Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Trio 3: Time Being (Intakt - 2006)

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La spécificité majeure du Trio 3 vient du fait que chacun de ses membres représente à lui seul un pan entier de l’histoire du jazz exigeant. Sidemen de Monk, Coltrane, Cecil Taylor ou Roland Kirk, et musiciens au premier plan du Loft Movement new-yorkais, Oliver Lake, Reggie Workman et Andrew Cyrille poursuivent leurs expériences, avec le même panache qu’hier.

Après une plage déstructurée sur laquelle s’harmonisent déjà les interventions indépendantes (A Chase), le trio prend des libertés sur quelques figures établies : swing dissonant transformé en marche sur les conseils de la contrebasse de Workman (Medea), post bop débonnaire (Given), ou free déclaré sur Special People, dont le thème rendu à l’unisson mais voué bientôt au lynchage rappelle Albert Ayler
.

A chaque fois, les partenaires rivalisent d’habileté : facilité du grand solo de Workman sur Playing For Keeps ; ardeur sublime ou roulements élaborés de la batterie de Cyrille sur Time Being et Tight Rope ; aisance quiète de Lake à dérouler aux saxophones des phrases instables et pourtant décisives (Lope, Time Was). Rassemblés, les voilà excellant sur un Equilateral improvisé, ou sur l’impression trouble et intense qu’est Tight Rope.

En 10 morceaux, Time Being assure ainsi de l’inaltérable qualité de musiciens déjà accomplis il y a une quarantaine d’années. Renouvelle l’engagement, en quelque sorte. Sans refuser, de temps à autre, d’aller creuser encore plus profond.

CD: 01/ A Chase 02/ Medea 03/ Tight Rope 04/ Equilateral 05/ Lope 06/ Time Was 07/ Playing For Keeps 08/ Given 09/ Time Being 10/ Special People

Trio 3 - Time Being - 2006 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.



Giuseppe Ielasi : s/t (Häpna, 2006)

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Au son d'une ambient des ténèbres, Giuseppe Ielasi retourne au label Häpna. Où il refuse toujours d’intituler ses pièces insaisissables.

Croulant d’abord sous les râles électroniques assaillis par quelques accents fins de krautrock, l’enregistrement n’a rien à gagner de la permanence, et traîne son atmosphère sur fonds de valse construite par 3 notes de cuivres, d’inserts rythmiques timides mais implacables, de rajustements mélodiques délicats.

Le bruit répété d’une corde de guitare que l’on lâche peut ainsi gangrener l’abstraction établie ; quelques coups sur cymbales portés par des balais apporteront encore au charme de l’engorgement des interventions différentes. Enfin, le crescendo d’une sirène enveloppera l’ensemble, anéantira les efforts. Si Iealsi édifiait sur Gesine, il révèle ici ses parts d’ombres, et déconstruit plutôt. Mais avec le même tact, il multiplie les variantes de son ambient upper-class.

Giuseppe Ielasi : s/t (Häpna)
Edition : 2006.
CD :
01/ - 02/ - 03/ - 04/ - 05/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Kidd Jordan: Palm of Soul (AUM Fidelity - 2006)

jordanSaxophoniste recherché (ayant enregistré aux côtés des Supremes, Ray Charles ou Stevie Wonder), Edward Kidd Jordan a toujours su trouver un peu de temps pour se frotter aux révélateurs d’une avant-garde exigeante (Ornette Coleman, Cecil Taylor, Ed Blackwell). A Hamid Drake et William Parker, en 2005.

Partant, toujours, pour aller voir ailleurs que sur sa contrebasse, Parker use d’abord de gongs sur Forever, où Jordan dépose un blues las pour mieux sceller la rencontre fortuite de ‘Round Midnight et du Neroli de Brian Eno. Percussionniste, Parker usera ailleurs de djembés et calebasses, sur Last of The Chicken Wings, free acharné engagé par le jeu sur tabla de Drake.

Ardeur déjà présente en introduction de Living Peace, qui prendra les allures d’un bop apaisant, et sur lequel Jordan fait preuve d’une humilité élégante, avide d’entendre ce que ses partenaires composent avant d’improviser selon. Attachés plus tard à aller voir du côté de l’Afrique – Parker par trois fois au gumbri -, les musiciens tissent des progressions instrumentales envoûtantes, montées sur patterns précieux, que fleurissent parfois par les phrases incantatoires prononcées par Drake (Unity Call).

Fantasmant la révolte ou aptes à accueillir l’accalmie, Jordan, Parker et Drake, font de leur rencontre un moment d’exception. Servant le jazz comme la musique d’un univers intérieur qu'ils auraient en commun, composant avec la nostalgie d’un monde perdu sans renoncer à mettre la main sur des embellies du genre de Palm of Soul.

CD: 01/ Peppermint Falls 02/ Forever 03/ Living Peace 04/ Unity Call 05/ So Often 06/ Resolution 07/ Last of The Chicken Wings

Kidd Jordan - Palm of Soul - 2006 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.


Ween: Shinola, Vol.1 (Chocodog - 2005)

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Depuis une vingtaine d’années, Mickey Melchiondo et Aaron Freeman (entendez Dean et Gene Ween) ont entassé des cartons pleins d’enregistrements isolés, à peine entendus. Electrons libres ayant circulé sur internet, ou que le groupe s’était gardé d’exposer jusque là, que devrait rassembler la série Shinola, publiée par le label du groupe.

Qui attendait du premier volume à paraître la mise au jour d’expérimentations rejetées, de bandes audibles à peine ou de combinaisons mélodiques bancales, aura simplement fantasmé. La sélection ne déroge pas à la règle des autres albums du groupe : exercices de styles concoctés sourires en coin et production léchée. Histoire de rendre la description plus précise, voici : krautrock menacé par quelques déraillements ludiques sur Tastes Good on Th’ Bun, pop langoureuse servie par la basse du Mc Cartney d’Abbey Road (I Feel In Love Today), ballade astro-country (Did You See Me ?), ultra swing sixties à chœurs (Boys Club), mélange compétitif de surf actuel et de glam rock (Gabrielle), easy listening spirituel (Israel), ou confection d’un monstre à partir des restes de Prince et des membres d’Aphte Punk (Monique the Freak).

Le mélange, explosif, est capable aussi d’administrer la nausée. Rapidement, les voix n’arrivent plus à convaincre du divertissement, l’insouciance semble disparaître au profit d’un espoir de bien faire un « faire à côté » ironique, les solos de guitares n’en finissent plus de rivaliser d’efforts grotesques, éloignant un peu plus à chaque fois le prétexte anodin du clin d’œil d’initié à initié. Et Shinola, Vol.1 de prendre les atours d’un enregistrement vulgaire, qui pourra plaire aux imbéciles glorifiés d’applaudir une œuvre faite de sous entendus malins, quant elle n’est constituée en vérité que de sur-entendus médiocres.

CD: 01/ Tastes Good on th' Bun 02/ Boys Club 03/ I Feel In Love Today 04/ Big Fat Fuck 05/ Gabrielle 06/ Did You See Me? 07/ How High Can You Fly? 08/ Transitions 09/ Israel 10/ Rift 11/ Monique The freak 12/ Someday >>> Ween - Shinola, Vol. 1 - 2005 - Chocodog. Distribution Pias.


Nom Tom: Nom Tom (Spring Garden - 2005)

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Depuis la fin des années 1970, le saxophoniste Jack Wright fait montre d’un jusqu’auboutisme désinvolte concernant sa manière d’aborder l’improvisation. Pourfendeur de gestes inhabituels, il a aussi bien œuvré aux côtés de John Butcher, William Parker ou Michel Doneda, qu’initié des groupes plus confidentiels, pour peu qu’ils puissent espérer tenir de la combinaison heureuse.

C’est dans cette catégorie que pourrait être rangé Nom Tom, trio que Wright forme aux côtés de la vocaliste Carol Genetti et du percussionniste Jon Mueller. Sur cet enregistrement concert daté de 2004, les musiciens tissent deux pièces expérimentales tenant donc de l’inédit. Investissant le domaine du non dit, d’abord, au son de l’imbrication des incartades free du saxophoniste, des murmures, souffles et expirations de Genetti, et des accents enthousiastes que dispense la caisse claire. Phrases lyriques refoulées et virulence en sourdine sont de mise, avant que le batteur décide d’accélérer le propos discursif pour mieux couper court aux gémissements et autres souffles prônant l’impureté.

Alors, les trois intervenants envahissent l’espace plus concrètement, les notes se font plus claires, partout – saxophone et voix. L’amalgame, plus efficace, pas à l’abri, pourtant, d’une rechute soudaine. Proche du râle apaisant du digeridoo, la voix de Genetti ira convaincre le trio d’en rester là. Après avoir expérimenté et réfléchi tout à la fois.

CD: 01/ 01 02/ 02 >>> Nom Tom - Nom Tom - 2005 - Spring Garden Music.   



Roy DeCarava: The Sound I Saw (Phaïdon - 2001)

decaravaAu début des années 1960, le photographe Roy DeCarava s’engage à rendre sur papier une réalité qu’il connaît pour la fréquenter au quotidien : celle des rues de Harlem. Brute, son approche trouve bientôt une bande-son évidente, relents de jazz suintant sous les peines, là pour divertir ou revendiquer, cherchant une solution acceptable au rythme plus concret sur lequel vont les choses.

Empruntant des rues négligées par un service d’entretien qu’on n’envoie plus guère dans cette partie de la ville, DeCarava gagne les clubs de jazz - parfois quelques studios d’enregistrement - et récolte les clichés décisifs. Parmi le nombre, il en choisira 196, qu’il mettra en ordre et auxquels il accolera un texte écrit de sa main pour former le prototype de The Sound I Saw, recueil de photographies haut de gamme autant qu’hommage au New York des déclassés, au jazz, à la vie comme elle est et comme il faut la prendre. Nous sommes alors toujours dans les années 1960. La première publication de The Sound I Saw verra le jour en 2001.

Elaborée, la mise en page alterne les tirages d’une netteté qui accable et les épreuves au parti pris plus abstrait ; les portraits de jazzmen reconnus et d’autres d’anonymes ; oppose un urbanisme au charme déficitaire à l’éclat des instruments, à la précision des gestes. Le noir et blanc souligne encore la dualité d’une existence à part, tout en glorifiant l’instant exposé. Ici, la photo de 4 enfants des rues fait le pendant à celle d’un quartette de contrebasses. Là, un Santa Claus sorti du ruisseau – « Poor feet who walk on souls » - égaré parmi quelques jazzmen en majesté : Coltrane méditatif dans le reflet d’un miroir, Ellington, Monk et Brubeck derrière pianos, Billie Holiday, Elvin Jones, Max Roach, Clifford Brown, Miles Davis, ou Ornette Coleman, regardant droit devant lui – « To release songs of wanting nor wasted ».

« Puzzled in the crush of every morning mash », noires pauvres et pauvres blancs, américain middle classe soudain désorienté parmi la foule semblable et agitée. L’attente, presque partout, quand la musique est absente : « Men’s aspirations to speak to sing and make music justifying the endless moments heavy ». Au bout du compte, un flegme ultime sorti de sous les gravats lourds, en réponse au quotidien pesant. Sereine, la mère peut continuer de bercer l’enfant, sur le rythme révélé par ceux à qui il suffit de fermer les yeux – « Frustration and pain into a cry for aching fingers ». Pour savoir que la réalité n’est pas indivisible, et qu’il s’agit simplement d’être à l’écoute – « The love of life revealing the open place that is Us ».

Roy DeCarava, Le son que j’ai vu, Paris, Phaidon, 2001.


Matthew Shipp: One (Thirsty Ear - 2006)

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Après avoir parcouru des sphères plus ou moins éloignées du jazz auprès de Dj Spooky ou Antipop Consortium, le pianiste Matthew Shipp persiste dans son désir d’aller et venir au gré de dérives stylistiques réfléchies. En solo, cette fois, sur One.

12 courtes pièces s’y succèdent, oscillant entre exercice de style minimaliste (Patmos), jazz érudit convoquant Oscar Peterson ou Monk (évoqué autant que John Cage sur Gamma Ray), pièce atmosphérique jouant l’éternel retour de la première phrase mélodique (Milky Way), ou morceaux en proie aux chaos d’une exécution libre (Electro Magnetism, Abyss Code).

Pour diversifier encore son propos, Shipp peut user d’un brin de reverb (The Encounter, Are) ou instiller un peu d’ironie à ses intentions (Zero, fantaisie piano bar grisante). Avec la même conviction, il avait embrumé plus tôt Blue In Orion, composition moins immédiate parmi le nombre des évidences révélées que compte l’enregistrement. Preuve de plus que Shipp ne réserve aucune exclusivité au jazz - tout en usant de ses connaissances (pratiques et théoriques) dans le domaine -, One assoit les prétentions d’un pianiste en verve sur les attentes illusoires des gardiens du temple.

CD: 01/ Arc 02/ Patmos 03/ Gamma Ray 04/ Milky Way 05/ Blue in Orion 06/ Electro Magnetism 07/ The Encounter 08/ The Rose Is A Rose 09/ IEOU 10/ Abyss Code 11/ Zero 12/ Module >>> Matthew Shipp - One - 2006 - Thirstea Ear. Distribution Orkhêstra International.


Peter Brötzmann: Berlin Djungle (Atavistic - 2004)

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Vingt ans après son enregistrement au JazzFest de Berlin, le label Atavistic ressortait Berlin Djungle du saxophoniste Peter Brötzmann, édité à l’origine par Free Music Production.

Le temps d’un concert unique, 11 musiciens servirent le fantasme du Brötzmann Clarinet Project, certains devant laisser leur instrument de prédilection au profit de la clarinette : parmi eux, les saxophonistes Tony Coe (transfuge de l’orchestre d’Henry Mancini) et John Zorn. Au nombre des intervenants, compter aussi Louis Sclavis, Toshinori Kondo (trompette), Johannes Bauer et Alan Tomlinson (trombones), quand William Parker et Tony Oxley assurent la section rythmique.

Et Brötzmann, bien sûr, qui adresse un clin d’œil à Dolphy avant de conduire son ensemble le long des deux parties de What A Day, pièces sans concessions évoluant au gré des emportements : mouvements saccadés, cris, sifflements, pizzicatos de Parker surpris en pleine transe nihiliste. Espacés, des solos sont ensuite plus à même d’instaurer des pauses obligatoires avant l’unisson ultime et suraigu auquel résiste, seul, le barrissement d’un trombone (First Part). L’épreuve est extrême, et la seconde partie nous apprendra que le bout du bout de la fougue bruyante peut encore changer d’allures. Les contraintes presque toutes anéanties, les trombones dressent leurs sirènes plaintives au milieu desquelles Brötzmann installe au tarogato (saxophone en bois d’origine hongroise) un blues badinant avec la Rhapsody In Blue de Gershwin. Incursion démesurée dans le champ du free jazz et de l’improvisation contestataire, Berlin Djungle est, en plus, un document d’importance, au générique singulier. Prometteur à l'époque ; confirmé aujourd'hui.

CD: 01/ What A Day / First Part 02/ What A Day / Second Part >>> Peter Brötzmann - Berlin Djungle - 2004 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.


Polwechsel: Archives of the North (Hat Hut - 2006)

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Avec Archives Of The North, Polwechsel - quartette autrichien formé en 1993, deux fois remaniés depuis, suite aux départs du tromboniste Radu Malfatti en 1997, et du guitariste Burkhard Stangl six ans plus tard - accueille les percussionnistes Martin Brandlmayr et Burkhard Beins. Et fait de son quatrième disque un chef d'oeuvre d'ambient électro-acoustique.

Enfilant les notes soutenues de son saxophone ténor, John Butcher emmène d'abord sa formation le long d'un schéma répétitif, à l'origine d'un monde de métaux réverbérés, évoquant Eno ou Xenakis (Datum Cut), avant d'offrir aux nouveaux venus l'ouverture de Mirror. Là, les batteurs jouent des résonances, explorent les possibilités sonores des cymbales, soit : usent de schémas rythmiques non aboutis, empêchant le violoncelle dissonant de Michael Moser ou les souffles que le même traite à l'ordinateur d'être recadrés.

Pas à l'abri des perturbations, le groupe instaure ensuite quelques instants d'exécutions rapides (Core Cut), puis improvise totalement Magnetic North, amas d'interventions délicates rendant une atmosphère diaphane à force d'avoir été étirée. A intervalles réguliers, un dialogue entre la contrebasse de Werner Dafeldecker et les percussions s'immisce en Site And Setting, dernière plage d'une réalité plus concrète, oscillant entre le grincement du violoncelle et les combinaisons circulaires d'un saxophone travesti en flûte indienne.

A l'arrivée, l'essentiel a moins été dit qu'inventé et donné à entendre. Les explications, déjà subjectives, changeront au fil des écoutes. La seule évidence étant la qualité indéniable d'Archives Of The North, signé d'un Polwechsel encore plus loin devant.

CD: 01/ Datum Cat 02/ Mirror 03/ Core Cut 04/ Magnetic North 05/ Site And Setting. Hat Hut, 2008. Distribution Harmonia Mundi.


Mujician: There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)

mujigrisliDepuis près d'une vingtaine d'années, quatre musiciens britanniques de premier ordre interrogent avec tact l'interaction improvisée. Sous le nom de Mujician, Paul Dunmall (saxophones), Keith Tippett (piano), Paul Rogers (basse) et Tony Levin (batterie), signent leur sixième album: There's No Going Back Now.

Le temps de ramasser ensemble l'entière histoire d'une improvisation européenne pour laquelle ils ont oeuvré, et qu'ils survolent aujourd'hui au son d'intérêts différents mais complémentaires. Sans plus se poser de questions, Mujician peut adopter des allures changeantes: musique contrapunctique ou sérielle, free incisif, chaos instable ou accès soudain de mélodie apaisée.

Parti au rythme soutenu d'une introduction dense aux relents de jazz libre, le groupe calme ses intentions sur l'appel des 5 notes répétées par le piano de Tippett. Pièce quasi contemporaine, qui filera comme l'autre après l'apparition d'un gimmick de basse à l'origine d'une progression répétitive efficace et lancinante, qui ménage quelques élans individuels discrets.

Passé du ténor au soprano, Dunmall transporte Mujician vers d'autres rives, fait de Tippett un simple accompagnateur qui installera ensuite un swing plutôt classique, option contre laquelle semblera se battre le saxophone. Lorsque Dunmall se retire, le trio restant investit les mouvements circulaires, répétitifs encore, schéma abandonné au retour du ténor, qui sonne la charge dévastatrice, encouragée par les imprécations de Levin. L'élan romantique, pas infini, devra retomber dans les grincements et les fulgurances quiètes.

Trois quarts d'heure de combinaison adéquate, ne tenant jamais du collage impropre ou du rapprochement bancal. L'imbrication est celle d'orfèvres, et les solutions, immédiates, trahissent de quoi est capable l'expérience, voire, révèlent un génie dégagé de contraintes. S'il fallait tout oublier des musiques improvisées pour tout recommencer, There's No Going Back Now pourrait être le point choisi du nouveau départ.

CD: 01/ There's No Going Back Now

Mujician - There's No Going Back Now - 2006 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.



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