Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet: Bad Guys (Clean Feed - 2006)

eduardogrisli

Plusieurs fois sideman de Mingus ou Muhal Richard Abrams, aperçu aussi aux côtés de Sam Rivers ou Miles Davis, le trompettiste Jack Walrath remet cette année au goût du jour le co-leading. Conduisant avec l’aide du contrebassiste Zé Eduardo un quartette qui réconcilie, au son de Bad Guys, exigence et allégresse.

Rayonnants, les 4 hommes s’accordent sur les figures influentes partagées, évoquant Monk sur un post bop affiné (Simian Spring Song), reprenant Mingus le temps d’un Sue’s Changes alambiqué, ou appliquant la méthode adéquate à la gestion euphorique d’un groupe, à l’image d’autres leaders contrebassistes, Ronnie Boykins (Birds Fly Free) ou Charlie Haden (Sun Sol, air simulant le folklore, raffiné et apaisant).

Ailleurs, en compagnie du saxophoniste Jesus Santandreu – qui aura adressé sur Simian Spring Song un clin d’œil à Coltrane -, Walrath dépose un contrepoint sur un rythme latin arrangé pour s’emporter bientôt, et permettre ainsi quelques incartades free (Belly up to the Bazaar). Virulence poussée encore sur Prou de Misteri, histoire de défendre aussi une avant-garde repérable exclusivement en accès de fièvre.

En faveur du contraste, l’impression lâche et la valse branlante que sont Novíssimos et Realejo, drainés par le dosage concentré de Marc Miralta, batteur qui, d’un bout à l’autre de l’album, aura fomenté en toute discrétion quelques étourdissements légers (Birds Fly Free, Sun Sol). Faits, au final, cause défendue par l’entier quartette, qui, pour avoir su multiplier les distinctions, signe un disque tout simplement supérieur.

CD: 01/ Simian Spring Song 02/ Birds Fly Free 03/ Novissimos 04/ Sue's Changes 05/ Belly up to the Bazaar 06/ Realejo 07/ Prou de Misteri 08/ Sun Sol

Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet - Bad Guys - 2006 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Miller + Fiam: Modern Romance (Expanding Records - 2006)

miller

Chantre d’un minimalisme électronique revendicatif, l’Australien Dave Miller s’acoquine à Harry Hohnen pour délivrer un Modern Romance qui combine propositions sûres et tentatives défaillantes. Sans chercher une minute à évaluer l’intérêt de l’ensemble.

Alors, partout où il va voir, le duo se montre capable du meilleur et du pire : penché sur une ambient raffinée (Tempest in a Teacup) ou grossière (Too Often) ; échafaudant des constructions rythmiques, délicates (Slowing to a Stop, Edge of Midnight) ou poussive (Thousand Francs) ; donnant dans la pièce musicale répétitive, avec assurance (Tired Neighbourhood Bird) ou sans (Complex Kisses).

Pour prendre l’avantage, reste aux deux hommes de profiter d’interventions acoustiques choisies : piano et contrebasse déposés comme il faut (Tired Neighbourhood Bird) ; une guitare, surtout, gonflant à elle seule Band on the Street, bossa réinventée, élégante et à peine perceptible, assénant sur rythme bancale des gifles à tout amateur de Trip do Brazil.

Perdus parmi la diversité de leurs idées brutes, Miller + Fiam réussissent quand même à échapper au pire, tombés comment sur quelques compositions valables. Mais n’ayant pas pris la peine de filtrer leurs intentions, Modern Romance souffre d’un manque de conviction qui relativise les essais acceptables.

CD: 01/ Tempest in a Teacup 02/ Tired Neighbourhood Bird 03/ Armchair 04/ Edge of Midnight 05/ Band on the Street 06/ Thousand Francs 07/ Complex Kisses 08/ Wise Coward 09/ Too Often 10/ I Need a Riverboat 11/ Martinos 12/ Slowing to a Stop 13/ Dead Sea

Modern + Fiam - Modern Romance - 2006 - Expanding Records.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Carl Ludwig Hübsch: Is This Our Music ? (Konnex - 2005)

hub

Après avoir longtemps pratiqué le tuba en solo, Carl Ludwig Hübsch a fait l’expérience de la collectivité aux côtés de musiciens tels que Lester Bowie, Arthur Blythe ou Paul Lovens. Suivant leur exemple, il a même entrepris de mener un trio particulier (tuba, trombone, saxophone), dont le deuxième album retourne et interroge de façon personnelle l’affirmation historique d’Ornette Coleman : This is Our Music.

Is This Our Music?, donc. Titre déroutant pour deux raisons : d’abord parce qu’il rassemble 10 morceaux écrits par Hübsch lui-même et 1 air traditionnel ; ensuite parce que ces interprétations évoquent étrangement l’univers des musiques improvisées : des fulgurances expérimentales dispersées en autant de Fragment aux constructions à degrés telles que NGC 2265, où l’on soupçonne l’insertion de longues plages de liberté, grâce auxquelles le trio évoque un Paul Rutherford égaré parmi les notations d’une œuvre de Berio.

Respectant celles d’Hübsch, le saxophoniste Matthias Schubert et le tromboniste Wolter Wierbos sont invités parfois à servir en compagnie du tuba une musique à l’exigence moins rigoureuse. Le temps d’un swing lascif (NGC 2270 Terrier) ou de deux retours à la mélodie, mélancolique (El Eterno) ou réjoui (Al Kaphra), évoquant l’un et l’autre le faste doux-amer des compositions que Rota destinait à Fellini.

Ainsi, en réponse à la question qu’ils se sont eux-mêmes posée, les trois musiciens présentent un mélange réussi de références toujours exigeantes, qu’elles se raccrochent aux branches de la musique contemporaine, du jazz, des bandes originales de films, ou fleurent le recours à l’improvisation. Qu’importe alors que cette musique leur appartienne ou non, puisqu’elle est convaincante.

CD: 01/ Fragment 3 02/ NGC 2265 03/ El Eterno 04/ Fragment 1 05/ Fragment 2 06/ Fragment 5 07/ Remembering 08/ NGC 2270 09/ NGC 2247 Akkord 10/ Fragment 4 11/ Al Kaphra

Hübsch`s Longrun Development of the Universe - Is This Our Music ? - 2005 - Konnex Records.

Commentaires [0] - Permalien [#]

William Parker: Long Hidden: The Olmec Series (AUM Fidelity - 2006)

parkerolmecgrisli

Seul ou accompagné, au moyen de sa contrebasse ou au son d’un n’goni, William Parker met au jour d’autres liens rapprochant Afrique et Amérique, prenant le prétexte d’affinités évidentes entre le monde mandingue et la civilisation olmèque. En bande son, un mélange inédit de jazz et de merengue, s’accordant élégamment sur le mode évident des origines communes.

En solo, Parker égrène avec délicatesse les 8 cordes de son n’goni (Long Hidden) ou dépose, recueilli, un air traditionnel à la contrebasse (There is a Balm in Gilead). Construisant à l’archet Cathedral of Light ou jouant du bariolage sur Compassion Seizes Bed-Stuy, il évoque une musique africaine ancestrale, disséminée bientôt jusqu’aux rives opposées à celles de ses terres occidentales.

Pour faire le voyage, le contrebassiste passe du statut de praticien isolé à celui de leader de The Olmec Group, formation dans lequelle 4 jeunes musiciens dévolus au merengue côtoient le saxophoniste Dave Sewelson et un autre contrebassiste, Todd Nicholson. Dès Codex, sans trahir l’existence d’un dosage réfléchi, l’ensemble marie le folklore central américain au jazz tapageur bien connu du trio des vétérans.

Le baryton de Sewelson peut alors virer free sur El puente seco, composition au rythme soutenu rappelant les allures du choro, ou ponctuer plus rigoureusement la progression impeccable de l’accordéon et des percussions sur Pok-a-tok, il accompagne partout – comme les contrebasses de Parker et Nicholson – l’exécution d’une danse éclatante et frondeuse, canalisant l’énergie des uns et la rage jamais éteinte des autres.

Don Cherry – responsable, par ailleurs, de l’initiation de William Parker au n’goni – aurait pu rêver de Long Hidden : The Olmec Series, album mêlant avec réussite le jazz libertaire et une musique du monde qui se distingue des autres par une production plus qu’habile et une raison d’être véritable.

CD: 01/ There is a Balm in Gilead 02/ Long Hidden, Part 2 03/ Codex 04/ El Puente seco 05/ Long Hidden, Part 3 06/ Cathedral of Light 07/ Compassion Seizes Bed-Stuy 08/ Pok-a-tok 09/ Espirito 10/ Long Hidden, Part 1 11/ In Case of Accident

William Parker - Long Hidden : The Olmec Series - 2006 - AUM Fidelity. Distribution orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Loose Fur: Born Again in the USA (Drag City - 2006)

borngrisli

Deuxième album en commun pour les échappés de Wilco - Jeff Tweedy et Glenn Kotche - et l’électron presque libre Jim O’Rourke, Born Again in the USA sonne des retrouvailles plus ou moins heureuses entre les 3 hommes et leurs fantômes respectifs.

Donnant souvent dans le mélange du rock et d’une country allant jusqu’aux sifflements, Loose Fur a l’excellente idée de décomplexer son parti pris à mesure que défile l’album. Lancé sur un rythme poussif et clinquant (Hey Chicken, The Ruling Class), le trio profite de compositions d’O’Rourke pour imposer des arrangements plus convaincants : instillant une longue plage instrumentale à une rengaine folk (Apostolic), adressant un clin d’œil amusé à Burt Bacharach (Thou Shalt Wilt), ou tissant sans en avoir l’air une chanson étrange posée sur canevas atmosphérique, complexe et admirable (Wreckroom).

Moins ambitieux, les musiciens pourront aussi se contenter d’un rock nerveux sans identité (Stupid as the Sun) ou d’une miniature pop par trop légère (Wanted). Noieront ailleurs un instrumental qui avait pourtant bien commencé sous le lyrisme ronflant d’un piano plus que dispensable (An Ecumenical Matter).

Ainsi, Born Again in the USA reste à sa place : celle, habituelle, d’un disque de Jim O’Rourke, capable d’excellence et de mièvrerie fade tout à la fois. Certains se satisferont de la première quand il s’agira pour d’autres de compléter une collection.

CD: 01/ Hey Chicken 02/ The Ruling Class 03/ Answers to your Questions 04/ Apostolic 05/ Stupid as the Sun 06/ Pretty Sparks 07/ An Ecumenical Matter 08/ Thou Shalt Wilt 09/ Wreckroom 10/ Wanted

Loose Fur - Born Again in the USA - 2006 - Drag City. Distribution Discograph.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Michael Byron: Music of Nights Without Moon or Pearl (Cold Blue Music - 2001)

byrongrisli

Ayant investi le domaine musical sous l'influence de Steve Reich et Philip Glass, le compositeur Michael Byron a su développer son travail jusqu'à établir une forme particulière d'expression. Donnant le plus souvent dans la progression lente et sombre, il se promène sur Music of Nights Without Moon or Pearl parmi 3 possibilités plus lumineuses, mises au jour dans le champ hétéroclite des musiques nouvelles.

Envisagées par le Calarts New Century Players - ensemble de huit musiciens dirigé par David Rosenboom -, Music of Nights Without Moon or Pearl et Invisible "Seeds" for James Tenney proposent deux manières d'arranger les cordes de violons, violoncelle et contrebasse, avec celles d'un piano. Sur le premier morceau, on charge toujours davantange une atmosphère rappelant Harold Budd de pizzicatos insatiables, tandis que le pianiste égrène un accord unique. Sur le second, les archets interviennent et absorbent au moyen de leurs nappes les chocs réservés à un clavier nerveux évoquant John Cage.

Après avoir salué Tenney et Cage, Byron destine sa confiance à un autre pianiste : David Rosenboom, qui se charge seul - grâce au re-recording - de l'intervention des 4 pianos nécessaires à l'exécution d'Entrances. D'abord néo-romantique dans l'âme, la composition vrille soudain, et, d'un George Antheil proposant sa version personnelle d'une pièce de Debussy, vire à la poursuite contemporaine et frénétique, mêlant avec emphase l'unisson des différentes prises et la combinaison de leurs parallèles déviées.

Au moyen d'une progression atmosphérique, d'une composition plus torturée et d'une autre semi-lyrique, Michael Byron a construit Music of Nights Without Moon or Pearl, album dense et changeant, donnant en plusieurs endroits connus ou encore à révéler des musiques dites nouvelles.

CD: 01/ Music of Nights Without Moon or Pearl 02/ Invisible "Seeds" for James Tenney 03/ Entrances

Michael Byron - Music of Nights Without Moon or Pearl - 2001 - Cold Blue Music. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jimmy Lyons: The Box Set (Ayler - 2003)

grislilyons

Obnubilé par le jeu de Charlie Parker, le saxophoniste Jimmy Lyons excella sous licence hard bop avant d’être repéré, en 1960, par Cecil Taylor. Intégrant dans la minute l’Unit du pianiste, il servira plus que n’importe quel autre sideman cette formation à géométrie variable, profitant de quelques permissions pour mener en parallèle des projets plus personnels. C’est une sélection de ceux-là que The Box Set a choisi de présenter, le long de 5 CD regroupant des séances enregistrées entre 1972 et 1985.

Septembre 1972, d’abord. Lyons mène son quartette dans le studio d’un autre saxophoniste, emblème de l’époque des Loft sessions new-yorkaises : Sam Rivers. Devant public, il engage son discours sur la voie d’un post bop altier, peu à peu conquis par les envolées iconoclastes du saxophone. Capables d’impulsions en lien direct avec celles appréciées de Monk (Round Midnight), Lyons s’autorise la dérive, et s’inscrit ailleurs dans une avant-garde proche de celle défendue par Coleman (Mr. 1-2-5 Street), ou dans une autre, plus personnelle – qui confronte un savoir-faire ancien et une déconstruction audacieuse (Ballad One).

Epris de dialogue, le saxophoniste tisse un lien privilégié avec le trompettiste Raphé Malik ; les deux hommes se partagent les solos avant de confectionner ensemble des imbrications délicates (Ballad One) ou un contrepoint furieux (Gossip). Echange impeccable, auquel Jimmy Lyons s’interdira le recours en juin 1975, au même endroit, lorsqu’il interprètera en trio trois de ses compositions personnelles.

Là, le saxophoniste se trouve seul auprès d’une section rythmique composée du bassiste Hayes Burnett (déjà là en 1972) et du batteur Henry Letcher. Assuré, son alto brave le schéma complexe de Family, embrasse les trente dernières années de l’histoire du jazz, évoquant ici l’agile phrasé de Parker, là, la mutinerie orchestrée d’Ayler. Sur ballast sombre, le saxophoniste développe son propos : faisant se succéder notes brèves et enchaînements déliés sur les pizzicatos affirmés de Burnett (Heritage I), ou préférant prendre la mesure d’une tension allant crescendo (Heritage II).

Attestant des dispositions de Lyons à endosser le rôle de leader, ces deux premières sessions révèlent l’identité saisissante du saxophoniste. Qu’il n’aura cessé de mettre en pratique, et selon d’autres façons encore. Ce 9 avril 1981, par exemple. Où, en solo, il improvise et cite quelques standards en variant à chaque fois ses intentions (Clutter), réconcilie la chute des graves et les accents aigus de son alto (Never), ou défend des impulsions contre-nature avec un tact souverain (Repertoire Riffin’).

Lorsque le saxophoniste renoue, trois ans plus tard, avec une compagnie, c’est pour l’initier à un free exalté et à un jazz savant. Assurés de tenir en place par la précision du batteur Paul Murphy, Lyons et Karen Borca (au basson) installent alors un contrepoint syncopé (Shakin’Back) ou vacillant (Wee Sneezawee) avant de se permettre l’incartade de virulences éclatées (Theme).

Qui vireront, en 1985, à l’acharnement. Sur scène, les mêmes, et le contrebassiste William Parker. Free fortifié, plus que persistant, sur un autre Shakin’Back, un autre Wee Sneezawee ; déconstruction plus tempérée, sur After You Left, plus proche encore de l’inédit à découvrir ; ou construction libre et complexe, sur le rythme sophistiqué de Tortuga.

En guise de conclusion au quatrième disque, un journaliste interroge Jimmy Lyons sur la difficulté de défendre sa propre musique quand on est le sideman attitré d’un musicien tel que Taylor. La réponse, forcément difficile, laisse peu de chance au verbe. Qui préfère trouver ses arguments dans les enregistrements de The Box Set, recueil averti de concerts sans failles.

Jimmy Lyons : The Box Set (Ayler Records / Orkhêstra International)
Edition : 2003. 
CD1 : 01/ Jump-Up 02/ Gossip 03/ Ballad One 04/ Mr. 1-2-5 Street 08/ Jump-Up #2 06/ 'Round Midnight - CD2 : 01/ Family 02/ Heritage I -
CD3 : 01/ Heritage II 02/ Clutter 03/ Mary Mary Intro 04/ Never 05/ Configuration C 06/ Repertoire Riffin' 07/ Impro Scream & Clutter II - CD4 : 01/ Wee Sneezawee 02/ After You Left 03/ Theme 04/ Shakin' Back 05/ Good News Blues 06/ Itw - CD5 : 01/ Wee Sneezawee 02/ After You Left 03/ Tortuga 04/ Gossip 05/ Shakin' Back 06/ Driads 07/ Jump Up
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Kieran Hebden, Steve Reid: Exchange Session Vol. 1 (Domino - 2006)

hebden

Profitant de s’être approché un jour de 2005, un grand batteur de jazz et un bidouilleur talentueux décident d’improviser ensemble. Steve Reid – aperçu derrière Arthur Blythe, Per Henrik Wallin, Sun Ra ou Miles Davis – et Kieran Hebden – soit, Four Tet -, de signer Exchange Session, enregistrement en parfait équilibre sur ses agitations.

Notamment celles des inserts électroniques et des interventions piquantes d’instruments à vent sur Morning Prayer, pièce dévouée à un étourdissement en rythmes, révélation furtive d’origines s’en retournant à un Orient sensible. Balayé cependant sur Soul Oscillations par l’usage schizophrénique qu’Hebden fait de ses machines, avant que ne s’installe une structure rythmique sidérante, gâchée un peu par de soudaines intentions mélodiques et un mauvais dosage de la longueur du titre.

Pour se rattraper, croirait-on, Hebden dépose alors une programmation convaincante, début d’Electricity and Drum Will Change Your Mind, que Reid s’amuse à ponctuer de brefs coups distribués sur toms. Sur 2 notes, des nappes vont et viennent, attendant l’entrée du saxophone qui assombrira joliment le propos. Gonflé de traitements divers, le final tient de l’amas opaque en perdition, mêlant les larsens à la pagaille électronique et libre, sacrifiant, sourire en coin, la conclusion à la déréliction inévitable.

Disparaît de cette façon Exchange Session Vol. 1, projet qui aurait pu tenir de la tentative obligatoire et ennuyeuse permise par les circonstances, mais que Steve Reid et Kieran Hebden auront sauvé à coups de gestes exaltés et de propositions plus qu’intuitives.

CD: 01/ Morning Prayer 02/ Soul Oscillations 03/ Electricity and Drum Will Change Your Mind

Kieran Hebden, Steve Reid - Exchange Session Vol. 1 - 2006 - Domino. Distribution Pias.

Commentaires [0] - Permalien [#]

The Choir Boys: With Strings (pfMENTUM - 2006)

choirsrtings

Album enregistré plus tôt par le trompettiste Jeff Kaiser et le clarinettiste et saxophoniste Andrew Pask, The Choir Boys est récemment devenu quartette. Avec le soutien des guitaristes G.E. Stinson et Steuart Liebig, la paire d’origine renouvelle en public ses expériences électroacoustiques. Chacun des quatre membres faisant généralement usage d’apports électroniques variés.

Et voici passées en machines clarinette basse (frénétique sur Needlework Alice), saxophone (prisonnier des échos sur Tobacconist from Rimini) et trompette (au charme retardataire sur Rest of the Skeleton). A l’image de la lutte engagée par l’alto de Pask contre le traitement informatique qu’on lui réserve, le quartette se fait acteur et témoin d’une époque défavorable à la résistance prolongée des instruments anciens.

Une fois redéfinis, ils peuvent confectionner un collage aérien (French Woman Luggage Cart) ou servir une progression mesurée, et donc, plus saisissable (Tobacconist from Rimini), qui contraste avec Adulterous Dishwasher, où l’appréhension de la musique immédiate se trouve changée en combinaison d’expressions perturbées.

Partis d’un principe vieux comme le monde – celui de la confrontation -, The Choir Boys a su démontrer de façon originale la malléabilité de l’acoustique sous l’effet des programmations. Ajoutant à la démonstration l’allure distinguée de ses formules.

CD: 01/ Needlework Alice 02/ Impromptu Lateral Drop 03/ Tobacconist from Rimini 04/ French Woman Luggage Cart 05/ Adulterous Dishwasher 06/ Definitely Jack 07/ Rest of the Skeleton 08/ Wir Sind Hier

The Choir Boys - With Strings - 2006 - pfMENTUM. Distribution Improjazz.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Gul 3: Singlar 2005 (Headspin Recordings - 2005)

gulgrisli

Depuis 1999, le trio suédois Gul 3 dérive au gré d’une musique improvisée originale, proche d’un free jazz downtempo, ou d’un cool jazz déconstruit, au choix. L’écoute de Singlar 2005, troisième album du groupe, ne déroge pas à la règle, et remet à plus tard l’intention du classificateur de départager les deux appellations.

Dans les pas du trio Jimmy Giuffre / Paul Bley / Steve Swallow, Gul 3 développe donc un jazz minimaliste, leste et frondeur : aux marges qu’il reconnaît – notamment celles instituées par les percussions d’Henrik Olsson -, Johan Arrias oppose, minutieux, les phrases déliées d’un alto lâche (Good Vibrations, Ring of Fire), adepte, quelques fois, d’un retour à la mélodie (Stayin’alive, Bad).

En guise de contrebasse, le violoncelle de Leo Svensson, qui dépose à point nommé ses pizzicatos discrets quand il ne préfère pas, penché sur une scie musicale, confectionner des harmoniques en compagnie du saxophoniste (Purple Rain) – comme Olsson laisse choir ses percussions pour intervenir sur orgue Hammond ultra léger (Transformer) ou sur Wurlitzer (Iron Man), au nom d’une diversité jugée tout à coup nécessaire.

Deux fois seulement, Singlar 2005 cèdera aux tensions (Rock Steady, Bad). Partout ailleurs, l’album aura profité de l’approche musicale originale et racée de Gul 3. Inattendue et saisissante.

CD: 01/ Forever Young 02/ Good Vibrations 03/ Purple Rain 04/ Eye of the Tigger 05/ Rock Steady 06/ Ring of Fire 07/ Transformer 08/ Bad 09/ Iron Man 10/ Stayin’alive 11/ The Deaf Will Hear

Gul 3 - Singlar 2005 - 2005 - Headspin Recordings.

Commentaires [0] - Permalien [#]

>