Le son du grisli

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Martin Tétreault : Sofa So Good (Tanuki, 2015)

martin tétreault sofa so good

Si vous osez prendre place dans le Sofa So Good de Martin Tétreault, vous devez savoir que c’est à vos risques et périls. Il faut en effet être prêt à voir (et à entendre) des fantômes vous chercher noise et à comprendre que nous ne sommes que l’un des rouages d’un minus univers qui tient dans une boule à neige… Mais une boule renversée !

Une guitare ?,un piano ? une basse ? une platine vinyles (sait-on jamais ?) ? Oui à tout, peut-être… Mais puisque la neige tombe sur les instruments, comment savoir ? En tout cas, cette pièce à la renverse (avec au milieu ce sofa qui flotte) est une belle destroyed room (référence !) que Tétreault nous invite, en plus de quoi (comme diraient mes compatriotes), à retourner à notre tour.

Ça se passera en face B : il suffit de se servir dans les sons de la face A et de créer cette B-side vierge de tout Tétreault. Le vieux Tom Zé avait fait pareil sur Jogos de Armar (et d’autres avant lui peut-être, envoyez vos informations au journal). Dans un cas comme dans l’autre, j’ai pas encore joué le jeu. Peut-être parce que celui de Tétreault me suffit.



Martin Tétreault : Sofa So Good (Tanuki)
Edition : 2015.
Cassette : A/ Sofa So Good – B/ Sofa So Good Demix
Pierre Cécile © Le son du grisli



David S. Ware / Apogee : Birth of the Being (Aum Fidelity, 2015)

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Tout était déjà là, en 1977, chez David Spencer Ware : le gospel, le cri, l’élan, la fureur, le don de soi. Mais en 1977, le saxophoniste commet un impair : il vend les bandes du trio collectif Apogee (Ware, Marc Edwards & Gene Y. Ashton, ce dernier n'était pas encore Cooper-Moore) au label suisse Hat Hut qui le publie sous le seul nom de David S. Ware. Apogee aura du mal à s’en remettre.

Aujourd’hui, on réédite (avec inédits) ce petit (lire grand) brulot de la free music. Ware est déjà ce saxophoniste hurleur, expert en cris, lamentations et qui ne semble vouloir (pouvoir ?) s’arrêter. Cet ogre magnifique de générosité bénéficie du soutien d’un pianiste et d’un batteur pour qui le martèlement reste un état premier. L’espace n’est pas là, l’étouffement non plus. Et le saxophoniste inonde alors de son phrasé brisé une sphère déjà bien encombrée.

Il faudra attendre les dix-sept minutes de Stop Time pour que l’on découvre enfin l’aspect collectif du trio. A signaler par ailleurs une pièce solo d’ashimba (xylophone en bois inventé par Cooper-Moore) et un solo aux graves soyeux (école Coleman H. plus que Sonny R.) à la charge du saxophoniste. Une réédition qui s’imposait.



David S. Ware / Apogee : Birth of the Being (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : Avril 1977. Edition : 1979. Réédition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Prayer 02/ Thematic Womb 03/ A Primary Piece #1 04/ A Primary Piece #2 – CD2 : 01/ Prayer 02/ Cry 03/ Stop Time 04/ Ashimba 05/ Solo
Luc Bouquet © Le son du grisli


Steerage : Entropy Is What the State Makes of It (Caduc, 2015)

steerage entropy is what the state makes of it

Sous le nom de Steerage, le guitariste Barry Chabala – déjà fort occupé par les partitions du collectif Wandelweiser, notamment auprès de Michael Pisaro – et l’artiste sonore A.F. Jones ont récemment enregistré dans le studio du second les quatre pièces d’Entropy Is What the State Makes of It. Pour ne pas ménager le suspense, c’est dans un autre « genre » qu’on entendra donc Chabala.

Dans plusieurs, même, tant les quatre pièces jouent de différences. Ainsi, un lent domptage de feedbacks – la guitare sera électrique d’un bout à l’autre du disque, ou presque – rappellera d’abord, mais sans impressionner autant, le YMCA d’Alan Licht. La suite est d’autant plus convaincante, qui évoque quelques précédents (ici Throbbing Gristle, là Institut Für Feinmotorik…) sans s’y accrocher pour autant : Chabala et Jones y composent avec des notes tremblantes de cordes pincées, de fragiles bourdonnements, des grésillements d’ampli, quelques enregistrements de terrain et d’autres sons encore, sortis de quelles machines. (Beyond the) Missoury Sky renversé, Entropy Is What the State Makes of It fait ainsi œuvre d’ambient noire sur laquelle ne finissent plus que planer les ombres, toutes deux singulières, de Chabala et de Jones.  



Steerage : Entropy Is What the State Makes of It (Caduc)
Edition : 2015.
CDR : 01-04/ Entropy Is What the State Makes of It
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


LDP 2015 : Carnet de route #31

ldp 2015 2 novembre chicago

La trente-et-unième étape de ce carnet de route du trio LDP a pour cadre Chicago : l'Experimental Sound Studio, pour être précis, où Urs Leigrumber et Jacques Demierre donnaient un concert le 2 novembre dernier.

2 novembre, Chicago
Experimental Sound Studio

Heute spielen Jacques und ich im ESS, im Rahmen der Monday Serie of Improvised Music. Das Konzertprogramm wird von Tim Daisy und Ken Vandermark kuratiert. Das Experimental Sound Studio der Edgewater Anlage bietet als Ort ein umfassendes Angebot für jede Art von Produktionen; Recording, Mixing und Mastering. Es gibt eine Audio-Galerie, einen kleinen öffentlichen Raum für Ausstellungen, Tagungen, Workshops, Performances und Künstlerprojekte. Die Audio-Archive bieten eine unschätzbare Sammlung von Avantgarde Sound und Musik Aufnahmen aus den letzten fünf Jahrzehnten. ESS präsentiert in den verschiedenen Räumen des Studios, als auch an verschiedenen Partner Orten in Chicago über das ganze Jahr ein vielseitiges Programm für Performance, Installation, Workshop sowie Künstlergesprächen. ESS ist eine gemeinnützige, von Künstlern geführte Organisation. Die kulturellen und experimentellen Veranstaltungen, einschließlich Musik, Klangkunst, Installation, Kino, darstellende Künste, Lautpoesie, Radiosendungen und neue Medien sind dem Schwerpunkt Klang gewidmet. Das Ziel des ESS ist es, die Künstler in ihren Diziplinen zu begleiten, indem es ein Publikum bietet, das ihnen zuhört und ihre bis anhin ungehörten, kreativen Klang Dimensionen wahrnimmt. Das Engagement der beteiligten Musiker umfasst Produktion, Präsentation, Bildung und Entwicklung, und schliesst die Zusammenarbeit mit anderen Organisationen, Fachkreisen, Künstlern und Privatpersonen in Chicago mit ein.
Das Konzert wird aufgezeichnet. Jeder von uns spielt ein Solo. Ich spiele das Sopran und führe es durch multiphonische Klangwelten und schnelle staccato Läufe. Jacques setzt zu einem langen, bewegten und kraftvollen, rhythmischen Cluster Crescendo an. Dazwischen spielt er im Innern des Klaviers. Der Ausklang auf der Klaviatur stufenweise im Pianissimo. Nach einer Pause zeigen wir das Video mit Barre. Jacques und ich setzen ein. Wir spielen ein 30 minütiges Stück. Die Zuhörer, die Musiker Lou Mallozzi, Tim Daisy und andere sind begeistert ... „awesome“.
U.L.

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C'est en écoutant Urs débuter la soirée par un solo de saxophone soprano assis à côté du piano dont je dois jouer dès sa performance terminée, que me vient le souvenir de BLANC, un spectacle réalisé il y a plusieurs années de cela, avec le performer berlinois Christian Kesten, la clarinettiste-chanteuse Isabelle Duthoit et le vidéaste Alexandre Simon. L'unique raison de ce souvenir me semble être l'improbable lien qu'incarne le piano YOUNG CHANG, nouvellement installé à ESS, à l'intérieur duquel j'ai lu, au moment de la balance, le numéro G 050866, sous lequel est écrit YOUNG CHANG, en forme arrondie et en majuscules, et aussi, non loin, dans un rectangle en relief, la mention G-175, puis encore, levant et laissant mon regard traverser les cordes, d'abord le mot Trade, puis, séparé par une couronne de lauriers, celui de Mark, et légèrement en-dessous, en écriture gothique, YOUNG CHANG PIANO, suivi, dans une autre police, de YOUNG CHANG AKKI CO. LTD., pour terminer enfin avec l'inscription SEOUL. KOREA. Lien hautement improbable géographiquement car le spectacle BLANC prenait comme point d'appui L'empire des signes, un livre que Roland Barthes consacra au Japon, mais lien fortement en résonance avec la situation du solo que j'allais devoir affronter ce soir-là. L'écrivain français propose en effet dans son texte de se retrouver volontairement en prise directe avec le flux de la vie japonaise, où l’acte de porter un regard subjectif sur le Japon n’est en aucun cas une manière de photographier ce pays, mais plutôt une façon de se retrouver en « situation d’écriture », dans une position « où s’opère un ébranlement de la personne, un renversement des anciennes lectures, une secousse du sens, déchiré, exténué jusqu’à son vide insubstituable ». Situation d'écriture qui devient pour moi, ici, devant ce piano YOUNG CHANG et soumis au flux de mon propre environnement, situation de jeu, situation d'improvisation. J'aimerais faire mienne la proposition de Barthes lorsqu'il nous invite à « descendre dans l’intraduisible ». Comme il le propose, j'aimerais aussi pouvoir, à l'instant du solo, « arrêter le langage », c'est-à-dire atteindre ce nécessaire « vide de parole » qu'il évoque, et parvenir à « casser cette sorte de radiophonie intérieure qui émet continûment en nous, jusque dans notre sommeil ». Car c’est bien l’exemption du sens qui est au centre de la pratique du solo – mais cela vaut également pour les sons, la musique, en groupe – « exemption du sens, que nous pouvons à peine comprendre, puisque, chez nous, attaquer le sens, c’est le cacher ou l’inverser, mais jamais l’absenter. » Si le sens musical diffère du sens linguistique, son exemption n'en est pas plus facile. Un souhait : laisser le sens sonore et musical à lui-même et exprimer les sons « comme on presse un fruit ». Le choc, l'électrochoc de l'improvisation, quelle que soit sa durée, pourrait être celui que l'on éprouve à la lecture ou à l'écoute d'un haïku, où « le travail de lecture qui y est attaché est de suspendre le langage, non de le provoquer ». Pourtant loin de moi l’idée ou l'envie de donner une pertinence à un processus d'improvisation en suspendant « le langage sur un silence lourd, plein, profond, mystique, ou même sur un vide de l’âme qui s’ouvrirait à la communication divine [...], » car « ce qui est posé ne doit se développer ni dans le discours ni dans la fin du discours ». Etonnant, une nouvelle fois, d'observer combien la vision qu’offre Barthes de la vacuité formelle de cette forme poétique semble avoir été pensée pour l'improvisation : « le flash du haïku n’éclaire, ne révèle rien ; il est celui d’une photographie que l’on prendrait très soigneusement (à la japonaise), mais en ayant omis de charger l’appareil de sa pellicule. »
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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Zbigniew Preisner : Dekalog / La double vie de Véronique / Bleu, Blanc, Rouge (Because, 2015)

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Tu te souviens de ce documentaire que nous avions vu à la télévision ? Kieslowski expliquait que le spectateur ne pouvait fixer son attention trop longtemps sur une main qui faisait un canard de son sucre (dans Bleu, son film le plus lié à la musique). Il expliquait qu’il avait fallu confectionner un sucre spécial. Un faux sucre, qui imbiberait le café en moins de temps afin de ménager l'attention du spectateur. J’aurais bien passé plus de temps, moi, à voir canarder un vrai sucre.

Le réalisateur a-t-il été aussi prévenant pour ce qui est de la musique de ses films ? Je veux dire, pensait-il au public quand son compositeur, Zbigniew Preisner, lui faisait entendre un morceau ? Je te pose la question, à toi, qui a tout vu aussi, et puisqu’on réédite les BO de Bleu, Blanc et Rouge. Bleu et son flûtiste des rues (jamais je n’ai pu reconnaître le thème que Binoche pensait qu’il avait emprunté à son défunt mari et je dois t’avouer aussi que j’ai longtemps cherché des disques de ce compositeur allemand inventé de toute pièce, Van Den Budenmayer).

Il y a des années que je n’ai revu de film de Kieslowski. Mais la musique de Bleu, passée ce matin, m’a fait le même effet qu’il y a des années. Ses sons sont des images qui chantent en nous. Parfois très graves, très mélo (ampoulé, tu me diras, mais c’est aussi ça la Pologne, n'est-ce pas ? et les musiques de film aussi...). Mais s'il arrive au compositeur de déborder, il sait de temps en temps s’interrompre pour laisser parler une actrice. La musique de Blanc est un peu facile et celle de Rouge me touche moins (c’est la chanson de Zbigniew Zamachowski). Mais dans le duo Kieslowski / Preisner, il n’y a pas que Bleu qui me touche.

Il y a les dix heures des téléfilms du Dekalog – les flûtes et les synthétiseurs mélangés ne sont pas toujours agréables, je te l'accorde – et sa superbe introduction de piano (c’est l’instrument qui compte le plus pour le réalisateur). La grandiloquence égale parfois la tristesse des commandements, Preisner digère à peine Sibelius, Smetana et Penderecki. Il n’y a pas que Bleu qui me touche, Weronika. Il y a (plus encore je crois) sa double vie. Même la flûte passe, et le chœur qui regardera Véronique s’évanouir, je ne t’en parle pas. D’ailleurs le cinéma, il ne faudrait pas en parler. Et la musique, il ne faudrait plus rien en dire.



Zbigniew Preisner : Bleu, Blanc, Rouge / Dekalog / La double vie de Véronique (Because Music)
Réditions : 2015.
CD & LP : Bleu, Blanc, RougeDekalogLa double vie de Véronique
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Jason Kahn : Songline (Editions, 2015)

jason kahn songline

En janvier dernier, dans un ancien bâtiment de Swisscom, à Zürich, Jason Kahn passa une nuit à chanter. S’il dit ici que sa technique vocale est rudimentaire, il s’agissait pour lui de jouer avec un certain sens (« musical », on l’imagine) du péril : ne pas maîtriser un instrument obligeant de faire, lorsque l’on improvise au moins, avec un peu d’inattendu.  

Huit chansons sur le fil, c’est-à-dire peu communes. Car voilà, Kahn vocalise comme d’autres expirent, soigne son inspiration davantage que ses notes (quand il en tient une, c’est pour la diminuer). En guise de couplets, voici des râles terribles ou de longs sanglots, des « o » et des « a » qu’il s’arrache avec force ; dans cet appel porté par l’écho, ce grognement appuyé ou telle interjection capricieuse, de possibles refrains. Sur la longueur de quatre faces, Jason Kahn chante à qui veut l’entendre qu’il est bel et bien là ; et si l'on tend l'oreille, on trouve en Songline une voix, certes, mais aussi une présence manifeste.



Jason Kahn : Songline (Editions)
Enregistrement : 12 janvier 2015. Edition : 2015.
2 LP : Songline
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


eRikm : L’art de la fuite (Sonoris, 2015)

erikm l'art de la fuite

J’avais été un peu sévère un jour (à payllettes) avec eRikm (un musicien, pour m’autociter, « qu’on aime d’ordinaire »). Depuis, j’ai été « dur » avec d’autres (vais-je taire leurs noms encore longtemps ? non, car je travaille à mes Mémoires…) qui m’ont envoyé de méchantes réponses (secrètes, par email, parfois avec des dossiers de presse longs comme une autobahn pour prouver qu'ils sont respectés dans les hautes sphères) alors qu’eRikm, lui, ne m’a jamais rien reproché (en tout cas pas directement). Je suis donc content de pouvoir lui rendre hommage en applaudissant à cette compilation de « first recordings » !

Il s’agit plus d’un retour aux sources que d’une rétro en bon uniforme vinyl. Publiés dans leur temps sur une cassette, ces morceaux pour platines (vinyles et CD), guitares, bandes, vinyles (quelques fois préparés), fieldrecs… font un effet neuf ! Sans chercher à comprendre ce qui distinguait la face A et la face B, je m’y suis plongé avec le plaisir de découvrir (vingt ans après) des choses dont j’ignorais tout et qui m’ont beaucoup plus. Avec ses loops corbocroasses, ses drones des ténèbres, ses cascades drues, ses moteurs hybrides dans lesquelles se jettent des oiseaux crieurs, sa techno spasmoschizo, cet eRikm là m’a bien étourdi (vengeance !).



eRikm : L’art de la fuite (Sonoris / Metamkine)
Enregistrement 1994-1995. Edition : 2015.
LP : A1/ No Accident A2/ Piscine A3/ Ventoline & Berotec A4/ Shangri-La II A5/ Rose – B1/ Ich War Ein Armer Heidensohn B2/ White Deep B3/ 1937. Encore des Dieux B4/ Hangar à sel B5/ Parallel Stress
Pierre Cécile © Le son du grisli


Feedback: Order from Noise (Mikroton, 2014)

feedback order for noise

L’ordre venu du bruit (le bruit mis en ordre ?) – parfois au plus proche du silence (là où les acouphènes peuvent faire œuvre, elles aussi) – que cette compilation nous propose n’est pas nouveau. Son esprit l’est encore moins. C’est (déjà) qu’elle est le fruit d’une tournée organisée en 2004, au Royaume-Uni. C’est (ensuite) que ses  participants (Knut Aufermann, qui a pensé le projet et cette compilation, et puis Xentos Fray Bentos, Nicolas Collins, Alvin Lucier, Toshimaru Nakamura, Billy Roisz, Sarah Washington et Otomo Yoshihide) ont une réputation à entretenir, si ce n’est à défendre.  

Alvin Lucier, bien sûr, qui, avec Bird and Person Dyning, n’en compose pas moins une pièce qui convoque chants d’oiseaux et aigus de synthèse qui interrogent la résistance de l'oreille ; Otomo Yoshihide, aussi, qui, à force de vrombissements de guitares et de soubresauts de platines, organise un bel ouvrage de feedbacks (DDDD) ; Toshimaru Nakamura, encore, qui commande des déferlantes électroniques sur un silence capable de les avaler les unes après les autres (nimb 24/06/04) ; Nicolas Collins, enfin, qui, grâce à des machines de son invention, maîtrise de longs larsens et même d’impressionnantes oscillations (Pea Soup + Mortal Coil).

Et puis il y  a cet Order from Noise Ensemble, c’est-à-dire tous les musiciens (si ce n’est Lucier) chantant ensemble : qui se mettent à distance de tout bruit excessif (Lullaby), travaillent à un crescendo de noise définitivement sage (Block 3) ou étouffent le thème imposé (le feedback, rappelons-le) sous un coffre de graves (Block 2). Cette dernière prise est, comme quatre autres, illustrée par Roisz sur un DVD : si ses vidéos « péritel » n’apportent pas grand-chose au propos des musiciens – ni à l’œil de l’auditeur –, elles n’empêchent pas qu’on les entende : d’autant qu’au son de son duo avec Nakamura (CNS), la voici toute excusée.

Feedback: Order from Noise (Mikroton)
Enregistrement : juin-juillet 2004. Edition : 2015.
2 CD + 1 DVD : Feedback: Order from Noise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


LDP 2015 : Carnet de route #30

ldp 2015 1er novembre milwaukee

C'est dans une librairie de Milwaukee, Woodland Pattern Book Center, que Jacques Demierre et Urs Leimgruber ont poursuivi leur tournée américaine. D'une manière peu commune, comme les y invitait la série de concert Alternating Currents.

1er novembre, Milwaukee
Alternating Currents Woodland Pattern Book Center Milwaukee

Wir fliegen mit der Southwest Airline von La Guardia New York nach Milwaukee. Das Personal am Check-in ist äusserst freundlich. Man darf sogar ein Gepäckstück frei ohne zusätzliche Gebühr mitführen. Das ist heutzutage eher die Ausnahme. Der Flieger ist ausgebucht, mit Passagieren und viel Gepäck dicht und voll besetzt. We take off.
Die Zeitverschiebung zwischen Eastern Standard und Central Standard und die zusätzliche Rückstellung von Sommer auf Winter Zeit führt zu kurzer Verwirrung. In Milwaukee gut angekommen, holt uns Hal Rammel am Flughafen ab und wir erreichen dennoch rechtzeitig das Hotel indem wir untergebracht sind. Ein Haus mit Tradition, die Architektur eine Mischung von Jugendstilbau und Bauhaus. Here you will get a real nice breakfast tomorrow, meint Hal. Denn ein gutes Frühstück hier in den USA ist nicht selbstverständlich . Um 5:30pm erreichen wir den Woodland Pattern Bookstore, wo das heutige Konzert stattfindet. Wir werden von Ann, Carl und Michael ganz herzlich begrüsst.
Das Woodland Pattern Book Center widmet sich der Forschung, der Entwicklung und der Präsentation zeitgenössischer Literatur und Kunst. Mit dem Ziel ein Forum, ein Ressourcen Zentrum für Autoren / Künstler in der Region zu fördern, um die lebenslange Praxis des Lesens uns Schreibens, mit dem Bestreben dem Publikum innovative Ansätze von Multi-Arts-Programmen zeitgenössische Literatur vorzustellen. Woodland Pattern ist die einzige Kunstorganisation in  Milwaukee, Wisconsin die zeitgenössische Literatur für die breite Öffentlichkeit auf einer kontinuierlichen Basis präsentiert. Neben Lesungen und Aufführungen mit Lautpoesie programmiert Hal Rammel regelmässig, seit vielen Jahren Konzerte für experimentelle, zeitgenössische Musik.
Für das Konzert heute Abend stehen Jacques drei Toy Pianos und ein selbst entwickeltes Saiteninstrument von Hal Rammel zur Verfügung. Im ersten Teil zeigen wir das Video mit Barre, anschliessend spielen wir im Duo. In der Verbindung der Klänge der Toy Pianos und dem Klang des Sopransaxofons entsteht eine sehr reduktive, filigrane und mikrotonale Musik. Im zweiten Teil liest Jacques den Text Laborintus II von Edoardo Sanguineti, eine Übersetzung von Vincent Barras, veröffentlicht bei L’Ours Blanc, einer Serie von Texten ohne Grenzen, zusammen mit mir am Saxofon, im interaktiven Dialog, im Sinne einer Text und Klang Performance. Die Zuhörer sind vom Anfang bis zum Schluss sehr konzentriert und hellhörig.
U.L.

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Hal Rammel est musicien et inventeur d'instruments de musique. On peut admirer une quinzaine de ses inventions dans la collection permanente du National Music Museum à Vermillion, dans le South Dakota. Ce soir-là, au Woodland Pattern Book Center de Milwaukee, j'ai eu la chance et l'honneur de pouvoir jouer l'un de ses instruments, qu'il me décrivait ainsi dans un courriel datant d'octobre passé : « I also have an instrument I made years ago using the insides of a toy piano. I made sets of mallets from cork and soft wood (balsa). It's a toy piano but with the option to play with quieter attack and softer sweeps/glissandos. You are welcome to use it when you are here at Woodland Pattern. It's made from a larger toy piano and the resonator is about 3 inches deep, thus not really louder than the others, but you might enjoy playing it. Let me know what you think and I'll bring it along. » Je lui ai dit oui, yes, apporte-le, et il se passa effectivement ce qu'il avait supposé : I enjoyed playing it, very much. Me retrouvant face à cet instrument comme un enfant découvrant le monde, comme ce petit garçon de 2-3 ans jouant dans un bac à sable, vu il y a longtemps de cela, qui creusait la terre avec sa pelle, la levait puis la retournait, répétant ce mouvement à l'infini, à la fois émerveillé et irrité d'observer le sable retomber à chaque fois sur le sol. Hal Rammel est aussi artiste visuel et grand amateur de mots. Je me souviens l'avoir entendu me dire qu'il aimait lire une heure de poésie le matin, avant de partir travailler, quelle que soit l'heure, quel que soit le jour. Curateur de la série de concerts Alternating Currents au sein de l'extraordinaire librairie Woodland Pattern, il propose un espace d'écoute peu ordinaire, qui englobe sons, musique, poésie et littérature dans un engagement radicalement et joyeusement expérimental. Ma proposition de lire, simultanément au jeu de Urs au saxophone soprano, Laborintus II, un texte du poète italien Edoardo Sanguineti en version intégrale et augmentée, c'est-à-dire comprenant à la fois l'original multilingue et la traduction française de Vincent Barras, alternant en un mouvement de balancier irrégulier, l'a évidemment réjoui. Comme je le fus à mon tour, réjoui, en recevant ces quelques lignes envoyées électroniquement par V.B. faisant écho à ma proposition de lecture : « après tout, la mise en page d'une édition bilingue (d'un texte plurilingue dans ce cas), notamment lorsqu'elle est présentée dans le sens de la longueur, comme dans cette édition de L'Ours Blanc, suggère une lecture faite d'une succession texte original-traduction-texte original. Pour moi, ça évoque aussi la traduction simultanée (avec le petit décalage/delay/délai – ici, décalage d'une page – qu'il y a entre l'un et l'autre, et le temps d'arrêt de l'original pour laisser à l'interprète le temps de finir sa phrase. Et l'interprète résume forcément (dont tu peux sentir en résumant, dans la partie française, la disposition typographique). » Mais ce n'est qu'après le concert, après avoir lu en direct avec Urs soufflant, que j'ai eu conscience une fois encore que la pertinence d'une proposition créative ne repose pas sur la possibilité d'une justification, aussi intelligente et subtile soit-elle, mais réside davantage, à l'instant de la performance, dans l'expérience d'une adéquation spontanée entre monde intérieur et monde extérieur.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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Eric La Casa : Soundtracks (Herbal International, 2015)

eric la casa soundtracks

Pour moi, tous les CD d’Eric La Casa sont des soundtracks. Tous ceux que j’ai écoutés en tout cas. Sa façon de collecter des sons au plus proche des choses, c’est un zoom. Sa façon de composer à partir de ces sons, c’est un travelling arrière… Mais sur ce Soundtracks là ce n’est pas lui qui invente les images mais trois réalisateurs : Luke Fowler (film A Grammar for Listening Part 2), Christian Jacccard (vidéo A Hemero Phaestos) & Marie-Christine Navarro (« drama » / « rituel théâtral » Ce Pays qui s’appelle Tane).

Je n’ai pas eu l’occasion de voir ne serait-ce que l’une de ces trois créations. Mais j’en ai les B.O. lancée par un grand coup de percussions. S’ensuivent quatre compositions concréto-naturalistes qui regorgent de field recordings que l’on croirait chiffonnés. Un animal bêle, des vents soufflent, des véhicules klaxonnent ou bippent… Plusieurs natures sont comme compressées (oui, à la César... La Casa serait donc un Nouveau Réaliste ?) pour le film de Fowler. Pour la vidéo de Jaccard, les éléments se déchaînent et forment une ligue sonore époustouflante. Pour Ce pays qui s’appelle Tane, la composition est plus musicale. Elle se sert d’enregistrements d’orgue par le compère Guionnet. C’est une autre ambiance, mais tout aussi mystérieuse, et qui vous souffle pareil.



Eric La Casa : Soundtracks (Herbal International)
Enregistrement / Mix : 2014-2015. Edition : 2015.
CD : 01-04/ A Grammar for Listening 2 05/ A Hemero Phaestos 2 06-08/ Polymères 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

image la casaA l'occasion de la sortie de Soundtracks, Kurbeti-Les Nouvelles Hybrides organise une soirée en présence d'Eric La Casa, le 10 décembre à la Maison des Auteurs de la SACD. Au programme : diffusion des films de Luke Fowler et Christian Jaccard puis lecture d'extraits de Ce Pays qui s'appelle Tane de Marie-Christine Navarro.



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