Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Rudi Mahall: Solo (Psi - 2006)

mahallgrisliEntendu récemment sur l’immense hommage rendu par Alexander Von Schlippenbach à Thelonious Monk, le clarinettiste Rudi Mahall s’adonnait encore plus récemment à l’exercice du solo improvisé.

Grand admirateur de Dolphy, Mahall destine dès le départ un clin d’œil évident au God Bless The Child du maître, précipitations circulaires et concentration directive à l’appui (I). Débarrassé de toute retenue, il peut avancer ensuite sur terrains glissants, à pas comptés tout de même, pour ne perdre jamais de sa stabilité : distribuant couacs, frottements et grincements en guise d’ornementation facétieuse (II), ou intronisant ces mêmes effets ossature équivoque d’une expérimentation légère (VI).

Ménageant la chèvre expérimentale et le chou mélodique (sur V, notamment), Mahall dose avec minutie les combinaisons changeantes à extraire de sa clarinette basse. Estimant ici (III) les effets de différents souffles sur la pratique de son instrument, il ne voit pas d’inconvénient à se laisser aller là (IV) à un swing élaboré, et en revenir ainsi à Lacy, Monk, et même Bechet.

Intelligent d’un bout à l’autre de son Solo, Rudi Mahall maîtrise avec une même aisance son instrument et le recours immédiat à ses influences musicales enracinées. Aisance qui va jusqu’à lui permettre une légèreté impérieuse, qui noue naturellement le contact entre un auditeur au sol et un musicien évoluant dans les hautes sphères.

CD: 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V 06/ VI 07/ VII

Rudi Mahall - Solo - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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Crawling With Tarts: Ochre Land, Blue Blue Skies / Grand Surface Noise Opera Nr. 7 (Pogus - 2006)

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Sous le nom de Crawling With Tarts, Michael Gendreau et Suzanne Dycus se penchent depuis 1983 sur le cas d’une musique conceptuelle, modérée parfois jusqu’à prendre des airs d’ambient expérimentale décente. Enregistrées entre 1994 et 1997, deux pièces reviennent ici sur les postures appréciées du duo, opéras inadéquats au décorum de l’ingurgitation en grand restaurant – et donc, cul serré - d’un tournedos Rossini.

Lâché dans la sauce, un moteur encore fumant tiendra à lui seul le propos d’Ochre Land, Blue Blue Skies. D’abord discret, il se fera une place de plus en plus bruyante parmi les interventions éclatées d’instruments inventés et les extraits d’environnements retenus sur bandes (bruits de pas, voix, vent…). Jusqu’au ronflement extrême, décoré d’extras de crachins, d’effets de masse et de larsens. Pas suffisant, toutefois, pour adhérer complètement au bien-fondé du discours, plutôt nébuleux, tenu par le duo.

C’est qu’il fallait attendre Grand Surface Noise Opera Nr. 7, pièce plus subtile inaugurée par le collage d’un piano jouet, des sifflements d’un simili cristal et de chants d’oiseaux impossibles. Malléable, l’ensemble est étiré jusqu’à l’effilement, laissant bientôt tout l’espace à une construction anarchique plutôt que rococo, faite d’extraits d’exercices audio tirés de méthodes d’apprentissage de langues. Se chevauchant, celles-ci imposent un esperanto crasse facilitant l’échange obligatoire de monstres consommant.

Puisque invités à le faire par d’autres voix, à l’origine d’un autre collage sur lequel se coupent, sur ambiance kitscho-lounge, quelques publicités radio dont Gendreau et Dycus ont extrait l’insipidité pour mieux fomenter leur harangue contestataire. Matraquée bientôt au rythme des coups portés sur fond de bande originale sirupeuse, instituant enfin une indus minimaliste.

Le retour du piano jouet sonne l’heure de la conclusion, scellant le concept souvent maîtrisé et pas si hermétique d’une musique à deux doigts de ne plus en être une, et fantasmant, quand elle l’est tout à fait, la rencontre inédite de Merzbow et de Tim Steiner.

CD: 01/ Ochre, Blue Blue Skies 02/ Grand Surface Noise Opera Nr.7 : The Decadent Opera (Rococo)

Crawling With Tarts - Ochre Land, Blue Blue Skies / Grand Surface Noise Opera Nr. 7 - 2006 - Pogus. Distribution Metamkine.

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Alan Silva: Take Some Risks (In Situ - 1990)

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Contrebassiste averti auprès de Cecil taylor, Albert Ayler ou Frank Wright, Alan Silva est plus encore ce multi instrumentiste rassembleur qui dirigea, dès 1969, le Celestrial Communication Orchestra - ensemble musical idéal dont les membres rivalisaient de charisme sans paraître y toucher (Anthony Braxton, Grachan Moncour III, Malachi Favors, Dave Burrell, Leroy Jenkins, etc.). L’époque des grandes heures du free révolue, Silva pourra revenir aux formations réduites.

Comme ce 23 novembre 1986, à la Galerie parisienne Maximilien Guiol. Introduisant en compagnie du batteur Roger Turner une progression longue et multiforme, Silva trace des parallèles mélodiques avec chacun de ses partenaires - Didier Petit au violoncelle, Bruno Girard au violon, puis Misha Lobko aux clarinettes – avant d’engager le quintette à se laisser plus amplement aller.

Alors, les musiciens traînent le long d’une route non balisée, donnant ici dans la répétition, là dans la cacophonie expiatoire, dérivant entre free jazz, musiques contemporaine et nouvelles. En improvisateurs chevronnés, Silva et Turner mènent à propos un concert qui, sans en prendre les airs, a tout de la délicatesse.

Présente encore davantage sur la deuxième piste, celle-ci, qui accommode savamment les percussions extatiques et les rebonds auxquels s’adonnent les graves de la clarinette basse et de la contrebasse. Le temps d’une fulgurance, concentrée et abrupte. Conclusion distinguée et façon comme une autre de sceller l’évolution gérée ingénieusement.

CD: 01/ 01 02/ 02

Alan Silva - Take Some Risks - 1990 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.

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Joe Fiedler : Plays the Music of Albert Mangelsdorff (Clean Feed, 2005)

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Gérant au mieux l’intérêt qu’il porte à la musique latine (sideman de Tito Puente ou Chico O’Farrill) et un autre résolument tourné vers un jazz d’avant-garde (ayant enregistré auprès d’Anthony Braxton ou Andrew Hill), le tromboniste Joe Fiedler rend ici hommage à un des maîtres de son instrument : Albert Mangelsdorff.

Tirant 9 titres du répertoire de l’Allemand, Fiedler construit en trio un jazz hésitant entre efficacité soignée et complexité faite ambiance. Alors, l’interprétation ronde de Wheat song - ultra swing et soul précieuse - ou le funk gouailleur de An Ant Steps On An Elephant’s Toe contrastent avec la mise à plat du thème de Rip Off, porté par l’archet du contrebassiste John Herbert, ou l’atmosphère diaphane bousculée par les assauts de batterie de Mark Ferber de Mayday Hymn.

Elégant ailleurs, il arrive par deux fois au trio de s’égarer, auteur de reprises plus poussive (Lapwing) ou altérée par un arrangement maladroit (Zores Mores). Bémol écarté par l’assurance dégagée avec laquelle il réinvente Do Your Own Thing ou Now Jazz Ramwong.

Premier enregistrement à rendre entièrement hommage à Mangelsdorff depuis sa disparition, Joe Fiedler Trio Plays The Music Of Albert Mangelsdorff modernise un peu plus un propos d’une densité altière. Variant les approches pour mieux rendre improbable la redite monotone.

CD: 01/ Wheat Song 02/ Rip Off 03/ Now Jazz Ramwong 04/ An Ant Steps On An Elephant’s Toe 05/ Mayday Hymn 06/ Lapwing 07/ Zores Mores 08/ Wart G’Schwind 09/ Do Your Own Thing

Joe Fiedler - Plays the Music of Albert Mangelsdorff - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Transit: Transit (Clean Feed - 2005)

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Quartette emmené par le percussionniste Jeff Arnal, Transit défend sur son premier album une musique improvisée aux Etats-Unis, chargée pourtant de références européennes autant qu’elle s’attache à habiter le domaine réservé d’un jazz libertaire plus local.

Ainsi, c’est à Sunny Murray que le jeu d’Arnal fait d’abord penser. Conduisant un free jazz à l’ancienne sur Cortelyou Q – comme plus tard sur Der Blatt -, le batteur estime les charges à confronter des solistes : phrases répétitives du saxophoniste Seth Misterka, quand la trompette de Nate Wooley tient davantage de la folie introspective, voire, refoulée.

Pourfendeurs souvent d’une déconstruction en règle, les musiciens déposent une musique dite « réductionniste », cherchant avant tout à tempérer les gestes et mesurer leurs effets, soit, à courir sans cesse derrière l’épure (Gowanus Canal, Brick City Part 1). Moins convaincants ici, cependant, que lorsqu’ils imposent un thème plus vigoureux virant à la plainte enthousiaste (Ditmas Park) ou une marche lancinante gonflée au contrepoint et aux harmoniques (Brick City Part 2).

Alors, pour l’emporter tout à fait, reste à compter sur l’appui du contrebassiste Reuben Radding. Toujours à propos, il arrondit les angles d’un archet courbe (Ditmas Park) ou les aiguise, au contraire, au moyen de craquements et grincements décidés (Sabbath Siren). Enveloppe, en un mot, une improvisation hybride qu’il révèle probante.

CD: 01/ Cortelyou Q 02/ Van Brunt 03/ Gowanus Canal 04/ Sabbath Siren 05/ Brick City Part 1 06/ Brick City Part 2 07/ Journal Square 08/ Der Blatt 09/ Ditmas Park 10/ Red Hook

Transit - Transit - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet: Bad Guys (Clean Feed - 2006)

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Plusieurs fois sideman de Mingus ou Muhal Richard Abrams, aperçu aussi aux côtés de Sam Rivers ou Miles Davis, le trompettiste Jack Walrath remet cette année au goût du jour le co-leading. Conduisant avec l’aide du contrebassiste Zé Eduardo un quartette qui réconcilie, au son de Bad Guys, exigence et allégresse.

Rayonnants, les 4 hommes s’accordent sur les figures influentes partagées, évoquant Monk sur un post bop affiné (Simian Spring Song), reprenant Mingus le temps d’un Sue’s Changes alambiqué, ou appliquant la méthode adéquate à la gestion euphorique d’un groupe, à l’image d’autres leaders contrebassistes, Ronnie Boykins (Birds Fly Free) ou Charlie Haden (Sun Sol, air simulant le folklore, raffiné et apaisant).

Ailleurs, en compagnie du saxophoniste Jesus Santandreu – qui aura adressé sur Simian Spring Song un clin d’œil à Coltrane -, Walrath dépose un contrepoint sur un rythme latin arrangé pour s’emporter bientôt, et permettre ainsi quelques incartades free (Belly up to the Bazaar). Virulence poussée encore sur Prou de Misteri, histoire de défendre aussi une avant-garde repérable exclusivement en accès de fièvre.

En faveur du contraste, l’impression lâche et la valse branlante que sont Novíssimos et Realejo, drainés par le dosage concentré de Marc Miralta, batteur qui, d’un bout à l’autre de l’album, aura fomenté en toute discrétion quelques étourdissements légers (Birds Fly Free, Sun Sol). Faits, au final, cause défendue par l’entier quartette, qui, pour avoir su multiplier les distinctions, signe un disque tout simplement supérieur.

CD: 01/ Simian Spring Song 02/ Birds Fly Free 03/ Novissimos 04/ Sue's Changes 05/ Belly up to the Bazaar 06/ Realejo 07/ Prou de Misteri 08/ Sun Sol

Zé Eduardo, Jack Walrath Quartet - Bad Guys - 2006 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Miller + Fiam: Modern Romance (Expanding Records - 2006)

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Chantre d’un minimalisme électronique revendicatif, l’Australien Dave Miller s’acoquine à Harry Hohnen pour délivrer un Modern Romance qui combine propositions sûres et tentatives défaillantes. Sans chercher une minute à évaluer l’intérêt de l’ensemble.

Alors, partout où il va voir, le duo se montre capable du meilleur et du pire : penché sur une ambient raffinée (Tempest in a Teacup) ou grossière (Too Often) ; échafaudant des constructions rythmiques, délicates (Slowing to a Stop, Edge of Midnight) ou poussive (Thousand Francs) ; donnant dans la pièce musicale répétitive, avec assurance (Tired Neighbourhood Bird) ou sans (Complex Kisses).

Pour prendre l’avantage, reste aux deux hommes de profiter d’interventions acoustiques choisies : piano et contrebasse déposés comme il faut (Tired Neighbourhood Bird) ; une guitare, surtout, gonflant à elle seule Band on the Street, bossa réinventée, élégante et à peine perceptible, assénant sur rythme bancale des gifles à tout amateur de Trip do Brazil.

Perdus parmi la diversité de leurs idées brutes, Miller + Fiam réussissent quand même à échapper au pire, tombés comment sur quelques compositions valables. Mais n’ayant pas pris la peine de filtrer leurs intentions, Modern Romance souffre d’un manque de conviction qui relativise les essais acceptables.

CD: 01/ Tempest in a Teacup 02/ Tired Neighbourhood Bird 03/ Armchair 04/ Edge of Midnight 05/ Band on the Street 06/ Thousand Francs 07/ Complex Kisses 08/ Wise Coward 09/ Too Often 10/ I Need a Riverboat 11/ Martinos 12/ Slowing to a Stop 13/ Dead Sea

Modern + Fiam - Modern Romance - 2006 - Expanding Records.

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Carl Ludwig Hübsch: Is This Our Music ? (Konnex - 2005)

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Après avoir longtemps pratiqué le tuba en solo, Carl Ludwig Hübsch a fait l’expérience de la collectivité aux côtés de musiciens tels que Lester Bowie, Arthur Blythe ou Paul Lovens. Suivant leur exemple, il a même entrepris de mener un trio particulier (tuba, trombone, saxophone), dont le deuxième album retourne et interroge de façon personnelle l’affirmation historique d’Ornette Coleman : This is Our Music.

Is This Our Music?, donc. Titre déroutant pour deux raisons : d’abord parce qu’il rassemble 10 morceaux écrits par Hübsch lui-même et 1 air traditionnel ; ensuite parce que ces interprétations évoquent étrangement l’univers des musiques improvisées : des fulgurances expérimentales dispersées en autant de Fragment aux constructions à degrés telles que NGC 2265, où l’on soupçonne l’insertion de longues plages de liberté, grâce auxquelles le trio évoque un Paul Rutherford égaré parmi les notations d’une œuvre de Berio.

Respectant celles d’Hübsch, le saxophoniste Matthias Schubert et le tromboniste Wolter Wierbos sont invités parfois à servir en compagnie du tuba une musique à l’exigence moins rigoureuse. Le temps d’un swing lascif (NGC 2270 Terrier) ou de deux retours à la mélodie, mélancolique (El Eterno) ou réjoui (Al Kaphra), évoquant l’un et l’autre le faste doux-amer des compositions que Rota destinait à Fellini.

Ainsi, en réponse à la question qu’ils se sont eux-mêmes posée, les trois musiciens présentent un mélange réussi de références toujours exigeantes, qu’elles se raccrochent aux branches de la musique contemporaine, du jazz, des bandes originales de films, ou fleurent le recours à l’improvisation. Qu’importe alors que cette musique leur appartienne ou non, puisqu’elle est convaincante.

CD: 01/ Fragment 3 02/ NGC 2265 03/ El Eterno 04/ Fragment 1 05/ Fragment 2 06/ Fragment 5 07/ Remembering 08/ NGC 2270 09/ NGC 2247 Akkord 10/ Fragment 4 11/ Al Kaphra

Hübsch`s Longrun Development of the Universe - Is This Our Music ? - 2005 - Konnex Records.

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William Parker: Long Hidden: The Olmec Series (AUM Fidelity - 2006)

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Seul ou accompagné, au moyen de sa contrebasse ou au son d’un n’goni, William Parker met au jour d’autres liens rapprochant Afrique et Amérique, prenant le prétexte d’affinités évidentes entre le monde mandingue et la civilisation olmèque. En bande son, un mélange inédit de jazz et de merengue, s’accordant élégamment sur le mode évident des origines communes.

En solo, Parker égrène avec délicatesse les 8 cordes de son n’goni (Long Hidden) ou dépose, recueilli, un air traditionnel à la contrebasse (There is a Balm in Gilead). Construisant à l’archet Cathedral of Light ou jouant du bariolage sur Compassion Seizes Bed-Stuy, il évoque une musique africaine ancestrale, disséminée bientôt jusqu’aux rives opposées à celles de ses terres occidentales.

Pour faire le voyage, le contrebassiste passe du statut de praticien isolé à celui de leader de The Olmec Group, formation dans lequelle 4 jeunes musiciens dévolus au merengue côtoient le saxophoniste Dave Sewelson et un autre contrebassiste, Todd Nicholson. Dès Codex, sans trahir l’existence d’un dosage réfléchi, l’ensemble marie le folklore central américain au jazz tapageur bien connu du trio des vétérans.

Le baryton de Sewelson peut alors virer free sur El puente seco, composition au rythme soutenu rappelant les allures du choro, ou ponctuer plus rigoureusement la progression impeccable de l’accordéon et des percussions sur Pok-a-tok, il accompagne partout – comme les contrebasses de Parker et Nicholson – l’exécution d’une danse éclatante et frondeuse, canalisant l’énergie des uns et la rage jamais éteinte des autres.

Don Cherry – responsable, par ailleurs, de l’initiation de William Parker au n’goni – aurait pu rêver de Long Hidden : The Olmec Series, album mêlant avec réussite le jazz libertaire et une musique du monde qui se distingue des autres par une production plus qu’habile et une raison d’être véritable.

CD: 01/ There is a Balm in Gilead 02/ Long Hidden, Part 2 03/ Codex 04/ El Puente seco 05/ Long Hidden, Part 3 06/ Cathedral of Light 07/ Compassion Seizes Bed-Stuy 08/ Pok-a-tok 09/ Espirito 10/ Long Hidden, Part 1 11/ In Case of Accident

William Parker - Long Hidden : The Olmec Series - 2006 - AUM Fidelity. Distribution orkhêstra International.

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Loose Fur: Born Again in the USA (Drag City - 2006)

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Deuxième album en commun pour les échappés de Wilco - Jeff Tweedy et Glenn Kotche - et l’électron presque libre Jim O’Rourke, Born Again in the USA sonne des retrouvailles plus ou moins heureuses entre les 3 hommes et leurs fantômes respectifs.

Donnant souvent dans le mélange du rock et d’une country allant jusqu’aux sifflements, Loose Fur a l’excellente idée de décomplexer son parti pris à mesure que défile l’album. Lancé sur un rythme poussif et clinquant (Hey Chicken, The Ruling Class), le trio profite de compositions d’O’Rourke pour imposer des arrangements plus convaincants : instillant une longue plage instrumentale à une rengaine folk (Apostolic), adressant un clin d’œil amusé à Burt Bacharach (Thou Shalt Wilt), ou tissant sans en avoir l’air une chanson étrange posée sur canevas atmosphérique, complexe et admirable (Wreckroom).

Moins ambitieux, les musiciens pourront aussi se contenter d’un rock nerveux sans identité (Stupid as the Sun) ou d’une miniature pop par trop légère (Wanted). Noieront ailleurs un instrumental qui avait pourtant bien commencé sous le lyrisme ronflant d’un piano plus que dispensable (An Ecumenical Matter).

Ainsi, Born Again in the USA reste à sa place : celle, habituelle, d’un disque de Jim O’Rourke, capable d’excellence et de mièvrerie fade tout à la fois. Certains se satisferont de la première quand il s’agira pour d’autres de compléter une collection.

CD: 01/ Hey Chicken 02/ The Ruling Class 03/ Answers to your Questions 04/ Apostolic 05/ Stupid as the Sun 06/ Pretty Sparks 07/ An Ecumenical Matter 08/ Thou Shalt Wilt 09/ Wreckroom 10/ Wanted

Loose Fur - Born Again in the USA - 2006 - Drag City. Distribution Discograph.

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