.
4 CD : CD1: From The earth To The Spheres, vol.1 : 01/ Thurston Moore - American Coffin 02/ My Cat Is An Alien - Brilliance in the outer space - CD2:
From The earth To The Spheres, vol.2 : 01/ Thuja - The magma is the brother of the stone 02/ My Cat Is An Alien - When the earth whispered your name - CD3: From The earth To The Spheres, vol.3 : 01/ Jackie-O Motherfucker - Breaking 02/ My Cat Is An Alien - Blank view - CD4: From The earth To The Spheres, vol.4 : 01/ Christina Carter & Andrew MacGregor - We know when we are thinking about each other 02/ My Cat Is An Allien - The circle of life & death
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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